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Étudier avec un handicap : le quotidien d’Alype

Inscrit en deuxième année de licence en science politique à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Alype est atteint d’un handicap moteur de naissance affectant ses membres supérieurs et inférieurs, il a accepté de témoigner et de raconter son quotidien à l’université.

“Chaque jour est une aventure”

Alype a 20 ans et souffre d’un handicap moteur. Il a des difficultés pour tout ce qui est motricité fine comme par exemple l’écriture. Il a également quelques difficultés à s’exprimer et marcher constitue pour lui un réel effort.

Après le lycée, Alype a décidé de poursuivre ses études à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et s’est inscrit en licence de science politique. Il se rappelle son arrivée à l’université : il s’est senti “très stressé et impressionné”. Comme beaucoup d’étudiant en première année, il a eu du mal à se repérer dans les locaux. À ces premières inquiétudes s’ajoutent, pour Alype, tous les différents aspects du quotidien qui sont pour lui plus complexes en raison de son handicap.

Le cursus de licence de science politique a la particularité d’avoir des cours dans au moins trois centres différents : les centres Lourcine, Sorbonne et René-Cassin. Il est donc amené à faire beaucoup d’allers-retours pour pouvoir assister à ses cours. Un transport adapté est à sa disposition pour assurer ses déplacements, toutefois cela reste pour lui un facteur de fatigue supplémentaire dans l’organisation de ses journées.

Alype au cœur d’une organisation aux multiples acteurs

Afin de suivre ses études malgré son handicap, Alype peut compter sur différents dispositifs existants, externes et internes à l’université. En effet, de nombreuses personnes gravitent autour de lui afin de l’accompagner au quotidien. Tout ce qui a trait à sa vie est géré par la Maison Départementale des Personnes Handicapées (MDPH) et ce qui relève de la pédagogie est pris en charge par le Relais handicap de Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

Après avoir obtenu son baccalauréat et avoir été accepté à l’université, Alype a pris contact avec le Relais handicap. Il obtient alors rapidement un rendez-vous avec Dorothée Meoli qui est aujourd’hui sa référente à l'université. Ce premier contact a grandement contribué à rassurer Alype avant son entrée à l’université. En effet, cet événement, déjà vecteur de stress pour les étudiants en première année, l’est d’autant plus pour un étudiant en situation de handicap pour qui chaque élément du quotidien doit être anticipé.  

Pouvoir étudier à l'université lorsque l’on est un étudiant en situation de handicap n’est pas de tout repos, cela demande une organisation réfléchie en amont. Dorothée a ainsi parfois dû intervenir pour faire modifier les salles de classes prévues au départ dans l’emploi du temps d’Alype afin qu’il puisse y accéder sans problème. Autre exemple, pour passer ses partiels, du travail de réflexion que cela implique, Alype doit dicter ses idées à une secrétaire chargée d’écrire pour lui. Du fait de ses difficultés à se faire comprendre, c’est Dorothée, qui a l’habitude de communiquer avec Alype, qui endosse ce rôle la plupart du temps . "Il faut être patient et rester optimiste parce que ça peut parfois être décourageant", explique-t il.

Pour l’accompagner dans son quotidien, plusieurs acteurs sont donc mobilisés. Un preneur de note lui donne un accès commun afin qu’il puisse avoir tous les cours, des tuteurs ainsi que des secrétaires sont engagés par le Relais handicap pour l’aider à faire ses fiches de cours ou pour rendre ses devoirs. Une organisation importante où chaque acteur doit faire preuve de patience et de flexibilité pour parvenir à identifier les besoins d’Alype et faciliter son quotidien. “C’est un moyen d’apprendre à m’organiser et à respecter ce qui est fixé”, reconnaît-il.

Un regard objectif et optimiste sur l’avenir à l’université

Alype exprime une grande gratitude à l’égard de tout ce qui est mis en place à l’université pour l’accompagner. Il ressent beaucoup de bienveillance de la part des professeurs et explique les sentir attentifs à son cas. “Bien évidemment il y a des choses à améliorer, comme dans tout processus aussi complexe, mais je suis assez optimiste”, déclare-t-il. Il identifie notamment trois points à améliorer pour les étudiants en situation de handicap à l’université.

D’abord, peu d’étudiants répondent aux appels d'offres lancés par le Relais handicap pour recruter un tuteur. De ce fait, Alype commence seulement à travailler avec son tuteur en droit, plusieurs semaines après le début des cours.
Un autre problème auquel Alype fait face, c'est l’accessibilité des centres : “On dirait des musées, j’imagine déjà avant d’entrer que ça ne va pas être pratique.” Il pense notamment au centre Sorbonne qui, étant un bâtiment ancien, ne dispose pas d’outils qui favorisent l'accessibilité aux personnes en situation de handicap.
Enfin, Alype a des difficultés pour couper sa nourriture et à l’heure actuelle personne ne peut être présent à l’université pour l’aider. Il est difficile d’un point de vue administratif de définir qui devrait prendre en charge cet aspect du quotidien d’Alype entre la MDPH ou le Relais handicap. L’idéal serait qu’il rentre tous les midis pour manger mais ce n’est malheureusement pas toujours possible.

Alype est un étudiant optimiste qui, malgré les difficultés auxquelles il doit faire face, sait toujours voir le positif et garder patience pour réussir à atteindre les objectifs qu’il ne manque pas de se fixer. Inscrit dans un club de théâtre l’an passé et à la natation adaptée proposé par l’UEFAPS cette année, il ne s’impose aucune limite. Il se qualifie de “passionné” et avant de continuer ses études en master, il envisage de réaliser sa dernière année de licence à l’étranger : “Il faut oser s’aventurer et sortir de sa zone de confort.”

Pour le mot de la fin, Alype tient à adresser ses remerciements à toutes les personnes qui l'accompagnent chaque jour : les professeurs, les chargés de TD, le Relais handicap, les tuteurs ainsi que ceux qui l'accompagnent dans sa résidence, au centre Colliard.

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