Étudiant

Quand les étudiants prennent la parole pour les droits de l’Homme

Le 27 mars 2026, dans la salle d’audience de la Cour européenne des droits de l’Homme à Strasbourg, des étudiants de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne ont remporté, pour la première fois, la 41e édition du Concours européen des droits de l’Homme René Cassin, qui les opposait à l’université Paris Panthéon-Assas.

Derrière cette victoire, un travail de longue haleine, une immersion totale dans le droit de la Convention européenne des droits de l’Homme et une expérience qui dépasse largement le cadre académique.

Écrire, plaider, recommencer

Ils sont trois étudiants à avoir participé à cette aventure. Tom Le Délézir, étudiant en master professionnel contentieux public, assurait le rôle de plaideur. À ses côtés, Anna Koulakssis, étudiante en master droits de l’Homme et Union européenne, partageait cette fonction. Enfin, Martin Blancher, étudiant en master droit européen, intervenait comme conseiller juridique, veillant à la solidité de l’argumentation. 
Le concours a débuté bien avant l’ultime étape à Strasbourg, par la rédaction d’un mémoire juridique exigeant. Un exercice délicat, d’autant plus lorsqu’il est réalisé à plusieurs mains. 

« La rédaction d’un mémoire à trois n’est pas si simple. Il a fallu passer beaucoup de temps à harmoniser les styles pour donner l’impression qu’il a été écrit d’une seule main. » - Martin Blancher  

Très vite, la préparation orale est venue compléter ce travail. Les simulations de plaidoirie se sont multipliées, rythmées par les retours des entraineurs et les ajustements constants. 
 

« On s’entraînait deux fois par semaine, notamment pour apprendre à réagir aux questions du jury et retravailler nos arguments en continu. » - Anna Koulakssis  

Au fil des semaines, la progression est nette. Les raisonnements se structurent, la parole gagne en précision, et le collectif se renforce. Écrire, plaider, recommencer : la méthode devient un rythme.  

Une compétition à l’épreuve du mental

À Strasbourg, la compétition entre dans sa phase la plus exigeante. Le rythme s’intensifie, la fatigue s’accumule, et chaque détail compte.

« Les veilles de match, on se couche difficilement avant 2 heures du matin, on se réveille à 7 heures… Le manque de sommeil se fait ressentir. Et malgré cela, il faut rester le plus alerte et réactif possible. C’est le plus dur. » - Tom Le Délézir

L’édition 2026 proposait un cas ancré dans les enjeux contemporains : la conciliation entre protection de l’environnement et droits fondamentaux. À travers un État fictif, les participants devaient défendre ou contester des mesures écologiques restrictives. 
La question était centrale : jusqu’où peut-on limiter les libertés individuelles au nom de l’urgence climatique ?  

 « Sans environnement viable, les droits périssent d’eux-mêmes puisque la vie humaine est mise en péril. » - Anna Koulakssis

Une manière d’affirmer que la protection de l’environnement n’est pas opposée aux droits fondamentaux, mais qu’elle en constitue une condition essentielle.

visuel

Une expérience qui transforme  

Lorsque la décision tombe, l’émotion est immédiate, mais la prise de conscience plus lente. Plaider dans la salle de la Cour européenne des droits de l’Homme représentait déjà une expérience exceptionnelle. La victoire vient consacrer un investissement de plusieurs mois fait d’efforts continus et de remises en question. 

visuel

« C’est une immense fierté. » - Tom Le Délézir 

« Honnêtement, on ne réalise pas encore tout à fait ce qui s’est passé » - Martin Blancher  

Tous évoquent un tournant, une expérience qui dépasse le cadre académique.  

« On nous avait dit qu’il y aurait un avant et un après Cassin. La semaine à Strasbourg nous a complètement retournés, tellement cela a été intense en émotions. » - Anna Koulakssis

« Il s’agit d’une expérience exceptionnelle : vous y apprendrez énormément, tant en droit interne qu’en droit international (instruments internationaux, décisions de justice, rapports entre ordres juridiques, dialogue des juges…). Le droit de la Convention n’aura plus de secret pour vous. Cette expérience fera de vous des juristes dotés de solides qualités rédactionnelles et oratoires. Un seul conseil : devenez cassinistes ! » - Martin Blancher   

Créé en 1985, le Concours européen des droits de l’Homme René Cassin est une compétition de plaidoirie qui réunit chaque année des étudiants en droit autour d’un cas pratique inspiré de la Convention européenne des droits de l’Homme. 
La compétition repose à la fois sur la rédaction d’un mémoire juridique et sur des phases de plaidoirie, au cours desquelles les équipes défendent leur argumentation devant un jury de professionnels. La finale se déroule à Strasbourg, dans les conditions d’une véritable audience à la Cour européenne des droits de l’Homme, faisant de ce concours une expérience formatrice, tant sur le plan juridique qu’oral.  

En savoir plus sur le Concours René Cassin