Pascal Lévy / Panthéon-Sorbonne
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Le programme PAUSE : accueillir, protéger et reconstruire la recherche en exil

Face à la multiplication des crises internationales et des atteintes à la liberté académique, l’université s’est engagée activement dans le programme PAUSE afin d’en faire un dispositif clé de solidarité scientifique. 

À Paris 1 Panthéon-Sorbonne, il repose sur une organisation étroite entre pilotage académique et coordination opérationnelle, incarnée par Jean-Marc Bonnisseau et Marie-Cécile Leconte. Leur action conjointe permet d’articuler exigences institutionnelles, accompagnement humain et ambition scientifique.

Un dispositif structuré au service d’une urgence internationale

Créé en 2017, le programme PAUSE vise à accueillir des chercheurs contraints de quitter leur pays en raison de conflits, de persécutions ou d’atteintes aux libertés fondamentales. À l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, il s’est progressivement structuré pour devenir un dispositif solide, avec 31 chercheurs accueillis depuis son lancement.

Cette montée en puissance repose sur une organisation rigoureuse et complémentaire. Alors que Jean-Marc Bonnisseau, responsable académique du programme, assure la coordination des travaux du comité interne Pause qui regroupe cinq enseignants-chercheurs ainsi que le portage politique, Marie-Cécile Leconte, coordinatrice du programme, dirige l’ensemble du dispositif opérationnel (pilotage des appels à candidatures, gestion administrative et contractuelle, organisation de l’accueil logistique, intégration scientifique et accompagnement vers l’insertion académique. « Mon rôle consiste à piloter et structurer l’ensemble du dispositif d’accueil des chercheurs en situation d’exil, en assurant un accompagnement global, à la fois administratif, scientifique et humain », explique-t-elle.

Le programme s’appuie également sur un large réseau interne mobilisé à chaque étape : comités de sélection, services administratifs, laboratoires d’accueil et partenaires universitaires. Cette transversalité est indispensable face à la complexité des situations. Comme le souligne Jean-Marc Bonnisseau : « c’est un travail collectif indispensable, qui dépasse largement le cadre d’un seul service. » 

Un engagement universitaire pour la liberté de la recherche

Au-delà de son organisation, le programme PAUSE incarne un engagement fort en faveur des libertés académiques. Dans un contexte international marqué par des pressions croissantes sur les chercheurs, les universités françaises jouent un rôle essentiel de protection.

Pour Jean-Marc Bonnisseau, cet engagement s’impose comme une évidence : « Très concerné par les conditions dramatiques auxquelles de nombreux enseignants-chercheurs sont confrontés dans leur pays du fait de la guerre, de l’absence de respect des droits de l’Homme ou des discriminations, j’ai accepté sans hésitation cette mission. » Accueillir ces scientifiques, c’est non seulement leur offrir un refuge, mais aussi préserver la continuité de la recherche et des savoirs.

« Cette mission donne un sens particulier à mon engagement pour le service public : elle mobilise à la fois une exigence administrative élevée, une capacité de gestion de situations complexes et parfois critiques, et une approche profondément humaine, fondée sur des valeurs de solidarité, de responsabilité et d’accueil. » - Marie-Cécile Leconte

Marie-Cécile Leconte insiste quant à elle sur la portée multiple du programme. « Le Programme PAUSE permet de préserver des compétences et des travaux qui pourraient disparaître, tout en affirmant le rôle des universités comme garantes de la liberté académique. »  

Cet engagement s’inscrit toutefois dans un cadre contraint. Les capacités d’accueil, les moyens financiers et les enjeux logistiques limitent le nombre de bénéficiaires. « Notre contribution est bien entendu limitée au regard des besoins et de la situation géopolitique mondiale », reconnaît Jean-Marc Bonnisseau, tout en soulignant que « participer à ce programme est une vraie source de fierté, car cela démontre que l’université est fidèle à ses valeurs universalistes et qu’elle y investit des moyens conséquents malgré toutes les problématiques auxquelles elle doit faire face. »

Au-delà de l’accueil : reconstruire des trajectoires de vie

L’une des forces du programme PAUSE réside dans la prise en compte globale de l’exil. L’accompagnement dépasse largement le cadre professionnel pour intégrer les dimensions sociales, familiales et humaines. « Nous intervenons sur plusieurs dimensions essentielles : logement, démarches administratives, scolarisation des enfants, apprentissage du français », détaille Marie-Cécile Leconte. L’objectif est clair : « offrir un cadre stabilisant, permettant aux chercheurs de se reconstruire et de se projeter. »

Dans ce processus, les laboratoires jouent un rôle déterminant, en facilitant l’intégration scientifique mais aussi humaine. « Les rencontres avec les lauréats sont extrêmement enrichissantes », souligne Jean-Marc Bonnisseau, évoquant des parcours marqués par « un courage extraordinaire. »

Les trajectoires accompagnées témoignent de transformations rapides et profondes. Des chercheurs arrivés dans des conditions précaires parviennent en quelques mois à reprendre leurs travaux, publier, enseigner et reconstruire un projet de vie. « Il ne s’agit pas seulement d’un accueil, mais d’une véritable reconstruction scientifique, professionnelle et personnelle », insiste Marie-Cécile Leconte.

Toutefois et malgré l’accompagnement proposé par l’université, cette reconstruction reste traversée par la complexité de l’exil. Jean-Marc Bonnisseau évoque le cas marquant d’une chercheuse ayant choisi de retourner dans son pays malgré les risques : « cela montre combien l’exil peut être douloureux lorsqu’on a laissé derrière soi sa famille et ses proches. »

À travers le programme PAUSE, et l’implication de nombreux acteurs de l’institution, l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne démontre que la défense de la liberté académique ne relève pas seulement de principes, mais d’actions concrètes. En permettant à des chercheurs en danger de poursuivre leurs travaux et de reconstruire leur vie, elle affirme pleinement son rôle d’acteur engagé au service du savoir et de la solidarité internationale. Il est ainsi important que ce programme puisse subsister.  

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