Ce colloque vise à favoriser les échanges entre observateurs et acteurs des relations civilo-militaires.

Une actualité brûlante

La démission du chef d’état-major des armées Pierre de Villiers aux lendemains du défilé du 14 juillet 2017 a révélé l’existence d’importantes divergences au sein de l’appareil d’État français autour des questions de défense dont les arbitrages budgétaires ne sont que l’une des nombreuses facettes. Cet épisode, inédit sous le régime actuel, a été abondamment commenté et constitue le paroxysme médiatique de la publicisation des tensions civilo-militaires au plus haut niveau de l’exécutif.
Bien avant ou même après le départ du général de Villiers, certains officiers « embarrassent » la diplomatie française lorsqu’ils émettent des doutes sur l’intérêt à suivre les options américaines en Afghanistan ou en Irak. L’épisode récent de la controverse autour de l’article du colonel Légrier, très critique de la stratégie américaine suivie à l’occasion de la bataille d’Hajin, en témoigne. L’article, initialement publié par la revue Défense Nationale a été retiré du site internet de la revue, mais largement repris par les médias et blogs spécialisés. D’autres officiers perdent leur affectation ou voient leur avancement ralentir lorsqu’ils prennent des positions publiques. Un exemple remarquable en est fourni par le général Soubelet, dont le poste de commandant de la gendarmerie nationale a été compromis en 2014 par ses prises de parole remettant en cause la « cohérence » politique de la lutte contre la délinquance. De même, les juristes ont encore le souvenir des péripéties contentieuses du lieutenant-colonel Matelly, dont les sanctions disciplinaires contre ses revendications syndicales ont été portées jusque devant le Conseil d’État (CE 12 janvier 2011 M. Matelly, n°338461) et la Cour Européenne des Droits de l’Homme (CEDH 2 octobre 2014 Matelly c/ France). Enfin, les officiers les plus « politisés » participent directement ou indirectement à des manifestations dont les enjeux concernent la politique intérieure. Les exemples à cet égard ne manquent pas, du général Dary prenant part aux activités de la « Manif pour Tous » en 2013, au général Piquemal participant à un rassemblement anti-migrants en 2016.

Il serait pourtant présomptueux d’affirmer que les officiers généraux s’expriment plus qu’avant car nous n’avons pas les moyens d’une comparaison diachronique.. Il convient plutôt de souligner les variations significatives dans leurs formes de mobilisations. Jusqu’à récemment, les prises de positions prenaient des formes collectives et anonymes, comme en témoignait l’épisode du groupe d’officiers « Surcouf » critiquant, en 2008, les orientations du Livre Blanc. Il en va désormais différemment. La mobilisation des officiers passe à présent par des supports permettant de toucher le « grand public », comme l’illustre l’exemple du blog « La Voix de l’Épée » de Michel Goya ou encore les nombreuses biographies, autobiographies ou livres de souvenir qui apparaissent sur les étals des librairies. Il en ressort que les officiers interpellent de plus en plus directement les autorités politiques et dressent des ponts entre les choix de politique étrangère et les orientations de politique intérieure. Il ne s’agit pas d’une spécificité française : aux Etats-Unis, la « révolte des généraux » du printemps 2006 se matérialise par toute une série de prises de parole dans la presse généraliste d’officiers retraités critiquant directement les options du Secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld en Irak qui démissionnera en novembre. Plus largement, cette évolution reflète la transformation du rôle et de la place des armées au cœur des sociétés démocratiques.

Un objet à construire : le système civilo-militaire

Conformément aux orientations interdisciplinaires du programme de recherche Sorbonne War Studies , dans le cadre duquel se tient cette Journée d’Etudes, les relations civilo-militaires demeurent un objet à construire. Cela suppose une méthode, qui permette à la pluridisciplinarité d’être une source de richesse et non de désordre. Dans cette optique, l’accent doit être mis sur la construction de l’objet d’études comme un ensemble cohérent d’axes, qui sont autant de parties d’un tout, et qui ont vocation à mobiliser, chacun, les outils des différentes sciences sociales.

Axes abordés :

  • Axe 1 : Acteurs et structure des relations civilo-militaires
  • Axe 2 : Le champ institutionnel des relations civilo-militaires
  • Axe 3 : L’environnement social des relations civilo-militaires

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