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Patricia Noirault, RFI

Pour une culture sans frontières :

Radio France internationale et ses émissions littéraires

 

Patricia Noirault

 

 

En 1931, débute à l’occasion de l’exposition coloniale internationale organisée à Paris[1], l’histoire du Poste Colonial. Destiné tout d’abord à informer les cent millions d’auditeurs de l’Empire français, le Poste Colonial se transforme en instrument diplomatique pour les alliés occidentaux après l’accession d’Adolf Hitler à la chancellerie en 1933 et le développement de la propagande nazie. Conséquence directe, la radio ne s’adresse plus seulement à des expatriés français mais cherche à être écoutée par le plus grand nombre. À la veille de la Seconde Guerre mondiale, le Poste Colonial devenu Paris Mondial émet dans trente langues différentes. Le 17 juin 1940, la station cesse de fonctionner pour renaître le 1er janvier 1945 sous l’influence de Philippe Desjardins, nommé par le général de Gaulle. En moins d’un an, la station émet en vingt langues vers quarante-six pays et s’appelle désormais Émissions vers l’étranger ou EVE. Pourtant, dès 1947 s’amorce une période où le manque d’ambition politique pour la radiodiffusion ralentit considérablement le développement des différentes radios françaises. Les deux blocs opposés dans la Guerre froide s’engagent dans une immense bataille radiophonique avec la création de radios dites privées comme Radio Free Europe. Au début des années soixante, la France n’est que dix-septième au palmarès des radios internationales, et le ministère des Affaires étrangères ne souhaite pas participer au conflit radiophonique qui oppose Américains et Russes. L’intégration des Émissions vers l’étranger au sein de l’Office de Radiodiffusion Télévision Française (ORTF), créé en 1964, n’amène pas de nouvelles langues à l’antenne.

En 1974, le président Valéry Giscard d’Estaing décide de supprimer l’ORTF et de créer la société Radio France. Radio France internationale (RFI) voit donc le jour en janvier 1975 comme cinquième chaîne du groupe. Cette reconstruction de l’audiovisuel ne se fait pas sans mal pour la radio qui perd quatorze des dix-sept langues qu’elle proposait. RFI se tourne alors vers un nouveau pôle d’auditeurs : l’Afrique francophone. Une chaîne sud est créée, émettant en langue française, tandis que se poursuit l’envoi d’émissions à destination de stations africaines et de radiodiffusions étrangères. RFI évolue alors très vite, avec le lancement d’une chaîne Ouest pour les francophones de la côte ouest des États-Unis et de l’Amérique centrale dès 1976 et, en 1977, la création de la chaîne Est qui porte une attention particulière au Portugal. L’arrivée au pouvoir de François Mitterrand, en 1981, bouscule une nouvelle fois le monde de l’audiovisuel public. Hervé Bourges devient alors le patron de RFI et fait adopter le premier plan quinquennal de développement. Ce plan prévoit un service mondial en français et la création de rédactions de langues étrangères. En 1986, le basculement du gouvernement à droite amène une nouvelle législation sur l’audiovisuel. La même année, la loi Léotard accorde à RFI son indépendance face à Radio France dont elle était une filiale. L’année 1986 marque aussi l’ouverture très nette de la radio vers l’Asie. L’actualité des années quatre-vingt-dix, et notamment la guerre du Golfe, conforte les dirigeants de RFI dans le renforcement de la place faite à l’information. RFI devient en 1996 une radio « tout-actu » avec cinquante-huit éditions quotidiennes de journaux, dont dix dédiées à l’Afrique. Depuis le début des années 2000, RFI conforte la place prioritaire donnée à l’information et à l’Afrique et ne cesse de chercher de nouvelles plates-formes de diffusion pour toucher un plus large public. Internet joue un rôle de plus en plus important et le site internet de RFI propose au public, outre des émissions de la chaîne, des programmes spécifiques liés le plus souvent à la langue française.

En 2011, RFI diffuse en treize langues[2], français compris. Avec environ 38,6 millions d’auditeurs réguliers[3], c’est en Afrique que se trouve son premier bassin d’audience : environ 26,4 millions d’auditeurs[4]. RFI a souvent suscité l’attention des chercheurs, notamment pour ses liens avec la politique. Si, ces dernières années, des études portent plus d’intérêt à l’auditoire particulier de RFI[5], il existe peu ou pas de recherches dans le domaine de l’histoire culturelle des relations internationales. Pourtant c’est bien là l’une des spécificités importantes de cette radio, qui lui donne un rôle d’agent culturel bien particulier. L’histoire même de son nom pourrait faire l’objet d’une étude. Entre le Poste Colonial, Émissions vers l’étranger et Radio France internationale, les mots utilisés pour nommer la radio ne sont pas anodins. Si le terme « colonial » situe tout de suite l’espace de diffusion de la station, le mot « étranger » ne permet pas de déterminer précisément les publics cibles (coloniaux, français expatriés, francophones ou autres). L’adjectif « international » convient peut-être mieux à l’histoire de RFI, en incluant l’espace français et la langue française dans un espace mondialisé. Si RFI reste avant tout une radio d’information, la promotion et l’illustration de la langue française font également partie de ses missions, selon l’article 6 de son cahier des charges[6].

Au cours de ces quinze dernières années ont été créées plusieurs émissions littéraires. Comment traiter de littérature en prenant en compte la promotion de la langue française, mais aussi le fait que si 80 % des auditeurs sont francophones, la langue française n’est pas leur langue maternelle ? La dimension internationale de RFI est-elle possible à retranscrire dans ces émissions littéraires ? Pour essayer de trouver des réponses à cette question, trois émissions ont été analysées[7] : Littérature sans frontières[8] présentée par Sophie Ekoué et Catherine Fruchont-Toussaint, la Danse des mots[9] d’Yvan Amar et Le club RFI[10] animé par Éric Amiens et Laurent Sadoux. RFI semble se différencier des autres radios en se démarquant de l’émission littéraire classique – présentation et critique de l’œuvre et de l’auteur – pour s’ouvrir à des perspectives plus large. Les grands théoriciens de la pensée littéraire sont les invités réguliers de RFI, permettant aux auditeurs d’accéder aux questions de fond qui touchent la littérature : l’utilité de la différenciation entre littérature française et francophone, la définition du concept de littérature monde, etc. La problématique est simple : une radio à vocation internationale peut-elle proposer une programmation littéraire en adéquation avec le souhait de promouvoir la langue française et un auditorat international ?

 

Littérature sans frontières, simple titre ou véritable concept ?

Littérature sans frontières (LSF) a pour volonté de rendre accessible au grand public la littérature, francophone ou non. Si le format, un livre par émission, est un schéma coutumier en radio, LSF met tout en œuvre pour respecter l’authenticité des œuvres. Chaque semaine, des comédiens jouent et enregistrent des extraits du livre présenté, le mettant ainsi en relief. En outre, les tapis[11] et pauses musicales doivent servir la même thématique que l’ouvrage choisi. Le titre même de l’émission et sa signification soulèvent quelques questions. L’utilisation du singulier pour qualifier la littérature à la différence des frontières qui restent plurielles et multiples, sous-entend l’idée que la force de la littérature est de dépasser les barrières géographiques et politiques. Sur la page internet de l’émission, seule une description rapide est disponible mais renforce cette idée de littérature englobant les différences identitaires :

« Littérature sans frontières se propose d’être une émission de littérature mondiale. Car comment penser la littérature autrement que mondiale ? Tant il semble que nous avons dépassé l’ère des identités littéraires post-industrielles et post-nationales où les écrivains se définissent tant par leur langue et leur origine géographique que par leurs affinités imaginatives ».

Le générique actuel de l’émission appuie cette volonté de proposer une littérature comme un monde en soi en reprenant les mots de l’ouvrage Voix Off de Denis Podalydes[12] : « Je lis les pages d’un livre. Le monde est dans le livre. Le monde est le livre ». Sans frontières, mondiale, monde, ces qualificatifs liés à la littérature font écho aux grands théoriciens de la littérature et notamment Édouard Glissant[13] qui, de la créolisation au tout-monde, a proposé une nouvelle définition de la littérature avec deux notions primordiales : l’imaginaire et la relation. L’émission reprend l’idée selon laquelle la littérature constitue un monde en soi dans lequel les frontières géographiques sont abolies grâce à la connexion des imaginaires.

Comment, dans la construction de LSF, les deux présentatrices mettent-elles en pratique cette volonté de traiter de littérature qualifiée ici de mondiale ? La présentatrice Sophie Ekoué, lors de notre rencontre en mars 2011, définit les critères qui lui permettent de choisir les livres présentés dans l’émission. Il doit s’agir avant tout d’un roman. Pour les animatrices, le roman est le style littéraire le plus global, qui, par sa forme et son contenu, constitue en soi un monde, accessible au grand public. Cependant, nouvelles et contes trouvent aussi leurs places dans l’émission, quand ils traitent de thématiques susceptibles de toucher le plus grand nombre d’auditeurs. S’il n’y a pas de sujets précis pour la sélection des livres, Sophie Ekoué a mis en avant que les œuvres choisies doivent agir comme une fenêtre sur le monde. C’est, selon elle, ce qui justifie le choix du roman qui peut traiter, à travers l’imaginaire, des problèmes de fond touchant la société : la guerre, la place des femmes, la politique, tout en dépassant les frontières nationales. Par exemple, le 26 décembre 2009, Sophie Ekoué reçoit l’écrivain José Edouardo Agualusa pour son roman, Les femmes de mon père[14]. À travers le parcours de la plus jeune fille du compositeur congolais Faustino Manso, l’auteur montre la place primordiale des femmes sur le continent africain dévasté par les guerres. À l’écoute des émissions, les livres choisis abordent majoritairement des sujets relatifs à la condition humaine et ont souvent un lien fort avec l’actualité ou l’histoire récente. Après les révoltes arabes, l’émission se tourne naturellement vers des auteurs issus des pays touchés par les révolutions. L’émission du 19 février 2011 est réservée au salon du livre de Casablanca, le 26 mars 2011, Sophie Ekoué reçoit Gamal Ghytani, une des grandes voix de la littérature égyptienne. Le dernier critère est certainement celui qui permet à LSF de se différencier des autres émissions littéraires à la radio, dans la mesure où sont le plus souvent présents des auteurs étrangers. Pour Sophie Ekoué, ces écrivains parlent de ce qui se passe en dehors de chez eux, contrairement à la littérature française centrée sur elle-même : en France, l’autofiction est un genre en plein essor. Enfin, l’actualité littéraire guide le choix des livres en suivant le rythme classique de l’année : rentrées littéraires, salons du livre, grand rendez-vous comme le Festival Étonnants Voyageurs. En 2012, pour la première fois, l’émission se déplaçait à Madagascar pour la semaine de la langue française et de la francophonie[15]. Les invités, auteurs et directeur de l’Institut français de Madagascar, ont discuté de la place et du rôle de la langue française dans un pays où le français est la langue officielle et celle de l’administration, mais où seule la langue malgache est utilisée par les trois quarts de la population. LSF propose une vision de la littérature telle que chaque livre puisse toucher l’auditeur qu’il soit malien, québécois, ou tunisien, etc. Cependant si le choix de mettre en avant une littérature étrangère place RFI comme un diffuseur culturel particulier, la forme de l’émission reste souvent classique avec l’interview de l’auteur sur son livre, ses personnages principaux et son style d’écriture.    

 

Littérature et francophonies

Si Littérature sans frontières (LSF) est un espace de diffusion culturelle, l’émission quotidienne d’Yvan Amar, la Danse des mots, propose un axe différent. En s’échappant du commentaire classique sur la littérature, Yvan Amar décrit son émission comme le théâtre des mises en scène du langage, ce qui l’amène parfois à sortir du cadre de la littérature[16]. L’émission s’intéresse aussi à l’explosion de la littérature francophone tout autour du monde, et soulève des questions que l’on retrouve peu sur les autres plages littéraires radiophoniques. Yvan Amar explore la façon dont les écrivains - et la langue dans laquelle ils écrivent - retranscrivent les influences linguistiques et culturelles qui les traversent. Les vendredis sont d’ailleurs réservés aux sapeurs de la langue, c’est-à-dire à la francophonie du Sud-Afrique, à la manière dont on y parle et écrit le français. La littérature paraît dans La Danse des mots comme un objet de médiation culturelle qui dépasse les frontières. On retrouve ici, le sens de littérature mondiale de LSF :

« Les mises en scène du langage. Le français sur Internet, l’évolution de l’orthographe, le Camfranglais qu’on parle au Cameroun, et même ailleurs l’explosion de la littérature francophone tout autour du monde. S’interroger sur la langue n’est pas une curiosité aiguë : c’est un révélateur du monde où nous vivons »[17].

Pour Yvan Amar, littérature mondiale est synonyme de circulation, de littérature en mouvement, et c’est ce qu’il met en pratique dans son émission en montrant les multiples usages du français et les inspirations qui traversent cette langue.

L’émission La Danse des mots est réalisée en collaboration avec le Centre pédagogique de documentation[18], mais il y a en réalité assez peu d’échanges et c’est Yvan Amar qui décide de l’angle donné à ces quotidiennes. Sans réelle volonté pédagogique[19], Yvan Amar souhaite avant tout aiguiser la curiosité à l’égard de la langue française parlée à travers le monde. Le livre prend alors une tout autre dimension. Il est ici le support de la pratique d’une langue. Par exemple, lors de l’émission du 18 janvier 2011, Yvan Amar reçoit Fatou Diome pour son roman Celles qui attendent[20]. Les questions portent sur l’utilisation dans son roman du français, du français sénégalais, des autres langues africaines, et de ce mélange de cultures presque inconscient, selon l’auteur, dans sa littérature. Dans l’émission, le livre n’est pas le seul support pour s’interroger sur la langue française. En effet, certaines émissions portent uniquement sur un champ lexical particulier comme celui du cirque ou du café, ou sur des langages singuliers, notamment ceux des métiers. Le livre ou tout autre support culturel, pièce de théâtre ou événement culturel, deviennent alors des outils pour développer le goût de la langue française[21].

L’émission se veut aussi un espace de débat. La rencontre avec des écrivains comme Édouard Glissant, Jean Bernabé, René Depestre, a permis d’exposer à un large public des notions complexes comme celle de littérature monde ou littérature francophone. Après la parution du manifeste, « Pour une littérature monde en français », le 16 mars 2007, une émission a été consacrée à cette question avec, pour invité, l’écrivain Abdouramane Waberi[22]. Il a remis en question la notion de littérature francophone qui désigne étymologiquement toute littérature en français, mais qui en réalité désigne exclusivement les œuvres produites en français par des auteurs dont le français n’est pas la langue natale. L’émission n’accueille pas uniquement des écrivains mais aussi toutes les professions qui gravitent dans l’univers de la littérature. Par exemple, les maisons d’éditions et leurs collections : comme en 2010 pour l’anniversaire des dix ans de la collection « Continents noirs », de Gallimard. Là encore, les discussions se sont orientées sur la place de la langue française et sur son utilisation par des écrivains francophones[23]. Autre spécificité de l’émission, la place accordée à des acteurs du monde littéraire souvent oubliés et qui pourtant tiennent un rôle majeur dans la littérature : les traducteurs. C’est la puissance du mot et sa résonance, souvent différentes selon les lieux, qui intéressent Yvan Amar. Ainsi, le 29 décembre 2009, reçoit-il Jean-Pierre Naugrette au sujet des traductions modernes des œuvres d’Edgar Allan Poe. La Danse des mots semble dépasser les cadres classiques de la littérature. Le livre  devient un support parmi d’autres, et c’est bien la langue française l’axe central de l’émission. Yvan Amar propose une émission totalement différente du schéma classique et apporte aux auditeurs un regard bien distinct de Littérature sans frontières.

 

Des ondes à la réalité du terrain

Le club RFI est le résultat d’une aventure née en Afrique lors du Sommet de la francophonie à Cotonou en 1995[24]. Des auditeurs de RFI décident alors de se réunir en club, c’est-à-dire en association d’auditeurs. La formule du club se répand très vite en Afrique et partout où l’on peut écouter RFI. Face à cet engouement, une charte a été créée, qui donne pour mission aux clubs d’organiser dans chaque ville des activités culturelles et sportives[25]. En 1999, RFI lance l’émission, Le club RFI qui met à l’honneur chaque semaine un club particulier. Aujourd’hui, les clubs RFI représentent plus de 90 000 adhérents répartis dans 110 clubs, dont les trois quarts se situent en Afrique. Toujours face à l’adhésion des auditeurs, l’émission devient de plus en plus interactive. Les membres du club partagent désormais la moitié du temps de parole de l’émission. L’émission ne traite pas majoritairement de littérature mais offre aux intervenants l’occasion d’exprimer leurs cultures littéraires[26]. RFI devient ainsi un récepteur culturel.

Deux parties de l’émission semblent significatives d’une autre vision de la littérature : L’actualité du club et Le proverbe[27]. Chaque semaine, le club invité à l’antenne cite un proverbe. Dans de nombreux pays d’Afrique, le proverbe reste une littérature orale très importante contrairement à la France où l’usage du proverbe est quelque peu désuet. Les proverbes cités le sont souvent dans la langue maternelle de l’auditeur. Si c’est le cas, le membre du club donne différentes traductions du proverbe : l’une que l’on pourrait qualifier de mot à mot, et souvent une deuxième version en comparaison avec un proverbe qui a plus de résonance en France. Avant la création de l’émission, une place était déjà accordée aux proverbes sur l’antenne de RFI. Le journaliste Vincent Garrigues[28] demandait aux auditeurs de son journal de lui envoyer des proverbes de leurs pays. Il eut un très volumineux retour de courrier, et chaque fin de journal finissait par un proverbe. Lors du départ de Vincent Garrigues, la rédaction a été submergée par de nombreuses lettres demandant le retour du proverbe à l’antenne[29]. L’émission, Le club RFI, est apparue alors comme la meilleure plate-forme pour la réapparition du proverbe sur les ondes.

La charte des clubs RFI permet et oblige la mise en place d’événements culturels. Très souvent, ce sont des initiatives littéraires qui trouvent un large écho dans la ville concernée. L’actualité des clubs,  en entrée d’émission, dresse un bilan rapide et offre un petit espace de publicité pour ces créations, telles que le concours Découverte jeunes écrivains à Bamako au Mali[30]. Sans avoir de chiffres précis mais selon l’écoute des émissions et l’interview des animateurs, la plupart de ces activités ont lieu dans des locaux scolaires et les membres des Clubs RFI sont étudiants, lycéens ou professeurs. Les informations données dans l’émission sur le déroulement des activités des clubs restent cependant minimes, et il est parfois difficile de contacter les clubs eux-mêmes. Le temps d’antenne réservé aux membres du club reste marginal par rapport à l’ensemble de la grille des programmes de la chaîne, mais Le club RFI reste une émission unique par le lien créé avec les auditeurs.

 

Dans une étude sur la littérature dans les relations internationales, RFI tient un rôle particulier. Émettant de France vers un public francophone qui n’est pas majoritairement de nationalité française, RFI a très vite créé un lien particulier avec le continent africain, mettant ainsi au service des chercheurs une nouvelle base de données pour traiter des relations France-Afrique, notamment au niveau culturel. L’histoire particulière de RFI et son attachement à l’Afrique a très vite donné à la langue française et à la francophonie une place toute singulière. La programmation littéraire de RFI tournée sur l’extérieur, reste liée à la langue française, ce qui fait toute son originalité face aux autres radios, mais sans effacer toutes ces contradictions. Agent culturel aux multiples visages, RFI a su faire de son auditoire une force et s’ouvrir ainsi à des questions qui ne trouvent pas leur place dans les autres radios françaises centrées sur les questions nationales. Il faut cependant nuancer l’intérêt porté à la culture. RFI reste avant tout une radio tournée vers l’actualité, où prime l’information. Les émissions culturelles, qu’elles soient littéraires, cinématographiques ou musicales, ont-elles encore un avenir dans les médias face à la surenchère médiatique de l’information en continu ? L’audience de RFI ne cesse de croître ces dernières années, mais il est difficile d’avoir accès aux chiffres précis de l’audience d’une émission et donc de juger de son réel succès[31]. De plus, il n’existe pas d’étude qualitative sur les auditeurs. Les réseaux sociaux pourraient, à court terme, apporter quelques éléments de réponse sur les publics des émissions littéraires et confirmer la part des auditeurs déjà attachés aux sujets littéraires (professeurs, journalistes, libraires, etc.). Ce que tendent à penser les différents animateurs des émissions. La particularité de RFI est d’avoir compris que la littérature se définit en intégrant toutes les facettes permettant de lier les cultures tout en mettant en avant la langue française par le biais des littératures francophones.



[1]   Ancienne étudiante en histoire, l’auteur a travaillé sous la direction de Pascal Ory pour rédiger son master en histoire culturelle, ayant pour sujet la presse de la bande dessinée des années soixante-dix à travers Métal Hurlant, L’Écho des Savanes et Fluide Glacial.

 

[2]    Les langues sont : anglais, espagnol, arabe, portugais, roumain, vietnamien, kiswahili, russe, khmer, haoussa, farsi, mandarin, français. Deux antennes seulement émettent en 24/24, l’antenne Monde et l’antenne Afrique, les deux en langue française. Les treize autres langues ne représentent que des décrochages locaux dans les pays concernés et ne durent que quelques heures par jour.

[3]    Les chiffres et statistiques sur l’audience de RFI sont diffusés chaque année dans une « brochure corporate » disponible sur le site Internet de la radio. Il faut d’ailleurs préciser qu’un auditeur dit régulier est un auditeur écoutant au moins une fois par semaine RFI. C’est une norme assez coutumière en radio.

[4]    Deuxième bassin d’audience : le Maghreb, le Proche et Moyen-Orient avec 7,8 millions d’auditeurs. L’Amérique du Sud représente 2,3 millions d’auditeurs et enfin l’Amérique du Nord, l’Asie, l’Océanie et l’Europe comptabilise seulement 2,1 millions d’auditeurs.

[5]    Cf. par exemple : Berchoud Marie Josephe, RFI et ses auditeurs, « chers émetteurs », Paris, l’Harmattan, 2001.

[6]    Article 6 : La société contribue à la promotion et à l'illustration de la langue française dans le respect des recommandations du Conseil supérieur de l'audiovisuel. Elle veille à la qualité du langage employé dans ses programmes. Le cahier des charges est distribué à tous les journalistes de la radio dans un livret intitulé « livre d’antenne ». Ce livret comporte aussi une description du vocabulaire à utiliser dans une radio à vocation internationale.

[7]    En 2012, ces trois émissions sont les seules à traiter de littérature. Ils existent aussi deux chroniques sur la littérature d’actualité, l’une traitant de la littérature française et l’autre de la littérature étrangère. Cependant, le temps de diffusion ne dépassant pas cinq minutes, il a été choisi de ne pas les prendre en compte dans cette étude.

[8]    Émission hebdomadaire diffusée le samedi sur l’antenne Afrique et en rediffusion sur l’antenne Monde. Cette émission, créée en 2008, est la réunion de deux anciennes émissions littéraires qui séparaient la littérature africaine dans Cahiers Nomades présentée par Sophie Ekoué et la littérature française avec Catherine Fruchont-Toussaint dans Entre les lignes. Les deux émissions ont été diffusées de 1995 à 2008.

[9]    Émission créée en 2002 et diffusée du lundi au vendredi sur la chaîne Afrique, et rediffusée le même jour sur la chaîne Monde. Outre ses fonctions à RFI, Yvan Amar, ancien professeur de français, est également producteur à Radio France : notamment à France Musique et à France Culture, où il organisa pendant quatorze ans les Transmusicals.

[10]   Émission diffusée le dimanche sur l’antenne Monde et rediffusée le même jour sur la chaîne Afrique. Créée par Jean Legrand en 1999, Éric Amiens en prend ensuite les commandes, aidé par Laurent Sadoux depuis 2010.

[11]   En radio, le tapis musical désigne la musique d’ambiance placée en fond sonore lors des interventions parlées de l’animateur, du journaliste ou des invités.

[12]   Denis Podalydes, Voix Off, Paris, Mercure de France, 2008. Prix Femina 2008.

[13]   Né le 21 septembre 1928 en Martinique et mort à Paris le 3 février 2011, Édouard Glissant, par ses essais, livres ou poèmes, milita toute sa vie pour le métissage des cultures, vecteur, selon lui, de mondialité en opposition à la mondialisation, uniquement économique et financière. Il adhère, à ses débuts, aux thèses d’Aimé Césaire sur la négritude avant d’en dénoncer les limites, à savoir l’ancrage culturel africain des Caraïbes, et de développer son concept de créolisation puis de tout-monde. Il met en évidence le principe de l’identité-relation face à l’identité fixe ou racine, tournée vers l’intérieur et fondée sur une langue, une région et une ethnie. L’identité-relation est au contraire ouverte sur le monde extérieur et se crée par la mise en relation de cultures et d’imaginaires différents. Cf. notamment Le Discours antillais, Poétique de la relation, Traité du Tout-Monde publiés chez Gallimard.

[14]   José Edouardo Agualusa, Les femmes de mon père, Métaillé, Bibliothèque portugaise, 2009.

[15]   L’événement était organisé la semaine du 17 au 25 mars 2012 avec le 20 mars la journée internationale de la Francophonie. Les émissions, diffusées le 17 et 18 mars 2012, sont disponibles sur le site de RFI.

[16]   Yvan Amar a accepté de répondre à nos questions le 23 février 2011.

[17]   Descriptif rédigé par Yvan Amar pour le site de RFI.

[18]   Le centre de documentation pédagogique est un établissement public placé sous la tutelle du ministère de l’Éducation nationale et dépend du réseau SCÉRÉN (Service, culture, édition, ressources pour l’Éducation nationale). Il propose de nombreuses ressources pédagogiques et documentaires à la communauté éducative.

[19]   C’est via son site internet que RFI assume une réelle mission pédagogique, une partie du site étant dédié  à la langue française et proposant des exercices de grammaire et de vocabulaire mais aussi le « journal en français facile ».

[20]   Fatou Diome, Celles qui attendent, Paris, Flammarion, 2010.

[21]   C’est le cas par exemple de l’émission du 1er décembre 2009 consacrée à l’exposition « Présence africaine » au musée du quai Branly.

[22]   L’auteur est l’un des 44 signataires du manifeste aux côtés d’Édouard Glissant, Ananda Devi, Dany Laferrière entre autres. L’émission fut diffusée le 23 mars 2007.

[23]   Émission diffusée le 10 février 2010, avec comme invité l’écrivain Théo Ananissoh pour son livre Ténèbres à midi, publié chez Gallimard dans la collection « Continents noirs ».

[24]   Un descriptif succinct de l’historique des Clubs RFI est disponible sur le site de l’émission.

[25]   La charte des clubs est disponible sur le site internet de RFI et stipule dans son préambule : « Les clubs RFI organisent des activités culturelles, sportives, environnementales, etc., qui attirent de plus en plus d’adhésions. Le club demeure une enceinte où se tissent les liens d’amitiés entre ses membres, il est également un moyen de rencontres par excellence ».

[26]   Ces auditeurs sont obligatoirement membres du club mis à l’honneur dans l’émission.

[27]   L’émission se structure en cinq parties distinctes : l’actualité du club, la voix de RFI (les membres du club invité peuvent poser leurs questions à un animateur ou journaliste de RFI), la pause musicale (choisie par le club invité), le courrier des auditeurs et le proverbe.

[28]   Le journaliste était détaché au service « Afrique » de RFI. Il a notamment présenté le Journal de midi.

[29]   Il est difficile cependant d’avoir une idée chiffrée des courriers envoyés par les auditeurs, RFI ne les archivant pas. L’archivage dans les radios, surtout depuis le numérique, pose un réel problème pour les chercheurs, les radios ne gardant presque jamais des données aussi importantes que les préparations d’émissions, d’interviews, le courrier des auditeurs…

[30]   Créé en 2006, le concours se déroule désormais chaque année généralement durant la Semaine de la Francophonie.

[31]   Selon les derniers rapports d’audience disponibles sur le site de RFI, en 2012, la radio franchit le cap des quarante millions d’auditeurs.