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André Derval, IMEC


L’Institut Mémoires de l’édition contemporaine

 

André Derval



                                

 

La création de l’Institut Mémoires de l’édition contemporaine (IMEC), à la fin des années 1980, a en premier lieu répondu à la demande provenant d’une communauté de plus en plus nombreuse de chercheurs désireux d’accéder aux archives professionnelles et privées détenues par les maisons d’édition[1]. Les statuts de l’association Loi 1901, sans but lucratif, rédigés en 1988, fixent pour buts à l’IMEC de « reconstituer et mettre en valeur le patrimoine des maisons d’édition, des revues et des différents acteurs de la vie du livre au vingtième siècle par l’accueil et l’exploitation des archives qui témoignent de leur action » et simultanément de « fournir à la communauté scientifique française et internationale, ainsi qu’au public curieux, des instruments de documentation et de recherche sur les auteurs contemporains, les métiers du livre et de l’édition. » Les fondateurs de l’association étaient issus de deux associations préexistantes, la Bibliothèque de littérature française contemporaine (collectant des archives d’auteurs contemporains et reconstituant le catalogue de maisons d’éditions de l’entre-deux-guerres) et Ent’revues, s’attachant à écrire l’histoire des revues littéraires et de sciences humaines.

L’originalité apportée au paysage archivistique et documentaire par l’IMEC a longtemps reposé sur un dispositif juridique permettant de convaincre les décideurs des maisons d’édition de lui confier leurs archives, dès lors qu’il était garanti par contrat que celles-ci restaient la propriété des éditeurs en question. Ce principe de dépôt étant établi, il était corrélativement légitime de demander aux éditeurs d’assumer les frais de traitement documentaire et de location de rayons, étant entendu que l’argent public versé à l’association IMEC sous forme de subventions ne devait en aucune manière être l’occasion d’une concurrence déloyale à l’encontre des stockeurs industriels, même si les logiques structurelles de ceux-ci différent grandement des missions que s’était assigné l’institut.

 

Très rapidement – les fondateurs de l’IMEC entretenant des liens anciens et étroits avec les éditeurs – les premiers fonds éditoriaux (Flammarion, La Table ronde, suivis de la Bibliothèque technique du Cercle de la Librairie) rejoignirent les collections de l’IMEC, à charge pour celui-ci de les conserver, de les décrire et de les mettre à la disposition de la recherche. La première bibliothèque ouvrit en octobre 1989, dans le septième arrondissement de Paris, rue de Lille – le même mois, l’IMEC était déjà présent à la Foire du livre de Francfort, puis organisait deux expositions sur les éditions Mame, au Centre national des lettres, à Paris et à Tours. Dans le prolongement de cette dynamique initiale, des ayants droit d’écrivains manifestèrent leur intérêt pour les activités de l’IMEC et également pour le cadre juridique du dépôt proposés aux détenteurs d’archives – le contrat fut donc adapté à leurs besoins et la formule connut un grand succès – d’une association faisant office de centre de ressources documentaires périphériques, l’institut devient en peu d’années une institution d’importance, accueillant des fonds d’écrivains, d’intellectuels ou d’hommes de théâtre aussi prestigieux que ceux d’Albert Camus, Arthur Adamov, Philippe Soupault, Jean Paulhan, Henri Berr, Emmanuel Bove, Jean Tardieu, Antoine Vitez ou Jean Wahl. Cette période est aussi marquée par les premières grandes interventions documentaires pour le compte d’entreprises telles que la Librairie Larousse, les Nouvelles Messageries de la Presse parisienne, puis Hachette-Livre (près de cinq kilomètres d’archives triées pour aboutir à un fonds d’un kilomètre linéaire en 1993 auquel viendront s’ajouter cinq cents mètres d’illustrations l’année suivante).

 

 

La progression des acquisitions est telle que l’IMEC doit affronter une véritable crise de croissance, les locaux parisiens ne suffisant plus et des solutions alternatives de réserves en grande banlieue étant aménagées – ces coûts supplémentaires ne sont cependant pas pris en compte par la tutelle financière, la Direction du livre et de la lecture, au demeurant appelée à la prudence par les institutions publiques dans ce domaine. En 1995 un certain nombre d’éditeurs d’intellectuels s’émeuvent publiquement de cette situation précaire, voire préoccupante. C’est à l’occasion d’un colloque en Basse-Normandie sur la littérature pendant l’Occupation que la situation se débloque : le Président du Conseil régional de l’époque, René Garrec, y fait la rencontre du Directeur de l’IMEC, Olivier Corpet, qui lui fait part de ses soucis de moyens et d’espace – il lui est alors répondu que la Région dispose d’une abbaye en lisière de Caen, qui pourrait dans un délai raisonnable être aménagée en vue d’accueillir l’ensemble des activités de l’institut. Un accord tripartite État-Région-IMEC entérina peu après ce projet, qui se concrétisa dans un premier temps par l’installation de la salle de lecture dans des locaux parisiens intermédiaires, rue Bleue dans le neuvième arrondissement (1998) et par le déménagement des collections vers la banlieue de Caen (2000), avec l’aide des Archives départementales du Calvados et de la Manche. L’Abbaye d’Ardenne (fondée en 1160) fut rénovée, notamment l’église abbatiale qui devint la salle de consultation, et un bâtiment moderne y fut construit, abritant les ateliers des archivistes et de bibliothécaires, ainsi que dix-huit kilomètres de rayons en magasins. L’inauguration de la salle de lecture eut lieu le 25 octobre 2004 ; depuis cette date, des centaines de chercheurs, venus du monde entier (entre 35 % et 40 % de chercheurs étrangers) bénéficient des services proposés à Ardenne – hébergement, restauration et, bien sûr, des conditions optimales de consultation dans un cadre privilégié.

 

Les fonds et collections ont désormais dépassé le nombre de 610 – ils restituent les traces d’activités des métiers du livre (édition, librairie, imprimerie, agence littéraire, graphisme[2]), de la production littéraire et intellectuelle[3], des associations et institutions[4], des revues et de la presse[5]. On notera cependant que l’IMEC a procédé à la restitution de certains fonds – Albert Camus, Emmanuel Roblès, Roland Barthes par exemple, à l’issue des périodes prévues dans le contrat de dépôt. De même, il s’est acquitté d’une aide archivistique apportée au Collège de France, qui ne disposait pas d’une logistique suffisante, pendant une douzaine d’années pour conserver, décrire et proposer à la consultation les archives de ses professeurs. Ces retraits ont cependant conduit l’association à proposer désormais des traités d’apport, avec transfert de propriété matérielle, de façon à pérenniser les collections – cette disposition n’étant cependant pas encore applicable dans le cas des grandes maisons d’édition.

 

Au long du quart de siècle d’existence de l’IMEC, les réalisations visant à une valorisation des documents qui lui étaient confiés ont été nombreuses : dans le domaine de l’édition premièrement, le catalogue des publications qu’il a initiées montre par son ampleur l’intérêt soutenu pour la connaissance par le livre (http://www.imec-archives.com/la-valorisation/editions/). Nourrissant ce catalogue ou en lien avec lui, une politique active de colloques et de séminaires, a depuis l’origine, constitué la facette publique de la relation de l’IMEC à la recherche – il va sans dire que les nombreuses expositions par lesquelles il s’est fait connaître procèdent de cette même logique (Marguerite Duras, 2006 ; Samuel Beckett, 2007 ; La Vie littéraire sous l’Occupation 2011). Enfin, grâce au label Centre culturel de rencontres, une programmation d’événements ponctue régulièrement le site d’Ardenne de manifestations : lectures, spectacles, présentations.

 

Devenue la première institution d’archives littéraires privées de France – et le premier centre d’archives éditoriales au monde, l’IMEC continue de se donner pour ambition une offre documentaire accrue pour un public de plus en plus large, et compte désormais suffisamment de partenaires français et étrangers pour envisager des opérations d’envergure afin de pérenniser le patrimoine culturel collecté et les recherches qu’il suscite.



[1]    Docteur en études littéraires, André Derval est responsable des fonds d'édition et des réseaux documentaires à l’Institut Mémoires de l'édition contemporaine (IMEC) à Paris. Il est également responsable de fonds d'auteurs, dont notamment Samuel Beckett, Louis-Ferdinand Céline et Michel Ragon.

[2].   Citons Albin-Michel ; André Bay ; L’Arbalète ; L’Arche ; Aubier-Montaigne ; Au Sans Pareil ; Gérard Blanchard ; Bordas ; Christian Bourgois ; Les Cahiers libres ; Georges Crès ; Dunod ; Jenny Bradley ; Michel Hoffman ; John Calder publishers ; Cercle de la Librairie ; Guy Chambelland ; Le Chêne ; Clancier-Guénaud ; Club des Libraires de France ; Corsaire ; Desclée de Brouwer ; La Découverte ; Denoël & Steele ; Dunod ;  Éditions Surréalistes ; Aline Elmayan ; Eyrolles ; Georges Fall  / Opus international ; Pierre Faucheux ; Gautier-Languereau ; Granit ; Grasset et Fasquelle ; Paul Hartmann ; Hetzel ; Kra / Le Sagittaire ; Pierre Lafitte ; Pierre Lherminier ; Librairie des Champs-Elysées / « Le Masque » ; Librairie Martin Flinker ; Librairie « La Maison des Amis des Livres » / Adrienne Monnier ; Éric Losfeld ; Mille et une nuits ; Paul Morihien ; Nathan ; Jean-Jacques Pauvert ; Phébus ; P.O.L. ; Les Quatre Vents ; Le Seuil ; La Sirène ; Stock ; Les Trois Collines.

[3].     Parmi lesquels Adonis ; Arthur Adamov ; Pierre Albert-Birot ; René Allendy ; René Allio ; Jacques Audiberti ; Dominique Bagouet ; Gilles Barbedette ; Samuel Beckett ; Tahar Ben Jelloun ; Henri Béraud ; Henri Bernstein ; Roger Blin ; Yves Bonnefoy ; Alain Bosquet ; Pierre Bourgeade ; Susan Buirge ; Jean Cayrol ; Louis-Ferdinand Céline ; Patrice Chéreau ; M.-E. Coindreau ; Colette ; Jacques Derrida ; Roland Dubillard ; Georges Duby ; Guy Dumur ; Marguerite Duras ; Jean Duvignaud ; Frantz Fanon, Jean Follain ; Michel Foucault ; Jean Genet ; Maurice Girodias ; Françoise Giroud ; Lucien Goldmann ; Jerzy Grotowski ; Georges Hyvernaud ; Alain Jouffroy ; Kateb Yacine ; Sarah Kofman ;  Violette Leduc ; Emmanuel Levinas ; Jean-José Marchand ; Gabriel Matzneff ; Henri Meschonnic ; Pascal Pia ; Raymond Radiguet ; Michel Ragon ; Alain Robbe-Grillet ; Éric Rohmer ; Raul Ruiz ; Robert Sabatier ;  Maurice Sachs ; Erik Satie ; Georges Schehadé ; Kenneth White.

[4].   Académie expérimentale des théâtres ; ACTUAL / Archives du Surréalisme ; Centre catholique des intellectuels français ; Centre culturel international de Cerisy  ; Galerie Colette Allendy ; Collège international de philosophie ; Ephemera , livres d’artistes ; GIP / Groupe d’Information sur les Prisons ; L’Itinéraire ; P.E.N. Club ; Sida-Mémoires ; Union des écrivains.

[5].   Les Annales politiques et littéraires ; L’Arc  ; Arguments ; Banana Split ; Les Cahiers de la Pléiade ; Commerce ; Change ; Commerce ; Commentaire ; Confluences ; Critique ; Esprit ; Études anglaises ; Le Figaro  ; Fontaine  ; Jardin des Modes ; Messages ; Mesures ; Le Nouveau Commerce ; Les Nouvelles littéraires ; Nouvelles nouvelles ; Po&sie ; Le Pont de l’épée ; Revue de Synthèse ; Revue des Deux Mondes ; Science Socialisme ou Barbarie ; Syndicats et associations de journalistes ; Tel Quel ; collections Jean-Michel Place, Ent’revues et André Vasseur.