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Jo Saade, guerre de Sécession

 

La guerre de Sécession vue par les journaux français

Jo Saade

 

 

 

« Le plus grand malheur des guerres civiles est que l’on y est responsable même du mal que l’on ne fait pas »[1]. Les propos de Jean-François Paul de Gondi, cardinal de Retz (1613-1679), sont particulièrement appropriés pour introduire une étude sur la guerre de Sécession[2]. La guerre de Sécession est en effet un conflit qui a douloureusement marqué l'histoire américaine, dans le sens où il a mis aux prises des citoyens qui étaient solidaires lors de leur indépendance. Il s'agit de la première et unique guerre civile du pays. Pendant son déroulement, la guerre de Sécession attire les regards des grandes puissances mondiales, notamment la France.  Beaucoup de combattants se sont engagés dans cette guerre sans avoir l'intention de servir de nobles desseins, et d'abord, pour protéger leur mode de vie et leurs terres. Ainsi pour les États-Unis, jeune nation dont l'indépendance date de moins d'un siècle, l'année 1861 est marquée par le début du conflit le plus dévastateur de l'histoire du pays – 620 000 morts au total, 360 000 Nordistes et 260 000 sudistes, sans compter les blessés –, conflit qui ne prend fin qu'en avril 1865.

La doxa selon laquelle les Nordistes ont pris les armes pour abolir l'esclavage semble réductrice au regard des enjeux complexes de la guerre de Sécession. La plupart des Nordistes, dont Abraham Lincoln, n'ont jamais affirmé se battre pour l'abolition de l'esclavage avant la fin de l'année 1862, bien que l'institution esclavagiste ait divisé les Américains depuis de nombreuses années. L'idée selon laquelle l'esclavage n'est pas le seul point de discorde entre le Nord et le Sud des États-Unis est formulée par Alexis de Tocqueville en France dès 1835, bien avant que la guerre de Sécession n'éclate. Pour l'auteur, la cassure entre le Nord et le Sud s'est faite progressivement. Dans son ouvrage, il présente deux facteurs de conflit. La contradiction entre les progrès de la démocratie au Nord comme au Sud et l'exacerbation des sentiments « racistes » aux États-Unis l'interpellent. L'évolution différente de cette question en fonction du type d'économie du Nord et du Sud est aussi un facteur de discorde : les plantations du Sud reposent en grande partie sur la main-d’œuvre composée d'esclaves. Il écrit à ce sujet : « Ce n'est pas dans l'intérêt des Nègres mais dans celui des Blancs qu'on détruit l'esclavage aux États-Unis »[3]. Pour de nombreux Américains, l'esclavage et la République peuvent coexister comme cela a été le cas sous les Empires grec et romain dans l'Antiquité. Les Nordistes se battent avant tout pour le maintien de l'Union.

Les journaux français témoignent précisément de la variété des motifs et prétextes avancés par le Nord et le Sud des États-Unis pour justifier la guerre. Il est toutefois essentiel de revenir sur la notion de « représentation » qui est primordiale pour analyser l'interprétation des événements par les journaux.

Dans le cadre de cette étude, tous les journaux parisiens majeurs ont été consultés sur la période 1861-1865 – incluant la deuxième moitié de l'année 1860 – mais nous avons particulièrement étudié Le Journal des Débats, Le Temps, Le Constitutionnel et Le Pays. Cet échantillon de journaux français étudié sur la totalité des années 1860 à 1865 permet ainsi d'analyser les représentations de la guerre de Sécession dans deux journaux à tendance libérale et orléaniste – Le Journal des Débats et Le Temps – ainsi que dans deux journaux de la presse gouvernementale, Le Constitutionnel et Le Pays. Cette dichotomie dans les affiliations politiques nous permet notamment de discuter l'hypothèse de départ selon laquelle les journaux mettent en valeur l'Union ou la Confédération sudiste dans leurs lignes éditoriales en fonction de leur affiliation politique en France. Nous avons aussi consulté Le Siècle et La Presse dont les articles sont fréquemment repris dans les quatre journaux choisis.

Quelques questions semblent intéressantes à traiter dans le cadre de cette étude. Les représentations de la guerre de Sécession dans les journaux français sont-elles forgées par la ligne éditoriale de ces journaux ? Les valeurs fondamentales des deux pays entrent-elles en considération pour ces représentations ?

 

Représentation et perception

 

La notion de représentation est au cœur d'une telle étude. Selon Denise Jodelet, la notion de représentation sociale « est une forme de connaissance socialement élaborée et partagée ayant une visée pratique et concourant à la construction d'une réalité commune à un ensemble social »[4], l'ensemble social ici concerné incluant les Français dans les années 1860 à 1865. La représentation est un processus qui n'implique pas seulement l'idée elle-même mais aussi la communication de cette idée.

On peut noter l'existence d'un double prisme pour les représentations de la guerre de Sécession dans les journaux français. Les écrans, filtres auxquels sont soumises les informations venues des États-Unis, sont dus à la fois au contexte de la guerre de Sécession à proprement parler et au contexte français de la vie politique du Second Empire. Les facteurs qui influencent les représentations du conflit dans les journaux français sont la politique intérieure, les transformations de la France à l'époque et la politique étrangère, Napoléon III voulant être un acteur majeur de la diplomatie mondiale.

 

La France et les États-Unis : une relation compliquée

 

Pour Napoléon III, être un acteur majeur de la diplomatie mondiale passe par l'entretien de bonnes relations avec les États-Unis, puissance montante. Des événements importants de la période de la guerre de Sécession tels que « l'affaire du Trent » (cf. infra), les projets de proposition d'armistice de Napoléon III à destination du Nord et du Sud des États-Unis, mais aussi la crise du coton en l'Europe, influencent et sont influencés par les relations franco-américaines.

Ces dernières sont fréquemment abordées dans les journaux entre 1860 et 1865. On peut lire, dès 1861, que le journal gouvernemental Le Constitutionnel s'interroge sur la qualité des relations entre les deux pays : « N'avons-nous pas été traversés, contrariés, combattus, gênés par les États-Unis en maintes occasions et sur maintes questions graves ? Et n'est-ce pas un paradoxe inexcusable que de nous représenter aujourd'hui les États-Unis comme le modèle et le type d'une constante et cordiale alliance ? »[5]. Le Journal des Débats parle, quant à lui, de « relations amicales »[6] entre les deux pays et montre son opposition aux journaux gouvernementaux. De telles perceptions sont dues à plusieurs facteurs.

Si les États-Uniens se montrent reconnaissants à la France de l’aide apportée pendant leur guerre d'Indépendance à partir de 1778[7], la période de la guerre de Sécession met en évidence l’ambivalence des relations franco-américaines au xixe siècle. Les tentatives d'intervention française dans le conflit – incarnées par la proposition d'armistice de Napoléon III – s'achèvent à l'été 1863[8]. La neutralité finalement préférée par le gouvernement impérial n'est pas uniquement due au manque d'influence de la presse libérale ou bonapartiste en France. En effet, l'opinion publique, si elle est représentée dans les journaux français, n'a pas les moyens de se faire entendre ; c'est plutôt le changement d'opinion en Angleterre à la fin de l'année 1862 qui pousse la France à conserver son statut de puissance neutre dans le conflit américain.

Le manque de coton en Europe figure dans les journaux parmi les facteurs pouvant justifier une intervention française dans la guerre de Sécession. Cette « diplomatie du roi Coton »[9], susceptible de pousser Napoléon III à soutenir officiellement le Sud dans le but de soulager l'industrie textile du Second Empire, ne débouche finalement sur aucune décision diplomatique majeure. La presse gouvernementale s'exprime de la sorte sur le sujet :

« Notre politique n'est pas de défendre l'institution esclavagiste, mais de chercher des moyens d'amener cette odieuse institution à disparaître, sans créer de révolutions et sans empiler des ruines, en se souciant dans le même temps de l'industrie française, et les nègres des Carolines ne font pas oublier les ouvriers de Lyon et Roubaix. La politique du Constitutionnel, par conséquent, peut être résumée en deux mots : Conciliation, Médiation »[10].

Avec ces lignes, Le Constitutionnel agit comme le relais de la politique gouvernementale. Le Journal des Débats attaque dans ses publications les sudistes qui maintiennent leur activité de destruction de bâtiments de commerce par des navires « plus ou moins officiels », les qualifiant de « pirates »[11]. La neutralité française est assurée par l'alignement sur les choix britanniques qui ont inspiré des alternatives en France. La Grande-Bretagne ayant réussi à diversifier l'origine de ses importations de coton grâce aux Indes britanniques et à l’Égypte, la France s'est tournée vers ses colonies pour pallier ce problème. La guerre de Sécession entraîne l'écriture de nombreux articles dans les journaux français. Ces articles reviennent sur les valeurs américaines et leurs paradoxes, notamment concernant le concept démocratique états-unien.


La guerre de Sécession : le reflet de perceptions démocratiques différentes

 

Dès 1861, la presse orléaniste s'exprime sur le conflit : « Les États-Unis […] ont mis fin à une démocratie égoïste et brutale, et aujourd'hui se tirent les uns sur les autres avec des canons »[12]. Il est intéressant de noter que si l'idée de démocratie est chère aux Orléanistes, ils critiquent sévèrement la démocratie telle qu'elle est appliquée aux États-Unis. Pour Le Constitutionnel, le Nord a traité le Sud comme un ennemi étranger en détruisant le port de Charleston et la flotte s'y trouvant, ce qui rend ces deux nations irréconciliables[13]. Le déclenchement de la guerre de Sécession est perçu de la sorte par les journaux des bords gouvernementaux et orléanistes. Ce n'est pas uniquement la France qui voit la guerre de Sécession de cette façon.

La guerre de Sécession a en effet contribué à ternir l'image des États-Unis auprès des pays européens. Ce conflit meurtrier est ce qu'on peut qualifier de premières guerres totales[14], impliquant toute la société civile en plus des milices qui font la particularité de l'environnement militaire américain entre 1860 et 1865. Le pays n'est alors pas préparé pour un événement de cette ampleur ; les milices, servant à assurer la sécurité dans chaque État, ne sont pas comparables à une armée entraînée. Les batailles sont difficiles à mener et à commander, même si d'excellents généraux comme Robert E. Lee et Ulysses S. Grant s'illustrent au cours du conflit. Nord et Sud des États-Unis cherchent le soutien de puissances européennes comme la France et l'Angleterre. « L'affaire du Trent »[15] illustre, à la fin de l'année 1861, la place importante de la diplomatie européenne dans le conflit américain. Même si la France et l'Angleterre n’y participent pas militairement, la guerre de Sécession n'en est pas moins un conflit qui fait écrire et parler de lui dans les deux pays, et qui encourage aussi la publication d’œuvres picturales comme les caricatures du Punch, journal satirique britannique, dont certaines sont utilisées dans cette étude pour établir des comparaisons avec la France.

La presse française fait référence à des articles étrangers, mais elle propose avant tout ses propres analyses tout au long du conflit. Les journaux pris en compte dans l’étude ont publié, en moyenne annuelle, près de quatre cents articles relatifs à la guerre de Sécession durant le conflit. À quel point la presse peut-elle utiliser le conflit américain pour critiquer ou louer le système politique français ? Qu'en est-il de la liberté d'expression de la presse ? Le Second Empire est une période déterminante dans le développement de la presse en France ; de nombreuses transformations sont notables.

 

Le Second Empire, environnement propice au développement journalistique

 

Le Second Empire possède presque tous les traits de l'empire autoritaire, mais on observe une évolution libérale assez notable sous l'impulsion d'une opposition orléaniste qui sait se faire entendre[16]. La presse participe à l'évolution libérale du Second Empire. Elle est d’ailleurs à une période charnière de son histoire. En effet, même si la liberté de la presse n'existe pas dans les faits avant la loi du 29 juillet 1881[17], l'opposition pouvait s'exprimer malgré la censure officielle. Les journaux français ont ainsi, comme les autres grandes presses européennes (britannique et prussienne), fréquemment reçu et transmis des nouvelles d'un pays qui attire la curiosité française. L'empereur Napoléon III est engagé sur plusieurs fronts en Europe, mais la situation états-unienne est souvent traitée[18].

Les transformations de la presse sont nombreuses sous le Second Empire : la réception des informations arrivant en France depuis les États-Unis par le biais des correspondants présents sur place est nettement accélérée grâce à la mise en place d'un service postal direct entre les deux pays. Les lecteurs peuvent désormais accéder aux informations relatives au continent américain en dix jours et l'amélioration générale des services de presse, comprenant par exemple le développement des envois télégraphiques, permet d'obtenir des informations plus complètes sur les événements se déroulant à l'étranger.

Outre le développement de la presse sous le Second Empire, les valeurs sont un vecteur important des publications françaises. Une question nous paraît alors intéressante à poser : les valeurs affirmées par le Nord et le Sud entrent-elles en considération dans le soutien des journaux à l'un des deux camps ?

Affiliation politique et ligne éditoriale : deux éléments distincts

 

L'étude du lien entre l'affiliation politique des journaux étudiés et leur ligne éditoriale nous encourage à penser que si l'affiliation politique des journaux influence indubitablement leur perception de la guerre de Sécession et leur soutien à un camp, la situation est globalement plus complexe que le schéma affirmant que les journaux gouvernementaux soutiennent le Sud et que la presse d’opposition soutient le Nord. La transition des journaux gouvernementaux dans le passage de leur soutien du Nord au Sud des États-Unis se fait en parallèle au changement de politique diplomatique de Napoléon III. Alors que les libéraux montrent leur soutien au Nord dès le début du conflit et maintiennent que l'esclavage est la seule cause de la guerre, les journaux impérialistes sont moins unanimes et convaincus du rôle de l'esclavage dans le déclenchement de la guerre de Sécession. On peut d'abord  constater une sympathie pour l'Union dans la presse gouvernementale. Mais au fur et à mesure de l'évolution de la guerre, ces journaux affichent un soutien au Sud de plus en plus marqué. Cela est particulièrement visible sur les parutions du Constitutionnel entre le 21 novembre 1860 et le 7 mai 1861.

 Les Légitimistes, tout en étant dans l'opposition au gouvernement impérial, soutiennent un Sud qui partage certaines de leurs valeurs, même si les États-Unis sont globalement perçus de façon négative par la presse légitimiste. L'analyse légitimiste de la démocratie américaine, présentée par des journaux comme Le Monde ou L'Union, dénonce un individualisme totalement rationnel dénué d'ordre moral – même si cela est moins marqué au Sud – dû à l'héritage de la civilisation commerçante britannique. L'héritage culturel de la France en Louisiane pousse les journaux français à montrer une certaine compréhension envers le Sud, même chez ceux qui sont généralement opposés aux valeurs revendiquées par la Confédération sudiste comme Le Temps ou La Presse.

Les autres journaux, faisant partie de l'opposition, soutiennent fidèlement le Nord des États-Unis, aux valeurs plus proches des idées libérales héritées du siècle des Lumières, dont la démocratie est représentative. La question de la démocratie est un thème récurent dans la presse de l'époque et elle devient, de fait, un facteur à part entière qui influence les représentations de la guerre de Sécession dans les journaux. Le Constitutionnel et Le Pays affichent un certain mépris pour la démocratie américaine qui, dès le premier événement majeur de l'histoire du pays, montre son inefficacité, et l'utilisent comme argument pour justifier leur soutien au Sud. Le Journal des débats et Le Temps, à l'inverse, l'utilisent comme l'illustration de la compatibilité de la liberté de l'individu avec la stabilité politique, malgré le conflit qui la fait vaciller.

Un article très intéressant à ce propos du Siècle, réputé pour avoir des connivences à la fois avec les valeurs gouvernementales et les valeurs orléanistes, exprime le point de vue suivant :

« Ce n'est pas pour le compte des intérêts de Marseille que ces journaux [La Gazette du midi, Le Courrier de Marseille et Le Nouvelliste] soutiennent le Sud. La haine de la démocratie, dans le cas de la Gazette, et le désir de se conformer aux politiques de l'Empire dans le cas du Courrier et du Nouvelliste, expliquent cette attitude. On pourrait s'aventurer à dire que les journaux libéraux soutiendront la cause nordiste en opposition aux politiques de Napoléon III »[19].

 

Il serait difficile d'affirmer que la situation politique en France n'influence pas les représentations du conflit dans les journaux, et la guerre de Sécession est un moyen indirect pour les journaux de l'opposition de critiquer le gouvernement français sans risquer d'avertissement ou de suspension par la censure. Enfin, les facteurs géopolitiques occupent une place importante dans ces représentations : la présence française au Mexique entre 1861 et 1867 empêche Napoléon III de prendre une décision qui compromettrait son intervention dans ce pays. L'Empereur essaie également de préserver l'équilibre européen en suivant les choix britanniques en ce qui concerne la guerre de Sécession, même quand l'Angleterre s'engage sur la voie de la neutralité[20]. Les États-Unis constituent également un allié intéressant pour Napoléon III en cas de conflit avec l'Angleterre, et maintenir l'unité nord-américaine est un objectif que l'empereur des Français garde à l'esprit dans son appréciation du conflit états-unien. Globalement, la paix est trop précieuse pour l'équilibre géopolitique européen : les décisions diplomatiques de Napoléon III sont toutes prises dans le but de préserver cet équilibre tout en étendant l'influence française.


La presse française et la guerre de Sécession : un reflet de la société française

 

Le but d'une telle étude, en se replaçant dans l'univers mental et psychologique de l'époque, est de saisir la complexité structurelle des États-Unis à une période cruciale de leur histoire, vue par la presse française. Cette étude permet de mettre en lumière le fait que les représentations de la guerre de Sécession dans les journaux français relèvent à la fois de facteurs extérieurs – le conflit américain et son déroulement, ainsi que la politique étrangère de la France impériale – et intérieurs – l'opposition entre Bonapartistes, Orléanistes et Légitimistes. Cela place ce sujet au confluent de l'histoire politique et de l'histoire des idées, mais aussi des relations internationales des années 1861-1865.

 


[1]    Jean-François Paul de Gondi, cardinal de Retz, Mémoires du cardinal de Retz : 1628-1649, p. 330, consulté en ligne http://books.google.fr/books?id=MSQj_nKreyoC&hl=fr.

[2]    Le présent article est le compte rendu du mémoire réalisé dans le cadre d'un Master 2 sous la direction d’Annick Foucrier, intitulé « Représentations de la guerre de Sécession dans des journaux français, 1860-1865 », soutenu en juin 2012 à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Après des études d'histoire et géographie, Jo Saade a choisi de se focaliser sur les relations internationales dans le cadre de son master. L’auteur poursuit actuellement des études de communication et de médiation d'entreprise.

[3]    Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique, t. 1, 2e partie, Paris, 1836, p. 262.

[4]    Denise Jodelet, « Représentation sociale : phénomènes, concept et théorie », in Serge Moscovici (dir.), Psychologie sociale, Paris, PUF, 1997, p. 36.

[5]    Le Constitutionnel, 10 décembre 1861.

[6]    Le Journal des Débats, 24 février 1862.

[7]    André Kaspi, « Jean-Baptiste Duroselle, La France et les États-Unis, des origines à nos jours », Revue française de sociologie, 1977, vol. 18, n° 3, p. 531. Pour André Kaspi, le « mythe de Lafayette est toujours vivace » mais il  estime, à propos des relations franco-américaines, que « l'indifférence l'a souvent emporté sur tout autre sentiment ».

[8]    En novembre 1862, Napoléon III fait sa tentative la plus sérieuse d'intervention dans le conflit américain. Le 10 novembre, le British Foreign Office reçoit une proposition de participation à une coalition regroupant la Russie, l'Angleterre et la France, comprenant un projet d'armistice de six mois entre le Nord et le Sud des États-Unis, temps qui serait consacré à des négociations de paix. Finalement, la Russie et l'Angleterre refusent de s'allier à Napoléon III pour sa proposition d'armistice et celui-ci doit alors effacer cet échec diplomatique. Dès le 3 février 1863, une proposition de « médiation amicale » est transmise aux représentants américains en France. Cette proposition est également repoussée, marquant la dernière tentative de médiation française entre Nord et Sud des États-Unis.

[9]    Steve Sainlaude, La France et la Confédération sudiste. La question de la reconnaissance diplomatique pendant la guerre de Sécession, Paris, L'Harmattan, 2011, p. 15. L'expression « roi Coton » vient de l'anglais King Cotton, formule employée par le sénateur de la Caroline du Sud, James H. Hammond, le 4 mars 1858. Ce dernier « estime que le Sud a entre ses mains un pouvoir considérable car, sans cette matière première indispensable pour leur industrie textile, France et Angleterre verraient leur économie s'effondrer ».

[10]   Le Constitutionnel, 8 mai 1862.

[11]   Le Journal des Débats, 11 février 1862.

[12]   Ibid., 3 septembre 1861.

[13]   Le Constitutionnel, 20 janvier 1862.

[14]   La guerre de Sécession devient idéologique après l'entérinement formel du discours de Gettysburg le 19 novembre 1863. La production est à échelle industrielle et la politique de la terre brûlée est appliquée par le général Sherman pendant sa marche vers la mer, autant de raisons suffisant à qualifier cette guerre de guerre totale.

[15]   « L'affaire du Trent » est un incident diplomatique laissant imaginer pendant un temps une intervention de l'Angleterre aux côtés du Sud. Le 8 novembre 1861, l'USS San Jacinto, commandé par le capitaine unioniste Charles Wilkes, intercepte le Trent, paquebot britannique, et enlève deux diplomates confédérés, James Mason et John Slidell, respectivement envoyés vers la Grande-Bretagne et la France pour essayer d'obtenir une reconnaissance diplomatique de la confédération sudiste. Les otages sont finalement libérés le 1er janvier 1862 et peuvent rejoindre leur destination prévue.

[16]   Selon un rapport gouvernemental d'août 1861, 36 859 journaux orléanistes sont en circulation en France à ce moment contre 52 832 journaux impériaux, une différence qui n'est pas significative, surtout étant issue d'un rapport du gouvernement dont la propagande était un outil préférentiel (Georges d'Avenel, Histoire économique de la propriété, Paris, Imprimerie nationale, 1926, p. 259-260).

[17]   La loi sur la liberté de la presse du 29 juillet 1881 votée sous la IIIe République définit les libertés et responsabilités de la presse française. Elle est considérée comme le texte juridique fondateur de la liberté de la presse et de la liberté d'expression en France, inspirée par l'article 11 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789 (Michael B. Palmer, Des petits journaux aux grandes agences. Naissance du journalisme moderne, Paris, Éditions Aubier, 1983, p. 46).

[18]   Le Temps, 10 février 1863. Le journal recense les pays qui font l'objet d'une attention particulière de la diplomatie française. Il s'agit de la Pologne, dont les insurrections sont observées attentivement en France, mais aussi l'Italie en pleine unification et le Mexique qui est la porte d'entrée, selon Napoléon III, sur le continent américain.

[19]   Le Siècle, 21 novembre 1861.

[20]   Le Journal des débats, 26 septembre 1861. L'ambition de Napoléon III est d'établir un Empire français puissant et pérenne sur le plan géopolitique, en Europe mais également dans le reste du monde. Un de ses rêves concerne l'Amérique centrale et plus précisément le Mexique ; son projet est la mise en place d'un empire latin et catholique en Amérique centrale pour contrebalancer l'influence anglo-américaine.