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Audrey Kichelewski, Brichah et l'émigration des Juifs de Pologne, 1944-1948


« S'enfuir et secourir », 1944-1948

Brichah et l'émigration des Juifs de Pologne

Audrey Kichelewski

 

 

« Quand nous avons recouvré la liberté, nous sommes allés dans notre village – maisons brûlées, il ne restait plus que dix personnes. Mais à la décharge, à deux kilomètres de la ville, dans un grand ravin, gisaient 1 000 personnes, toutes avec la tête tournée dans le même sens. […] Nous avons vu cela de nos propres yeux, en creusant les fosses. Et cela nous a plutôt obligés à nous enfuir de cette terre sanglante où nous avions perdu nos parents, nos proches. Pour être entre nous, frères et sœurs, intéressés par notre survie et notre sort »[1].

 

Ce témoignage de jeunes rescapés de la Shoah en Pologne est assez représentatif de ce que pouvaient ressentir les survivants de l’extermination des Juifs d’Europe à leur retour dans leurs foyers[2]. Comment survivre après avoir perdu les siens, et dans le cas de la Pologne, espace principal de l’anéantissement des Juifs, comment demeurer dans le cimetière de ses proches, en particulier lorsque l’indifférence, sinon l’hostilité domine autour de vous ? Telles étaient les questions qui tourmentaient les dizaines de milliers de She’erit Hapletah – le reste des survivants, selon une expression biblique utilisée pour désigner les rescapés de la Shoah en Europe –, dans leur identité de groupe et leurs espoirs d’une reconstruction, ailleurs[3]. Une majorité choisit de partir. Mais dans une Europe en ruines, en proie à de multiples secousses politiques, les mouvements migratoires de l’immédiat après-guerre étaient l’objet d’une vigilance toute particulière des États craignant l’afflux massif de populations exsangues et démunies. Dans ce contexte troublé, l’essentiel des flux se fit alors dans l’illégalité ou la semi-légalité, sous le regard parfois complice ou conciliant d’autorités nationales ou d’institutions internationales.

Dans le cas des survivants juifs d’Europe centrale et orientale, environ 250 000 personnes s’enfuient au sortir de la guerre vers l’Allemagne, l’Autriche et l’Italie – pays de transit en attendant d’autres cieux en Europe –, mais plus souvent outre-Atlantique ou vers le futur État d’Israël. Ce mouvement fait suite aux différentes tentatives d’émigration illégale vers la Palestine depuis l’Europe centrale, avant et surtout pendant la Seconde Guerre mondiale[4]. Afin de gérer ces flux, l’organisation Brichah – qui littéralement signifie « la fuite » en hébreu et désigne à la fois la fuite et le mouvement qui l’organise –  a joué un rôle majeur. « S’enfuir et secourir », telles étaient en effet ses principales missions décrites, il y a plus de quarante ans, par l’historien Yehuda Bauer[5]. L’objectif principal de cet article est de comprendre l’action de cette organisation en Pologne entre 1944 et 1948, d’où elle fit partir plus de 120 000 Juifs, soit près de la moitié des rescapés de la Shoah dans ce pays[6]. À partir de sources administratives polonaises et de témoignages, nous pouvons éclairer d’un jour nouveau l’activité de ce réseau transnational clandestin, fort de nombreuses cellules dans toute l’Europe et disposant de soutiens inattendus de la part d’institutions officielles. Après avoir inscrit la création de Brichah dans le contexte spécifique de la sortie de guerre polonaise, nous reviendrons sur sa structure, son réseau, ses méthodes et enfin ses relations complexes avec les organismes officiels chargés de l’aide et du contrôle de la population juive. La conclusion permettra de dresser le bilan des cinq années de son activité.

 

Le contexte : une sortie de guerre dans la violence

On estime à moins de 10 % le nombre de survivants sur les plus de trois millions de citoyens juifs polonais vivant dans le pays en 1939. Leurs expériences de la guerre – et, partant, leur situation matérielle, psychologique et même géographique – sont des plus diverses. Une partie d’entre eux, quelques milliers, est sortie des camps de concentration de Pologne et d’Allemagne, d’autres se sont cachés sous une fausse identité, ou ont rejoint les rangs de l’armée polonaise formée en Union soviétique, et enfin, les plus nombreux ont vécu dans les confins de l’URSS, souvent dans des conditions très difficiles. Cette multiplicité des localisations et des cas particuliers explique l’impossibilité d’obtenir des estimations précises quant au nombre de rescapés et, plus encore, au nombre de migrants parmi ceux-ci. Parmi les sources disponibles à partir desquelles nous pouvons évaluer cette population, figure la cartothèque du Comité central des Juifs de Pologne (CKŻP)[7], organisme officiel créé sous l’égide du Comité polonais de Libération nationale. Le CKŻP enregistre en effet toutes les personnes qui se présentent à l’un de ses bureaux dans le pays depuis leur ouverture à la fin de 1944. En juillet 1946, les registres du comité comptabilisent 243 926 personnes. Ce chiffre inclut certes les 190 000 rapatriés d’URSS. En revanche, il ne tient compte ni des enregistrements multiples en cette période d’intenses migrations intérieures d’une région à l’autre de Pologne, ni surtout des personnes qui, pour diverses raisons – faux papiers conservés, sortie clandestine du territoire –, ne s’étaient présentées à aucun bureau[8].

Indépendamment de la manière dont les rescapés ont survécu, il est évident qu’après la Shoah, il est impossible de revenir à « la vie d’avant ». Des milliers de familles juives sont placées devant l’alternative de rester dans le pays qui était leur patrie ou de partir pour commencer une nouvelle vie ailleurs. Ceux qui choisissent la première option croient en la possibilité de la renaissance d’une vie juive dotée d’une certaine autonomie ou bien ont choisi de s’assimiler totalement à la société polonaise. Mais la majorité souhaite partir. Les raisons qu’ils invoquent – reprises par les rapports de l’époque et par les historiens aujourd’hui – sont nombreuses : psychologiques (comment vivre dans un cimetière ? – comme le souligne le témoignage cité en ouverture), politico-économiques (l’instauration du communisme prive les rescapés de leurs propriétés, moyens de productions et métiers traditionnels, tout en limitant leur pratique religieuse), idéologiques (attrait du sionisme et perspective de la création d’un État juif). À cela s’ajoute la crainte de l’antisémitisme, particulièrement violent dans ses manifestations de l’immédiat après-guerre, faisant plusieurs centaines sinon milliers de victimes parmi les rescapés[9].

Une fois prise la décision de quitter la Pologne, plusieurs possibilités s’offrent aux candidats au départ. Dès sa création, le Comité polonais de Libération nationale accorde une attention particulière à la défense des droits de la minorité juive. Durant la sixième session du parlement provisoire en décembre 1944, qui entérine la naissance du gouvernement provisoire des communistes et de leurs alliés, Edward Osóbka-Morawski, Premier ministre et également ministre des Affaires étrangères, confirme l’égalité des droits des Juifs et l’aide aux rescapés promises dans le Manifeste de Juillet – l’acte de naissance du nouveau régime –, tout en déclarant que le gouvernement ne s’oppose pas à l’émigration volontaire des Juifs qui le désirent[10]. Ces affirmations – qui proclament à la fois la volonté de restaurer une vie juive en Pologne et la prise en compte du souhait des rescapés de partir – sont le fruit de demandes émanant des représentants juifs dans les premières instances gouvernementales mais également de la nécessité d’apparaître aux yeux des puissances occidentales comme une autorité libérale et bienveillante.

À l’été 1945, lorsque les violences antijuives commencent à gagner en ampleur et à être médiatisées en Pologne et à l’étranger, le Premier ministre réitère ses affirmations, selon lesquelles le gouvernement polonais ne fait pas barrière aux citoyens polonais d’origine juive souhaitant émigrer :

« […] Avec la fin de la guerre, la diminution des problèmes de transport, l’ouverture des ports polonais, la reprise des relations diplomatiques avec le monde entier, le Gouvernement ne freinera pas l’émigration des citoyens de nationalité juive qui désirent émigrer »[11].

Ces déclarations bienveillantes laisseraient supposer que le nouveau gouvernement polonais qui se met en place favorise l’émigration juive, tout du moins dans son versant légal. Pourtant, les structures pour faciliter cette émigration ne sont mises en place que tardivement, une fois que les autorités polonaises sont suffisamment établies pour pouvoir les créer. Le CKŻP ouvre un département consacré à l’émigration au début de l’année 1946, faisant l’intermédiaire entre les demandeurs et l’administration polonaise. Pour obtenir un tampon « pour l’émigration » sur son passeport, il faut avoir obtenu un visa du pays d’accueil ou une invitation et s’être fait enregistrer auprès du CKŻP[12]. Cette dernière instance aide les demandeurs à obtenir visas et promesses d’accueil, notamment en coopérant avec des organisations juives internationales, comme l’Agence juive, l’American Jewish Joint Distribution Committee[13] ou le Hebrew Sheltering and Immigration Aid Society (HIAS)[14]. Des organisations religieuses comme Vaad Hatzalah – comité américain de sauvetage de Juifs religieux qui œuvre durant et après la Shoah pour faire sortir des pays occupés des rabbins d’Europe centrale –, obtiennent ainsi quelques milliers de visas pour des Juifs orthodoxes[15]. Les partis politiques juifs disposent également de leurs propres structures d’aide pour leurs militants. Conformément à leur idéologie, les militants des partis sionistes œuvrent pour obtenir des visas pour la Palestine et, à partir de mai 1948, pour Israël. Les Bundistes[16], dont la branche polonaise se dissout à la fin de l’année 1948, contribuent aussi à faire partir de Pologne quelques centaines de militants, notamment vers la Suède, la Norvège et la France[17].

Mais ces démarches sont longues, compliquées et trop peu souvent couronnées de succès. Durant les six premiers mois de son activité, le département de l’Émigration du CKŻP ne parvient à obtenir que 838 visas d’émigration, majoritairement à destination des États-Unis, du Canada, de l’Australie et de l’Amérique latine, ainsi que 200 visas suédois[18]. Au total, l’émigration légale aurait concerné entre 7 et 15 000 personnes par an entre 1945 et 1947. Durant cette période, on recense près de 12 000 Juifs polonais arrivant légalement en Palestine sous mandat britannique[19]. L’essentiel des départs de Pologne, entre 140 000 et 200 000 personnes, se fait donc dans l’illégalité.

 

Un réseau transnational clandestin : Brichah

L’émigration illégale commence dès la libération des premiers territoires polonais de l’occupation nazie. Ces départs sont aussi bien individuels et spontanés que collectifs et organisés. Ils sont par ailleurs favorisés par la composition même de la population rescapée juive – majoritairement masculine et jeune, donc plus encline à prendre le risque d’une fuite illégale[20]. Le principal réseau organisant cette émigration, Brichah aurait permis environ 120 000 à 140 000 départs de Pologne entre 1944 et 1947, contre 20 000 à 60 000 départs individuels.

 

Les routes de l’exil

Comment se constitue ce réseau et quelles sont ses méthodes d’action ? La Coordination sioniste Brichah naît dans l’un des premiers territoires polonais libérés par l’armée Rouge, à Rovno en février 1944[21]. Elle est créée par des groupes de résistance juive issus principalement des mouvements de jeunesse sionistes Dror et Hachomer Hatsaïr. Leur objectif est d’organiser la fuite des rescapés juifs pour atteindre la Palestine. Dans cette zone sous contrôle soviétique, toute activité non encadrée par le Parti est de facto illégale et les mouvements sionistes ont été interdits en URSS dès la fin des années 1920. Les vitrines légales utilisées sont celles de la congrégation religieuse ou de la coopérative artisanale. Leur première mission est de trouver une route pour gagner la mer, à travers les Carpates et la Roumanie. Des émissaires du foyer juif de Palestine les aident dans leur mission, mais il est important de souligner que l’initiative vient d’Europe et non de Palestine[22]. Leurs rangs se renforcent après la libération de Vilnius à l’été 1944, à laquelle participe une brigade de partisans juifs dirigée par Aba Kovner, qui prend la direction de l’organisation. Après l’arrestation par le NKVD d’émissaires de Brichah en Roumanie, l’organisation décide de s’installer dans la ville de Lublin, contrôlée depuis l’été 1944 par le Comité polonais de Libération nationale. La route vers la Roumanie prend forme, à travers les Carpates, en train, camion ou à pied. De là, un émissaire de Palestine doit guider les rescapés jusqu’à la Terre promise. Les gardes-frontières soviétiques sont facilement corruptibles, quand ils ne ferment pas simplement les yeux sur de grossiers faux papiers de la Croix-Rouge[23]. Par petits groupes, de dix à vingt personnes, on estime à environ 2 000 à 3 000 le nombre de Juifs arrivés en Roumanie en avril 1945[24]. Certains sortent tout juste des camps de concentration récemment libérés ou bien de leurs cachettes. Cependant la plupart sont issus de la résistance juive auprès de l’armée Rouge et ont combattu à Rovno et Vilnius ou appartiennent au mouvement de jeunesse Hachomer Hatsaïr et ont passé la guerre à Tachkent, en Asie centrale.

L’activité de Brichah devant rester secrète – le président du Comité central des Juifs de Pologne ayant refusé d’aider ces actions illégales[25] – et Lublin étant la capitale provisoire de la Pologne, l’organisation se choisit un nouveau centre, Cracovie, à partir de février 1945. La route pour la Roumanie passe alors par les centres de transit établis par Brichah à Rzeszów et Tarnów, puis par Krosno et la frontière tchécoslovaque, et de là vers la Hongrie et la Roumanie. Les départs se font plus massifs et surtout plus spontanés – c’est-à-dire indépendamment du réseau clandestin Brichah – à partir du printemps et de l’été 1945, stimulés par la vague de violences antijuives qui sévit alors. Les autorités polonaises commencent à réagir, en donnant l’ordre d’arrêter la distribution de laissez-passer vers la Tchécoslovaquie à partir de Cracovie[26]. Mais la représentation diplomatique de la Pologne à Prague demeure libérale en matière de formalités, distribuant sans contrôle les papiers d’identités nécessaires aux émigrés juifs polonais qui demandent des passeports de sortie sous le prétexte du « regroupement familial »[27]. Le pogrome de Cracovie, qui fait cinq morts et des dizaines de blessés le 11 août 1945, accélère encore le mouvement migratoire : plus de 30 000 départs sont organisés par Brichah dans la seconde moitié de 1945.

Après cet attentat et avec la fermeture de la route tchèque, Brichah s’installe à Łódź. La route la plus utilisée alors est celle qui passe par la Slovaquie vers l’Autriche, pour rejoindre les ports italiens ou français. Lorsque la frontière italienne est fermée en août 1945, les réfugiés sont dirigés par la Tchécoslovaquie vers les camps de personnes déplacées (DP) des zones américaines en Allemagne et en Autriche[28]. Le choix de la zone américaine comme lieu privilégié pour l’émigration des réfugiés organisée par Brichah est à la fois d’ordre humanitaire et stratégique. Humanitaire, car les Américains traitent mieux les DP juifs que les Britanniques ou les Français – ils ont par exemple établi à l’automne 1945 des camps séparés pour les DP juifs, afin que ces derniers ne soient pas maltraités par d’autres réfugiés et obtiennent des rations correctes de nourriture. Stratégique, car en remplissant les camps de DP de réfugiés juifs, le but est aussi de faire pression sur les Américains pour qu’en retour ils demandent à la Grande-Bretagne des modifications de ses lois migratoires vers la Palestine[29]. Brichah devient alors un véritable réseau international, avec des cellules dans plusieurs pays. Outre la Roumanie, un bureau ouvre à Prague en mai 1945, fondé par des rescapés du camp de Terezin. Par ailleurs l’arrivée d’émissaires palestiniens en Pologne en octobre 1945 renforce les liens de cette organisation avec les services secrets du foyer juif en Palestine, le Mossad[30].

Après un ralentissement relatif du mouvement durant l’hiver 1945-1946, dû autant aux raisons climatiques qu’aux premières mesures de contrôle prises par les autorités polonaises et tchécoslovaques pour lutter contre l’émigration illégale[31], le flot de départs reprend au printemps 1946, principalement alimenté par la vague de rapatriés d’URSS, dont beaucoup aspirent à quitter la Pologne aussitôt arrivés. Les routes pour quitter la Pologne se multiplient. Le port de Szczecin sur la mer Baltique, l’un des points d’arrivée des rapatriés, devient ainsi une plaque tournante pour les départs vers Berlin : entre 250 et 300 Juifs quittent quotidiennement le pays par cette voie au printemps 1946. Ils utilisent principalement les camions de l’Armée rouge, prenant soin d’acheter le silence des gardes-frontières soviétiques. Un autre moyen illégal est imaginé par les organisateurs de Brichah à Szczecin. À la suite d’un accord polono-britannique, des échanges entre populations polonaises et allemandes sont organisés par train entre Szczecin et la zone d’occupation britannique en Allemagne. La Coordination sioniste profite de ce moyen de communication pour faire passer de nombreux rescapés juifs pour des Allemands du Reich et ainsi les faire passer en Allemagne. Ils parviennent de la sorte à inclure quelques centaines de Juifs dans des transports de 1 500 personnes[32].

 

Les méthodes de Brichah : les kibboutsim

La Coordination sioniste use de diverses méthodes pour recruter les candidats au départ. Les militants des partis et organisations de jeunesses sionistes sont les premiers recruteurs, d’abord au sein de leurs partis puis pour l’émigration. Comme se souvient une rescapée, leur action commence dès l’arrivée des rapatriés d’URSS, principal vivier pour ces derniers :

« Les militants des divers partis sionistes, représentant les kibboutsim, attendaient les réfugiés dans les gares où ils les encourageaient à rejoindre leurs partis. Dès que les seconds descendaient du train, les premiers leur disaient qu’aucun Juif n’avait survécu, que tout était dévasté et rasé et que diverses bandes polonaises chassaient et tuaient les Juifs survivants »[33].

Si la réalité polonaise n’est guère plus brillante que celle décrite par la propagande de ces militants, la présentation intentionnelle de ce sombre tableau sert leurs objectifs politiques d’une émigration massive vers la Palestine. Le kibboutz est le lieu privilégié pour rassembler les futurs émigrés. Ces maisons pour jeunes sont officiellement établies pour accueillir des rescapés démunis et le plus souvent sans famille[34]. Le mouvement unitaire des jeunes, Hekhaloutz, principal foyer de création des kibboutsim, est officiellement autorisé par le ministère de l’Administration publique par le décret du 10 décembre 1945 mais il fonctionnait de facto depuis quelques mois[35]. Les partis politiques sionistes traditionnels, comme Ichud et Mizrahi, ont également leurs propres kibboutsim. De fait, la plupart des jeunes qui y viennent cherchent avant tout un foyer, un toit et un sentiment de sécurité. Ils ne sont pas forcément affiliés idéologiquement au groupe sioniste qui gère le kibboutz.

Les kibboutsim sont donc des structures où s’exerce tout un travail de formation, devant durer de nombreux mois. Pour les diriger, Brichah veut s’appuyer sur des cadres des mouvements de jeunesse. Se pose donc la question de savoir s’il faut rester en Pologne plus longtemps ou au contraire abandonner le pays. Rappelons qu’en 1945, les premiers acteurs du réseau clandestin en Pologne ne savent pas combien de survivants se trouvent en Union soviétique ni si ces derniers peuvent être rapatriés. Autrement dit, ils n’ont aucune notion de la taille de la communauté juive dont ils ont à s’occuper. À Lublin, où se rassemblent les dirigeants de Brichah au début de l’année 1945, le débat est animé entre ceux qui, comme Aba Kovner et le groupe des « Asiatiques », militants de l’Hachomer Hatsaïr, ont passé la guerre en Asie centrale et ceux qui, comme Yitzhak Zuckerman du mouvement de jeunesse sioniste Dror et ancien combattant du ghetto de Varsovie, estiment qu’il faut demeurer encore en Pologne pour canaliser le flot des rescapés et organiser au mieux leur départ en masse[36]. Finalement, Kovner et les « Asiatiques », soit un groupe d’environ 200 personnes, décident de partir clandestinement pour la Roumanie et forment là-bas une cellule d’action de Brichah.

C’est donc principalement à partir des kibboutsim que s’organise la seconde vague de départs de l’été 1945, par la route vers la Tchécoslovaquie. Par ailleurs, Brichah accorde une importance toute particulière au sort des orphelins juifs. Ces derniers sont parfois même enlevés en secret des institutions officielles où ils étaient placés, par des militants qui se font passer pour un membre de la famille. Ils sont ainsi acheminés à la frontière ou placés dans les orphelinats établis par les différents partis sionistes et astucieusement localisés à proximité de la frontière[37].

À partir de ce moment, l’action de Brichah, bien que toujours illégale, commence à devenir un secret de polichinelle : « Les gardes-frontières savaient, les autorités savaient, les Juifs communistes savaient et le Bund savait », se souvient Yitzhak Zuckerman[38]. Cette réflexion nous conduit donc à examiner les liens de cette organisation avec les institutions officielles.

 

Une reconnaissance officieuse ? Les liens de Brichah avec les institutions officielles

Les rapports du ministère de l’Administration publique témoignent de la connaissance du rôle exact des kibboutsim dans l’émigration illégale :

« Les partis sionistes organisent dans tout le pays des kibboutsim, où ils rassemblent la jeunesse des deux sexes et lui font systématiquement franchir la frontière illégalement »[39].

Pourtant, Brichah reste illégale et continue à camoufler son activité, à la fois auprès des institutions juives officielles comme le Comité central des Juifs de Pologne, et auprès des étrangers de passage. Aux délégués du CKŻP qui les accusent de concentrer toute une population près de la frontière pour les faire passer discrètement, les dirigeants répondent qu’ils ne font qu’organiser un kibboutz d’entraînement – même si la population de ces kibboutsim frontaliers était de fait très mouvante[40]. Pour organiser cette émigration illégale, il faut des moyens financiers, que ne peut évidemment fournir le CKŻP. Il faut payer les passeurs, soudoyer les gardes-frontières ou encore permettre aux émigrés d’emporter avec eux des devises qu’il est interdit de sortir du pays. Pour ce faire, ces derniers reçoivent des papiers écrits en hébreu, qu’ils échangent à leur arrivée en Roumanie auprès des émissaires de Palestine contre des devises. L’argent provient de l’Agence juive à Jérusalem, dont un comité de sauvetage lève des fonds auprès des Juifs de Palestine[41] – ce qui signifie que cette agence officielle est, elle aussi, partie prenante dans cette activité illégale.

Plus tard, Brichah utilise également la vitrine légale des organisations de jeunesse pour solliciter directement l’aide financière du Joint sans passer par le CKŻP. Par ses liens personnels, Zuckerman obtient de l’aide de Joseph Schwartz, directeur du Joint pour l’Europe, alors que ce dernier a parfaitement connaissance de la partie illégale de l’activité du mouvement Hekhaloutz[42]. Cette organisation a du reste, dès les débuts de Brichah, fourni aux émigrés des vivres et des vêtements. Au total, d’octobre 1945 à juin 1946, l’historien Yehuda Bauer estime que le Joint a transféré directement plus de 136 000 dollars pour les réfugiés juifs[43]. Officiellement, l’aide est destinée aux kibboutsim, aux orphelinats et à la formation professionnelle organisée par les groupes sionistes. Cependant, comme il s’agit souvent de points de rassemblement pour Brichah, on peut affirmer que le Joint a de facto soutenu l’émigration illégale.

 

Un exode quasi officiel après Kielce

À la veille du pogrome de Kielce, qui fait quarante-deux victimes le 4 juillet 1946, entre 70 000 et 110 000 Juifs ont déjà quitté la Pologne, tant de façon organisée qu’individuellement. Ce pogrome, le plus meurtrier depuis la fin de la guerre et le plus médiatisé, accélère encore le mouvement de départs. C’est notamment le cas pour les rapatriés d’Union soviétique, arrivés juste avant cette seconde vague de violences. La nouvelle des événements de Kielce suscite en effet une panique sans précédent au sein de la communauté juive de Pologne. Les rescapés juifs se massent alors vers les villes frontalières de Silésie, pour se frayer un passage vers la Tchécoslovaquie. Les autorités tchécoslovaques estiment alors qu’entre 500 et 800 personnes franchissent quotidiennement la frontière dans les mois qui suivent les événements de Kielce. Le port de Szczecin continue également d’attirer massivement les réfugiés. La population juive recensée dans la ville, après être passée de 535 personnes à 30 977 entre mars et juin 1946 – du fait des rapatriements –, chute brutalement le mois suivant à 9 947 personnes[44]. À partir de ces différents points de rassemblement, de nombreux Juifs cherchent des passeurs, ne se contentant plus des transits organisés par la Confédération sioniste, ce que déplore le personnel de Brichah. C’est en effet très coûteux – certains passeurs demandent jusqu’à 20 000 zlotys – et très risqué – contrôles de gardes-frontières ou attaques de bandits, certains réfugiés transportant des objets de valeur sur eux[45].

Au total, durant la seconde moitié de l’année 1946, près de 100 000 Juifs quittent la Pologne, dont les trois quarts par Brichah. Pour les seuls mois de juillet, août et septembre 1946, cette organisation fait partir près de 65 000 Juifs[46]. Le flot ralentit l’année suivante pour atteindre environ 15 000 départs. Si l’on s’en tient aux chiffres, qui proviennent essentiellement de Brichah elle-même et sont donc sujets à caution, cet exode massif semble devoir beaucoup à l’action des organisations sionistes. Pourtant, nombre de ces départs ne sont pas motivés idéologiquement. Les contacts des sionistes avec les autorités polonaises, qui les ont laissés agir librement après le pogrome de Kielce, ont été tout aussi décisifs.

En effet, au lendemain du pogrome, une délégation des leaders des principaux partis sionistes se rend sur place pour constater le carnage. Dans l’immédiat, Zuckerman est chargé de faire évacuer les rescapés juifs de la ville et de les emmener jusqu’à Łódź, par un train spécialement affrété par la Croix-Rouge et escorté par l’armée. Il décide alors d’agir en contactant les autorités pour obtenir le départ des Juifs[47]. Auparavant, il en informe le CKŻP par l’intermédiaire d’Adolf Berman, membre du Poale Sion et actif au sein des institutions juives reconnues par le gouvernement, à qui il accorde sa confiance. Sa démarche vise à la légalité, il cherche donc à prévenir officiellement l’organisation juive. Les deux hommes se rendent auprès du vice-ministre de la Défense, Marian Spychalski, qu’ils ont connu pendant la guerre dans la résistance clandestine. En présence du général Gedeon Czerwiński, un militaire soviétique chargé du contrôle des frontières polonaises, un arrangement est conclu, pour un passage des Juifs, mais uniquement par la frontière sud, vers la Tchécoslovaquie. Stefan Grajek, membre de la délégation s’étant rendue à Kielce, fixe avec ce militaire les modalités pratiques de l’accord. Il faut en particulier s’assurer que l’ouverture des frontières ne permette pas aux opposants du régime de s’enfuir. Finalement, au terme de cette négociation, c’est une émigration semi-légale qui s’opère de façon massive. Les premiers transports ont lieu à partir du 30 juillet 1946[48]. Ils transitent depuis les villes frontalières de Kudowa et Mieroszów, au sud de Wrocław, vers la Tchécoslovaquie, où des trains attendent les réfugiés. Néanmoins, bien que non concernée par l’accord, la route illégale depuis le port de Szczecin continue d’être utilisée par Brichah. Le Comité central des Juifs de Pologne, pourtant dominé par des communistes juifs hostiles à l’émigration, se résigne à apporter son aide aux émigrants, en fournissant des abris pour ceux qui attendaient aux abords de la frontière. Le Joint quant à lui, augmente et officialise son aide, en fournissant la nourriture et le transport, sous la houlette du CKŻP[49].

L’ouverture de la frontière ne dure que quelques mois. Les Britanniques, craignant un afflux massif de Juifs vers la Palestine, font en effet pression sur les autorités polonaises qui décident finalement sa fermeture le 22 février 1947. Les flux se tarissent également lorsque se diffuse l’information selon laquelle les DP n’ont pas un sort enviable dans les camps où ils sont parqués et ne sont absolument pas certains de pouvoir rejoindre les pays qu’ils désirent. Cette information est d’ailleurs abondamment relayée par les communistes juifs qui s’opposent à l’émigration[50]. Cet ultime épisode, au cours duquel près de 100 000 Juifs polonais quittent le pays, est révélateur de l’action des sionistes de Brichah auprès des autorités gouvernementales.

 

La fin temporaire de l’émigration juive illégale

Au total, l’émigration illégale et semi-légale juive de Pologne aurait concerné environ 150 000 personnes entre 1945 et 1947, dont la moitié après le pogrome de Kielce, et près de 25 000 de façon spontanée, sans l’aide de Brichah. Cette organisation a donc joué un rôle majeur dans l’exode des Juifs polonais après-guerre grâce à un réseau clandestin international soutenu de façon discrète par les organisations juives et sur lequel les autorités polonaises ont longtemps fermé les yeux. C’est cette conjonction d’efforts et de soutiens officieux qui a fait le succès de cette organisation. Elle a exfiltré au total près de 250 000 Juifs d’Europe centrale entre 1945 et 1948, lorsque la naissance de l’État d’Israël a de facto mis fin à la nécessité d’une émigration illégale. Toutefois, une forme de continuité existe entre ce mouvement et les manœuvres mises en place par la suite par l’État d’Israël et ses services spéciaux pour exfiltrer des Juifs par-delà le Rideau de fer des années 1950 aux années 1970. Ainsi, après 1956, période du Dégel, 18 000 Juifs polonais, restés en URSS après 1945, purent-ils regagner la Pologne, avant d’émigrer peu après, principalement pour Israël. Profitant de cette possibilité, un certain nombre de Juifs soviétiques, aidés par les services secrets israéliens, se joignirent illégalement au mouvement. La Pologne joua donc une fois de plus le rôle de plaque tournante dans cette émigration illégale[51].

 



[1]    Témoignage de Deborah et Cypa Szparberg, cité dans Joanna Iwaszkiewicz, Wtedy kwitły forcyce. Pamięci dzieci – ofiar Holocaustu [Les forsythia étaient en fleurs. Mémoires d’enfants – victimes de l’Holocauste], Varsovie, « bis », 1993, p. 189-190.

[2]    L’auteur est maîtresse de conférences en histoire contemporaine à l’Université de Strasbourg. Cet article reprend en partie des éléments analysés dans sa thèse de doctorat : « Les survivants. La place des Juifs dans la société polonaise, 1944-1949 », soutenue en 2010, sous la direction d’André Kaspi, à l’Université Paris 1 - Panthéon Sorbonne.

[3]    Sur les différents usages de ce terme, voir Dan Michman, « On the Definition of She’erit Hapletah » in Dan Michman, Holocaust Historiography: A Jewish Perspective. Conceptualizations, Terminology, Approaches, and Fundamental Issues, Londres et Portland, Valentin Mitchell, 2003, p. 310. 

[4]    Sur la mise en contexte de ce mouvement, voir Yehuda Bauer « Brichah », in Israël Gutman et Avital Saf (eds), She’erit Hapletah 1944-1948. Rehabilitation and Political Struggle, comptes rendus de la sixième conférence historique internationale de Yad Vashem, (oct. 1985), Jérusalem, Yad Vashem, 1990, p. 51-59.

[5]    Yehuda Bauer, Flight and Rescue: Brichah. The Organized Escape of the Jewish Survivors of Eastern Europe, 1944-1948, New York, Random House, 1970.

[6]    Ibid., p. 119, 126, 287, 289. Archives de l’Institut d’histoire juive (Archiwum Żydowskiego Instytutu Historycznego, AŻIH), Présidium, 1-3, Protocole n° 11 de la réunion du Présidium du Comité central des Juifs de Pologne du 20 février 1946 et protocole n° 63 du 5 août 1946.

[7]    Centralny Komitet Żydów w Polsce (CKŻP).

[8]    Pour les chiffres de cette émigration et la difficulté de leur élaboration, voir ma thèse de doctorat : « Les survivants… », op. cit., p. 96-104.

[9]    Sur cette thématique, voir Jan T. Gross, La Peur : l'antisémitisme en Pologne après Auschwitz, traduit de l’américain par Jean-Pierre Ricard et du polonais par Xavier Chantry, coédition Mémorial de la Shoah, Calmann-Lévy, 2010 [1re éd. 2006].

[10]   Archives des Actes Nouveaux (AAN), Parlement provisoire (Krajowa Rada Narodowa, KRN), B 7677, protocoles de la 6e session, 31 décembre 1944-3 janvier 1945.

[11]   AAN, KRN, B 7679, protocoles de la 8e session, 21-23 juillet 1945.

[12]   Archives du ministère des Affaires étrangères polonais (Archiwum Ministerstwo Spraw Zagranicznych, AMSZ), Bureau consulaire, carton 20, tome 4.

[13]   Organisation caritative, fondée aux États-Unis, en 1914, initialement pour secourir les Juifs de Palestine, elle a pour but de venir en aide aux différentes communautés juives à travers le monde.

[14]   Hebrew Sheltering and Immigration Aid Society, organisation juive américaine chargée de faire émigrer des populations juives en péril. Elle facilitait les démarches d’obtention d’une invitation, notamment lorsque le demandeur avait de la famille à l’étranger.

[15]   Sur cette organisation et son action, voir Efraim Zuroff, The Response of Orthodox Jewry in the United States to the Holocaust. The Activities of Vaad ha-Hatzala Rescue Committee 1939-1945, New York, Michael Scharf Publication Trust of the Yeshiva University Press, 2000.

[16]   Le Bund, Union générale des travailleurs juifs de Lituanie, de Pologne et de Russie, est un mouvement politique socialiste juif né en 1897, à Vilnius, visant à l’émancipation des masses populaires juives tout en conservant leur autonomie et leur langue, le yiddish. En ce sens, il s’oppose à la fois au sionisme et au communisme.

[17]   Józef Adelson, « W Polsce zwanej Ludowa » [En Pologne dite populaire], in Józef Adelson, Teresa Prekorowa, Jerzy Tomaszewski, Piotr Wróbel (éd.), Najnowsze dzieje Zydow w Polsce w zarysie [Histoire contemporaine des Juifs de Pologne. Essais], Varsovie, PWN [Panstwowe Wydawnictwo Naukowe – Édition Scientifique nationale], 1993, p. 415.

[18]   AAN, ministère de l’Administration publique (noté MAP par la suite), 788, Compte rendu de l’activité du CKŻP pour la première moitié de l’année 1946, p. 131-136.

[19]   Sur le détail de ces chiffres, voir Albert Stankowski, « Nowe spojrzenie na statystyki dotyczące emigracji Żydów z Polski po 1944 roku » [Nouveaux regards sur les statistiques relatives à l’émigration des Juifs de Pologne après 1944], in Grzegorz Berendt, August Grabski et Albert Stankowski (dir.), Studia z historii Żydów w Polsce po 1945 roku [Études sur l’histoire des Juifs en Pologne après 1945], Varsovie, ŻIH, 2000, p. 110-111.

[20]   La proportion était de 82 femmes pour 100 hommes. 85 % des rescapés avaient entre 18 et 59 ans, cf. Zarys działalności CKŻP za okres od 1 stycznia do 30 czerwca 1946 [Contours de l’activité du CKŻP pour la période comprise entre le 1er janvier et le 30 juin 1946], Varsovie, CKŻP, 1947.

[21]   D’après les frontières de 1939. Rovno, aujourd’hui Rivne, se trouve dans l’actuelle Ukraine.

[22]   Yehuda Bauer, « Brichah », in Israël Gutman et Avital Saf (éd.), She’erit Hapletah 1944-1948, op. cit., p. 51-59.

[23]   Voir le témoignage de Stefan Grajek, Po wojnie i co dalej. Żydzi w Polsce, w latach 1945-1949 [Après la guerre et ensuite. Les Juifs en Pologne dans les années 1945-1949], traduit de l’hébreu par Aleksander Klugman, Varsovie, ŻIH, 2003, p. 39.

[24]   Yehuda Bauer, Flight and Rescue...., op. cit., p. 31.

[25]   Natalia Aleksiun-Mądrzak, « Nielegalna emigracja Żydów z Polski w latach 1944-1947 » [L’émigration illégale des Juifs de Pologne dans les années 1944-1949], deuxième partie, Biuletyn ŻIH 3/179, 1996, p. 42.

[26]   Anna Cichopek, Pogrom Żydów w Krakowie. 11 sierpnia 1945 roku [Le pogrome des Juifs de Cracovie, 11 août 1945], Varsovie, ŻIH, 2000.

[27]   AMSZ, 6, 1689, t. 105, p. 2-5, lettre à la représentation de la République polonaise à Prague du 31 juillet 1945 et rapport de la représentation du 18 décembre 1945.

[28]   Albert Stankowski, « Emigracja Żydów z Pomorza zachodniego w latach 1945-1960 » [L’émigration de Juifs de Poméranie occidentale], in August Grabski, Maciej Pisarski et Albert Stankowski [dir.], Studia z dziejów i kultury Żydów w Polsce po 1945 roku [Études sur l’histoire et la culture juives en Pologne après 1945], Varsovie, ŻIH, 1997, p. 106.

[29]   Sur ce sujet, voir Angelika Konigseder, Juliane Wetzel, Waiting for Hope: Jewish Displaced Persons in Post-World War II Germany [1994], traduit de l’allemand par John A. Broadwin, Evanston, Northwestern University Press, 2001, p. 31-41 et p. 47-53.

[30]   Natalia Aleksiun-Mądrzak, « Nielegalna emigracja Żydów z Polski w latach 1944-1947 » [L’émigration illégale des Juifs de Pologne dans les années 1944-1949], deuxième partie, Biuletyn ŻIH, 3/179, 1996, p. 45.

[31]   La Grande-Bretagne fait notamment pression sur les Tchécoslovaques pour qu’ils ferment leur frontière aux Juifs polonais qui viennent grossir les rangs des demandeurs d’asile vers la Palestine alors sous mandat britannique. Ces demandes ne sont pourtant qu’à moitié exaucées. Ainsi Jan Masaryk, alors ministre tchécoslovaque des Affaires étrangères, déclare-t-il en privé que laisser venir les Juifs polonais est un « formidable investissement politique ». Il approuvait et soutenait notamment la perspective d’une émigration juive ultérieure vers la Palestine pour fonder un État juif, même s’il faisait officiellement preuve de bonne volonté envers les exigences britanniques (d’après Natalia Aleksiun-Mądrzak, « Nielegalna emigracja… », op. cit., p. 44).

[32]   Albert Stankowski, « Emigracja Żydów… », op. cit., p. 110 et p. 117-118.

[33]   Halina Birenbaum, Powrót do ziem praojców [Retour sur la terre des ancêtres], Varsovie, Czytelnik, 1991, p. 24.

[34]   Sur les kibboutsim et leur organisation, voir Natalia Aleksiun, Dokąd dalej ? Ruch syjonistyczny w Polsce w latach 1944-1950 [Jusqu’où ? Le mouvement sioniste en Pologne dans les années 1944-1950], Varsovie, Trio, 2000, p. 101-142.

[35]   AŻIH, 333/9, Organisations sionistes, lettre du MAP à l’organisation Hekhaloutz-Pionnier de Pologne, 10 décembre 1945, p. 5.

[36]   Yitzhak Zuckerman (« Antek »), A Surplus of Memory. Chronicle of the Warsaw Ghetto Uprising, traduit de l’hébreu par Barbara Harshav, Berkeley, University of California Press, 1993, p. 580-584.

[37]   Natalia Aleksiun-Mądrzak, « Nielegalna emigracja… », op. cit., p. 43.

[38]   Ibid., p. 657.

[39]   AAN, MAP, 788, notice du Département politique du MAP, 1er décembre 1945, p. 467-471.

[40]   Yitzhak Zuckerman (« Antek »), A Surplus of Memory…, op. cit., p. 657.

[41]   Yehuda Bauer, Flight and Rescue...., op. cit., p. 30.

[42]   Ibid., p. 576. Voir également, sur le rôle de Joseph Schwartz, les archives du Joint à New York, dossier 982, Confidential report on Joint activities in Poland, received in New York, 5th February 1947, for the period January-September 1946, p. 1.

[43]   Yehuda Bauer, Flight and Rescue...., op. cit., p. 127-128.

[44]   Albert Stankowski, « Emigracja Żydów… », op. cit., p. 125.

[45]   Natalia Aleksiun-Mądrzak, « Nielegalna emigracja… », op. cit., p. 41.

[46]   Yehuda Bauer, Flight and Rescue...., op. cit., p. 212.

[47]   L’auteur s’appuie ici sur le témoignage d’Yitzhak Zuckerman, op. cit., p. 665-669. Stefan Grajek propose une version légèrement différente. Il affirme notamment avoir lui-même obtenu le rendez-vous avec Spychalski, après une conversation avec le responsable de l’Information militaire, le général Wacław Komar, d’origine juive et membre de l’Hachomer Hatzaïr dans sa jeunesse. Stefan Grajek, Po wojnie i co dalej [Après la guerre et ensuite], op. cit., p. 97-99.

[48]   Yehuda Bauer, Flight and Rescue...., op. cit., p. 222-223.

[49]   Yitzhak Zuckerman (« Antek »), A Surplus of Memory…, op. cit., p. 674-675.

[50]   Natalia Aleksiun-Mądrzak, « Nielegalna emigracja… », op. cit., p. 46.

[51]   Le sujet mériterait d’être approfondi. Il est notamment évoqué dans le livre de Pauline Peretz, Le combat pour les Juifs soviétiques, Washington-Moscou-Jérusalem 1953-1990, Paris, Armand Colin, 2006.