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Étudiants De M1 Histoire Des Relations Internationales, CR colloque "30 ans de relations internationales"

 

 

30 ans des relations internationales 

Colloque organisé par Hugues Tertrais

14-15 décembre 2012, La Courneuve, Paris

 

étudiants de M1

en Histoire des relations internationales

 

 

Le colloque « Trente ans d’histoire des relations internationales » s’est tenu les 14 et 15 décembre 2012, au centre des archives diplomatiques du ministère des Affaires étrangères – site de La Courneuve –, et au centre Panthéon de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne[1].

 

Alfredo Canavero, professeur à l’Université de Milan, a commencé par présenter la Commission d’histoire des relations internationales (CHRI), à l’origine de la manifestation. L’histoire de cette commission est intimement liée à celle de l’« École française » d’histoire des relations internationales, puisqu’elle a été fondée en 1982 par des historiens de diverses nationalités sous l’égide de René Girault, le premier président et professeur d’histoire des relations internationales à l’Université Paris-1. Elle poursuit un objectif de diffusion des acquis de la recherche historique sur les relations internationales, notamment au moyen de conférences sur l’évolution des questions méthodologiques. Depuis sa création, elle a rassemblé plus de 500 membres et organisé des conférences de première importance. Affiliée au Comité international des sciences historiques (CISH), elle a obtenu le droit de vote à l’assemblée générale de celui-ci en 1987, aboutissant à la reconnaissance de la discipline « Histoire des relations internationales ». Alfredo Canavero a valorisé le rôle fondamental qu’a joué la Commission dans le domaine scientifique au cours des trente dernières années, en permettant la rencontre de chercheurs du monde entier et en installant un dialogue entre historiens, archivistes et politistes.

Hugues Tertrais, professeur à l’Université Paris 1 et président de la Commission, a exposé les raisons de la tenue du colloque, à savoir dresser le bilan de l’historiographie de ces trente dernières années ainsi que réfléchir aux nouveaux objets s’offrant aux historiens des relations internationales. Le colloque entendait ainsi apporter sa contribution au questionnement sur la pertinence de l’approche historique des relations internationales. Trente ans après la création de la Commission et l’accès de la discipline au CISH, quelles ont été les évolutions des méthodes, des approches et des objets d’une histoire profondément renouvelée ? À ces questions, le colloque a proposé des pistes de réflexion, dressant un état des lieux de la recherche, sans oublier la confrontation avec les autres disciplines traitant des relations internationales (sociologie, science politique, économie). Pour y parvenir, les journées d’études ont été organisées autour de quatre axes.

 

Le premier – « Histoire impériale, histoire globale » – a constitué un thème original sur les évolutions de l’histoire impériale au prisme de la Global History. « Histoire de la paix, des organisations internationales et des intégrations régionales ». Le deuxième thème a plaidé pour une réunion de ces différentes approches autour de la problématique commune de la « fabrique de la paix ». Le troisième axe s’est structuré autour d’une « Histoire des conflits, histoire de la Guerre froide ». L’étude de la guerre a été à l’origine de la construction de l’École française, et la question occupe encore une place importante dans l’historiographie des relations internationales. Le dernier axe, « Nouvelles approches, nouveaux objets », s’est attaché à aborder les aspects neufs de l’historiographie, notamment l’étude des biens publics mondiaux. Le colloque s’est conclu par une table ronde autour du livre de Robert Frank, Pour l’histoire des relations internationales[2].

Avant de laisser la parole aux intervenants, Hugues Tertrais a formulé le souhait d’un décentrement du regard. En regardant hors de l’Europe, ou plus largement hors de l’Occident, l’histoire des relations internationales se dirige-t-elle vers une histoire du monde ?

 

Histoire impériale, histoire globale

 

Cette première partie a reposé sur l’intervention de María Dolores Elizalde, chercheuse à l’Instituto de Historia (CSIC) de Madrid et spécialiste de l’histoire du fait colonial et des processus post-coloniaux dans le Sud-Est asiatique. Elle s’est intéressée à l’histoire de l’Empire espagnol depuis les débuts de la colonisation en Asie, au xvie siècle, jusqu’à la perte des dernières colonies face aux États-Unis en 1898. Elle a consacré une grande partie de ses travaux au rôle des Philippines dans l’Empire espagnol et à l’influence des étrangers dans l’évolution de cet archipel. Dans son intervention, elle a tout d’abord traité de l’historiographie des empires, prenant en compte aussi bien l’histoire de l’Espagne que l’histoire universelle. Elle a engagé ensuite une étude du développement et de l’évolution des empires. Sa propre thèse a traité des îles Carolines, colonie espagnole entre 1885 et 1898, montrant que l’occupation de ces îles par les Espagnols par l’Acte final de la Conférence de Berlin (1884-1885), a permis d’établir que seule l’occupation effective d’un territoire autorise d’en revendiquer la possession. À cela, il faut ajouter le fait que de nombreux Allemands, Britanniques et Américains déjà sur place, ont créé une situation donnant lieu à une initiative immédiate du gouvernement espagnol. María Dolores Elizalde a également mentionné la nécessité d’une présence sur place d’administrateurs espagnols pour mettre fin à la rivalité entre commerçants, et établir des normes pour l’exploitation et le commerce de la colonie. Ce sont finalement les autres colonies de l’Empire espagnol en Asie (les Philippines, le Palaos et les îles Mariannes) qui auraient été menacées si les Carolines n’avaient pas été conservées. María Dolores Elizalde a poursuivi son intervention en s’interrogeant sur les empires comme créateurs d’une histoire globale, et sur l’intégration des colonies dans le cadre de l’Empire espagnol. L’expérience coloniale a transformé les sociétés et l’espace où elle s’est implantée[3]. Elle a évoqué enfin l’apparition d’une élite philippine luttant pour son indépendance, l’implantation de nombreux intérêts économiques étrangers, et a analysé les nombreuses transformations dues à la colonisation américaine. Dans son approche de l’historiographie des empires, elle a mobilisé William L. Langer (1896-1977), René Girault (1929-1999), Jacques Marseille (1945-2010), Wolfgang J. Mommsen (1930-2004) ou encore Walter Lafeber (né en 1933). Dans l’Espagne du milieu des années 1980, ces questions étaient délaissées du fait de l’omniprésence de cette thématique au cours de la période franquiste. Grâce à l’influence de l’École des Annales, de l’histoire sociale et économique, l’Empire espagnol a été étudié dans une perspective de la longue durée, entre le xve et le xxe siècle, et dans toutes ses extensions, en Afrique, en Amérique et en Asie. Souvent oubliée, l’importance des individus doit être réintégrée dans le discours scientifique. L’objectif est de faire une histoire impériale compréhensive, une explication globale des empires, en soulignant leur signification dans l’histoire du monde. María Dolores Elizalde a conclu son discours par quelques questions : comment les politiques impériales ont-elles façonné le monde ? Les empires peuvent-ils être vus comme des structures de domination, des mécanismes d’exploitation économique, des agents de changements géopolitiques majeurs ? Comment s’organise la consolidation de la société philippine au xixe siècle ? Comment vivent ensemble les communautés au sein d’un même empire ? Ces questions en guise de programme de recherche doivent servir à enrichir le domaine des histoires impériales.

Serge Gruzinski, directeur d’études à l’EHESS, a commenté ensuite l’intervention, soulignant la nécessité de croiser et de juxtaposer les approches. Il a proposé de conjuguer l’histoire économique, l’anthropologie historique et l’histoire globale. Il a rappelé lui aussi que les mondes ibériques restent les grands oubliés de l’histoire des empires. Toute histoire écrite aujourd’hui doit être une histoire globale, privilégier le temps long et ne peut se contenter de l’héritage d’une histoire nationale ou européenne.

Selon Pierre Singaravélou, maître de conférences à l’Université Paris 1, l’histoire des relations internationales et l’histoire impériale s’ignorent largement dans l’historiographie française. On reproche à l’histoire impériale de négliger l’histoire politique et les questions géopolitiques alors que les internationalistes sont stigmatisés pour leur euro-centrisme. Il plaide pour l’union de ces deux historiographies. C’est au cours des années 1980 que l’histoire impériale a rompu avec le schéma centre-périphérie. L’expansion coloniale a joué un rôle important dans le développement des organisations internationales et de l’aide humanitaire, ainsi que dans la création des identités nationales européennes. La construction des frontières impériales, l’histoire des traités coloniaux, des coopérations inter-impériales jettent les bases d’un droit international. Pierre Singaravélou mentionne l’intérêt croissant des historiens pour les sous-impérialismes autochtones, comme l’Afrique du Sud, l’Australie ou les Indes. Aujourd’hui, il est davantage tenu compte des diasporas, des circulations internationales et on évolue vers une l’histoire globale des migrations. Au xixe siècle, les migrations non-européennes ont été les plus importantes (on estime que 30 millions d’Indiens et 50 millions de Chinois ont quitté leur pays) et pourtant, peu d’études traitent de ce sujet. L’histoire trans-coloniale et trans-impériale, comme l’histoire des mouvements politiques autochtones, constituent les chantiers les plus prometteurs de la recherche, avec la volonté réaffirmée de décentrer le regard.

La première table ronde du colloque a fait intervenir Rita Paolini, de l’Université de Milan, qui a évoqué l’histoire de l’Inde et l’intérêt d’étudier le local à partir du global. Houda Ben Hamouda, ATER à l’Université de Nantes, a traité de l’histoire coloniale de l’Afrique du Nord et de ses rapports avec l’histoire impériale et l’histoire globale en s’appuyant sur les travaux de Pierre Vermeren. Durant les années 1960, un courant véhiculait un discours marxiste, mais avec l’École de Charles-André Julien, une histoire influencée par l’anthropologie a pris le pas sur une histoire très idéologique. L’histoire religieuse de l’Afrique du Nord a cédé le pas à une histoire plus scientifique dans les années 1980, à la suite des travaux de Charles-André Julien et Robert Ageron qui étudièrent les nationalismes au Maghreb. Aujourd’hui, la géographie et la place de l’Afrique du Nord dans l’histoire des relations internationales constituent de nouvelles pistes de recherche. Serge Gruzinski a commenté cette dernière intervention, il a évoqué la peintre brésilien Victor Meirelles de Lima, qui choisit de copier La première messe de Kabylie (1854) du peintre français Horace Vernet, en peignant La première messe au Brésil (1861), illustrant l’arrivée de Cabral au Brésil en 1500. Cet exemple montre l’importance du modèle de colonisation de l’Afrique à un niveau international. Dernière intervenante de cette table ronde, Guillemette Crouzet, doctorante à l’Université Paris IV, a présenté son objet d’étude : le Golfe arabo-persique sous domination britannique, en soulignant l’importance de l’adaptabilité des politiques impériales aux espaces dominés. Elle a insisté sur la vision euro-centrée des études classiques du Moyen-Orient et du Golfe Persique. Ses travaux se sont focalisés sur les liens de l’Empire britannique avec la mer Rouge entre 1810 et 1914, privilégiant une approche globale et traitant du processus d’historicisation d’un espace maritime. Non seulement ses sources proviennent du Foreign Office et du Quai d’Orsay, mais se trouvent aussi à Bombay ou à Singapour. Ses axes de recherche ont été présentés en trois points : d’abord, l’impérialisme et l’invention d’un espace. Elle y a mobilisé une histoire des représentations et fait allusion aux cartographies, aux manuels et aux récits de voyageurs qui participent à la création d’une vision du Golfe. Ensuite, a été présenté le projet politique et économique des empires en insistant sur l’importance de la périphérie, le point de contrôle que constituait un lieu comme Bombay, par exemple. Enfin, elle a abordé une histoire socio-économique de l’espace, dans lequel elle a traité des échanges d’esclaves et d’épices, des systèmes de réseaux, des marchés et de leurs règles, de l’importance de la religion et du climat dans la nature des échanges ainsi que de l’intégration du Golfe à l’économie mondiale. Pour conclure cette table ronde, Serge Gruzinski a souligné l’importance de la dimension interrégionale des études sur les empires. L’interrégionalisme est proposé par Pierre Singaravélou comme moyen de se défaire du nationalisme méthodologique dans la recherche.

 

Histoire de la paix, des organisations internationales et des intégrations régionales

 

L’histoire de la paix s’est développée aux États-Unis en lien avec les différents mouvements contestataires des années 1960, en particulier les mouvements pour les droits civiques et le mouvement contre la guerre du Vietnam. Ainsi que l’a rappelé Carl Bouchard de l’Université de Montréal, la Peace History, en s’inscrivant dans ce mouvement[4], entendait promouvoir une idée de la paix qui ne serait pas seulement une absence de guerre mais un terrain de recherche autonome. En France, on commence à peine à s’y intéresser : Jean-Michel Guieu de l’Université Paris 1, n’a pas hésité à la qualifier de « nouvel objet des relations internationales ». Dans le cas des organisations internationales, le délai fut plus court puisque l’intérêt des historiens émergea au cours des années 1980 dans le monde anglo-saxon, et durant la décennie suivante en France[5]. Cet intérêt ne faiblit pas, comme le prouve la création de la United Nations Studies Association (UNSA) en 2007 et la mise en place à Genève d’un History of International Organizations Network (HION)[6]. Enfin, le troisième objet d’étude de cette demi-journée, les intégrations régionales, a été un champ relativement neuf. La majorité des études publiées concernent en effet l’intégration européenne, et les travaux de Kumiko Haba (de l’Université Aoyama Gakuin de Tokyo), par l’intérêt qu’ils portent à la coopération régionale entre l’Asie, l’Europe et les États-Unis, sont symptomatiques d’une ouverture vers d’autres aires géographiques. Ces trois domaines d’études, l’histoire de la paix, l’histoire des organisations internationales et l’histoire des intégrations régionales, se nourrissent mutuellement et permettent aussi d’établir un dialogue avec les juristes, les sociologues et les politistes.

Durant l’après-midi, les deux interventions autour de ces thèmes ont été suivies d’une table ronde. La première intervenante, Patricia Clavin, professeur d’histoire moderne à l’Université d’Oxford, poursuit des recherches autour de l’histoire des relations internationales et des crises économiques. Kumiko Haba est professeur de relations internationales à l’Université Aoyama Gakuin de Tokyo ; ses recherches portent sur la coopération transrégionale entre Asie, Europe et États-Unis.

Dans sa communication intitulée « International Organizations: Making and Writing their History », Patricia Clavin s’est attachée à retracer les évolutions du champ historiographique de la Société des nations (SDN) ainsi que les nouvelles études qui se développent. Elle a parlé de deux changements majeurs : l’intérêt porté à ce qui se passe « derrière la scène » de la documentation officielle et l’émergence du multilatéralisme comme objet d’étude. Le premier de ces changements vient d’une volonté d’incorporer l’histoire des désaccords, des compromis et des différents courants de pensée au sein des institutions. Il est l’apanage de la socio-histoire et notamment de l’approche « génétique » défendue par Sandrine Kott[7]. Le multilatéralisme est quant à lui un objet d’étude à la fois pour les politistes et les historiens, et l’intervention de Patricia Clavin a établi des ponts vers d’autres domaines : économique, politique et diplomatique. Après ce rappel historiographique, elle a évoqué les nouvelles recherches se développant du fait de l’influence de l’histoire globale, mais aussi de l’histoire transnationale ou de la Business History.

Kumiko Haba est ensuite intervenu autour du thème de la coopération régionale en Asie. Son intervention, appuyée sur de nombreux schémas et diagrammes, est partie d’un constat, celui de la croissance économique asiatique, pour pointer du doigt le manque d’intégration de celle-ci dans les courants internationaux et surtout, l’absence de lien entre sécurité et économie. Selon K. Haba, malgré son économie florissante, l’Asie connaît un problème de sécurité, en raison de la prolifération nucléaire en Corée du Nord, alors que, dans l’Union européenne, développement économique et développement de la sécurité étaient allés de pair. Elle a présenté les conclusions de ses recherches montrant que si la coopération fonctionne déjà entre constructions régionales asiatiques, européennes et américaines, celle-ci reste faible du fait de liens exclusivement économiques. Kumiko Haba a appelé de ses vœux un développement d’autres pratiques pour renforcer ces liens, comme l’échange d’étudiants qui permettrait de renforcer le lien entre économie et paix, en favorisant à l’intérieur de l’Asie la réconciliation avec « l’ennemi ». La situation diplomatique entre la Chine et le Japon est en effet bien loin de celle entre la France et l’Allemagne aujourd’hui.

La table ronde a été organisée et placée sous la direction d’Éric Bussière, professeur à l’Université Paris IV, spécialiste d’histoire des relations économiques internationales. Deux grands thèmes de réflexion ont servi de ligne directrice aux exposés des différents intervenants, celui de la paix et celui de la puissance. C’est autour de Nadine Akhund, Carl Bouchard et Jean-Michel Guieu qu’ont été discutés différents aspects d’une histoire internationale de la paix. La première, docteur en histoire, chercheur associée à l’UMR IRICE, a présenté la Dotation Carnegie pour la paix internationale. Elle a analysé les différents réseaux présents au sein de la fondation : à la fois intellectuels (par les liens entre Carnegie et Columbia), transnationaux et transatlantiques. Ces réseaux font la force de la fondation en lui permettant de s’insérer dans les relations internationales. En réponse à la question « la fondation Carnegie est-elle un nouvel acteur de la scène internationale ? », Nadine Akhund a développé une réflexion sur la diplomatie informelle ainsi que sur le nouveau type d’intervention internationale qu’ont pu constituer les activités de la fondation au début du xxe siècle. Carl Bouchard a évoqué ensuite la construction du champ historique de la paix et son héritage en Amérique du Nord. La Peace History s’est développée dans un contexte d’effervescence sociale et politique ayant pour mythe fondateur la guerre du Vietnam, et entraîna la création en 1964 de la Peace History Society, dotée d’une revue, Peace & Change. Les réflexions de Carl Bouchard permettent de considérer la Peace History comme une histoire de la paix positive[8] couplée à un discours sur la justice sociale. Ce binôme paix-justice semble aujourd’hui indissociable. S’appuyant sur des travaux récents, ceux de Simon Hall[9] et de Marian Mollin[10], Carl Bouchard a ensuite exposé les problèmes du lien entre pratique et théorie des mouvements pacifistes. Au début de son intervention, Jean-Michel Guieu a relevé que ce colloque permettait de faire discuter des historiens de la paix, des historiens de la construction européenne et des historiens des relations internationales, alors que ces champs historiques se sont développés dans un certain cloisonnement scientifique. Il a préconisé une nouvelle histoire de la paix faite par les historiens des relations internationales, une histoire à aborder dans la longue durée, en « décentrant le regard » et en observant les différentes formes prises par le pacifisme en Europe.

Le second axe du débat, autour de la puissance, a été développé par Mauro Elli et Guillaume Devin. L’intervention de Mauro Elli, de l’Université de Milan, sur la coopération technique était liée à celle de Kumiko Haba, rebondissant sur la question de la sécurité pour introduire un débat sur le changement de perspective des concepts mêmes de sécurité ou de pouvoir en histoire globale. Guillaume Devin a apporté une approche politiste de ce questionnement sur la sécurité en le liant à la question du développement récent d’un champ de recherche sur les organisations internationales en science politique, symbolisé par la création du Groupe de recherche sur l’action multilatérale (GRAM) dans la mouvance de Sciences Po Paris. Ce soudain intérêt des politistes est selon lui lié à la question de la puissance – puisque les États créent les organisations afin de contenir les puissances – ainsi qu’aux recherches sur la régulation, les crises et les coopérations en relations internationales.

Les interventions concernant l’histoire de la paix, des organisations internationales et des intégrations régionales se sont révélées fructueuses et le colloque « Définir la Guerre : regards croisés disciplinaires », organisé par Robert Frank le 11 janvier 2013 à Paris, ainsi que les conférences organisées par le GRAM à partir de janvier 2013, ont permis de poursuivre cette réflexion.

 

Histoire des conflits, histoire de la Guerre froide

 

Les deux principaux intervenants de cette troisième thématique étaient Gerd Krumeich, professeur à l’Heinrich-Heine-Universität de Düsseldorf, spécialiste de la Première Guerre mondiale, et Georges Corm, professeur à l’Université Saint-Joseph de Beyrouth. Gerd Krumeich a soutenu une thèse en 1975, publiée en anglais en 1984, Armaments and Politics in France on the Eve of the First World War: the Introduction of three-year Conscription, 1913-1914 (Berg Publishers, 1984). Vice-président du Centre international de recherche de l’Historial de la Grande Guerre à Péronne et professeur associé à l’Institut d’histoire du temps présent, il s’est intéressé aux mentalités, stéréotypes et décisions dans la Grande Guerre. Depuis une vingtaine d’années, on observe un certain apport de l’historiographie culturelle qui n’est cependant pas suffisant, selon lui, compte tenu des progrès réalisés depuis dans l’étude des émotions. Même si elles tendent vers la micro-histoire, les études culturelles ont néanmoins permis de dépasser une approche économique et sociale aseptisée. L’intervention de Gerd Krumeich a porté sur l’histoire culturelle de la décision en juillet 1914 en posant notamment la question de la nature de la décision (ensemble d’actes individuels ou acte collectif ?). À ses yeux, l’enjeu est de comprendre dans quelle mesure un décideur est libre de ce qu’il fait ou fait faire : l’analyse de l’influence des « forces profondes » et de la psychologie collective (à travers l’étude des topoï) peut apporter des éclairages nouveaux sur les processus de décision. Le second intervenant Georges Corm, homme politique, juriste et historien libanais, est l’ancien ministre des Finances de la République libanaise de 1998 à 2000. Né en Égypte, il a été marqué dans sa jeunesse par la révolution de 1952 et l’offensive franco-britannique de 1956 lors de la crise de Suez. Il est l’auteur de nombreux ouvrages sur le Proche et le Moyen-Orient et ses relations avec l’Occident[11]. Dans son intervention, il a abordé le thème du système de perception et de saisie des conflits du Moyen-Orient. Selon lui, depuis la chute de l’URSS, on assiste à un basculement des perceptions dû aux théories très diffusées de politologues comme Francis Fukuyama ou Samuel Huntington. Ce basculement se caractérise par une simplification à l’extrême, une analyse binaire, la prépondérance de l’émotion favorisée par les médias. Pour lui, Fukuyama et Huntington analysent l’histoire comme un combat entre idéologies. Dans l’ouvrage de Fukuyama, La fin de l’histoire et le dernier homme (1992), l’histoire s’achève sur l’idée d’un consensus acquis autour de la démocratie libérale comme grand vainqueur de la Guerre froide ; dans son ouvrage polémique, Le choc des civilisations (1996), Huntington affirme que les causes des conflits sont devenues purement idéologiques ; les affrontements sont désormais conditionnés par des facteurs culturels. Selon cette vision du monde, des blocs civilisationnels, qui se définissent selon leur religion et leur culture, s’opposent avec virulence.

À l’idée d’un « choc des civilisations », Georges Corm préfère opposer celle d’un « choc des mémoires historiques ». Il propose de distinguer trois « moments » de la perception de la question d’Orient, aux xixe-xxe siècles et après l’effondrement de l’URSS. Au xixe siècle a prédominé la thèse raciste d’une division entre « Aryens » et « Sémites ». Elle était une prolongation de l’anthropologie qui analyse les sociétés en fonction de leur fragmentation et où chaque individu est conditionné par son appartenance à une communauté. Après la chute du nazisme, le système s’est articulé autour de la lutte entre sociétés libérales et sociétés communistes : les relations internationales se sont organisées autour de la lutte entre les peuples opprimés et le « grand capital » incarné par les démocraties libérales. Le cadre de réflexion s’est laïcisé et l’approche anthropologique fut abandonnée. Après la chute de l’URSS, le vide laissé par l’abandon des systèmes précédents fut comblé par un retour aux anciens schémas de pensée, s’organisant schématiquement entre les valeurs d’un Occident judéo-chrétien et celles d’un monde arabo-musulman. Selon Georges Corm, le monde actuel est vu à travers cette approche anthropologique renouvelée et loin du réel. Ce relativisme et un droit international à plusieurs vitesses ont conduit à l’émergence de nouveaux fanatismes.

La table ronde, présidée par Frédéric Ramel, directeur scientifique de l’IRSEM, travaillant notamment sur l’analyse des perceptions dans les interactions stratégiques, a donné l’occasion à Alya Aglan, professeur à l’Université Paris 1, de souligner l’importance de l’apport de l’histoire culturelle pour l’étude des perceptions. Cet apport a permis, par exemple, de déconstruire le couple occupant-occupé dans les travaux sur la Seconde Guerre mondiale. Alya Aglan a aussi rappelé l’importance donnée aux émotions par l’École des Annales et s’est interrogée sur l’incorporation du temps dans la manière dont les acteurs agissent et prennent des décisions. Dans les années 1970, les travaux sur le régime de Vichy tendaient à négliger la présence allemande et reprenaient donc la fiction de l’histoire de Vichy telle qu’elle avait été écrite par Vichy. Dans les années 1980 et 1990, l’on évoqua non plus « une » mais « des » résistances, avec un intérêt nouveau pour les mouvements d’opinion[12]. Alya Aglan a précisé les composantes de l’occupation allemande, présence militaire mais aussi civile, avec la présence de touristes, d’experts agricoles et d’exilés allemands livrés aux autorités d’occupation par Vichy. Les Allemands qui se trouvaient en France étaient de cultures régionales très différentes. L’historiographie française, influencée par les historiens allemands, donne aujourd’hui une image beaucoup plus nuancée de l’Occupation.

Sabine Dullin, professeur à l’Université de Lille 3, a repris la question de l’entrée et de la sortie de guerre pour le cas de la Seconde Guerre mondiale. Il n’y a pas eu « une » mais « des » entrées en guerre qui ont convergé jusqu’à la guerre totale en 1941. La sortie de guerre a, quant à elle, souvent été éludée au profit de l’entrée dans la Guerre froide. Elle a défendu la pertinence des questionnements sur la notion de « guerre juste » dans les années 1930, sur la notion de légitime défense et sur les seuils de tolérance qui s’opposèrent à l’obsession de la paix qui prévalait alors. L’entrée de l’URSS en Pologne en septembre 1939 n’a pas été contestée par les Occidentaux qui ont pourtant déclaré la guerre à l’Allemagne pour la même raison. Les réalités nationales de l’Europe de l’Est, qui ont été oubliées pendant la Guerre froide, ont émergé à nouveau avec l’ouverture des archives. La lecture des évolutions en Europe de l’Est est toujours celle d’une satellisation, d’une mise en place des sociétés communistes au détriment de la problématique des nations en construction. Une lecture impériale de la zone domine, alors que la Guerre froide ne s’est véritablement mise en place dans cette région que dans les années 1950. Il y eut une continuité des revendications nationales, comme celles de la Roumanie et la Hongrie, et une pérennisation de l’état de guerre civile au moment de la sortie des guerres mondiales. La sortie de guerre semble plus tardive pour certaines régions, où la guérilla était encore active contre l’Armée rouge jusqu’à la fin des années 1940. Pour l’historiographie, l’enjeu est de remettre en cause la chronologie communément acceptée.

Nicolas Vaicbourdt, maître de conférences à l’Université Paris 1 et spécialiste des États-Unis dans les relations internationales après 1945, s’est intéressé à l’existence de différentes histoires de la Guerre froide. L’une est une histoire du temps présent de la Guerre froide caractérisée, dans un premier temps, par l’innocence américaine, puis par la culpabilité des États-Unis à compter de leur intervention au Vietnam (on y voit la continuité d’une politique impérialiste, prenant la Guerre froide comme prétexte). Il a souligné le foisonnement d’ouvrages synthétiques de micro-histoire et déploré l’absence de synthèses globales. Pierre Journoud, chargé de recherches à l’IRSEM et spécialiste de l’Asie[13], a souligné le caractère européo-centré de l’historiographie française et regretté le peu d’intérêt porté à l’Asie par la recherche française. Par ailleurs, il a remarqué que le facteur religieux restait, à ses yeux, beaucoup trop sous-estimé, le mouvement bouddhiste ayant été largement engagé au Nord-Vietnam.

 

Nouvelles approches…

 

Matthew Connelly et son Université, Columbia, s’inscrivent dans un mouvement, parti également des Universités de Harvard, Yale et Princeton, qui vise à créer des programmes en histoire des relations internationales, histoire transnationale et histoire globale. Ces initiatives répondent à une demande grandissante de travaux analysant les dynamiques mondiales. Ce mouvement général s’attache à répondre à des problématiques nouvelles sur les nouveaux objets de l’histoire en mettant en relation les méthodes des historiens et l’outil informatique. Matthew Connelly illustre ce renouvellement par un travail réalisé en coopération avec une équipe de chercheurs et d’informaticiens. Sa réflexion s’inscrit dans le cadre d’un renouvellement de l’histoire du secret d’État et des questions induites par le développement massif de données qui, lorsqu’elles sont classifiées ou retouchées, changent l’écriture de l’histoire. Sa présentation fait le point sur le fonctionnement des archives aux États-Unis, reposant sur une conception de l’accès aux archives très différente de la conception française. En effet, en vertu du Freedom of Information Act de 1966, toute production écrite produite par l’État fédéral doit être consultable sans délai. En France, une institution similaire existe, la Commission d’accès aux documents administratifs (CADA), créée en 1978. Mais si les archives françaises ne sont consultables qu’à l’issue d’un délai défini par la loi, elles le sont intégralement. Aux États-Unis, en l’absence de restrictions temporelles, d’autres restrictions existent ; les documents sont fournis de manière partielle : certains éléments sont « caviardés » ce qui peut en altérer le sens. Dans ce contexte où se mêlent une abondance d’archives et des moyens insuffisants pour déclassifier les documents, les archivistes américains ont adopté des logiciels afin d’isoler automatiquement des documents contenant des informations non communicables, comme les données personnelles, le secret-défense, etc. Matthew Connelly a relevé qu’en dépit des précautions prises, de nombreuses archives étaient détruites et que beaucoup de documents déclassifiés portaient sur des questions sans intérêt majeur. Ces déficiences sont, selon lui, symptomatiques de la faible influence qu’ont les historiens sur leur propre domaine. Pour remédier à ces difficultés, il a proposé de saisir l’opportunité qu’offre la numérisation des archives en repensant le système de la recherche et en remplaçant l’historien solitaire par des équipes constituées en laboratoires. Une nouvelle génération de chercheurs commence déjà à multiplier ses sources d’archives pour répondre à des questionnements dépassant les frontières nationales, et cela contribue à renforcer la nécessité d’un travail plus étroit entre historiens et avec des techniciens-informaticiens. Les « nouveaux historiens » ont donc de nouveaux objectifs face à des archives « assainies » émanant du gouvernement. Cette recherche de données cachées sur les archives a trois buts : comparer les documents déclassifiés, comparer les métadonnées de ces documents, trouver les auteurs et les données cachées grâce aux comparaisons. Nombre de communiqués diplomatiques n’ont en effet pas de paternité ; il est toutefois possible d’en retrouver les auteurs grâce à une étude comparative des archives diplomatiques. Afin de pallier toutes ces difficultés méthodologiques, les historiens doivent s’aider des nouveaux outils que sont les programmes informatiques. Ces derniers vont permettre une numérisation des documents, les archivistes américains (comme leurs collègues français) détruisant une quantité très importante d’archives par manque de place. En outre, les archivistes ne sont pas forcément des historiens et ne saisissent pas toujours l’importance d’un document. Ce sont donc les historiens qui devront s’occuper eux-mêmes des archives et cela passe, selon Matthew Connelly, par leur numérisation. D’autres programmes doivent également nous permettre d’obtenir des informations pratiques, comme la quantité d’échanges diplomatiques entre plusieurs États, et ainsi d’atteindre d’autres niveaux de lecture des archives.

 

... Et nouveaux objets : le cas des « biens publics mondiaux »

 

Historiciser la notion, déconstruire l’objet et susciter le développement de travaux de recherche proprement historiques sur ces biens, tel était le thème d’étude défini par Laurence Badel, professeur à l’Université Paris 1, qui présidait cette table ronde.

La notion de « bien public mondial » (BPM) est un concept relativement récent apparu sur la scène publique dans les années 1990. Charles Kindleberger, économiste et pédagogue américain, en est l’un des pionniers : il définit en 1986 la notion de « bien public international » comme un « bien accessible à tous les États qui n’ont pas nécessairement un intérêt individuel à le produire »[14]. L’augmentation des circulations transnationales (humaines ou technologiques) et la diffusion des maux (réchauffement climatique, épidémies, crise monétaire et financière) ont rendu urgentes l’identification des biens publics mondiaux et la mise en œuvre d’un processus destiné à les préserver. La notion prend toute son ampleur à la fin des années 1990 avec la publication de deux ouvrages importants du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) en 1999 et 2003[15], et du rapport de la Banque mondiale sur les financements consacrés à la préservation des biens publics mondiaux en 2001. Un bien public se caractérise traditionnellement par deux principes : la non-exclusion et la non-rivalité. La non-rivalité implique le fait que le bien, une fois produit, peut être utilisé par les uns sans manquer aux autres (l’air) ; la non-exclusion implique que tous aient le droit de l’utiliser sans discrimination. Un bien public mondial est un « bien » reposant sur les mêmes caractéristiques mais partagé par les populations de différents pays ou peuples. Les biens publics mondiaux sont donc des biens publics qui concernent un public mondial et différents types d’acteurs (États, ONG, entreprises...). C’est de cette perspective que se sont inspirés les organisations internationales et le PNUD pour définir les biens publics mondiaux et les objectifs du millénaire, qui constituent « les principes de la dignité humaine, de l’égalité et de l’équité » et que les membres des Nations unies se disent « collectivement tenus de défendre »[16]. Inge Kaul distingue les biens publics mondiaux naturels (couche d’ozone), fabriqués par l’homme (héritage culturel, connaissances scientifiques) et les résultats des politiques globales (par exemple, la paix ou la santé).

Selon Laurence Badel, la notion porte une connotation positive – il s’agit de « biens », « publics » et « communs » – qui semble justifier une coopération internationale. La notion n’est pas nouvelle puisqu’elle fait écho à l’« utilité commune » médiévale, ce sont en revanche sa formulation et le champ qu’elle recouvre qui interrogent aujourd’hui les historiens. Laurence Badel a rappelé qu’elle était apparue dans l’Acte final du Congrès de Vienne en 1815, qui mit en avant le concept de libre circulation et de gestion commune des fleuves internationaux (Rhin et Meuse). Pour elle, ces BPM intéressent les historiens des relations internationales parce que leur gestion contemporaine repose sur une éthique, revendiquée comme telle aujourd’hui, par les acteurs de cette gestion : l’éthique du tripartisme, associant gouvernement, monde des affaires et société civile, dont l’action sur la scène internationale depuis deux siècles est au cœur des travaux historiques les plus novateurs. Dans un contexte scientifique marqué par la transnationalisation des approches, l’attention des historiens se porte sur les objets qui échappent aux cadres réalistes : ces « biens » sont, en grande partie, les objets qui s’imposent à la table des négociations internationales à partir du milieu du xxe siècle – les fleuves, les télécommunications, les épidémies, etc. –, pris en charge, progressivement, par les unions administratives naissantes dont parle l’historienne allemande Madeleine Herren dans son livre Internationale Organisationen seit 1865. Eine Globalgeschichte der internationalen Ordnung, paru en 2009.

En l’absence de Matthias Schulz, professeur à Genève, Laurence Badel a souligné le développement très suggestif de recherches sur l’environnement comme objet d’histoire internationale, citant les travaux de Christian Rohr, professeur à Berne, spécialiste d’histoire du climat ; le livre récent d’Anna-Katharina Wöbse sur la diplomatie environnementale de la SDN à l’ONU, Weltnaturschutz. Umweltdiplomatie in Völkerbund und Vereinten Nationen 1920-1950 ; puis la tenue du 49e Deutscher Historikertag, en septembre 2012, consacré aux « Conflits entre ressources », ressources tant matérielles qu’immatérielles, problématisé sur la très longue durée, et dont l’une des tables rondes animée par Andrea Rehling de Mayence et Isabelle Löhr d’Heidelberg était consacrée aux Global CommonsGemeingüter comme héritage de l’humanité après la Seconde Guerre mondiale.

Les biens publics mondiaux peuvent avant tout être acteurs du processus de mondialisation. C’est alors la recherche de l’efficience qui prédomine au sein des nations. La première intervention sur la question a concerné la stabilité financière. Olivier Feiertag, professeur à l’Université de Rouen et spécialiste de l’histoire des relations monétaires, s’est interrogé sur le consensus posant la stabilité financière comme bien public à l’échelle du monde. La création de banques centrales s’est imposée à l’échelle nationale dès le xviiie et xixe siècle (en France, création de la Banque de France en 1800 dans le but de créer une nouvelle monnaie stable après le désastre des assignats). Au xixe siècle, une forme de stabilité financière était déjà recherchée par la mise en place de l’étalon-or international. À travers la mise en place d’institutions monétaires mondiales (FMI, Banque mondiale), les accords de Bretton Woods (1944) ont redessiné les grandes lignes du système financier international. Le dollar américain est devenu alors le pivot d’une économie qui demeura stable jusque dans les années 1970, moment où les mutations du marché ont posé la question de la capacité des États à maintenir une stabilité financière nationale. La globalisation des marchés de l’argent fit naître alors le besoin de poser cette stabilité financière comme bien public mondial. La question de l’information et de la communication entre en même temps dans ce champ de la recherche de l’efficience mondiale. Selon Léonard Laborie, chargé de recherches au CNRS, les télécommunications ont représenté une « cause commune », ancêtre du bien public mondial, et font partie de l’histoire des coopérations internationales à caractère technique. En 1840, Samuel Morse inventa le télégraphe électrique et la première ligne télégraphique reliant Baltimore à Washington fut créée en 1843, tandis que la première ligne transatlantique entre la Grande-Bretagne et les États-Unis était mise en place en 1866. En 1865, l’Union internationale du télégraphe fut créée, bientôt rebaptisée Union internationale des télécommunications, et doublée d’une bourse commune pour le développement du réseau des câbles. Comme l’écrivit Alfred Darignon, un commentateur de l’époque, « les États viennent de créer un bien commun que ces derniers peuvent utiliser ». En 1988, le règlement des télécommunications internationales donna un cadre à l’infrastructure des communications téléphoniques à l’échelle mondiale. De nombreux débats ont lieu pour déterminer jusqu’à quel point les télécommunications sont un bien public mondial, notamment depuis la révolution numérique et l’utilisation massive d’internet. L’amélioration de l’accès au web bénéficie à tous, mais la question des modalités de contrôle des États sur le réseau n’est pas encore tranchée (en témoigne la récente intervention du FBI pour faire interdire l’utilisation du serveur en ligne Megaupload, considéré par l’industrie du divertissement comme une atteinte majeure au droit d’auteur).

Les technologies liées aux télécommunications, tout comme la préservation de la stabilité financière, sont des objets privilégiés de la gouvernance mondiale et des politiques globales qui ont pour but d’améliorer leur efficience. D’autres biens publics mondiaux visent moins l’efficience que l’équité : c’est le cas de la lutte contre les épidémies ou de l’aide au développement, lesquelles, bien que n’obéissant pas uniquement à des motifs philanthropiques, n’en demeurent pas moins des biens publics à l’échelle du monde, moteurs de la coopération internationale et recherchant une certaine forme d’égalité. En tant que bien-être physique et mental, la santé concerne au moins quatre des huit objectifs du Millénaire[17], l’idée étant que les pays riches consacrent une partie de leurs ressources pour aider les pays pauvres à atteindre ces objectifs. Céline Paillette, doctorante à l’Université de Paris 1, poursuit sa thèse sur « l’Europe et les Europe(s) de la santé entre 1851 et 1954 ». Ses axes de recherche sont la santé publique et les épidémies dans l’histoire des relations internationales contemporaines, ainsi que les conférences et organisations sanitaires internationales et européennes (Office international d’hygiène publique – OIHP, fondation Rockefeller, Organisation d’hygiène de la SDN, OMS). Son intervention a souligné le fait que, si la notion de bien public mondial encourageait la coopération dans ce domaine, la santé se trouvait toutefois le plus souvent réduite à sa portion congrue, à savoir la lutte contre les épidémies. L’histoire de la coopération internationale dans le domaine de la santé a commencé en 1851 avec la première conférence sanitaire internationale qui regroupa onze États européens et l’Empire ottoman. Il s’agissait de trouver de nouvelles solutions pour protéger les populations européennes sans entraver le commerce et les échanges. Les États coopérèrent et élaborèrent une norme dans l’intérêt commun européen. Le début du xxe siècle marque un tournant rationalisateur avec l’institutionnalisation de la coopération sanitaire internationale et la création, à Paris en 1907, de l’OIHP, doté d’un secrétariat et d’un comité permanents. Le comité organisa plusieurs conférences, dont celle de 1926 qui adopta une première convention sanitaire internationale. La grippe espagnole de 1918-1919 incita la SDN à créer son propre comité d’hygiène. La santé commençait, dès lors, à être envisagée comme un objet supranational. Des collaborations entre le comité d’hygiène de la SDN, l’OIHP et la fondation Rockefeller ont mené à la définition de la santé comme un programme visant le bien-être de l’humanité à travers le monde. L’Organisation mondiale de la santé, créée en 1948, définit la santé comme un bien-être physique et mental même si son action porte globalement sur la lutte contre les épidémies. L’on peut ainsi s’interroger sur l’évolution du traitement global de la question de la santé et des épidémies depuis 1851, et plus généralement sur les objectifs réels des acteurs lorsque l’on traite des biens publics mondiaux.

Les travaux de Guia Migani, post-doctorante à l’Université de Louvain spécialisée dans l’histoire des relations eurafricaines et de la décolonisation, portent sur l’aide européenne au développement entre tiers-mondisme et Guerre froide. Son intervention a montré combien l’aide au développement, sous les dehors d’actions en faveur de l’équité, était un instrument géopolitique utilisé par les nations les plus puissantes au gré de leurs objectifs. Ces aides ont été particulièrement importantes pendant la Guerre froide et ont souvent permis aux États donateurs de s’assurer la fidélité des pays du tiers-monde tout en réalisant un devoir moral du Nord envers le Sud. Dans les années 1990, plusieurs auteurs s’interrogèrent sur la capacité des États-Unis à poursuivre leur aide au développement, dans un contexte économique global difficile. L’enjeu des différentes conférences mondiales était de taille puisqu’il s’agissait de définir l’aide indispensable et la part que les États les plus riches devaient lui consacrer. Les événements du 11 septembre 2001 bouleversèrent encore les choses : le développement devint une priorité en terme de sécurité internationale, la paix et la sécurité constituant désormais le principal objectif de l’aide au développement.

Lorsqu’ils appartiennent au champ culturel, à la question de l’héritage et du patrimoine, les biens publics mondiaux sont sujets à caution et à débat entre les partisans d’une conception large et d’une conception plus restrictive selon laquelle la culture et le patrimoine immatériel de l’humanité ne peuvent pas être considérés comme des biens publics mondiaux. L’intervention d’Anaïs Fléchet, spécialiste de l’histoire des transferts culturels, notamment musicaux, a soulevé cette question. Si Inge Kaul considère bel et bien l’héritage culturel comme un bien de l’humanité, d’autres auteurs ont mis en garde contre cette classification, en rangeant l’héritage culturel du côté des biens communs :

« Contrairement au bien public, ce n’est pas tellement le bien en lui-même qui produit le bien-être, mais le fait même de le produire en commun. Par exemple, le bien-être ressenti à jouer de la musique est différent selon que l’on joue seul, à plusieurs, pour un public ou non. Le bien commun n’est donc pas le résultat produit par l’action collective en vue d’accroître le bien-être collectif, c’est le bien partagé lors de cette action collective et concomitant à cette action collective »[18].

 

Comme l’a souligné Anaïs Fléchet, la musique a longtemps été considérée comme un art universel et cette idée a perduré jusqu’au xixe siècle. Par la suite, elle fut associée à différentes formes de revendications identitaires qui l’ont éloignée du bien public. En raison de son importance dans les sociétés humaines, l’étude de ses liens avec l’histoire des relations internationales prend une importance nouvelle. Ce champ d’étude est resté longtemps marginal mais a été dynamisé par le Cultural Turn. La musique devient objet et source des relations internationales. Elle doit être étudiée pour son rôle dans les guerres, notamment à travers les enjeux liés à la circulation des œuvres durant la Seconde Guerre mondiale (armes de guerre ou facteurs de résistance). De fait, depuis plusieurs années, l’attention se porte sur la création d’un répertoire des musiques savantes ou de l’art populaire. Le classement des « fest noz » au patrimoine immatériel de l’humanité en décembre 2012 conforte l’importance de la musique comme bien partagé.

Il revenait à Laurence Badel de conclure : à travers les différents exemples évoqués, deux grands axes de recherche ont été soulevés. D’abord, la question de l’évolution de l’action des acteurs dans la définition et la gestion des biens publics mondiaux. Ces derniers sont en effet souvent définis par les nations les plus puissantes mais ils font jouer à différentes échelles différents types d’acteurs (États, sociétés civiles, monde des affaires). Les enjeux qu’ils recoupent sont multiples. De fait, le développement de la notion de bien public mondial contribue à faire évoluer les normes et les traités internationaux. Pour autant, les biens publics mondiaux sont sujets à questionnement. Selon Joseph Stiglitz, l’action collective entraînée par leur définition « exige des mécanismes de prises de décisions, que nous pouvons nommer gouvernance, pour exister. Mais le système international qui s’est développé depuis des décennies de manière ad hoc est un système de gouvernance globale sans gouvernement global »[19]. L’objet de la table ronde sur les nouveaux enjeux était d’analyser l’histoire et la trajectoire des biens publics mondiaux, et de voir en quoi ceux-ci pouvaient modifier notre vision des relations internationales passées ou actuelles. L’histoire de leur genèse amène à questionner leur bien-fondé. Si ces biens sont définis par les nations les plus riches, peut-on réellement affirmer qu’ils constituent l’essence même de ce qui doit être préservé ? La stabilité financière – fondée sur l’ouverture et la libéralisation des marchés – constitue-t-elle l’unique modèle à suivre ? Il ne s’agit pas de remettre en cause le principe de ces biens mais de s’interroger sur ce qui constitue une priorité et pour qui. La tentation d’universalité des modèles et des principes est un phénomène récurrent et il est souvent plus aisé pour les nations dominantes de ne proposer qu’un seul modèle de développement.

Un bien public mondial est un objet appartenant à tous, et tous peuvent en disposer librement. Si l’objectif de réduire la pauvreté dans le monde ne soulève aucune ambiguïté quant à son urgence et à sa nécessité, il est légitime de s’interroger sur les moyens mis en œuvre par les nations pour parvenir à cet objectif. Comment définir, en l’absence de gouvernement et de pouvoir de contrainte internationaux, le partage des contributions aux biens publics mondiaux ? Entre minimum consensuel et notion « fourre-tout », ils forment une catégorie encore en évolution et peu satisfaisante dans le cadre de la gouvernance mondiale actuelle. Ainsi l’historien a-t-il un rôle à jouer en rappelant que les biens publics à l’échelle de la planète ne naissent pas ex nihilo et que leurs priorités, ainsi que leurs définitions, sont tributaires de considérations historiques et géopolitiques.

 

Le colloque « Trente ans d’histoire des relations internationales » s’est terminé par une présentation de l’ouvrage somme paru aux PUF en septembre 2012, Pour l’histoire des relations internationales, sous la direction de Robert Frank. À l’image du colloque, ce livre est une grande synthèse sur l’état de la discipline, près de cinquante ans après l’Introduction à l’histoire des relations internationales écrit par Pierre Renouvin et Jean-Baptiste Duroselle, qui en posaient les concepts fondateurs.

Le nombre de chercheurs français présents lors du colloque et la diversité de leurs recherches ont permis à Robert Frank de saluer la vitalité de l’École française des relations internationales, une école nationale reconnue pour sa manière d’appréhender la discipline et ses concepts forts. Le colloque a également souligné le dynamisme et la richesse des historiographies étrangères dans un contexte paradoxal de difficile internationalisation des relations internationales[20]. Wilfried Loth, professeur à l’Université de Duisburg-Essen, – co-éditeur avec Jost Dülffer, du livre Dimensionen internationale Geschichte (paru à Munich en 2012) – et José Flávio Sombra Saraiva, professeur à l’Université de Brasilia sont intervenus dans ce sens, tout en saluant le travail réalisé par les chercheurs français. Et Robert Frank de souligner à juste titre la nécessité pour l’historiographie française de conserver sa particularité tout en participant activement aux évolutions de la discipline à l’échelle mondiale. Georges-Henri Soutou, professeur émérite à l’Université de Paris IV, a souligné un autre enjeu important du colloque et de l’ouvrage collectif, à savoir faire entrer dans le champ de l’histoire des relations internationales tous les apports possibles des différentes disciplines (recherche culturelle, sociologique, géographique, stratégique) tout en réaffirmant son originalité et sa légitimité. Si la discipline est parfaitement identifiée et autonome au Royaume-Uni par exemple, c’est beaucoup moins évident en France.

 

La grande ouverture méthodologique défendue par le livre de Robert Frank a transparu dans plusieurs communications présentées lors de ce colloque. Le cas des biens publics mondiaux comme objets d’histoire l’a montré, ainsi que les apports de l’anthropologie et de la paléographie dont l’intérêt pour la compréhension des sociétés coloniales a été démontré par María Dolores Elizalde et Serge Gruzinski.

 

L’approche multiscalaire (local, national, international, transnational) caractéristique de l’ensemble des interventions, sont l’objet de la deuxième partie de l’ouvrage collectif. La prise en compte des différentes échelles spatiales est fondamentale pour la compréhension des phénomènes internationaux, et le colloque l’a également parfaitement démontré.

Depuis Pierre Renouvin et Jean-Baptiste Duroselle, la discipline a beaucoup évolué et les champs de recherche se sont considérablement élargis. Les « forces profondes » de P. Renouvin restent un concept fort mais les recherches actuelles, en partie présentées au cours de ces deux journées, veulent désormais l’expliciter d’une façon différente en termes de champs (reliés mais autonomes), de domaines et de dynamiques. Le colloque a permis d’entrevoir de nouveaux objets historiques et de nouvelles méthodes, signes que la discipline continue d’investir les secteurs les plus novateurs. Ces nouveaux terrains d’investigation restent encore largement à défricher, notamment en termes de définitions et d’application pour la compréhension du passé. Les nouvelles méthodes présentées par Matthew Connelly ont permis d’entrevoir l’avenir du métier d’historien et son rôle futur dans un contexte mondial de plus en plus complexe.

Enfin, il semble que le souhait exprimé par Hugues Tertrais dans son introduction – celui d’un décentrement du regard –, ait trouvé un large écho auprès de nombreux intervenants du colloque. Plusieurs d’entre eux ont, en effet, évoqué la question de l’européocentrisme des chercheurs en relations internationales, ce qui laisse entrevoir les évolutions en cours et à venir dans ce domaine de recherche. La création d’un Centre d’histoire de l’Asie contemporaine (CHAC) en Sorbonne, à Paris 1 en 2008, en est la parfaite illustration.

 


[1]    Ce compte rendu a été rédigé par les étudiants de Master 1 en histoire des relations internationales, à l’initiative de Laurence Badel, professeur à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, et harmonisé par Mathieu Dranguet. Ont participé à son écriture : Elena Brian-Vigoureux, Tom Coillot, Mathieu Dranguet, Marguerite Lavialle, Maxime Pareydt, Pedro Pereira Barroso, Wahel Rashid, Pierre-Antoine Roux et Martin Saulnier.

[2]    Robert Frank (dir.), Pour l’histoire des relations internationales, Paris, PUF, 2012, 776 p.

[3]    Voir son article publié à l’occasion du centenaire de la perte des dernières colonies espagnoles : « España y las Filipinas, antes y después de 1898 », Torre de los Lujanes. Revista de la Real Sociedad Económica Matritense de Amigos del País, n° 36, 1998, p. 37-53.

[4]    Lawrence Wittner, « Peace Movements and Foreign Policy », Diplomatic History, n° 4, 1987.

[5]    Citons notamment l’ouvrage de Pierre Gerbet, Victor-Yves Ghébali et Marie-Renée Mouton, Le rêve d’un ordre mondial. De la SDN à l’ONU, Paris, Imprimerie nationale, 1996 ; voir aussi : Jean-Jacques Reniolet, L’Unesco oubliée. La Société des nations et la coopération intellectuelle (1919-1946), Paris, Presses de la Sorbonne, 2000.

[6]    Voir le site de l’HION : http://www.hion.ch [consulté en mars 2013].

[7]    Gérard Noiriel, Introduction à la sociohistoire, Paris, La Découverte, 2006 ; Sandrine Kott, « Les organisations internationales, terrains d’étude de la globalisation. Jalons pour une approche socio-historique », Critique internationale, n° 52, 2001.

[8]    Par opposition à la paix « négative » correspondant seulement à l’absence de guerre.

[9]    Simon Hall, Peace and Freedom, the Civil Rights and the anti War Movement in the 60’s, Philadelphia, University of Pennsylvania Press, 2005.

[10]   Marian Mollin, Radical Pacifism in the Nothern America, Philadelphia, University of Pennsylvania Press, 2006.

[11]   Notamment : Georges Corm, Le Proche-Orient éclaté. 1956-2012 (2 vol.), Paris, Gallimard, 2012 (7e éd.).

[12]   Citons notamment la thèse de Pierre Laborie, « L’opinion publique et les représentations de la crise d’identité nationale, 1936-1944 », soutenue en 1988 et publiée sous le titre L’opinion française sous Vichy. Les Français et la crise d’identité nationale (1936-1944), Paris, Le Seuil, 2001.

[13]   Sa thèse porte sur « Les relations franco-américaines à l’épreuve du Vietnam entre 1954 et 1975. De la défiance dans la guerre à la coopération pour la paix », soutenue en 2007 sous la direction de Robert Frank à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

[14]   Charles Kindleberger, « International Public Goods without International Government », The American Economic Review, vol. 76, n° 1, 1986, p. 1-13.

[15]   Isabelle Grundberg, Inge Kaul et Marc A. Stern (eds.), Global Public Goods. International Cooperation in the 21st Century, PNUD, New-York, Oxford University Press, 1999; Pedro Conceiçao, Inge Kaul et Katell Le Goulven (ed.), Providing Global Public Goods. Managing Globalization, PNUD, New-York, Oxford University Press, 2003.

[16]   Déclaration du Millénaire, Nations unies, 8 septembre 2000.

[17]   Les objectifs du Millénaire sont consultables sur la page http://www.un.org/fr/millenniumgoals/ [consulté en mars 2013].

[18]   Jérôme Ballet, « Propriété, biens publics mondiaux, bien(s) commun(s) : une lecture des concepts économiques », Développement durable et territoires, Dossier 10/2008, voir le site : http://developpementdurable.revues.org/5553 [mis en ligne le 07 mars 2008, consulté le 06 mars 2013].

[19]   Joseph Stiglitz, « Global Public Goods and Global Finance: Does Global Governance Ensure that the Global Public Interest is Served? » dans Jean-Philippe Touffut (ed.), Advancing Public Goods, Edward Elgar Publishing, 2006. Traduction proposée par Eloi Laurent, ebook311, France OCFE, 2012, p. 1.

[20]   Robert Frank (dir.), Pour l’histoire des relations internationales, op. cit., p. 27-34 (cf. note 2).