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Mathieu Jestin, Le secret dans la « question d’Orient » à la fin du XIXe siècle, vu par Sainte Marie, consul de France en Macédoine

Le secret dans la « question d’Orient » à la fin du XIXe siècle, vu par Sainte Marie, consul de France en Macédoine

 

 

Bulletin n° 36, automne 2012

 

 

 

 

Mathieu Jestin

 

 

« À Kastoria, dans le vilayet de Monastir[1], on a saisi chez le maître d’école grec une volumineuse correspondance établissant l’existence depuis vingt ans de relations suivies entre ce professeur, le syllogue grec d’Athènes[2], le consul général de Grèce à Monastir et diverses personnes notables »[3].

 

Un an plus tard[4], la correspondance rapatriée à Salonique est presque entièrement dépouillée par les autorités civiles[5]. Environ trois cents lettres émanant du consul général de Grèce à Monastir et quatre cents de différentes autorités religieuses grecques orthodoxes ont été retrouvées chez Pikion, le maître d’école, incitant à la révolte les Grecs de Macédoine contre les Ottomans, les Koutzo-Valaques et les Bulgares. Le consul français Sainte Marie termine sa dépêche à destination du ministre des Affaires étrangères, Émile Flourens, en notant : « On ajoute que les lettres dont il s’agit seraient publiées dans les journaux européens par les soins du gouvernement ottoman en vue de dévoiler les intrigues grecques ». C’est chose faite dans le journal La Revue d’Orient de mars 1888. Le consul français en joint un extrait pour l’ambassadeur à Constantinople, le duc de Montebello, et pour son ministre de tutelle. En voici la teneur :

« D’accord avec l’évêque ; tâchez de faire éclater la révolution. Le temps est très propice, les Turcs nous croient leurs alliés contre les Bulgares. […] Aussitôt la révolution éclatée, l’Europe épouvantée interviendra en vue d’étouffer et de prévenir les conséquences dangereuses pour la paix générale […] Herio Costa, second drogman de notre consulat et beau frère de Kristo, premier drogman, est chargé d’aller voir Yoni Bey [chef de guerre albanais] et de s’entendre avec lui. L’argent sera envoyé d’Athènes au consulat qui le fera parvenir à Yoni Bey par le canal de l’archevêque d’ici »[6].

 

À partir de cet incident mineur, relativement banal et sans réelle conséquence, on peut s’interroger sur la question du secret et de la « diplomatie » consulaire dans le cadre des Balkans ottomans de la fin du XIXe siècle, alors que la « question d’Orient » bat son plein[7], que les voies de communication terrestres – notamment ferrées[8], maritimes et télégraphiques se multiplient dans les Balkans et se rejoignent petit à petit[9] et que les opinions publiques locales, nationales et européennes sont sans cesse sollicitées par la presse foisonnante[10]. Dès lors, il est intéressant de se demander quelles sont, en cette fin de XIXe siècle, les réalités de la circulation des informations « à caractère confidentiel »[11], à travers la correspondance consulaire et diplomatique entre (dé-)chiffrement, interceptions, réseaux, perquisitions, circulaires, secrets et banalités[12]. Le consulat de France en Macédoine, dont la résidence principale est Salonique, constitue un bon observatoire de ces problématiques. En tant que principal port de la « Turquie d’Europe », c’est un lieu de transit des hommes, idées et marchandises ; en tant que port, c’est aussi un point d’observation décalée des questions nationales dans les années 1880 : les Grecs se situent plus au sud, les Bulgares au nord et à l’ouest, les Albanais, Koutzo-Valaques, Serbes ou Autrichiens au cœur de la Macédoine. Le consul de seconde classe, Pricot de Sainte Marie[13], titulaire du poste de 1885 à 1889, sera au centre de notre étude.

Certes, il est désormais loin le temps où les Tartares circulaient à cheval le plus rapidement possible, souvent à leurs risques et périls, pour apporter une ou plusieurs dépêches de Salonique à Constantinople[14]. De même les durées aléatoires de la navigation à voile sont de l’histoire ancienne avec l’apparition et le développement rapide des compagnies à vapeur – la Lloyd autrichienne, les deux sociétés françaises de la Compagnie des Messageries maritimes (ou impériales selon l’époque) et Fraissinet[15]. Il serait impossible à l’autorité ottomane de saisir et de dépouiller une chancellerie étrangère pour vérification comme ce fut le cas en pleine expédition d’Égypte[16]. Cependant, le problème reste le même : parvenir à savoir et à comprendre tout en restant discret.

 

Informations et informateurs : les sources du consul

 

Parvenir à savoir, c’est se constituer un réseau d’informateurs et d’informations fiables. Avec le développement des communications matérielles et immatérielles, et celui d’une opinion publique occidentale mais aussi ottomane, le plus difficile n’est pas d’obtenir des informations ni de les compiler mais de les trier. Les renseignements ne sont pas toujours de première main ; les événements, réels ou inventés, sont largement exploités à des fins partisanes. Amaury de Lacretelle, successeur de Sainte Marie de 1890 à 1892, montre les difficultés du renseignement consulaire en Macédoine :

« Les incidents survenus sur la frontière turco-bulgare du côté de Rzalik ont été tenus ici assez secrets. Salonique se trouve fort éloignée de cette partie de la frontière et les communications avec Rzalik n’existent pas ; il a donc été impossible de recueillir des renseignements précis ou de contrôler les versions données par l’autorité locale »[17].

 

Pour les aider dans leur travail, les consuls disposent dans leur circonscription d’un réseau d’agents répartis en fonction des besoins de la diplomatie française à l’échelle locale. Or, en 1887, le consulat de France à Salonique ne dispose d’aucune agence ou vice-consulat en Macédoine contrairement à ses concurrents anglais, russe, austro-hongrois et même serbe et roumain qui, tous, disposent d’agents à Uskup ou encore à Monastir. La France mène en effet une politique de statu quo ante qui passe notamment par la défense de ses anciennes prérogatives commerciale et religieuse. Le consul n’est pas un chargé d’affaire, encore moins un diplomate. S’il a un devoir de renseignements sur des questions politiques, ce n’est pas sa mission principale. Le consulat de Salonique dispose seulement d’un agent à Cavalla, port à vocation commerciale, et un à Serrès, lieu de foires annuelles. La Thessalie, qui était partie intégrante de l’arrondissement consulaire de Salonique avec les villes de Volos et Larissa, a été intégrée au territoire grec en 1881. Le vice-consulat de Jannina dépend théoriquement de Salonique. Les relations sont rares et difficiles entre les deux postes comme le souligne Lacretelle en 1892 dans le rapport annuel qu’il doit remplir sur son agent : « n’ayant que peu de rapports avec M. Giamarchi dans le courant de l’année 1891, il ne m’est pas possible de répondre aux questions indiquées »[18]. En effet, un accusé de réception et une demande d’imprimés sont les seules correspondances reçues du vice-consulat de Jannina du 1er janvier 1891 au 31 décembre de la même année. Il faut attendre 1894 avec Monastir et Uskub-Skopje en 1902 pour que des postes français soient implantés dans l’hinterland macédonien. Les agents sont pourtant des informateurs de premier ordre, puisque, contrairement aux consuls, ils sont généralement ottomans, originaires du lieu de l’agence. Même si certains sont français, ils ne sont pas dans la « carrière » consulaire et doivent exercer une autre activité, généralement liée au négoce. Ce sont donc des individus très bien implantés sur un territoire et auprès d’une population. Parfois agent de père en fils comme les Bulgarides à Cavalla, ils restent en poste longtemps et connaissent parfaitement les lieux, hommes, mœurs et coutumes. Les consuls peuvent également s’appuyer sur des « clients » de la France : commerçants, voyageurs, ingénieurs des lignes de chemin de fer[19] et missionnaires – notamment les lazaristes ou les sœurs de la charité qui disposent de plusieurs points d’appui en Macédoine : dispensaires, écoles, hôpitaux, séminaires et qui reçoivent une aide annuelle du ministère des Affaires étrangères. On peut aussi penser aux « protégés », Ottomans qui, dans le cadre des Capitulations, bénéficient de la protection de la France et des avantages qui en découlent. Depuis le début du Tanzimat, la Sublime Porte tente d’en limiter le nombre à plusieurs reprises, en 1843, 1869 et 1882. Un consensus entre Ottomans et Puissances européennes aboutit, même s’il n’est pas toujours respecté, à la protection des seuls serviteurs directs et officiels du consul : cavas ou gardes et drogmans ou traducteurs-interprètes. Ces derniers sont d’ailleurs extrêmement utiles dans une logique d’informations et de réseau comme le soulignait C. Guys, consul français de la ville dans les années 1830 :

« Les drogmans du pays ont toujours été très utiles au service : ils savent traiter avec les Turcs dans leur genre ; ils sont affectionnés à la Nation qu’ils servent et au consul ; ils n’ont aucune autre vue que de conserver la protection qui leur est bien due par leur attachement et leur dévouement »[20].

 

Salonique, en tant que premier port de Macédoine, est un lieu de transit des marchandises, des idées – brochures, journaux, livres en tous genres – et des hommes – militaires, hommes d’Église ou de l’administration qui entrent ou quittent leurs fonctions, espions. Certains s’arrêtent de discuter avec le consul. Les autres sont l’objet de rumeurs, suspicions, à coup sûr de commentaires. Il convient au consul de constituer son propre réseau à travers des affinités personnelles et des relations créées au fur et à mesure des postes occupés. Il s’agit de capitaines de navire, de consuls étrangers, de diverses autorités religieuses, civiles ou militaires qui, à l’exemple des consuls français, changent régulièrement de lieu d’affectation. Les réseaux peuvent alors se recouper. Les moyens de transport sont enfin des lieux de rencontres et de confidences particulièrement utiles pour se renseigner de manière informelle.

Le ministère des Affaires étrangères ainsi que l’ambassade sont conscients de l’importance de ces réseaux à l’échelon local et régional. Ils permettent aux consuls de choisir leur entourage dans le respect des intérêts français, à travers la nomination d’agents, le mariage[21], ou le choix des parrains et marraines. L’exemple de Sainte Marie est, à cet égard, tout à fait significatif. Lors de son premier poste de drogman chancelier, à Sarajevo, il épouse en 1868 Olza Stouckpnikoff, fille du consul de Russie, ce qui est très bien vu de ses supérieurs à qui il doit demander l’autorisation de se marier. Les liens de parenté sont un des moyens les plus faciles de constituer un réseau. Sainte Marie progresse rapidement dans la carrière consulaire, occupant des postes situés uniquement dans la « Turquie d’Europe ». Après Sarajevo, il est nommé à Raguse puis à Salonique entre 1883 et 1889 où il obtient son premier poste de consul. Sa gestion y est largement critiquée. Le consul de Belgrade René Millet, suite à ses séjours d’août 1887 et mai 1888 à Salonique, en résume les raisons :

« M. de Sainte Marie vivait fort isolé et il n’était pas suffisamment considéré, soit par ses collègues soit par les personnes qui fréquentent ordinairement le consulat. Il courait des bruits fâcheux sur sa gestion. […] Il faudrait à Salonique dans cette ville de Levantins, de Juifs orientaux et de consciences trop larges, un consul d’un caractère au-dessus de tout soupçon et qui eût aussi plus d’entregent, plus de goûts pour les questions commerciales »[22].

 

D’un point de vue strictement administratif, rien ne pouvait lui être reproché, mais son isolement nuisait à la qualité et à la quantité des informations et de son réseau d’informateurs, et, à terme, à la pertinence de son travail. Néanmoins, si le consul doit collecter un maximum de renseignements, il ne doit pas lui-même en être la source comme le rappelle la circulaire du ministère des Affaires étrangères du 13 mars 1891 : « Les agents de [mon] département doivent strictement s’abstenir de toute communication aux représentants de la presse quels qu’ils soient »[23] ; cette maxime ne s’applique pas d’ailleurs uniquement à la presse.

 

La diffusion de la correspondance : enjeux et difficultés

 

Une fois les informations collectées, il faut parvenir à les faire circuler sans qu’elles ne se perdent ou qu’elles ne soient interceptées. En 1885, une dépêche émanant de Paris rappelle une circulaire datant de 1798 stipulant que chaque dépêche ne doit contenir qu’un seul type d’information :

« Votre Excellence me permettra de saisir cette occasion pour Lui faire connaître que j’adresse à l’Ambassade de la République à Constantinople un double de toute la correspondance au département sous le timbre de la direction des Affaires politiques et que j’ai soin de faire mention de cet envoi en tête de chaque communication à l’ambassade »[24].

 

Être rigoureux sur l’en-tête des lettres est une consigne régulièrement répétée au consul : numérotation, date, bureau destinataire. Il doit rédiger en double chaque dépêche en en conservant un exemplaire dans sa chancellerie. Ces précautions permettent aux différents interlocuteurs de savoir si l’ensemble des dépêches leur sont parvenues. Dans le cas contraire, ils en demandent un double ou « duplicata ». Le consul de Salonique peut envoyer plus d’une centaine de dépêches à Paris par an, autant à Constantinople, et une quantité moins importante à ses agents et aux autres consuls[25]. Ceci permet à la fois d’en simplifier le traitement dans les bureaux de réception, mais aussi de compartimenter les informations, en cas de perte, de vol ou de réquisition du courrier. Le consul dispose à Salonique d’une poste nationale, gérée par un Français, par laquelle transite tout le courrier de la « colonie ». Seule, en théorie, la Compagnie des Messageries maritimes est autorisée à le transporter pour Marseille. Néanmoins, à l’occasion, la compagnie privée Fraissinet, voire la Lloyd autrichienne, peuvent s’en charger. Par voie terrestre, le courrier est acheminé via Vienne. Il met environ 24 heures pour atteindre Paris, si la correspondance à Vienne n’est pas manquée. Il n’y a en effet qu’un train par jour.

Depuis la fin des années 1860, Salonique est reliée partiellement au réseau télégraphique. Cependant son utilisation en est encore extrêmement limitée et réservée aux nouvelles urgentes. Contrairement aux dépêches ordinaires, les télégrammes sont systématiquement chiffrés[26] et sont développés dans une dépêche papier du même jour[27]. Le contrôle du télégraphe est stratégique pour les Européens[28]; les Ottomans, l’ayant bien compris, en jouent. M. de Moüy[29], ambassadeur de France à Constantinople, rappelle que pendant toute la durée de la guerre russo-turque entre 1876 et 1878 « l’usage du chiffre est interdit au consul »[30] par les autorités ottomanes. D’ailleurs, le poste télégraphique de Salonique est essentiel dans cette décennie. Connaître le receveur est déterminant pour la transmission de ses propres messages mais aussi pour avoir accès aux dernières informations. Il convient du reste de ne jamais citer nominativement de telles sources : « Je sais de bonne source que l’avant-dernière nuit, le consul général d’Angleterre a reçu de Constantinople un long télégramme chiffré. Dès hier matin il prenait le train à six heures pour se rendre à Uskub »[31].

Renseigner fait donc partie des prérogatives principales du consul, en Macédoine, comme ailleurs. Les renseignements comme les informateurs sont très nombreux, divers et d’importance variable. Les périodes de crise de la « question d’Orient » mettent en lumière les différents enjeux des communications et de l’information dans les Balkans. Le consul de Salonique, isolé géographiquement de l’intérieur de la Macédoine, doit s’appuyer sur un réseau qu’il a préconstitué et qu’il sollicite pour l’occasion. Il doit également être en mesure de trier les informations, puis de les communiquer, sans pour autant désinformer sa hiérarchie, se faire intercepter sa correspondance, ni même trop éveiller les soupçons, à l’exemple de la saisie chez l’instituteur de Kastoria qui décrédibilise, un peu plus, les agents grecs aux yeux des autorités ottomanes. Les informations arrivent segmentées au ministère des Affaires étrangères, charge à lui d’y donner une certaine cohérence, en s’appuyant sur l’ensemble de son réseau diplomatique en Orient. Il n’accorde, d’ailleurs, lui-même, pas forcément une entière confiance à son consul. Ainsi, une dépêche de Sainte Marie, demandant le remplacement du supérieur lazariste de Salonique, est longuement annotée en marge. On peut y lire que Gallineau, supérieur de la mission de Smyrne, est préféré au candidat local proposé par le consul : « Le père a demandé le secret et il a été convenu que notre consul ne serait avisé que la nomination faite »[32]. Si la correspondance consulaire peut paraître sensible et délicate tant dans l’obtention des informations que dans leur transmission, une question reste donc en suspens pour l’historien comme pour les consuls qui s’en plaignent, quel impact a-t-elle sur l’action du ministère ? Est-elle prise en compte, ne serait-ce que partiellement, dans l’ajustement de la politique française ou reste-t-elle lettre morte ?

 



[1]    Monastir est connue sous le nom actuel de Bitola. Cette ville se situe en République de Macédoine (ARYM). En 1887, c’est le chef lieu d’un des trois vilayets de Macédoine avec Salonique et Uskub (Kosovo). Pour des précisions sur la situation de Bitola/Monastir à la fin du XIXe siècle et notamment sur les rivalités intercommunautaires, voir Bernard Lory, La ville balkanissime, Bitola-Monastir, 1800-1918, Istanbul, Isis, 2011.

[2]    Le syllogue grec d’Athènes est une association chargée de diffuser le philhellénisme et la Megala Idea (Grande Idée) partout où vit la diaspora grecque et notamment dans l’espace ottoman. Il fournit hommes – « missionnaires » – argent, livres… à des fins de propagande. Voir, par exemple, Erato Paris,  « Les Grecs de Marseille dans la deuxième moitié du XIXe siècle : une perspective nationale et transnationale », Revue européenne de migrations internationales, 2001, n° 17, p. 23-42.

[3]    Archives du ministère des Affaires étrangères (AMAE), correspondance politique des consuls (CPC), Salonique, t. 8, lettre au ministre des Affaires étrangères, Salonique, le 9 mars 1887, n° 34.

[4]    Mathieu Jestin est doctorant à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne et à l’École française d’Athènes. Le présent article s’inscrit dans le cadre d’une thèse en cours « Le Consulat de France à Salonique 1781-1912 », préparée sous la direction de Robert Frank, à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne.

[5]    AMAE, CPC, Salonique, t. 8, lettre au ministre des Affaires étrangères, Salonique, le 25 février 1888, n° 8.

[6]    Ibid., Sainte Marie joint à sa dépêche du 5 mars 1888, n° 18, deux extraits de cette revue à laquelle il est abonné.

[7]    La décennie 1880 est déterminante pour la « question d’Orient ». Les traités de San Stefano et de Berlin de 1878 offrent des indépendances aux minorités, slaves notamment, mais créent aussi des tensions et des insatisfactions chez tous les protagonistes. Les Grecs souhaitent réaliser leur Grande Idée, les Bulgares annexent la Roumélie orientale en 1885 mais sont privés de Salonique et les Autrichiens s’arrogent la gestion de Bosnie-Herzégovine au grand dam des Serbes voire des Albanais, grands oubliés des traités de 1878. Enfin, les luttes d’influence s’intensifient, à différents niveaux : entre puissances européennes, entre peuples balkaniques.

[8]    Le 19 mai 1888 « à 7h35 du soir, le premier train venant de Paris est entré en gare de Salonique », AMAE, CPC, Salonique, t. 8, Salonique, le 21 mai 1888, n° 31. La durée du trajet est estimée à 72 heures.

[9]    Léonard Laborie, L’Europe mise en réseau, La France et la coopération internationale dans les postes et les télécommunications (années 1850-années 1950), Bruxelles, PIE Peter Lang, coll. Enjeux internationaux, 2010, 494 p. Pour des renseignements plus spécifiques sur la Macédoine, voir Méropi Anastassiadou, Salonique 1830-1912. Une ville ottomane à l’âge des Réformes, Leiden, New York, Köln, Brill, 1997, 405 p.

[10]   Le consulat de France reçoit divers journaux  : européens comme Le Temps ou The Pall Mall Gazette ; balkaniques comme  le Makedoniski Glas bulgare ; ottoman comme Le Phare du Bosphore ; et locaux comme le Selanik, journal semi-officiel du vilayet. La langue française était très utilisée par la presse en général, langue de l'élite et « de la modernisation » selon Hélène Guillon, « Le Journal de Salonique (1895-1910), un journal de langue et de culture françaises dans une communauté juive orientale », Hypothèses 2004-1, p. 169-177. Cf. www.cairn.info/revue-hypotheses-2004-1-page-169.htm (consulté le 29 octobre 2012). Voir également Gérard Groc, Ibrahim Çaglar, La Presse française de Turquie de 1795 à nos jours. Histoire et catalogue, Istanbul, 1985.

[11]   Expression récurrente en début de dépêche dans la correspondance de Sainte Marie.

[12]   Par souci de clarté, je m’appuierai essentiellement sur le cas de la circonscription consulaire de Salonique, des correspondances entre agents, de Salonique vers l’ambassade de Constantinople, le ministre de France à Athènes et le ministre des Affaires étrangères de Paris. Les circulaires que je citerai, sauf précision, sont valables pour l’ensemble du réseau consulaire.   

[13]   AMAE, Dossiers Personnels, Deuxième série, Jean-Baptiste Evariste Pricot de Sainte Marie (1843-1899), carton n° 263.

[14]   Fourcade, brièvement consul général de Salonique entre 1812 et 1813, affirme lors d’une tournée effectuée dans sa circonscription : « Respectés sur les routes, servis en un clin d’œil à toutes les postes, infatigables et sobres, ils [les Tartares] font en 24 heures une course que nos courriers sont incapables de fournir en 36. » AMAE, Correspondance consulaire et commerciale (CCC), Salonique, t. 16, Uscup, le 31 mars 1813, n° 13. 

[15]   Les communications entre Paris et Salonique pouvaient mettre jusqu’à 6 semaines –  4 mois parfois lors de la période Révolution-Empire. En 1887, au moment de l’incident, une dépêche papier ne met plus que quatre jours, une dépêche télégraphique quelques heures. Chaque année, 150 navires à vapeur français pénètrent dans le port de Salonique, plus aucun voilier. C’est le cas pour la plupart des marines européennes. Les voiliers, encore nombreux, appartiennent aux marines grecques et ottomanes et assurent un service de cabotage dans les archipels et sur les côtes égéennes.

[16]   AMAE, CCC, Salonique, t. 15 bis, le 24 fructidor an VI, le pacha fait saisir la chancellerie tenue par le gérant du consulat, Tavernier, député de la nation.

[17]   Ibid., t. 9, Salonique le 1er juin 1891, n° 7. Le consul est alors Amaury de Lacretelle.

[18]   AMAE, Dossiers Personnels, Deuxième série, Étienne, Jean Giamarchi, 1850-1907, carton n° 694.

[19]   La ligne Uskub-Vranja –  frontière serbe  – vient d’être mise en service.

[20]   AMAE, CCC, Salonique, t. 22, Salonique, le 5 février 1838, n° 159.

[21]   L’ordonnance du 3 mars 1781 article 1444, oblige le personnel diplomatique et consulaire de France, comme l’ensemble des Français à l’étranger, à solliciter l’autorisation du ministère des Affaires étrangères avant de se marier. Cet article est repris par les nouvelles ordonnances du XIXe siècle. 

[22]   AMAE, Dossiers Personnels, Jean-Baptiste Evariste Pricot de Sainte Marie, op. cit.

[23]   AMAE, CPC, t. 9, le 25 mars 1891, n° 4.

[24]   AMAE, CPC, Salonique, t. 7, Salonique, le 30 juin 1885, n° 45.

[25]   Il est difficile de faire une moyenne ou de donner un ordre d’idées très précis. En effet, le nombre de dépêches dépend certes de l’actualité du consulat, mais aussi de la personnalité des consuls, ou encore si le consulat est en gestion ou si le titulaire est présent. En outre, depuis 1826, correspondances commerciale et politique sont séparées ce qui entraîne une multiplication du nombre de dépêches. Sainte Marie est, quant à lui, un consul très prolixe. Voir pour un ordre d’idée : AMAE, Archives de Nantes, Salonique, Série A, les registres d’enregistrement de la correspondance générale pour les Départs, cartons 96 à 101, et pour les Arrivées cartons de 102-108, entre juin 1870 et décembre 1906.

[26]   Les télégrammes arrivent au service « déchiffrement » du ministère des Affaires étrangères.

[27]   Il n’est pas rare qu’on trouve aussi la transcription du télégramme dans la dépêche papier qui suit immédiatement l’envoi du télégramme.

[28]   Très tôt au XIXe siècle, l’État français, seul et dans le cadre d’organisations européennes dites « internationales », prend en charge ces questions postales et télégraphiques. En 1879, la République crée un ministère des Postes et Télégraphes. Ce domaine était rattaché, depuis 1853, au ministère de l’Intérieur. En 1865, la convention télégraphique internationale de Paris vote la création de l’Union Télégraphique Internationale. En 1868, est créé, à Vienne, le Bureau télégraphique international. Enfin, en 1874, la France adhère a l’Union Postale Universelle qui succède à l’Union générale des Postes.

[29]   Edwige Renée Durand, « Charles de Moüy, diplomate et littérateur : regards d'un Français sur l'Empire ottoman, 1875-1880 », thèse soutenue à l’Université d’Ottawa, 1997, 308 p.

[30]   AMAE, Dossiers Personnels, Personnel, Première série, Félix Joseph Auguste Robert, carton n° 3192. Le chargé d’affaires écrit au ministère à Paris pour annoncer la violation du domicile consulaire de Félix Robert à Volo par les troupes ottomanes venues récupérer la valise postale apportée par le vapeur L’Égypte de la compagnie Fraissinet (Lettres du 30 novembre 1877 et du 10 décembre 1877).

[31]   AMAE, CPC, t. 8, Salonique, le 28 juin 1889, n° 6, Sainte Marie.

[32] Ibid., Salonique, le 1er mars 1888, lettre non numérotée.