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Eloi Piet, Le regard de la diplomatie française sur le déplacement de la frontière germano-polonaise, de 1940 à 1950

Le regard de la diplomatie française sur le déplacement de la frontière germano-polonaise, de 1940 à 1950

 

 

Bulletin n° 35, printemps 2012

 

 

 

 

Eloi Piet


 

 

Conséquences[1] du pacte Molotov-Ribbentropp signé le 23 août 1939, la politique nazie d'extermination et d'exploitation des populations menée de 1939 à 1944 en Pologne et la soviétisation de ses confins orientaux par Moscou de septembre 1939 à août 1941, rendirent possible le remodelage ethnique, politique et territorial du pays dans l'après-guerre[2]. Inquiet de la remise sur pied au profit des « impérialistes » anglo-saxons de l'industrie de l'Allemagne, Staline put donc à la fin du conflit faire de la Pologne un État-tampon communiste déplacé à ses dépens[3]. De 1945 à 1947 l'expulsion de neuf millions d'Allemands à l'ouest de l'Oder-Neisse fut menée par le régime communiste de Varsovie qui installait en même temps cinq millions de colons polonais dans les territoires dits « recouvrés » par la Pologne (Ziemie Odszykane), qui lui avaient appartenu au Moyen Âge. Ce déplacement ethnique et territorial, compensant la perte des confins annexés à l'URSS, fut l'un des plus importants parmi les transferts imposés à trente millions d'Européens de 1940 à 1950[4]. Ce transfert fut mené par un État voulant se débarrasser de minorités jugées hostiles et jouissant du soutien de grandes puissances soucieuses d'éviter toute revendication séparatiste susceptible de dégénérer en conflit, comme celle des Allemands de Danzig (allemand)/Gdańsk (polonais) en 1939.

La diplomatie française était alors loin de pouvoir influencer un tel bouleversement. Aide américaine à la reconstruction, alliance militaire avec la Grande-Bretagne et accord soviétique au désarmement du PCF : tels étaient les grands objectifs du Quai d'Orsay pour qui le déplacement de la frontière germano-polonaise restait un dossier second. Pourtant, si l'on définit le regard français sur le déplacement par la Pologne de sa frontière allemande le long de l'Oder-Neisse, nous constaterons que ce dernier recelait des enjeux de premier ordre pour la France, même après 1947. Le « regard diplomatique français » est donc un flux d'informations sur le déplacement frontalier, structuré par la défense des intérêts français en Europe et mêlant à des positions officielles une analyse interne. Il a trois échelons : le ministère à Paris, ses ambassades localisées dans les pays intéressés par l'Oder-Neisse et ses agents dans les territoires ex-allemands. En terme d'optique, étudier ce regard revient donc à comprendre la formation d'une image – le regard diplomatique français – résultant de l'observation par Paris d'un objet – le déplacement de la frontière –, à travers son système de perception – sa vision idéologique de la scène internationale. De 1945 à la guerre de Corée en 1950, le système de perception et l'objet observé se transformèrent radicalement, d'où un renversement du regard diplomatique français que nous présenterons en trois temps.

De 1940 à 1945, nous verrons que l'avis des diplomates de la France combattante sur la genèse du déplacement consista à approuver en 1942 les projets d'annexion du gouvernement polonais de Londres avant de se rapprocher début 1945 de son concurrent communiste, le Comité polonais de libération nationale (PKWN), pour encercler l'Allemagne bientôt vaincue avec l'accord espéré de Moscou. De septembre 1945 à l'entrée en Guerre froide de Paris en novembre 1947, il apparaîtra que ces diplomates tirèrent un parallèle entre l'Oder, frontière réelle de la Pologne, et le Rhin, frontière alors rêvée par la France. De 1948 à 1950, nous observerons le renversement du regard diplomatique français sur la nouvelle frontière puisque les diplomates firent des échecs polonais sur l'Oder le repoussoir de la France des plans Marshall et Schuman et commencèrent à s'intéresser au sort des Allemands restés en Pologne.

 

Genèse du déplacement de la Pologne vers l'ouest,

octobre 1940-août 1945

 

Installés à Londres, les Français libres y rencontrèrent le gouvernement polonais du général Sikorski et s'en rapprochent dès 1941 : l'union dans l'adversité, l'attachement à l'alliance historique entre les deux pays et les amitiés d'exil l'emportèrent sur les réticences initiales. En janvier 1942, de Gaulle s'engagea à soutenir toute annexion de territoires allemands par la Pologne. Ce soutien réitérait celui de Clemenceau aux revendications polonaises sur la Prusse orientale, la Haute-Silésie et Danzig lors de la conférence de Versailles (janvier 1919-août 1920) : il s'agissait toujours d'affaiblir Berlin[5]. L'intérêt stratégique des frontières allemandes de la Pologne avait d'ailleurs conduit la France à signer un traité d'alliance avec elle en février 1921. Mais en 1942, de Gaulle ne cacha pas à Sikorski qu'il souhaitait se ménager l'alliance de l'URSS et qu'il ne se prononcerait pas en cas de conflit l'opposant à la Pologne au sujet de ses confins orientaux. Sans garantir les frontières orientales de la Pologne, la France combattante l'appuyait pour annexer des territoires allemands ; un soutien par défaut somme toute.

L'intérêt d'un traité franco-soviétique prôné par la mouvance groupée autour du diplomate Maurice Dejean (1899-1982) consistait à ressusciter l'alliance franco-russe pour neutraliser l'Allemagne et contrebalancer l'influence américaine après la victoire[6]. Démembrement de l'Allemagne, détachement de la Ruhr, union économique de la Rhénanie à la France et annexion de la Sarre : adoptés par le Comité français de libération nationale (CFLN), ces plans visaient le contrôle du charbon allemand indispensable à la reconstruction[7]. Après le refus par Londres et Washington à la conférence de Yalta (4-11 février 1945), le soutien de l'URSS parut leur sésame. Puisque l'Armée Rouge victorieuse annexait les confins polonais, le gouvernement polonais de Londres se trouvait condamné. Il fallait prendre ses distances avec lui sans renoncer à une alliance avec une Pologne renforcée aux dépens du Reich.

En témoignent les initiatives prises dès 1943 par les diplomates français de Moscou. Ambassadeur dans cette ville et cheville ouvrière du traité d'alliance franco-soviétique du 10 décembre 1944, Roger Garreau (1891-1991) pensait ainsi le contrôle soviétique sur la Pologne inévitable, mais non contradictoire qu'elle s'alliât à la France puisque cela aurait affaibli l'Allemagne et donc satisfait Moscou. Garreau sut convaincre de Gaulle de reconnaître tacitement le PKWN, concurrent communiste du gouvernement de Londres. À Yalta, de Gaulle fut pourtant déçu par le peu de cas que fit l'URSS d'une France non invitée et, début 1945, les rapports de son émissaire en Pologne, Christian Fouchet (1911-1974), ne lui laissèrent aucun doute quant au sort de vassal que réservait l'URSS à ce pays. Ces espoirs déçus ne firent pas obstacle à l'élaboration d'un parallèle entre les droits reconnus à la Pologne sur l'Oder et les revendications françaises sur le Rhin. Nommé ambassadeur à Varsovie en février 1945, Garreau y travaillait. À Paris, l'idée d'un rapprochement avec le PKWN, proclamé d'union nationale, faisait son chemin. Cerner l'Allemagne, contrer les blocs pouvait servir la politique « de grandeur » du général de Gaulle, désormais chef du Gouvernement provisoire de la République française (GPRF). Nonobstant le scepticisme de l'ambassadeur à Londres René Massigli (1888-1988) et de ses partisans au sein du Quai d'Orsay, renouveler les traités d'avant-guerre avec Prague et Varsovie séduisait politiques et diplomates.

Signés le 2 août 1945, les accords de Potsdam rapprochèrent davantage France et Pologne. Absente de la conférence, la France n'avait vu aucun de ses projets allemands retenus par les « Trois Grands ». Ces derniers lui avaient donné avec son statut de puissance occupante des freins à la remise sur pied d'une Allemagne démocratique prête à signer un règlement de paix définitif. C'était une solution de pis-aller. De son côté, le PKWN s'inquiétait que l'Oder-Neisse n'ait été reconnue frontière qu’« administrative et provisoire » et non définitive sur l'insistance des Anglo-américains. Or, dès août 1945, la France se déclara prête à reconnaître l'Oder-Neisse, à condition que lui répondent à l'ouest l'annexion de la Sarre et le détachement de la Ruhr[8]. Contrairement à son homologue britannique[9], la diplomatie française n'a pas alors pensé en profondeur le principe et les conditions du transfert conséquent des neuf millions d'Allemands. Officiellement hostile aux expulsions d'Europe centrale pour ne pas déséquilibrer l'Allemagne, la France l'envisageait en Sarre pour s'en assurer les richesses minières[10]. Intéressé et surprenant dans le contexte, ce refus de cautionner l'expulsion des Allemands à Paris correspond paradoxalement à l'enthousiasme pour la colonisation polonaise des diplomates français arrivant dans les territoires recouvrés.

 

Septembre 1945-novembre 1947 :

déplacement frontalier et parallèle Rhin-Oder

 

De septembre 1945 à avril 1947, le regard de la diplomatie française sur la nouvelle frontière germano-polonaise fut un parallèle entre le Rhin et l'Oder. Isolé quant au sort à réserver à l'Allemagne vaincue, Paris chercha l'appui de Varsovie en négociant, non sans « arrière-pensées »[11], la réactualisation du traité de 1921, finalement abandonnée en novembre 1947. Ce parallèle remplissait aux yeux du Quai d'Orsay – au moins ceux de sa mouvance soviétophile – trois critères : une sécurité renforcée face à l'Allemagne, l'accès à son charbon (qu'apportait la Silésie à la Pologne) et un rapprochement avec un régime supposé d'union nationale. Quant aux douze millions d'Allemands expulsés d'Europe centrale, Paris obtint en juillet 1946 que seuls 300 000 d’entre eux fussent destinés à sa zone d'occupation[12], certes sous perfusion alimentaire américaine : au sommet de la diplomatie française la priorité donnée aux expulsés était bien de ne surtout pas s'en occuper.

À Varsovie, Stettin/Szczecin, Breslau/Wrocław, Danzig/Gdańsk les diplomates regardaient la colonisation polonaise avec un œil d'autant plus favorable qu'ils en étaient eux-mêmes les acteurs. Pour établir leurs consulats, les diplomates s'installèrent dans des villas d'expulsés et ne rechignèrent pas au szaber (la maraude locale) pour les équiper. Sur ce front pionnier, les Français trouvèrent chez les administrateurs polonais des interlocuteurs francophiles et coopératifs. Conscients que le remplacement de 9 millions d'Allemands par 5 millions de réfugiés polonais n'était pas évident, ces Français estimaient que la bonne volonté des Polonais suffirait à reconstruire les territoires annexés. Laudatifs pour le travail du PPR (parti communiste polonais), les Français se contentaient de voir dans la terreur qu'il faisait régner à l'est de l'Oder une méthode certes musclée, mais appropriée à l'instabilité de la région[13].

Fermant les yeux sur les enjeux politiques de la colonisation – dictature communiste, nationalisme instrumentalisé, utilisation clientéliste des biens allemands –, ces diplomates y projetaient des problématiques françaises. Ainsi, le 10 septembre 1946, Garreau critiqua violemment le secrétaire d'État américain Byrnes qui venait de rappeler à Stuttgart que l'Oder-Neisse restait une limite provisoire sans règlement de paix. Garreau reconnut au nom des « Français » la nouvelle frontière, fit l'éloge de la colonisation polonaise dont les mérites auraient justifié les plans rhénans de Paris[14]. Sur le terrain, ses consuls soulignaient l'union des Polonais, donnant foi au pluralisme de façade du ministre des territoires recouvrés, Władysław Gomułka (1905-1982). Préoccupation non sans écho à la souveraine méfiance de la France envers les crédits américains, ses envoyés subodoraient que les Polonais pourraient s'émanciper de l'emprise soviétique en faisant des industries allemandes le levier de leur reconstruction.

Quant aux Allemands – affamés, dépouillés et expulsés par les Polonais –, ils laissaient les diplomates français de marbre. Ils n'évoquaient leur sort que pour souligner le « caractère infondé »[15] des protestations britanniques, sans pour autant vérifier les conditions du transfert. Les récits de leurs rapports avec les civils allemands sont édifiants. Le consul de Wrocław en fit expulser 22 de la villa choisie pour installer son consulat et souligna l'arrogance de ceux restés en ville. Médecin-lieutenant de la Croix-Rouge, Madeleine Pauliac, répondit lors d'un voyage à Gdańsk en mai 1945 à une Allemande venue se plaindre du viol massif de ses compatriotes par les Soviétiques et les Polonais en évoquant les camps de concentration[16]. Cette hostilité pour les civils allemands s'explique à la fois par le ressenti de l'Occupation mais aussi par une grande sympathie pour le peuple polonais. Son oppression par Staline aggravée à la conférence de Szklarska Poręba (22-27 septembre 1947) ne pouvait laisser ces Français indifférents.

L'ouest polonais repoussoir de la France

des plans Marshall et Schuman

 

La Guerre froide devenue inéluctable aux derniers mois de 1947, Paris négocia à bon prix son ralliement à Londres et Washington : union douanière de la Sarre à la France et 2,4 des 13 milliards de dollars du plan Marshall. Pour ce, le Quai d'Orsay fut appuyé par les partis non-communistes choqués par le coup de Prague en février 1948. Le maintien de l'US Army assuré en Europe, Paris dut accepter son pire cauchemar : la constitution en mai 1948 d'un puissant État industrialisé en Allemagne de l'Ouest, la RFA. Signataire du pacte de l'Otan en avril 1949, la France était bien devenue un Cold Warrior prêt à défendre l'Elbe. De l'autre côté de cette frontière entre Ouest et Est, Varsovie avait pris le même chemin mais dans un sens opposé. S'ensuivit dès 1949 une petite Guerre froide l'opposant à Paris[17], où elle fit l'éloge des « bons Allemands » de RDA pour les opposer à une France passée à l'impérialisme américain pour quelques dollars de plus. Lors du traité de Görlitz/Zgorzelec, signé le 6 juillet 1950, ces propos flatteurs furent récompensés par la reconnaissance est-allemande de l'Oder-Neisse. Dictée par Moscou, elle fut aussitôt dénoncée par Londres et Washington. Soutien officieux et intéressé de l'Oder-Neisse d'août 1945 à avril 1947, la France déclara qu'elle reconnaissait comme seul gouvernement apte à représenter l'Allemagne celui de la seule RFA et ce dans les frontières de 1937. Cette rupture favorable aux réfugiés allemands cachait pourtant une continuité certaine. Sécurité face à l'Allemagne, accès à son charbon, adéquation de l'alliance polonaise avec la politique française : ces trois critères du parallèle entre le Rhin et l'Oder de 1945 à 1947 étaient remplis depuis mai 1950 par le plan Schuman qui assurait le contrôle de la Ruhr, l'accès à son charbon et une réconciliation avec le peuple allemand souhaitée par l'opinion française.

Ce renversement au sommet se retrouvait chez les diplomates en poste en Pologne qui notaient que la soviétisation des territoires recouvrés intervenue en 1947 y avait eu des effets catastrophiques. À cette critique économique s'ajoutait celle, politique, du stalinisme imposé à la Pologne dès 1948 avec l'éviction de Gomułka. Dans le diagnostic du malaise des colons polonais établi par les diplomates français se lisait en négatif leur engagement atlantiste. Sous leur plume, la concentration de troupes soviétiques et le poids de la police politique en Pologne de l'Ouest signaient la rémanence du militarisme prussien et du totalitarisme du IIIe Reich. De même, ils n'accordaient aucun crédit à la coopération entre RDA et Pologne qu'ils auraient pourtant pu rapprocher de la réconciliation franco-allemande en marche. Mais ils préféraient opposer la haine des Allemands, toujours vivace chez les colons malgré les vœux pieux de Varsovie, à l'ouverture internationale de la France des plans Marshall et Schuman. Il est vrai que celle-ci tranchait avec l'exploitation des Allemands gardés de force par les autorités polonaises pour leurs compétences et leur force de travail au motif qu'il s'agissait de « Polonais germanisés ». En soulignant que ces Allemands palliaient les échecs de la colonisation, les Français commencèrent à s'intéresser – un peu – à leur sort. Cette empathie germanophile se nourrissait donc d'une critique acerbe de la Pologne communiste. En mars 1950, Paris se joint aux protestations britanniques et américaines contre la violation des accords de rapatriement d'Allemands de Pologne par cette dernière – soit cinq ans après les premières expulsions. En interne, le comportement de Varsovie fut comparé à celui dont elle avait fait preuve en recrutant de force des mineurs polonais du nord de la France. Cet engagement tardif en faveur de civils allemands s'expliquerait par les rancœurs accumulées envers la Pologne et excitées par la compétition que la France lui avait livrée pour la main-d'œuvre dès 1946.

 

Conclusion

 

Il est indéniable que le renversement après 1947 du regard français sur le déplacement de la frontière germano-polonaise s'explique largement par la rupture de la Guerre froide. Pourtant, la continuité de « forces profondes » propres à la diplomatie française et à sa relation avec la Pologne joua un rôle dans ce renversement. Pratique diplomatique plus complexe que ne le laisseraient supposer les images d’Épinal d'une « amitié historique » brandies à Paris et Varsovie et faiblesse structurelle des deux pays obligés de chercher un protecteur fort : ces éléments doivent être pris en compte pour comprendre le divorce entre les deux pays. Pourtant et ceci nous semble caractériser leurs relations , les deux diplomaties vécurent ce conflit comme un accident historique et reprirent contact dès la mort de Staline en 1953.

En outre, le renversement du regard français sur l'Oder-Neisse est aussi celui du paradigme de la frontière dans les mentalités françaises. Outil stratégique classique, la frontière est utilisée en 1945 sous la forme d'une alliance stratégique et d'un parallèle entre Rhin et Oder. Cinq ans plus tard, la frontière est devenue pour la France un obstacle à une Europe forte et pacifiée puisqu'elle commence à ouvrir les siennes, notamment avec l'Allemagne. Dans cette optique d'apaisement frontalier, la France insista dès 1959 auprès de la RFA pour qu'elle reconnaisse l'Oder-Neisse ; une condition sine qua non du général de Gaulle à une éventuelle réunification allemande. Trente ans plus tard, François Mitterrand réaffirma la même condition à la réunification, cette fois-ci aboutie. Attentive aux dangers d'une rancœur territoriale entre son ancien et son nouvel allié, la France a donc œuvré pour la normalisation des rapports entre l'Europe de l'Est et celle de l'Ouest, prélude à leurs retrouvailles quarante et un ans après le Coup de Prague.

 



[1]    Cet article est le compte rendu du mémoire réalisé dans le cadre d’un Master 2, sous la direction d’Antoine Mares : « Le regard de la diplomatie française sur le déplacement de la frontière germano-polonaise de 1940 à 1953 », soutenu en juin 2011 à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne.

[2]    Włodzimierz Borodziej, Hans Lemberg, Die Deutschen östlich von Oder und Neisse, 1945-1950, Marbourg, Verlag Herder-Institut, 2004, p. 37-55.

[3]    Georges-Henri Soutou, La guerre de cinquante ans. Les relations Est-Ouest 1943-1990, Paris, Fayard, 2007, p. 121.

[4]    Philippe Ther, Redrawing nations, Lanham (Maryland), Rowman and Littlefield Publishing Group, 2001, p. 44.

[5]    Piotr Wandycz, France and her Eastern Allies, Minneapolis, University of Minnesota Press, 1962, p. 29.

[6]    Georges-Henri Soutou, « Le deuil de la puissance (1914-1958) », in Jean-Claude Allain, Pierre Guillen, Laurent Theis, Maurice Vaïsse, Histoire de la diplomatie française, II. De 1815 à nos jours, Paris, Perrin, 2008, p. 357.

[7]    Gérard Bossuat, L'Europe des Français, Paris, Publications de la Sorbonne, 1997, p. 36-52.

[8]    AMAE (Archives du ministère des Affaires étrangères), fonds général d'archives, Europe 1944-1970, Pologne, février 1945-mars 1947, article matériel n°65, Politique de la Pologne à l'égard de l'Allemagne, minorités polonaises en Allemagne et question des frontières, copie d'une note datée du 7 août 1945, auteur inconnu, adressée aux ambassadeurs soviétique, américain et britannique en poste à Paris, f. 7.

[9]    Matthew Frank, Expelling the Germans: British Opinion and post-1945 Population Transfer in Context, Oxford, Oxford University Press, 2007, p. 39-93.

[10]    Georges-Henri Soutou, « La France et le problème des réfugiés et expulsés allemands après 1945 », in Guido Müller (dir.), Deutschland und der Westen: internationale Beziehungen im 20. Jahrhundert: Festschrift für Klaus Schwabe zum 65. Geburtstag, Stuttgart, F. Steiner, 1998, p. 166-173.

[11]   Christophe Laforest, « Arrière-pensées et illusions : les tentatives de renouvellement de l'alliance franco-polonaise, 1945-1947 », Revue des études slaves, t. 71, fasc. 2, p. 263-278.

[12]   Georges-Henri Soutou, ibid., p. 171.

[13]    AMAE, fonds général d'archives, Europe 1944-1970, Pologne, mars 1945-avril 1947, article matériel n° 49, Silésie et territoires de l'Ouest, rapport de Jacques Leguèbe, consul à Szczecin, daté du 21 avril 1947 et traité à Paris le 9 mai, sur les résultats de la colonisation dans la ville, f. 336.

[14]   AMAE, fonds général d'archives, Europe 1944-1970, Pologne, février 1945-mars 1947, article matériel n° 65, Politique de la Pologne à l'égard de l'Allemagne, minorités polonaises en Allemagne et question des frontières, article de presse, journal non-identifié, septembre 1946, f. 133.

[15]   AMAE fonds général d'archives, Europe, 1944-1970, Pologne, mars 1945-avril 1947, article matériel n°49, Silésie et territoires de l'Ouest, rapport de Charles Birckel consul à Wrocław au ministre, daté du 19 mars 1946, sur les transferts mis en place à partir de février 1946 de Basse-Silésie vers les zones d'occupation, f. 88-99.

[16]    AMAE, id., rapport du médecin-lieutenant Pauliac, transmis par le cabinet du général de Gaulle à la sous-direction Europe centrale, le 25 août 1945, f. 33.

[17]   Maria Pasztor, Dariusz Jarosz, Conflits brûlants de la Guerre froide, les relations franco-polonaises de 1945 à 1954, Panazol, Éditions Lavauzelle, 2005, p. 227-264.