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Camille Julien-Moraud, Les Afro-Américains en politique, des années soixante à nos jours

Les Afro-Américains en politique, des années soixante à nos jours

 

 

 

Bulletin n° 34,  automne 2011

 

Camille Julien-Moraud

 

 

« Si le ciel en naissant ne m'a fait grand seigneur,

Il m'a fait le cœur ferme et sensible à l'honneur,

Et je pourrais bien rendre un jour ce qu'on me prête ».

Pierre Corneille, L’Illusion comique

 

Quelques années avant l’élection de Barack Obama à la présidence américaine, en 2006, je me suis rendue, dans le cadre d’un voyage linguistique, dans le Maryland, près de Washington, pour un mois[1]. Il s’agissait de mon premier séjour aux États-Unis, et la famille d’accueil qui me fut attribuée était bien loin de représenter le rêve américain : la cellule familiale afro-américaine était monoparentale, la mère cumulait trois petits jobs non qualifiés pour subvenir aux besoins de ses quatre enfants, chacun né d’un père différent – et absent. Le quartier dans lequel la famille était logée était un project, l’équivalent d’une cité HLM, et l’ensemble des lotissements était occupé par des familles afro-américaines où j’étais la seule présence blanche. Au fur et à mesure des semaines, je n’ai rencontré que des habitants afro-américains, qui ne m’adressaient pas ou peu la parole, et me traitaient avec méfiance. Les amis de ma famille d’accueil étaient noirs, les entreprises dans lesquelles l’entourage travaillait étaient dirigées par des Noirs, et les écoles où leurs enfants étaient inscrits étaient exclusivement noires. Ces comportements démontraient, de mon point de vue, un extraordinaire esprit communautariste – voire même grégaire –, dont je n’avais jamais fait l’expérience en France. Pour la première fois, j’assistais à un phénomène que j’avais analysé, à l’époque, comme étant du racisme à mon endroit : la ségrégation à rebours[2].

 

Une genèse américaine

 

Une fois revenue en France, j’ai tenté de comprendre le phénomène que j’avais observé en cherchant des réponses dans l’histoire de la population afro-américaine. Et cette unité indéfectible, ressentie à l’échelle locale, devait être contredite par mes recherches. Certes, quelques comportements ont fait sens, mais j’ai également découvert que si la « base » afro-américaine était soudée, les élites politiciennes noires, elles, étaient extrêmement fragmentées et marquées par des conflits générationnels violents[3]. Jamais cela n’avait paru aussi évident que le soir du 4 novembre 2008, lorsqu’une foule immense s’était rassemblée à Chicago pour célébrer la victoire du nouveau président américain qui venait de remporter les élections, Barack Obama. Balayant la foule, la caméra de CNN s’était arrêtée sur un homme d’une grande stature, qui apparaissait interdit, comme « sonné », au milieu des explosions de joie. Cet homme qui pleurait à chaudes larmes, c’était Jesse Jackson, un fidèle lieutenant de Martin Luther King, et le premier homme politique noir à s’être présenté, à deux reprises – en 1984 et en 1988 –, aux primaires démocrates pour la présidence. Mais Jesse Jackson, qui déclarait quelques heures plus tard son émotion à la presse de voir un homme noir élu, était également l’homme qui, en 2006, avait émis des doutes sur les qualités de Barack Obama, ne le trouvant « pas assez noir »[4] pour représenter les intérêts afro-américains.

 

Jusqu’à ce que je m’inscrive au Centre de recherche d’histoire nord-américaine, j’ai peu cherché à appréhender conjointement ces deux aspects de la civilisation américaine, et je n’ai pas saisi ce qu’ils avaient de contradictoire. Il est vrai qu’en France la question de l’origine ethnique est taboue et l’idée même d’opérer, comme aux États-Unis, un recensement fondé sur la question de l’ethnie, est choquante. Mais alors que je commençais mon master de recherche en 2007, le « phénomène » Obama commençait à affoler les médias et de nombreux journalistes, français et américains, faisaient leurs gros titres sur cet homme politique « noir américain » qui allait peut-être devenir le président des États-Unis. Cette qualification hâtive de Barack Obama, qui m’apparaissait stéréotypée et superficielle, ne rendait absolument pas compte de la réalité dont j’avais fait l’expérience, pas plus que des phénomènes politiques afro-américains en cours depuis une dizaine d’années. Alors qu’un sujet pour mon travail de recherche était à l’étude avec mon professeur référent, je me suis souvenue de mon expérience, qui méritait d’être éclaircie à l’aune d’une réflexion scientifique. Ce sont nos interrogations et nos discussions qui ont sous-tendu ce travail de recherche.

 

De la politique noire en Amérique

 

Pour les immigrants européens qui ont peuplé les États-Unis dans l’espoir d’une vie nouvelle, la politique a longtemps représenté un symbole, mais aussi un moyen de progresser socialement et de s’intégrer. Cependant, ce schéma ne semble pas pouvoir s’appliquer au cas de la communauté afro-américaine. L’entrée en politique d’hommes et de femmes noirs, qui a fait suite dans les années soixante-dix au mouvement pour l’obtention des droits civiques, ne peut pas, en effet, être conçue comme un symbole d’intégration. En contribuant à la création de circonscriptions électorales à majorité noire où des hommes et des femmes politiques noirs ont été élus plus facilement, les mesures de discrimination positive (ou Affirmative Action) ont également mené à une absence de déségrégation spatiale, et, pire, à une ségrégation à rebours. Ainsi est-il légitime de douter que l’entrée en politique de certains leaders noirs ait coïncidé avec une réelle intégration au sein de l’establishment américain, traditionnellement blanc. Au contraire, il faut considérer que l’arrivée au pouvoir des Afro-Américains a provoqué la naissance d’une culture politique noire, bien distincte, dotée de comportements et d’intérêts bien spécifiques.

 

De fait, la littérature consacrée au sujet, qu’elle soit américaine ou française, a postulé une spécificité politique afro-américaine et identifié des réseaux, des comportements et des intérêts spécifiquement afro-américains, en marge du système politique traditionnel[5]. De prime abord, les choix de certains hommes politiques noirs, comme Jesse Jackson, qui ont insisté sur la défense des minorités ethniques, et l’instinct de conservation dont ont fait preuve certains élus ou leaders noirs américains (seuls les élus noirs sont autorisés à entrer dans le lobby noir du Congrès), ont fait du personnel politique afro-américain une véritable communauté fermée. Cependant, le postulat d’une caractéristique politique noire n’a pas pris en compte d’autres variables, autres que l’origine ethnique, pour expliquer les comportements du personnel politique noir américain : il a fallu alors questionner l’affirmation en faisant intervenir d’autres facteurs, tels que la classe sociale, l’origine géographique, le sexe, les différences générationnelles et le contexte institutionnel dans lequel les hommes et les femmes politiques noirs américains opèrent, facteurs qui peuvent influencer tout autant, si ce n’est même plus, les hommes et femmes politiques afro-américains, conditionnant leurs choix et leurs pratiques.

 

Ce travail de recherche a donc eu pour but la remise en question du déterminisme ethnique, que j’ai cherché à nuancer en testant certaines des variables à l’échelle locale, et en sélectionnant trois villes dans lesquelles des maires afro-américains se sont succédé au pouvoir sans discontinuer depuis les années soixante. Oakland, en Californie, Newark, dans le New Jersey, et Atlanta, en Géorgie, sont des villes présentant des profils démographiques dissemblables, mais toutes trois ont en commun d’être des bastions noirs démocrates qui se sont attachés à défendre l’héritage des luttes pour les droits civiques. Dans un souci d’objectivité, j’ai adopté une stratégie comparative, afin de tester à différentes échelles mes hypothèses. J’ai ainsi également étudié – au niveau fédéral – le cas du Congressional Black Caucus, groupe de lobbying rassemblant les représentants et sénateurs afro-américains élus au Congrès depuis 1971[6]. Le contexte institutionnel et les modes de fonctionnement des édiles municipaux et des élus au Congrès étant totalement différents, j’ai considéré que si des réseaux ou des comportements politiques semblables apparaissaient, il était possible de considérer qu’une spécificité politique noire américaine pouvait être établie.

 

Une recherche entre deux continents

 

Afin de tenter de répondre à ces différentes questions, j’ai effectué dans le cadre d’un partenariat de Paris 1, un séjour de six mois dans une université américaine de la côte Est, Brown University, institution membre du cercle fermé des Ivy League schools. Fondée en 1764 par le pasteur baptiste James Manning, Brown tire son nom d’une famille de donateurs originaire de Providence (Rhode Island), où se trouve l’université. Située à proximité d’Harvard, de Yale et de Columbia, Brown est au centre d’une initiative ambitieuse de mise en commun des ressources bibliothécaires. L’université est renommée pour l’excellence de ses chercheurs, en particulier en matière de relations internationales et de politique : les professeurs James Morone et Marion Orr[7], tous deux membres du département des Sciences politiques, sont des spécialistes reconnus dans le domaine de la politique urbaine et des relations raciales aux États-Unis. Intégrée à l’université le temps d’un semestre, j’ai pu bénéficier des cours dispensés par différents professeurs, ainsi que de leurs conseils, et surtout de l’impressionnante bibliothèque du campus, la Rockefeller Library, qui contient plus de 100 000 volumes.

 

Si une grande partie de mon séjour a été consacrée à la lecture d’ouvrages non disponibles en France, j’ai également pu consulter, en raison de ma proximité géographique, des sources inédites et jusqu’alors non dépouillées concernant les trois villes de mon étude. Bien que dans la plupart des cas, je n’aie pas eu la possibilité d’accéder à des documents privés, comme des copies de discours – certains hommes politiques concernés par mon sujet se trouvant actuellement en prison –, j’ai eu la chance de pouvoir examiner des sources officielles, qui ont été essentielles à mon travail. Les documents budgétaires de Newark, d’Oakland et d’Atlanta, qui couvrent quarante années d’exercice du pouvoir, m’ont permis de me renseigner sur les intentions des maires afro-américains, m’informant sur l’existence (ou non) de comportements politiques similaires. Grâce aux archives de certains journaux, comme le San Francisco Chronicle, non encore numérisées mais consultables, j’ai pu lire des extraits de discours datant des années quatre-vingt, pour engager, par la suite, une analyse lexicométrique de certaines occurrences.

 

Mon séjour en Nouvelle-Angleterre m’a également permis de construire mes propres sources, en nouant des contacts avec les hommes et les femmes politiques sur lesquels porte ma recherche, et d’entreprendre la constitution d’un corpus d’archives orales. D’une manière générale, les élus noirs américains ont toujours adopté une attitude méfiante envers les historiens, et cela d’autant plus lorsqu’ils sont étrangers – car il est souvent considéré que l’histoire noire américaine doit être écrite par des noirs américains. Il a ainsi été difficile d’obtenir un entretien, de filmer ou d’enregistrer les élus afro-américains, mais certains membres de leurs équipes, attachés de presse ou conseillers, se sont révélés être des sources utiles plus accessibles. J’ai ainsi pu m’entretenir avec des membres de l’équipe de Cory Booker, le jeune maire de Newark, souvent présenté dans la presse comme le futur Obama. 2010 étant une année de réélection pour Newark, j’ai assisté à plusieurs meetings dans lesquels le maire intervenait. Paul Rose, en charge des relations publiques pour le maire d’Oakland, Ron Dellums – en train de démissionner au moment où je me suis entretenue avec lui –, a, par ailleurs, été d’une grande aide pour comprendre la stratégie élective du maire.

 

Des conclusions (partielles) politiques

 

Ce sujet m’a permis de montrer qu’il existait parfois des comportements politiques noirs spécifiques : l’importance accordée au réseau associatif, héritée de la tradition de la grassroots organization[8] telle qu’elle était pratiquée par les communautés d’esclaves, ainsi que la récurrence du problème de la violence, perçue comme le symptôme d’un mal plus profond (le racisme), et des moyens de réduire cette dernière en s’attaquant à la pauvreté endémique de la population noire américaine, sont des thèmes qui ont marqué et marquent les édiles municipaux comme les membres du Congrès. Mais dans bien des cas, les documents officiels révèlent que si les maires ont l’intention d’investir plus massivement dans le domaine social pour endiguer la violence, ils ne sont souvent pas en mesure d’atteindre leurs objectifs, leurs budgets étant largement dépendants des subsides versés par les États fédérés et l’État fédéral, dont les priorités sont parfois divergentes[9]. En d’autres termes, dans de nombreux cas, les comportements politiques spécifiques qui pourraient apparaître ne se traduisent pas dans la réalité par des décisions concrètes, et le contexte institutionnel ou la couleur politique des institutions et des personnes influencent finalement plus la prise de décision que l’origine ethnique des intervenants.

 

Bien que cette recherche en master m’ait permis de tester au moins deux variables (la question de la classe sociale et celle du contexte institutionnel), un travail important sur d’autres facteurs, que n’a pas permis l’adoption de l’échelle municipale, reste à accomplir. Mon doctorat poursuit donc l’étude précédemment engagée en master, en l’approfondissant par une observation à l’échelle fédérale. Le Congressional Black Caucus, créé en 1971, rassemble différentes générations, depuis celle des vétérans du mouvement pour l’obtention des droits civiques à celle de Barack Obama, qui a fait partie du groupe avant d’être élu président. Ses membres travaillent ensemble à l’élaboration d’un Black Agenda, afin de faire progresser les droits et les conditions de vie de la minorité afro-américaine. Les membres du groupe viennent de différentes parties des États-Unis et ont été élus dans des circonscriptions ayant parfois des intérêts opposés. Le Caucus se trouve aujourd’hui à une croisée des chemins car le lobby, massivement démocrate, doit faire face au défi posé par l’élection de représentants noirs mais républicains, plus conservateurs sur les questions de société, et qui menacent le leadership du groupe au sein de la communauté noire américaine[10].

 

Pour conclure, il faut noter l’intérêt autant que les difficultés d’un sujet qui se trouve au croisement de plusieurs disciplines et de différentes cultures. La rencontre de l’histoire, des sciences politiques, de la sociologie et des Black Studies est un défi stimulant, mais qui exige de manier une multitude de concepts dont il faut s’approprier les mécanismes. Il demeure délicat, par exemple, de traiter de statistiques ethno-raciales librement. D’abord en raison des problèmes techniques que les catégories posent : ainsi comment définit-on les catégories du recensement, et ne consistent-elles pas en des regroupements arbitraires qui traduisent alors moins une réalité que la subjectivité de leurs auteurs ? Ensuite, de nombreux conflits éthiques peuvent surgir de ces catégorisations arbitraires. Le livre du chercheur français Didier Fassin, Les nouvelles frontières de la société française[11] souligne l’absence de statistiques ethniques en France, où elles sont interdites, et pose la question de l’utilité de ces dernières à des fins sociales d’intégration. Malgré la tentation – aussi grande soit-elle – d’utiliser ces catégories, il faut considérer que leur instrumentalisation politique et les dérives de la discrimination positive aux États-Unis stigmatisent des individus dans leur vie quotidienne, finissant par produire des réactions de communautarisme et d’intolérance. Le risque et les conséquences à long terme sont peut-être trop importants pour que l’on se permette d’en tenter l’expérience et de faire le pari de leur innocuité.



[1]    Cet article rend compte du master 2 « Les Afro-Américains en politique depuis les années 1960 jusqu'à nos jours », réalisé en 2010 sous la direction d’Annick Foucrier, au Centre de recherche d’histoire nord-américaine, à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

[2]    La ségrégation à rebours est un phénomène contemporain qui voit la population afro-américaine (et plus généralement les groupes ethniques américains minoritaires) se regrouper dans des quartiers entièrement noirs. Elle est parfois analysée comme un phénomène positif qui fait suite aux différentes mesures d’Affirmative Action [la discrimination positive]. C’est la théorie avancée par Nesiah Devanesan, dans son essai Discrimination With Reason? The Policy of Reservations in the United States, India and Malaysia, Oxford, Oxford University Press, 1997. Mais, le plus souvent, cette théorie apparaît comme une conséquence du creeping racism [racisme ordinaire], ainsi que le prouvent, dans leur article, les historiens Brinck Kerr, Will Miller and Margaret Reid, « The Changing Face of Urban Bureaucracy: Is There Interethnic Competition for Municipal Government Jobs? », Urban Affairs Review Quarterly, vol. 35, 2000.

[3]    Voir à ce sujet le documentaire de Marshall Curry, Street Fight, relatant la campagne municipale de 2002 à Newark, dans le New Jersey, opposant un vétéran des droits civiques et maire de la ville depuis vingt ans, Sharpe James, et un nouveau venu, le jeune conseiller municipal Cory Booker.

[4]    Walters Ron, « Obama and the Politics of Blackness », Journal of Black Studies, vol. 38, septembre 2007.

[5]    Voir à ce sujet le travail de John Howard, « A Framework for the Analysis of Urban Black Politics »,The Annals of the American Academy of Political and Social Science, vol. 439, 1978. L’auteur y établit clairement des domaines d’action privilégiés par les édiles noirs américains, tels que la défense et la préservation des droits civiques.

[6]    Le Caucus étant toujours en activité aujourd’hui, et l’institution gardant jalousement ses secrets, il n’existe que peu d’ouvrages – français ou américain – traitant de l’histoire du groupe. L’ouvrage de Robert Singh, The Congressional Black Caucus: Racial Politics in the US Congress, Edinburgh, University of Edinburgh, 1997, bien que daté aujourd’hui, est un bon point de départ.

[7]    James Morone, intégré au département des Sciences politiques, est un spécialiste du processus électoral et législatif américain, et il enseigne à Brown les Urban Studies. Son ouvrage le plus connu, Hellfire Nation: The Politics of Sin in American History, New Haven, Yale Press University, 2003, s’attache à retracer l’histoire de l’idée du péché dans la politique américaine. Marion Orr, à la tête du département des Sciences politiques, est un spécialiste des relations ethniques et raciales, et son travail se concentre sur la communauté noire américaine. Son livre Black Social Capital: The Politics of School Reform in Baltimore, 1986-1998, Lawrence KS, University Press of Kansas, 1999, explore, par exemple, l’importance des luttes de pouvoir entre les différentes communautés ethniques à Baltimore.

[8]    Le mot grassroots – que l’on trouve dans les expressions la grassroots politics ou encore la grassroots organization –, est un terme sans équivalent en français, que l’on peut traduire au mieux par « à la base ». Il désigne l’importance accordée à la communauté locale, conçue comme une base pour l’organisation de mouvements de protestation ou le développement d’activités militante et politique. Le spécialiste des sciences politiques, Steven Taylor, lie ainsi la pérennité de la grassroots politics à l’importance du clergé noir américain, qui a un rôle spirituel mais également temporel de leader. Cf. Steven Taylor, The Political Influence of African American Ministers: A Legacy of West African Culture, Chicago Midwest Political Science Association, 2004.

[9]    L’ancien maire de Newark, Sharpe James s’est, par exemple, vu refuser de la part de l’État du New Jersey des subsides qui auraient permis de rénover les logements sociaux insalubres de la ville, dans les années 1990. L’argument justifiant cette décision, d’après l’auteur Michele Gilbert, est que le gouverneur du New Jersey, alors républicain, avait des ambitions politiques contraires à celles du démocrate Sharpe James. Cf. Michele A. Gilbert, « Race, Location, and Education: The Election of Black Mayors in the 1990s », Journal of Black Studies, vol. 36, 2006.

[10]   Voir à ce sujet l’article de Matt Bai, « Is Obama the End of Black Politics », New York Times, 6 août 2008.

[11]   Didier Fassin (dir.), Les nouvelles frontières de la société française, Paris, La Découverte, coll. Bibliothèque de l’Iris (Institut de recherche interdisciplinaire sur les enjeux sociaux-Sciences sociales, politique, santé), 2010.