X
Bientôt fans, merci !
Pourquoi pas vous ?
Facebook J'aime Paris 1
Accueil » Institut Pierre Renouvin » Les revues » Le bulletin de l'Institut Pierre Renouvin » Tous les bulletins » Bulletin n° 34, L'Asie et les autres » Audrey Vedel Bonnéry, Radio Propaganda and Archives. La propagande de guerre radiophonique et les archives britanniques, entre Munich et la Libération

Audrey Vedel Bonnéry, Radio Propaganda and Archives. La propagande de guerre radiophonique et les archives britanniques, entre Munich et la Libération

Radio Propaganda and Archives. La propagande de guerre radiophonique et les archives britanniques, entre Munich et la Libération

 

 

Bulletin n° 34,  automne 2011

 

 

Audrey Vedel BonnÉry

 

 

Au moment de la crise européenne et de la conférence de Munich qui se déroule les 29 et 30 septembre 1938, le Royaume-Uni est menacé d’une guerre imminente sur son territoire. À la lecture des archives britanniques[1], la peur fait partie des sentiments qui entrent en jeu dans l’élaboration des choix de politique étrangère et de stratégie militaire. Une « période de précaution » est instituée. Sur instructions du Comité de défense impériale, la marine est mobilisée et un bulletin d’annonces spéciales des ministères est diffusé du 28 au 1eroctobre, à 20h00, pour présenter les mesures de protection à prendre en cas d’urgence[2]. Du fait de la menace immédiate d’une guerre sur le territoire national, la conférence de Munich crée un précédent pour la future organisation des services gouvernementaux et radiophoniques en temps de conflit armé. La crise dessine des priorités et des enjeux pour le pays et la population, à court et à long termes.

À partir de 1939, la guerre sévit en Europe. À la suite de la défaite de 1940, l’occupation allemande du territoire français plonge la population britannique dans un combat militaire auquel s’associent les Forces françaises libres. Ensemble, elles mènent la lutte contre la menace allemande d’invasion des îles Britanniques, mais aussi, au fil des années de guerre, contre l’installation de l’hitlérisme en Europe. Dans ce contexte, la propagande tient une place importante au sein des enjeux d’ordre militaire et dans la conception de l’avenir après la victoire. En tant que premier diffuseur d’information, à travers le pays et dans le monde, la radiodiffusion informe, tient en haleine et donne la force d’espérer un futur meilleur. Elle évite de divulguer toute information susceptible d’aider l’ennemi, participe à la dispersion de rumeurs et soutient le moral des soldats et des populations.

L’étude des archives sur la période comprise entre la conférence de Munich et la libération de l’Europe en 1944-1945 permet de mettre en perspective différents aspects de l’histoire de la propagande radio britannique. Le projet de cet article est de présenter les types de documents (de l’enregistrement sonore à l’archive écrite), les lieux de conservation et les pièces qu’ils préservent (de la British Library aux Archives nationales et à la BBC) ainsi que le contenu de ces sources inestimables sur la crise européenne et la Seconde Guerre mondiale. Aborder les archives britanniques sur le sujet permet de proposer de nouvelles pistes de recherche. On peut citer le récent projet Languages at War (Langues en guerre), qui traite indirectement le thème par le biais d’une réflexion articulant langues et guerres. D’autres aspects de l’histoire de la propagande de guerre radiophonique peuvent être soulignés : l’évolution des techniques, les acteurs définissant les objectifs en temps de paix et de guerre, le lien entre la propagande et la publicité, la réception des ondes et des programmes, la radio et son public, l’audience, etc.

 

 

 

Enregistrement sonore et archive écrite

 

Le propre de l’histoire de la radiodiffusion est de faire appel à des sources à la fois écrites et sonores. Aurélie Luneau[3] a souligné l’importance de l’étude des archives radiophoniques comme sources historiques, en particulier à la suite de la parution, en 2005, de son livre Radio Londres, 1940-1944. De la même manière, au Royaume-Uni, les pièces à examiner se présentent sous les deux formes. Entre Munich et la Libération, les programmes enregistrés et conservés en l’état sont indexés au sein du catalogue de la collection permanente de la British Library. Malheureusement, il ne reste que 3% de l’ensemble des documents sonores de la période, par manque de conservation appropriée. Les versions écrites des émissions « après diffusion », c’est-à-dire reproduisant exactement le contenu des programmes présentés, se trouvent au Centre des archives écrites de la BBC, à Caversham Park, Reading. Elles représentent à peu près 5% à 10% des archives d’époque.

Pour l’histoire de la propagande, les sources écrites prédominent, bien qu’il existe également des archives orales très intéressantes. Celles-ci se trouvent à l’Imperial War Museum (Musée impérial de guerre), à Londres, sous la forme d’enregistrements sonores. Toutefois, les archives gouvernementales constituent les sources principales. Sélectionnées par les services compétents, cinq ans après leur création, elles ne rassemblent que 5% des documents produits en leur temps. Elles permettent néanmoins d’examiner les décisions du Cabinet ministériel, du Foreign Office (équivalent du ministère des Affaires étrangères), du ministère de l’Information, du Bureau central pour l’information et du Political Warfare Executive (Direction de la guerre politique). Les documents du Centre des archives écrites de la BBC renseignent aussi sur la propagande britannique entre 1938 et 1944, dans sa relation spécifique avec le domaine de la radiodiffusion.

Les témoignages, à la fois sous la forme écrite et en version sonore, complètent l’étude de la propagande radio entre Munich et la Libération. Les collections privées du College de Balliol à Oxford et celle de Neville Chamberlain conservée à la bibliothèque de l’Université de Birmingham (pour ne citer qu’elles)  ont notamment été conviées dans le cadre de la thèse « La France de la BBC, 1938-1944 »[4]. Ces ensembles recèlent de véritables trésors. Les détails du journal tenu quasi quotidiennement par le membre de parlement, homme politique, écrivain, journaliste et orateur radio Harold Nicolson, qui seconde Duff Cooper au ministère de l’Information dans le gouvernement de coalition de Winston Churchill, sont révélateurs à cet égard (version non publiée, complète). D’autres collections privées attendent d’être étudiées, à travers tout le Royaume-Uni. Les archives écrites du Manchester Guardian permettent, par exemple, de comparer la propagande de la radiodiffusion et celle de ce quotidien d’envergure nationale. L’étude des convergences et des divergences de la propagande radiophonique, de la presse écrite, des affiches et d’autres vecteurs de dissémination de l’information (cinéma, télévision, tracts, etc.) est une piste de recherche à approfondir, si les moyens de conservation et la mise à disposition des archives auprès des chercheurs par les services compétents le permettent.

 

Lieu, conservation et thème d’étude

 

Situé à deux maisons du centre d’écoute de la BBC, le Centre des archives écrites de la BBC, à Caversham Park, Reading, conserve l’ensemble des documents de la compagnie de radiodiffusion britannique, dans leur version rédigée. Cela correspond à 250 000 dossiers de correspondance et 21 000 bandes de microfilms, complétés des publications, des projets, des posters et d’autres pièces des différentes sections de la BBC, de 1922 aux années 1970. Les archives postérieures à 1980 y sont transférées régulièrement, vingt ans après leur création. Au moment de la transformation de l’organisation radiophonique en Corporation, c’est-à-dire en société non plus privée mais publique, dont la charte dépend de la couronne royale, elle passe du nom de British Broadcasting Company Ltd (créée en 1922) à British Broadcasting Corporation (hiver 1926-1927). Dès lors, « un fonctionnaire, Colonel Haldane, est invité à regarder les dossiers de la Corporation et à faire des recommandations » : « le rapport Haldane de 1927 […] recommande l’établissement de grands bureaux d’enregistrement centralisés, sur le modèle des services publics », comme l’explique Jacqueline Kavanagh, archiviste au Centre[5]. Les régions suivent l’initiative, dans le courant des années 1930. Cette organisation est maintenue dans la plupart des différentes sections de la BBC jusqu’à la fin des années 1960, à l’exception de la période de la Seconde Guerre mondiale qui souffre de perturbations majeures.

Les Archives nationales, anciennement nommées Public Record Office, demeurent la plus importante source de documentation sur la propagande gouvernementale. Les conclusions des sessions du Cabinet ministériel entre le 1er janvier 1938 et le 31 décembre 1944, complétées des annexes provenant de l’ensemble des bureaux du Cabinet, font référence. Elles permettent de mettre à jour les discussions entre ministres sur le sujet, les désaccords au sein du Cabinet, les décisions et les projets de réflexion sur tel ou tel thème dans le domaine de la propagande. Elles donnent le point de vue du décideur, à la tête de l’État et en tant que représentant du peuple. Les documents du ministère de l’Information développent les grandes lignes de la propagande de guerre britannique, alors que ceux du Foreign Office révèlent celles de la politique étrangère. Dans la pratique, le département News (Informations) du Foreign Office décide en matière de propagande étrangère, avant que cela ne relève du Political Warfare Executive, après sa création en mars 1942. Le ministère de l’Information reste responsable de la propagande sur le front national.

Aux côtés du Centre des archives écrites de la BBC et des Archives nationales, diverses autres institutions britanniques préservent des pièces importantes et intéressantes pour l’étude de la propagande radiophonique. La bibliothèque de la London School of Economics and Political Science (École de sciences politiques et d’économie de Londres), nommée aujourd’hui la British Library of Political and Economic Science (bibliothèque britannique des sciences économiques et sociales) et plus communément appelée la LSE Library (bibliothèque de la LSE), permet la consultation du journal hebdomadaire The Listener, qui présente et analyse le contenu des programmes de la BBC les plus en vue du moment. La British Library, à Londres, préserve les enregistrements radiophoniques qui n’ont pas été détruits ou endommagés : ce sont les versions sonores des retranscriptions écrites conservées sur microfilms à Caversham. S’y trouvent aussi certaines des correspondances d’Anthony Eden, notamment avec le vicomte Cecil de Chelwood (Lord Cecil) et Paul V. Emrys-Evans, entre 1934 et 1965. Les pièces de l’Imperial War Museum sont riches de témoignages divers sur la période du second conflit mondial : l’archive orale est au centre de ses collections.

 

Accès au contenu et mise en perspective

 

Le parcours du chercheur se fait différemment au Centre des archives écrites de la BBC, aux Archives nationales et à la British Library. D’un point de vue pratique, à Caversham, il est nécessaire de faire une réservation avant de se rendre sur les lieux, car le nombre de places est limité ; à Kew, il s’agit d’un accès somme toute assez commun à tout centre d’archives national d’une démocratie occidentale ; à King’s Cross, désormais situé à deux lotissements de la gare d’accueil de l’Eurostar, l’accès est possible, comme aux Archives nationales, grâce à la réalisation d’une carte nominative. Mais en tant que chercheur, le plus intéressant est de réfléchir au contenu de l’archive étudiée. À la British Library, le son qui émane de l’enregistrement sonore est lancé par le personnel d’encadrement : il n’est pas possible pour le chercheur d’interrompre l’enregistrement quand il le souhaite ou de réécouter un fragment de l’émission radio dont il aimerait approfondir l’étude. À l’Imperial War Museum, qui détient beaucoup de cassettes audio, il est au contraire tout à fait permis d’écouter et de réécouter à sa guise un enregistrement. Les témoignages des archives orales du musée de Lambeth Road, pour la plupart réalisés au cours des années 1950 à 1970, sont moins fragiles que les enregistrements radiophoniques datant de la Seconde Guerre mondiale, conservés à la bibliothèque de Euston Road : le chercheur y est donc plus libre de manipuler les documents.

La question se pose moins lorsque l’archive existe sous une forme écrite, malgré quelques exceptions. Ce qui peut empêcher d’avoir accès à un document peut se situer ailleurs : dans sa teneur, par exemple, si le contenu est classé « secret défense ». C’est le cas de certains papiers du Centre des archives écrites de la BBC. Ils peuvent être consultés, en général, mais ne peuvent pas être photocopiés. À propos des archives sonores, un intérêt est toutefois à souligner. Elles révèlent le contenu radiophonique exact de l’époque. Elles projettent le chercheur, face à sa source, dans les sonorités des émissions radio diffusées entre 1938 et 1944. Les versions écrites des émissions après diffusion, conservées au Centre des archives écrites de la BBC, sous la forme de bandes de microfilms sont, quant à elles, en plus grand nombre (par rapport aux versions sonores) et permettent elles aussi de connaître avec certitude, sous une forme écrite cette fois, le contenu précis jadis diffusé. Un index est disponible. Le document d’archives essentiel à ce propos est référencé à Programme-as-Broadcast (P-as-B) (Émission telle que diffusée). Créé durant la période expérimentale avant même que l’organisation radiophonique ne devienne officielle en tant que Corporation, il a l’avantage sur le Radio Times, d’être réalisé après la diffusion des programmes radio, non deux semaines avant. Il tient compte des changements de dernière minute et correspond donc au contenu fidèle de chacune des émissions.

L’organisation des services gouvernementaux et de la BBC entre en jeu dans la découverte du classement des archives, sous la forme de listes de références ou d’index papier, voire électronique, pour les documents préservés par les Archives nationales. À la BBC, fort heureusement, le chercheur est guidé par un archiviste attitré, en fonction du sujet de recherche évoqué lors de la réservation. Cet accompagnement est nécessaire. La structure de la compagnie de radiodiffusion se reflétant dans celle de la conservation de ses documents d’archives, il est difficile de naviguer seul au cœur des différents services. Au-delà de l’organisation, des index et des listes de références, il y a les personnes. Ce sont les archivistes qui maîtrisent le mieux les secrets des pièces conservées, en particulier à Caversham. Les divisions et les sous-divisions des dossiers correspondent à l’organisation de la compagnie : Radio (R), Television (T), World Service (E : services uniquement externes) et les Régions. Les sous-sections au sein de ces sections représentent les divisions du département même, telles que les Talks (R51), Children’s Hour (R11), les Documentaires (T4). En général, chaque sous-section détient ses documents sur les discussions et les décisions à propos de la politique du département et ses dossiers sur chaque émission. Certaines divisions sont plus générales, comme Countries (E1) et Foreign (E2). Les sections R correspondent essentiellement aux dossiers sur la politique, comme les minutes et les papiers du Board of Governors (R1), du Board of Management (R2) et des Advisory Committees (R6). Les autres appelées Politique (R34) et Politique de la Télévision (T16) couvrent la politique générale du programme et traitent tous les sujets, même les plus controversés, tels que la radiodiffusion politique ou religieuse, la censure, la publicité en temps de paix et de guerre, la propagande.

 

Contenu archivistique et piste de recherche

 

Les documents conservés par le Centre des archives écrites de la BBC n’ont pas été dépouillés de manière systématique, malgré leur grande richesse de contenu sur la propagande radiophonique[6]. Leur installation à l’extérieur de la capitale britannique, à deux heures environ à l’ouest de Londres, peut expliquer en partie ce fait. Il faut aussi souligner la difficulté d’accès direct, pour le chercheur, à ces pièces d’époque. L’organisation de la conservation des papiers de la BBC demeure longtemps un mystère, avant de révéler toute sa valeur historique. Car le fonds est considérable et il reste difficile de s’orienter à travers les méandres de l’organisation radiophonique. Les retranscriptions des programmes après diffusion sont accessibles : tous les bulletins d’informations lors de la grève générale de 1926 ; quelques-uns au cours de l’année 1938 ; presque tous à partir de 1939. Les dossiers séparés ont été constitués par personnes et par corps. Les dossiers de contributions aux émissions de la télévision forment, pour leur part, une séquence divisée en fragments chronologiques. Les contrats pour la télévision d’avant-guerre (1936-1939) peuvent parfois être trouvés dans les dossiers des contributions, composés de correspondances et de contrats. Les rapports des comptes annuels et la censure en lien avec l’unité de liaison américaine constituent deux autres fonds très intéressants, encore peu étudiés.

La question de l’audience est au centre des préoccupations de la BBC. En octobre 1936, Robert Silvey[7] est chargé de réaliser des recherches sur le sujet. Dès lors, un département consacre toute son énergie à son étude, sous l’intitulé Listener Research. Les collections spéciales (S) correspondent aux papiers des personnes en relation avec la compagnie, tels le personnel et les dirigeants. Les publications de la BBC comprennent Radio Times, à partir de l’année 1923, The Listener entre 1929 et 1990, avec un index pour chaque numéro, London Calling, Summary of World Broadcasts et les BBC Handbooks. La collection des coupures de presse présente une couverture de la radiodiffusion britannique des années 1920 à 1960, complétée d’un index par personne jusqu’en 1954. Un index thématique existe aussi. Ce sont autant de pistes de recherche qu’il reste à explorer ou à approfondir : la question de la réception ; les relations entre journalistes ; la vie quotidienne à la BBC ; la présentation des émissions par les journaux, quotidiens et hebdomadaires ; les convergences et les divergences entre les différentes sections et départements de la compagnie ; l’audience au Royaume-Uni et dans le monde ; la radiodiffusion et les questions de genre, notamment en lien avec les pratiques culturelles ; l’évolution du son et des techniques journalistiques ; le recrutement des membres de la BBC.

Les archives gouvernementales ont fait l’objet de davantage de recherches, en particulier à propos de la propagande au cours de la Seconde Guerre mondiale[8]. Mais certaines pistes n’ont pas encore été étudiées ou approfondies, tels le « sondage social en temps de guerre » établi par le ministère de l’Information en avril 1940 (120/1/1), le lien entre la propagande et la publicité, la propagande en temps de paix et de guerre, la suspension des formes démocratiques de la société en temps de guerre (au moins en partie), la sociologie des relations entre journalistes et politiques. Savoir si la propagande radiophonique a la même place que la propagande de la presse écrite, des affiches, des brochures et d’autres vecteurs d’information, dans la définition générale de la politique et de la stratégie militaire, est une autre approche du sujet, entre Munich et la Libération, qui n’a pas été fouillé. Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, il est intéressant aussi de s’interroger sur ce que deviennent les services de propagande en temps de conflit armé, lorsque la paix s’installe, à partir de 1945 jusqu’à la fin de la Guerre froide, voire jusqu’à nos jours. Tant de pistes restent à explorer.

L’Imperial War Museum conserve de nombreux documents sur les opérations militaires du Jour J et sur les expériences des soldats et des civils britanniques en France après la libération du territoire métropolitain. Les enregistrements sont divers et variés. D’une grande richesse, leur exploration devrait révéler de nouvelles terres à explorer, non seulement sur l’histoire du second conflit mondial et des années d’après-guerre, mais aussi sur la mémoire des acteurs de cette histoire. Quant aux collections privées, elles demeurent inépuisables. Elles peuvent nous emmener sur des territoires totalement inconnus et innovants dans le domaine de la recherche en histoire. S’y plonger peut, non seulement mettre en lumière les raisons qui ont poussé telle personne à faire ce choix à tel moment de l’histoire entre Munich et la Libération, mais aussi révéler de nouvelles pistes de recherche à défricher. Les relations entre les politiques et les journalistes, entre la radiodiffusion et la télévision, l’importance des correspondances existantes et conservées, les témoignages des archives orales sont autant de sujets à découvrir et à mettre en perspective historique.

 

 

L’archive et son avenir…

 

L’histoire de la propagande de guerre radiophonique et ses archives britanniques nous mènent, tout d’abord, dans le « sillon » des nombreux travaux consacrés à la propagande au cours de la Seconde Guerre mondiale, en particulier sur le front national, mais aussi à l’échelle européenne, voire parfois sur la scène internationale, puisque l’on note des travaux sur les États-Unis et l’Union soviétique[9]. Les années de l’entre-deux-guerres ont aussi fait l’objet de recherches dans le domaine de la publicité et de la propagande au Royaume-Uni, en temps de paix et de guerre[10]. Mais c’est la thématique de l’audience et de la réception, qui n’a pas encore été explorée, malgré l’ouvrage de référence de Paddy Scannell et David Cardiff[11], qui auraient pu en faire leur ancrage, mais ont préféré insister sur les années de création de la BBC et de la mise en place de sa politique générale éducative. Toute une partie des archives pourrait faire l’objet d’une étude sur la réception des ondes et des programmes britanniques dans le monde et sur les audiences de tout genre à travers les continents, non seulement entre Munich et la Libération, mais aussi au-delà, de la naissance de la BBC, en 1922, jusqu’à nos jours. Les archives sont bien là et attendent d’être étudiées.

Pour le reste, les papiers gouvernementaux recèlent des documents qui n’ont pas encore été analysés même si certaines thématiques ont déjà été étudiées : l’organisation des services en temps de guerre, les décisions des dirigeants dans le domaine, les directives gouvernementales à destination du personnel de la BBC, le rôle joué par la radiodiffusion dans la résistance en Europe occupée, les prises de décisions en amont de Munich, jusqu’à la Libération, les cheminements de l’information de sa création à son émission, les censures et autocensures, l’évolution des politiques de propagande. Mais des aspects restent à étudier. Les publics sont beaucoup moins connus. La dimension sociale de la propagande radiophonique attend toujours d’être explorée. Dans ce contexte, les collections privées, conservées par les diverses universités britanniques et dispersées dans tout le Royaume-Uni, peuvent être analysées. Elles recèlent de nombreux aspects de cette histoire encore à découvrir, en particulier les raisons à l’origine des actes. Des trésors d’informations nouvelles, qui pourront déboucher sur des pistes de recherche innovantes, se trouvent dans les archives préservées à l’Imperial War Museum. Il s’agit d’un très grand nombre de témoignages d’acteurs de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale. Par leur existence même, car ils ont été réalisés pour la plupart au cours des années 1950 à 1970, ils portent en eux des éléments essentiels sur la mémoire de ces années de conflit et témoignent d’un « vécu » dont l’histoire n’a pas encore eu l’occasion d’être faite.

 



[1]    Audrey Vedel Bonnéry est docteur en histoire contemporaine, dans un double cursus franco-britannique.

[2]    Centre des archives écrites de la BBC, R34/325, The Munich Crisis, Policy/Czechoslovakia Crisis, general file, 1938-1939: Diary, document « Crise tchéchoslovaque - journal des événements clés », p. 5.

[3]    Aurélie Luneau, Radio Londres, 1940-1944. Les voix de la liberté, Paris, Librairie Académique Perrin, 2005.

[4]    Cf. la thèse d’Audrey Bonnéry, « La France de la BBC, 1938-1944 », (3 vol.), sous la direction de Serge Wolikow, Université de Bourgogne, 2005.

[5]    Guide to the Holdings [Guide des collections], publication interne au Centre, 1996 ; « BBC Archives at Caversham », Journal of Contemporary British History, vol. 6, 1992, 2.

[6]    Asa Briggs, The History of Broadcasting in the United Kingdom, 5 volumes, dont The War of Words, Oxford, Oxford University Press, 1970.

[7]    Robert Silvey, Who’s Listening? The Story of BBC Audience, Londres, George Allen et Unwin Ltd, 1974.

[8]    Siän Nicholas, The Echo of War. Home Front Propaganda and the Wartime BBC, 1939-1945, Manchester et New York, Manchester University Press, 1996 ; Michael Stenton, Radio London and Resistance in Occupied Europe – British Political Warfare, 1939-1943, Oxford, Oxford University Press, 2000.

[9]    Michael Balfour, Propaganda in War, 1939-1945: Organisations, Policies and Publics in Britain and Germany, Londres, Routledge & Kegan Paul, 1979 ; Philip M. H. Bell, John Bull and the Bear: British Public Opinion, Foreign Policy and the Soviet Union, 1941-1945, Londres, Edward Arnold, 1990 ; Susan A. Brewer, To Win the Peace, British Propaganda in the United States during World War II, New York, Cornell University Press, 1997 ; Robert Cole, Britain and the War of Words in Neutral Europe, 1939-1945: the Art of the Possible, Londres, Macmillan, 1990.

[10]   Mariel Grant, Propaganda and the Role of the State in inter-war Britain, Oxford, Clarendon Press, 1994 ; Philip M. Taylor, The Projection of Britain: British Overseas publicity and Propaganda, 1919-1939, Cambridge, Cambridge University Press, 1981.

[11]   Paddy Scannell et David Cardiff, A social history of British Broadcasting, 1922-1939: serving the nation, Oxford, Basil Blackwell, 1991.