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Jean-Michel Guieu, De la « paix armée » à la « paix tout court », la contribution des pacifistes français à une réforme du système international, 1871 à 1914

De la « paix armée » à la « paix tout court », la contribution des pacifistes français à une réforme du système international, 1871 à 1914

 

 

Bulletin n° 32, automne 2010

 


Jean-Michel Guieu*

 

 

Dans leur célèbre Introduction à l’histoire des relations internationales, parue en 1964, Pierre Renouvin et Jean-Baptiste Duroselle avaient jugé nécessaire, afin de rendre compte de tous les grands courants de la mentalité collective qui expliquent le développement historique des relations internationales, de consacrer tout un chapitre au « sentiment pacifiste ». Leur constat de « faiblesses du mouvement pacifiste »[1] au xixe et xxe siècle a-t-il contribué à décourager en France toute étude sur ce thème ? Force est de constater que les historiens français sont encore trop peu nombreux à s’intéresser à ces questions, malgré quelques frémissements d’intérêt depuis les années 1980-1990[2].

La défaite de juin 1940 et l’occupation allemande continuent de frapper d’un lourd discrédit le pacifisme français et ceux qui s’en réclamèrent : l’effondrement de 1940 trouverait en partie ses origines dans la profonde imprégnation du pacifisme au sein de la société française de l’entre-deux-guerres ; en outre, la compromission avec l’occupant d’un certain nombre de pacifistes, souvent parmi les plus radicaux des années trente, ajoute encore à la mémoire controversée du pacifisme. Enfin, le militantisme pour la paix a souffert, durant la période de la guerre froide, d’être bruyamment récupéré par les communistes. Tout semble donc concourir à faire du pacifisme français un objet délaissé pour les historiens...

Pour notre compréhension de l’histoire des relations internationales au xixe siècle, le temps est-il venu de prendre en compte le rôle des mouvements pacifistes ? Le déclenchement d’un cataclysme mondial en 1914 ne suffirait-il pas à démontrer le manque de pertinence à étudier un courant d’idées qui semble avoir si peu pesé à l’heure où l’Europe allait basculer dans la guerre ?

Il n’en demeure pas moins que l’apparition d’un pacifisme organisé a marqué l’histoire du xixe siècle, que c’est au lendemain des guerres napoléoniennes que naissent les premières sociétés de la paix en Amérique et en Grande-Bretagne et que plusieurs congrès pacifistes internationaux se tiennent dès le milieu du xixe siècle[3]. Mais la période la plus riche du pacifisme, celle qui nous intéresse ici, s’épanouit entre les années 1870 et celles qui précèdent le déclenchement de la première guerre mondiale. Ce n’est d’ailleurs qu’au début du xxe siècle que le combat pour la paix finit par trouver son appellation définitive de « pacifisme », les anciens « pacifiques » choisissant désormais de se nommer « pacifistes ».

De surcroît, les Français qui n’avaient tenu, pendant une grande partie du xixe siècle, qu’un rôle relativement modeste au sein d’un pacifisme très largement dominé par les Anglo-Saxons, parviennent à y conquérir une place de plus en plus importante, marquée notamment par l’attribution de deux prix Nobel de la paix à des pacifistes français : le premier, en 1901, co-décerné à Frédéric Passy et à Henri Dunant (le fondateur de la Croix-Rouge), et celui de 1909, attribué à Paul d’Estournelles de Constant.

Plus encore, c’est à cette époque que s’élabore le corpus doctrinal du pacifisme, que sont débattues les idées d’arbitrage international, de désarmement, d’institutions internationales, etc. Si ces conceptions échouent dramatiquement en 1914, elles ne continuent pas moins d’alimenter pendant tout le xxe siècle un courant idéaliste qui fait de la mise en place d’organisations internationales permanentes le but principal de son combat. D’ailleurs, au lendemain de la guerre, le Mouvement pacifiste, organe du Bureau international de la paix, n’hésite pas à affirmer que la création de la Société des Nations « représente l’aboutissement de plus d’un siècle d’efforts » et que les sociétés de paix « ont, par leur propagande, par les vingt congrès universels qui ont été tenus dans toutes les grandes capitales du monde, contribué à ce résultat dans une mesure qu’aucun esprit droit ne saurait manquer d’apprécier équitablement »[4].

C’est en cela qu’il peut être utile de relire l’histoire du pacifisme et de s’efforcer de comprendre sur quelles bases dans cette fin du xixe/début xxe siècle, considérée comme une période de « paix armée », les pacifistes entendent imposer une nouvelle conception des relations internationales, destinée à organiser la paix durable. Peut-on pour autant aller jusqu’à dire, avec Paul d’Estournelles de Constant que, si en 1914, les pacifistes n’avaient pu « empêcher la guerre », ils l’ont « longtemps retardée »[5], faisant valoir à l’appui de ses dires les quarante-trois années de paix qui ont marqué l’Europe depuis la guerre franco-allemande de 1870, et qui contrastent ainsi avec les années antérieures ? Tout au long de la Grande Guerre, les apôtres du pacifisme eurent la conviction que l’histoire finirait par leur rendre raison, qu’après la guerre, lorsqu’« on recommencera[it] à penser froidement et à replacer les faits dans leur perspective » on rendrait « justice à la propagande pour la paix telle que nous n’avons cessé de la poursuivre »[6].

 

<h1 style="margin-top:12.0pt;margin-right:0cm;margin-bottom:0cm;margin-left: 21.6pt;margin-bottom:.0001pt;text-align:justify;text-justify:inter-ideograph; text-indent:-21.6pt;line-height:120%">Les forces et faiblesses du pacifisme français</h1>

L’essor du mouvement pacifiste

 

La guerre de 1870-1871 a eu de profondes conséquences sur le développement du mouvement pacifiste « arrêté brusquement par le sentiment de terreur et de stupéfaction inspirés au monde, à la vue du spectacle de deux des plus grandes nations d’Europe s’entre-déchirant, et de l’une d’elles sortant de la lutte meurtrie et démembrée »[7]. Il était alors « bien difficile, et suivant certains impossible même, de s'avouer encore en France, au lendemain de la défaite, ennemi de la guerre et partisan de la paix. Tout était à la Revanche »[8]. Ce n’est donc que progressivement, à partir des années 1880, que renaît le pacifisme français, même si deux des principales sociétés qui occupent le devant de la scène pacifiste jusqu’à la Grande Guerre ont été créées dès 1867 : tout d’abord la Ligue internationale et permanente de la paix fondée par Frédéric Passy, puis rebaptisée en 1872, au lendemain de la défaite contre la Prusse, Société française des amis de la paix, avant de prendre en 1889 le nom définitif de Société française pour l’arbitrage entre les nations ; et ensuite la Ligue internationale de la paix et de la liberté qui, à la différence de la société précédente, a associé à l’origine aux questions de la paix, des revendications politiques et sociales, l’empêchant de s’installer en France avant 1891 : son premier président, le Français Charles Lemonnier, disciple de Saint-Simon, était en effet actif dans les rangs de l’opposition républicaine à Napoléon III…

De nouvelles associations apparaissent dans les années 1880, telle l’Association de la paix par le droit, fondée le 7 avril 1887, par six lycéens de Nîmes. Le groupement qui porte, au départ, le nom d’Association des jeunes amis de la paix (Frédéric Passy accepte d’en être le président d’honneur), est marqué par l’esprit protestant et, du point de vue social, subit l’influence du socialisme utopique et de l’École coopérative de Nîmes, animée notamment par Charles Gide et Auguste Fabre. Mais c’est surtout l’effet conjugué de l’Affaire Dreyfus (1898) et de la première Conférence internationale de la paix de La Haye (1899) qui entraîne la multiplication des groupements pacifistes, les Français pouvant s’enorgueillir, au début du xxe siècle, d’abriter sur leur sol quelque 29 sociétés de la paix sur un total mondial de 110, devançant ainsi l’Italie (17 groupements pacifistes), les États-Unis (16) et la Grande-Bretagne (13)[9].

La vitalité du pacifisme français est alors indéniable et pousse ses meilleurs zélateurs à tenir un discours d’autosatisfaction abusivement triomphal :

« Il y a quelques années, les amis de la Paix étaient obligés, non de cacher leur drapeau, mais de s'exposer aux calomnies et aux sarcasmes de ceux que nous nous étions donné la mission de défendre. Aujourd’hui, tous les journaux tiennent compte de nous... Les hommes politiques, les membres du parlement se préoccupent de notre existence. Les temps héroïques sont passés ; nous sommes au triomphe »[10].

 

Sur le plan international, le pacifisme est alors marqué par une phase d’institutionnalisation, comme en témoigne la tenue régulière, à partir de 1889, de congrès universels de la paix, ainsi que de conférences interparlementaires regroupant des représentants de tous pays désireux de promouvoir l’arbitrage international et la paix ; puis la création en 1891 d’un Bureau international de la paix (BIP), dont le siège est à Berne, destiné à coordonner davantage l’activité des différentes associations nationales en faveur de la paix et de préparer les congrès universels de la paix.

 

Une communauté modeste et divisée

 

Pour autant, le militantisme pour la paix ne regroupe au plan national qu’une petite élite de Français, probablement quelques milliers de personnes (20 000-25 000 ?[11]). Le Ier Congrès national de la paix organisé en 1902 fait lui-même le constat que « jusqu’ici le mouvement pacifique s’est exercé sur une élite et par elle »[12] et le mouvement pacifiste continuera de compter jusqu’à la Grande Guerre « plus de chefs que de soldats, ou suivant une autre image, trop de chapelles et pas assez de fidèles pour une église »[13].

Le mouvement français pour la paix était effectivement marqué par la diversité des sociétés qui le constituaient, car chaque milieu spécifique s’évertuait à faire en sorte que sa propre sensibilité fût expressément représentée au sein du combat pour la paix : il en allait ainsi des femmes (avec l’Alliance universelle des femmes pour la paix par l’éducation, fondée en 1896 par la princesse Wiszniewska ou La paix et le désarmement par les femmes, créé en 1899 par Camille Flammarion), des protestants (Société chrétienne des amis de la paix, créée au Havre en 1899), des catholiques (Société Gratry fondée en 1907, devenue en 1909 la Ligue des catholiques français pour la paix), des francs-maçons (la Loge « Cosmos » fondée en 1887 à Paris était parmi les plus actives dans le combat pour la paix), ou encore des instituteurs (la Société de l’éducation pacifique possédait, en 1910, seize sections départementales et revendiquait 10 000 membres).

Pour remédier à cette dispersion des efforts, un Bureau français de la paix fut constitué en 1896, dirigé par Gaston Moch, dans le but de coordonner l’action des sociétés françaises de la paix et de leur servir d’intermédiaire auprès du Bureau international de la paix de Berne. Et à partir de 1902, les sociétés françaises de la paix prirent l’habitude de se rassembler en Congrès nationaux de la paix, réunissant souvent plusieurs centaines de participants : après le Ier Congrès qui eut lieu à Toulouse, sept autres suivirent jusqu’à la Première Guerre mondiale[14].

 

Une audience grandissante ?

 

Au fur et à mesure de sa progression dans l’opinion, le mouvement pacifiste suscite des critiques de plus en plus vives : c’est au début du siècle que Ferdinand Brunetière dans la Revue des Deux Mondes[15] et Émile Faguet dans un livre célèbre[16] caractérisent le pacifisme comme une utopie antipatriotique et menaçante pour la sécurité nationale, ce qui ne peut qu’irriter les pacifistes… Charles Richet, professeur de physiologie à la faculté de médecine de Paris[17] et fortement engagé dans le combat pacifiste, refuse toutefois que l’on reproche « aux pacifistes leurs illusions »[18] et proclame que « s’ils continuent à développer leurs idées avec tant d’acharnement et de courage, c’est parce que l’opinion publique est contre eux. Ils insistent d’autant plus qu’ils sont plus impopulaires, et l’impopularité ne les épouvante pas »[19].

Les pacifistes tentent donc de redoubler d’efforts pour se consacrer à leur œuvre d’« éducation des intelligences »[20] qui peut, seule, gagner en profondeur la société française. Ils usent de divers « procédés de propagande »[21], allant de la conférence aux articles en passant par les discours, les réunions, les fêtes, les publications, les appels, les almanachs, les livres, les concours ou les prix. Certains d’entre eux sont d’ailleurs des orateurs infatigables, tel Émile Arnaud qui préside la Ligue internationale de la paix et de la liberté et qui, dans la dernière décennie du xixe siècle, ne prononce pas moins de 500 discours sur le thème de la paix en France métropolitaine, mais aussi en Tunisie et au Maroc et dans un certain nombre de pays européens.

L’écrit est également un moyen de propagande très employé par les pacifistes. Les plus grandes associations disposent de leur propre périodique comme La Paix par le Droit, organe de l’association du même nom, Les États-Unis d’Europe[22], revue de la Ligue internationale de la paix et de la liberté ou la Revue de la paix publiée par la Société française pour l’arbitrage entre les nations, mais leur tirage est fort limité (600 exemplaires mensuels pour la Revue de la paix).

Les pacifistes gagnent néanmoins en influence et en notoriété dans le sillage de l’affaire Dreyfus qui contribue à affaiblir le prestige de l’armée au sein d’une partie de l’opinion publique et qui entraîne la multiplication de sociétés sympathisantes à l’égard de la cause pacifiste, telle la Ligue des Droits de l’Homme qui défend nettement les principales thèses du pacifisme juridique et s’affilie, en 1906, au Bureau international de la paix. Les universités populaires ont, elles aussi, été largement pénétrées par les idées pacifistes : en 1906, elles sont une centaine à avoir soumis leur adhésion au BIP[23]. Enfin, le mouvement coopératif entretient également de très cordiales relations à l’égard des pacifistes, particulièrement l’Union des sociétés coopératives de consommation, dirigée par Charles Gide, gagné depuis longtemps aux théories pacifistes ; et c’est lui qui a poussé l’Alliance coopérative internationale à s’affilier au BIP en 1902[24].

Les idées pacifistes pénètrent également une bonne partie de la classe politique, particulièrement le jeune Parti radical : radicaux et pacifistes partagent une commune foi dans la démocratie et le progrès, mais aussi, depuis la crise boulangiste et l’Affaire Dreyfus, la crainte de la menace que peut faire peser la caste militaire sur la République[25]. Incarnation du radicalisme, Léon Bourgeois se fait ainsi, à la fin du xixe siècle-début xxe un apôtre du combat pour la paix internationale, dirigeant notamment la délégation française lors des deux Conférences internationales de la paix tenues à La Haye en 1899 et en 1907.

La défense de la paix devient également, au début du xxe siècle, la grande préoccupation des socialistes qui opèrent de ce fait un rapprochement avec les pacifistes « bourgeois ». Le parti socialiste se range progressivement derrière les vues de Jean Jaurès, qui est son principal porte-parole en matière de politique étrangère. Certains socialistes sont eux-mêmes d’actifs militants de la paix, tel le député Henri Louis Doizy, président de la section des Ardennes de la Paix par le droit[26]. En 1904, le quotidien socialiste L’Humanité sollicite même son adhésion au BIP. Alexandre Millerand, socialiste certes indépendant, est quant à lui membre du comité central de la Ligue internationale de la paix et de la liberté.

À la droite des radicaux, un certain nombre de républicains modérés sont également des pacifistes engagés, à l’image d’un Paul d’Estournelles de Constant, ancien diplomate, député (1895) puis sénateur de la Sarthe (1904), inscrit au groupe de l’Union républicaine, qui a fait preuve d’une intense activité au service de l’arbitrage international. Il a notamment fondé en 1903 le Groupe parlementaire français de l’arbitrage international, dont les objectifs sont de « généraliser la pratique de l’arbitrage international [et d’] amener les gouvernements à résoudre raisonnablement et honorablement, non pas tous les conflits, mais le plus grand nombre possible de leurs conflits par les voies du droit »[27]. Le Groupe reçoit dans sa première année l’adhésion de 196 députés et 55 sénateurs[28] issus de la gauche républicaine, dont Jean Jaurès, Joseph Caillaux, Marcel Sembat, Aristide Briand, Alexandre Millerand, Léon Bourgeois, Paul Deschanel,… À la veille de la Première Guerre mondiale, il compte dans ses rangs 168 des 300 sénateurs et 344 des 584 députés[29]. Si beaucoup de ces parlementaires choisissent de maintenir une certaine distance avec le mouvement pacifiste  – de peur d’être accusés par la droite nationaliste de manquer de patriotisme ou de faire preuve d’une naïveté coupable –, Paul d’Estournelles de Constant n’hésite pas, pour sa part, à rejoindre plus explicitement le combat pour la paix : il devient ainsi membre du conseil de la Société française de l’arbitrage entre les nations et participe à un certain nombre de congrès pacifistes. Le 10 décembre 1905, il fonde même un Comité de conciliation internationale dans le but de promouvoir l’arbitrage international et d’en populariser l’idée auprès de l’opinion. La Conciliation internationale possède bientôt de nombreuses sections à l’étranger (31 sections en 1907) et publie grâce aux subsides d’Andrew Carnegie, un périodique trimestriel intitulé Bulletin de la Conciliation internationale.

Le courant pacifiste possède donc, dans la société française de la Belle Époque, une réalité qui n’est pas négligeable, même s’il demeure largement minoritaire, tirant profit du contexte de politique intérieure (affaire Dreyfus) et internationale (Conférences internationales de la paix de La Haye). Le rayonnement du pacifisme décline toutefois à mesure de la montée des tensions internationales et de l’échéance d’une guerre franco-allemande toujours plus proche. En 1913, l’ambassadeur de Suisse à Paris, Charles Lardy, rapporte ainsi que les pacifistes français sont « écoutés avec impatience » et ridiculisés comme « ne tenant pas compte des réalités immédiates » et « ayant tendance à être dupes »[30]. Ceci nous invite donc à réfléchir sur les revendications portées par le milieu pacifiste et les transformations qu’il entend faire subir aux rapports internationaux.

<h1 style="margin-top:4.0pt;margin-right:0cm;margin-bottom:0cm;margin-left: 7.1pt;margin-bottom:.0001pt;text-align:justify;text-justify:inter-ideograph; line-height:120%"> </h1> <h1 style="margin-top:12.0pt;margin-right:0cm;margin-bottom:0cm;margin-left: 21.6pt;margin-bottom:.0001pt;text-align:justify;text-justify:inter-ideograph; text-indent:-21.6pt">Le droit au service de la paix</h1>

« La guerre est un crime »

 

Fort naturellement, les pacifistes s’emploient d’abord à discréditer l’idée de guerre auprès de l’opinion publique, même s’ils se gardent bien de croire à la disparition définitive de la guerre, car « depuis qu’ils existent, il est bien vrai que les hommes n'ont pas cessé de se faire la guerre, et ils ne le cesseront pas de sitôt »[31]. Mais ils s’élèvent contre les solides préjugés qui entourent la guerre, contre une culture dominante qui a tendance à célébrer les valeurs guerrières. Une conception qui possède encore de solides bastions, y compris au sein du monde enseignant, ainsi qu’en témoignent ces quelques lignes d’un professeur de philosophie, Paul Mabille, qui écrit en 1884 que « la guerre améliore les races, élimine les faibles et fortifie les caractères. Ainsi donc, la fin de toute guerre serait la fin du monde et désormais régnerait sur l’univers l'immobilité funeste du néant »[32]. Charles Richet considère que ces convictions reflètent une « monstrueuse erreur morale »[33] à laquelle il faut mettre fin :

« Trop longtemps, les modernes, égarés par un servile respect pour les auteurs classiques de la Grèce et de Rome, ont considéré la guerre comme sacrosainte, les poètes l'ont célébrée ; les historiens ont prodigué leurs plus tendres paroles aux plus cruels conquérants, et les instituteurs, suivant l'exemple des historiens et des poètes, ont enseigné aux enfants que l’idéal de l'homme est de tuer l'homme, que le plus glorieux métier est de répandre le sang innocent, et que l’honneur consiste à piller les biens d'autrui, après avoir massacré ou mis en prison sa femme et ses enfants »[34].

 

Les pacifistes considèrent au contraire que la guerre est un crime : « Elle peut paraître moins odieuse que l'assassinat, à cause des traits nombreux d’héroïsme qu’elle suscite ; mais, en définitive, il faut bien reconnaître que la guerre est simplement l’assassinat en grand d’un peuple par un autre peuple »[35]. Le coût humain de la guerre au xixe siècle, comme s’emploie à le démontrer Charles Richet, en présentant un bilan détaillé des pertes humaines des guerres napoléoniennes aux guerres coloniales, est considérable : il propose le chiffre global de quinze millions de victimes[36]. Et de conclure : « Ayons donc le courage de le dire bien haut : la guerre est un crime. Quinze millions d'hommes en un siècle ! soit à peu près trois cents morts par jour »[37].

La guerre a également de funestes conséquences pour l’économie : elle est « antiéconomique en même temps qu’antimorale »[38], déplore Frédéric Passy dont l’engagement pacifiste a été influencé par la pensée des économistes libéraux et avocats du libre-échange, tels Richard Cobden et Frédéric Bastiat pour lesquels seul le commerce sans entraves permet d’harmoniser les intérêts des nations et d’assurer la paix[39]. La guerre, elle, « détruit et elle empêche de produire. […] Elle détruit les choses, c'est-à-dire le résultat du travail passé des hommes, ou la matière et les instruments de leur travail à venir ; et par là, non moins effectivement et plus durablement, en réduisant les moyens de vivre et de préparer la vie, elle détruit les hommes »[40].

D’autant que les pacifistes redoutent la caractère particulièrement effroyable des guerres futures : influencés par les travaux de l’industriel d’origine polonaise et conseiller du tsar, Jean de Bloch (1836-1902), sur La guerre future, ils craignent que toutes nouvelles guerres causent « en Europe des douleurs, des souffrances dont nul ne peut avoir l'idée » et quelles ne laissent « l'Europe entière en ruines, sans force, sans avenir, comme si une invasion de barbares, déchaînée parmi nous, avait massacré tous les hommes adultes, pillé les trésors, réduit à la famine les vieillards, les femmes et les enfants »[41].

Certes, depuis la guerre franco-allemande (1870-1871) et le premier embrasement des Balkans (1875-1878), la guerre a quasiment disparu du continent européen, mais il s’agit davantage, pour les pacifistes, d’une « paix armée » que d’une paix véritable, solide et durable.

 

L’Europe dans une « trêve de l’acier » ?

 

Si cette période de paix que traverse l’Europe semble donner raison à l’adage Si vis pacem, para bellum, il s’agit en réalité d’une « trêve de l’acier »[42], d’un « état politique d’équilibre instable » que les pacifistes considèrent comme condamné à « disparaître dans un délai relativement court » car contraire<s>s</s> « à toute l'évolution morale de l’Humanité »[43]… C’est pourquoi ils appellent à une nouvelle conception des rapports internationaux, « à la paix sans armes, c’est-à-dire à la paix non imposée mais librement consentie, à “la paix” tout court »[44].

Le fait que l’Europe soit plongée dans une véritable course aux armements, au point que « l’appareil guerrier de chaque nation [soit] devenu si formidable »[45], a pour conséquence de ruiner le vieux continent et « la plupart des nations, atteintes d’épuisement financier, s'avancent d’un pas, chaque année, vers le fond de l’impasse fatale où les attendent la faillite et la ruine »[46]. L’entretien de fortes armées représente, en effet, un coût exorbitant et distrait de la production les hommes adultes les plus robustes :

« Chaque peuple civilisé gaspille chaque année des centaines de millions pour nourrir et armer ses soldats, pour s’approvisionner d’engins destructeurs de plus en plus expéditifs, tout comme si l’on devait entrer bientôt dans une ère perpétuelle de combats. […] Nous ne sortirons pas de la vérité en affirmant que toutes les nations de l'Europe (la plus civilisée des cinq parties du monde) sacrifient tous les ans au moins quatre milliards de francs uniquement pour préparer la guerre, afin de conserver la paix »[47].

 

L’argument financier est très utilisé par la propagande pacifiste, car il lui donne un élément tangible, chiffré qui vient donner un fondement très concret à la propagande pour la paix, et qui, on l’espère, touchera davantage le citoyen français que certains discours moralisateurs. C’est pourquoi il est souvent mis en valeur, comme en témoigne cette chronique parue dans la Revue de la paix, où après s’être livré à une étude du projet de budget de 1902, l’auteur tente d’évaluer les dépenses de guerre françaises et aboutit « au chiffre énorme d'environ 2 milliards représentant une dépense annuelle de 50 francs par habitant, de 250 à 200 francs par famille de trois à quatre personnes »[48].

À critiquer trop sévèrement l’effort militaire français, les pacifistes risquent toutefois d’être considérés comme des traîtres et l’équilibre n’est pas toujours facile à trouver « entre leur engagement pour la paix et le respect de leur patrie »[49]. Depuis 1871, les Français ont perdu l’Alsace et la Moselle et vivent dans un sentiment d’insécurité à l’égard de l’Allemagne. Pour les pacifistes français il est donc difficile de prôner un règlement pacifique de la question des provinces perdues. Pourtant, en 1894, Gaston Moch, un ancien capitaine d’artillerie issu d’une famille juive alsacienne, qui a quitté l’armée en 1893 pour rejoindre le mouvement de la paix, s’essaie à proposer une solution pacifique qu’il publie sous le pseudonyme de « Patiens ». En espérant qu’on lui « épargnera l'accusation de manque de patriotisme » – puisque l’objet qu’il poursuit « est bien le retour à la France de ses provinces perdues, mais le retour sans guerre nouvelle, seul garant d'une réconciliation sincère, de la réconciliation nécessaire avec l’Allemagne »[50] – il propose que le « sort du territoire contesté » soit déterminé « conformément au vœu, librement exprimé, de la majorité de ses habitants »[51].

Mais l’idée d’une consultation de la population d’Alsace-Lorraine, prélude à un éventuel retour à la France des provinces perdues paraît néanmoins un scénario peu probable, et c’est pourquoi les pacifistes français proposeront plutôt au début du xxe siècle, et ce jusqu’à la guerre, la pleine autonomie de l’Alsace-Lorraine parmi les États de l’Allemagne, au nom du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Et c’est cette position qui est retenue par les congrès universels de la paix, et l’on veut croire que malgré cette épineuse question, les relations internationales peuvent s’orienter vers une nouvelle phase, plus conforme à l’évolution de l’humanité où le droit primerait désormais sur la force.

 

« Le roi le Droit, souverain du monde »

 

Les pacifistes font, en effet, une lecture déterministe d’une histoire humaine guidée par le progrès et entretiennent la vision optimiste d’une humanité en train de s’unifier de fait : « Les nations modernes, sans entente préalable et sans contrainte extérieure, par le seul effet d’une ambiance commune créée par la civilisation, tendent à s'assimiler à un type uniforme, elles évoluent vers l'unité, vers la paix »[52].

La doctrine pacifiste française se caractérise ainsi par une nette orientation sociologique qui postule l’existence de longue date d’une communauté internationale, conséquence d’une solidarité économique qui va toujours croissant. En 1872, déjà, Frédéric Passy écrivait que « les peuples, en dépit des apparences qui parfois les égarent, sont solidaires […]. Le monde est un réseau vivant, et pas une maille de ce réseau […] ne peut être atteinte sans que l'ensemble ne s'en ressente »[53]. En 1902, il continue de croire que « nos inventions contemporaines, le chemin de fer, la télégraphie, la presse ont presque achevé cette évolution de rapprochement des peuples… »[54]. Il y a pareillement pour Théodore Ruyssen une « interdépendance croissante qui rend les nations solidaires »[55]. Ces idées sont parfaitement en phase avec la doctrine solidariste de Léon Bourgeois, ce dernier se montrant convaincu, au plan international, d’une solidarité croissante entre les nations aboutissant en quelque sorte à une communauté de fait : « Les intérêts industriels, agricoles, commerciaux, financiers, des divers pays se pénètrent tellement, leur réseau resserre tellement ses mailles qu’il existe en fait une communauté économique universelle »[56].

Le discours pacifiste témoigne donc tout à fait du « tournant internationaliste » qui marque les esprits dans le quart de siècle précédant la Grande Guerre et qu’évoquent certains historiens : « Au tournant du siècle, l’avènement d’une nouvelle échelle de l’espace de circulation est devenu pensable, croyable, représentable. Cette invasion de la référence internationale, on peut la cerner par la perception qui s’en manifeste, dans des strates de la société et des sphères de pensée très diverses »[57]. Cet optimisme internationaliste sera malheureusement rudement tempéré par l’entrée en guerre en 1914 et certains pacifistes éprouveront alors le besoin de confesser certaines de leurs erreurs passées, notamment celle d’avoir « trop compté sur cette solidarité économique des nations, qui nous semblait unifier les intérêts de l’humanité au point de rendre la guerre presque impossible ; bref, peut-être avons-nous involontairement grossi le coefficient des facteurs qui nous semblaient favorables à la paix »[58].

Toutefois, sur le fond, les pacifistes sont convaincus que la méthode qu’ils proposent est et reste la bonne : celle qui vise à fonder la paix sur une organisation juridique du monde. Comme l’indique Léon Bourgeois devant le Congrès national de la paix de 1909, « il n’y a de paix véritable que sous le règne du droit »[59]. L’idée est alors de transformer la communauté de fait des nations en « une communauté d’un ordre supérieur, de constituer entre les nations qui la composent un ensemble de liens de droit qu’elles acceptent également et qui forment entre elles une société véritable »[60].

C’est bien une nouvelle conception des relations internationales qu’il s’agit de faire triompher : pour résoudre les différends internationaux, il faut « choisir entre le droit ou la force ; la force, c’est la guerre, c’est le procédé des enfants, des bêtes, des sauvages : c'est le procédé des hommes d'aujourd’hui. L’autre procédé, c'est le droit ; et le droit, c'est le recours à un tribunal arbitral »[61].

Les pacifistes français considèrent donc qu’il faut faire subir aux rapports internationaux le même processus de civilisation qui est advenu dans l’ordre interne. Alors que la notion de droit s’est imposée depuis longtemps pour régler les rapports entre les individus, il est temps qu’elle triomphe aussi dans les relations entre les nations : en vertu de « la loi du progrès, le droit et la justice sont appelés à régir les rapports internationaux comme ils régissent dès maintenant les rapports internes des citoyens dans les États civilisés et qu'un jour viendra où l'utopie d'aujourd’hui deviendra un fait acquis dans l’histoire des peuples »[62].

La contribution nombreuse des juristes[63] au combat pour la paix explique en grande partie cette orientation juridique du pacifisme français, qui se place moins du point de vue du sentiment et de la morale que de celui de la raison et du droit. Cette apologie du droit peut même parfois prendre des allures quelque peu excessives, telles ces paroles que prononça Lucien Le Foyer à Reims en 1909 par lesquelles il rendait grâce, avec lyrisme et emphase, à ce nouveau « souverain du monde », le droit : « Aujourd’hui, le maître n’est plus un homme, héritier d’une dynastie : c’est le droit. Ville de Reims ! qui sacra les rois dans le passé, consacre aujourd'hui un roi plus grand que tous les autres : le roi le Droit, souverain du monde ! »[64]

Quels sont toutefois les moyens juridiques que les pacifistes entendent plus concrètement mettre au service de la paix ?

 

<h1 style="margin-top:12.0pt;margin-right:0cm;margin-bottom:0cm;margin-left: 21.6pt;margin-bottom:.0001pt;text-align:justify;text-justify:inter-ideograph; text-indent:-21.6pt">Les revendications du pacifisme français</h1>

Plaidoyer pour l’arbitrage international

 

Les militants pour la paix mettent avant tout beaucoup d’espoirs dans la procédure de l’arbitrage qui, depuis le règlement pacifique de l’affaire de l’Alabama[65] en 1872, a soulevé de grands espoirs au sein de la communauté pacifiste. « L'arbitrage consiste à charger des tiers désintéressés dans le débat de régler aimablement les différends qui peuvent s'élever entre deux ou plusieurs nations »[66]. Cette procédure connaît un usage croissant tout au long du xixe siècle : « En vingt ans, de 1815 à 1831, on relève 11 arbitrages ; il s'en conclut 10 de 1835 à 1851 ; 30 de 1855 à 1874 ; 51 de 1875 à 1894 ; et on en compte déjà une vingtaine depuis 1895 »[67].

L’espoir des pacifistes est d’autant plus fort qu’une première Conférence de la paix, réunie en 1899 à La Haye à l’initiative de la Russie, a adopté une Convention pour le règlement pacifique des conflits internationaux qui codifie l’arbitrage facultatif et crée une Cour permanente d’arbitrage siégeant à La Haye. Bien que les représentants des 26 États[68] réunis ayant participé à la conférence n’aient pas réussi à s’entendre sur l’adoption de l’arbitrage obligatoire, l’article 19 de la Convention leur réserve néanmoins le droit de conclure des accords généraux ou particuliers « en vue d’étendre l’arbitrage obligatoire à tous les cas [qu’ils] jugeront possible de lui soumettre »[69], ce qui va engendrer la conclusion de nombreux traités. Le premier est le traité franco-anglais du 14 octobre 1903, mais qui ne s’applique toutefois qu’à des différends d’ordre juridique, « à la condition toutefois qu’ils ne mettent en cause ni les intérêts vitaux, ni l’indépendance ou les honneurs des deux États contractants et qu’ils ne touchent pas aux intérêts des tierces puissances »[70]. Pour Frédéric Passy, c’est néanmoins une « étape considérable, la plus importante et la plus significative qui ait encore été accomplie. […] C’est […] la reconnaissance et la consécration officielle de la Cour de La Haye »[71].

Ces espoirs tournent toutefois vite à la déception, en raison des événements internationaux (guerre des Boers, expédition de Chine et guerre russo-japonaise) au cours desquels les grandes puissances n’ont nullement eu recours à l’arbitrage. De ce fait, dans la perspective de la seconde Conférence internationale de La Haye de 1907, de nombreux pacifistes réclament que les États se mettent d’accord sur la conclusion d’un traité soumettant à l’arbitrage tout différend international sans aucune restriction. Mais la seconde Conférence de La Haye, qui réunit en 1907 les délégués de quelque 44 États, si elle reconnaît officiellement le principe de l’arbitrage obligatoire et la possibilité de son application sans aucune restriction dans certains cas déterminés, ne parvient pas à déboucher sur la conclusion d’un traité mondial d’arbitrage obligatoire, qui n’est voté que par 32 nations et ne peut donc être inséré dans l’Acte final. Les pacifistes français s’emploient alors à tenter de réparer les insuffisances des instruments forgés par les gouvernements à La Haye. Sous l’impulsion d’Émile Arnaud, ils réclament notamment une codification du droit international, condition d’un arbitrage plus efficace. Un Code de la paix – de 145 articles –, est ainsi présenté au Congrès universel de la paix de Stockholm en 1910 par un sous-comité présidé par Arnaud.

Parmi les améliorations envisagées à l’œuvre de La Haye, il est aussi particulièrement question de l’usage éventuel de sanctions afin d’assurer l’exécution des sentences arbitrales. Dans l’esprit d’Arnaud, « l’arbitrage ne saurait être ce qu’il doit être, ne saurait constituer un système, s’il ne comportait pas en lui-même des sanctions »[72]. Mais sur cette question, le magistrat Jacques Dumas publie en 1905 un ouvrage de référence[73] dans lequel il recommande un certain nombre de sanctions « pacifiques », excluant donc le recours à la force.

Cette question des sanctions divise les pacifistes du monde entier et jusqu’à la guerre, la question ne sera toujours pas tranchée. Un petit nombre de pacifistes, tel Charles Richet, pense pourtant possible d’envisager la constitution « d’une force armée internationale, chargée de faire respecter les arrêts rendus par la cour arbitrale »[74]. La question d’une force de police internationale est même posée pour la première fois, à La Haye, devant le Congrès universel de la paix, en 1913, par le néerlandais C. Van Vollenhoven : mais les esprits pacifistes sont loin d’être prêts, et le congrès se contentera d’adopter une résolution estimant que « la question de l’organisation d’une police internationale […] doit rester à l’ordre du jour des congrès universels de la paix »[75]

 

Le désarmement, une question qui « effarouche »

 

Bien qu’effrayés par la course aux armements, les pacifistes français sont quelque peu gênés de se prononcer sur la question de leur réduction, de peur d’être accusés de manquer de patriotisme ou de verser dans l’antimilitarisme. Bref, face à cette « question qui effarouche »[76], les pacifistes tiennent à se montrer prudents, comme en témoigne cette lettre de Frédéric Passy, qui écrivait en 1893 :

« Bien que le désarmement fût évidemment le but lointain de nos efforts et de nos espoirs, le moment n’est pas venu de le réclamer… Faire ce qui aurait pu apparaître comme une attaque contre l’armée ou être interprété comme un affaiblissement de la discipline était totalement contraire à notre façon de voir »[77].

 

Émile Arnaud ajoute de son côté que « tant que la nécessité de la défense n’aura pas disparu, nous considérons comme un devoir de préparer nos forces défensives. […] Nous sommes des patriotes dans le bon sens. Nous ne ferons rien qui puisse diminuer la patrie »[78]. C’est pourquoi les pacifistes français n’ont de cesse de se démarquer nettement de l’antimilitarisme et des théories de Gustave Hervé, tout comme ils se montrent dans l’ensemble hostiles à l’objection de conscience.

La plupart des pacifistes s’emploient donc surtout à lier la question du désarmement au progrès de la sécurité, provenant d’une plus solide organisation juridique du monde : la réduction des armes serait en quelque sorte la conséquence logique d’un ordre international gouverné par le droit, car celui-ci augmenterait la sécurité et réduirait le besoin des nations en armements.

Les progrès que connaît néanmoins l’arbitrage dans la première décennie du xxe siècle et l’ébauche d’une organisation juridique du monde qui se met en place, convainquent certains pacifistes qu’il existe désormais une opportunité pour le désarmement et qu’il faut la saisir. C’est notamment le cas de Gaston Moch qui se fait, entre autres, connaître par son souhait de transformer l’armée française en une milice nationale à but uniquement défensif, combinaison du système suisse et de la levée en masse jacobine[79]. En 1905, il publie un ouvrage sur le désarmement de la frontière franco-italienne[80] : il ne sera pas « concerté et simultané », mais « chaque puissance l’opérera spontanément, librement et progressivement »[81]. Et c’est à la France de prendre l’initiative de désarmer graduellement sa frontière avec l’Italie et de licencier progressivement les garnisons françaises qui surveillent les Alpes :

« Sans doute, l’allègement obtenu sera faible. Mais l’exemple sera grand, et le retentissement immense. Et il convient que le premier allègement soit modeste. Car, à le vouloir trop fort, on alarmerait les timides, on fournirait des prétextes aux militaristes, et l’on retarderait finalement la délivrance »[82].

 

Cette volonté de prudence sur la question se manifeste de plus en plus clairement au fur et à mesure des congrès pacifistes, et le Congrès de la paix de 1911, se contente d’encourager les Sociétés de la paix à « entretenir dans tous les pays une inlassable propagande pour tenir l’opinion publique en haleine et imposer l’inscription du problème de la limitation des armements à l’ordre du jour de la prochaine Conférence de la paix [de La Haye] »[83].

 

La création d’institutions européennes voire internationales

 

Les idées d’arbitrage et de désarmement paraissent cependant insuffisantes à de nombreux pacifistes. E. Duplessix, président du groupe rennais de la Paix par le droit, rend hommage à l’institution de l’arbitrage, mais « il croit qu’elle est insuffisante et insuffisamment perfectible pour constituer à elle seule un système complet de justice, pour assurer la paix du monde et pour permettre de songer au désarmement »[84]. L’intention, jugée quelque peu audacieuse et prématurée par certains, est bien d’établir une communauté juridique internationale par le biais d’institutions internationales, la question restant de savoir s’il s’agira d’une fédération européenne ou d’une organisation à vocation universelle…

L’idée de fédération européenne est une vieille revendication au sein des milieux pacifistes. C’est au cours d’un Congrès de la paix, organisé à Paris en 1849, que Victor Hugo popularise l’expression des « États-Unis d’Europe » et c’est ce titre que reprend l’organe de la Ligue internationale de la paix et de la liberté, parce qu’il représente le but qu’elle s’est fixé : une fédération républicaine des peuples européens. La question d’une fédération européenne est plusieurs fois inscrite au programme des Congrès universels de la paix de la fin du xixe siècle. Celui de Paris, en 1889, adopte une résolution qui recommande l’instauration d’un pacte fédératif entre les États européens. Ce pacte serait préparé par une commission de délégués et devrait régler toutes les questions menaçant la paix européenne.

Plusieurs figures du pacifisme français font précisément de la fédération européenne un axe fort de leur combat parce qu’elle leur paraît imposée par le progrès matériel de l’époque :

« Comment hésiterions-nous à faire des arrangements, ou, au plus, à soumettre à un tribunal nos désaccords avec nos voisins de Londres, de Pétersbourg, de Rome, de Madrid, de Berlin, que, par le télégraphe et la presse, nous voyons fonctionner comme ils nous regardent agir ? Vraiment, l’État nouveau, l’État européen est prêt ; il ne manque plus que l’acte le sanctionnant »[85].

 

Mais la question de la fédération européenne divise la communauté pacifiste : E. Duplessix conteste ainsi la valeur de cette solution, car « avoir de grandes guerres entre de vastes continents, la fédération d’Europe combattant la fédération d’Asie, ne serait pas un progrès par rapport à une nation d’Europe combattant une autre nation d’Europe. La fédération ne doit pas être une fédération européenne, mais une fédération universelle »[86].

Certains pacifistes envisagent donc davantage l’établissement d’une autorité internationale qui à bien des égards anticipe la future Société des Nations créée en 1919. Le Congrès universel de la paix de Milan en 1906 appelle la deuxième conférence de La Haye à conclure « un traité aux termes duquel : tous les peuples civilisés formeraient une Union ayant pour but de garantir leur indépendance réciproque ; un code de droit international public serait établi, les hautes parties contractantes s’engageant solennellement à l’observer et à en réclamer la rigoureuse observation générale ; et une autorité internationale exclusivement limitée aux rapports externes des États, et comprenant les pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire, serait constituée au moyen de délégués nommés par les nations composant l’Union »[87].

E. Duplessix réclame à son tour, en 1908, la constitution d’une « Société qui, tout en laissant aux divers États leur individualité et leur autonomie, leur permettrait de mettre en commun leurs intérêts communs, c’est-à-dire la sécurité, la justice et certains intérêts intellectuels et économiques »[88]. Cette Société serait administrée par une autorité internationale permanente, composée de délégués élus par les États membres, comprenant un conseil législatif chargé de préparer la loi internationale, une autorité judiciaire chargée de l’appliquer et une autorité exécutive « chargée d’administrer les intérêts communs aux différents peuples, de veiller à l’observation de la loi et à l’exécution des arrêts de justice »[89]. Le respect des décisions de l’autorité judiciaire serait assuré au moyen de sanctions morales voire coercitives par le biais d’une force armée internationale mise à la disposition du pouvoir exécutif.

Mais ces idées – qui anticipent largement les exigences françaises développées au moment des discussions de 1919 sur la future Société des Nations – font face au scepticisme de certains membres de la communauté pacifiste française qui les considèrent comme trop prématurées. Ainsi, Jacques Dumas de l’Association de la paix par le droit pense qu’aucun gouvernement actuel ne serait prêt à accepter l’existence d’un pouvoir exécutif international et d’ailleurs les peuples ne sont pas encore préparés à cela[90]. Auguste Fabre, président de la section nîmoise de la Paix par le droit, qui constate que l’arbitrage a conquis une certaine faveur dans la population, appelle à ne pas défaire « le travail déjà fait ; ne démolissons pas de nos propres mains l’édifice que nous avons péniblement bâti »[91].

L’établissement de relations juridiquement organisées entre les pays européens, voire entre tous les « États civilisés », constitue donc l’idéal des pacifistes à la veille de la Grande Guerre, même si ses modalités sont encore fort débattues, notamment entre partisans de l’arbitrage et ceux qui envisagent des solutions plus fédéralistes.

 

 

En conclusion, on doit donc noter la richesse et l’inventivité des méthodes notamment forgées par les pacifistes français au xixe siècle pour aboutir à une pacification des relations internationales : arbitrage international, codification du droit international, tribunal international, sanctions économiques voire militaires, désarmement, fédération européenne, institutions internationales, etc., ne sont-ils pas les principaux outils que les États tenteront de mettre en place tout au long du xxe siècle avec plus ou moins de succès ? Bien que divisé sur le plan organisationnel comme sur le plan des idées, on retiendra néanmoins que le pacifisme français rayonne avant 1914 sur toute une partie de l’opinion française : hommes politiques de la gauche socialiste à la droite modérée, Ligue des droits de l’homme, franc-maçonnerie, universités populaires, mouvement coopératif, pédagogues, féministes, protestants et quelques catholiques, etc. Se trouvent ainsi déjà assez précisément dessinés les contours du mouvement pacifiste des années 1920 qui, au lendemain du cataclysme de 1914-1918, exercera une influence beaucoup plus considérable au sein de la société française.

 



*    Maître de conférences en histoire contemporaine des relations internationales à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et membre de l’UMR Irice.

[1]    Jean-Baptiste Duroselle et Pierre Renouvin, Introduction à l’histoire des relations internationales, Paris, Armand Colin, 1991, 4e édition, p. 245.

[2]    Signalons notamment le n° 53 de la revue Relations internationales (printemps 1988) ainsi que le n° 30 de la revue Matériaux pour l’histoire de notre temps (janvier-mars 1993) consacrés à l’histoire du pacifisme, ainsi que plusieurs ouvrages collectifs. Cf., notamment, Jacques Bariéty et Antoine Fleury (dir.), Mouvements et initiatives de paix dans la politique internationale 1867-1928, Berne, Peter Lang, 1987 ; Maurice Vaïsse (dir.), Le pacifisme en Europe des années Vingt aux années Cinquante, Bruxelles, Bruylant, 1993. Sur la période qui nous intéresse ici plus particulièrement, on citera la thèse de Sophie Lorrain, Des pacifistes français et allemands pionniers de l’entente franco-allemande 1870-1925, Paris, L’Harmattan, 1999, 297 p. Pour le reste, l’historiographie est dominée par les historiens américains, britanniques, canadiens ou suisses…

[3]    Londres (1843), Bruxelles (1848), Paris (1849), Francfort (1850), Londres (1851).

[4]    « La Société des Nations », Le Mouvement pacifiste, octobre-décembre 1920, p. 53.

[5]    Paul d’Estournelles de Constant, « La France et la guerre », La paix par le Droit, 10-25 octobre 1914, p. 510.

[6]    Théodore Ruyssen, « Jusqu’au bout », La paix par le Droit, 10-25 janvier 1916, p. 8.

[7]    Henry Follin [président de la société havraise pour l’arbitrage entre Nations], La Marche vers la paix, Paris, V. Giard et E. Brière, 1903, p. 27.

[8]    Frédéric Passy, Historique du mouvement de la paix, Paris, V. Giard & E. Brière, 1904, p. 39.

[9]    Selon un recensement effectué au 1er avril 1903 et repris dans Henry Follin, La Marche…, op. cit., p. 25.

[10]   Discours prononcé par Charles Richet le 12 janvier 1902, in « Le Banquet Frédéric Passy », Revue de la paix, 1902, p. 2.

[11]   Chiffre évoqué par Roger Chickering, Imperial Germany and a world without war: The Peace Movement and German Society, 1882-1914, Princeton, Princeton University Press, 1974.

[12]   Rapport de M. Langlade sur les sociétés françaises de la paix, prononcé lors du Ier Congrès de la paix de Toulouse, octobre 1902, in Compte rendu des travaux, résolutions et actes du Congrès, Toulouse, Imprimerie Lagarde et Sebille, 1903, p. 53.

[13]   Ibid., p. 53-54.

[14]   Congrès de Nîmes (1904), Lille (1905), Lyon-Grenoble (1906), La Rochelle (1908), Reims (1909), Clermont-Ferrand (1911) et Paris (1913).

[15]   Ferdinand Brunetière, « Le Mensonge du pacifisme », Revue des Deux Mondes, 1905.

[16]   Émile Faguet, Le Pacifisme, Paris, Société française d’imprimerie et de librairie, 1908, 401 p.

[17]   Prix Nobel de Médecine en 1913 pour ses travaux sur l’anaphylaxie.

[18]   Charles Richet, « La guerre et la paix au point de vue philosophique », Revue philosophique de la France et de l’étranger, 1908, p. 162.

[19]   Ibid.

[20]   Théodore Ruyssen, La philosophie de la paix, Paris, V. Giard et E. Brière éd., 1904, p. 13.

[21]   Ier Congrès national des sociétés françaises de la paix, Compte rendu des travaux, résolutions et actes du congrès, Toulouse, Imprimerie Lagarde et Sebille, 1903, p. 54.

[22]   Sur cette revue, voir Marta Petricioli, Donatella Cherubini, Alessandra Anteghini (dir.), Les États-Unis d’Europe, un projet pacifiste, Berne, Peter Lang, 2003.

[23]   Roger Chickering, Imperial Germany…, op. cit., p. 362.

[24]   Ibid., p. 363.

[25]   Ibid., p. 352.

[26]   Ibid., p. 361.

[27]   Cité par Laurent Barcelo, Paul d’Estournelles de Constant, L’expression d’une idée européenne, Paris, L’Harmattan, 1995, p. 225-226.

[28]   Laurent Barcelo, «  Paul d’Estournelles de Constant, l’ébauche d’une politique européenne », in René Girault et Gérard Bossuat (dir.), Europe brisée, Europe retrouvée, Paris, Publications de la Sorbonne, 1994, p. 55.

[29]   Roger Chickering, op. cit., p. 366.

[30]   Archives fédérales (Berne), 2200/Paris, 344/01.56, Lardy à Müller, 15 juillet 1913, cité par Verdiana Grossi, op. cit., p. 343.

[31]   Patiens [Gaston Moch], L’Alsace-Lorraine devant l’Europe, Essai de politique positive, Paris, Paul Ollendorff, 1894, p. 69.

[32]   Paul Mabille, La guerre, ses lois, son influence civilisatrice, sa perpétuité, Paris, A. Fourneau, 1884, p. 287.

[33]   Charles Richet, « Déshonorons la guerre », Revue de la paix, 1902, p. 27.

[34]   Ibid.

[35]   Prosper Delafutry [instituteur à Billancourt], La paix universelle ou le droit prime sur la force, Paris, E. Dentu, 1883, p. 17.

[36]   Charles Richet, Les guerres et la paix, étude sur l’arbitrage international, Paris, Schleicher Frères éditeurs, 1899, p. 35.

[37]   Ibid.

[38]   Frédéric Passy, « Rapport sur les conséquences économiques de la guerre », Supplément à la Revue de la paix, octobre 1902, p. 2.

[39]   Sur Frédéric Passy, voir notamment Michael Clinton, « Frédéric Passy: Patriotic Pacifist », Journal of Historical Biography, vol. 2, automne 2007, p. 33-62.

[40]   Frédéric Passy, « Rapport… », article cité, p. 1.

[41]   Pierre Nattan-Larrier, Les menaces des guerres futures et les travaux de Jean de Bloch, Paris, V. Giard et E. Brière, 1904, p. 83.

[42]   E. Duplessix, Vers la paix, Paris, Librairie Guillaumin et Cie, 1903, p. 9.

[43]   Gaston Moch, L’ère sans violence. Révision du traité de Francfort, Paris, Éditions de la revue blanche, 1899, p. 303-304.

[44]   Ibid., p. 263.

[45]   E. Duplessix, op. cit., p. 9.

[46]   Ibid., p. 8.

[47]   Prosper Delafutry, La paix universelle…, op. cit., p. 35.

[48]   Paul Nivard, « L’accroissement des dépenses militaires depuis 25 ans », Revue de la paix, 1902, p. 5.

[49]   Sophie Lorrain, Des pacifistes français et allemands, pionniers de l'entente franco-allemande (1871-1925), Paris, L’Harmattan, 1999, p. 27.

[50]   Gaston Moch, L’Alsace-Lorraine devant l’Europe, op. cit., p. VII-VIII.

[51]   Ibid., p. 471.

[52]   Théodore Ruyssen, La philosophie de la paix, op. cit., p. 19-20.

[53]   Revanche et relèvement, Exposé de situation fait aux Adhérents de la Ligue Internationale et Permanente de la Paix par le Comité-Directeur, Paris, Librairie Franklin, 1872, p. 16.

[54]   Discours de Frédéric Passy, 12 juin 1902, cité dans « Le Banquet Frédéric Passy », Revue de la paix, 1902, p. 3-4.

[55]   Théodore Ruyssen, La philosophie de la paix, op. cit., p. 20.

[56]   Léon Bourgeois, « La Société des Nations », Discours prononcé à l’École des sciences politiques le 5 juin 1908, in Pour la Société des Nations, Paris, Georges Crès et Cie, [s.d.], p. 196.

[57]   Anne Rasmussen, « Tournant, inflexions, ruptures : le moment internationaliste », Mil neuf cent, 2001-1, n° 19, p. 30.

[58]   Théodore Ruyssen, « La voie droite », La Paix par le Droit, 10-25 octobre 1914, p. 513.

[59]   Léon Bourgeois, Discours prononcé lors du VIe Congrès national des Sociétés françaises de la paix, Reims, 30 mai - 2 juin 1909, in Compte rendu des séances et documents annexes, Reims, 1909, p. 43.

[60]   Ibid., p. 196-197.

[61]   Charles Richet, Les guerres et la paix, étude sur l’arbitrage international, Paris, Schleicher Frères éditeurs, 1899, p. 92.

[62]   E. Duplessix, Vers la paix, op. cit., p. 44.

[63]   Citons notamment : Émile Arnaud (notaire), Maurice Bokanowski (avocat à la Cour d’appel de Paris), Jacques Dumas (substitut du procureur au tribunal de la Seine), Lucien Le Foyer et Pierre Nattan-Larrier (avocats), Jules-Louis Puech (docteur en droit), Alexandre Mérignhac (professeur à la faculté de droit de Toulouse), etc.

[64]   VIe Congrès national des sociétés françaises de la paix (Reims, 30 Mai-2 Juin 1909), Compte rendu des séances et documents annexes, Reims, 1909, p. 30.

[65]   Il s’agit d’un différend qui opposait les États-Unis à la Grande-Bretagne et qui portait sur les dommages causés à la flotte fédérale américaine par l’Alabama, navire sudiste armé dans des ports anglais. Le tribunal organisé par le traité de Washington du 8 mai 1871 se réunit à Genève en 1872 et condamna l’Angleterre à payer une forte indemnité pour les dommages causés à la flotte américaine.

[66]   E. Duplessix, Vers la paix, op. cit., p. 14.

[67]   Gaston Moch, L’ère sans violence, op. cit., p. 332.

[68]   20 pour l’Europe, 4 pour l’Asie et 2 pour l’Amérique.

[69]   Cité par Hans Jonkman et Laurence de Blocq van Scheltinga, « La Cour permanente d’arbitrage dans le développement de l’arbitrage jusqu’à la création de la Cour permanente de justice internationale (1899-1922) », Guerres mondiales et conflits contemporains, mars 1998, p. 8.

[70]   Ibid., p. 9.

[71]   Frédéric Passy, Historique du mouvement de la paix, Paris, V. Giard et E. Brière, 1904, p. 64.

[72]   IIe Congrès national des sociétés françaises de la paix (Nîmes, 7-10 Avril 1904), Compte rendu des séances, Nîmes, 1904, p. 37.

[73]   Jacques Dumas, Les sanctions de l’arbitrage international, Paris, Pedone, 1905, préfacé par Paul d’Estournelles de Constant.

[74]   Charles Richet, « La paix et la guerre », Revue philosophique de la France et de l’étranger, 1905, p. 264.

[75]   « Chronique des faits internationaux – Pays-Bas – Congrès universel de la paix – Session de La Haye (1913) », Revue générale de Droit international public, 1913, p. 639.

[76]   Formule de Gaston Moch, in VIIe Congrès national des sociétés françaises de la paix, op. cit. , p. 198.

[77]   Lettre de Frédéric Passy à Jules Simon, 21 octobre 1893, citée par Sandi E. Cooper, « Pacifism in France, 1889-1914: International Peace as a Human Right », French Historical Studies, 1991-1992, p. 372.

[78]   IIe Congrès national des sociétés françaises de la paix, op. cit., p. 50.

[79]   Gaston Moch livre le fruit de ses réflexions dans un certain nombre d’ouvrages : L’Armée d’une démocratie (1899) ; La Réforme militaire : vive la milice (1900) ; et L’Ère sans violence (1901, rédigé en collaboration le colonel allemand Moritz von Egidy). Beaucoup de ses positions furent adoptées par Jaurès dans L’Armée nouvelle (1910), sans d’ailleurs faire référence aux idées de Moch. Cf. Sandi E. Cooper, « Gaston Moch », in Harold Josephson (dir.), Biographical Dictionary of modern Peace Leaders, Westport-London, Greenwood Press, 1985, p. 645-647.

[80]   Gaston Moch, Vers la fédération de l’occident : désarmons les Alpes !, Paris, V. Giard et E. Brière, 1905.

[81]   Ibid., p. 30.

[82]   Ibid., p. 37.

[83]   VIIe Congrès national des sociétés françaises de la paix, op. cit., p. 198.

[84]   Ve Congrès international de la paix (La Rochelle, 7-9 Juin 1908), Compte rendu des séances, La Rochelle, 1908, p. 35-36.

[85]   Discours de Jean-René Aubert, président du groupe de Reims de la Paix par le droit, in VIe Congrès national de la paix, op. cit., p. 106.

[86]   Peace Congress 1908, London, Caxton Hall, Westminster, Londres, 1909, p. 178 (traduction française de l’auteur).

[87]   « Chronique des faits internationaux : Italie, Congrès universel de la paix – Session de Milan », Revue générale de droit international public, 1906, p. 744.

[88]   Ve Congrès national de la paix, op. cit., p. 43.

[89]   Ibid.

[90]   Discours de Jacques Dumas, in Peace Congress 1908, op. cit., p. 180.

[91]   Ve Congrès national de la paix, op. cit., p. 40.