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Catherine Horel, Editorial

Editorial

 

 

Bulletin n° 32, automne 2010

 

 

Catherine Horel *

 

 

Au fur et à mesure de l'extension de la spécialité « histoire contemporaine », le xixe siecle, qui en a longtemps été le cœur, s'éloigne. Déjà mal-aimé au xxe, il ne fait guère plus recette au xxe siècle chez les historiens, ce qui se traduit logiquement par une désaffection massive au niveau des étudiants. Ce siècle n'est pas à la mode et semble échapper aux renouvellements méthodologiques ainsi qu'aux thématiques récentes privilégiées par la recherche. Le présent numéro du Bulletin de l'Institut Pierre Renouvin entreprend de montrer que cette négligence est une erreur et que l'on peut faire coïncider les préoccupations récentes de l'historiographie avec l'histoire du xxe siècle, ce que nos collègues qui travaillent sur les périodes précédentes sont parvenus à réaliser. Le syndrome n'est pas propre à la France et d'autres historiographies européennes souffrent du même mal. Parmi les contributions présentées ici, trois émanent de jeunes chercheurs, ce qui prouve bien qu'au-delà du renouveau thématique, celui des générations est également en marche.

L'histoire du xixe siècle a longtemps été synonyme de batailles (les guerres napoléoniennes, les aventures de Napoléon III), de figures mal-aimées (encore Napoléon III), dominée par des personnages et des événements jugés dépassés par la modernité et la rapidité du xxe siècle où l'on a tout fait en plus grand et en pire ! Que faire contre les 68 ans de règne de François-Joseph ? On oublie souvent qu'une bonne partie de ce qui a été mis en œuvre au xxe siècle a été inventée par des hommes – et quelques femmes – du siècle précédent : le général de Gaulle est présenté à juste titre par Jean Lacouture dans sa célèbre biographie comme un homme du xixe siècle, et que dire de l'amiral Horthy qui a cinquante ans en 1918, du maréchal Tito ou de János Kádár, tous nés précisément sous le règne de François-Joseph !

 

Nous plaidons donc ici pour un salutaire retour à l'histoire du xixe siècle, à condition de la pratiquer autrement, nourris que nous sommes de démarches méthodologiques innovantes. Nos articles, ainsi que le résumé de la thèse d'habilitation de Bernard Lory, sont une tentative pour montrer que d'autres pistes sont possibles au-delà de l'histoire-bataille et de l'histoire diplomatique. Les apports des autres disciplines sont également un enrichissement pour revisiter l'histoire du xixe siècle : histoire de l'art et de la littérature, ethnographie, anthropologie et anthropologie urbaine ont des liens incontestables avec les sujets que nous traitons comme le montrent les contributions d'Antoine Marès et Bernard Lory.

 

Faire de l'histoire des relations internationales autrement, c'est justement s'intéresser à des canaux moins habituels, sortir de la diplomatie à proprement parler pour montrer les voies détournées, les réseaux : Antoine Marès s'intéresse à la diplomatie d'une nation sans État, Jean-Michel Guieu retrace la difficile naissance des mouvements pacifistes dans une France avide de revanche, Farid Ameur nous passionne avec ces Français du Texas qui rêvent de rétablir les possessions françaises, Daniel Guttiérez-Ardila relate la naissance des relations internationales entre la Colombie et ses voisins et l'absence de reconnaissance internationale d'Haïti : on peut souligner le paradoxe d'un État qui existe, au contraire des pays tchèques, mais dont personne ne veut entendre parler tandis que les Tchèques bénéficient d'une écoute bienveillante à Paris qui s'intéresse à tout ce qui peut affaiblir l'alliance germano-autrichienne.

Ce qui frappe ici, c'est le rôle que la France veut ou croit jouer sur certaines scènes : comme « on ne prête qu'aux riches », on lui impute même parfois des intentions qu'elle n'a pas forcément. Farid Ameur montre comment un mélange d'intoxication et de sincères désirs d'expansion de Napoléon III se mêlent dans l'affaire texane. Ses conséquences – la malencontreuse expérience mexicaine – contribuant par ailleurs à l'éloignement franco-autrichien alors que les deux pays avaient pu envisager une entente dont l'Allemagne aurait fait les frais. L'obsession allemande de la France ne date pas seulement de 1870, même si le contentieux créé par Sedan détermine par la suite l'action diplomatique française jusqu'en 1914. Antoine Marès et Jean-Michel Guieu apportent chacun dans leur domaine un éclairage sur cette constante, même si dans le cas autrichien, les choses sont plus complexes.

Revisiter les relations internationales au xixe siècle c'est aussi, comme Bernard Lory, prendre « par le petit bout de la lorgnette » une ville comme Bitola (Monastir) et étudier son rôle dans l'équilibre régional. Celui-ci évolue considérablement à la fin du siècle entre un Empire ottoman, que tout le monde juge moribond mais qui montre sur le terrain une indéniable capacité de modernisation, et de nouveaux venus dans le jeu diplomatique dont les ambitions sont à la hauteur du retard mis à rejoindre le concert européen (Grèce, Serbie, Bulgarie) et que le nationalisme, qui leur sert de politique étrangère, entraîne dans l'engrenage de la violence.

 

De la Macédoine à la Colombie en passant par Vienne, Prague, Genève, Washington et Port-au-Prince, nos auteurs montrent que de nouvelles approches du xixe siècle sont non seulement possibles, mais qu'elles permettent de mettre à jour des aspects largement méconnus (la France au Texas), négligés (la création des États d'Amérique centrale) ou chargés de présupposés (les relations entre la France et l'empire d'Autriche, l'Empire ottoman décadent) et que l'apport d'une méthodologie nouvelle (étude des réseaux pacifistes) permet d'éclairer.



*    Directrice de recherche, CNRS, UMR IRICE.