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Phivos Oikonomidis, Jeu mondial et rapports gréco-yougoslaves avant et au cours de la Guerre froide, 1941-1956

Jeu mondial et rapports gréco-yougoslaves avant et au cours de la Guerre froide, 1941-1956

 

Bulletin n° 31, printemps 2010

 

 

Phivos Oikonomidis

 

 

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, on constate sur la carte des Balkans un changement radical auquel a contribué le développement des mouvements partisans de gauche en Yougoslavie, en Grèce et en Albanie, ainsi que la progression de l’Armée rouge dans les Balkans vers la fin de la guerre[1].

Le commandement britannique se montra extrêmement préoccupé par l’évolution des affaires balkaniques, car il comptait bien étendre à nouveau son influence dans cette région à la fin de la guerre. Mais il ne tarda pas à réaliser que les choses ne seraient pas simples. En raison du rôle déterminant joué par EAM-ELAS (l’armée de résistance du Front national de Libération), Churchill comprit vite qu’en Grèce l’influence britannique ne pourrait plus s’exercer sans l’aide soviétique.

Il s’adressa donc aux Russes pour solliciter leur aide. Le commandement soviétique n’avait pas d’objection à satisfaire quelques-unes des exigences anglaises, mais il demanda ouvertement ou à demi-mot des contreparties assurant l’expansion de sa propre influence dans d’autres pays balkaniques ou ailleurs.

Pour parvenir à ses fins, le commandement britannique ne tarda pas à se rendre compte qu’il devait changer de tactique envers le mouvement de résistance qui se développait en Yougoslavie, et surtout envers les partisans de Tito, chef du parti communiste de ce pays. L’une des causes du rapprochement entre le commandement britannique et Tito fut alors l’isolement du mouvement EAM (FNL) en Grèce.

 

Dès mai 1944, Churchill eut un repas de travail privé avec quatre Britanniques chargés des affaires yougoslaves : F. Maclean, l’ambassadeur Stevenson et les officiers Bailley et Hudson, afin d’évoquer la situation en Yougoslavie. Au cours de cette conversation, il fut décidé qu’il fallait « encourager Tito à prendre le plus de distances possibles à l’égard de l’URSS » et « lui imposer d’éviter toute forme d’encouragement à EAM » en Grèce[2].

Les Britanniques offrirent à Tito une aide militaire considérable au cours de la guerre et, en contrepartie, lui demandèrent de faire preuve de bonne volonté à propos de la question grecque. Tito réalisait, comme ce fut le cas aussi pour les Soviétiques, que le mouvement de résistance en Grèce était pour eux une carte de négociation importante vis-à vis-des Britanniques. Yougoslaves et Russes purent exercer des pressions sur les Occidentaux à propos de la question grecque, les obligeant ainsi à satisfaire leurs demandes. En effet, durant la guerre, le mouvement grec de résistance de gauche n’obtint « pas même une cartouche » de la part de ses compagnons idéologiques de Yougoslavie et d’URSS, selon la note de journal d’un membre de direction du PC grec[3].

Après la libération, les partisans yougoslaves rêvèrent d’instaurer un état fédéré sur le modèle de l’Union soviétique. Pour y parvenir, ils comptaient sur le soutien de Staline, auquel ils s’apparentaient sur le plan idéologique, sachant bien que les Occidentaux n’accepteraient pas le système politique et social qu’ils comptaient instaurer en Yougoslavie. Les dirigeants yougoslaves constatèrent progressivement que l’URSS n’était pas en situation d’aider de façon décisive le futur état fédéré à surmonter ses énormes problèmes internes. Seul l’Occident et surtout les Américains pouvaient offrir, après la guerre, une aide économique consistante aux partisans yougoslaves.

Tito songeait secrètement à un rôle plus indépendant face à l’Union soviétique. L’envoyé britannique en Yougoslavie, F. Maclean, estimait que Tito préférerait être le leader d’une Yougoslavie indépendante plutôt que l’homme des Soviétiques, « surtout s’il était convenablement manipulé ». Lors d’une conversation avec un envoyé américain dans l’île de Vis, Tito exprima le désir qu’après la guerre, se créât une Yougoslavie fédérée qui constituerait « un pont entre l’Est et l’Ouest ». Il formula en même temps le vœu que la Yougoslavie reçoive, toujours après le conflit, une aide économique américaine spécifique dans le domaine technique. Impressionné par Tito, l’envoyé américain C. Norden discerna chez son interlocuteur le désir « de se réserver un rôle plus vaste » dans le monde d’après-guerre[4].

Tito montra discrètement son jeu aux Américains et aux Anglais. Peu enclins à croire les confidences de Tito, les dirigeants américains les considéraient plutôt comme des manœuvres tactiques, tandis que les Anglais avaient beaucoup plus d’espoir de s’attacher l’homme dans l’avenir. Durant la période de guerre, l’aide anglaise à Tito était une preuve que l’Occident pourrait le soutenir dans certaines conditions. Qu’allait-il devoir donner en échange ? Les dirigeants communistes yougoslaves virent que le mouvement grec de gauche pouvait être exploité opportunément comme moyen de pression et atout de négociations dans leurs confrontations et leurs contacts avec les Anglais et les Américains. Et si Tito devait suivre un chemin indépendant, pourquoi le mouvement grec de gauche devait-il être utilisé par l’URSS pour la réalisation de ses buts et non pour la consolidation de la Fédération yougoslave ?

À travers un fort mouvement de résistance en Grèce, Tito voulait se protéger, pendant et après l’occupation. Donc il le soutint, de façon clandestine et parfois ouvertement, prouvant ainsi aux Anglais et aux Américains que tout arrangement à propos du mouvement grec passait par Belgrade.

 

Tito encouragea le mouvement armé d’ELAS face aux forces gouvernementales et aux Anglais, à Athènes et au Pirée en décembre 1944, avant et au cours des confrontations. Pendant cette période, il déclara aux membres d’une délégation grecque de gauche à Belgrade que la lutte d’ELAS en Grèce était celle de tous les pays des Balkans[5].

Le 23 avril 1945, quelques jours après le retour de Tito de Moscou, la capitale de Macédoine yougoslave fut fondée à Skopje, à l’initiative du PC de Macédoine qui était au service du PC de Yougoslavie, le Front populaire de Libération (NOF) des Slavo-macédoniens pour la Macédoine d’Egée (Macédoine grecque). Le NOF et ses organisations apparentées entreprirent alors un travail de fond parmi les Slavo-Macédoniens de Grèce, hommes, femmes et jeunes. Il inaugura un nouveau combat « à outrance », comprenant même la lutte armée afin de faire échec aux « forces monarco-fascistes et fascistes grecques ».

Le NOF et les communistes yougoslaves, comme Enver Hoxha en Albanie, accusèrent le PC grec d’être un parti opportuniste parce qu’il avait signé avec les forces gouvernementales grecques les accords « scélérats » de Varkiza, qui prévoyaient une évolution démocratique pacifique en Grèce. Les communistes albanais s’inquiétèrent car les gouvernements grecs revendiquaient le rattachement à la Grèce de l’Épire du Nord  qui faisait partie de l’Albanie.

L’Union soviétique considéra favorablement les accords de Varkiza, mais elle dut prendre en considération les inquiétudes des communistes yougoslaves et albanais. Après la guerre, la Fédération yougoslave se présentait comme le principal soutien du bloc soviétique dans les Balkans. Le PC grec commença à diffuser le mot d’ordre ne permettant pas que la Grèce devienne « le pont contre les Démocraties populaires ». Aux dires du chef du parti N. Zachariadis, la nouvelle lutte armée, que le PCG inaugura en 1946, bénéficia du soutien chaleureux des dirigeants yougoslaves.

La Yougoslavie devint la principale base de soutien et de ravitaillement des combattants qui entamèrent une lutte contre la droite pro-monarchiste grecque, soucieuse d’imposer son contrôle à toute la Grèce. Mais parallèlement au soutien des partisans grecs, Tito et ses collaborateurs commençèrent à parler de la question grecque avec l’Occident et à s’y référer dans les entretiens d’ordre économique qu’ils avaient avec les Américains et les Anglais.

 

En 1947 notamment, que ce soit à l’initiative des Américains et des Anglais ou à celle des Yougoslaves, la question grecque fut évoquée au cours des discussions. L’Occident exigea des contreparties en échange de l’aide économique apportée à la Yougoslavie qui en avait tant besoin et Tito, donnant des exemples d’échanges possibles, prétendit qu’il pourrait éventuellement changer de position face à la question grecque. À la fin de l’année 1947, la station de radio des partisans grecs qui se trouvait en Yougoslavie annonça la fondation du Gouvernement démocratique provisoire (GDP) siégeant dans les montagnes de la Grèce du Nord.

Aussitôt les Américains se mobilisèrent. Tito proposa une rencontre avec l’ambassadeur américain à Belgrade, Cavendish Cannon, qui informait régulièrement Jean Payart son homologue français dans la capitale yougoslave. La rencontre eut lieu dans les premiers jours de 1948. À la question relative de Cannon sur la Grèce Tito répondit : « Oui, je sais que vous autres Américains êtes inquiets de l’expansion du communisme. Vous devez néanmoins comprendre que notre première préoccupation est le développement interne du pays et qu’à cette fin nous avons besoin de paix ».

Il était clair que Tito adoptait là une position modérée. Le 3 janvier, l’ambassadeur de France à Belgrade informa son gouvernement du contenu de la conversation Tito-Cannon qui avait eu lieu le jour même. D’après Payart, l’intérêt de cette conversation résidait moins dans les propos tenus, de toute façon assez vagues, que dans l’initiative prise par le chef du gouvernement yougoslave, au moment où la question grecque battait son plein, de manifester «  le souci d’entrer en contact avec le représentant américain, sans doute en vue de tâter le terrain »[6].

Pendant que Tito promettait aux Américains de suivre une politique modérée, il encourageait aussi la direction communiste grecque à continuer la lutte armée, renforçant ainsi la position de la Yougoslavie. Au cours d’une rencontre discrète avec N. Zachariadis au mois de février 1948, Tito demanda aux partisans grecs d’être encore plus offensifs. « Ne restez pas en position de défense, passez au contraire à l’offensive. Nous, nous continuerons  à vous aider. Vos partisans ont plus de valeur que tous les députés communistes français. Votre mouvement est d’une importance historique »[7].

Quelques mois plus tard, les divergences entre l’URSS et la Yougoslavie apparurent. Le 28 juin 1948, le Kominform déclara que le PC de Yougoslavie suivait une politique intérieure et extérieure erronée. Ce jour-là, le monde occidental apprit qu’un conflit venait d’éclater dans le camp prosoviétique. Le chef du PCG, N. Zachariadis, comprit l’ampleur du préjudice qu’un affrontement entre Staline et Tito allait porter à la guérilla grecque, au moment même où le parti grec comptait sur le soutien des deux leaders.

Tito fit mine de ne pas céder aux pressions de Staline, ce dont les forces occidentales se réjouirent. Selon la CIA, la désobéissance de Tito au Kominform avait provoqué « la première rupture profonde dans l’empire des satellites de l’URSS ». Le « résultat immédiat » d’une brouille Tito-Staline pouvait marquer l’arrêt de la politique soviéto-yougoslave commune en Grèce, à Trieste et en Carinthie[8]. Ce qui allait tout à fait dans le sens des intérêts de la politique anglo-américaine dans ces régions.

 

Le conflit Staline-Tito fut un premier indice sérieux du fait que la Yougoslavie désirait suivre un chemin indépendant vis-à-vis de l’URSS. Mais les Américains et les Anglais exigèrent une confirmation du caractère définitif de la rupture. Ils demandèrent à la Yougoslavie de prouver sa bonne volonté envers l’Occident en retirant son soutien aux partisans grecs. La direction yougoslave avait déjà montré ses dispositions envers le mouvement partisan grec : en 1949, elle avait fermé les frontières de son pays aux partisans grecs qui d’ailleurs avaient pris position discrètement en faveur du Kominform. Cette décision de Tito fut précédée de contacts secrets entre Yougoslaves et représentants des gouvernements américain, anglais et grec. Pour les Américains, cette résolution de la fermeture des frontières que venait de prendre Tito fut une confirmation de la rupture définitive entre la Yougoslavie et le camp soviétique. En échange, ils offrirent à la Yougoslavie l’aide importante dont elle avait tant besoin. Car pour l’acheminement de l’aide, un point stratégique important était le port de Salonique en Grèce du Nord, près de la frontière yougoslave.

 

Le grand jeu

 

Les Américains s’attendaient à une restauration rapide des relations gréco-yougoslaves au niveau gouvernemental, preuve que la Yougoslavie s’associait de façon stable au camp occidental. Officiellement, les Yougoslaves et les Grecs avaient le même désir, mais pour des raisons tactiques, Tito demanda de surseoir au rétablissement complet des relations avec ceux qu’il traitait jusque-là de « monarco-fascistes grecs ». Pourtant, au début des années 1950, les relations gréco-yougoslaves se rétablirent de façon spectaculaire.

Répondant de façon positive à des demandes yougoslaves répétées d’aide économique de toutes sortes, les Américains pressèrent les Yougoslaves de contracter une alliance avec deux des pays balkaniques liés à l’Occident, la Grèce et la Turquie, ce qui eut un sens spécifique, politique et psychologique envers le bloc soviétique et Staline dans la région. L’Albanie surtout était concernée, car si la Yougoslavie se rangeait officiellement dans le camp occidental, elle perdait alors tout contact géographique avec le bloc soviétique.

L’ambassadeur de France à Athènes considéra que la conférence de presse donnée par Tito le 31 octobre 1951 fut une date essentielle dans l’histoire des relations entre la Yougoslavie communiste et la Grèce. Pour la première fois, Tito affirma qu’aucun des deux pays ne pouvait rester neutre en cas de conflit généralisé, et il déclara publiquement que le sort de la Yougoslavie était étroitement lié à celui de la Grèce.

Le protocole d’adhésion de la Grèce et de la Turquie à l’OTAN, en octobre 1951, entra en vigueur pour les États-Unis le 15 février 1952. Le 28 février 1953, la Yougoslavie, la Grèce et la Turquie signèrent à Ankara le traité d’amitié et de collaboration des trois pays, nommé « Pacte balkanique ». Cet événement créa un climat d’optimisme chez les Occidentaux mais souleva un certain scepticisme en URSS.

Le 5 mars 1953, soit cinq jours après la signature du Pacte balkanique, l’annonce de la mort de Staline fit la une des médias du monde entier. Très rapidement, la nouvelle direction soviétique manifesta les signes d’une normalisation des relations avec la Yougoslavie. Un certain climat d’inquiétude s’installa dans les pays occidentaux, la Grèce y compris. Mais l’aide américaine était multiforme. Tito désirait le rétablissement des relations avec le bloc soviétique, mais en aucun cas il ne voulait rompre avec l’Occident, source d’une aide vitale pour la Yougoslavie. Afin de réaffirmer sa bonne volonté envers l’Occident Tito s’engagea dans la voie d’une nouvelle coalition avec la Grèce et la Turquie. Le 9 août 1954 fut signé, dans le palais du Bled en Slovénie, le « Traité d’Alliance, de coopération politique et d’aide mutuelle » entre la Grèce, la Turquie et la Yougoslavie.

La signature du Pacte balkanique et son extension à une alliance militaire, qui fut l’apogée de la collaboration tripartite entre la Grèce, la Yougoslavie et la Turquie dans le cadre du renforcement de leur défense, servit aussi les intérêts de l’Occident. Elle constitua la contrepartie de l’aide financière consistante consentie par les Occidentaux et notamment par les Américains (même la question de Trieste était liée, dans une certaine mesure, aux compensations économiques envers la Yougoslavie).

Le 15 septembre 1954, l’officiel américain R. Murphy se rendit à Belgrade et remarqua que « la pénurie de blé » en Yougoslavie « comptait plus » que Washington ne le pensait « dans les négociations sur la question de Trieste »[9].

Après la signature de l’Alliance balkanique et les accords sur Trieste, Tito, pensa qu’il avait satisfait en grande partie aux désirs des Occidentaux, et chercha à rétablir ses relations avec le bloc soviétique. En 1955, les dirigeants soviétiques se rendirent à Belgrade dans l’espoir de faire revenir la Yougoslavie dans le camp soviétique. Tito laissa ses interlocuteurs espérer. Des accords économiques avantageux pour la Yougoslavie furent signés entre Tito et Khrouchtchev. Mais la Yougoslavie choisit sciemment son chemin et ne retourna pas dans le camp soviétique. Elle évolua entre les blocs de l’Est et de l’Ouest en s’efforçant de préserver son indépendance et d’en retirer des avantages des deux côtés. Elle suivit cette voie jusqu’à sa dissolution à la fin du xxe siècle.

Les rapports gréco-yougoslaves constituent la clef de la compréhension du jeu politique et diplomatique à l’œuvre dans les Balkans et qui a été l’un des plus importants de la Guerre froide. Mes recherches se sont efforcées de suivre pas à pas ce grand jeu qui débuta au cours même de la Seconde Guerre mondiale et se termina par la dissolution de la Yougoslavie. Ces investigations ont privilégié l’étude des rapports gréco-yougoslaves de la période 1941-1956, tout en faisant référence aux périodes postérieures jusqu’à l’éclatement de la Fédération yougoslave.

Durant la guerre civile grecque, la dissidence de Tito amorça la fin du bloc soviétique dont la dissolution, quelques décennies plus tard, mit un terme à la Guerre froide. Dans ce grand jeu balkanique, se sont entremêlées la politique de l’Occident – celle des Américains surtout, mais également celles des Anglais et des Français –, la politique soviétique et celle de la Grèce reflétant, finalement, la stratégie occidentale, avec ses propres spécificités.

Tito crut pouvoir maîtriser la situation. Il eut néanmoins certains gestes qui allèrent au-delà de ses possibilités réelles. Le commandement militaire français observa que « les responsables yougoslaves menaient en permanence un jeu subtil et dangereux ». Entre les deux blocs, la Yougoslavie mena une politique sans doute au-dessus de ses moyens, « un jeu qui en politique étrangère n’était acceptable que s’il ne se prolongeait pas »[10].

L’Occident se contenta de tolérer et de renforcer le régime yougoslave, estimant qu’à la longue ce dernier servirait les intérêts occidentaux. Mais, dans le même temps, il espéra l’essoufflement du régime et sa transformation progressive.

Après le rétablissement des relations russo-yougoslaves, le Conseil national de Sécurité des États-Unis précisa les objectifs américains, à court et à long terme, à l’égard du pays de Tito de la façon suivante : maintien d’une Yougoslavie indépendante en dehors du bloc soviétique ; exportation de l’exemple yougoslave dans les autres pays satellites du bloc soviétique.

L’« objectif à long terme » des États-Unis fut de rendre au peuple yougoslave le droit d’élire démocratiquement le gouvernement de son choix, et de « participer entièrement à la communauté du monde libre »[11].

Les objectifs des Occidentaux, souvent exprimés par le biais des relations gréco-yougoslaves, furent finalement atteints. L’effondrement du bloc soviétique en Europe fit perdre à la Yougoslavie son rôle d’intermédiaire entre les deux camps adverses. Des raisons internes contribuèrent à la dissolution du pays de Tito, la Yougoslavie fédérée, que son fondateur s’était efforcé de renforcer par une tactique bien spécifique.



[1]    L’auteur de cet article est chercheur en histoire dans divers pays du monde, écrivain et journaliste. Il a soutenu une thèse, en 2009, à l’Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne, sous la direction de Robert Frank, « Le jeu mondial dans les Balkans. Les rapports gréco-yougoslaves entre 1941 et 1956 ».

[2]    Archives du Foreign Office, FO 371/44290, R7679/G, Notes manuscrites de l’ambassadeur Stevenson, 8-5-1944.

[3]    Journal de J. Zevgos, 31 août-18 octobre 1944.

[4]    FRUS, vol. IV, 1944, 860 H.01/8-3044, Murphy au Secrétaire d’État 30-8-1944, p. 1402-1403 et 860 H. 01 / 9-2344, Kirk au Secrétaire d’État, 23-9-1944, p. 1410-1411.

[5]    Archives de l’ex-Yougoslavie, SKJ, Grèce, Lettre de Belgrade à Tzimas, 7-1-1945.

[6]    Archives du ministère des Affaires étrangères français (AMAEF), Z-Europe 1944-1949, Z-499-8, vol. 40, Yougoslavie, Payart de Belgrade, télégramme du 3-1-1948.

[7]    ARHIV. Josipa Broza Tita (Archives de J.B.Tito), Belgrade, Procès verbal manuscrit de l’entretien du 21 février 1948 entre Tito-Kardelj et Zachariadis-Ioannidis.

[8]    National Archives and Records Administration (NARA), RG 263, CIA, ORE 49-48, « La tendance des relations soviéto-yougoslaves », 18-11-1949.

[9]    FRUS, vol. VIII, 1952-1954, Murphy de Belgrade, Très secret, 15-9-1954, p. 536.

[10]   Service Historique de l’Armée de Terre (SHAT), 1Q60/1, Le Secrétaire général permanent de la Défense nationale au président de la République, 9-9-1954.

[11]   FRUS, vol XXVI, 1955-1957, Rapport du Conseil national de Sécurité des États-Unis, NSC 5601, 9-1-1956, p. 702.