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Hélène Lambert, Le processus de politisation de l’enclave cubaine dans l’aire métropolitaine de Miami, 1959 à nos jours

Le processus de politisation de l’enclave cubaine dans l’aire métropolitaine de Miami, 1959 à nos jours

 

 

Bulletin n° 31, printemps 2010

 

 

 

 

Hélène Lambert

 

 

« The most charming thing about Miami […] is that no one knows what it is »[1]

 

 

Aujourd’hui considérée comme la « capitale des Amériques », Miami[2] est une ville réputée à la fois pour son cadre touristique de rêve, mais également pour sa forte population hispanique, majoritaire depuis 1990 dans le comté de Miami-Dade. Elle est plus particulièrement connue pour abriter la première communauté cubaine du pays, qui fut le véritable moteur de la ville. Les Cubains de Miami ont façonné une culture politique qui leur est spécifique. Ils ont métamorphosé la ville sur le plan économique et ont véritablement dynamisé la vie politique – embryonnaire avant leur arrivée – pour finalement en devenir l’emblème. La rencontre entre la culture politique, que les exilés ont apportée de Cuba, et les pratiques politiques américaines a produit un modèle politique original et unique. Celui-ci leur permit, dans un premier temps, de conquérir le comté de Miami-Dade et l’État de Floride, puis il influença la politique étrangère américaine de Cuba, faisant du vote cubain un enjeu important dans les élections présidentielles. Ainsi, plus qu’un haut lieu du tourisme international, Miami devint une puissante enclave qui influença l’État au point d’en faire un « swing state ». Il s’agit ici de montrer les différentes étapes de ce processus et comment s’est opéré le passage d’une ville périphérique – aux préoccupations uniquement locales –, à la création d’une ville-enclave – politiquement marquée et engagée –, cherchant à orienter et même dicter la politique américaine envers Cuba. Pour montrer le poids politique réel de cette communauté cubaine, nous allons considérer les différentes phases de la politisation de l’enclave, le décalage entre les différentes générations de Cubains et l’affaiblissement progressif de l’influence des partisans de la ligne dure contre Castro.

 

La « cubanisation » de l’aire métropolitaine de Miami

 

La révolution victorieuse de Fidel Castro à Cuba provoqua quatre grandes vagues migratoires : 1959-1962, 1973-1979, 1980 et 1994. Il convient de rappeler que Miami, et plus largement la Floride – ancienne colonie espagnole –, partagent avec Cuba une histoire remontant à la période coloniale. Devenue un état américain, la Floride ne coupa pas pour autant ses liens avec l’île. Tampa, Key West puis Miami devinrent progressivement les coulisses politiques des conflits internes de Cuba. Du fait de sa proximité avec Cuba, Miami développa des relations privilégiées avec l’île à travers son activité touristique. L’influence cubaine sur Miami fut manifeste dès les années 1930. L’accueil des exilés de la révolution castriste s’inscrivait, de ce fait, dans une longue tradition historique. Cependant à la fin des années cinquante, leur nombre n’avait jamais atteint de telles proportions. Ni les autorités locales ni le gouvernement fédéral ne purent rester indifférents à cette situation. Un tel afflux transforma la composition de la population du comté de Miami-Dade et constitua un fardeau financier pour l’État. Dans le cadre de la Guerre froide, Washington facilita non seulement l’immigration de cette population, mais développa également des programmes d’aides financières très généreux, programmes spécifiques aux Cubains soulignant le contexte idéologique de la période. Dès 1961, le Cuban Refugee Program favorisa l’intégration sociale et économique des ressortissants cubains aux États-Unis. En 1966, le Cuban Adjustment Act fut instauré et accorda automatiquement le statut de résident permanent aux exilés cubains, un an après qu’ils aient été contrôlés et admis ou paroled[3] aux États-Unis. Grâce à cette aide financière sans précédent, les exilés cubains jouèrent ainsi un rôle déterminant dans le décollage économique de la ville.

Leur arrivée modifia, en effet, les bases économiques, politiques et sociales de Miami. Ils donnèrent à cette ville le statut d’une métropole américaine, métropole marquée par le phénomène de globalisation de l’économie mondiale. De ce fait, en se référant  aux analyses de Jan Nijman[4], on peut dire que Miami est devenue la première ville américaine globale et, fondamentalement, un produit de l’Amérique. Ce développement se fit grâce à la création d’une enclave ethnique cubaine qui s’étendait d’un bout à l’autre de l’aire métropolitaine de Miami, dans laquelle les réseaux de solidarité jouèrent un rôle capital pour l’intégration des nouveaux immigrés. Cependant, une langue et une culture communes n’étaient pas suffisantes pour créer un soutien mutuel plus fort que celui des autres communautés d’immigrants. Il existait aussi

« un fort sentiment de we-ness parmi les réfugiés. Expulsés et méprisés par le gouvernement de leur pays, abandonnés au cours de l’expédition de la Baie des cochons par un gouvernement supposé leur être favorable, marchandés pendant la crise des Missiles, ridiculisés par les intellectuels d’Amérique latine qui les ont relégués dans les poubelles de l’histoire, les exilés n’avaient pas d’autre choix que de se replier sur eux-mêmes »[5].

 

Être un Cubain à Miami n’était pas suffisant, il fallait, de plus, adopter les points de vue de la communauté. Le sentiment de détenir la vérité et d’avoir peu d’alliés avec qui la partager renforçait les liens sociaux et l’isolement. Cet isolement, bien plus que la langue et la culture, définissait leur identité communautaire et fut à l’origine de la solidarité de leur groupe. Cela explique, notamment, la préférence donnée au recrutement de compatriotes dans les entreprises cubaines. Les limites physiques de cette enclave n’étaient pas définies puisque les entreprises cubaines étaient dispersées dans l’ensemble de l’aire métropolitaine. De même, ses frontières sociales étaient floues : « Le Miami cubain n’est pas une collection de quartiers urbains. C’est un barrio[6] sans frontières, parce qu’il s’agit d’un état d’esprit et d’un réseau de relations qui s’entremêlent du sud de la Floride jusqu’à Cuba elle-même »[7]. Les Cubains ont été capables de construire un puissant barrio et de redéfinir ainsi entièrement la ville. Pour les autres Latinos, le barrio était un lieu de survie mais pour les Cubains, c’était un moyen de prospérer. De plus, contrairement aux autres immigrants hispaniques qui, une fois installés dans des banlieues de classe moyenne rompaient les liens existant entre eux et le barrio, les Cubains restèrent fidèles les uns envers les autres. Ils continuèrent, par exemple, à fréquenter les mêmes commerces et concessionnaires automobiles même si cela signifiait retourner sur la Calle Ocho pour faire ses achats.

 

Le processus de politisation de l’enclave cubaine

 

Le succès économique de l’enclave permit aux exilés d’acquérir une forte influence au sein du comté. Cette réussite économique fut favorisée par un contrôle social très fort des leaders de l’exil sur leur communauté. Le nombre croissant des Cubains émigrant à Miami, au cours des vagues migratoires, renforça considérablement leur poids démographique dans le sud de la Floride. Une fois le processus de naturalisation entrepris, leurs ressources économiques et leur visibilité dans la région eurent un impact déterminant sur la vie politique de Miami, de son comté et de l’État lui-même.

 

Il faut rappeler que l’unique priorité des militants cubains était la libération de Cuba. Ils pensaient d’ailleurs que leur exil aux États-Unis serait de courte durée. Tour à tour, entraînés par la CIA pour envahir Cuba au cours de l’expédition de la Baie des cochons et militants autonomes agissant de leur propre chef pour combattre Castro, leur changement de statut fut le résultat d’un revirement de la politique américaine envers Cuba après la crise des Missiles en 1962. Le gouvernement fédéral ne fut pas capable de démanteler un réseau d’exilés qu’il avait contribué à façonner. Ces militants réagirent violemment à chaque tentative d’ouverture des États-Unis envers le gouvernement cubain, en particulier pendant la période de détente mise en place par Jimmy Carter. Pour marquer leur opposition à ce mouvement, ils usèrent de violence pour bloquer tout changement sur la question cubaine, n’hésitant pas à s’en prendre aux membres de leur propre communauté. Ils contribuèrent ainsi à instaurer un climat de terreur à Miami, marqué par l’intransigeance politique et le conservatisme. Les années 1980 constituent un nouveau tournant.

 

Alors que les exilés militants s’étaient opposés à la participation des émigrés cubains à la politique américaine, une nouvelle tendance vit le jour. Les Cubains étaient pris dans le dilemme suivant : devaient-ils continuer à attendre ou devaient-ils s’installer à Miami ? « Il leur fallut quinze ans pour répondre à cette question, rapporte l’ancien éditeur du Nuevo Herald, Roberto Fabricio. Prendre conscience qu’il en serait ainsi, que nous resterions [à Miami], n’eut pas lieu avant le milieu des années 1970 »[8]. Et même lorsque la décision de rester fut prise, cela leur prit encore plus de temps pour se tourner vers le nord, vers Tallahassee et Washington. Pour les Cubains de Miami, La Havane était beaucoup plus familière idéologiquement et géographiquement que ne l’étaient les capitales de l’État et des États-Unis. Fabricio disait à leur propos qu’ils pouvaient citer beaucoup plus facilement le nom des membres du Comité central du parti communiste cubain que celui du gouverneur de la Floride. 

 

Dans les années 1960, les Cubains restèrent largement à l’écart de la politique américaine. Mais des besoins matériels existaient, comme par exemple la nécessité d’obtenir des licences pour permettre aux médecins cubains d’exercer aux États-Unis et offrir ainsi de meilleurs services sociaux à la population cubaine de Miami. Alfredo Duran, leader de la communauté exilée et ancien combattant de la Baie des cochons, confia lors d’une interview : « Nous pensions que le meilleur moyen de véhiculer ces idées passait par le processus politique »[9]. Ainsi, entre 1973 et 1980, une nouvelle attitude cubaine-américaine émergea, exprimée par une génération de Cubains-Américains qui commençait à remettre en question la position des exilés opposés à toute participation à la politique américaine locale. Cependant, ces jeunes Cubains-Américains étaient conscients du fait que pour mobiliser les exilés, ils devaient manifester leur intérêt pour Cuba. Ainsi la question cubaine devint un sujet capital des campagnes électorales dans la région. Pour être élu maire de Miami ou maire du comté, il fallait se concilier le vote cubain et donc adopter la ligne dure des exilés. Désormais, la politique étrangère fut prise en compte aussi lors des élections locales.

 

De plus, face à l’importance du bloc électoral cubain au sein de l’État de Floride, Cuba devint un thème de campagne en soi. La formation, en 1981, d’un puissant lobby cubain, la Cuban American National Foundation (CANF), fut une preuve de l’intégration des pratiques politiques américaines au sein de la communauté cubaine. À ses débuts, la CANF devait servir d’organe de propagande. Elle avait pour but d’influencer l’opinion publique et le Congrès, quant au danger représenté par Cuba. Cette organisation, fondée sur le même modèle que le lobby juif, l’American Israël Public Affairs Committee, était

« une organisation à but non lucratif dévouée au recueil et à la propagation de données concernant les questions économiques, politiques et sociales du peuple sur l’île et en exil. La Fondation supporte le concept d’un Cuba libre et démocratique et promeut une vision objective de Cuba et des Cubains et une évaluation objective du gouvernement cubain et de ses politiques »[10].

Elle se présentait donc comme non violente et politiquement non partisane.

 

Dirigée par Jorge Mas Canosa, cette fondation ne payait pas d’impôts, était financée par ses membres – très riches – qui lui versaient chaque année entre 5 000 et 10 000 dollars. Le Congrès des États-Unis la finança également grâce à la création, en 1983, du National Endowment for Democracy.  Elle recevait plusieurs autres subventions du gouvernement fédéral chaque année. Le véritable but de la CANF était de maintenir le blocus contre Cuba et d’empêcher toute tentative de rapprochement entre les deux pays, et ce lobbying lui permit de garder longtemps une majorité du Congrès opposée à tout assouplissement de l’embargo. Les membres de la Fondation comptaient également se servir du pouvoir économique de la communauté exilée cubaine pour financer les campagnes électorales de candidats favorables à la « cause cubaine ».

La CANF développa un réseau d’influence très étendu, remontant jusqu’aux plus hautes sphères de Washington. Elle joua un rôle essentiel au sein de la politique américaine, notamment au moment des élections présidentielles. Elle aida les candidats, qui soutenaient sa politique à l’égard de Cuba, par de très fortes donations financières. Ainsi, la Fondation dicta jusqu’en 1997 – date de décès de son fondateur Jorge Mas Canosa – son propre programme à Washington. La scission de l’organisation, en 2000, montra de façon claire un changement. Plusieurs membres de la Fondation, des hard liners[11], créèrent une nouvelle organisation. Le successeur de Canosa, Jorge Mas Santos, son fils, s’exprima en faveur d’une normalisation des relations avec le gouvernement cubain. Certes, l’organisation n’avait plus rien à voir avec ce qu’elle était du temps de Canosa, elle perdit en influence mais elle contribua, malgré tout, à l’élection de George W. Bush en 2000. Aussi, les restrictions imposées par l’administration de ce dernier, en 2004, furent très mal perçues par la communauté cubaine. La campagne présidentielle de 2008 montra nettement que le temps était au changement. À Cuba, les réformes entreprises par Raul Castro s’orientaient vers une plus grande souplesse du régime, et en Floride, ce changement fut perceptible du fait même qu’un candidat à la présidence des États-Unis, Barack Obama en l’occurrence, pouvait annoncer, devant l’audience de la CANF, qu’il comptait entreprendre des négociations avec Raul Castro et que la politique de Bush était un échec. Ce genre de discours aurait été très mal reçu dans les années 1980-1990, et aucun candidat ne s’y serait risqué. Mais Mas Santos lui-même avait officiellement soutenu Obama dont la politique cubaine semblait plus en phase avec les nouvelles attentes de la Fondation et de la communauté cubaine.

 

L’élection de Barack Obama ou l’espoir du changement

 

L’élection du 4 novembre 2008 a souligné la division du vote cubain en fonction des générations. Alors que les premiers exilés (âgés de 65 ans et plus) votaient traditionnellement républicain, les générations plus jeunes choisirent le parti démocrate. Le poids des autres Hispaniques du comté et des Afro-Américains, votant eux-mêmes majoritairement démocrate, explique que Barack Obama ait pu remporter le comté de Miami-Dade qui avait permis la victoire de G. W. Bush. Cette élection mit à jour une tendance – le glissement des Cubains-Américains du parti républicain vers le parti démocrate – qui devrait se renforcer dans les années à venir en raison de la relève générationnelle. Notons qu’auparavant il n’y avait pas de véritables différences entre les politiques démocrate et républicaine sur le dossier cubain. Aucun candidat, aucun président ne s’était placé en rupture totale avec la ligne dure des exilés. Cependant, la réélection des trois membres républicains et cubains-américains du Congrès – Ileana Ros-Lehtinen et les frères Diaz-Balart – mit en évidence que la volonté de rompre avec la ligne dure ne fut pas totale. Pour certains, cette réélection doit être interprétée comme une sorte d’assurance prise après l’élection d’Obama, élection qui s’est tenue dans un contexte de crise économique.

Malgré les promesses de changement d’Obama envers Cuba, l’évolution a été lente. Le 13 avril 2009, à la veille du Ve Sommet des Amériques tenu à Trinidad-et-Tobago, Barack Obama assouplit les sanctions économiques contre Cuba, en levant les restrictions affectant les Cubains vivant aux États-Unis. Désormais, ces derniers pouvaient se rendre dans leur pays d’origine aussi souvent qu’ils le souhaitaient et effectuer des transferts de fonds illimités à leurs familles. Au cours du sommet, Obama avait fait part de sa volonté de rechercher « une nouvelle approche avec Cuba »[12]. Pourtant, dès la fin du Sommet, la Maison-Blanche changea de ton. Le 19 avril 2009, David Axelrod, conseiller politique du président, nota que le gouvernement ne lèverait pas les sanctions économiques immédiatement. « Nous en sommes encore loin », a-t-il déclaré à la chaîne de télévision CBS.

De son côté, Raul Castro a répété sa disposition à dialoguer avec Washington sur n’importe quel sujet y compris les droits de l’homme, les prisonniers politiques et la liberté de la presse, à condition que cela se fasse sur une base d’égalité, de réciprocité et de non-ingérence. Notons également que le lendemain de sa prise de fonction, Obama a signé le décret de fermeture de Guantanamo dans le bureau ovale, entouré de militaires à la retraite, après une réunion sur la politique d'interrogatoire et de détention des personnes suspectées de terrorisme. Néanmoins, le 20 mai 2009, ce fut à la quasi-unanimité (90 voix contre 6) que le Sénat, pourtant à majorité démocrate, repoussa le projet de loi qui devait consacrer 80 millions de dollars (58 millions d’euros) à la fermeture de Guantanamo. Les élus, qui étaient sur la même ligne que leurs homologues de la Chambre des représentants, réclamèrent un plan plus détaillé concernant le sort des 240 détenus encore emprisonnés. Officiellement, les élus démocrates restèrent favorables à la fermeture de la prison avant le 22 janvier 2010. Cependant, à ce jour, elle n’est toujours pas fermée, plus d’une centaine de détenus sont toujours en attente d’être transférés tandis que quelques dizaines d’autres attendent d’être jugés par des tribunaux civils sur le territoire des États-Unis. De plus, les récents événements à Cuba – la mort d’un prisonnier politique après une grève de la faim de quatre-vingt-trois jours et une manifestation des Ladies in White[13] violemment interrompue par des civils « pro-gouvernement » et les forces de sécurité – ont renforcé la position des hard liners. Ileana Ros-Lehtinen, Lincoln et Mario Diaz-Balart ont publié un communiqué de presse commun dans lequel ils remerciaient le président Obama pour son soutien envers le peuple cubain et pour avoir officiellement reconnu l’aggravation de la répression par le « dictateur cubain ».

 

Les changements politiques promis sont cependant bel et bien en cours, mais ils apparaîtront sans doute plus clairement à la fin du mandat d’Obama. Il est néanmoins intéressant de constater que la levée des restrictions de 2004 était, en réalité, perçue par les républicains cubains comme une menace de leur statut d’exilé. Marco Rubio, ancien speaker de la Chambre des représentants de Floride et candidat au Sénat pour 2010, expliqua, en 2008, que les Cubains arrivant à Miami en provenance de Cuba ne restaient que pour une durée limitée sur le sol américain, avant de pouvoir retourner à Cuba. D’après lui, cette situation menaçait la viabilité du Cuban Adjustment Act, car les lois américaines donnaient aux Cubains venant aux États-Unis un statut spécial d’exilés politiques, et non d’immigrants. « Qu’est-ce qui rend les Cubains différents des Haïtiens qui viennent ici ou de toute autre population s’ils vont et viennent, c’est-à-dire s’ils ne sont pas des exilés ? Dans ce cas, pourquoi est-ce que les Cubains seraient différents ? »[14]. Rubio affirma que ni Washington ni la communauté cubaine exilée ne pouvaient accepter que leur exil politique se transforme en migration économique. Pour eux, le maintien de l’embargo et de ses restrictions était nécessaire pour préserver le statut d’exilés des Cubains aux États-Unis.

Ainsi, pour une partie de la communauté cubaine de Floride, leur identité reste étroitement liée aux sanctions imposées contre leur pays d’origine. L’exil a défini leur statut aux États-Unis, et le changement promis par Obama remet en cause leur place dans le pays. Ceci est caractéristique de l’importance d’une culture de l’exil, active depuis cinquante ans au sein de la communauté. Paradoxalement, le jour où le régime de Castro touchera à sa fin, la communauté perdra son principal moteur d’action.



[1]    « The most charming thing about Miami, (John Keasler, a Miami Neius columnist, told me during one of my first visits there), is that no one knows what it is. », in Maurice O'Sullivan and Jack C. Lane (eds), The Florida Reader: Visions of Paradise from 1530 to the Present, Sarasota, Pineapple Press, 1991, p. 254.

[2]    Cet article est un résumé du mémoire réalisé dans le cadre d’un Master 2, sous la direction d’Annick Foucrier, « Le processus de politisation de l’enclave cubaine de l’aire métropolitaine de Miami, Floride, 1959-2008 », soutenu en 2009 au Centre de recherches d’histoire nord-américaine de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

[3]    Le paroled status signifie qu’un étranger a reçu l’autorisation temporaire d’être aux États-Unis. Ce statut ne constitue pas une admission officielle dans le pays. Dès que l’autorisation de séjourner dans le pays expire, l’étranger doit quitter le pays à moins d’être admis sous un statut légal. Voir Ruth Ellen Wasem, « U.S. Immigration Policy on Permanent Admissions », CRS Report for Congress, 18 février 2004. [En ligne, consulté le 17 mai 2009 et le 25 février 2010 : http://fpc.state.gov/documents/organization/31352.pdf].

[4]    Jan Nijman est le directeur du programme d’études urbaines à l’Université de Miami et un membre élu du National Geographic Society Committee for Research and Exploration. Cf. Jan Nijman, « The Paradigmatic City », Annals of the Association of American Geographers, Vol. 90, 1, 2000, p.135-145.

[5]    « (…) a strong sense of  “we-ness”  among these refugees. Expelled and despised by the government of their country, abandoned at the Bay of Pigs by a supposedly friendly government, traded off during the Missile Crisis, ridiculed by Latin American intellectuals who confined them to the dustbin of history, the exiles had little to fall back on but themselves », Alejandro Portes, Alex Stepick, City on the Edge: The Transformation of Miami, Berkeley, University of California Press, 1993, p. 135.

[6]    Barrio signifie « quartier » en espagnol. Mais aux États-Unis, il s’agit d’un quartier ethnique où vit une population essentiellement d’origine hispanique, pauvre et issue de la classe ouvrière.

[7]    « Cuban Miami is not a collection of urban neighborhoods. Cuban Miami is a barrio without borders because it is a frame of mind and a network of relationships that is interwoven throughout South Florida and that stretches across the water down to Cuba itself », in Roberto Suro, Strangers Among Us, New York, Vintage Books, 1999,  p. 160-161.

[8]    « It took them fifteen years to decide that question, Roberto Fabricio, the former editor of the Miami Herald’s Spanish editor, El Herald, says. The realization that this might be it, we’re staying, didn’t come until the mid-seventies », Thomas Weyr, Hispanic U.S.A. Breaking the Melting pot, New York, Harper & Row Publishers, 1988, p. 153.

[9]    Miguel Gonzalez-Pando, The Cuban Americans, Westport, Greenwood press, 1998, p. 78. 

[10]   Thomas Weyr, Hispanic U.S.A. Breaking the Melting pot, New York, Harper & Row Publishers, 1988, p. 29 et p. 153. 

[11]   Les hard liners sont les partisans de la ligne dure contre Castro. Ils sont fermement opposés à tout rapprochement avec le gouvernement cubain de quelque nature qu’il soit.

[12]   « Obama Seeks ‘New Beginning’ With Cuba », The Associated Press, 17 avril 2009.

[13]   Les Ladies in White sont des femmes ou des proches de dissidents politiques emprisonnés par Castro.

[14]   « What makes Cubans different from Haitians who come here or anyone else, if they go back and forth, that is to say, if they’re not exiles at all? In the case, why should Cubans be any different? », David Rieff, « Will Little Havana Go Blue », New York Times, 13 juillet 2008.