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Étienne Forestier-Peyrat, À l’Orient de tout : orientalisme et nationalisme dans l’Ukraine au début du XIXe siècle

À l’Orient de tout : orientalisme et nationalisme dans l’Ukraine au début du XIXe siècle

 

 

Bulletin n° 31, printemps 2010

 

 

 

Étienne Forestier-Peyrat

 

 

En janvier 1846, deux ans avant le Printemps des peuples d'Europe centrale[1], le premier mouvement du nationalisme ukrainien moderne se forme[2]. Il s'agit d'une association, semi-clandestine, nommée Confrérie des Saints Cyrille et Méthode. Dirigée par un poète, Taras Chevtchenko, et un historien, Mykhaïlo Kostomarov, elle comprend de jeunes intellectuels qui ébauchent une vision romantique de la nation ukrainienne. Si cette genèse du nationalisme ukrainien n'a pas les répercussions concrètes que lui ont prêtées ses hagiographes, elle exprime les deux thèmes qui dominent le nationalisme ukrainien au xixe siècle.

Le premier de ces thèmes est celui de la frontière. Partant d'un constat historique, qui veut que l'Ukraine ait toujours été la frontière d'un empire ou d'un autre[3], les premiers nationalistes cherchent à conférer un sens positif à cette notion de frontière. Le fait d'être une frontière devient l'élément central de l'identité nationale ukrainienne grâce à trois renversements[4]. Premièrement, la notion de frontière s'affranchit de la référence à une entité supérieure dont elle serait, justement, la frontière, pour devenir un en-soi, synthèse de toutes les frontières que l'Ukraine a été dans l'histoire. Deuxièmement, la frontière devient nationale et ethnique plutôt que politique. La frontière n'est plus conçue alors comme la ligne séparant deux pouvoirs politiques, mais comme la zone où se décantent des langues, des peuples, des cultures. Troisièmement, la frontière s'intellectualise. Il ne faut pas entendre par là qu'elle perd de sa réalité – au contraire –, mais qu'elle départage des ensembles de plus en plus retravaillés par la pensée. La frontière ne fait pas que séparer des ensembles différents, mais aussi égaux en nature – comme deux nations ou deux pays. Rupture radicale, elle met en contact des segments incommensurables. À la frontière de la nation ukrainienne – pensée comme concrète – ne commencent pas d'autres nations, mais de grandes entités fantasmatiques, l'Orient et l'Asie[5].

Le second de ces thèmes, plus fondamental encore, est celui de l'Orient. Confrontés à des difficultés pour définir une identité culturelle, linguistique et religieuse ukrainienne, les intellectuels de la Confrérie élaborent une définition de l'Ukraine par la négative, car ce que l'Ukraine combat compte autant que ce qu'elle est positivement. Les multiples rapports historiques de l'Ukraine avec l'Orient sont alors invoqués : Byzantins, Khazars, Turcs, Tatars, Ottomans, Mongols, etc. Parce qu'il s'articule autour du concept d'Orient[6], le discours nationaliste ukrainien du xixe siècle relève de l’orientalisme, mais un orientalisme lié à une forme de pouvoir : il ne s’agit pas de pouvoir sur des peuples « orientaux », comme dans le cas des orientalismes français, anglais ou russe, mais de pouvoir sur soi-même. C'est donc un orientalisme complexe, offrant plusieurs visages de l'Orient selon les circonstances, s’assimilant à la liberté des peuples turcs, cherchant des modèles spirituels dans l'Empire byzantin ou encore dénonçant le tatarisme des Russes. Ces variations ne servent en fait qu’un seul but : définir l'identité ukrainienne, l'Orient étant en réalité le point fixe, extrinsèque, du nationalisme ukrainien[7].

Pour exposer cette théorie, on s'appuiera sur trois moments du nationalisme ukrainien au xixe siècle. La première moitié du siècle, qui permet de comprendre l'importance du thème de l'Orient dans le discours national ukrainien ; les années 1870-1880, où les différentes figures de l'Orient se distinguent progressivement ; la fin du xixe siècle, enfin, où l'historien Mykhaïlo Hrushevs'ky élabore une théorie générale du destin de l'Ukraine, fondée sur le rapport à l'Orient.

 

D'un orientalisme russe au nationalisme ukrainien (1820-1861)

 

Dans la première moitié du xixe siècle, le nationalisme ukrainien consiste essentiellement en une riposte au regard que les Russes portent sur l'Ukraine. Et c'est en réaction à une forme d'orientalisme russe à leur encontre, que les Ukrainiens construisent d'abord leur nationalisme.

L'Ukraine entre dans la littérature et la conscience russe à travers l'exotisme, au même titre que d'autres régions comme la Crimée, le Caucase ou la Sibérie. Dans les années 1820-1830, Pouchkine écrit La fontaine de Bakhchisaraï (1824), Gogol rédige ses Soirées à la ferme près de Dikanka (1831-1832)[8] et Lermontov Un héros de notre temps (1839). Rudy Panko, le narrateur gogolien, met l'accent sur les différences entre la Russie et l'Ukraine, cette dernière étant considérée comme le pays des sorcières et des démons, du diable et de la superstition. Pour l'élite russe éclairée, l'Ukraine ressortit à une forme d'arriération culturelle semblable à celle qui frappe les peuples caucasiens ou musulmans. Depuis la conquête de la Crimée, en 1774, l'Ukraine se trouve d'ailleurs sur la route qui mène de Saint-Pétersbourg à une ancienne terre ottomane. Le voyage que Catherine II effectue en 1787 jusqu'en Crimée, en passant par Kiev et en descendant le Dniepr – avec l'épisode fameux des villages de Potemkine – marque les esprits et fait de l'Ukraine la première étape sur la « route de l'Orient »[9]. Les voyageurs français qui assistent à ce voyage, comme le comte de Ségur, en témoignent :

« L'œil étonné y voyait à la fois une cour somptueuse, une impératrice conquérante, une riche et belliqueuse noblesse, (...) ces fameux Cosaques du Don richement vêtus à l'asiatique, (...) des Tartares autrefois dominateurs de la Russie et maintenant humblement soumis au joug d'une femme et d'une chrétienne, un prince de Géorgie portant au pied du trône de Catherine les tributs du Phase et de la Colchide ; plusieurs envoyés de ces nombreuses tribus de Kirghis, peuple nomade, guerrier, souvent vaincu, jamais dompté ; enfin ces sauvages Kalmoucks, véritable image de ces Huns dont, jadis, la difformité inspirait autant d'effroi à l'Europe que le redoutable glaive de leur féroce monarque Attila »[10].

 

Jusqu'aux années 1830, les Russes vont construire une image de l'Ukraine éminemment paradoxale, à la fois le réceptacle de traditions slaves authentiques, comme Petite-Russie, mais aussi le lieu où l'Orient s'exprime dans tout son éclat. La figure des Cosaques, exploitée dans les poèmes épiques de Pouchkine ou chez Gogol, condense cette ambiguïté : héros du monde russe, ces cavaliers n'en sont pas moins proches des nomades turcs et mongols par leurs mœurs et leur rudesse. La nouvelle de Lermontov Taman' réunit ces deux aspects à travers l'idée du seuil. La tonalité fantastique de ce récit, qui se déroule dans un village de pêcheur de la mer d'Azov, repose sur l'idée que l'Ukraine est un seuil entre l'Orient et l'Occident où les identités se défont.

La confusion entre l'Ukraine et l'Orient est un des facteurs explicatifs de l'éveil du nationalisme ukrainien, à partir des années 1840. À travers le motif de la steppe ukrainienne, l'historien Vasyl' Sypovs'ky montre l'ambivalence de ce regard : les Ukrainiens de la steppe sont alternativement décrits comme des colons russes faisant avancer le « coeur » de l'Empire et comme des sauvages semblables aux Tatars et aux Kalmouks à cause de leur éducation[11]. Selon une caractérisation duale des peuples, qui les classe selon leur rapport au sol et au paysage, l'Ukrainien n'a pas de situation stable. Il oscille au gré des circonstances entre l'appellation de Bodenpfleger et celle de Bodenräuber[12]. Dans un texte consacré à l'image de l'Ukraine dans les revues russes entre 1790 et 1860, Paul Bushkovitch reprend cette idée. Pour Bushkovitch, le regard posé par des conservateurs russes – comme Boulgarine ou Pogodine – sur l'Ukraine, consiste, sur le fond, à les considérer comme une partie de la Russie ethnique et, sur la forme, à les traiter comme une partie de l'espace sauvage oriental conquis par l'Empire. L'Ukraine ne renvoie pas les Russes à eux-mêmes, l’Ukraine… c’est l’Autre. Sorte de cabinet des curiosités, de conservatoire ou de zoo, l'Ukraine symbolise un état antérieur de la slavité orientale.

De la sorte, la double focale slave et orientale légitime la possession russe de ce territoire. En tant que descendante de la Rus', l'Ukraine doit être possédée par la Russie, c'est-à-dire intégrée ; et en tant qu’entité orientale, l'Ukraine doit aussi être possédée par la Russie, c'est-à-dire dominée[13]. Alors que, dans les premières années, la plupart des Ukrainiens participent volontiers à la redécouverte de cet héritage ukrainien – heureux de cet intérêt renouvelé pour leur territoire –, ils s'en détachent cependant à partir des années 1830. Car pour l'intelligentsia ukrainienne naissante, qui se considère comme l'héritière d'une longue tradition de contacts culturels et politiques avec l'Europe occidentale, la double assimilation à la Russie et à l'Orient est humiliante. Dans un renversement de position, elle va donc considérer l'identité ukrainienne comme distincte à la fois de la Russie et de l'Orient, dont il est essentiel de se différencier pour se soustraire au regard russe. L'attitude russe envers l'Ukraine permet de comprendre pourquoi, dans la rhétorique nationale ukrainienne, les discours sur la Russie et sur l'Orient – dans une optique « d'émancipation nationale » – sont intrinsèquement liés. S'émanciper de la Russie, c'est se distinguer de l'Orient ou, en d’autres termes, il faut se libérer de la Russie pour ne plus être assimilé à l'Orient.

Les membres de la Confrérie des Saints Cyrille et Méthode vont être les premiers à insister sur cette distinction. Le manifeste de la Confrérie, le Livre de la genèse du peuple ukrainien (1846), s'inspire dans sa forme des Księgi narodu polskiego i pielgrzymstwa polskiego de Mickiewicz qui paraissent à Paris en 1833 (Le livre des pèlerins polonais, Paris, E. Renduel). Sur le plan des idées, il est surtout proche du confédéralisme tchèque développé par Kollár et Šafařík[14]. Un extrait montre l'exemple qui y est fait de la figure de l'Orient. Au milieu du texte, qui se veut un rappel de l'histoire de la Chrétienté et des Slaves, apparaît la phrase suivante :

« Les Grecs, ayant reçu la grâce divine, la souillèrent, car ils acceptèrent la foi nouvelle, mais ne dépouillèrent pas le vieil homme avec ses passions et ses désirs brutaux, ils conservèrent l'empire, la noblesse, l'arrogance tsarienne et l'esclavage ; et le Seigneur les punit ; l'empire grec alla en dépérissant pendant mille ans, jusqu'à ce qu'il mourût tout à fait et tombât entre les mains des Turcs »[15].

 

Dans le discours national ukrainien, les Byzantins sont une figure extrêmement importante. L'assimilation faite par les historiens russes de l'époque entre Moscou et Byzance – et en particulier entre la foi russe et la foi byzantine – autorise des doubles discours. Dénoncer les Grecs comme des impies, comme les héritiers de Babel, c'est, par ricochet, accuser la Russie. Ici, l'homme grec rassemble tous les défauts de l'homme oriental, adepte des passions, du despotisme et de l'esclavage. Sa soumission ultime aux Turcs ne fait que révéler sa vraie nature, asiatique. Implicitement, c'est le Russe, si soucieux de ressembler aux Byzantins, qui est rejeté dans le camp de l'Orient. À travers la description de la ruine de l'Empire grec, le Livre illustre la manière dont l'Orient est une source de comparaison, dont l'invocation permet de tenir un double langage. Le discours sur l'Orient ne vise pas tant à prendre un pouvoir sur lui qu'à être utilisé au sein de polémiques intérieures. L'Orient n'intéresse pas par ce qu'il est, mais par ce qu'il permet de dire en termes codés.

La dissociation nette entre un Orient russe et une Ukraine civilisée, européenne, apparaît en 1861, dans un article publié par Mykhaïlo Kostomarov dans la revue Osnova. Après la dissolution de la Confrérie des Saints Cyrille et Méthode, en 1847, et l'exil de ses membres par le comte Orlov, cette revue est la première initiative pour relancer une vie intellectuelle ukrainienne. Publiée à Saint-Pétersbourg, elle est organisée autour de l'écrivain Panteleïmon Kulich. Dans cet article de 1861, intitulé « Deux nations russes »[16], Kostomarov soutient que les Ukrainiens, ou Petits-Russes, sont les vrais héritiers de la Rus' médiévale et que les Russes, ou Grands-Russiens, sont en fait les descendants spirituels des conquérants mongols. En des termes très fichtiens, il montre que les Ukrainiens sont demeurés fidèles à leur patrie originelle[17], en restant sur le sol russe traditionnel, tandis que les Russes ont préféré s'aventurer dans les terres sauvages du Nord et de l'Est. Il oppose l'appétence des Ukrainiens pour la liberté, l'élection des chefs, à la prédilection russe pour le despotisme. Il associe ces traits politiques à des structures économiques : le mir russe – où chaque membre serait écrasé par la communauté – est opposé à la hromada ukrainienne, libre association de propriétaires terriens. Il s'intéresse également au champ religieux, où l'attention russe portée à l'orthopraxie et au rite lui semble un avatar des religions orientales[18]. Tous ces couples délimitent un champ chrono-géographique de la modernité européenne – qui se termine en Ukraine –, et de l'arriération asiatique – qui commence en Russie.

 

L'Orient comme miroir (années 1870-1880)

 

Dans les années 1870-1880, les usages de l'Orient dans le discours national ukrainien se recomposent. Une nouvelle vision se crée et voit, dans certaines régions de l'Orient, un miroir, développant l'idée d'une communauté de destins entre la nation ukrainienne et certaines nations orientales. Un tel renversement de vue exige des circonstances historiques bien particulières : d'une part, le séjour en exil dans des provinces orientales de l'empire tsariste de nombreux nationalistes ukrainiens ; d'autre part, la guerre de 1877-1878 et la question des « atrocités bulgares », selon le mot de Gladstone, qui met en cause la question des valeurs morales de l'Orient et de l'Occident.

En ce qui concerne le lien entre l’exil et le contact avec l'Orient, la personnalité la plus emblématique est celle du scientifique et polymathe Mykola Hulak, membre de la première heure de la Confrérie des Saints Cyrille et Méthode. Envoyé en exil dans le Caucase, il enseigne au lycée de Tbilissi entre 1867 et 1886, avant de prendre sa retraite dans un village d'Azerbaïdjan où il finit sa vie[19]. Au cours de son séjour, il apprend de nombreuses langues du Caucase et s'intéresse particulièrement à la littérature géorgienne. Le 15 mars 1884, il prononce à Tbilissi une conférence sur L'homme à la peau de tigre, épopée classique des Géorgiens, écrite par Chosta Roustaveli au xiie siècle. Il s'attache à montrer que cette œuvre n'est pas une simple imitation de poèmes persans, arabes ou indiens, mais l'expression d'un génie proprement national :

« L'épopée perse Visa et Ramin existe depuis longtemps dans une variante géorgienne, où elle apparaît sous le titre de Visramani, mais est-elle devenue pour autant un bien commun aux masses ? Non. En revanche, les paysans géorgiens connaissent par cœur des milliers de vers de L'homme à la peau de tigre et les aphorismes qui s'y trouvent sont répétés par de nombreuses personnes pour qui le nom de Roustaveli ne signifie rien. Je ne connais que Chevtchenko, en Ukraine, pour avoir obtenu une telle reconnaissance populaire et pour avoir fait de ses vers, de son vivant, la matière de chansons nationales... Aucune nation ne fait d'un élément étranger le cœur de son identité, seuls les conquérants se livrent à un tel pillage et jamais ils ne sont l'incarnation du peuple... »[20].

 

La comparaison entre Roustaveli et Chevtchenko revèle l'usage que fait Hulak de son étude des littératures orientales. Étudier et défendre des langues et des littératures mineures ou minoritaires, comme celles du Caucase, revient à embrasser la cause de l'Ukraine, elle aussi opprimée. À un ami qui lui reproche de ne pas avoir écrit d'article pour Osnova, il rétorque :

« Si l'exil a redoublé mon ardeur au travail, si je me consacre entièrement à l'étude du Caucase, c'est que je me sens obligé, en tant que savant et patriote, de rendre à ces peuples leur honneur. La liberté que nous avons perdue sur notre sol, je la retrouve dans ces littératures. [...] C'est lors de son exil dans le Sud que Pouchkine écrivit ses plus beaux poèmes. De même, jamais l'Ukraine n'a plus occupé ma pensée que depuis mon arrivée à Tbilissi »[21].

 

L'engagement pour les peuples caucasiens apparaît indissociable du patriotisme ukrainien, car leur destin historique est finalement le même. Soumis à la domination russe, ils aspirent à une émancipation commune.

Hulak met en place un élément qui va devenir central dans l'historiographie nationale ukrainienne : l'idée qu'aucune histoire de l'Ukraine n'est possible sans histoire de l'Orient, tout au moins des peuples turcs et caucasiens[22]. Il va ainsi chercher dans les sources orientales des preuves de l'existence, de longue date, du peuple ruthène, ancien nom des Ukrainiens. La littérature persane d'Azerbaïdjan lui fournit un matériau considérable. Il écrit ainsi un article sur un épidode de l'Iskandername de Nizami, écrivain persan du xiie siècle. L'article se concentre sur un passage qui décrit la prise de la ville de Berda par les Russes[23]. Hulak affirme que les « Russes » décrits dans le texte sont en fait des Ruthènes. Des descriptions que donne Nizami, il tente de déduire les traits culturels et ethniques des ancêtres des Ukrainiens actuels. Ainsi, le passage par les auteurs orientaux apparaît comme un moyen de reconstituer sa propre identité nationale. Ce détour par l'Orient, comme vecteur du nationalisme ukrainien, est confirmé par la troisième grande activité de Hulak, parallèle à l'étude philologique et à l'histoire, la traduction. Dans son étude sur la traduction littéraire ukrainienne, Maksym Strikha montre comment elle a contribué au développement d'une langue et d'un sentiment nationaux[24]. Hulak traduit ainsi en ukrainien L'homme à la peau de tigre, et l'épopée persane Leili ve Majnun de Fizouli. Il demande ensuite, non sans ironie, à son cousin Navrots'ky de les traduire de l'ukrainien vers le russe. Par là même, il renverse l'ordre hiérarchique institué, en plaçant la langue ukrainienne à un degré supérieur vis-à-vis du russe, puisque langue-source d'une traduction. Symboliquement, la culture russe doit passer par l'ukrainienne pour accéder aux textes de l'Orient ancien ou du Caucase.

 

Au-delà de l'importance de l'exil au Caucase ou en Asie centrale, pour Chevtchenko – dans la redécouverte positive de l'Orient – la crise balkanique de 1876-1878 accentue la distinction entre un Orient auquel on peut s'assimiler et un Orient négatif. La presse russe des années 1870 se fait le lieu d'une dénonciation féroce de la barbarie ottomane dans les Balkans. Pogodine dénonce les « terribles barbares asiatiques » dans ses discours et Dostoïevski, dans ses Carnets d'un écrivain, décrit le massacre de « soixante mille pacifiques Bulgares »[25]. Pour les nationalistes ukrainiens, il n'est pas question de minorer les souffrances des Slaves des Balkans, mais de montrer que les Russes, si prompts à dénoncer la barbarie turque, n'ont pas de leçon à donner en la matière. Dans une brochure publiée à Genève, en 1876, Turcs de l'intérieur, Turcs de l'extérieur, le publiciste et philosophe ukrainien Mykhaïlo Drahomanov expose le point de vue des nationalistes ukrainiens sur le sujet[26]. L'article se fonde sur un renversement des qualifications et le constat que les véritables Turcs ne sont pas ceux que l'on croit. Drahomanov part d'une expression qui fait florès dans les journaux russes à l'époque, celle de « procédés turcs » (turetskie poriadki), pour qualifier les agissements turcs dans les Balkans. Il la transforme en « procédés russes » (russkie poriadki) avec une grande virulence polémique. Il prétend révéler l'hypocrisie d'une politique tsariste, dont les fondements sont bien plus orientaux que ceux de la Turquie : les Turcs de l'intérieur, le pouvoir russe institué, surpasse en arriération celui des Turcs de l'extérieur, ottomans. Sur le motif de la paille et de la poutre, Drahomanov démontre que la domination imposée par la Russie à ses minorités nationales est un véritable joug oriental, et que l'extension du pouvoir russe dans les Balkans signifie un recul de la civilisation.

Drahomanov appuie son argumentation sur plusieurs plans. Répondant au journaliste Katkov, il montre que l'Empire ottoman n'est pas l'homme le plus malade d'Europe. Il indique que la Turquie jouit d'une liberté d'expression et de religion bien supérieure à celle qui existe en Russie. Dans le même moment, il reconnaît que la comparaison n'est pas toujours à son avantage : « Bien sûr, la Turquie est pire que nous par bien des aspects. Quoi d'étonnant, puisque c'est la Turquie ? »[27]. Cette exclamation révèle la différence entre la nature orientale de la Russie et celle de la Turquie : la violence est moins grave en Turquie, pays oriental par essence, que dans une Russie qui n'est pas condamnée absolument à être orientale. Ainsi, c'est le caractère potentiellement européen de la Russie qui rend encore plus scandaleux sa barbarie, tandis que le caractère oriental de la Turquie conduit à mettre d'autant plus en valeur ses velléités de réforme et de modernisation. Les attaques de Drahomanov contre Katkov se doublent d'un antagonisme personnel. En 1863, Katkov a publié des Écrits sur la question polonaise, où il se montre violemment ukrainophobe. Ici aussi, orientalisme et nationalisme s'entrecroisent. Sous la plume de Drahomanov, la slavophilie russe devient un « esprit de Tachkent » et un « obscurantisme » oriental. En filigrane de son argumentation, se trouve la dénonciation des travaux de Danilevski, dont le slavophilisme syncrétique tente de brouiller les frontières entre Europe et Asie[28]. Drahomanov conclut sa diatribe par une tirade enflammée : « Il viendra un temps où la vérité se révélera à notre société, il viendra un temps où les Serbes pourront faire le signe de croix en public et s'exclamer : loué soit Dieu qui nous a délivré des Turcs de Constantinople et de ceux de Russie ! »[29]. Si l'article de Drahomanov, engagé dans une violente polémique, recourt à de nombreux artifices de langage pour défendre sa cause, il résume l'attitude des nationalistes ukrainiens dans la question d'Orient. La confrontation de la Russie au pouvoir ottoman révèle la proximité intellectuelle et pratique entre les deux pôles. Leur antagonisme même n'est que le signe d'une même appartenance et d'une rivalité dans la domination de l'espace oriental.

À la fin des années 1870, trois figures de l'Orient cohabitent : l'Orient source de double discours, qui provient de l'expérience de la Confrérie ; l'Orient miroir de l'identité nationale, développé par Hulak ; l'Orient repoussoir, qui s’impose avec Drahomanov.

 

L'Orient et la mission de l'Ukraine (1890-1900)

 

Il reste cependant à opérer une synthèse générale entre ces usages de l'Orient et le roman national ukrainien. Cette reprise générale d'éléments épars est le fait de l'historien Mykhaïlo Hrushevs'ky, figure majeure du nationalisme ukrainien depuis la fin du xixe siècle et président de l'éphémère république ukrainienne en 1917- 1919[30]. Il la déploie dans sa monumentale Histoire de l'Ukraine-Rus, qui commence à paraître en 1900.

La synthèse entre orientalisme et nationalisme s'opère dans cet ouvrage par le recours à l'idée d'un messianisme national ukrainien. Depuis l'écrasement de la révolte polonaise de 1863, les Ukrainiens ont repris à leur compte la théorie messianique polonaise. Cette théorie, développée par le poète Adam Mickiewicz, puis le philosophe August Cieszkowski, prête à la Pologne un rôle de salvation en Europe centrale – comme « Christ des libertés » occidentales – et voit dans le martyre polonais face aux empires la marque d'une mission nationale[31]. Après 1863, les nationalistes ukrainiens opèrent une véritable captation de testament et reprennent à leur compte cette idée de « nation sacrifiée ». Dans l'introduction à son Histoire, Hrushevs'ky donne une vision générale de l'idée d'Ukraine qui s'y enracine. À ses yeux, la situation du territoire ukrainien aux confins de l'Europe et de l'Asie a forgé son caractère national. L'histoire de l'Ukraine est celle d'une zone de passage, empruntée par les conquérants, par les commerçants ou par les idées. Hrushevs'ky fait des Ukrainiens des colons qui font progresser la civilisation européenne vers la steppe.

« La lutte avec la steppe a, au long des siècles, accaparé l'énergie de ce peuple, de ses élites et de ses gouvernements. Les difficultés liées à la colonisation et à l'économie n'ont pas permis aux structures sociales et politiques de s'installer pour de bon. Les unités politiques ukrainiennes, ayant de dangereux ennemis sur tout leur flanc Sud-Est, ne furent pas capables de se maintenir lorsque se formèrent, au Nord et au Nord-Ouest, des structures politiques plus puissantes. Elles devinrent la proie de ces voisins mieux armés et mieux organisés politiquement »[32].

 

Chez Hrushevs'ky, l'Ukraine fait figure de précurseur incompris sur l'idée d'une civilisation européenne. Hrushevs'ky oppose un peuple ukrainien – possédant anciennement cette conscience – à des États européens – généralement indifférents à ce problème. Ainsi, l'Ukraine a sacrifié ses forces à la défense de l'Occident contre la barbarie orientale, mais elle n'a reçu, en échange, que des agressions par ses voisins européens.

Pire, les invasions asiatiques que l'Ukraine a repoussées successivement, protégeant ainsi l'Europe, l'ont fait revenir à un sous-développement proprement oriental. Pour Hrushevs’ky, cette arriération est le signe du sacrifice de l'Ukraine et la preuve qu'elle n'a pu exploiter ses propres possibilités, occupée qu'elle était à lutter contre les « nomades asiatiques »[33]. L'expérience de l'Ukraine est donc la découverte ironique et cinglante de la ruine de la civilisation. Les défenseurs de la culture face à la barbarie se voient réduits à ce qu'ils combattaient. Devant se réfugier dans les forêts ou les montagnes, ils deviennent bêtes sauvages ; tentant de se réinstaller dans d'autres régions, ils deviennent serfs ou esclaves. Aux yeux de Hrushevs'ky, le destin de l'Ukraine est de toujours lutter contre les forces orientales qui visent à détruire la civilisation européenne, et d'en être toujours remercié par l'ingratitude des Européens ! Il pose là un thème central du nationalisme ukrainien, qui sera repris tout au long du xxe siècle[34]. Mais cette ruine est aussi un moment fondateur. La lutte contre l'Orient a été à la fois le facteur unificateur de l'identité ukrainienne et la cause de sa ruine.

« Au total, les conséquences de ces perturbations ont été largement négatives pour (le pays), même si elles lui ont donné l'occasion de jouer, dans sa lutte avec la steppe, le rôle héroïque de rempart de la culture européenne face aux hordes asiates »[35].

 

Si les Ukrainiens doivent regretter la ruine matérielle et politique causée par ce rôle de rempart, paradoxalement ils doivent y reconnaître la source de leur unité spirituelle. Dans le même mouvement, l'Ukraine émerge comme conscience et disparaît comme entité politique. C'est cette « destruction créatrice » qui donne tout son sens à l'historiosophie de Hrushevs'ky.

Dans l'ensemble de son œuvre, Hrushevs'ky approfondit cette conception oppositive de la nation ukrainienne, qui tire son unité d'une confrontation segmentaire avec l'autre[36]. En mettant l'accent sur l'histoire des populations, « l'histoire par en bas », il insiste sur la manière dont la population elle-même construit son identité par différenciation. Plus que les évolutions politiques, c'est l'histoire populaire, l'approche par la longue durée, qui lui permettent de montrer l'émergence de la nation ukrainienne, à travers une multitude d'exemples concrets de micro-oppositions[37].

 

Dans l'histoire intellectuelle du nationalisme ukrainien, ce parcours, loin d'être complet, essaie simplement de montrer la manière dont peuvent se conjoindre orientalisme et nationalisme au xixe siècle. La situation est complexe, car les penseurs ukrainiens ont conscience d'être eux-mêmes considérés comme des Orientaux par les Européens de l'Ouest ou les Russes. Cette situation d'orientalisme emboîté est fondamentale dans la naissance du nationalisme ukrainien[38]. Elle entraîne une réflexivité permanente du regard porté sur l'Orient, avec une attention aux représentations croisées. Elle explique aussi, associée aux contacts historiques objectifs de l'Ukraine avec des peuples orientaux, la diversité des figures de l'Orient utilisées dans le discours national ukrainien. Les trois visages évoqués plus hauts – Orient métaphore, Orient miroir et Orient repoussoir – forment une configuration changeante. À travers l'idée du messianisme, le nationalisme ukrainien trouve, à la fin du xixe siècle, le moyen de structurer ces différents visages de l'Orient. Messianisme partagé par certains petits peuples d'Orient, c'est aussi un messianisme contre l'Orient, ou un messianisme qui trouve ses archétypes christiques en Orient. Selon les circonstances historiques, on insiste sur un aspect ou un autre : Orient métaphore, lorsque les nationalistes ukrainiens reprennent un discours anti-colonialiste développé en Asie ou au Moyen-Orient dans les années 1920 ; Orient miroir, lorsque la lutte d'émancipation kémaliste est comparée à l’action des nationalistes ukrainiens ; Orient repoussoir, lorsqu'il s'agit de lutter contre le communisme, qui devient un avatar de la barbarie orientale[39]. Dans les années 1920-1930, la constitution d'une école orientaliste nationale, formée autour de l'académicien Anatanhel Kryms'ky, renforce et enrichit le thème oriental dans le nationalisme ukrainien. Mais quel que soit le visage de l'Orient utilisé par tel ou tel nationaliste ukrainien, il sert toujours de facteur unificateur, en donnant l'illusion d'une communauté nationale monolithique. Son utilisation demeure liée à une impossibilité de définir de manière positive les composantes culturelles, géographiques et politiques de l'identité ukrainienne. Invoquer l'Orient revient à lutter contre le flou qui menace, dès sa conception, l'idée nationale ukrainienne. Son obsédant retour, jusque dans les écrits des essayistes ukrainiens actuels, renvoie aux difficultés de définir une identité nationale qui ne soit pas, avant tout, opposition à un principe extérieur[40].



[1]    Cet article est issu d'un travail de mémoire réalisé dans le cadre d'un Master 1, sous la direction de Sabine Dullin, « Ultimae Sedes... La notion d'Orient dans la formation du nationalisme ukrainien (1846-1930) », soutenu en 2009 à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. L'auteur est actuellement Maître-assistant à l'université de Galatasaray (Istanbul).

[2]      Pour le cadre historique générale, cf. William E.D. Allen, The Ukraine: A History, Cambridge, Cambridge University Press, 1941 ; Frank Golczewski (dir.), Geschichte der Ukraine, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 1993.

[3]      Au xiie siècle, le terme Ukraina – littéralement, « à la marge » en vieux-russe – apparaît pour qualifier les provinces occidentales de la principauté de Kiev. Au xvie siècle, les Polonais parlent des kresy, « confins », pour désigner les franges orientales de la Rzeczpospolita polono-lituanienne.

[4]    Esquissés dans Mykhaïlo Kostomarov, Avtobiografia, Moscou, Zadruga, 1922 (1re éd. 1890), p. 474-480.

[5]    Sur l'importance de la thématique frontalière, cf. George G. Grabowicz « Ukrainian Studies, Framing the Contexts », Slavic Review, vol. 54, n° 3, p. 678-679.

[6]      Pour reprendre le second sens de l'orientalisme défini par Edward Said. Cf. Edward Said, Orientalism, London, Routledge & Kegan Paul Ltd, 1978, p. 2.

[7]    Alexei Miller, The Ukrainian Question, The Russian Empire and Nationalism in the Nineteenth Century, Budapest-New York, Central European University, 2003.

[8]    Gogol, qu'il faut considérer en la matière comme représentatif d'un regard russe sur l'Ukraine, comme le montre Edyta Bojanowka. Cf. Edyta Bojanowka, Nikolai Gogol Between Ukrainian and Russian Nationalism, Cambridge, Harvard University Press, 2007, p. 44.

[9]      Sara Dickinson, « Russia's First Orient : Characterizing the Crimea in 1787 », Kritika 3 (1), p. 3-25.

[10]   Louis-Philippe de Ségur, Mémoires ou Souvenirs, Tome III, 1824, cité in : Claude de Grève, Le voyage en Russie, Paris, Robert Laffont, 1990, p. 678.

[11]    Vasyl' Sipovs'ky, Ukraïna v rosiïs'komu pis'menstvi, [L’Ukraine dans la littérature russe], 1801-1850, Kyïv, 1928, p. 4.

[12]    François Walter, Les figures paysagères de la nation. Territoire et paysage en Europe (16e-20e siècles), Paris, EHESS, 2004, p. 191.

[13]   Paul Bushkovitch, « The Ukraine in Russian Culture 1790-1860 : The Evidence of the Journals », Jahrbücher für Geschichte Osteuropas, 39 (3), 1991.

[14]   Georges Luciani, Le livre de la genèse du peuple ukrainien, Paris, Institut d'Etudes Slaves, 1956, « Introduction ».

[15]   « Knyha Buttia ukraïns'koho narodu », paragraphe 44, in Kyrylo-Mefodiïs'ke Tovarystvo, [Livre de la genèse du peuple ukrainien dans La confrérie des Saints Cyrille et Méthode], Kyïv, Naukova Dumka, 1956, Tome 3, p. 253-254.

[16]   Mykhaïlo Kostomarov, « Dve russkiie narodnosti », Osnova, n° 3, Saint-Pétersbourg, 1861, p. 33-80.

[17]   Ce que Fichte nomme Urheimat ou Ursitte devient chez Kostomarov une référence permanente à la prarodina. Cf. Osnova, n° 3, p. 34.

[18]   Mykhaïlo Kostomarov, op. cit., p. 47-58.

[19]   Zamina Alieva, Slovesnist' kavkaz'kykh narodiv u naukovykh doslidzhenniakh ukraïnskykh orientalistiv : kinets' xix – potchatok xx, [La littérature des peuples du Caucase dans les recherches des orientalistes ukrainiens : fin du xxe – début du xxe siècles], Kiev, Kyï, 2007, p. 68.

[20]   Mykola Hulak, O « Barsovoï » kozhe Rustaveli, Dve retchi proisnesennye v Tiflisskom kruzhke 13 i 20 marta 1884, [Deux discours prononcés au cercle de Tiflis, les 13 et 20 mars 1884], Tbilissi, Brochure, 1884, p. 4.

[21]   Mykola Hulak, lettre du 12 février 1869 à Panteleïmon Kulich.

[22]   Ella Tsyhankova, Skhodoznavtchi ustanovy v Ukraïni, Radians'ky period, [Les établissements orientalistes en Ukraine durant la période soviétique], Kyïv, Krytyka, 2007, p. 11.

[23]   Mykola Hulak, « O znamenitom persidskom poete Nizami Gendjavi i ego poeme Pokhod rusod protiv Berda », Sbornik materialov dlia opisania mestnos'ei i plemen Kavkaza, n° XXVI, [« Sur le célèbre poète persan Nizami Guendjavi et sur son épopée », La campagne des Russes contre Berda], Tbilissi, 1899, p. 16-28.

[24]   Maksym Strikha, Ukraïns'ky khudozhni pereklad, Mizh literaturoiu i natsietvorenniam, [La traduction littéraire ukrainienne, entre littérature et formation de la nation], Kiev, Fakt, 2006, p. 7-24.

[25]   Lorraine de Meaux, L'Orient russe, Représentations de l'Orient et identité russe du début du xixe à 1917, Thèse de doctorat, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, 2007, p. 492-493.

[26]   Mykhaïlo Drahomanov, Turki vnutrennie, Turki vnechnie, in Vybrani Pratsi, [Les Turcs de l’Intérieur, les Turcs de l’extérieur in Les œuvres choisies], Kiev, Fakt, 2006 (1re éd. 1876, Genève).

[27]   Ibid., p. 296.

[28]   Marina Glazkova, « The Image of the West in the Teaching of Russian Slavophiles : Structure and Functions », in Laszlo Kontler (ed.), Pride and Prejudice, National Stereotypes in 19th and 20th Century Europe East to West, Budapest, Central European University, 1995, p. 11-22.

[29]    Mykhaïlo Drahomanov, op. cit., p. 304.

[30]   Thomas Prymak, Mykhaïlo Hrushevsky : The Politics of National Culture, Toronto, Toronto University Press, 1987.

[31]    Brian Porter, When Nationalism Began to Hate, Imagining Modern Politics in Nineteenth Century Poland, Oxford, Oxford University Press, 2000, p. 29. Sur le transfert des visions orientalistes polonaises à l'Ukraine, cf. Jan Kiniewicz, « Polska-Ukraina : dialog v strefie pogranicza », Przegląd Powszechny, n° 10, 1996, p. 65-73.

[32]    Mykhaïlo Hrushevs'ky, Istoria Ukraïny-Rusi, Tome 1, Kiev, Naukova Dumka, 1994 (1re éd. 1913), p. 15.

[33]   Ibid., p. 14.

[34]    Claus Remer, « Die Ukraine auf dem Wege vom zaristischen zum sowjetischen Unitarismus », in Heiner Timmermann (dir.), Nationalismus und Nationalbewegung in Europa, 1914-1945, Berlin, Duncker & Humblot, 1999, p. 265.

[35]   Mykhaïlo Hrushevs'ky, op. cit., p. 14.

[36]   Sur la segmentarité, cf. Ernest Gellner, « The Roots of Cohesion », in Culture, Identity and Politics, Cambridge University Press, 1999 [1987], p. 29-46.

[37]   Mykhaïlo Hrushevs'ky, « Zvitchaïna skhema ''russkoï'' istoriï i sprava ratsional'noho uklady istoriï skhidnoho slov'ianstva » [« Le schème classique de l'histoire « russe » et la question de l'établissement rationnel d'une histoire des Slaves de l'Est », Articles de slavistique], Stat'i po slavianovedeniu, Saint-Pétersbourg, 1904, p. 298-304.

[38]    Sur cette notion, Milica Bakić-Hayden, « Nesting Orientalisms : The Case of Former Yugoslavia », Slavic Review, vol. 54, n° 4, Hiver 1995, p. 917-931 ; Ussama Maksidi, « Ottoman Orientalism », The American Historical Review, vol. 107, n° 3, Juin 2002, p. 768-796.

[39]    On en a un aperçu général dans : Andrew Wilson, The Ukrainians, Unexpected Nation, New Haven et Londres, Yale University Press, 2000.

[40]    Voir les allusions dans deux livres de publicistes ukrainiens actuels parmi les plus lus dans : Oksana Zabuzhko, Filosofia ukraïns'koï ideï ta evropeis'ky kontekst, [La philosophie de l'idée ukrainienne et son contexte européen], Kiev, Fakt, 1992 ; Mykola Riabtchouk, Die reale und die imaginierte Ukraine, Francfort, Suhrkamp Verlag, 2005.