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Émilia Robin Hivert, Moscou, les communistes français et la construction européenne

Moscou, les communistes français et la construction européenne

 

 

 

Bulletin n° 30,  automne 2009

 

 

Émilia Robin Hivert *

 

 

Du fait du contexte international et des premiers promoteurs de l'unification, la construction d'une Europe unie après la Seconde Guerre mondiale prend la forme d'un rapprochement entre pays d'Europe occidentale exclusivement, fondé sur les valeurs du monde occidental (démocratie libérale et économie de marché). Dès le départ, la construction européenne est, en fait, ce qui est appelé plus tard l'intégration euro-atlantique. L'URSS se sent à la fois exclue de ce regroupement et menacée par lui, d'autant que rapidement les institutions occidentales de coopération recoupent les institutions atlantiques, dont elles partagent la vision du monde : ces institutions sont donc un avatar de l'ennemi. L'assimilation s'explique à la fois par la perception stalinienne de la Guerre froide, manichéenne à l'extrême, et par la place de l'Allemagne dans les projets d'intégration européenne. Le manichéisme s’est atténué avec la détente, mais l'opposition stratégique fondamentale à la construction européenne va demeurer.

On s'intéresse ici aux premières étapes de la construction européenne, afin de montrer que la perception soviétique ne date pas de la Guerre froide proprement dite. Au contraire, l'idée qu'elle se fait d'un rapprochement entre pays occidentaux est étroitement conditionnée par l'évolution diplomatique de l'après-guerre. La spécificité de l'intégration européenne n'est pas perçue par Moscou, qui privilégie une analyse idéologique et stratégique.

 

L'URSS et le « bloc occidental » (1944-1946)

 

Pour le Parti communiste français, la définition de l'espace européen ne fait aucun doute : il inclut l'URSS, qui sera le pôle politique et spirituel de la nouvelle Europe que les armées soviétiques ont libérée du nazisme. L'Occident est certes porteur de modernité technologique ; mais l'URSS incarne la dynamique du progrès, tandis que l'Europe occidentale est une « fausse » Europe petite-bourgeoise et moralement inférieure, inquiétante à cause de l'alliance américaine, et dangereuse parce que séduisante[1]. De son côté, l'URSS entend être présente sur le continent après la guerre. Les recherches menées depuis une quinzaine d'années dans les archives ont permis de connaître avec beaucoup plus de précision les réflexions soviétiques sur l'organisation de l'Europe après la guerre[2]. L'URSS entend se faire reconnaître comme une grande puissance d'envergure mondiale, sortie renforcée par la guerre, comme un arbitre des problèmes internationaux avec les autres grandes puissances, comme le pôle d'un modèle de civilisation que la logique de l'histoire voue à l'expansion. Le vainqueur est aussi un blessé : les destructions matérielles et les pertes humaines infligées par l'armée allemande sont sans précédent, tandis que les quatre années de guerre et la coopération avec les alliés ont relâché la discipline interne et l'autorité du parti sur toutes les formes de la vie soviétique. Trois objectifs de politique extérieure sont dès lors définis : empêcher toute renaissance du danger allemand ; s'assurer que l'Europe orientale est une zone amie ; entretenir la coopération de guerre avec l'Occident.

Avoir de bonnes relations avec l'Europe occidentale est, en effet, crucial pour l'URSS, en 1945. Le rapprochement antifasciste au temps du Front populaire avait été suivi par le retournement d'alliance du pacte germano-soviétique en août 1939. L'attaque allemande contre l'URSS en juin 1941 change à nouveau la donne. La « Grande Alliance » contre l'Allemagne nazie se concrétise de plusieurs manières : accession de l'URSS au prêt-bail en novembre 1941, conclusion du pacte anglo-soviétique en mai 1942, et surtout participation de l'URSS aux discussions sur l'après-guerre, ouvertes avec la conférence de Téhéran en octobre 1943. C'est un point essentiel : la coopération avec l'Occident a pour but d'empêcher une renaissance de la puissance allemande quand celle-ci aura été défaite. Dernier aspect de sa politique de sécurité, l'URSS cherche à empêcher tout retour d'une politique de « cordon sanitaire », en mettant en place un glacis de pays amis. Il ne s'agit pas d'un bloc, mais d'une zone d'influence exclusive. Comme le disait Staline à Yalta : « Il y a une zone occidentale et une zone orientale [...] Nous renonçons aux investissements en Europe occidentale... mais vous aussi devez renoncer à toute prétention en Europe orientale »[3]. L'idée de bloc est venue plus tard, quand la Guerre froide rendra nécessaire un contrôle accru sur les pays satellites dans l'optique d'une confrontation avec l'Ouest.

On s'est longtemps demandé dans quelle mesure l'URSS réalisait après la guerre un programme préétabli, ou bien, au contraire, ne faisait que réagir aux initiatives occidentales. Ce débat entre classiques et révisionnistes, les uns insistant sur les responsabilités soviétiques, les autres sur les responsabilités occidentales, a trouvé un point d'équilibre avec le « paradigme révolutionnaire-impérial » suggéré par Vladislav Zubok et Konstantin Pleshakov[4]. Les deux chercheurs proposent une synthèse entre les deux tendances classiques de la politique soviétique. Pour eux, le concept directeur de la diplomatie stalinienne de l'après-guerre est la « corrélation des forces » : pour consolider les gains récents et renforcer l'URSS, il faut collaborer avec l'Occident, qui est temporairement plus puissant. Mais cette attitude est susceptible d'évoluer, autant du fait de la position occidentale que de l'évolution du rapport de force.

Or, c'est justement le rapport des forces en Europe que les projets d'unification européenne cherchent à modifier. Ces projets sont multiples : les uns ont une base économique, d'autres se fondent sur un héritage de civilisation ; certains concernent l'Europe occidentale (comme Benelux), d'autres l'Europe orientale (comme les projets de fédération balkanique), d'autres encore le continent entier. La création d'une Europe unie s'impose dans de nombreux milieux comme la clé de l'avenir : seule la collaboration entre les États serait capable d'assurer la reconstruction, de créer les interdépendances rendant impossible un nouveau conflit, de forger un pôle économique et politique à l'échelle des puissances américaine et soviétique[5]. De fait, ces projets ont presque tous en commun une vision géopolitique, consistant à renforcer le continent européen contre les influences extra-européennes : selon les cas, la Grande-Bretagne, la Russie, les États-Unis. Les plans de fédérations européennes font, en réalité, partie d'une réflexion globale sur l'Europe d'après-guerre. Ils sont très vite instrumentalisés par les grandes puissances : les projets fédératifs orientaux notamment seront soupçonnés de cacher l'ombre de Moscou ou la main de Londres. C'est pourquoi dès l'été 1943, Moscou condamne fermement les projets de fédérations en Europe orientale, menaces pour la cohésion de l'Europe :

« Les éléments antidémocratiques et fascisants, s'efforçant d'empêcher par avance la participation de l'URSS à l'organisation du monde d'après-guerre [...] déploient une activité forcenée... à formuler des dizaines de projets de reconstruction européenne hostiles à l'URSS, allant de la constitution des États-Unis d'Europe à l'institution de fédérations ou confédérations régionales de tous genres »[6].

Cette perception des projets fédéralistes européens n'est pas nouvelle. En 1929, les Soviétiques analysaient le projet français de fédération européenne en termes d'équilibres européens : le plan Briand chercherait à créer un front antisoviétique en Europe, à pérenniser le rapport de forces versaillais au détriment de l'Allemagne et de l'Italie, à assurer la domination française sur le continent[7].

 

À leur tour, les années 1944-1946 sont cruciales dans la consolidation de l'interprétation soviétique de la construction européenne : les projets de fédération orientale sont un obstacle potentiel aux projets de Moscou pour l'Europe, tandis que les projets occidentaux sont rapidement perçus comme la création d'un bloc hostile. Dès mars 1942, Maurice Dejean, commissaire national aux Affaires étrangères à Londres, discute avec Paul-Henri Spaak, son homologue belge en exil, d'une union régionale assurant la défense de l'Occident contre un danger allemand[8]. Deux ans plus tard, le danger allemand reste prioritaire, mais la menace soviétique à moyen ou long terme n'est pas écartée. La raideur de l'URSS à l'égard des projets de fédération autonome est un signe que l'Europe de l'Est s'organisera sous influence soviétique, et qu'une certaine coupure se mettra en place sur le continent. En 1944, Spaak n'envisage plus qu'une fédération occidentale (entre la Grande-Bretagne, le Benelux, la France), tournée contre l'Allemagne. Il en parle à Eden et Churchill en juillet, et de nouveau en novembre. Churchill cherche alors à ménager l'URSS et n'est guère intéressé.

Moscou s'est cependant inquiété : une alliance occidentale contre l'Allemagne risque d'être en même temps une alliance contre l'URSS, voire une alliance avec l'Allemagne contre l'URSS. Dès l'automne 1944, l'URSS entame une campagne contre le « bloc occidental agressif » visant nommément Spaak[9]. Celui-ci songe alors à conclure avec Moscou un traité bilatéral, pour convaincre que le Benelux et les autres projets régionaux ne sont pas tournés contre l'URSS ; dans son esprit, la Belgique pourrait servir de « pont » entre deux univers. Mais ses ouvertures directes à Vychinski en février 1946 n’ont aucune suite[10]. Le même processus se retrouve dans les réflexions des milieux de la France libre au moment de signer le traité franco-soviétique du 10 décembre 1944 : l'alliance avec l'URSS est nécessaire contre l'Allemagne et pour rassurer l'URSS sur les intentions des puissances occidentales ; mais un bloc occidental servirait aussi à contrebalancer la puissance soviétique[11].

 

L'URSS parle donc dès 1944 de « bloc occidental », pour désigner les projets britanniques d'alliance avec la France et les États du Benelux, les plans du général de Gaulle, les conceptions de Paul-Henri Spaak, et plus largement toute forme de rapprochement entre les États occidentaux. L'idée de « bloc » est un terme vague qui désigne toute coopération économique, politique et militaire se développant sans l'URSS. Les communistes soupçonnent l'Occident de ne pas chercher sincèrement à coopérer avec l'URSS, de ne pas souhaiter la disparition de la menace allemande, et sous couvert de coopération de chercher en fait la rupture[12].

Existe-t-il pour autant un « bloc occidental » en 1945-1946 ? Les tentatives britanniques pour conclure un pacte d'alliance avec la France, relancées par Bevin à l'été 1945, échouent devant le refus de de Gaulle qui souhaite d'abord régler les litiges entre les deux pays ; le traité, inévitable pour des raisons géographiques, sera le couronnement d'une politique de rapprochement[13]. En revanche, le 10 septembre 1945, de Gaulle affirme que les Pays-Bas, la Belgique, l'Allemagne occidentale, l'Italie, la péninsule ibérique « tendent naturellement à une coopération économique et culturelle avec la France et l'Angleterre », dont la réalisation « contribuerait à une organisation constructive de l'ensemble du continent »[14]. L'URSS prend notamment prétexte de cette interview pour relancer sa campagne contre le « bloc occidental ». La date n'est pas anodine : le 10 septembre, la première session du Conseil des ministres des Affaires étrangères s'ouvre à Londres. Le Conseil, créé par les accords de Potsdam, doit débattre des nombreux problèmes européens, à commencer par l'Allemagne. Dans ces conditions, Moscou condamne préventivement toute initiative qui pourrait influencer la question allemande.

Un an plus tard, en septembre 1946, les européistes saluent, dans le discours de Zurich, la première offre concrète d'unification occidentale (même si tous ne s'accordent pas sur son contenu), Churchill appelle à faire les « États-Unis d'Europe » sur la base d'une réconciliation franco-allemande, avant qu'il ne soit trop tard face à un « amoncellement de nuages, de tyrannie et de terreur qui obscurcissent le ciel ». Aux yeux de l'URSS, le discours de Zurich officialise en réalité le « bloc occidental » et révèle la nature profonde des projets européens d'unification. Énoncé par Churchill (notoirement anticommuniste), deux semaines après le discours de Byrnes annonçant « la fin de la période punitive » en Allemagne, le projet d'« États-Unis d'Europe » est, en fait, un moyen d'unifier l'Occident contre l'URSS, avec l'appoint de la puissance allemande reconstituée.

Or, l'accord à quatre est de plus en plus difficile à trouver sur la question allemande. Les conférences à quatre qui se succèdent (Londres en septembre 1945, Moscou en décembre 1945, Paris de mai à juillet 1946) achoppent toutes sur le problème allemand, que ce soit sur le statut du futur État (confédéral, fédéral, unitaire), ou le sens donné aux objectifs de Potsdam. Pour Moscou, la modération des Occidentaux est la preuve qu'ils cherchent à préserver intactes les structures de l'Allemagne pour s'en faire un allié.

 

Le tournant de l'année 1947

 

Au printemps 1947, les événements s'enchaînent, faisant entrer davantage le monde dans la Guerre froide : traité d'alliance franco-britannique en février, doctrine Truman en mars, échec de la conférence de Moscou en avril, expulsion des ministres communistes des gouvernements italien et français en mai. Les initiatives occidentales sont marquées par l'ambiguïté. Le traité de Dunkerque est ainsi conçu en France et en Grande-Bretagne comme une alliance contre l'Allemagne et la base d'une coopération plus large ; cela intéresse d'ailleurs les pays du Benelux. De son côté, l'URSS le perçoit comme un acte hostile, ouvertement antisoviétique.

La conférence de Moscou s'ouvre le 10 mars 1947. Trois problèmes sont discutés : les réparations, la répartition du charbon allemand et les modalités du contrôle de la Ruhr, le statut futur de l'Allemagne. Six semaines durant, les conversations bilatérales s'ajoutent aux négociations en séance, sans parvenir à trouver un accord que l'on savait compromis depuis 1946. La doctrine Truman, énoncée le 12 mars, paraît une voie sans issue : les Soviétiques la perçoivent comme l'indice irréfutable que les États-Unis refuseront le compromis ; mais leur irritation confirme réciproquement les Occidentaux que l'entente est impossible[15].

L'impasse est donc complète. Accepter les propositions soviétiques, c'est accepter un système qui étendra l'influence soviétique sur l'ensemble de l'Allemagne. De plus, les négociations ont montré que, contrairement à certains espoirs, l'URSS n'entendait pas soutenir les conceptions françaises sur l'Allemagne[16]. Et compte tenu de l'alignement progressif des pays d'Europe de l'Est sur les positions soviétiques, Paris ne peut pas espérer trouver d'autres alliés qui pourraient infléchir Moscou. L'inflexibilité soviétique amène en fait la France à adopter les conceptions américaines et à « entrer en Guerre froide »[17], au moment où les États-Unis modifient leur politique.

Le 12 mars 1947, le président américain demande au Congrès de voter des crédits pour soutenir la Grèce et la Turquie, ce dont la Grande-Bretagne vient de se déclarer incapable. Truman invoque la responsabilité morale des États-Unis dans une situation mondiale où chaque État est confronté au même choix : un système démocratique où les libertés individuelles sont garanties par un gouvernement représentatif librement élu, ou un système dictatorial fondé sur la terreur, le contrôle de l'information, la suppression des libertés. Les États-Unis doivent « soutenir les peuples libres qui résistent à des tentatives d'asservissement par des minorités armées ou des pressions extérieures ». Cette aide sera d'abord économique et financière[18].

La doctrine Truman, formulée au début de la conférence de Moscou, contribue également à son échec, le souci d'entente des Occidentaux étant désormais sujet à caution. Inversement, en révélant la profondeur des divergences entre Soviétiques et Occidentaux, la conférence participe au rapprochement entre la France, la Grande-Bretagne et les États-Unis. L'expulsion des ministres communistes du gouvernement français, le 5 mai 1947, sera une nouvelle étape dans le raidissement. Mais tension n'est pas rupture : au printemps 1947, certains dirigeants français, comme Georges Bidault, ministre des Affaires étrangères, espèrent que les difficiles rapports entre les deux grands seront compensés par la création de liens étroits avec les autres puissances européennes. L'enjeu est d'empêcher une division de l'Europe en deux espaces étrangers l'un à l'autre, entretenant peu de contacts, voués à l'opposition voire au conflit. Poursuivant une politique entamée à la Libération, Bidault tente de constituer un réseau classique d'alliances bilatérales en Europe, avec la Pologne et la Tchécoslovaquie[19]. Mais le refus du plan Marshall par les pays d'Europe de l'Est montre que cette tentative est vaine. La négociation se poursuit malgré tout, à la fois par souci politique (tenter de conserver des liens Est-Ouest malgré le fossé croissant) et par logique de chancelleries (on n'interrompt pas sans raison une négociation en cours).

Là encore, il faut se garder des interprétations rétrospectives. Tant que le plan Marshall n'est pas signé (ce sera chose faite au printemps 1948), beaucoup de retournements restent possibles ; une campagne en faveur des traités orientaux se développe donc dans la presse de gauche, au nom de la défense de l'Europe. C'est ce qu'explique la revue progressiste Parallèle 50, en octobre 1947, dans un article significativement intitulé « La France est en Europe ». Selon cet éditorial, « l'Europe – ou du moins une partie – est en danger de devenir une simple dépendance du continent américain. Dans ce moment critique il nous paraît que la France ne peut pas rester absente de la politique européenne » et qu'elle doit jouer son rôle. Elle ne doit pas se laisser supplanter en Europe par l'Allemagne, mais assumer sa position d'« avant-garde du progrès et de la démocratie » :

« Le temps est venu d'un grand rassemblement de toutes les forces démocratiques en Europe, non seulement pour conserver ce qu'il y a de meilleur dans la civilisation européenne, mais pour aller encore plus avant dans la voie du progrès. D'où la nécessité pour la France de renforcer ses relations avec les nouveaux régimes démocratiques qui se sont formés après la Deuxième Guerre mondiale et resserrer ses liens avec l'URSS »[20] .

 

Dans cette vision, l'Europe est un ensemble continental indissoluble, organisé autour de pôles politiques et culturels. La France, héritière des traditions culturelles et humanistes, doit considérer l'avenir et rejoindre le nouveau pôle oriental. Cette conception du continent est également valable sur le plan de la sécurité : la France doit se tourner vers l'Est pour assurer sa sécurité contre la principale menace, l'Allemagne. Un article de Parallèle 50 explique ainsi, en janvier 1948, qu'il y a une donnée stable et fondamentale en Europe, « l'existence de l'Allemagne ». Elle crée « la nécessité absolue de la sécurité » pour tous ceux qui ont eu à souffrir de l'agressivité allemande (et pas seulement nazie). La France doit donc chercher sa sécurité à l'Est :

« Pour nous, l'alliance orientale n'est pas seulement russe ou soviétique : elle n'est pas seulement slave. Elle est géographiquement inscrite dans le futur historique et ne connaît ni frontière politique, ni frontière linguistique ou idéologique : elle se situe à l'Est et au Sud-Est de l'Europe. [...] Nous demandons ici, au nom des intellectuels comme au nom des peuples, que l'alliance orientale soit généralisée ; que le problème de la sécurité forme la base d'une politique aussi bien française qu'européenne, aussi bien occidentale qu'européenne »[21].

 

À l'heure où ces lignes sont écrites, il est trop tard. L'évolution de l'année 1947 a ainsi amené la France à choisir définitivement le camp occidental. De manière prévisible, les négociations d'alliance avec l'Est ont achoppé sur les points qui faisaient déjà litige en 1945-1946 : l'identification de l'adversaire (l'Allemagne, ou l'Allemagne et tout État s'y associant ?), l'identification de la menace (une menace d'agression allemande, ou les mesures pouvant contribuer à une agression ?), l'automaticité de l'alliance, la référence à l'ONU. Le compromis est de moins en moins possible à mesure que le fossé se creuse entre l'Est et l'Ouest.

 

En Europe orientale, la convergence politique et l'association économique commencent à se transformer en alignement rigoureux sur le modèle soviétique. Dans le domaine idéologique, à la doctrine Truman, en mars, répond la doctrine Jdanov, en septembre. Celle-ci généralise à l'ensemble des partis communistes le raidissement perceptible depuis l'année précédente en URSS. En Europe occidentale, le plan Marshall concrétise la doctrine Truman et le soutien américain aux démocraties européennes ; économiquement, il va permettre la relance de l'économie occidentale et favoriser la coopération entre pays. Pour ces deux raisons, il est perçu comme l'origine, d'une part, d'une communauté occidentale, d'autre part, de la construction européenne proprement dite.

 

La constitution d'un ensemble occidental (1948-1949)

 

L'aide américaine devient le point focal des dissensions entre les deux blocs qui commencent à se former, et l'unité européenne évolue en un slogan que l'on se renvoie : unité de tout le continent, mise à mal par le plan Marshall, disent les communistes, contre unité des États libres, rendue possible par ce plan, affirment les autres partis. Les communautés occidentales commencent en effet à se structurer.

Sur le plan politico-militaire, un accord essentiel est signé le 16 mars 1948 : le traité de Bruxelles, qui crée une alliance entre cinq États européens, susceptible de devenir l'embryon d'une organisation européenne plus large et aux compétences étendues[22]. Il ne s'agit pas d'une simple alliance militaire. L'adversaire allemand est mentionné dans le préambule et l'article 7, mais le traité dessine surtout les grandes lignes d'une coopération approfondie entre États signataires : coordination économique (article 1), harmonisation sociale (article 2), coopération culturelle (article 3), assistance mutuelle et non-agression (articles 4 et 6). Le traité est placé sous les auspices de l'ONU (article 5) et reposera sur des institutions permanentes (article 7).

Les commentaires officiels qui accompagnent la signature de l’accord insistent sur la dimension « civilisationnelle » du pacte. Premier traité visant à construire un ensemble ouest-européen, il est surtout décrit comme la mesure liminaire défensive prise contre la menace soviétique. Certains, comme le Premier ministre luxembourgeois Bech, se font lyriques, parlant du « noyau naturel et indispensable de la nouvelle solidarité qui fera renaître l'Europe de ses ruines et sauvera les valeurs morales et spirituelles qui ont fait sa gloire dans le passé »[23]. D'autres, comme Paul-Henri Spaak, n'hésitent pas à prendre de front l'URSS et les partis communistes. Dans un discours important tenu à Luxembourg, le ministre belge des Affaires étrangères affirme que les pays occidentaux se sont retenus, depuis 1945, de créer des organisations communes « uniquement pour ne pas exciter des susceptibilités trop vives chez les pays de l'Europe orientale »[24]. Mais puisque l'Est s'est organisé, l'Ouest a le droit d'en faire autant. L'enjeu est politique et moral : « Est-ce que cette Europe qui avait vaincu le totalitarisme, qui se présentait sous une certaine forme, tombera et échouera devant un autre totalitarisme ? » À cette attaque directe, les partis communistes répondent par des affirmations non moins directes :

« Le bloc occidental n'est rien d'autre qu'une tentative de faire renaître sous une nouvelle forme la combinaison de Munich et la PanEurope hitlérienne. C'est une tentative de diviser l'Europe pour maintenir le vieil ordre capitaliste en Europe occidentale et préparer une agression contre l'Union soviétique et les démocraties nouvelles en Europe orientale »[25].

Selon Charles Tillon, dirigeant important du PCF, qui publie au printemps 1948 un article de fond sur le traité de Bruxelles, ce pacte ne sert pas à assurer la sécurité des pays membres, mais à défendre un système social contre un autre, dans la logique de la doctrine Truman qui affirmait que les États devaient faire leur choix entre deux modes de vie : dès le départ, la Guerre froide est un conflit idéologique. Il ajoute que l'armée française va se voir confier des missions de maintien de l'ordre dans des guerres de rue, sur le modèle des plans allemand d'occupation de la France[26]. Une telle idée vient en droite ligne de l'expérience des grèves de l'automne 1947, et préfigure un slogan « CRS-SS ». Dans cette logique, le modèle politique à défendre est celui du fascisme, et le refuser, c'est faire acte de patriotisme.

Dernier élément, le plus important, Charles Tillon décrit le Pacte de Bruxelles comme une étape préliminaire : les États-Unis organisent les forces occidentales à leur profit, mais ne les contrôlent pas. Une étape doit donc suivre, afin d'associer plus directement Washington au potentiel militaire européen. Est-ce que les communistes tiennent compte de la dimension politique, économique et sociale du traité ? D'une part, au printemps 1948 il est difficile de savoir si ces clauses sont une concession facile aux mouvements européens, un vœu pieux des signataires, ou un réel projet voué à de plus amples développements. D'autre part, que la future organisation entende ou non se doter de compétences politiques et sociales, elle est le socle d'un rapprochement entre les pays occidentaux, ce bloc que l'URSS dénonce depuis 1944.

C'est là le fond de la dénonciation communiste : le Pacte de Bruxelles ne prend sens que si on le relie au processus global à l'œuvre en Occident, c'est-à-dire à la création d'un bloc autour des États-Unis, une union des puissances capitalistes contre la menace que représente l'existence même d'un bloc socialiste qui se renforce. Roger Garaudy, membre influent du PCF, décrit le pacte comme une « Sainte-Alliance », une « ''mutuelle'' des classes déchues et de leurs gouvernements réactionnaires contre le mouvement ouvrier et de leurs gouvernements réactionnaires contre le mouvement ouvrier et les aspirations démocratiques des peuples »[27]. Pour Moscou, ce n'est pas par hasard si, trois semaines plus tard, le 3 avril, le Congrès américain adopte le plan Marshall et si, un mois plus tard, le 16 avril, l'OECE est créée. Dans cette logique, le Pacte de Bruxelles prépare les opinions publiques à la conclusion de nouveaux traités d'alliance occidentaux ; il est le versant militaire de l'alliance économique dans le cadre du plan Marshall.

Dans tous ces arguments, l'Allemagne a une place centrale. L'Allemagne, enjeu, terrain et symbole de la Guerre froide, est également au cœur des projets européens qui prennent forme à la même époque. Le plan Marshall postulait que la renaissance économique de l'Allemagne serait le moteur de la reconstruction occidentale. Les mouvements fédéralistes européens, dont le Congrès de La Haye en mai 1948 manifeste le dynamisme, font également un lien étroit entre l'unification de l'Europe et la solution du problème allemand. Les organisations qui vont suivre sont destinées soit à contrer une menace allemande (Pacte de Bruxelles), soit à ancrer la jeune RFA parmi les démocraties occidentales (Conseil de l'Europe), avant de lui proposer un avenir sur un pied d'égalité (plan Schuman). Mais ce lien ne fait qu'accentuer la méfiance soviétique envers l'intégration européenne, qui s'oppose résolument à ses propres projets pour l'Allemagne.

 

Autre aspect moins connu, dans leur refus des nouvelles institutions, les communistes insistent sur les conséquences à long terme du projet : en privilégiant la coopération entre un nombre réduit d'États, l'intégration occidentale contribue à la coupure de l'Europe. L'OECE créée en 1948 est, par exemple, fréquemment opposée à la Commission économique de l'ONU pour l'Europe (ou ECE) qui regroupe l'ensemble des États européens membres de l'ONU[28]. Fondée au printemps 1947, l'ECE se retrouve immédiatement en concurrence avec le mécanisme du plan Marshall, et la création de l'OECE la dépossède d'une partie de ses attributions. Les milieux communistes et progressistes en font un argument dans leur campagne contre la « petite Europe » occidentale. À la coopération occidentale « autarcique » dans le cadre de l'OECE, on oppose donc la coopération paneuropéenne dans le cadre de l'ECE. Très vite d'ailleurs, les démocraties populaires cessent de participer aux réunions de l'ECE. Ce n'est pas avant 1954 que l'ECE pourra redevenir une instance commune.

L'année suivante, le clivage idéologique sur la définition de l'Europe est encore plus net lors du débat sur le Conseil de l'Europe. Le député progressiste, Gilbert de Chambrun, remarque que le point commun de tous les mouvements fédéralistes et des groupes proeuropéens, c'est l'antisoviétisme. Malgré son appellation prétentieuse, le Conseil à venir ne sera que « la frange atlantique et méditerranéenne de l'Europe », dont l'Allemagne sera la pièce maîtresse à cause de sa puissance économique[29]. Michel Debré, qui n'a rien d'un communiste, pose d'ailleurs la question à Robert Schuman lorsque celui-ci est auditionné par la Commission des Affaires étrangères du Conseil de la République : a-t-on donné une définition d'« européen », c'est-à-dire défini l'extension géographique du Conseil et donc sa fonction ? Schuman répond qu'on a essayé de trouver une telle définition lors des négociations :

« J'ai dit [...] que si nous attendions une définition de l'Europe, nous ne signerions probablement jamais. [...] Naturellement on est lié par des limites géographiques que l'on ne peut pas dépasser si l'on ne veut pas nier le terme lui-même. [...] Mais je crois que ce qui importe surtout, c'est la solidarité qui peut exister avec l'ensemble de l'Europe. [...] D'autre part, nous avons pris, comme conditions essentielles, l'attachement au principe des libertés qui sont inscrites aujourd'hui dans la charte et répétées dans le préambule »[30] .

 

Le ministre des Affaires étrangères donne une définition politique et idéologique du Conseil de l'Europe : l'Europe est moins un territoire qu'une communauté de valeurs. C'est ce que refusent les communistes, pour qui l'Europe est un ensemble territorial et un héritage historique commun. De fait, pour l'URSS, le Conseil de l'Europe est un élément renforçant l'alliance atlantique en proposant une communauté politique et culturelle, en relayant l'influence américaine, et en défendant l'idée que les abandons de souveraineté sont indispensables. De plus, il est clairement conçu pour accueillir le nouvel État ouest-allemand qui est proclamé trois semaines plus tard[31]. Joanny Berlioz, membre du Bureau Politique, souligne ainsi, en juillet 1949, l'étroite parenté entre les principes invoqués dans les statuts du Conseil de l'Europe et dans le traité de l'Atlantique nord : « l'inspiration est la même, il s'agit de la défense commune d'un système social menacé par la montée des forces de démocratie réelle »[32].

Le traité de Bruxelles avait été perçu par les communistes comme une alliance au service des États-Unis et la préfiguration du pacte groupant les États-Unis et l'Europe occidentale. Quatre mois après sa ratification, les négociations atlantiques s'ouvrent officiellement. Pour l'Occident, c'est, entre autres, une réponse au blocus de Berlin ; pour l'URSS, c'est la confirmation à la fois de sa propagande et de ses craintes. La construction européenne, que certains voyaient comme l'unique moyen d'assurer l'indépendance du continent face aux nouveaux grands est, en réalité, dès le début étroitement liée à la constitution d'un ensemble occidental face au bloc soviétique, justifiant rétrospectivement tous les soupçons de Moscou.

Dans cette évolution, la Guerre froide et les enjeux stratégiques ont joué un rôle central. Mais les facteurs idéologiques ne peuvent être négligés : projets concurrents de reconstruction, conceptions incompatibles sur l'Allemagne et, plus largement, projets politiques et sociaux des grandes puissances. Les mêmes arguments vont se retrouver plus tard au sujet du Marché commun : la construction européenne est mauvaise et dangereuse parce qu'elle est foncièrement atlantique (l'URSS ne peut espérer y être associée), capitaliste (elle consolide les structures de l'économie de marché au lieu de chercher à les renverser), allemande (elle renforce l'Allemagne occidentale perçue comme foncièrement agressive) et restreinte (elle n'est pas ouverte aux démocraties populaires).



*    L’auteur a soutenu sa thèse en 2008, à l’Université Paris-Sorbonne (Paris IV) : « Le thème de l’Europe dans les relations de la France avec les pays communistes, 1943-1958 », sous la direction de Georges-Henri Soutou.

[1]    Iver B. Neumann, Russia and the Idea of Europe. A Study in Identity and International Relations, Londres, Routledge, 1996, p. 127-128.

[2]    Parmi les travaux récents s'efforçant de reconsidérer les objectifs soviétiques après la guerre et la prise de décision en URSS : Natalia Egorova et Anatoli Tchoubarian (dir.), La guerre froide, 1945-1963. Rétrospective historique, Moscou, Olma-Press, 2003, 639 p. (en russe) ; Yoram Gorlitzki et Oleg Khlevniouk, Cold Peace. Stalin and the Soviet Ruling Circle, 1945-1953, New York, Oxford University Press, 2004, 248 p. ; Harold James et Marzenna James, « The origins of the Cold War: some new documents », Historical Journal, vol. 37, n° 3, septembre 1994, p. 615-622 ; Vojtech Mastny, « Pax Sovietica », in Adolf M. Birke et Michael E. Howard (dir.), The Quest for Stability. Problems of West European Security, Londres, Oxford University Press, 1993, p. 379-388 ; Vojtech Mastny, « Soviet Plans for postwar Europe », in Antonio Varsori et Elena Calandri (dir.), The failure of peace in Europe, 1943-1948, Basingstoke, Palgrave, Cold War History Series, 2002, p. 59-75 ; Mikhail Narinski, « L'URSS et les problèmes de sphères d'influence et de frontières en Europe, 1939-1947 », in Christian Baechler et Carole Fink (dir.), L'établissement des frontières en Europe après les deux guerres mondiales. Actes des colloques de Strasbourg et de Montréal (juin et septembre 1995), Berne, Peter Lang, 1996, p. 437-438 ; Vladimir O. Pechatnov, « The Big Three after World War II: news documents on Soviet thinking about post war relations with the United States and Great Britain », Cold War International History Project Working Paper Series, n° 13, mai 1995 ; Richard C. Raack, Stalin's Drive to the West. The Origins of the Cold War, Stanford, Stanford University Press, 1995, 265 p. ; Geoffrey Roberts, « Ideology, calculation, and improvisation: spheres of influence and Soviet foreign policy 1939-1945 », Review of International Studies, n° 25, 1999, p. 655-673 ; Geoffrey Roberts, « Litvinov's Lost Peace, 1941-1946 », Journal of Cold War Studies, vol. 4, n° 2, 2002, p. 23-54 ; Marc Trachtenberg, A Constructed Peace: the Making of the European Settlement 1945-1963, Princeton, Princeton University Press, 1999, 448 p. ; Vladislav Zubok, A Failed Empire. The Soviet Union in the Cold War from Stalin to Gorbatchev, Chapel Hill, University of North Carolina Press, 2007, 467 p.

[3]    Propos cités par Michel Lesage, « La place de l'Europe centrale dans le dialogue Est-Ouest depuis 1945 », in Gérard Beauprêtre (dir.), L'Europe centrale. Réalité, mythe, enjeu, xviiie -xxe siècles, Varsovie, Éditions de l'Université de Varsovie, 1991, p. 446.

[4]    Vladislav Zubok et Konstantin Pleshakov, Inside the Kremlin's Cold War: from Stalin to Khrushchev, Cambridge (MA), Harvard University Press, 1996, 346 p.

[5]    Sur ces réflexions, voir Michel Dumoulin (dir.), « Plans des temps de guerre pour l'Europe d'après-guerre, 1940-1947 », Actes du colloque de Bruxelles, 12-14 mai 1993, Bruxelles, Bruylant, 1995, 647 p., ainsi que les documents réunis dans Walter Lipgens (dir.), Documents on the History of European Integration, Berlin-New York, De Gruyter, coll. « European University Institute », 4 volumes, 1985-1992.

[6]    « Ce qui se cache derrière les projets de fédérations et confédérations en Europe orientale », Guerre et classe ouvrière, n° 2, 15 juin 1943.

[7]      Z. S. Belooussova, « L'URSS contre la PanEurope de Briand (d'après les archives du ministère des Affaires étrangères de la Fédération de Russie et du Comité central du parti communiste) », in Mikhail Narinski, Élisabeth du Réau, Georges-Henri Soutou et Alexandre Tchoubarian (dir.), L'URSS et l'Europe dans les années 1920, Paris, Presses Universitaires de la sorbonne, 2000, p. 120-122.

[8]    Yann Lamézec, « La problématique de l'Alliance franco-britannique (1943-1947) », in Georges-Henri Soutou (dir.), Histoire des rapports diplomatico-stratégiques, t. II, Cahiers du CEHD, n° 29, 2006, p. 94.

[9]      Thierry Grosbois, « La politique étrangère du gouvernement belge de Londres dans ses relations bilatérales avec les grandes puissances, 1940-1944 », in Gilbert Trausch (dir.), Le rôle et la place des petits pays en Europe au xxe siècle, Baden-Baden, Nomos / Bruxelles, Bruylant, 2005, p. 303.

[10]   Ibid., p. 305.

[11]   Georges-Henri Soutou, « La place de l'URSS dans la politique allemande de la France, 1943-1969 », in Christian Baechler et Klaus-Jürgen Müller (dir.), Les tiers dans les relations franco-allemandes, Munich, Oldenbourg, 1996, p. 46.

[12]   Marcel Cachin écrit, par exemple, dans ses carnets personnels en novembre 1945 : « Les Anglais et les Américains préparent l'Allemagne à entrer dans le bloc occidental. Le bloc occidental est le but. Les Anglo-Saxons se rapprochent. L'isolement de l'URSS reste le but. La France est antisoviétique. ». Voir Marcel Cachin, Carnets 1906-1947, T. 4, Paris, CNRS Éditions, 1997, p. 859.

[13]   Claire Sanderson, L'impossible Alliance ?  France, Grande-Bretagne et Défense de l'Europe (1945-1958), Paris, Publications de la Sorbonne, 2003 ; Yann Lamézec, « La problématique de l'Alliance franco-britannique… », op cit.

[14]   Archives du ministère français des Affaires étrangères, Europe 1944-1960, Généralités, vol. 4, fol. 45-47; note du service d'information et de presse, Supplément à la presse britannique, Paris, 10 septembre 1945, n° 278/DE.

[15]   Pour une étude précise de la conférence de Moscou, sous l'angle des rapports Est-Ouest, des relations bilatérales comme du triangle occidental, voir Jean-Rémy Bezias, Georges Bidault et la politique étrangère de la France, Paris, L'Harmattan, 2006, p. 311-337.

[16]   Georges-Henri Soutou, La Guerre de cinquante ans, Paris, Fayard, 2001, p. 173.

[17]   Georges-Henri Soutou, « Les dirigeants français et l'entrée en guerre froide : un processus de décision hésitant (1944-1950) », Le Trimestre du monde, 3e trimestre 1993, p. 135-149.

[18]   Texte intégral du discours [site consulté le 8 septembre 2009] : http://www.yale.edu/lawweb/avalon/trudoc.htm

[19]    Sur les projets et les négociations d'alliances avec l'Europe de l'Est au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, lire : Wlodzimierz Borodziej, « Polen und Frankreich 1945-1947. Versuch zur Belebung einer alten Allianz », Vierteljahrshefte für Zeitgeschichte, vol. 36, n° 1, 1988, p. 79-111 ; François Fejtö, « Un pont qui n'a pu être construit : le projet de traité franco-tchécoslovaque », Politique étrangère, n° 1, 1976, p. 5-11 ; Yvon Lacaze, « Les rapports franco-tchécoslovaques de la libération au ''coup de Prague'', février 1948 », Revue d'histoire diplomatique, n° 1998/1, p. 3-35 ; Christophe Laforest, « Arrière-pensées et illusions. Les tentatives de renouvellement de l'alliance franco-polonaise, 1945-1947 », Revue des études slaves, Paris, vol. 71, n° 2, 1999, p. 263-278 ; Antoine Marès, « Franco-Czechoslovak Relations from 1944 to 1948 or the Munich Syndrom », in Antonio Varsori et Elena Calandri (dir.), The failure of peace in Europe, 1943-1948, Basingstoke, Palgrave, Cold War History Series, 2002, p. 104-122 ; Isabelle Sallé, « Les relations politiques et diplomatiques entre Paris et Prague (juin 1947-1948) », in Élisabeth du Réau (dir.), Regards croisés et coopération en Europe au xxe siècle, Paris, Presses de la Sorbonne Nouvelle, 1996, p. 103-115 ; Georges-Henri Soutou, « Georges Bidault et la construction européenne, 1944-1954 », in Serge Berstein, Jean-Marie Mayeur et Pierre Milza (dir.), Le MRP et la construction européenne, Bruxelles, Complexe, 1993, p. 200.

[20]    « La France est en Europe », Parallèle 50, n° 64, 18 octobre 1947, p. 1.

[21]   Émile Sicard, « La France et les alliances orientales », Parallèle 50, n° 75, 3 janvier 1948, p. 1.

[22]    Maurice Vaïsse, « L'échec d'une Europe franco-britannique, ou comment le Pacte de Bruxelles fut créé et délaissé », in Raymond Poidevin (dir.), Histoire des débuts de la construction européenne, mars 1948-mai 1950, Bruxelles, Bruylant, 1986, p. 373.

[23]   Discours du 17 mars 1948.

[24]    Discours du 13 mars 1948, disponible sous forme audio sur European Navigator [site consulté le 8 septembre 2009] : http://www.ena.lu/discours_paul-henri_spaak_union_occidentale_luxembourg_13_mars_1948-012600260.html

[25]   « Contre la ruine économique et la colonisation de la Grande-Bretagne par les USA. xxe Congrès du Parti communiste britannique », Pour une paix durable, pour une démocratie populaire, n° 8, journal du 1er mars 1948, p. 2.

[26]   Charles Tillon, « Le plan Marshall, abandon de l'indépendance française et de la défense nationale », Cahiers du communisme, n° 5, mai 1948, p. 483-484.

[27]   Roger Garaudy, « Le piège des ''États-Unis d'Europe'' », Cahiers du communisme, n° 2, février 1949, p. 226.

[28]   Ce sera pendant longtemps le seul organisme paneuropéen où les deux systèmes seront représentés.

[29]   CARAN, C 15333, Commission des Affaires étrangères, 1948-1949, séance du 8 juin 1949, p. 6-7.

[30]   Archives du Sénat, 19 S 3, (Commission des Affaires étrangères), 5, 1949, vol. 177.

[31]   Natalia Vassilieva, « L'URSS et la création du Conseil de l'Europe », in Georges-Henri Soutou et Émilia Robin Hivert (dir.), L'URSS et l'Europe de 1945 à 1957, Paris, Presses Universitaires de la Sorbonne, 2008. Voir aussi Jean-Christophe Romer, « L'URSS, la Russie et le Conseil de l'Europe : une relation complexe », in Marie-Thérèse Bitsch (dir.), Jalons pour une histoire du Conseil de l'Europe, Bruxelles, Peter Lang, 1997.

[32]    Joanny Berlioz, « Europe, nations, internationalisme », Cahiers du communisme, n° 7, juillet 1949, p. 814.