X
Bientôt fans, merci !
Pourquoi pas vous ?
Facebook J'aime Paris 1
Accueil » Institut Pierre Renouvin » Les revues » Le bulletin de l'Institut Pierre Renouvin » Tous les bulletins » Bulletin n° 29, Chantiers 2009 » Jean-Jacques Mouterde, L’image de l’homme d’affaires américain en France dans l’entre-deux-guerres

Jean-Jacques Mouterde, L’image de l’homme d’affaires américain en France dans l’entre-deux-guerres

L’image de l’homme d’affaires américain en France dans l’entre-deux-guerres

 

 

Bulletin n° 29, printemps 2009

 

 

 

Jean-Jacques Mouterde*

 

 

La place primordiale du monde des affaires aux États-Unis

 

Les États-Unis se sont imposés comme puissance mondiale, principalement par le biais de l’économie et de la finance. Cette domination est essentiellement due au dynamisme des hommes qui ont conquis de nouveaux territoires face à des éléments souvent hostiles. L’histoire des pionniers et de la conquête de l’Ouest constitue un fait majeur. En 1893, l’historien américain Frederick Jackson Turner souligne l’importance de la notion de « frontière », qui est une illustration du caractère du peuple américain dont les traits sont l’adaptabilité, la mobilité, l’esprit de compétition et d’émulation. La réussite dans les affaires n’est pas sans rapport avec cette nécessité de dépassement de soi-même. Le cinéma, comme par exemple le film de Charlie Chaplin réalisé en 1925, La ruée vers l’or, exalte à sa manière le goût du risque des pionniers de la fin du siècle dernier qui partent à la recherche d’une fortune rapide.

Dans cette société américaine nouvelle, les hommes d’affaires jouent un rôle primordial et occupent une place de tout premier plan. Ils n’ont pas eu à conquérir le pouvoir économique sur un clergé et sur une noblesse bien enracinés comme ce fut le cas de la bourgeoisie d’affaires en Europe. À l’époque coloniale, la noblesse est pratiquement inexistante aux États-Unis et le clergé n’a pas un pouvoir direct dans la vie économique. Le tissu social de la société américaine est donc exempt des inhibitions et des barrières traditionnelles qui existent dans les sociétés européennes. L’armée n’a pas non plus acquis un réel prestige dans un pays qui n’a pas connu de menaces extérieures directes.

Pour une étude de l’image de l’homme d’affaires américain, il est particulièrement significatif de choisir les années de l’entre-deux-guerres. Plusieurs raisons justifient ce choix.

Tout d’abord, cette période est très contrastée car elle est caractérisée par une longue phase de prospérité suivie d’une crise économique. Le point de rupture est le krach boursier survenu à New York en octobre 1929. Même si cette rupture est beaucoup plus marquée aux États-Unis qu’en France, on peut malgré tout penser que l’opinion publique française est influencée par les événements se déroulant en Amérique.

Ensuite, on assiste outre-Atlantique au début d’une véritable révolution dans la gestion des entreprises. Pour abaisser les prix de revient, il faut assurer une production de masse ce qui nécessite le recours à de nouvelles méthodes d’organisation : le taylorisme, le travail à la chaîne, le contrôle budgétaire, la gestion décentralisée par objectifs. Ces nouveaux concepts bouleversent la gestion des entreprises et de tels bouleversements ont un grand retentissement dans le monde des affaires. L’entre-deux-guerres peut véritablement être considéré comme une époque charnière en matière de gestion d’entreprise. Ces nouvelles techniques américaines de management commencent à parvenir en France à cette époque.

Enfin, il convient de souligner l’importance du contexte politique international dans lequel évoluent les relations entre la France et les États-Unis. Après les pertes humaines considérables et les destructions dues à la guerre, la France aborde une période de reconstruction qui engendre de très grands besoins financiers. Les relations avec les États-Unis sont alors difficiles. En effet, la France a obtenu des États-Unis un large concours financier pendant la guerre. Cette aide doit toutefois être remboursée et, selon les Américains, son remboursement ne peut pas être lié au paiement par l’Allemagne des réparations dues à la France. Les États-Unis sont alors devenus la première puissance financière mondiale et la France qui avait avant la guerre une position créancière devient débitrice vis-à-vis de l’Amérique. Quoique vainqueur sur le plan militaire, la France a ainsi perdu son rôle financier de premier plan. Au sein de l’opinion publique française, après un sentiment de reconnaissance pour l’aide précieuse apportée par les Américains, la nouvelle donne internationale crée un état d’incompréhension à l’égard de l’Amérique. À partir des années 1930, avec la crise économique et la montée des tensions internationales, les États-Unis comme la France sont tentés par l’isolationnisme. Les industriels français subissent les effets du protectionnisme américain qui contrarie leur volonté de conquête de nouveaux marchés.

Les États-Unis se présentent, dès cette époque, comme la puissance dominante. Beaucoup plus que par le passé, les Français portent leur regard vers l’Amérique qui est perçue comme le pays de la modernité. L’homme d’affaires américain peut apparaître comme un repoussoir pour certains, mais également comme un modèle pour d’autres. La question posée est alors de savoir si les Français, face à cette domination et à cette attraction, peuvent être tentés par d’autres modèles que ceux proposés par leurs élites traditionnelles ? Est-on à la veille d’un changement de système de valeurs en France ? On peut parler d’un véritable défi que doivent relever les Français. Le professeur américain Richard Kuisel écrit à ce sujet : « Quand les Français comprirent la nature de ce défi, ils furent obligés de se demander comment atteindre le niveau de prospérité et de puissance de l’Amérique tout en préservant ce qu’ils considéraient comme français »[1].

Dans quelle mesure toutes les certitudes sur le progrès, sur le libre marché et son autorégulation acquises en période de prospérité, subsistent-elles en période de crise ? Comment l’homme d’affaires américain est-il perçu en France alors que l’Amérique montre, à partir de 1930, le spectacle de la faillite de nombreuses entreprises, de fermetures d’usines, de la disette et du chômage d’une partie de la population ?

Pour essayer d’apporter une réponse à cette problématique, il faut d’abord examiner l’image de l’homme d’affaires en s’intéressant plus particulièrement aux milieux les plus concernés par le modèle américain, à savoir les industriels, la classe ouvrière et les intellectuels. Cette image peut-elle se modifier sensiblement au cours de la période étudiée ? Enfin, peut-on établir une comparaison avec l’image que les Américains se font eux-mêmes de leurs propres hommes d’affaires ?

Les sources résident principalement dans les ouvrages de l’époque écrits par des hommes de lettres, des hommes politiques, des journalistes, des syndicalistes, etc. Il faut également inclure dans cette étude les ouvrages d’auteurs américains dont les traductions ont été publiées en France à cette époque. Ils permettent au public français de découvrir l’opinion des Américains eux-mêmes sur le monde des affaires aux États-Unis. L’examen de la presse, quotidienne ou périodique, est aussi très révélateur. L’analyse des articles parus dans la presse fait apparaître la diversité des opinions selon les journaux et les publics touchés. Pour cela, quatre quotidiens ont été consultés : Le Temps, Le Figaro, L’Humanité et La Croix. Ces quatre journaux ne figurent pas parmi les tirages les plus importants de l’époque, ce sont néanmoins des journaux d’opinion influents qui représentent les principaux courants politiques. Outre la presse quotidienne, la lecture de la revue mensuelle, L’Usine, ancêtre de L’Usine Nouvelle, a permis de compléter cette recherche en incluant le monde de l’entreprise. La grande fréquence des voyages d’études aux États-Unis, montre l’intérêt que portent les milieux professionnels français pour l’Amérique, symbole des techniques nouvelles.

 

un modèle pour les industriels français ?

 

Les chefs d’entreprise français ont marqué leur curiosité pour les réalisations industrielles américaines bien avant la Première Guerre mondiale. Dès 1909, Louis Renault tente d’introduire dans un atelier de ses usines les principes de Frederick Taylor, mais c’est un échec et il renonce à la généralisation du système. En 1911, il entreprend un voyage aux États-Unis et à la suite de ce voyage il décide de reprendre progressivement les essais d’introduction du taylorisme dans ses propres ateliers. Pendant la guerre, André Citroën s’inspire du taylorisme pour organiser la fabrication des obus sur une grande échelle dans ses usines reconverties pour les besoins de la guerre. Ces expériences restent cependant isolées et il faut attendre la fin de la guerre pour permettre aux chefs d’entreprise français de véritablement découvrir, lors de missions aux États-Unis, ces nouvelles techniques mises en œuvre en Amérique.

Dans les années 1920, les voyages d’études aux États-Unis effectués par les industriels français se multiplient et, au retour en Europe, ils donnent lieu à de nombreuses conférences, ou articles dans la presse. André Citroën fait lui-même plusieurs déplacements aux États-Unis et envoie de nombreux collaborateurs en mission dans les usines Ford pour copier le modèle américain. Il est lui-même surnommé le « Ford français ».

À la lecture des comptes rendus de voyages d’études parus dans la presse, les principales qualités reconnues à l’homme d’affaires américain sont multiples : le souci constant de l’innovation, la qualité et le caractère novateur des méthodes de gestion développées par les sociétés américaines, le soin apporté au développement des relations humaines dans l’entreprise et l’ouverture auprès du public.

La recherche permanente de l’innovation est la qualité qui marque le plus profondément les visiteurs français. Auguste Detoeuf, directeur général de la compagnie Thomson Houston, exprime, par une formule simple, toute la différence dans la façon d’aborder les problèmes liés à la gestion du changement dans l’entreprise : « Chez nous, le progrès se fait souvent sous la pression des événements. Là-bas, le progrès se fait parce qu’on y pense tout le temps »[2].

Le souci de l’innovation conduit les chefs d’entreprise américains à réduire les prix de revient, ce qui les conduit à rechercher de nouvelles méthodes de gestion. Les ingénieurs français sont particulièrement admiratifs de l’organisation de la production basée sur une étude minutieuse des temps et sur la fabrication en série. Comment cet exemple peut-il être copié en France ? Un mouvement patronal intitulé « Le Redressement Français » animé par Ernest Mercier, lui-même impressionné par les performances de la General Electric, examine avec attention l’exemple américain et plus particulièrement le taylorisme. Au début des années 1920, est institué à l’initiative de la société Michelin et grâce à un ingénieur français, Henri Le Chatelier un comité dit « Comité Michelin » dont l’objectif est de former des ingénieurs aux méthodes préconisées par Frederick Taylor.

Les innovations technologiques, une organisation nouvelle, la mise en place de chaînes de production, tout cela nécessite également la mise au point d’instruments qui doivent permettre de mesurer les résultats obtenus. Les industriels américains ont une certaine avance dans ce domaine. L’influence des cabinets américains de conseil en organisation est déterminante pour la généralisation en France du contrôle budgétaire. Aimée Moutet[3] souligne le travail entrepris par des ingénieurs américains venant en mission en France, pendant la guerre ou dans l’immédiat après-guerre, en ouvrant des bureaux de conseil à l’usage des entreprises françaises. Aux États-Unis, le groupe Dupont de Nemours adopte, dès 1910, des méthodes de gestion très élaborées.

Enfin, les industriels français soulignent, à leur retour des États-Unis, la qualité des relations humaines développées par les patrons américains au sein de leur entreprise. La première impression du visiteur est l’attention toute particulière accordée par la direction à l’amélioration constante des conditions de travail en matière d’hygiène, de sécurité et de confort et la cordialité des relations de travail existant à tous les niveaux de la hiérarchie. Beaucoup de visiteurs estiment que cet esprit de coopération à tous les échelons est la principale réussite de l’industrie américaine. Faut-il en conclure à l’effacement des syndicats et à l’absence totale de lutte des classes ? La réalité doit être plus nuancée car certains rapporteurs mettent aussi l’accent sur la dureté des grèves, sur la quasi-absence de couverture sociale et sur le problème de l’intégration des Noirs américains.

Cette admiration des industriels pour les méthodes américaines les conduit-elle à transposer le modèle américain en France ? Les difficultés sont alors nombreuses car il faut tenir compte de la petite taille des entreprises françaises, de l’individualisme des chefs d’entreprise, du coût élevé de mise en place d’une nouvelle organisation et parfois du manque de dialogue social. Pendant les années 1930, les essais de transposition consistent souvent à tenter de copier quelques solutions techniques susceptibles d’être transposées en France sans trop de difficultés, afin d’abaisser les coûts de fabrication à bon compte.

Les industriels français admirent le modèle américain mais restent assez réticents lorsqu’il s’agit de le transposer. Quelle est la réaction du public en France face à l’homme d’affaires américain et à ses réalisations ?

 

L’homme d’affaires américain sous le regard des Français

 

La perception de l’homme d’affaires américain par les Français répond nécessairement à une autre logique que celle des milieux d’affaires. Les Français, dans leur majorité, n’ont pas l’occasion de s’offrir un voyage maritime qui dure plusieurs jours et dont le coût est élevé. L’opinion sur l’Amérique est donc le reflet de la lecture de la presse ou des ouvrages d’auteurs français ou de traductions d’auteurs américains. Cette perception peut-elle différer, d’une manière significative, selon les milieux et les publics ? Les événements politiques et économiques mondiaux ont-ils une influence déterminante ?

À la fin des années 1920, l’Amérique bénéficie d’un regain de curiosité dont on a le témoignage par le nombre d’ouvrages publiés à cette époque par des écrivains, des journalistes, des hommes politiques ou des diplomates, ainsi que par les traductions d’œuvres américaines.

Ces auteurs, que l’on peut qualifier d’« intellectuels », ont une influence déterminante sur le public. Leur curiosité à l’égard de l’Amérique n’est pas empreinte d’une admiration sans nuances, elle est assortie de quelques critiques, parfois sévères. André Siegfried, auteur de nombreux ouvrages économiques et sociaux et spécialiste reconnu des États-Unis, publie en 1927 Les États-Unis aujourd’hui[4]. Cet ouvrage de référence donne au public français une description très claire et très complète de l’Amérique des années 1920. L’auteur corrige des idées souvent inexactes répandues dans l’opinion, tout en formulant à l’occasion des critiques et des craintes sur certains aspects de la société américaine et sur son évolution.

Les années 1930 connaissent une vague d’antiaméricanisme opposant « la civilisation française » au « vide culturel américain ». Les Américains sont, sans doute, riches et puissants mais ils sont sous la domination d’hommes d’affaires qui subordonnent leur société aux impératifs de la production et de la consommation. Les intellectuels français craignent un risque de contamination. C’est en 1929 que Georges Duhamel entreprend la rédaction des « Scènes de la vie future »[5], où il s’inquiète des méfaits de la civilisation industrielle et de l’absence de maturité du peuple américain. Il présente la caricature de l’homme d’affaires américain sous la forme d’un personnage insensible et calculateur. Cet ouvrage, à caractère un peu pamphlétaire, reçoit un accueil enthousiaste, prouvant ainsi que les critiques formulées sur la civilisation américaine trouvent spontanément un écho très favorable dans l’opinion française. L’antiaméricanisme est un mouvement assez répandu dans l’opinion. Pour mesurer son impact, Le Figaro lance en 1930 une importante enquête qui paraît dans les colonnes du journal. Cinq questions sont posées aux lecteurs sous le titre : « Pour ou contre la civilisation américaine »[6].

En définitive, quels sont les effets de l’antiaméricanisme sur l’image des hommes d’affaires auprès des Français ?

Tous les auteurs dénoncent les méfaits d’une standardisation de la production qui ne correspond pas aux habitudes de consommation et aux goûts européens, la recherche exagérée du profit, les dangers de la spéculation et enfin l’absence de toute culture telle qu’on la conçoit en Europe. L’homme d’affaires américain est présenté comme un individu riche, inculte, ayant la religion des chiffres en guise de spiritualité. On lui attribue cependant quelques qualités comme l’ascension personnelle à la force du poignet, la réussite et la modernité.

L’antiaméricanisme des intellectuels des années 1930, fortifié par le sentiment d’une crise générale de la civilisation, n’est-il pas, en définitive plus virulent que les sentiments de la classe ouvrière sensible, au contraire, au progrès engendré par la machine ? Les syndicats ouvriers ne sont pas a priori hostiles à la recherche de nouvelles techniques d’organisation. Cependant, face au modèle américain, ils sont partagés, comme l’indique Jacques Marseille, « entre répulsion et admiration »[7]. La société américaine des années 1920 est certes prospère, mais elle est également perçue comme étant très inégalitaire. Les nouvelles techniques de production permettent de lancer des productions de masse permettant à tous d’acquérir des biens de consommation, tout en réduisant le temps de travail. Toutefois, ces perspectives de progrès sont souvent annulées par une exploitation éhontée des ouvriers. La presse de gauche se fait largement l’écho des excès commis dans les entreprises qui ont instauré le travail à la chaîne.

Si la période de prospérité a été très favorable à l’image des hommes d’affaires, il est légitime de se demander si la crise boursière et la grande dépression ne vont pas complètement altérer l’auréole ainsi constituée. L’écroulement de la bourse de New York au mois d’octobre 1929 apparaît d’abord comme le juste châtiment punissant les spéculateurs. Toutefois, les Français se sentant éloignés et protégés n’ont pas perçu immédiatement la gravité des conséquences de ce krach survenu en Amérique qui, après avoir durement touché les sphères boursières et financières, atteint toute l’économie du pays. À partir de 1932, la France, à son tour, ressent les effets de la crise. La croyance, forgée en période de prospérité sur les vertus du système capitaliste, est entamée et le mythe de l’efficacité de l’homme d’affaires américain est passablement écorné. Cependant l’entrée en fonction, le 4 mars 1933, de Franklin Roosevelt comme président des États-Unis est saluée par la presse française comme un grand facteur d’espoir laissant prévoir l’instauration d’une nouvelle politique. De leur côté, alors que les temps sont difficiles, les industriels français ne semblent pas remettre en cause les nouvelles méthodes de gestion que ces derniers sont allés chercher outre-Atlantique car elles constituent encore la meilleure arme pour affronter la concurrence.

 

En conclusion, dans cette époque de l’entre-deux-guerres, les industriels ont en France une opinion assez favorable des industriels américains. Ils sont particulièrement sensibles aux innovations techniques des Américains et aux mérites d’une société qui ne connaît pas les mêmes barrières sociales qu’en France. De même, les Français sont impressionnés par certaines réalisations industrielles spectaculaires comme les chaînes de fabrication automobile ou, dans l’espace urbain, par les gratte-ciel, symbole de la puissance financière et de la technologie américaine ; ils sont également sensibles à des actions ponctuelles de mécénat en France, comme la restauration du château de Versailles réalisée grâce à l’apport financier de John-D. Rockefeller Jr. Cependant, l’opinion française est également touchée par l’antiaméricanisme propagé dans les années 1930 par les milieux intellectuels. Une telle situation est très différente de celle que connaît l’Amérique où l’essor de l’entreprise est considéré comme une nécessité vitale pour l’économie. L’homme d’affaires est le personnage-clé de la croissance en temps de prospérité. En période de crise économique, l’organisation managériale mise en place par une nouvelle génération de patrons gestionnaires reste la meilleure façon pour la classe moyenne de trouver la garantie d’emploi et d’acquérir l’aisance matérielle. Dans tous les cas, la vision des Américains et des Français dans l’entre-deux-guerres sur le monde des affaires est très différente.



*    Mémoire de Master 2 réalisé sous la direction d’Hélène Harter, et soutenu le 9 juin 2008 à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne au Centre de recherches d’histoire nord-américaine.

[1]    Richard Kuisel, Le miroir américain, 50 ans de regard français sur l’Amérique, Paris, Éditions J.-Cl. Lattès, 1996, p. 21.

[2]    Auguste Detoeuf, « Les conditions de la production américaine », Revue politique et parlementaire, août 1926, p. 174.

[3]    Aimée Moutet, Les logiques de l’entreprise, la rationalisation dans l’industrie française de l’entre-deux-guerres, Paris, Éditions de l’EHESS, 1997, p. 260.

 

[4]    André Siegfried, Les États-Unis d’aujourd’hui, Paris, Armand Colin, 1927.

[5]    Georges Duhamel, Scènes de la vie future, Paris, Mercure de France, 1930, p. 168.

[6]    Gérard Catalogne, « Pour ou contre la civilisation américaine », Le Figaro, Enquête se déroulant dans les colonnes du journal du 19 novembre 1930 au 12 février 1931, 23 numéros.

[7]    Jacques Marseille, Nouvelle histoire de France, tome II. De la Révolution à nos jours, Paris, Perrin, 2002, p. 270.