X
Bientôt fans, merci !
Pourquoi pas vous ?
Facebook J'aime Paris 1
Accueil » Institut Pierre Renouvin » Les revues » Le bulletin de l'Institut Pierre Renouvin » Tous les bulletins » Bulletin n° 28, Minorités et relations internationales » Ségolène Plyer, Historiographie sudète et mémoire collective. Le cas du Heimatbuch de Braunau, 1971

Ségolène Plyer, Historiographie sudète et mémoire collective. Le cas du Heimatbuch de Braunau, 1971

Historiographie sudète et mémoire collective. Le cas du Heimatbuch de Braunau, 1971

 

 

 

Bulletin n° 28, automne 2008

 

 

Ségolène Plyer*

 

 

« Dans ces livres, il est écrit avec beaucoup de précision pourquoi nous dans les confins, nous voulions être et rester allemands »[1].

Cette citation est extraite d’une interview menée en 2001 pour une thèse de doctorat sur l’intégration des Allemands des Sudètes à l’Allemagne après leur expulsion de Tchécoslovaquie, entre 1945 et 1946. Plus particulièrement centré sur l’exemple d’une ville de Bohême orientale, Braunau (Broumov en tchèque) et des villages qui l’entouraient, ce travail s’est interrogé, entre autres, sur la formation d’une mémoire collective propre aux anciens habitants germanophones de Braunau, regroupés au sein d’une Association des anciens habitants de Braunau ou Heimatkreis.

Lors de leur interview, les témoins gardaient souvent à portée de main la principale publication de l’Association : un « livre de la patrie » ou Heimatbuch, publié en 1971 par souscription, comme base – au moins partielle – de leur récit[2]. De même que le Heimatkreis se voulait être un lieu de rassemblement au-dessus des partis, le Heimatbuch a été considéré par ses auteurs comme la somme des connaissances disponibles sur le « pays de Braunau », – du moins à l’époque de sa rédaction. Or, l’ouvrage est marqué par des présupposés théoriques précis qui peuvent échapper à l’observateur superficiel. Déconstruire cette source est une démarche rendue possible par les avancées récentes de la recherche sur l’historiographie sudète, démarche que nous allons entreprendre pour mieux comprendre sur quelles bases a pu se construire une mémoire collective d’Allemands des Sudètes.

 

Le projet de Heimatbuch et le Heimatkreis de Braunau

 

Rappelons brièvement le contexte qui a mené à la publication du Heimatbuch. Les Allemands de Tchécoslovaquie, qui ont pris le nom d’« Allemands des Sudètes » après 1918, ont été annexés au Troisième Reich en 1938 avec les accords de Munich. Peu connus pour leur résistance au nazisme, mis à part quelques actes isolés, ils ont été collectivement expulsés par la Tchécoslovaquie après la Seconde Guerre mondiale, avec l’aval des grandes puissances (accords de Potsdam d’août 1945) : on comptait alors environ deux millions et demi de germanophones présents sur le sol tchécoslovaque. La plupart des expulsés ont été envoyés en zone américaine, notamment en Bavière ; un petit tiers s’est retrouvé en zone d’occupation soviétique, où toute expression ou revendication particulière leur a été interdite. En revanche, les anciens Allemands des Sudètes ont pu former des associations en RFA.

Les plus en vue et celles qui regroupent le plus de monde à leurs rassemblements sont les Landsmannschaften ou « associations de compatriotes ». Auto-proclamées représentantes des nouveaux venus, elles n’ont cessé de jouer un rôle public depuis les années cinquante, d’abord pour appuyer les mesures économiques en faveur des expulsés, puis pour intervenir dans les relations internationales allemandes avec les anciens pays expulseurs. Aujourd’hui, l’« Association des compatriotes allemands des Sudètes » ou Sudetendeutsche Landsmannschaft (SL) est toujours une organisation active, très liée à l’Union chrétienne-sociale (CSU) qui régit la Bavière depuis plus de cinquante ans[3].

Les Landsmannschaften ont aussi un rôle de conseil et celui d’association à but culturel. De conseil car, depuis 1952, la RFA a pris plusieurs mesures de grande ampleur pour aider les nouveaux venus à s’installer, après être arrivés les mains vides. D’association culturelle aussi, car on tenait à sauver le plus possible les traits propres aux « Allemands de l’Est » (de la ligne Oder-Neiße et, par extension, du reste de l’Europe centrale et balkanique) pour éviter leur dissolution à l’intérieur de la société ouest-allemande et, craignait-on à l’époque, le nivellement de cette dernière.

Or, une telle préservation culturelle est possible au niveau de la communauté et sans doute seulement à ce niveau, tant qu’elle continue à « habiter » le migrant, c’est-à-dire tant qu’il appartient à des regroupements en exil qui continuent de refléter sa communauté d’origine[4]. Les Landsmannschaften ont donc encouragé une autre forme d’association, actuellement sans doute la plus populaire parmi les anciens expulsés car plus consensuelle que les rassemblements politiques : le Heimatkreis ou « cercle de la petite patrie », terme que nous traduisons aussi par « association d’anciens habitants ».

Le Heimatkreis de Braunau, puisque c’est l’exemple qui nous intéresse, doit sa première ébauche à l’abbé bénédictin de la ville, le Père Prokop. Jusqu’en 1848, les bénédictins avaient été seigneurs de la ville de Braunau. Par la suite, ils avaient continué à jouer un rôle important, comme grands propriétaires terriens, curés des paroisses environnantes et enseignants du lycée municipal (fermé en 1939 par les nazis). L’un des soucis prioritaires de l’abbé, après l’expulsion, fut de garder contact avec le plus grand nombre possible d’anciens habitants de Braunau. Dès le 15 août 1946, un pèlerinage, seul type de rencontre d’expulsés autorisé par les autorités d’occupation[5], fut organisé par l’abbé à Altötting pour environ deux cents anciens habitants de Braunau. La même année, l’abbé Prokop ronéotypa les premières « lettres circulaires de Braunau » (Braunauer Rundbriefe) bimensuelles qui – leur nom l’indiquent – étaient destinées à passer de main en main à cause de la pénurie de papier, afin de donner un point d’ancrage et des renseignements utiles aux anciens habitants de la ville[6]. Le tirage maximum fut atteint en 1950 avec 3 400 exemplaires ; environ 600 furent envoyés régulièrement en zone d’occupation soviétique les premières années, avant d’être interdites[7]. Rapidement, l’abbé ouvrit son bulletin à l’Association des anciens habitants de Braunau qui venait d’être fondée.

En 1952 en effet, sous l’impulsion de la Landsmannschaft qui poussait les Sudètes à se regrouper[8], un comité réuni à Stuttgart fut à l’origine du Heimatkreis de Braunau, fondé sous le nom d’Association de Braunau/Pays sudète (Heimatkreis Braunau/Sudetenland) pour chapeauter de nombreuses initiatives locales dans la zone d’occupation américaine. Le rôle du Heimatkreis fut d’abord d’aider les anciens compatriotes à réunir les preuves de leurs pertes matérielles pour obtenir leur part des indemnités prévues par une loi de péréquation des charges. Cette dernière, votée en 1952, permettait une compensation limitée des pertes subies après l’expulsion, avant tout sous forme de pension de retraite, de bourse d’étude ou de prêt pour une activité économique.

Les anciens possédants étaient avantagés par ce système, ce qui explique que ce sont « les gros paysans qui sont entrés au Heimatkreis […] », d’après l’un de nos interlocuteurs qui témoigne de la situation en Bavière ; « ça a changé ensuite », car la participation s’est diversifiée selon les origines sociales. D’après Bernhard Parisius qui a étudié les organisations d’expulsés dans la région d’Osnabrück, c’est surtout au début des années soixante que la participation aux Heimatkreise est devenue importante[9]. Leur essor a lieu corrélativement à l’intégration économique et politique des nouveaux venus, qui délaissèrent progressivement les partis protestataires auxquels beaucoup avaient donné leurs suffrages jusqu’alors[10] ; l’entrée corrélative dans un Heimatkreis qui proposait des activités culturelles et une sociabilité entre anciens compatriotes, montre que, progressivement, une forme de souvenir collectif s’est mise en place.

Actuellement, le Heimatkreis de Braunau se compose de trente-quatre groupes locaux (Heimatgruppen) implantés sur tout le territoire fédéral (chiffre de 1999). La diminution d’effectif due au vieillissement et au désintérêt se fait moins sentir qu’on ne pourrait le croire : sur environ 22 000 expulsés de Braunau après la guerre[11], 4 000 à 5 000 se retrouvent dans les rassemblements bisannuels de l’Association pendant les années soixante ; ils sont 2 200 en 1999 et environ 1 600 en 2001. Le nombre de membres cotisants est de 2 727 personnes en 1963[12], il est de 2 477 en 2006 [13], dont 705 âgés de vingt-neuf à soixante-neuf ans et 1 772 de soixante-dix ans et plus.

En tout, il existe 81 Heimatkreise sudètes qui représentent près de deux mille communes de Bohême, Moravie et Slovaquie. Ils font bel et bien partie de la SL, mais tous les interlocuteurs que nous avons rencontrés n’en étaient pas conscients ; certains ont pu dire qu’ils n’avaient rien à voir avec la SL, organisation politique, mais qu’ils appartenaient à un Heimatkreis, institution apolitique destinée à conserver le souvenir du pays d’origine. Le mot de Heimat convient bien à cette intention : répandu en Allemagne depuis la construction de l’État-nation en 1870, apanage de la société des notables des petites villes et des agglomérations allemandes, sa signification a pu varier au gré des contextes politiques, mais au sortir de la Seconde Guerre mondiale, il est revenu à des connotations proches de ses origines : l’amour de la « petite patrie » ou lieu d’origine, enraciné dans des souvenirs d’enfance, un attachement aux paysages, aux coutumes, des liens de famille et de sociabilité ; cet amour est le moteur d’une façon spécifique d’envisager les relations sociales, où les antagonismes sont transcendés par le dévouement au bien commun de la Heimat. La force du mot « Heimat » réside donc dans le fait de symboliser une unité au-delà des oppositions d’intérêt et d’opinion, d’évoquer certaines « émotions, formes de loyautés et valeurs » qui déclenchent une adhésion automatique chez les participants à la vie publique[14].

Le Heimatkreis s’est efforcé de conserver ces liens d’appartenance et de les exprimer dans le Heimatbuch. Cet ouvrage collectif paraît en 1971, ce qui est relativement tardif : le processus d’intégration économique est désormais presque achevé, le Rideau de fer s’ouvre pour l’Ouest et le Heimatkreis commence à y organiser des voyages en bus. Peut-être le Heimatbuch doit-il servir de guide dans un paysage désormais bien changé par la collectivisation des fermes et l’absence de signes rappelant la présence allemande. Autre facteur possible, la génération arrivée à l’âge adulte, encore formée au pays dans les années trente et quarante, prend sa retraite ; elle dispose donc de temps pour ce lourd projet. Mais laissons de côté ces suppositions pour entrer dans l’analyse.

Le Heimatbuch est à la fois un projet classique et exceptionnel. Classique, car il répond à l’une des tâches assignées au Heimatkreis, celle de conserver la culture des expulsés, objectif prévu dans la Loi des expulsés de 1953 et en partie financé par des fonds publics. Exceptionnel aussi : comparé aux autres publications des associations locales sudètes, le Heimatkreis de Braunau est allé le plus loin. L’ouvrage qu’il a fait paraître en 1971 est ambitieux, il suit une « démarche scientifique » (d’après les termes du vice-président actuel) et entend faire le point sur les connaissances disponibles à propos de Braunau avant 1945. Ce projet a-t-il réussi à tenir son pari de scientificité, c’est-à-dire d’exhaustivité et d’objectivité ? Quel regard ses auteurs construisent-ils sur le pays de Braunau ?

 

Les auteurs du Heimatbuch : un milieu majoritairement de droite

 

En tout, trente personnes ont participé à la rédaction du Heimatbuch ; les textes de quelques-unes, écrivains ou érudits locaux, ont été publiés post mortem[15]. Une première caractéristique s’impose : le mélange entre diplômés de l’université (sur lesquels nous reviendrons par la suite), de spécialistes d’un domaine technique, et d’acteurs politiques de l’entre-deux-guerres. Commençons par ces deux derniers groupes.

Le choix des rédacteurs des sujets techniques est certainement guidé par leur compétence, mais il convient de remarquer que le pays de Braunau, du fait de son lycée scientifique, a formé de nombreux diplômés qui ne se retrouvent pas dans le Heimatbuch. Comment s’est opéré le choix ? Une indication : cinq rédacteurs du Heimatbuch sont des personnalités du Heimatkreis et des membres de la corporation d’étudiants « de vacances » Libertas (Ferialverbindung Libertas[16]) de Braunau, comme le chimiste Friedrich Berndt, l’ingénieur Richard Knittel, le chirurgien Ernst Nowotny[17]. Cette « corporation de vacances » qui regroupait les étudiants originaires de Braunau lorsqu’ils rentraient chez eux pour des rencontres amicales et, aussi, pour effectuer un « travail culturel allemand » auprès des masses, fut fondée en 1881 à Braunau. Beaucoup d’associations fleurirent à cette époque de « combat nationaliste » intense entre Tchèques et germanophones. Entre les deux guerres, ses membres s’engagèrent dans les « associations de défense » culturelles allemandes, notamment dans le Bund der Deutschen (BdD ou Alliance des Allemands) ; ils fournirent organisateurs, orateurs et metteurs en scène aux manifestations du BdD, de l’Association de gymnastique ou de la Fédération culturelle (Kulturverband), enfin plusieurs cadres au Parti sudète. Ce dernier, fondé en 1935 par Konrad Henlein, fut le cheval de Troie nazi en Tchécoslovaquie après que son chef, Konrad Henlein, eut prêté serment à Hitler en novembre 1937. Après l’expulsion, la corporation se reforma en 1955 à l’initiative d’anciens participants – quarante en 1976. Que plusieurs d’entre eux aient accepté d’écrire dans le Heimatbuch reste dans le droit-fil de leur engagement pour leur « petite patrie », un engagement aussi marqué à droite.

De même, les signatures « politiques » du Heimatbuch sont caractérisées par la dominance du milieu nationaliste de l’entre-deux-guerres. Le plus prolifique d’entre eux, qui relate les épisodes-clefs de l’entre-deux-guerres et de l’expulsion, est le responsable du Heimatkreis, Josef Spitzer (1907-1999). Grand organisateur, il est au cœur du milieu de droite de Braunau, et ce depuis les années trente. Son père, Josef Spitzer l’ancien, avait été maire d’un gros village du pays de Braunau ; il était aussi propriétaire d’une imprimerie, les Presses de Bohême orientale, où les journaux locaux du parti agrarien allemand, la Scholle, et du parti nazi, le Deutscher Bote, étaient édités ; rappelons que le parti national-socialiste est d’abord une fondation germanophone de Bohême, supplantée après la Première Guerre mondiale par son homologue allemand sur lequel il aligna sa rhétorique avant son interdiction par Prague en 1933. Spitzer fut d’abord l’assistant du rédacteur de cet organe d’extrême droite, puis devint maire pour le parti sudète en 1938 et responsable nazi cantonal (Kreisleiter) entre 1938 et 1944, date à laquelle il fut enrôlé dans la Wehrmacht (Großdorfer Buch). Après la guerre, il fut fondé de pouvoir à Kirchheim (RFA). Après un temps de lustration, Josef Spitzer reprit la tête du Heimatkreis[18].

Le parcours de Spitzer est emblématique pour ce milieu de droite ayant évolué de plus en plus vers une extrême droite fascinée par l’Allemagne nazie, dominant parmi les rédacteurs politiques du Heimatbuch. Ainsi d’Otto Weisser, l’un des fondateurs du Heimatkreis, à qui échut le difficile honneur de décrire l’entre-deux-guerres. Il fut l’un des fondateurs de l’Association de gymnastique à Wiesen (Konrad Henlein commença sa carrière publique comme président de cette association à tendance très nationaliste). Weisser était très engagé dans le mouvement de défense culturel allemand : il collaborait au Bund der Deutschen, au Kulturverband et à « diverses organisations de la vie publique et politique ». Décoré pendant la Seconde Guerre mondiale, il fut ensuite président local (Ortsobmann) de l’Association sudète dès 1950, puis président cantonal, régional (Württemberg du sud) et enfin membre du Bureau fédéral de la SL[19]. Autre auteur du Heimatbuch, Richard Rosenberg, une personnalité du monde paysan de Braunau, l’un des fondateurs de la section du parti agrarien allemand, très engagé dans la défense de la culture germanique et l’Association de gymnastique ; il fut nommé chef de la paysannerie cantonale par les nazis.

Ce survol rapide ne tient pas compte des nuances qui faisaient que les hommes mentionnés ci-dessus n’étaient pas forcément en faveur du Troisième Reich, mais bien plutôt, comme Spitzer, pour une autonomie des territoires sudètes confinant à l’indépendance. Quoi qu’il en soit, dans les années trente, tous étaient de droite et d’extrême-droite, c’est-à-dire opposés, à des degrés divers, à la République tchécoslovaque et surtout aux partis de gauche. Mais, pour fonder le Heimatkreis d’après 1945, l’objectif était d’aboutir à une représentativité acceptable des anciens habitants de Braunau : il fallait donc « oublier les discordes du passé, étoffer l’organisation du Heimatkreis, appuyer les compatriotes [de Braunau] dans leurs démarches pratiques »[20]. C’est la raison pour laquelle le social-démocrate Karl Gerberich fut sollicité pour participer à la direction de l’association et rallier « des compatriotes ayant d’autres idées » politiques[21]. Gerberich avait été le secrétaire cantonal du parti social-démocrate allemand et, à ce titre, le plus haut responsable de la gauche locale, le parti communiste n’ayant joué qu’un rôle très mineur à Braunau, comme dans la plupart des régions germanophones. Contraint à l’exil par l’arrivée des nazis puis revenu pour occuper des fonctions dans l’administration d’accueil des déplacés (Hesse) et au SPD, Gerberich aurait eu toutes les raisons pour refuser la collaboration avec ses anciens adversaires politiques, mais le contexte avait changé.

Tout d’abord, « construire un pont entre les partis bourgeois et social-démocrate [était désormais] possible grâce au ralliement de tous à la démocratie parlementaire »[22]. Ensuite, Gerberich partageait un certain nombre de vues avec la droite, notamment sur le droit au retour des expulsés dans leur pays d’origine. Principale revendication de la RFA dans les débuts de la Guerre froide envers ses voisins de l’Est, le droit au retour (Heimatrecht) avait été adopté par tous les partis politiques. Dans les archives qu’il a laissées à Bonn (fonds Seliger de la social-démocratie allemande), Gerberich se montre partisan fervent du Heimatrecht et du droit à l’autonomie des Sudètes, assuré par les accords de Munich[23]. Or, entre les années soixante et la décennie suivante, le parti social-démocrate prit progressivement ses distances avec cette revendication irréaliste ; l’Ostpolitik de Brandt aboutit à la nier entièrement, en reconnaissant tacitement le statu quo des frontières est-européennes. Cette évolution déclencha une crise au sein des sociaux-démocrates sudètes. En 1971, Gerberich affirme dans une lettre à un Sudète émigré au Canada, Ludwig Lowit, que « si le gouvernement fédéral a l’extrême complaisance de déclarer les ‘accords de Munich’ ‘nuls et non avenus’ depuis le début, comme l’exigent les communistes tchécoslovaques, je répliquerai en rendant ma carte du SPD »[24].

Fervent défenseur du droit au retour, Gerberich partageait donc la même conception du « petit pays » que ses anciens adversaires de droite. Leur collaboration au sein du Heimatbuch n’a donc guère posé de problème. Outre qu’ils étaient menés par le vœu de représenter l’ensemble des tendances politiques des anciens habitants de Braunau, les auteurs du Heimatbuch voulaient faire un ouvrage valable sur le plan scientifique. Qu’entendaient-ils par là ? Qu’est-ce qui faisait, à leurs yeux, le caractère scientifique de l’ouvrage et la cohérence de leur démarche ?

 

Le projet de recherche du Heimatbuch

 

De fait, lorsqu’on ouvre le Heimatbuch pour la première fois, on est frappé par l’approche plutôt descriptive, qui paraît faire le tour des différents traits du pays de Braunau : une Heimatkunde (histoire et géographie locales) approfondie, mais qui ne semble pas suivre de théorie particulière. La table des matières, divisée en neuf chapitres, donne un panorama complet du pays de Braunau des origines à nos jours. Comptes rendus du paysage, des arts, de l’économie, de l’histoire, également de l’expulsion et du « nouveau départ » après 1945 : rien qui, a priori, traduise un projet dépassant un souci d’exhaustivité limité par l’accès aux archives tchécoslovaques (impossible en 1971) et des silences alors assez habituels (l’ensemble est peu approfondi sur la Seconde Guerre mondiale). Un trait se dégage : l’importance donnée d’une part à l’histoire du pays de Braunau, d’autre part à l’ethnologie. Le lien entre les deux est constant, approfondissons-le.

Observons tout d’abord que cette démarche n’est pas nouvelle. La base de l’histoire locale est la monographie des « associations d’instituteurs de Braunau » parue en 1894, qui mêle étroitement histoire et folklore[25]. L’une de ses auteures est l’association d’enseignants dite Deutscher Schulverein (Association scolaire allemande) fondée en 1880[26] pour renforcer la présence allemande dans les confins de peuplement mixte et contre la diffusion de l’enseignement technologique (Realschule) tchèque. Elle trouva un large écho dans la bourgeoisie cultivée[27] ; on peut penser que le manuel de 1894 n’était pas indemne de ces débats qui visaient à préserver la prééminence traditionnelle allemande. En effet, depuis les lois constitutionnelles de 1867, les autres peuples avaient la possibilité de se développer et la part des Allemands régressait[28]. En 1897, des combats de rue eurent lieu entre germanophones et tchécophones lorsque le gouvernement Badeni décida d’obliger tous les fonctionnaires de Bohême à maîtriser le tchèque comme l’allemand à partir de 1901, alors qu’auparavant, l’allemand était la seule langue administrative ; les ordonnances Badeni furent finalement abrogées deux ans plus tard. En 1904, le docteur Eduard Langer, érudit et collectionneur, gendre du plus grand industriel de Braunau et fondateur d’une « association culturelle de Bohême orientale », écrivait :

« Nous devons songer en premier à l’assaut tchèque sur la Bohême orientale allemande qui a pris, ces derniers temps, des formes de plus en plus sensibles et menaçantes, dont la cause est la soif de conquête planifiée, calculée de notre adversaire national et de ses associations de tchéquisation dans nos régions, particulièrement la národní jednota severočeská […]. Son œuvre a pour but de détruire l’unité linguistique allemande de notre territoire »[29].

Revenons au manuel de Braunau. Dans leur préface, ses auteurs sont peu diserts sur leur entreprise. Cet ouvrage est destiné « au cours de Heimatkunde », c’est-à-dire celui de la connaissance du pays de Braunau, avec deux longues parties historique et folklorique, les sciences naturelles et la géographie se partageant quelques pages. Peut-être remplissent-ils un programme d’enseignement qui leur est imposé ; peut-être aussi sont-ils mus par des sentiments comparables à ceux du recteur de l’Université allemande de Prague pour qui, en 1907, la Volkskunde (études folkloriques ou ethnologiques) est indispensable : on ne peut se passer de la connaissance des paysages, des provinces et des régions pour connaître le caractère d’un peuple, puisque somme toute, l’homme est le « produit du sol » sur lequel il vit ; la Volkskunde a pour but de trouver « la formule scientifique de l’âme du peuple »[30].

Dans l’entre-deux-guerres, la Volkskunde revêt une importance de premier plan dans l’ensemble du paysage universitaire germanophone, particulièrement pour les Allemands des Sudètes. Enseignée aux futurs instituteurs et professeurs germanophones grâce aux excellentes relations que les ethnologues-folkloristes entretiennent avec le département des études allemandes de Prague, elle a pour but d’étudier ce qui est devenu l’objet principal des recherches de langue allemande après le traité de Versailles : non plus l’État qui a failli, mais le peuple. Le peuple allemand, entité considérée d’un bloc, notamment celui qui vit hors des frontières de l’Allemagne, où son combat pour s’affirmer doit servir de modèle à l’Allemagne battue et humiliée et dont la culture, moins altérée par l’industrialisation, permettra de régénérer l’ensemble de la nation[31]. Le peuple qui, pour les Sudètes ayant perdu leur point de repère viennois en 1918, doit leur livrer l’orientation intérieure dont ils ont besoin dans un État tchécoslovaque ressenti comme imposé, auquel beaucoup ne font pas confiance.

Pour cet objet inédit, la recherche fait appel à de nouvelles méthodes : « Qui veut comprendre l’individualité du peuple allemand doit connaître son histoire ; qui veut comprendre son histoire doit s’instruire sur son devenir, sur l’espace où il a évolué »[32] et sur ses réalisations : constructions, costumes, chansons et coutumes. L’alliance de l’histoire et du folklore n’est donc pas fortuite : elle est indispensable pour recueillir des phénomènes culturels qui mettent en évidence l’essence même du peuple allemand[33].

L’apparente dispersion du Heimatbuch n’est donc pas le fruit du hasard si l’on remonte aux traits propres à l’historiographie sudète dans l’entre-deux-guerres. Toutes les contributions qui ne font pas appel à des connaissances techniques (comme celles sur la biologie ou la géologie du petit pays), relèvent de ce projet qui allie histoire et études à tendance ethnologique sur les dialectes parlés dans les différents villages, les noms de famille et de lieu, l’architecture paysanne, les costumes folkloriques.

Pourquoi avoir poursuivi ces projets qui, en 1971, sont déjà anciens ? Anciens, mais non dépassés : les promoteurs de cette histoire ethnologique ont pu poursuivre leur carrière sans anicroche pendant et après le Troisième Reich ; ce qui fait que le point de vue du Heimatbuch n’est guère surprenant. Cherchons tout de même les points communs des hommes qui ont rédigé ces contributions : Siegmund Rosezin sur les « noms de lieu », Ernst Führlich sur ceux des familles, Richard Knittel et Gustav Kilian Ringel sur les dialectes, Cölestin Junger sur le costume paysan, Richard Rosenberg sur la maison paysanne du pays de Braunau. À cela s’ajoutent les articles historiques d’Hugo Herrmann et du Père Beda Menzel. Une première ressemblance semble se dégager : certains de ces auteurs (Fürlich, Herrmann, Menzel, Rosezin et Ringel) ont obtenu leur titre de docteur à l’Université allemande de Prague (les premiers dans les sciences humaines, le dernier en architecture). Mais c’était à des dates très différentes (de 1924 à 1940)[34]. Or, l’université n’était pas un bastion monolithique et nationaliste avant sa mise au pas par les nazis, qui a duré de 1938 à 1942 ; sans indication supplémentaire sur le cursus de nos auteurs, il n’est pas possible de conclure sur l’orientation plus ou moins nationaliste de leur formation. De plus, comme les autres n’ont pas fait d’études, l’hypothèse d’un projet commun tombe.

La clef que nous cherchons se trouve bien plutôt en la personne du docteur Hugo Herrmann, archiviste de l’Association de Braunau et inspirateur du Heimatbuch. En 1971, Herrmann est professeur de lycée à la retraite. Mais avant l’expulsion, il a travaillé entre 1940 et 1945 comme fonctionnaire détaché à l’Institution pour la recherche nationale de Reichenberg (Reichenberger Anstalt für Volksforschung). Or, il s’agissait d’un établissement à caractère très politique puisqu’il a été fondé en 1940 pour épauler l’administration nazie du Gau sudète (division administrative du Troisième Reich, présidée par Henlein). Il avait pour mission de donner priorité aux recherches d’intérêt politique ou économique qui serviraient directement les buts nazis. Après la création en 1942 de la fondation S. S. Heydrich, les deux institutions dominent la recherche en Bohême-Moravie : l’Université allemande de Prague (la tchèque a été fermée) est en pleine aryanisation et quasiment paralysée jusqu’au milieu de la guerre[35]. À Reichenberg, Herrmann occupe une place rare, car l’institution qui, sinon, mobilise plus de trois cents chercheurs issus d’autres établissements, n’emploie que quatre fonctionnaires à plein-temps en plus de quelques employés ; il travaille à la section tchèque dont les résultats servent à germaniser le Protectorat (le reste de la Bohême-Moravie), c’est-à-dire à évaluer le degré de pénétration de l’influence allemande dans les formes culturelles et les familles tchèques, pour sélectionner celles qui seront dignes de survivre dans le Grand Reich.

Il ne semble pas qu’Hugo Herrmann se soit élevé à une renommée particulière ; dans les rapports d’activité, il est cité comme simple collaborateur et se contente d’être le secrétaire de rédaction de publications collectives[36]. Ceci n’empêche pas que son curriculum permette de mieux comprendre le projet historiographique du Heimatbuch de 1971. Ainsi cet ouvrage ne fait-il aucune place à d’autres apports culturels que ceux considérés comme purement allemands. Ce n’est qu’en 1998 qu’une recherche est lancée par le Heimatkreis pour retrouver la trace des « anciens concitoyens juifs » ; ce n’est qu’en 2007 que le bulletin de l’association publie, pour la première fois, un article du directeur actuel du musée de Braunau/Broumov[37].

 

 

En somme, l’ambitieux projet du Heimatkreis a atteint, avec la publication du Heimatbuch en 1971, à la fois son achèvement et ses limites. Achèvement, car il donne un aperçu fidèle et assez complet des points de vue et des démarches interdisciplinaires qui ont modelé la perception locale du pays de Braunau au XXsiècle. Limites, car ce projet s’inscrit encore dans les cadres mentaux des années quarante. Il s’interdit toute histoire culturelle croisée, un présupposé qui ne s’explique pas seulement par l’accès difficile des sources pendant la Guerre froide, mais aussi par la formation des auteurs principaux à une histoire et une ethnologie visant à établir la prédominance de la culture allemande en Europe centrale.



*   Titulaire d’une thèse de doctorat « Les Allemands des Sudètes et l’Allemagne, mutations des identités de groupe. L’exemple de Braunau en Bohême », soutenue en 2007 à Paris I, sous la direction de Robert Frank et d’Étienne François.

[1]    Interview de décembre 2001 avec Anna Mettke (pseudonyme), née en 1925 à Schönau/Šonov près de Braunau, couturière puis femme au foyer, habitant en Basse-Saxe. En tout, soixante-et-un récits de vie ont été recueillis auprès de Sudètes installés à l’ouest comme à l’est de l’Allemagne.

[2]    Heimatkreis Braunau/Sudetenland [Association de Braunau, Pays sudète], Das Braunauer Land. Ein Heimatbuch des Braunauer Ländchens, des Adersbach-Wekelsdorfer und Starkstädter Gebietes [Le pays de Braunau. Un livre de la patrie pour les territoires de Braunau, Adersbach-Wekelsdorf et Starkstadt], Forchheim, 1971.

[3]    À ses débuts, la direction de la SL comptait un social-démocrate d’envergure, Wenzel Jaksch ; mais après sa mort accidentelle en 1966, il n’a pas été remplacé et l’ouverture politique des débuts, même symbolique, n’a pas été poursuivie.

[4]    Abdelmalek Sayad, La double absence. Des illusions de l’émigré aux souffrances de l’immigré, Paris, Éditions du Seuil, 1999, p. 187.

[5]    Les Alliés craignaient les revendications des expulsés et leur interdirent toute réunion dans l’immédiat après-guerre. À l’Ouest, des associations de réfugiés sudètes purent toutefois se constituer de façon semi-informelle dès 1946-1947, grâce à la protection des Églises, seules institutions à jouir d’une liberté relative.

[6]    L’ensemble des Braunauer Rundbriefe (par la suite BR) se trouve dans les archives de l’Association dans son musée (Heimatmuseum) à Forchheim (Bavière), archives que nous désignerons dans les notes suivantes par l’abréviation HM.

[7]    BR 1986/3, p. 3.

[8]    « Chronik Heimatkreis Braunau », tapuscrit d’Arnold Raab, version de décembre 2000. Je remercie M. Raab de m’avoir confié un exemplaire (non définitif) de sa chronique. Voir aussi Braunauer Rundbrief 2007/3, p. 320, la lettre du lecteur Gerhard Gürsch à propos de Josef Spitzer (« So kannten wir Dipl.-Kfm. Josef Spitzer » [C’est ainsi que nous connaissions Josef Spitzer]). G. Gürsch se présente comme l’un des fondateurs du Heimatkreis.

[9]    Bernard Parisius, « Flüchtlinge und Vertriebene in Osnabrück und im Osnabrücker Land » [Réfugiés et expulsés à Osnabruck et dans les environs] , in Klaus J. Bade, Hans-Bernd Meier, Bernhard Parisius (dir.), Zeitzeugen im Interview. Flüchtlinge und Vertriebene im Raum Osnabrück nach 1945 [Témoins interviewés. Réfugiés et expulsés à Osnabruck et aux alentours après 1945], Osnabrück, Universitätsverlag Rasch, 1997, p. 13-91. Ici p. 84-85.

[10]   Le plus important était le BHE (Bloc des Déracinés et des Citoyens dépourvus de leurs droits) qui avait rassemblé 58% des expulsés bavarois aux élections parlementaires régionales de 1950 (ce qui représentait 12,3% de l’électorat) ; dans certaines régions comme la Souabe bavaroise, la Bavière inférieure et la Franconie supérieure, les expulsés étaient encore 45% à voter pour lui en 1958. D’après Peter Zeitler, « ‘Politik von Flüchtlingen – für Flüchtlinge’. Leben und Wirken zweier Oberfränkischer Nachkriegspolitiker » [‘La politique des réfugiés, pour les réfugiés’. Vie et action de deux personnalités politiques de Franconie supérieure], in Rudolf Endres (ed.), Bayerns vierter Stamm. Die Integration der Flüchtlinge und Heimatvertriebenen nach 1945 [La quatrième tribu bavaroise. L’intégration des réfugiés et des expulsés après 1945], Cologne, Böhlau, 1998, p. 95-117. Ici p. 98.

[11]   Chiffre donné par Lenka Tvrfková (réd.) dans Vom Kreuz zur Versöhnung [De la croix à la réconciliation], Teplice 2002, p. 16 (ouvrage édité par la ville de Teplice nad Metují, les associations INEX et « Tuž se, Broumovsko » [Bouge-toi, pays de Braunau !]).

[12]   Carton « Braunauer Heimattage » [Rassemblements bisannuels de Braunau]  (1963), HM.

[13]   Jahresbericht 2006 [Compte rendu annuel 2006], p. 9. La cotisation est de six euros par an.

[14]   Celia Applegate, A nation of provincials. The German idea of homeland in the Rhenish Pfalz 1870-1955, Université de Stanford, fac-similé de thèse, 1992, p. 12, p. 17 et p. 354.

[15]   Sources des biographies : annexe du Heimatbuch, p. 756-757, et archives du Heimatkreis, carton 16/6, « auteurs du HB ».

[16]   Sources : Hugo Herrmann, « Akad.-Techn. Heimatverbindung ‘Libertas’ Braunau », rapport de 1976, HM 12a/24 ; « Geschichte der Akad.-Techn. Heimatverbindung ‘Libertas’ Braunau » [Histoire de l’association étudiante universitaire et technique Libertas de Braunau] (chronique), HM 12a/32, pas de nom d’auteur.

[17]   Le Dr. Ernst Nowotny (1899-1979) a rédigé la rubrique de botanique du « livre de la patrie ». Fils de l’industriel Josef Nowotny, c’était un chirurgien réputé qui, malgré son opposition au nazisme, put rester Primarius de l’hôpital de Braunau (qu’il avait étendu) pendant la guerre ; en décembre 1945, il devint médecin du camp de Halbstadt. Sa femme et ses enfants furent évacués par un transport anti-fasciste, tandis qu’il pouvait prouver son innocence dans deux procès qui lui furent intentés avant son expulsion devant le Tribunal populaire. Il continua ensuite son activité en Allemagne, avec le même succès. Il nourrissait une passion pour la botanique et, à côté d’un herbier de valeur qu’il réussit à emmener de Tchécoslovaquie avec lui, il publia en 1963 une Promenade botanique à travers le Pays de Braunau. D’après Richard Knittel, « Primarius Dr. Ernst Nowotny in memoriam », in BR (sans date : 1979 ou 1980), p. 314, HM carton « concitoyens juifs » ; Karl Gerberich, « Der Chirurg aus Braunau in Böhmen » [Le chirurgien de Braunau en Bohême], Sudetendeutsches Jahrbuch 1973, p. 124-125.

[18]   BR 2007/3, p. 320 et archives régionales d’État de Litoměřice (République tchèque), fonds : župní vedení NSDAP (direction territoriale du parti national-socialiste), kartón 2, NSDAP Broumov/Braunau.

[19]   Otto Weisser, né en 1909 à Hermsdorf (pays de Braunau), était journaliste et rédacteur. Il parlait tchèque (il traduisit des publications se rapportant à l’année 1938) et fit paraître les écrits de Hubert H. Birke en dialecte, dans un petit livre intitulé A Stuckla Haimt. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il fut chargé de conserver « des biens culturels russes » avec rang de capitaine. Après la guerre, il devint rédacteur à Reutlingen ; il rédigea le supplément du Heimatkreis dans le Braunauer Rundblatt à partir de 1967. D’après Josef Spitzer, « Otto Weisser – 70 Jahre » [Pour les 70 ans d’O. Weisser], in BR 1979 ou 1980, p. 315, extrait non daté conservé (sans doute par erreur) au Heimatmuseum dans le carton « concitoyens juifs » ; BR 2004/4, p. 107 ; BR 1986/3, p. 2, « Vierzig Jahre Braunauer Rundbrief [40 ans de BR] ».

[20]   « Chronik Heimatkreis Braunau » d’A. Raab, p. 2.

[21]   Ibid. Le social-démocrate Josef Märkel a également fait partie des fondateurs du Heimatkreis. Karl Gerberich (1898-1991), secrétaire du parti social-démocrate allemand, le DSAP, dans le pays de Braunau avant 1938, avait émigré au Royaume-Uni pendant la guerre. Il revint en Allemagne de l’Ouest après 1945 où il fut secrétaire aux expulsés du parti social-démocrate (SPD) du Bade-Wurtemberg, puis fonctionnaire au ministère de l’Intérieur hessois (BR 1991/3, p. 14).

[22]   D’après la réponse du Dr. Walter Becher le 12 février 1968 au social-démocrate Ernst Paul qui le félicitait de son élection comme porte-parole de la SL au nom de l’organisation sudète social-démocrate, la Seliger-Gemeinde (communauté Seliger), archives de la social-démocratie allemande (AsDSA), fonds Seliger-Gemeinde, carton M 890.

[23]   D’autres têtes sociales-démocrates de Braunau ont défendu cette politique, comme le directeur de la coopérative ouvrière Ernst Rambauske (voir Detlef Brandes, Der Weg zur Vertreibung 1938-1945. Pläne und Entscheidungen zum ‚Transfer’ der Deutschen aus der Tschechoslowakei und aus Polen [Vers l’expulsion 1938-1945. Plans et décisions du ‘transfert’ des Allemands de Tchécoslovaquie et de Pologne], Munich, Oldenbourg, 2001, p. 74).

[24]   AsDSA, fonds Seliger-Gemeinde, carton M 890, correspondance de K. Gerberich avec le Canada.

[25]   Associations des professeurs et instituteurs du district scolaire de Braunau, Braunauer Heimatkunde [Histoire, géographie et coutumes locales], Braunau en Bohême, Johannes Swirak, 1894, 245 pages.

[26]   Dans l’empire comme à Braunau. Chronique du Père Vinzenz Maiwald, Das Buch der Heimat [Le livre de la patrie], tapuscrit sans date (avant 1938), p. 342 ; conservée aux archives cantonales de Náchod.

[27]   Gerhard Weidenfeller, VDA Verein für das Deutschtum im Ausland. Allgemeiner Deutscher Schulverein (1881-1918). Ein Beitrag zur Geschichte des deutschen Nationalismus und Imperialismus im Kaiserreich [L’Association pour la germanitude à l’étranger. L’Association scolaire allemande générale (1881-1918). Contribution à l’histoire du nationalisme et de l’impérialisme allemand sous l’empire], Berne, Herbert Lang, et Francfort-sur-le-Main, Peter Lang, 1976. Ici p. 375 ; Werner Drobesch, « Der Deutsche Schulverein 1880-1914 unter besonderer Berücksichtigung Sloweniens » [L’Association allemande scolaire 1880-1914 ; l’exemple slovène], Geschichte und Gegenwart (Graz), 12/1993/4, p. 195-212. Ici p. 196.

[28]   En 1913, les écoles primaires, les établissements d’enseignement secondaire et la proportion des étudiants germanophones de la double-monarchie ne représentent plus qu’environ 40% de l’ensemble de la double-monarchie. Jean-Paul Bled, « Les Allemands d’Autriche et la question nationale (1850-1918) », Revue d’Allemagne, 28/1996/1, note 34.

[29]   Dr. Eduard Langer, « Braunau », Volkskunde, 1904, 4e volume, cité par Friedrich Pausewang in « Schulverein – Kulturverband », souvenirs rédigés pour le Heimatkreis. Archives du Heimatkreis, carton 11a/6, p. 2. F. Pausewang est un directeur d’école du pays de Braunau qui a contribué à monter un réseau d’éducation populaire dans les années 1920.

[30]   August Sauer, discours d’inauguration de l’année universitaire 1907-1908, cité par Walter Dehnert, « Volkskunde an der deutschen Universität Prag 1918-1945 » [Études ethnologiques à l’Université allemande de Prague entre 1918 et 1945], in Kurt Dröge, Alltagskulturen zwischen Erinnerung und Geschichte: Beiträge zur Volkskunde der Deutschen im und aus dem östlichen Europa [Cultures quotidiennes entre souvenir et histoire : contribution à l’ethnologie des Allemands de et en Europe de l’Est], Munich, Oldenbourg, 1995, p. 197-212. Ici p. 198.

[31]   Willi Oberkrome, Volksgeschichte : methodische Innovation und völkische Ideologisierung in der deutschen Geschichtswissenschaft 1918-1945 [L’histoire du peuple : innovations méthodologiques, idéologie nationaliste et racisme dans l’historiographie allemande de 1918 à 1945], Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 1993, p. 22-23.

[32]   Propos de l’historien et archiviste Erich Keyser de Dantzig, cité par W. Oberkrome, ibid., p. 61.

[33]   Martin Zückert, « Die Volkskunde als Nachbardisziplin der ‘sudetendeutschen’ Geschichtsschreibung [L’ethnologie, une discipline proche de l’historiographie ‘sudète’] », in Stefan Albrecht et al., Die ‘Sudetendeutsche Geschichtsschreibung’ 1918-1960, Munich, Oldenbourg, 2008, p. 183-199. Ici p. 199.

[34]   L’ingénieur Richard Knittel a rédigé le chapitre sur le dialecte de Braunau, mais il s’agit sans doute d’un hobby, puisqu’en fait c’est un spécialiste des chemins de fer.

[35]   Alena Misková, « Die deutsche Universität Prag im Vergleich mit anderen deutschen Universitäten in der Kriegszeit », [L’Université allemande de Prague comparée à d’autres universités allemandes pendant la guerre], in Hans Lemberg (dir.), Universitäten in nationaler Konkurrenz. Zur Geschichte der Prager Universitäten im 19. und 20. Jahrhundert [Universités en concurrence nationale. Sur l’histoire des universités à Prague aux XIXe et XXe siècles], Munich, Oldenbourg, 2003, p. 167-176. Ici p. 171 sq.

[36]   Cf., par exemple, le rapport de 1942 (Sudetendeutsches Landes und Volksforschungsanstalt, Aufgabe und Leistung, Reichenberg 1942, p. 10).

[37]   Un tel retard peut s’expliquer aussi pour des raisons de personnes, le directeur actuel étant plus à l’aise pour communiquer en allemand et avec des Allemands.