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Jessie Lhoste, La diplomatie française face à la crise du Biafra, 1966-1970

La diplomatie française face à la crise du Biafra, 1966-1970

 

 

Bulletin n° 27, printemps 2008

 

 

 

Jessie Lhoste*

 

 

Le Nigeria dans les années 1960

 

Au milieu des années 1960, le Nigeria, ancienne colonie britannique, est l’un des pays les plus peuplés d’Afrique[1] mais aussi l’un des plus riches du continent, grâce à une denrée très convoitée, l’or noir. Ces gisements, découverts à la fin de la Seconde Guerre mondiale, étaient principalement localisés à l’est du pays, dans la région orientale, c’est-à-dire le futur Biafra.

Si l’Ouest et l’Est étaient des régions très dynamiques et prospères – qui s’étaient ouvertes très rapidement au monde extérieur, notamment à l’Occident, le Nord – qui représentait environ 60% de la population totale du Nigeria, était resté longtemps en retrait et en marge du monde moderne, ancré dans un strict féodalisme, avec des structures très hiérarchisées. Ces trois régions, qui constituaient la Fédération du Nigeria, correspondaient à peu près à la répartition des trois grands groupes ethniques dominants du pays[2]. L’ethnie majoritaire peuplant le Nigeria était celle des Haoussas[3], les musulmans peuplant le nord du pays. Conservateurs et hostiles à toute forme de modernité, éloignés de toutes préoccupations démocratiques, les Haoussas pouvaient compter sur le soutien des Britanniques, ces derniers s’étant appuyés sur les Émirats du Nord pour gouverner et conserver une influence après la décolonisation, notamment grâce au système de l’« Indirect Rule »[4]. Les féodaux du Nord étaient majoritaires dans le pays, et du fait de cette majorité démographique[5], ils dominaient largement la vie politique du Nigeria. La seconde ethnie importante du pays était celle des Yorubas, qui peuplaient le sud-ouest du pays. Ces derniers représentaient environ huit millions de personnes et cohabitaient dans la région avec d’autres ethnies comme les Ijaws et les Edos. Les Yorubas s’étaient retrouvés très tôt en relation avec l’Occident[6], ce qui leur avait permis de s’industrialiser rapidement et de dynamiser leur région. Musulmans pour la plupart, ils avaient des structures beaucoup moins hiérarchisées que celles des Haoussas et ne refusaient pas la modernité. Ils avaient su tirer profit de l’opportunité que leur avait apporté la présence des Européens dans le pays. Enfin, la troisième grande ethnie du Nigeria était celle des Ibos[7], chrétiens peuplant la région Est du pays. Les Ibos étaient individualistes et la famille constituait leur unité sociale de base. Contrairement aux populations du Nord, l’ethnie Ibo était très active, dynamique et bien organisée. Proches des Yorubas par certains aspects de leur mode de vie, notamment par leur dynamisme et leur modernisme, ils avaient eux aussi été très tôt en contact avec les Européens, en particulier grâce à leur positionnement le long des côtes, ce qui leur avait permis d’avoir un accès assez large à l’instruction[8]. Ainsi, les Ibos occupaient la plupart des postes à haute responsabilité du pays, que ce soit dans le domaine de l’administration, de l’éducation ou bien encore de l’armée[9]. Leur omniprésence dans ces postes de cadres faisait d’eux les élites du pays. De plus, la région du Sud – et particulièrement celle du Sud-Est, avait connu un rapide essor économique, ayant pour conséquence d’effrayer les populations du Nord qui craignaient alors de perdre leur assise politique sur l’ensemble du pays. Face à cette fulgurante ascension économique du Sud, le Nord du pays, beaucoup moins dynamique, se mit soudainement à se méfier de la très grande prospérité de la région orientale et de ses habitants. Les Haoussas pensèrent que les Ibos pouvaient leur faire de l’ombre et les éloigner du pouvoir. Cette réserve grandissante à l’égard de l’Est et de sa population, avait induit une réaction d’autodéfense systématique chez les Nordistes : les Haoussas craignaient les Ibos. Si l’on ajoutait à cette méfiance les rivalités d’ordre ethnique et les luttes de classes, qui existaient depuis longtemps entre ces deux populations, le moindre événement pouvait détériorer rapidement la situation.

L’inévitable conflit

 

Les élections législatives du mois de décembre 1964 furent les prémisses du conflit dans le pays. Au cours de leur déroulement, le Premier ministre fédéral, Sir Abubakar Tafewa Balewa, nordiste, décida de rompre avec le docteur N’Namdi Azikiwe, Ibo et Président de la République fédérale du Nigeria, puisqu’il ne voulait pas le reconduire dans ses fonctions de Premier ministre. Le désaccord entre les deux hommes provoqua une grave crise qui eut pour conséquence des manifestations de violence, localisées[10] notamment dans la capitale Lagos ainsi qu’à Benin, ceci dans le but du report des élections. L’agitation gagna très vite l’ensemble des régions à cause, à la fois de nombreuses irrégularités dans la préparation des élections, mais aussi des exécutions de certains opposants. L’unité du Nigeria était ainsi clairement menacée. Le président de la République, N’Namdi Azikiwe, craignait que la situation ne s’aggrave et avait de plus en plus peur que l’éclatement du pays ne devienne inévitable. Ce fut effectivement le cas avec les deux coups d’État militaires qui eurent lieu au cours de l’année 1966, et qui conduisirent inéluctablement à l’éclatement de la Fédération du Nigeria.

Malgré l’organisation de nombreuses conférences pour tenter de trouver un compromis entre les deux parties, notamment la conférence d’Aburi au Ghana qui s’était tenue les 4 et 5 janvier 1967, la situation se dégrada jusqu’à ce que l’Assemblée consultative de la région de l’Est du Nigeria ne mette définitivement un terme à la réconciliation nationale, le 26 mai 1967, en votant la sécession de la province orientale. La séparation était alors inévitable, et le 30 mai 1967 le lieutenant-colonel Ojukwu déclarait l’indépendance de la région orientale du Nigeria qui devenait alors la République du Biafra[11]. Le gouvernement fédéral déclara immédiatement l’état d’urgence et, dans un premier temps, le colonel Gowon décréta l’instauration d’un blocus contre la jeune République du Biafra afin de l’étouffer et de l’isoler économiquement. Mais le blocus n’ayant pas les répercussions escomptées, le gouvernement fédéral du colonel Gowon décidait finalement de faire usage de la force. La véritable première offensive des troupes fédérales eut lieu le 6 juillet 1967. La guerre du Biafra était ainsi déclarée, bien que le gouvernement fédéral de Lagos dise à ce moment-là qu’il ne s’agissait que d’une banale « opération de police ».

Inévitablement, pendant ces trois longues années de guerre et de combats acharnés qui suivirent, se déroula un véritable drame humain dans lequel l’aspect humanitaire apparaît comme un élément incontournable. Qu’elles aient été publiques ou privées, de nombreuses organisations humanitaires sont intervenues pour venir en aide au peuple biafrais, et ce n’est qu’au début du mois d’août 1968 que les premières images d’enfants biafrais affamés, avec leurs ventres ballonnés, apparaissaient sur les écrans de la télévision française. Les terribles souffrances dont la population civile était victime avaient réussi à réveiller la conscience de l’opinion internationale, et même à la mobiliser[12] grâce à une propagande habile et intensive menée de main de maître par le lieutenant-colonel Ojukwu. En effet Ojukwu avait parfaitement su instrumentaliser la presse internationale et toutes sortes de médias pour soutenir sa cause.

 

 

L’internationalisation du conflit et la position originale de la France

 

Les gouvernements des grandes puissances prirent part, eux aussi, au conflit. Pour des raisons diverses, chacune d’entre elles s’impliqua de façon plus ou moins importante et plus ou moins directe dans cette crise fratricide qui mettait en péril l’unité même du « géant » africain, mais aussi l’équilibre de la région. De nombreux intérêts économiques et pétroliers étaient en jeu, ainsi que le désir, pour certains pays, de protéger ou de développer leur influence sur le continent africain. La plupart des pays se rangèrent du côté du gouvernement fédéral du général Gowon, dont la Grande-Bretagne et l’URSS qui aidèrent massivement les autorités fédérales. Pour des raisons de prudence internationale, certains gouvernements étrangers ne se s’investirent pas véritablement dans le conflit. Ils tentèrent alors de pallier leur désengagement en apportant une assistance humanitaire à la population biafraise gravement touchée par la famine, notamment les enfants. Quelques pays, peu nombreux, comme le Portugal de Salazar, l’Espagne de Franco, la Chine populaire, ou bien encore l’Afrique du Sud prirent fait et cause pour la région sécessionniste. Pour sa part, la France, soutint une position originale et tout à fait inattendue.

En effet, à travers l’exercice d’une double action diplomatique, la France fut on ne peut plus ambiguë dans ce conflit. Car deux acteurs diplomatiques ont agi chacun dans leur sens, en totale contradiction : d’un côté, il y eut une diplomatie officielle, menée par le ministère des Affaires étrangères, et de l’autre, une diplomatie officieuse, secrète, émanant directement de l’Élysée. Ces deux acteurs diplomatiques français eurent des visions totalement opposées de l’action à mener au Nigeria.

 

 

 

La position du ministère des Affaires étrangères

 

Le ministère des Affaires étrangères était clair : la France était contre la sécession biafraise et soutenait officiellement le gouvernement fédéral nigérian. Mais, la tâche qui incombait sur place au ministère des Affaires étrangères n’était pas du tout évidente. Lorsque Marc Barbey prit ses fonctions d’ambassadeur à Lagos, le contexte de violence dans lequel se trouvait le Nigeria, les relations tendues entre Lagos et Paris[13] ou encore l’existence de multiples organismes en charge des dossiers africains et la prépondérance de l’Élysée en matière de politique étrangère, ne lui facilitèrent guère la tâche. Pourtant la ligne de conduite du Quai fut toujours claire, puisqu’à chaque rencontre avec les autorités fédérales, les ambassadeurs français qui se sont succédé au Nigeria n’ont cessé d’affirmer que la France ne changerait pas de position, et qu’elle ne reconnaîtrait jamais la région sécessionniste du Biafra. Étant donné qu’en terme de droit international, la sécession biafraise ne pouvait pas être valable, cette position du Quai d’Orsay semblait plutôt cohérente. Pour que les Biafrais puissent s’ériger en tant que nation, il aurait fallu que les quatorze millions de personnes qui peuplaient la région Est soient Ibos. Or, plus de six millions de personnes vivant dans cette région appartenaient à des ethnies minoritaires qui n’aspiraient pas nécessairement à l’indépendance de la région orientale. Maurice Couve de Murville, alors ministre des Affaires étrangères[14], ne donnait d’ailleurs aucune chance à la sécession biafraise de résister au géant nigérian, bien mieux armé et soutenu par les Britanniques et l’URSS. Il s’opposait totalement à ce que la France apporte un soutien militaire aux sécessionnistes.

La position du Quai d’Orsay est intéressante à analyser dans la mesure où à cette époque, la politique étrangère émanait directement de l’Élysée. Le Quai d’Orsay, dont le rôle consistait à mettre en œuvre la ligne politique choisie par le président de la République, fut bien seul dans cette crise nigéro-biafraise, et souvent même, doublé par l’Élysée. Entre ces deux institutions, il n’y eut ni communication ni convergence.

Comment expliquer cette incohérence entre la position du Quai d’Orsay – qui soutenait le gouvernement fédéral, et l’Élysée – qui, sans jamais reconnaître le Biafra officiellement, l’avait pourtant soutenu clandestinement dans le conflit l’opposant à la Fédération du Nigeria ?

 

La position de l’Élysée

 

La France était intervenue dans une guerre qui ne la concernait pas directement, puisque la Fédération du Nigeria, pays africain anglophone, ne faisait pas partie de sa zone d’influence directe en Afrique mais de celle de la Grande-Bretagne. Bien qu’ayant été très distant des événements au début de la crise, le général de Gaulle avait finalement décidé de soutenir le Biafra alors que ce dernier ne l’avait obtenu que de très peu de pays à travers le monde.

Les raisons qui avaient poussé de Gaulle à agir ainsi étaient son désir de voir un Nigeria morcelé, amputé de la riche région qui mettait à mal le grand Nigeria, mais qui, indirectement, touchait ainsi le Commonwealth et la Grande-Bretagne. Le Nigeria affaibli pouvait bien évidemment avoir une moindre influence sur ses voisins, pays africains francophones encore fortement influencés par la France. Certes, en choisissant de venir en aide au Biafra, le général de Gaulle espérait peut-être qu’une victoire biafraise lui permettrait d’acquérir le contrôle de certains gisements pétroliers situés dans la région orientale. Mais ce n’était pas la raison principale qui l’avait fait basculer du côté des Biafrais, et même si de Gaulle voyait le conflit du Nigeria comme une aubaine, il ne pensait pas pour autant que la France puisse y jouer un rôle. En fait, le soutien français au Biafra n’aurait sans doute pas vu le jour sans l’intervention de deux hommes.

À l’époque de la crise du Biafra, un personnage énigmatique ayant une très forte influence au sein de l’Élysée était le plus proche collaborateur du général de Gaulle : Jacques Foccart. Ancien résistant, il avait participé à la création du RPF au côté de de Gaulle, et fut nommé Secrétaire général pour les Affaires africaines et malgaches en 1961. Une relation très forte liait les deux hommes puisque Jacques Foccart était reçu quotidiennement par de Gaulle, qui le considérait comme son bras droit pour les questions concernant l’Afrique. La place de choix qu’il avait acquise auprès du chef de l’État lui avait permis d’obtenir toute sa confiance, non seulement au sujet des affaires africaines, mais aussi sur les questions plus générales.

Jacques Foccart avait un amour profond de l’Afrique, continent qu’il connaissait bien. Devenu l’ami de nombreux chefs d’États africains, dont le plus fidèle était sûrement le président ivoirien, Félix Houphouët-Boigny, Foccart observait déjà depuis longtemps l’évolution de ce mastodonte anglophone. Lorsque la crise survint, il voulait intervenir en faveur du Biafra. Il voyait dans cette aide à la sécession un moyen de mettre à mal ce géant africain. Jacques Foccart n’avait pas du tout la même opinion que Maurice Couve de Murville sur ce dossier, et il éprouvait d’ailleurs un profond mépris pour le personnel du ministère des Affaires étrangères. Il estimait que le personnel du Quai n’était pas compétent pour s’occuper de la politique africaine. C’est pourquoi, tout au long du conflit nigéro-biafrais, il s’appliqua à écarter le Quai d’Orsay de la gestion de ce conflit. Dans cette sorte de bataille d’influence, Jacques Foccart avait pris l’ascendant sur le Quai.

Jacques Foccart et le président ivoirien Houphouët-Boigny partageaient la même conception sur la façon de venir en aide au Biafra. Les deux hommes avaient d’ailleurs tout mis au point : livraisons d’armes et de munitions aux sécessionnistes sous couvert d’aide humanitaire transitant par la Côte d’Ivoire et le Gabon, envoi de mercenaires, aide à la propagande biafraise[15], car il fallait soutenir le plus efficacement possible les troupes biafraises. Finalement, il ne leur restait plus qu’à convaincre le général de Gaulle de donner le coup d’envoi au soutien français au Biafra.

De Gaulle, qui éprouvait indéniablement une sympathie pour le combat mené par les Biafrais mais qui n’avait nullement l’intention d’intervenir dans la crise, fut fortement influencé par les appels incessants du président ivoirien pour que la France vienne en aide à son pays. Ce message porté par Félix Houphouët-Boigny était relayé tous les jours auprès de lui par l’intermédiaire de Jacques Foccart. Et de Gaulle céda finalement à la pression à laquelle il était soumis quotidiennement. Sa position de chef de l’État français avait évolué peu à peu, et en donnant son accord pour un soutien clandestin aux troupes du lieutenant-colonel Ojukwu, il se mit ainsi en totale contradiction avec la politique officielle de la France conduite par le Quai d’Orsay.

 

L’incohérence de la diplomatie française

 

Dans cette affaire africaine et la gestion de la crise, la diplomatie française fit preuve d’une terrible incohérence, ainsi que d’un manque de communication avec les différentes institutions diplomatiques en droit d’intervenir dans le conflit nigéro-biafrais.

La nouvelle Constitution de 1958 avait fait de la politique étrangère le « domaine réservé » du président de la République. Dans ces conditions, difficile pour le Quai d’Orsay de trouver sa place face à l’omniprésence du général de Gaulle ! Et ceci tant dans les affaires extérieures, que sur les questions concernant l’Afrique, à cause de la place prépondérante de Jacques Foccart. Le fait qu’une telle personnalité ait été aux commandes du Secrétariat général à la présidence de la République pour les Affaires africaines et malgaches, diminua sans doute la portée de la diplomatie française pour régler cette crise africaine.

Dans l’affaire du Biafra, les ambassadeurs français au Nigeria n’avaient que le général Gowon comme seul interlocuteur valable, et ils évitaient de rencontrer le leader de la sécession sous peine d’être accusés de soutenir les Biafrais. De son côté, l’Élysée faisait transiter secrètement des armes aux sécessionnistes pour qu’ils puissent résister le plus longtemps possible aux troupes fédérales. Malgré tout le travail de conciliation du personnel du ministère des Affaires étrangères envers les autorités fédérales nigérianes, le Quai d’Orsay avait rapidement dû faire face à nombre de rumeurs qui accusaient la France de soutenir clandestinement la sécession. Les presses britannique, mais aussi américaine et nigériane, reléguèrent ces accusations et mirent le personnel diplomatique français sur place dans une posture délicate. La population nigériane était de plus en plus hostile à la France, et des manifestations antifrançaises eurent même lieu à Lagos. Paradoxalement, c’est le personnel du Quai d’Orsay qui fut la cible de violentes attaques de cette politique menée secrètement par l’Élysée, et que le ministre des Affaires étrangères condamnait.

 

 

La rivalité entre le ministère des Affaires étrangères et le secrétariat général pour les Affaires africaines et malgaches n’avait donc pas permis à la France de prendre position de façon cohérente et pertinente dans ce conflit. Le soutien de l’Élysée à la sécession biafraise avait une nouvelle fois mis à mal les relations entre la France et le Nigeria. Mais surtout, l’incohérence diplomatique de la France dans la gestion de cette crise africaine avait prolongé le conflit armé, multiplié le nombre de victimes et donné de faux espoirs à tout un peuple.

 

 

Les dernières positions biafraises ont été anéanties par les troupes fédérales au mois de décembre 1969. Le lieutenant-colonel Ojukwu, qui s’était enfui en Côte d’Ivoire, laissa à son Premier ministre, Philip Effiong, le soin de signer un cessez-le-feu immédiat, et sans conditions, le 12 janvier 1970. Ce fut la fin du rêve d’une nation biafraise.



*    Jessie Lhoste, « La crise du Biafra et la diplomatie française (1966-1970) », mémoire de Master 2 d’histoire contemporaine, mention relations internationales et mondes étrangers, sous la direction de Robert Frank, Paris I Panthéon-Sorbonne, juin 2007.

[1]    À cette époque, le Nigeria comptait 56 millions d’habitants, ce qui représentait 15% de la population totale de l’Afrique.

[2]    Le Nigeria comporte quelque 200 ethnies et sous-ethnies.

[3]    Oshomba Imoagène, The Hausa and Fulani of Northern Nigeria, Ibadan, New-Erea Publishers, 1990.

[4]    C’est en effet par le biais de l’« Indirect Rule » que les Britanniques avaient confié le pouvoir aux Haoussas, les chefs féodaux du nord du pays et pouvaient de, façon indirecte, faire perdurer leur influence dans le pays. Grâce à ce système de gouvernement, ce sont en effet les populations les plus conservatrices du Nigeria qui exerçaient le pouvoir pour la Grande-Bretagne.

[5]    À cette époque, on situe le nombre de personnes appartenant à l’ethnie Haoussa entre 6 et 8 millions de personnes.

[6]    Le royaume des Yorubas était le premier à entrer en contact avec les Européens, notamment avec les Portugais en 1486. Ces derniers, qui exploraient le Golfe du Bénin, y faisaient alors pénétrer leur culture et leurs missionnaires.

[7]    Oshomba Imoagène, The Ibo of East-Central Nigeria, Ibadan, New-Erea Publishers, 1990.

[8]    D’après une étude menée par Suzanne Bonzon, pendant la période du conflit, seulement 3% de la population du Nord savait lire et écrire contre 20% dans le Sud. Cf. « Modernisation et conflits tribaux en Afrique noire », Revue Française de Sciences Politiques, octobre 1967, p. 882. 

[9]    À l’époque du conflit, les Ibos occupaient près de 60% des postes administratifs de la Fédération.

[10]   Ces manifestations de violence étaient provoquées par un parti de l’opposition, l’UPGA, qui demandait le report des élections.

[11]   Le nom « Biafra » a été choisi en souvenir d’un ancien Empire africain qui était situé à l’est du Cameroun.

[12]   Barbara Jung, La médiatisation de la guerre du Biafra à la télévision française et Paris-Match (1967-1970), sous la direction de Robert Frank et de Marie-Pierre Lévy, Université Paris I Panthéon-Sorbonne, 2003.

[13]   Interrompues pendant près de cinq ans à la suite d’essais nucléaires pratiqués par la France dans le désert du Sahara, les relations diplomatiques entre les deux pays venaient tout juste d’être rétablies.

[14]   Maurice Couve de Murville a été ministre des Affaires étrangères du 1er juin 1958 au 31 mai 1968.

[15]   Paddy Davies, le concepteur de la radio La voix du Biafra, a avoué plus de trente ans après le conflit que la propagande biafraise avait été entièrement financée par la France.