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Sébastien Le Pajolec, Les archives françaises du film à Bois d’Arcy

Les archives françaises du film à Bois d’Arcy

 

 

Bulletin n° 26, automne 2007

 

 

 

Sébastien Le Pajolec

 

 

Après avoir échoué à mettre la main sur la cinémathèque française (« l’Affaire Langlois » en février 1968), l’État, en la personne d’André Malraux, crée en 1969 le « Service des archives du film ». Placé sous la tutelle de la direction du patrimoine du Centre National de la Cinématographie (CNC), ce service doit pallier aux insuffisances de la cinémathèque dans l’inventaire et la conservation des films. Il apparaît dans le même temps comme un moyen pour les pouvoirs publics de reprendre en main la protection et la diffusion du patrimoine cinématographique ; ces missions avaient jusqu’alors été assumées par la cinémathèque française, un organisme privé et indépendant créé en 1936. La naissance de cette nouvelle structure témoigne donc à la fois d’un esprit de revanche contre la cinémathèque (au même moment l’État diminue de manière drastique ses subventions) et d’une inquiétude sincère concernant le sort des films sur support nitrate (inflammable) entreposés dans le fort de Bois d’Arcy (Yvelines). Le « Service des archives du film » a pour objectifs d’optimiser les conditions de conservation des films, par la construction de bâtiments répondant à des normes strictes, et dans le même temps de collecter, inventorier, sauvegarder, restaurer et cataloguer les documents conservés.

En près de quarante ans, sa collection de films (courts et longs métrages ; actualités, documentaires, fictions et publicités) s’est considérablement enrichie, en partie grâce à des dépôts volontaires, des dons et des acquisitions. Mais, cette croissance exponentielle résulte principalement de l’instauration, en 1977, du dépôt légal des films dont le « Service des archives du film » a la charge. S’appliquant à l’origine aux seules œuvres hexagonales, le dépôt légal, élargi par la loi du 20 juin 1992 et le décret du 31 décembre 1993, concerne aujourd’hui les producteurs de films français, les distributeurs de films étrangers diffusés en salles (courts et longs métrages) et les commanditaires de films publicitaires ou institutionnels[1]. Rebaptisée « Archives françaises du film », l’institution a accompli un énorme travail de conservation (participation à des programmes de recherche nationaux et internationaux, veille technologique quotidienne sur l’état des copies) et de restauration (lancement en 1991, par le ministère de la Culture, d’un plan de sauvegarde et de restauration des films anciens qui a permis de sauver plus de 15 000 œuvres en 15 ans).

Elle a également cherché à organiser une meilleure connaissance de sa collection en établissant une base de données qui regroupe un ensemble structuré d'informations pour la description de chaque film répertorié. La description du contenu est constituée d’un résumé et de mots-clés correspondant aux sujets traités. Le genre du film apporte des précisions quant à la forme de la narration, aux techniques utilisées pour le tournage, au style ou au mode de production. Le film est également identifié en fonction d’une liste de thèmes et de sous-thèmes commune à l’ensemble des collections des Archives françaises du film. Cette indexation était un préalable indispensable afin que les chercheurs puissent accéder aux films collectés. Mais, pendant longtemps, les conditions de consultation (nombre de postes, horaires, emplacement géographique…) des près de 100 000 films archivés (couvrant toutes les périodes du pré-cinéma jusqu’à nos jours et répartis moitié-moitié entre fictions et documentaires) à Bois d’Arcy ont limité l’exploitation scientifique de ce trésor.

Le processus de numérisation des collections pour consultation, enclenché par les Archives françaises du film en 2006 et censé se poursuivre de façon continue dans les prochaines années, a changé la donne. Depuis novembre 2006, en effet, deux centres de consultation sont à la disposition des chercheurs : un centre à Bois d'Arcy même ainsi qu’un centre parisien au rez-de-jardin de la BNF, en salle P (salle « Audiovisuel » partagée avec la BNF et l’INA). La consultation des films est accessible aux chercheurs, aux professionnels ou aux particuliers justifiant de critères ouvrant droit à accréditation (thèses, recherche spécifique, programmation, etc.). Les accréditations et les réservations peuvent être obtenues en ligne, via le site internet www.cnc-aff.fr. À Bois d’Arcy, les films sont consultables par les chercheurs et autres consultants accrédités, sur pellicule ou support numérique, tandis qu’à la BNF les films numérisés (près de 5 000 pour l’instant) sont consultables sur des consoles individuelles. Un programme ambitieux de numérisation est d'ores et déjà développé par le CNC afin qu'à terme l'essentiel des collections devienne consultable sur le site de la BNF.

Les Archives françaises du film entrent donc dans une nouvelle phase de développement centrée sur la valorisation des collections désormais inventoriées, ce dont témoigne la mise en ligne sur leur site internet de 20 000 (chiffre de 2006, il a donc déjà été largement dépassé) fiches documentaires (dont 17 000 concernent les longs et courts métrages de fiction, principalement français), issues de la base de données des Archives Françaises du Film, concernant des documents tournés de 1883 à nos jours. Au fil des mois, la base de données en ligne s’enrichit au fur et à mesure de l’évolution des indexations. On peut explorer les fiches à travers une recherche simple : par titre, année de production, personnalité. La recherche avancée permet d'interroger la base à partir de critères supplémentaires tels que le genre, le générique, les lieux de tournage, le résumé ; le 10 octobre 2007, ces critères fonctionnaient pour 27 972 films (dont 5 379 de « non-fiction »).

Enfin, une recherche thématique est également possible, bien qu’elle ne concerne encore qu’une petite partie de la collection. Elle porte, en effet, sur 3 000 notices documentaires couvrant la période 1898-1950, là encore, l’enrichissement du catalogue est annoncé. Cet outil sera à terme (quand les plus de 100 000 titres seront thématisés) très précieux pour les chercheurs. Actuellement les thèmes proposés sont les suivants : armée, arts et spectacles, découverte de la France, découverte du monde, économie, histoire et politique, industrie et artisanat, nature, santé, sciences et technologies, société, sports et loisirs. Chaque thème est organisé en sous-thèmes, par exemple le thème « histoire et politique » se décompose en quatorze entrées : actualités cinématographiques, colonisation et colonies, idéologie, luttes sociales et syndicales, mouvements et organisations, portraits et événements officiels, histoire de France, Première Guerre mondiale, après-guerre (1918-1925), Front populaire (1936-1939), Guerre d’Espagne (1936-1939), Seconde guerre mondiale, régime de Vichy (1940-1944), après-guerre (1946-1955).

Qu’il s’agisse de la mise en ligne de ressources documentaires ou de l’amélioration de l’accessibilité aux documents, la recherche sur les archives cinématographiques vit donc un tournant grâce à la politique impulsée par les CNC, une action rendue possible par les nouvelles technologies et des investissements financiers. Si on peut s’étonner que la consultation des Archives du film français ait lieu à la BNF plutôt que dans les bâtiments de la cinémathèque française[2], il faut reconnaître qu’avec le temps la coopération entre les deux structures s’est nettement améliorée. Aujourd’hui, elles sont même symboliquement reliées par la passerelle Simone de Beauvoir, ce qui facilite concrètement la pratique des chercheurs. Ultime signe d’une collaboration au service de la recherche, les Archives françaises du film ont récemment déposé à la Cinémathèque française 12 000 découpages, scénarii et continuités dialoguées datant des années 1930-1960, ces documents seront prochainement accessibles à la BIFI.

 

 

Référence : la revue 1895 a consacré son n° 41 (octobre 2003) à la question des archives cinématographiques

 

 Archives françaises du film, à Bois d'Arcy

 

Coordonnées 

Archives françaises du film

7 bis, rue Alexandre-Turpault

78395 Bois d'Arcy

 

Horaires 

Lundi au jeudi : 9h - 12h30 – 13h30 - 17h

Vendredi : 9h - 12h30 – 13h30 - 16h

 

Renseignements 

Tél : 01 30 14 80 86

courriel : consultation@cnc.fr

Site : www.cnc-aff.fr

 

 BNF

 

Lieu de consultation

Salle P – Audiovisuel, au rez-de-jardin

 

Horaires

Lundi 14h30 - 19h

Mardi au vendredi : 9h30 - 13h – 14h - 19h

 

Renseignements 

Tél : 01 45 86 74 11



[1]    Pour les courts métrages, le dépôt consiste en une copie positive de qualité parfaite. Pour les longs métrages doivent être déposés un élément intermédiaire de tirage ou une copie positive neuve, un film-annonce ainsi que le matériel publicitaire (affiche, affichette, photos d'exploitation, dossiers de presse). Les films étrangers ou institutionnels diffusés en France à moins de six copies sont exemptés de l'obligation de dépôt.

[2]    On retrouve ici le dédoublement déjà présent à la création de l’institution en 1969.