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Sébastien Le Pajolec, La Bibliothèque du film

La Bibliothèque du film

 

 

Bulletin n° 26, automne 2007

 

 

 

Sébastien Le Pajolec

 

 

L’avènement de la Bibliothèque du film (BIFI) s’inscrit dans le profond bouleversement qui a marqué la réflexion sur l’organisation du patrimoine cinématographique lors des deux dernières décennies. À travers l’évolution de la BIFI, dans ses lieux et dans ses statuts, apparaissent les atermoiements des différents partenaires (principalement les pouvoirs publics et la Cinémathèque française, qui est une association de type loi 1901 largement subventionnée par l’État). L’institution BIFI a vu le jour en décembre 1992. Cette naissance s’insérait alors dans un projet intitulé « Palais du cinéma », lequel fut abandonné définitivement après avoir été modifié à plusieurs reprises. Alors que ce projet était encore dans les cartons du ministère de la Culture, la BIFI a été ouverte en décembre 1996 dans un site temporaire, au numéro 100 de la rue du Faubourg Saint-Antoine. Elle y est restée pendant neuf ans avant de s’installer dans le nouvel emplacement de la Cinémathèque française au 51, rue de Bercy.

La création de la BIFI a comblé un manque, bien que d'autres institutions l'aient précédée comme la bibliothèque publique « André Malraux » à Paris (consacrée au cinéma, elle a quitté le boulevard Raspail pour rejoindre le Forum des Images aux Halles), la Cinémathèque de Toulouse (bibliothèque et fonds documentaires) et l'Institut-Lumière (bibliothèque) à Lyon. Mais, la BIFI a représenté une innovation décisive par l'importance des fonds et des moyens de les traiter dont elle disposait par rapport à ces structures antérieures[1]. Qu'il s'agisse d'ouvrages, de périodiques ou d'archives, la BIFI a centralisé, à partir de 1994, les fonds documentaires accumulés tout au long de leur existence par d'autres institutions : livres, revues, scénarios et revues de presse issus de la Fémis (ex-Institut Des hautes études cinématographiques) ; ouvrages, dessins, photographies et fonds d'archives provenant de la cinémathèque française ; affiches transférées depuis le Service des archives du film du Centre national de la cinématographie. Par ailleurs, depuis sa création, la BIFI a constitué une collection de 2 400 DVD et 2 700 VHS, regroupant des films des cinq continents, des grands classiques du patrimoine aux sorties les plus récentes.

La BIFI doit donc être considérée comme la première des institutions françaises consacrées au cinéma à avoir proposé une vision cohérente en termes de fonds documentaires. Sa principale ambition consiste à concilier deux missions fondamentales : le devoir de conservation et le service de consultation. Dès 1996, les fonds récupérés ont ainsi été mis à la disposition du public dans des conditions très satisfaisantes : catalogue informatisé des fonds et numérisation de nombreux documents. Au fil des années, la BIFI n’a cessé d’enrichir ses ressources documentaires, grâce à l’acquisition et au dépôt de nouveaux fonds, pour satisfaire un public compose de professionnels, d’étudiants et de chercheurs. Outre une bibliographie de 21 000 ouvrages (en plusieurs langues) dédiée au cinéma (de l’autobiographie d’acteurs et de réalisateurs aux essais historiques, sociologiques, juridiques, économiques et esthétiques sur le Septième art), la BIFI offre au chercheur une documentation précieuse sur les processus de fabrication (écriture, production, tournage) et de réception des œuvres cinématographiques. Ce lieu de consultation est complété par un site internet (http://www.bifi.fr) très riche.

Les fonds contiennent une vaste collection iconographique regroupant plus de 20 000 affiches françaises et internationales, près de 12 000 dessins (de la maquette de décor au story-board) et 500 000 documents photographiques (promotion, tournage, personnalités). 30 000 photos et l’intégralité des affiches et des dessins ont été numérisées et sont consultables sur ordinateurs, en libre accès, dans la médiathèque de la BIFI ; les documents non numérisés sont consultables sur rendez-vous à l’iconothèque de la BIFI. Une telle collection met en évidence les connexions établies entre le cinéma et les autres arts : architecture et décors, arts graphiques et photographie. La réception des films constitue un autre domaine très bien couvert par la BIFI à travers un important ensemble de périodiques spécialisés, plus de 400 titres (français, européens, canadiens et américains) ainsi qu’une centaine de revues et magazines toujours en activité. Le tout est proposé en libre accès, à l’exception des supports anciens et précieux consultables à l'espace chercheurs. S’y ajoute presque 20 000 revues de presse consacrées à des longs métrages, français ou étrangers, sortis dans l’hexagone depuis 1945. Ces documents ont été intégralement numérisés et sont consultables avec une navigation très simple sur des écrans d’ordinateur. Les dossiers, classés par films, permettent de retrouver les discours tenus sur les œuvres lors de leur sortie (et parfois de leur reprise) dans les quotidiens et les hebdomadaires nationaux. On redécouvre ainsi les polémiques provoquées par l’immoralité de Et Dieu créa la femme (Roger Vadim, 1956) ou par la censure de La Religieuse (Jacques Rivette, 1966). Surtout, cette formidable masse d’informations met en lumière l’évolution du statut social accordé au cinéma et la place qu’il occupe dans les débats de société sur des thèmes tels que l’émergence de la jeunesse, l’émancipation des femmes, l’évolution du regard porté sur les homosexuels et les transformations du discours sur les grands ensembles. Il faut noter que cette documentation s’accroît de manière constante puisque la BIFI la tient à jour au fur et à mesure des nouvelles sorties et des rééditions en salles.

Enfin, la BIFI procure aux chercheurs, en accès réservé, la possibilité de consulter des fonds d’archives, provenant pour une part de la Cinémathèque française et pour le reste de dons et dépôts, reçus par la BIFI de la part de personnes physiques (réalisateurs, scénaristes, scriptes, chefs opérateurs, acteurs...) ou morales (maisons de production ou de distribution...). Il est notable que ces dons et dépôts ont été largement suscités par la qualité du travail effectué par l’institution. Cet enrichissement constant des fonds traduit la confiance que les dépositaires accordent à la BIFI pour valoriser les archives déposées[2]. Outre la rigueur de leur traitement, c’est surtout la simplicité de la mise à disposition des documents et la compétence du personnel qui fait de la BIFI un lieu indispensable pour qui travaille en historien sur le cinéma. Dans un espace doté de 8 tables de consultation, cette collection propose actuellement 15 000 dossiers d'archives répertoriés dans 73 fonds. Ces dossiers comportent différents types de documents : archives scénaristiques, de tournage, de production et de distribution ; dossiers juridiques ; correspondances ; coupures de presse… Le chercheur peut ainsi s’intéresser aussi bien à des problématiques économiques (le Fonds du Crédit national qui avançait de l’argent aux producteurs jusqu’à la fin des années cinquante), qu’à l’histoire d’événements institutionnels (le Fonds du Festival de Cannes) ; mais aussi aux sociétés de production (des documents d’autant plus précieux que l’on sait que de nombreuses structures ont disparu sans laisser de traces) et aux réalisateurs français (François Truffaut, Louis Feuillade, Costa-Gavras ou Louis Malle) et étrangers (Fritz Lang, Friedrich Murnau, etc.).

 

 

 

 

 

 

 

 

Coordonnées

Médiathèque – BIFI

51 rue de Bercy

75012 Paris

 

Ouvert du lundi au vendredi, sauf jours fériés

Bibliothèque et Vidéothèque : 10h - 19h 

Iconothèque et Espace chercheurs : 13h - 18h

 

Tél : 01 71 19 32 32

Télécopie : 01 71 19 32 31

Courriel : cid@bifi.fr



[1]    Voir Marc Vernet, « La BIFI 1992-2001. Patrimoine et management », Bulletin des bibliothèques de France, 2001, n° 5, p. 62-72.

[2]    Rappelons néanmoins le terrible incendie qui a touché en février 2002 un entrepôt de Roye (Somme), dans lequel des archives de la BIFI étaient stockées.