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Andreï Kozovoï, La dernière bataille de la Guerre froide sur les ondes : les Soviétiques et l’information radiophonique sur les États-Unis

La dernière bataille de la Guerre froide sur les ondes : les Soviétiques et l’information radiophonique sur les États-Unis

 

 

 

Bulletin n° 26, automne 2007

 

 

Andreï Kozovoï[1]

 

 

Pour parodier le titre d’un ouvrage de Jacques Sémelin, dans la Guerre froide opposant l’URSS aux États-Unis, la victoire se trouve pendant longtemps « au bout des ondes »[2]. Vouée à être un support de propagande transfrontalière avant l’avènement de la télévision par satellite dans les années 1980, la radio connaît une situation où les deux adversaires ne jouent pas à armes égales. Dès la fin des années 1940, l’Union soviétique, pénalisée par divers facteurs structurels[3], profite du système démocratique américain pour répandre sa « bonne parole » en toute légalité[4], tandis que les États-Unis installent des relais nombreux et puissants en Europe[5]. Alors que le nombre de stations américaines de propagande augmente au début des années 1950, les Soviétiques se cantonnent de plus en plus dans une position passive[6].

Le Kremlin conserve cette posture défensive sous une forme à peu près inchangée vingt-cinq années plus tard, lorsque sonne l’heure de « l’apogée de la détente », symbolisée par la conférence d’Helsinki. L’Acte final de la conférence évoque la libre diffusion de l’information radiodiffusée : avant l’arrivée des télévisions transfrontalières, la radio est toujours considérée comme un enjeu essentiel dans la démocratisation des sociétés communistes[7]. Elle le devient plus encore avec l’accroissement des tensions entre les deux superpuissances, dans un contexte de « guerre fraîche » ressentie bien avant l’entrée des Soviétiques en Afghanistan en décembre 1979, et le lancement d’une course aux armements à outrance dans la première moitié des années 1980, lorsque l’antiaméricanisme soviétique revient sur le devant de la scène médiatique. De manière traditionnelle, cette étude s’arrête en mars 1985 avec l’arrivée de Gorbatchev aux commandes, même si l’on sait que l’antiaméricanisme des médias soviétiques ne disparaît qu’à partir de 1988.

Si des ouvrages écrits par des spécialistes ou des témoins ont été consacrés à la propagande des ondes démocratiques en URSS[8], à ma connaissance, aucun travail n’a considéré la concurrence entre les radios soviétiques et occidentales dans le domaine de l’information internationale, concurrence dont l’enjeu n’est autre que l’homme soviétique, devenu de plus en plus méfiant à l’égard de l’idéologie officielle au fil des années[9]. Dans cette perspective, il convient de partir d’un tableau de l’information sur les États-Unis présentée aux Soviétiques par les radios communistes, avant de s’interroger sur leur réception par le public, puis, enfin, sur la concurrence des sources américaines. La question centrale étant naturellement celle des effets des radios soviétiques et américaines sur leur public-cible, et l’image de l’Ennemi qu’il en retire : la Guerre froide perçue par le grand public soviétique est au centre de notre interrogation.

 

La radio officielle : une apparence de liberté

 

Si l’on se fie aux archives disponibles actuellement, le temps de radio réservé à l’international est loin de dominer[10]. En 1975, seulement 13,2 % des émissions hebdomadaires est consacré aux informations ; 15,5 % des émissions sont politiques, mais aussi économiques, scientifiques, culturelles et sportives[11]. C’est dans ces deux catégories que l’on va retrouver les États-Unis de manière quasi systématique.

En analysant le contenu des émissions dont on connaît le détail[12], on constate une grande similitude entre les thèmes traités par la radio et ceux de la presse. En 1975, la radio célèbre la détente, tout en décrivant la situation économique catastrophique des pays capitalistes[13] : le contexte de détente ne doit pas faire oublier que l’opposition entre communisme et capitalisme reste toujours d’actualité, et les lois de l’Histoire toujours valides – la fin du capitalisme est programmée. Au cours des années qui suivent, l’organisation des thèmes se renouvelle peu : en 1976, l’économie américaine subit « une crise plus grave que celle des années 1930 »[14] ; les révélations sur les « affaires sales » de la CIA illustrent « le caractère corrompu du système américain »[15], etc.

Si les sujets traités par les émissions de radio soviétiques ne font que doubler l’information écrite et télévisuelle, quelle est alors l’utilité et la spécificité de ce média pour le régime totalitaire ? Le propre de la radio, à l’inverse de la presse, est de permettre le dialogue qui sort des sentiers battus de la « langue de bois ». Les auditeurs sont habitués à entendre des journalistes connus, des « observateurs politiques », ou des responsables haut placés. La visite du secrétaire d’État américain Henry Kissinger à Beijing en octobre 1975 est commentée par Leonid Zamiatine, directeur de l’agence TASS, et Anatoli Primakov, directeur adjoint de l’IMEMO[16]. Pour ce dernier, Beijing est le vrai coupable des tensions soviéto-américaines actuelles, à l’inverse de l’opinion de Zamiatine, plus enclin à condamner Washington[17]. Le dialogue, même cadenassé, apparaît sans aucun doute plus « flexible » aux auditeurs que le discours rigide de la presse centrale.

Il va de soi que cette « flexibilité » apparaît toute relative avec l’arrivée de l’administration Carter, et le passage sur le devant de la scène médiatique de la question des Droits de l’homme. Un correspondant connu de la Pravda, Boris Strelnikov, témoigne après son long séjour aux États-Unis sur « l’hypocrisie américaine » dans ce domaine, mais il donne au passage quelques détails sur la vie outre-Atlantique qui sortent de l’ordinaire[18].

Le propre de la radio, c’est aussi et surtout la possibilité pour les auditeurs de participer aux émissions ; la plupart du temps, cette participation se limite toutefois à la lecture de questions posées dans le courrier. Concernant les États-Unis, ces questions peuvent porter sur des points précis du régime américain : en octobre 1976, un auditeur demande d’où viennent les images de l’âne et de l’éléphant pour les partis démocrate et républicain ; les questions peuvent être aussi conjoncturelles : en avril, beaucoup de lettres portent sur les relations soviéto-égyptiennes et les relations américano-soviétiques. Mais les réponses données ne s’éloignent jamais des stéréotypes idéologiques[19]. Toute trace de liberté n’est finalement qu’apparente, comme le montre la réception de l’information officielle par le grand public soviétique.

 

La frustration des auditeurs soviétiques

 

Nous disposons de plusieurs sources qui permettent de dresser un tableau relativement complet sur la réception des informations internationales officielles. Une étude soviétique de la fin des années 1970 montre que le temps d’écoute moyen, par jour, se situe entre trois et treize minutes[20], et les auditeurs seraient surtout des adultes, voire des retraités. La radio est perçue par les jeunes comme quelque chose de vieillot, ce qui contribue à l’idée qu’elle serait moins efficace que la télévision, qui prend alors son essor[21]. Or, la radio bénéficie en même temps d’une réputation de plus faible contrainte idéologique que la télévision, impression donnée par les nombreuses émissions où interviennent les spécialistes de la situation internationale, et un contrôle moins pointilleux[22].

Mais surtout, la radio profite de la curiosité assez importante des Soviétiques pour l’information internationale, pour l’Occident[23]. Cet intérêt semble confirmé par le courrier des auditeurs, source avec laquelle il faut cependant être prudent : les analyses des lettres, publiées dans des brochures internes de Gosteleradio (organisme officiel qui gère la télévision et la radio d’État) sont très tendancieuses, et ne mentionnent presque jamais les critiques[24]. De plus, on ignore le plus souvent le profil des correspondants. Toutefois, en considérant l’évolution de la part du courrier envoyé aux émissions portant sur des thèmes internationaux (PMT) dans le total du courrier de la rédaction principale d’informations (GRI), on constate que cet intérêt augmente avec l’actualité.

Le saut quantitatif est particulièrement sensible entre une première période de trois ans, 1975-1977, et la suivante. En 1983-1985, le cap des 55 % du total du courrier est franchi. Ceci reflète parfaitement l’évolution de la situation internationale présentée dans les médias soviétiques comme de plus en plus inquiétante, en particulier en ce qui concerne les relations soviéto-américaines : en 1983-1984, le danger de guerre nucléaire est un thème obsessionnel des médias soviétiques. La présence des États-Unis dans les lettres du courrier en est une parfaite illustration. En 1975-1979, le danger américain, sans être un thème dominant, prend de plus en plus d’envol dans le contexte de la polémique sur les Droits de l’homme, les dissidents, le réarmement américain et européen.

C’est toutefois à partir de 1980 que les relations soviéto-américaines passent au premier plan dans les lettres. En avril est mentionné pour la première fois, sous une forme déguisée (« l’indignation suscitée par la politique de Reagan »), un courrier qui trahit la peur de la guerre. On remarque cependant que l’apogée des tensions entre les deux puissances, à la fin 1983, ne se traduit pas par une augmentation particulièrement sensible du courrier comportant des références aux États-Unis, même si, comme on vient de le voir, le cap des 55 % du total est franchi. La baisse relative en 1984 montre cependant que les affaires de la fin de 1983 (un avion de ligne sud-coréen abattu par les Soviétiques en septembre, le déploiement des Pershing par l’OTAN en décembre) ont réellement inquiété les auditeurs. Il faut attendre le mois de janvier 1985 pour que le courrier témoigne d’un soulagement face à Washington, même si la méfiance envers les États-Unis demeure.

Si l’intérêt croissant pour les thèmes internationaux est bien visible, il est plus difficile de se rendre compte de l’impact de cette information sur les auditeurs. En amont, une partie de l’information n’atteint jamais son public en raison de la méconnaissance d’un vocabulaire spécifique[25]. Mais dans tous les cas, la « soif d’informations » est un élément à prendre en compte : par exemple, de nombreuses questions concernent des nouveaux armements américains, détails que les médias officiels ne fournissent jamais. Un sondage effectué en décembre 1983, au pic de la « guerre fraîche », va dans le même sens : d’après cette source, le public réclame surtout « une information inédite » et des « interviews avec des étrangers », autrement dit une information de première main. Le témoignage le plus intéressant de ce sondage est sans doute la demande « de ne pas cultiver une paranoïa nucléaire », de moins exprimer de l’inquiétude face à la menace d’une guerre thermonucléaire, et « plus d’assurance que notre pays saura défendre la paix »[26]. Une partie du public n’adhère donc pas au discours alarmiste officiel.

Une nuance de taille doit être mentionnée pour finir : dans la part du total des lettres reçues par la radio officielle (et pas seulement de la GRI), le poids du courrier aux PMT est extrêmement faible[27]. Cela signifie-t-il que les auditeurs dans leur majorité ne s’intéressent pas aux affaires internationales ? Ou plutôt qu’en ce qui concerne l’information internationale, la radio a définitivement cédé la place à la télévision ? Ou enfin, que les auditeurs les plus curieux préfèrent ne pas perdre leur temps à chercher des réponses du côté des officiels, mais se tournent vers les « sources alternatives » ?

 

Les radios américaines : la curiosité satisfaite ?

 

Deux stations sont à considérer ici : Voice of America (VOA), qui existe depuis 1942, et Radio Liberty (RL), fondée en 1953. En 1975, elles sont bien connues des Soviétiques et font presque partie du paysage audiovisuel national. Presque, parce que la politique de brouillage est toujours d’actualité[28].

La question première est naturellement de savoir si ce brouillage est dissuasif. Au vu des informations dont on dispose, il semble que non : légalement, ce n’est pas l’écoute de ces radios qui est punie par la loi, mais la diffusion de leurs informations. Techniquement, il suffit de s’éloigner d’une agglomération importante pour capter ces émissions. Dans les villes, si l’auditeur possède une radio permettant de capter les ondes courtes, il lui est tout à fait possible d’entendre des émissions occidentales malgré le brouillage[29]. Sans parler de la possibilité de trouver des fréquences laissées « ouvertes », par les exécutants du Parti qui écoutent eux-mêmes, ou celles que le brouillage n’atteint pas. Mais il reste que Moscou et Leningrad sont des villes où il faut être très motivé pour écouter les « voix »[30]. Ceci explique que le profil de l’auditeur moyen serait celui d’un citadin assez jeune qui a suivi des études supérieures[31].

Qu’en est-il alors du succès de ces stations ? Les estimations varient beaucoup, de 14 % à 18 % pour les études américaines les plus pessimistes à 50 % pour les plus optimistes, dont celles des radios elles-mêmes[32]. Du côté soviétique, le constat a toujours été poussé à l’exagération, principalement dans le but de justifier le brouillage[33]. Quelles que soient les estimations et les nuances, dans certaines circonstances, comme l’affaire de l’avion sud-coréen, les radios sont certainement écoutées par au moins 1/5e des Soviétiques, principalement en raison de la rapidité et de la fréquence des informations, ce qui contraste avec les médias officiels qui n’avouent leur implication qu’avec un grand retard[34].

L’information entendue sur les radios étrangères se diffuse-t-elle facilement ? Rien n’est moins sûr. Une majorité de Soviétiques rechigne à parler en public de ce qu’ils ont appris par les radios étrangères, sauf pour les faits bruts[35]. Cependant, il existe des moyens indirects de diffuser l’information des radios libres : le premier, bien connu, est celui du réseau du magnitizdat, des enregistrements sur bande des émissions ;  autre moyen de diffusion, moins connu, est celui des anecdotes politiques qui contiennent bien des informations véhiculées par les ondes[36].

Du point de vue qualitatif, le bilan est encore plus difficile à dresser. Globalement, il est évident que l’écoute n’amène pas automatiquement à un changement politique radical, ni à un rejet total des médias officiels, tout comme l’inverse n’est pas vrai non plus – on n’écoute pas les radios libres parce qu’on est un opposant au régime[37]. Le brouillage joue finalement le rôle d’appât, et trouver la fréquence « libre » devient un jeu en soi[38]. Il faut cependant dire que transformer les Soviétiques en partisans de la démocratie américaine n’est pas une tâche primordiale pour les radios libres : il faut avant tout leur fournir une source d’information alternative, afin qu’ils puissent la comparer avec l’officielle. L’effet est semble-t-il atteint, puisque de nombreux témoignages font état de discussions sur les « voix étrangères », pour savoir quelle source désinforme le plus – « la nôtre, ou la leur »[39].

La question de l’influence dépend une fois de plus, comme pour d’autres vecteurs concurrents, de l’état du récepteur. Une bonne partie de la population, même critique envers le régime, voit toujours l’Occident comme un ennemi qui mène une guerre idéologique[40] : on écoute les radios libres parce qu’il faut « connaître son ennemi », mais aussi les « amis de son ennemi », les dissidents[41]. L’écoute régulière et politiquement convaincue de la véracité de la source ne concerne que la partie « libérale » de l’intelligentsia (en dehors des exécutants du Parti[42]). En fin de compte, la conclusion que les États-Unis possèdent tout ce qu’un homme peut désirer est sans aucun doute atteinte par une partie de l’audience des radios libres, mais il est clair que le scepticisme ne disparaît jamais : l’information vraie ne peut être totalement convaincante car les gens ne sont pas en mesure de la vérifier par eux-mêmes. Enfin, si la seconde partie de notre période voit certainement l’écoute devenir quantitativement plus importante, ce qui est directement imputable à la stratégie reaganienne[43], on ne sait pas si le caractère beaucoup plus incisif et factuel des « voix libres » acquiert une quelconque influence sur les mentalités politiques. Au vu des sentiments patriotiques qui animent au cours de ces années même les personnes désabusées, on répondrait par la négative. Au vu du réveil de l’opinion publique avec l’avènement de la pérestroïka, il serait prudent de conclure par l’affirmative, notamment pour le jeune public qui échappe à l’héritage idéologique des aînés, ayant connu eux le stalinisme. Les archives encore fermées, notamment celles du KGB, devraient nous en apprendre davantage.



[1]    L’auteur a soutenu en décembre 2006 une thèse sur la propagande antiaméricaine en URSS, sous la direction de Marie-Pierre Rey, intitulée « Présences des États-Unis en URSS, 1975-1985 : le grand public soviétique et les pratiques périaméricaines des pouvoirs ».

[2]    Jacques Sémelin, La liberté au bout des ondes. Du coup de Prague à la chute du mur de Berlin, Paris, Belfond, 1997.

[3]    Voir la note, exceptionnelle par sa longueur, de la propagande destinée aux États-Unis, non datée (1966), dans laquelle on admet qu’une « infime partie de la population américaine écoute les émissions soviétiques », parce qu’elles sont diffusées sur des ondes courtes, les seules qui peuvent atteindre les États-Unis (GARF : 9576/20/1599/68-69 et 74-96, voir ci-après la note 10 pour le détail des archives ; je donne d’abord le nom du fonds, puis le numéro de l’inventaire, celui du dossier, et enfin les folios).

[4]    Un des moyen utilisé par les Soviétiques pour se faire entendre est de passer par le canal de l’ONU (voir le document n° 110 du recueil Les relations soviéto-américaines, 1949-1952, documents, Moscou, Materik, 2006, p. 339-344).

[5]    Il faut noter que cette stratégie découle non seulement d’une volonté d’user de toutes les armes de propagande à disposition, mais également du fait que les représentants américains en URSS ne peuvent, comme leurs homologues soviétiques, parler librement sur les radios russes. Voir le document n° 221 du recueil Les relations soviéto-américaines, 1945-1948, Moscou, Materik, 2004, p. 486).

[6]    Voir dans Les relations soviéto-américaines, 1949-1952 le rapport politique de l’ambassade soviétique aux États-Unis pour le deuxième semestre de 1952, daté du 5 août (n° 164, p. 586). Dès août 1949, l’ambassadeur américain en URSS Alan Kirk parle du brouillage des radios américaines comme d’un « fait bien connu », qui viole les conventions de Madrid et du Caire, cosignées par les deux gouvernements (ibid., télégramme du 16 août 1949, p. 95).

[7]    Voir l’ouvrage essentiel de Tristan Mattelart, Le Cheval de Troie de l’audiovisuel. Le rideau de fer à l’épreuve des radios et télévisions transfrontalières, Grenoble, PUG, 1995.

[8]    Outre les travaux de Jacques Sémelin et de Tristan Mattelart, on consultera : Arch Puddington, Broadcasting Freedom : The Cold War Triumph of Radio Liberty and Radio Free Europe, 2nd ed., Lexington, University Press of Kentucky, 2003 ; Alan L. Heil Jr., Voice of America. A History, New York, Columbia University Press, 2003.

[9]    Voir le chapitre introductif de l’ouvrage de Matthew Wyman, Public Opinion in Postcommunist Russia, New York, St Martin’s Press, 1997. Des passages sur le rôle de la radio en URSS se trouvent dans un ouvrage ancien, mais encore utilisable, d’Ellen Mickiewicz, Media and the Russian Public, New York, Praeger, 1981.

[10]   Les analyses qui suivent reposent sur les archives du fonds « Gosteleradio » du GARF (Archives d’État de la Fédération de Russie, Moscou), qui est incomplet – les dossiers s’arrêtant à la fin des années 1970 (fonds 6903). Ont été consultés les inventaires 38 (1975-1979 : « rédaction principale de la programmation scientifique »), 42 (1975-1978 : la section du courrier) et 48 (1975-1978 : « centre de la programmation scientifique », qui comprend les textes des émissions).

[11]   GARF : 9604/2/2814/149-155 (il s’agit du fonds « Goskomizdat »).

[12]   Il faut mentionner : Les observateurs de la situation internationale autour d’une table ronde (MOZKS) ; La situation internationale : questions et réponses (Mpvo) ; naturellement on trouve des informations sur les États-Unis dans le journal biquotidien qui double les informations télévisées et en garde le ton (Pi). D’autres émissions moins fréquentes existent, comme L’université léniniste des millions, Journal international et Problèmes actuels de la vie internationale (Apmz). Toutes ces émissions sont courtes et durent entre 10 et 30 minutes.

[13]   MOZKS, 5 janvier 1975. GARF : 6903/38/673.

[14]   Mozks, 25 janvier 1976. GARF : 818.

[15]   Apmz, 29 janvier 1976. GARF : 818.

[16]   Institut de l’économie mondiale et des relations internationales, fondé en 1956 à Moscou.

[17]   Mpvo, 24 octobre 1975. GARF : 682.

[18]   Mozks, 20 février 1977. GARF : 936.

[19]   Mozks, 30 octobre 1976. GARF : 845.

[20]   Ellen Mickiewicz, op. cit., p. 17, p. 34, p. 194.

[21]   GARF : 6903/48/340/1-2.

[22]   Voir le témoignage du journaliste des Izvestia et proche de Brejnev, Aleksandr Bovin, XX vek kak žizn’ [Le 20e siècle comme une vie], Moscou, Zakharov, 2003, p. 317.

[23]   Voir, par exemple, en 1980, la mention d’une étude par le « Centre de programmation scientifique » de Gosteleradio, de l’opinion de 800 habitants de la région de Voronej (GARF : 6903/48/337/3-4).

[24]   C’est seulement en septembre 1976 et en février 1980 qu’on sous-entend que les Soviétiques « sont au courant de l’existence des radios libres », mais on ne sait rien du contenu des questions. Les brochures concernées se trouvent dans le fonds 6903 du GARF, l’inventaire 42 et les dossiers 8 à 77.

[25]   Plusieurs lettres portant sur des questions de vocabulaire (de base, comme le terme « confrontation ») sont mentionnées dans les analyses de juillet 1979 et novembre 1980.

[26]   Sondage de Mozks (GARF : 6903/42/72).

[27]   Nous disposons de données complètes pour les années 1978 et 1980-1983.

[28]   Le brouillage débute en 1948, est levé en 1963, reprend en 1968, est de nouveau levé en septembre 1973, avant de reprendre en août 1980, jusqu’à la mort d’Andropov. Il faut distinguer VOA, non brouillée jusqu’en 1980, de RL, toujours brouillée.

[29]   Michael Volensky, La nomenklatura. Les privilégiés en URSS, Paris, Belfond, 1980, p. 339.

[30]   Arch Puddington, op. cit., p. 218.

[31]   Donald Browne, International Radio Broadcasting. The Limits of the Limitless Medium (1982), cité dans Tristan Mattelart, op. cit., p. 81. Ce profil est corroboré par une étude du Komsomol (VLKSM) de 1979 qui montre que l’utilisation des médias étrangers, en particulier de la radio, est surtout le fait des 15-16 ans. Voir les archives d’histoire socio-politique (RGASPI, Moscou), 1m/95/104/ 255-270.

[32]   50 % des personnes touchées par les radios étrangères – « c’est du domaine du mythe » pour les sociologues russes Lev Gudkov et Boris Dubin (entretien au centre Levada, Moscou, le 19 octobre 2004).

[33]   Peter Schweizer, Reagan’s War : The Epic Story of his Forty Year Struggle and Final Triumph over Communism, New York, Doubleday, 2002, p. 191-192 et p. 196.

[34]   Laurien Alexandre, The Voice of America. From Détente to the Reagan Doctrine, New York, Ablex Publishing, 1988, p. 116.

[35]   Vladimir Shlapentokh, The Public and Private Lives of Soviet Citizens : Changing Values in Post-Stalin Russia, New York, Oxford University Press, 1989, p. 140-141.

[36]   Un ensemble d’anecdotes à part entière utilise le protagoniste de la « radio arménienne » pour décrédibiliser les messages officiels, ainsi dans cette histoire très connue : « Une question est posée d’Amérique : combien touche un ingénieur soviétique ? Après un long silence, la radio répond : " Et chez vous, on lynche des Noirs ! " »

[37]   Pierre Lorrain, L’évangile selon Saint Marx : la pression idéologique dans la vie quotidienne en URSS, Paris, Belfond, 1982, p. 31-33.

[38]   Vladimir Pozner, le porte-parole officieux soviétique, admettra en juin 1986 que « le brouillage est contre-productif » car il renforce l’intérêt du public pour quelque chose « qui au fond n’est pas si intéressant », Arch Puddington, op. cit., p. 222.

[39]   A.V. Šubin, Ot « Zastoja » k reformam. SSSR v 1917-1985 gg. [De la stagnation aux réformes. L’URSS en 1917-1985], Moscou, Rosspen, 2001, p. 462-463.

[40]   Hedrick Smith, Les Russes. La vie de tous les jours en Union soviétique, Paris, Belfond, 1976, p. 446.

[41]   Au cours d’une réunion de la rédaction de la Pravda, le 23 mars 1977, un intervenant cite la lettre d’un électricien de province qui s’indigne du soutien de Carter à « des enflures du genre Bykhovski (sic, Boukovsky) » (archives de la ville de Moscou, Caodm : 3226/1/98/24).

[42]   A.V. Šubin, op. cit., p. 463. Quand les journalistes de TASS arrivent le matin, ils parlent des radios étrangères comme de sources dignes de confiance. Voir David Satter, Age of Delirium : The Decline and Fall of the Soviet Union, New York, A.Knopf, 1996, p. 43.

[43]   Voir Arch Puddington, op. cit., p. 253-254 et Alan L. Heil Jr., op. cit., p. 210.