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Philippe Strub, La renaissance de la marine française sous la Quatrième République

La renaissance de la marine française sous la Quatrième République

 

 

Bulletin n° 25, printemps 2007

 

 

 

 

Philippe Strub

 

La France hésite en permanence entre le grand large et ses frontières de l’Est. Cette hésitation explique les cycles de la puissance navale française de Richelieu à de Gaulle.

L’année 1945 correspond à un point bas : 1) par rapport à 1938, la flotte utile a été divisée par 4 ; 2) l’aéronautique navale est exsangue ; 3) les centres d’études ne fonctionnent plus depuis cinq ans ; 4) les personnels sont meurtris ; 5) les bases navales sont dévastées.

La branche ascendante de ce point bas vers un nouveau point haut – au début des années 1970 – n’est pas régulière comme le fut celle de 1922 à 1938. Des velléités de redémarrage et de retour en arrière alternent, de janvier 1945 à l’été 1952, avec des phases de stagnation. Puis une montée en puissance rapide de la marine française s’enclenche.

En 1956, les jeux sont faits : le bilan de l’armée de mer est-il alors suffisant pour placer la Quatrième République parmi les quelques régimes qui ont eu une ambition navale pour la France ? Cette thèse apporte une réponse à cette problématique.

Une phase d’expansion sur mer est toujours marquée, on s’en doute, par une augmentation du budget de la marine, mais aussi par la promulgation de documents qui cadrent cette montée en puissance. C’est ainsi que l’histoire de la reconstruction de la marine française sous la Quatrième République emprunte ses articulations majeures au thème de l’élaboration du statut naval, matérialisation de la politique navale de la France. Celui-ci fixe, en théorie, le niveau qualitatif et quantitatif des forces aéronavales, l’organisation des bases navales et des points d’appui, et les structures organiques et opérationnelles de la chaîne de commandement. Il est déduit de la politique générale du pays, approuvée par ses représentants, et doit s’accorder le plus étroitement possible avec la politique militaire que le gouvernement entend suivre. Il doit enfin cadrer avec la géographie du territoire concerné et s’ajuster à ses possibilités économiques et financières.

Analyser si la Quatrième République a eu, ou non, une ambition navale pour la France, c’est faire le récit de l’élaboration de ce statut naval puis en tirer des conclusions.

Pour éviter que ce court résumé n’aplatisse trop cette thèse de 593 pages, j’insiste ici sur la seule reconstitution des forces aéronavales. J’évoque donc peu l’évolution des bases navales et la reconstruction organique et opérationnelle de la marine.

La renaissance en dent de scie de la flotte française sous la Quatrième République comporte quatre phases principales que j’ai intitulées : 1) les prémices avortées d’une renaissance ambitieuse (janvier 1945 – janvier 1946) ; 2) l’impossible définition d’un statut naval (janvier 1946 – septembre 1948) ; 3) la marine condamnée à un rôle de second plan (septembre 1948 – août 1950) ; 4) une puissance navale en germe (août 1950 – janvier 1956). Cette dernière partie est scindée en deux : avant et après l’été 1952.

<h1 style="margin-top:4.0pt;margin-right:0cm;margin-bottom:0cm;margin-left: 0cm;margin-bottom:.0001pt;text-align:justify;text-indent:0cm;line-height:120%; mso-pagination:none;page-break-after:auto;mso-list:l0 level1 lfo1;tab-stops: 0cm 7.1pt"> </h1> <h1 style="margin:0cm;margin-bottom:.0001pt;text-align:justify;text-indent: 0cm;line-height:120%;mso-pagination:none;page-break-after:auto;mso-list:l0 level1 lfo1; tab-stops:0cm 7.1pt">La difficile élaboration de la politique navale de la France</h1>

 

Les prémices avortées d’une renaissance ambitieuse

 

L’environnement international et la situation économique et financière de la France ne permettent pas d’enclencher une montée régulière de l’arme navale vers un point haut : 1) avec les capitulations de l’Allemagne et du Japon, la France n’a plus d’ennemis dangereux ; 2) les responsables civils veulent refaire en priorité le tissu industriel du pays, avant de reconstituer les forces armées françaises.

En revanche, il y a à la tête du gouvernement une personnalité exceptionnelle – Charles de Gaulle – pleinement consciente, depuis de nombreuses années, de l’importance des océans dans la stratégie mondiale. De la même façon, au ministère de la Marine, rue Royale, d’habiles experts entourent le ministre et préparent, dès le 1er trimestre 1945, un important statut naval, cadre d’une grande politique maritime.

Au premier semestre 1945, les paramètres favorables à un développement de la puissance navale de la France sont dominants : la Rue Royale développe alors d’ambitieux projets. Mais, devant l’état désastreux du pays, l’alternative « reconstruire le pays ou réarmer la nation » ne peut pas se poser : on assiste alors à une contraction des ambitions de la marine.

Sur la longue route qui mène du point bas au point haut de la puissance française après la Deuxième Guerre mondiale, cette période constitue donc un faux départ. Le gouvernement de Charles de Gaulle a certes eu une ambition navale, mais les circonstances n’ont pas autorisé sa concrétisation.

 

L’impossible définition d’un statut naval

 

Les trente-deux mois suivants (janvier 1946 – septembre 1948), qui voient huit gouvernements se succéder à la tête de la France, sont marqués par trois événements majeurs : 1) sur le plan intérieur, une crise économique et sociale très profonde ; 2) sur le plan international, la montée de la Guerre froide et le début, puis l’exacerbation, du conflit indochinois.

L’élaboration d’un statut naval s’avère strictement impossible : le délabrement de l’économie française, la défense du franc sur les marchés financiers, la priorité donnée à la reconstitution du tissu industriel du pays, la guerre d’Indochine, tout cela s’y oppose.

Les gouvernements français successifs acceptent le risque de ne pouvoir assurer par les seules forces nationales la sécurité du pays. La Rue Royale tente d’enrayer le déclin de la flotte de deux façons : 1) d’abord en remettant en état ou en achevant quelques bâtiments français, en exigeant des alliés la cession de navires allemands ou italiens, en obtenant le prêt d’unités britanniques – dont le porte-avions Arromanches – et le maintien sous pavillon français des bateaux américains du programme prêt-bail ; 2) d’autre part, en proposant aux gouvernements successifs des plans provisoires que le chef d’état-major général de la marine se refuse à appeler « statuts navals » (plan transitoire du 26 novembre 1947 ; plan de base du 15 janvier 1948 ; Plan 1950).

Aucun de ces plans n’est accepté car aucun n’est financièrement acceptable. Certes, l’Assemblée nationale autorise, en août 1947, la mise sur cale du porte-avions PA.28 Clemenceau. Mais, dès octobre, ce chantier est différé pour des raisons financières : très peu de crédits seront finalement consacrés à ce bâtiment dont la construction sera discrètement annulée en mai 1949.

Si les responsables de la Quatrième République n’ont pas d’ambition navale pour la France durant cette période, au moins l’arme navale n’est-elle ni mieux ni moins bien traitée que les armées de terre ou de l’air. Tout change à l’automne 1948.

 

La marine condamnée à un rôle de second plan

 

Sous l’impulsion initiale de Paul Ramadier, ministre de la Défense nationale et des Forces armées de septembre 1948 à octobre 1949, priorité est alors donnée, en matière militaire, à la défense du Rhin. Pourquoi ?

Il s’agit là d’une application à la lettre, par les présidents du Conseil successifs, du principe du « cas concret ». Celui-ci est justifié par Paul Ramadier en février 1950 dans un article de la Revue de défense nationale. Il peut se résumer ainsi : compte tenu de la nécessaire reconstitution du tissu industriel de la France, de la défense du franc sur les marchés financiers et de la guerre d’Indochine, les faibles investissements militaires que la France peut consacrer, dans le cadre du pacte de Bruxelles puis du Pacte atlantique, à la défense d’une Europe occidentale menacée par une poussée de l’armée Rouge doivent être concentrés sur ce qui permet la défense du Rhin.

Comment Paul Ramadier et ses successeurs appliquent-ils, en pratique, cette théorie ? Les armées françaises sont alors intégrées dans un système européen puis atlantique dans lequel chaque pays accepte d’être spécialisé. Les efforts militaires de la France portent désormais principalement sur les forces aéroterrestres.

L’analyse de la structure des crédits de paiement et des effectifs budgétaires en 1950 montre que le président du Conseil recherche, en matière militaire, trois objectifs : 1) maintenir la rigueur financière imposée par ses prédécesseurs ; 2) faire face aux besoins croissants du corps expéditionnaire d’Extrême-Orient, de plus en plus engagé dans une véritable campagne de guerre ; 3) honorer – avec l’aide américaine – les engagements de la France vis-à-vis de l’OTAN. Or, la spécialisation qu’implique la répartition des tâches entre les alliés occidentaux profite avant tout aux armées de terre et de l’air françaises.

Les responsables de l’armée de mer s’opposent violemment tant à la théorie du « cas concret » qu’à son application brutale par les ministres de la Défense. Peine perdue : la part de la marine dans l’ensemble des budgets militaires tombe de 15,3 % en 1949 à 13,6 % en 1950.

La Rue Royale réussit malgré tout, en sacrifiant principalement sa politique des bases et en diminuant l’entretien de ses bateaux, à faire voter deux petites tranches navales en 1949 et 1950 (environ 8 000 t). Seule désormais l’aide américaine peut permettre à la flotte et à l’aéronavale françaises, hétérogènes et presque obsolètes, de ne pas disparaître totalement.

Les cartes sont cependant rebattues le 25 juin 1950 lorsque les forces de la Corée du Nord franchissent le 38e parallèle. Ce franchissement provoque chez les alliés occidentaux : 1) le renforcement de la solidarité occidentale ; 2) un accroissement considérable des capacités militaires de l’OTAN et une modification de sa structure opérationnelle ; 3) le réarmement allemand.

 

Une puissance navale en germe

 

Dès l’été 1950, le gouvernement français élabore un plan de réarmement important. En francs 1958, les crédits de paiement militaires passent de 800 milliards en 1950 à 1 130 en 1951, 1 730 en 1952, 1 760 en janvier 1953. Ils fléchissent légèrement vers 1 700 milliards en octobre 1953, s’affaissent puis se stabilisent à environ 1 250 milliards en 1955 et 1956.

A-t-on alors l’amorce d’une ambition navale ? Il n’en est rien jusqu’au milieu de l’année 1952. La guerre d’Indochine et la théorie du « cas concret » ajoutent leurs effets pour condamner l’armée de mer à la portion congrue : budgétairement, le point bas est atteint cette année-là, lorsque la Rue Royale n’obtient que 11,9 % des crédits de paiement militaires totaux et 18,2 % du budget des trois départements d’armes (terre, air, mer). En revanche, cette question peut se poser à partir du 2e semestre 1952, car la part de l’arme navale dans le budget militaire global croît alors sensiblement.

La branche ascendante de la puissance navale française, de l’été 1950 à 1956, comporte donc deux segments dont les pentes sont très différentes : 1) avant le deuxième semestre 1952, il ne faut parler de réarmement de la marine qu’avec circonspection : il s’agit au mieux d’une amorce, d’une promesse à terme ; 2) à partir du deuxième semestre 1952, le gouvernement français se donne les moyens de doter progressivement la France d’une marine océanique, la troisième du monde occidental.

De juillet 1952 au début de l’année 1956, on assiste en effet, au sommet de l’État, à une prise de conscience de la valeur stratégique des océans. Une « fenêtre de lancement » d’un programme naval s’ouvre alors pour les responsables de la Rue Royale. Ceux-ci, prompts à saisir immédiatement toute occasion de donner à la marine la place qui doit lui revenir dans le dispositif de défense français, suggèrent aux décideurs civils quelques décisions capitales qui permettraient à la France de disposer sur les mers, dès 1963, d’un véritable corps de bataille.

Le grand mérite des cabinets de la deuxième législature de la Quatrième République, aiguillonnés – il faut insister sur ce point – par des commissions parlementaires très au fait des dossiers navals, est d’accepter ces propositions, de faire voter les tranches budgétaires correspondantes et de s’y tenir. Le statut naval de 1952, le plan triennal de développement de 1953, les mises sur cale de deux porte-avions modernes, la rénovation des forces sous-marines, la création, certes laborieuse, avec le Plan 1960, d’une aéronavale de conception française, la prise en compte, certes embryonnaire, de la logistique opérationnelle, tout cela est à mettre au crédit du personnel politique de cette république finissante.

L’œuvre de la Quatrième République envers sa marine de guerre ne se limite pas à la reconstitution des forces aéronavales. Elle concerne aussi : 1) les bases navales et les points d’appui ; 2) les structures organique et opérationnelle de l’établissement naval et de la flotte. Évoquons brièvement ces deux dossiers.

 

<h1 style="margin:0cm;margin-bottom:.0001pt;text-align:justify;text-indent: 0cm;line-height:120%;mso-pagination:none;page-break-after:auto;mso-list:l0 level1 lfo1; tab-stops:0cm 7.1pt">L’évolution des bases navales et des points d’appui</h1>

 

Là se situe le seul échec des responsables civils et militaires en charge de la politique navale de la France dans les onze premières années de la Quatrième République.

De stupéfiantes dérives touchent aussi bien la reconstruction de la base navale de Brest que celles de Toulon ou de Mers el-Kébir, pour n’évoquer que les trois principales. Deux données peuvent être mises en avant pour les expliquer : 1) les officiers de marine, formés essentiellement à diriger des hommes et des matériels à la mer, ne sont pas préparés et ont peu de goût pour les tâches administratives et financières de management, en particulier celles touchant à l’infrastructure des ports et des arsenaux ; 2) les grandes directions centrales à caractère administratif ou technique (Constructions navales ; Travaux maritimes), ainsi que leurs filiales locales, dotées d’outils de gestion performants mais contestant parfois la primauté du commandement sur l’administration, n’alertent pas assez les états-majors (EMGM ; préfets maritimes) sur les conséquences financières de leurs choix.

Certes, ce fiasco peut aussi être expliqué, de 1945 à 1950, par la faiblesse de l’enveloppe budgétaire de la politique des bases, puis, après le déclenchement de la guerre de Corée, par le choix de tout miser sur Mers el-Kébir pour recouvrer une part de la puissance perdue de la France. Mais l’envolée des coûts de construction de la base oranaise, de 1951 à 1954, prouve bien que des dérives se sont produites. Par manque de formation et de goût pour les techniques financières de management, les officiers de marine n’ont pas su les contrer.

<h1 style="margin-top:4.8pt;margin-right:0cm;margin-bottom:0cm;margin-left: 0cm;margin-bottom:.0001pt;mso-para-margin-top:.4gd;mso-para-margin-right:0cm; mso-para-margin-bottom:0cm;mso-para-margin-left:0cm;mso-para-margin-bottom: .0001pt;text-align:justify;text-indent:0cm;line-height:120%;mso-pagination: none;page-break-after:auto;mso-list:l0 level1 lfo1;tab-stops:0cm 7.1pt"> </h1> <h1 style="margin-top:4.8pt;margin-right:0cm;margin-bottom:0cm;margin-left: 0cm;margin-bottom:.0001pt;mso-para-margin-top:.4gd;mso-para-margin-right:0cm; mso-para-margin-bottom:0cm;mso-para-margin-left:0cm;mso-para-margin-bottom: .0001pt;text-align:justify;text-indent:0cm;line-height:120%;mso-pagination: none;page-break-after:auto;mso-list:l0 level1 lfo1;tab-stops:0cm 7.1pt">La reconstruction organique et opérationnelle de la marine</h1>

 

Les accusations de conservatisme, d’immobilisme et de « particularisme », brandies régulièrement contre la marine par quelques parlementaires et de nombreux généraux ne tient pas : si la Rue Royale s’oppose à toute évolution de la structure organique de l’établissement naval, elle réforme à perdre haleine les chaînes de commandement de ses forces aéronavales.

Deux raisons principales expliquent le refus, réitéré année après année pendant onze ans, de tous les chefs de la marine et de tous les CEMGM d’abandonner l’organisation de l’établissement naval mise en place en avril 1927 : 1) le socle de celui-ci, bâti à cette date, a largement prouvé sa solidité puisque la France est dotée, en 1938, d’un outil naval performant et que l’armée de mer a pu survivre, sans fatals dégâts, aux terribles revers de la Deuxième Guerre mondiale ; 2) la marine a besoin, en 1945, de quelques années de stabilité pour se reconstruire. Il est donc jugé, Rue Royale, particulièrement inopportun d’engager de lourdes réformes de structure, qui toucheraient simultanément toutes les composantes organiques de la marine (administrations centrales, régionales et locales ; forces navales indépendantes ; bâtiments et aéronefs), durant cette période de convalescence de l’arme navale.

Certes, le prix à payer pour ce choix peut, pour les contemporains, sembler lourd : en 1956 la fusion totale des trois départements d’armes n’est pas réalisée et l’espoir de tant d’européistes de voir naître une communauté européenne de défense (CED) s’évapore. Mais les historiens savent que les décisions prises par la Rue Royale ont été judicieuses : 1) l’intégration complète des armées n’a jamais été réalisée au XXe siècle, les gouvernements s’orientant finalement vers une structure interarmes proche de celle mise en place en 1952 par René Pleven ; 2) la CED aurait probablement été, du point de vue militaire, un monstre d’inefficacité ; 3) de nombreux parlementaires louent, dès 1947, la bonne gestion de la marine : ne doutons pas de l’effet positif de cette appréciation sur la renaissance de la flotte.

Les incessantes modifications des chaînes de commandement, à l’opposé de l’immobilisme décrit précédemment, s’expliquent aisément : 1) lors de la Deuxième Guerre mondiale, une révolution est intervenue dans les matériels et les tactiques navals. Les schémas opérationnels de l’entre-deux-guerres sont obsolètes. Il faut concevoir de nouvelles méthodes et de nouveaux cadres pour entraîner et mener au combat des forces aéronavales (task forces) n’ayant plus aucun rapport avec les vieilles escadres d’avant-guerre ; 2) le déclenchement de la Guerre froide, dès l’automne 1947, et son accélération en 1950, imposent que ces nouvelles structures opérationnelles soient trouvées, testées, mises au point et adoptées sans délai.

 

 

La Quatrième République a-t-elle eu une ambition navale pour la France ? Dans une lettre qu’il adresse au maréchal Juin en octobre 1953, le ministre de la Défense nationale et des Forces armées – le Breton René Pleven – indique qu’il faut donner à la marine une « juste place » :

« La dualité des tâches qui incombent à la marine (missions nationales à caractère permanent, missions NATO acceptées par la France), me paraît devoir justifier un examen d’ensemble de notre politique navale, de façon à déterminer sa juste place dans la stratégie générale de la France »[1].

Exprimée en termes budgétaires, cette « juste place » semble être alors de 18 % des crédits militaires totaux et 1,27 % du Revenu national.

Tous paramètres bien pesés, le terme « d’ambition navale » nous paraît trop fort pour caractériser l’attitude de la Quatrième République face à la mer. Parlons plutôt du désir des dirigeants de la deuxième législature, dont René Pleven est l’archétype, de donner à l’arme navale une juste place dans le dispositif de défense français. Le bilan naval de cette république parlementaire reste néanmoins flatteur.



[1]    Archives de la marine à Vincennes, 3 BB 8 CSM 5, note 1105 DN/EMP du 7 octobre 1953.