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Chloé Acher, L'image de Jacques Chirac dans la presse américaine

L'image de Jacques Chirac dans la presse américaine

 

 

Bulletin n° 25, printemps 2007

 

 

 

 

Chloé Acher

 

 

« It has long been no secret in Washington that France is considered the most difficult of the United States major European allies »[1]. Ces mots de l’historien américain Charles Cogan reflètent une pensée classique aux États-Unis : la France est un allié difficile à comprendre, avec lequel il est difficile de négocier. Pour mieux comprendre les ressorts de cette perception particulière, l'analyse de l’image de Jacques Chirac dans la presse américaine au cours de son premier mandat (1995-2002) constitue un cas de figure intéressant. En 1995, la France élit en effet son premier président depuis la fin de la Guerre froide. L’échiquier mondial s’est profondément transformé. L’Union soviétique s’est disloquée. Les États-Unis sont devenus l’unique superpuissance du globe. L’OTAN perd son sens premier et est contrainte à se réformer. La France et les États-Unis ont des conceptions différentes de ces évolutions : la France y voit une opportunité pour se faire entendre ; les États-Unis ont, dans un premier temps, la tentation de mener une politique isolationniste.

L'étude de deux grands quotidiens américains de solide réputation, tous les deux du centre, mais l’un de centre-droit et l’autre de centre-gauche, le Washington Post et le New York Times, permettent de mettre en lumière l’évolution de l’image de Jacques Chirac au cours de son premier mandat, dans une partie de l'opinion publique américaine, en se penchant en particulier sur les rapports entre l'état des relations franco-américaines et l'appréciation d'une personnalité aussi symbolique que le président de la République française.

 

Jacques Chirac, un espoir pour le renouveau des relations franco-américaines

 

Le New York Times et le Washington Post font tous deux paraître des articles sur le déroulement de la campagne présidentielle en France. Dès le début, le New York Times donne Jacques Chirac perdant et discrédite son annonce officielle à propos de sa candidature à la présidence :

« Stealing a march on his rivals, France's Gaullist party leader, Jacques Chirac, tried to breathe life into his flagging campaign for the presidency today by formally declaring that he would be a candidate next spring »[2].

Le Washington Post pense lui que Jacques Chirac a des chances de se retrouver au second tour face à son adversaire de droite, Édouard Balladur, « if the left fails to find a coherent program and a strong candidate »[3]. À la lecture des deux quotidiens américains, Jacques Chirac ne semble pas être sur la voie pour remporter l’élection présidentielle. Cependant, bientôt, le Washington Post, puis le New York Times suivent la remonté du candidat gaulliste dans les sondages.

Dès le début du mois de mars 1995, la popularité de ce dernier augmente. Les deux journaux américains changent alors de discours. Ils mettent désormais l’accent sur sa longue expérience en politique, sa patience, sa persévérance :

« Even though at 62 he is three years younger than Balladur, Chirac has much more political experience. He has spent three decades cultivating grass-roots support and a nationwide party machine that are proving formidable assets »[4].

La campagne active de Jacques Chirac apporte enfin ses fruits, et d’un candidat peu crédible, Jacques Chirac devient l’homme d’expérience dans les pages des deux quotidiens américains.

Le 9 mai 1995, un premier portrait de Jacques Chirac, nouvellement élu à la tête de l’État français, est publié par la presse américaine. Le positionnement politique du président aiguise la curiosité des journalistes d’outre-Atlantique. Ainsi, un éditorial du New York Times nous présente le positionnement politique de Jacques Chirac : « Like his mentor, General de Gaulle, Mr. Chirac is more a socially minded nationalist than orthodox conservative »[5] Ils ont du mal à le considérer comme conservateur. Le Washington Post, contrairement au New York Times, ne s’étonne pas du fait qu’un conservateur fasse la promotion de réformes sociales. Il ne juge pas la politique de Jacques Chirac, mais se demande si celui-ci va réellement instaurer les réformes qu’il a promises lors de sa campagne.

Cependant, ce qui va passionner la presse américaine et lui donner espoir dans une meilleure compréhension entre les dirigeants américains et français, c’est l’« American touch » du président Chirac. Non seulement dans le domaine politique : « Despite his tough policy statements, he has also brought an easy-going American style to the working habits of the Élysée Palace »[6], mais également sur un plan personnel : « He prefers a cold Mexican beer to a glass of wine, and a genuine American meal like a  hot turkey sandwich with gravy to a pseudo-Escoffier meal »[7]. Le New York Times à plusieurs reprises souligne ce trait personnel du président français :

« While he strongly supports the law that requires French television stations to show mainly French films, to sustain Europe’s most important film industry, friends say he would rather watch a Gary Cooper western than a mannered French romance »[8].

Thomas L. Friedman, journaliste du New York Times, résume bien cette vision du chef de l’État français : « Mr Chirac is a rare breed : a Gaullist baseball fan »[9]. Jacques Chirac possède un atout pour entrer dans le cœur des Américains : il aime les États-Unis et sa culture. Le Washington Post a lui insisté sur un épisode de la visite du chef de l’État français dans leur pays : la participation de Jacques Chirac à l’émission télévisée populaire américaine « Larry King Live » sur CNN. Son éditorialiste Jim Hoagland qualifie cet événement de « change on the hoof »[10]. Selon lui, un président français a enfin reconnu que l’on pouvait s’exprimer dans une autre langue que le Français pour s’adresser au reste du monde. Jacques Chirac, décidément différent de ses prédécesseurs, donne espoir pour le renouveau des relations franco-américaines aux journalistes américains.

Au cours des deux premiers mois après son entrée en fonction, le chef de l’État français se fait remarquer par ses actes et ses paroles sur la scène internationale. Lors du sommet du G7 de juin 1995 à Halifax, les journalistes américains soulignent son style et l’énergie avec laquelle il se dépense. Ils vont le surnommer « le Bulldozer ». Le Washington Post explique à ses lecteurs d’où lui vient ce surnom : « Dubbed “the Bulldozer” by his political godfather, the late Gaullist president Georges Pompidou »[11] et précise sa pertinence : «  Chirac has not wasted any time in bringing his reputation for frank discussion and fast action »[12]. Jacques Chirac apparaît comme quelqu’un de très actif et direct. Le New York Times comme le Washington Post montrent que le président français veut et sait se faire entendre. Ce qu’ils admirent lorsqu’ils pensent que la cause pour laquelle il se fait entendre est bonne. La résolution du conflit armé en Yougoslavie en est une. À la lecture des journaux américains, on apprend que Jacques Chirac s’implique personnellement et avec fermeté dans la résolution du conflit bosniaque : «  Chirac has taken personnal responsibility for France’s security policy as commander in chief »[13]. Son action rappelle l’immobilisme du président américain. Jacques Chirac a ainsi une bonne image dans la presse américaine.

Sa décision de faire négocier l’entrée de la France au sein de l’OTAN va les surprendre mais aussi confirmer leur espoir dans le renouveau des relations franco-américaines : « Chirac’s message on a new French willingness to cooperate militarily with the United States and its NATO partners in Europe will fall pleasantly on American ears »[14]. Les journalistes américains soulignent et approuvent la volonté de Jacques Chirac de coopérer d’avantage avec l’OTAN, voire d’y refaire son entrée. Il semble que Jacques Chirac désire améliorer les relations entre les États-Unis et la France. La France semble ne plus douter des actions des États-Unis, elle ne le perçoit plus comme un rival.

Cependant, nous ne sommes qu’au début de la coopération de la France avec l’OTAN. La France, si elle veut y entrer à nouveau, le désire sous certaines conditions. Les négociations vont créer des remous dans les relations franco-américaines.

 

Jacques Chirac, dans la lignée des précédents présidents français ; tensions dans les relations franco-américaines

 

La reprise des essais nucléaires par Jacques Chirac est la première décision du nouveau président français déclenchant les critiques de la presse américaine. Ce sujet a été abondamment suivi. Le nombre d’articles dans lesquels figurent les opinions des journalistes est remarquable. Ils se permettent même de donner des conseils au chef de l’État français. C’est un sujet qui a engendré de nombreuses réactions dans le monde entier et qui a déchaîné la presse américaine. Les journalistes retrouvent dans la décision de Jacques Chirac un aspect da la France qu’ils connaissent bien mais qu’ils n’apprécient guère : « Ever since the imperious reign of Charles De Gaulle, France’s governments have enjoyed a reputation for not giving a damn of what the rest of the world thinks »[15]. Les journalistes américains dénoncent une attitude qu’ils trouvent orgueilleuse. Pour le New York Times comme pour le Washington Post la raison d’une telle décision de la part de Jacques Chirac est la même : « Chirac is stuck by his Gaullist conviction that the tests are necessary to preserve France’s role as a global military power into the next century »[16]. La France s’accrocherait à son idée de grandeur. Elle essaierait de préserver un rôle qui, pour les journalistes américains, appartient à un autre temps. Leurs critiques concernant les essais nucléaires ne touchent pas directement, ou plutôt pas uniquement, les relations franco-américaines, mais les journalistes y voient le désir d’indépendance de la France par rapport aux États-Unis, et soulignent cet aspect de la France qui les irrite.

Les négociations entre les États-Unis et la France pour le retour de cette dernière au sein de l’OTAN à partir de la fin de l’année 1996 est l’épisode qui marque la réapparition d’une relation de méfiance entre les deux pays. C’est un épisode compliqué des relations franco-américaines. Bill Clinton encourage les Européens à prendre plus de responsabilités au sein de l’organisation et désire également leur y offrir une plus grande autorité. Jacques Chirac profite de cette opportunité pour annoncer son désir du retour de la France au sein de l’OTAN. Mais il explique qu’il a besoin de changements significatifs dans la structure de commande de l’OTAN pour que l’opinion française accepte ce retour qui rompt avec la politique du général de Gaulle. Les demandes de Jacques Chirac vont bloquer les négociations. Pour les journalistes américains, le président français profite de l’ouverture donnée par Bill Clinton pour en demander trop. Le président Chirac et la France sont vus comme des égoïstes qui bloquent tout un procédé compliqué. Le discours de la presse américaine sur la France et son président change. Les journalistes avaient un grand espoir dans le renouveau des relations franco-américaines avec l’arrivée d’un nouveau président français qui apparaissait très ouvert sur les États-Unis. Avec l’épisode des négociations du retour de la France au sein de l’OTAN ils retrouvent la France qu’ils ont connue. Un journaliste du New York Times rappelle que l’exigence française de donner le commandement Sud de l’OTAN à un Européen a bloqué le plan de réorganisation de l’OTAN et ajoute :

« Is this inept ? Not to the French. Railing at American big business, protesting when MacDonald’s tries to infiltrate chic Parisian neighborhoods, and challenging American domination make up a popular national pastime »[17].

À la première confrontation entre Français et Américains, le journaliste rappelle à ses lecteurs l’antiaméricanisme qui règne en France. Alors que depuis l’élection de Jacques Chirac à la présidence française tout cela n’avait pas été mentionné.

Par la suite, les sujets de tensions se multiplient. Le 19 novembre 1996, le président Clinton annonce que les États-Unis mettront leur veto à l’ONU contre la réélection de l’actuel secrétaire général de l’ONU Boutros Boutros-Ghali et qu’ils soutiennent le candidat Kofi Annan. Or, le président français supporte vigoureusement la réélection de l’Égyptien. Des tensions naissent entre les deux pays qui utilisent ou menacent d’utiliser leur veto au Conseil Général de Sécurité pour bloquer le candidat favori de l’autre. Les journalistes américains dénoncent le fait que Jacques Chirac soutienne un candidat ayant une culture française, donc des liens avec la France. Mais rien n’est dit sur le fait que le candidat soutenu par les États-Unis a fait une partie de ses études dans le Minnesota et dans le Massachusetts, et possède ainsi une culture américaine. Les États-Unis et la France se font souvent des reproches sans se rendre comptent que ces mêmes reproches pourraient leur être fait. Ce schéma se répète à la fin de l’année 1996 à propos de leurs politiques respectives en Afrique et au Moyen-Orient. En Afrique, les États-Unis reprochent à la France de protéger sa zone d’influence alors qu’elle-même a sa propre zone d’influence. Pour eux, la France est accrochée à ce qui lui permet encore de penser qu’elle est une grande nation :

« In addition to serving as a major outlet for French trade, investisment and employment, the political backing of Paris’s African allies in forums such as the United Nations is vital to France’s continuing sense of itself as a world power »[18].

Elle ne se rendrait pas compte qu’elle n’a peut-être plus la stature internationale ou les moyens pour l’exercer. Les États-Unis en ont eux les moyens. Ils sont la première puissance internationale. Au Moyen-Orient, les Français affirment que leur intervention est nécessaire car les États-Unis ne sont pas assez objectifs. Les Américains déclarent que la France ne devrait pas s’impliquer dans la résolution du conflit car elle n’est elle-même pas assez objective. Ces deux pays sont beaucoup plus similaires qu’ils ne veulent le faire croire. Peut-être leurs nombreuses disputes viennent-elles du fait que ces deux pays se ressemblent tant.

 Par ailleurs, les journalistes américains commentent la politique européenne de Jacques Chirac. Celle-ci est vue comme la prolongation de celle du général de Gaulle. Elle vise selon eux à se mesurer aux États-Unis et à rester indépendante de ceux-ci.

L’image du président français dans la presse américaine change. Elle était celle d’un président actif sur la scène internationale, prêt à agir avec les États-Unis. Elle devient celle d’un président se battant envers et contre tout pour les intérêts de son pays.

Après la perte des élections anticipées et les débuts de la cohabitation, les journalistes américains découvrent un président français diminué mais encore maître de la politique étrangère de son pays.

 

Un président qui veut préserver un grand rôle pour lui et pour la France

 

La presse américaine couvre les élections anticipées de 1997. Elle qualifie la décision de Jacques Chirac de dissoudre l’Assemblée nationale et d’organiser des élections anticipées de « gamble », entreprise risquée. Le New York Times et le Washington Post insistent sur le fait que la dissolution de l’Assemblée nationale française n’avait jamais eu lieu pour si peu de chose : « In the absence of a constitutional crisis, there was no precedent for such a move under the fifth Republic »[19], « It has been used to resolve national dilemmas far more dramatic than France’s current blue mood and Chirac’s luckewarm support »[20]. L’action du président français n’est pas comprise par les journalistes américains. L’image de Jacques Chirac dans la presse d’outre-Atlantique, en cette mi-1997, n’est pas celle d’un bon président : « Chirac and Juppé did not seem even to try seriously to fulfill their campaign promises in their first two years, prefferring to wait »[21]. Le lendemain des élections anticipées, les journalistes américains commentent la défaite de la droite française. Ils expliquent à leurs lecteurs en quoi cette cohabitation est différente de ses précédentes : « none has previously emerged in circumstances so personaly demeaning for the head of state »[22]. Le peuple français a désavoué son président. Jacques Chirac est un président diminué. Les journalistes américains sont d’ailleurs décontenancés par la cohabitation qui est pour eux une « pagaille ». Ils vont tenter de mettre un peu les choses au clair en expliquant à leurs lecteurs le nouveau rôle du chef de l’État français :

« Chirac, an enthousiastic chief executive and backslapping politician regularly described here as American-style, is now master of little more than the Elysee Palace and the well-used presidencial jet »[23].

Ce dernier apparaît comme un président n’ayant plus de pouvoir, réduit à une présidence symbolique. Mais ils montrent que le président français cherche à prouver qu’il sert encore à quelque chose. Le Washington Post témoigne du fait que Jacques Chirac est prêt à défendre son rôle : « At a news conference with Jospin, Chirac planted himself in the middle seat and acted as master of ceremonies »[24]. L’éditorialiste du Washington Post, Jim Hoagland, affirme que Jacques Chirac profite au maximum de l’ouverture, dans le domaine de la politique étrangère, que lui donne la Constitution française. Il voyage à l’étranger afin d’améliorer l’image de la France ainsi que la sienne. Il montre également que le président français, bien qu’affaibli, garde la même politique étrangère. L’image de Jacques Chirac est celle d’un président qui ne s’avoue pas vaincu, et qui continuera à se faire entendre sur la scène internationale.

Ce dernier profite en effet de chaque occasion qui se présente à lui pour ne pas se faire oublier de la France et du monde. Il défend ses intérêts et ceux de la France. Jacques Chirac réapparaît sur la scène internationale et dans les pages de la presse américaine grâce à l’épisode de crise entre l’Irak et la communauté internationale au début de l’année 1998. Les quotidiens américains le montrent très actif :

« After a half-hour telephone conversation with president Clinton tonight, President Jacques Chirac agreed to use his own channels to convey the seriousness of the situation to Iraq. He also agreed to use French influence with Russia and China to seek support for a strong United Nations resolution that would urge Irak to cooperate with the inspections »[25].

Mais la presse américaine insiste davantage sur le fait que cette crise a bénéficié à Jacques Chirac en France. Le Washington Post consacre tout un article décelant une stratégie derrière les actions de Jacques Chirac :

« It was Chirac who proposed lending Annan the white presidencial falcon 900 jet that carried Annan to his talks in Baghdad ; when the secretary general stepped off the plane the “Republic Française” logo was there for the world’s television audience to see »[26].

Le président français a réussi à faire parler de la France dans le monde entier. De plus, il a agit par la même occasion pour lui-même :

« Then, of course, Annan had to bring the plane back, necessiting a stop in Paris, and, despite earlier denials that it would occur, a congratulatory dinner with Chirac »[27].

Jacques Chirac est le premier chef de l’État à avoir une conversation avec Kofi Annan depuis son action en Irak qui a permis la résolution de la crise. La façon dont la journaliste explique l’épisode du dîner montre combien Jacques Chirac a usé de ruse.

Entre juin et décembre 2000, Jacques Chirac va à nouveau faire parler de lui. En effet, au cours de cette période, le président français est également président de l’Union européenne, donc agit sur la scène internationale en son nom. Cependant, son image, en décembre 2000, à la fin des six mois de présidence de l’Union, est mauvaise. La presse américaine laisse place aux paroles des critiques du président :

« Quelle surprise ! The French are being roundly denounced for underhanded diplomacy and self-dealing in the wake of the European Union’s summit in Nice. […] Chirac fought the battle primarily for narrow French interests »[28].

Les critiques de Jacques Chirac lui reprochent d’agir sur la scène internationale en pensant à son image en France. Ils l’accusent de déjà penser à l’élection présidentielle de 2002 : « Some say that Mr. Chirac has been far more conscious of his political image back home than the good of the Union »[29]. Seul un éditorialiste du New York Times temporise son article en affirmant que Jacques Chirac, en se battant pour ses propres intérêts, en a fait bénéficier l’Europe et le monde.

Les affaires de corruption vont également contribuer à faire évoluer l’image de Jacques Chirac dans les pages de la presse outre-Atlantique. Entre mars 1999 et novembre 2001, le New York Times et le Washington Post évoquent ces affaires, sans jamais émettre de jugement, mais ils montrent que le président français se dérobe à la justice de son pays.

Puis le 11 septembre 2001, les États-Unis subissent une attaque sans précédent sur leur territoire. Toutes les presses du monde se focalisent sur la catastrophe. Le Washington Post et le New York Times publient des articles sur la rencontre entre Jacques Chirac et George W. Bush le 18 septembre 2001, une semaine après les attentats. Le président français est le premier chef d’État à se rendre sur les lieux de la catastrophe. Le New York Times publie un article la veille de la visite de Jacques Chirac. Il indique que Jacques Chirac arrive mardi et que Tony Blair arrange précipitamment une visite pour jeudi. Le quotidien new-yorkais précise :

« Mr. Chirac, whose trip was already scheduled, has turned his trip to Washington into a two-hour session with President Bush and his senior foreign policy advisers at the White House on Tuesday evening »[30].

 Le voyage de Jacques Chirac aux Etats-Unis était déjà prévu avant que les attentats n’aient lieu. Ainsi, si le président français est le premier à se rendre auprès de George W. Bush, ce n’est qu’un hasard, heureux pour le président Chirac. Alors que Tony Blair a dû lui refaire son emploi du temps pour venir à Washington soutenir le pays avec qui la Grande-Bretagne entretient des relations privilégiées. Le Washington Post ne mentionne pas ce fait. Le New York Times met par ailleurs en avant comment les attentats du 11 septembre ont en quelque sorte rendu service à Jacques Chirac :

« Just weeks ago, President Jacques Chirac was looking beleaguered heading into a re-election campaign with a pack of corruption-busting juges nipping at his heels. But all that seems like history, at least for now. The terrorist attacks in the United States have swiftly altered the political landscape here, sweeping scandal stories off the front pages and giving Mr. Chirac a political lift »[31].

Les deux quotidiens citent les chiffres des derniers sondages d’opinion en France qui confirment cette affirmation. En effet, la cote de popularité de Jacques Chirac a augmenté de 17 points. À la fin de l’année 2001, les journaux américains observent que Jacques Chirac, peu avant l’élection présidentielle, a su gagner la faveur du peuple français. 

 

 

L’image de Jacques Chirac a beaucoup évolué au cours de son premier mandat. Elle est très positive la première année, malgré l’ombre des essais nucléaires. Par la suite, elle ne cesse de se dégrader à mesure que les divergences entre les intérêts français et américains se multiplient. Après la perte des élections anticipées de juin 1997 et la mise en place de la cohabitation, la presse américaine observe le président français avec curiosité et montre comment celui-ci va revenir petit à petit sur la scène internationale, redorer son image. À la fin de son mandat, les espoirs de simplification des relations franco-américaine  par une bonne compréhension et une bonne entente ont disparu.

Le Washington Post et le New York Times ont des visions convergentes sur le chef d’État français, même s’ils ne mettent pas la lumière sur les mêmes événements, ou avec une intensité souvent inégale. Il est intéressant de voir comment Jacques Chirac, premier président français élu depuis la fin de la Guerre froide, est perçu aux États-Unis, combien il représentait dans un premier temps un espoir pour le renouveau des relations franco-américaines après un tel tournant de l’Histoire. Le monde a une nouvelle fois pris un tournant lors de la destruction des Twin Towers à New York le 11 septembre 2001. Les relations internationales ont à nouveau changé ; les relations franco-américaines ne cessent également d’évoluer. L’épisode du début de la guerre d’Irak a marqué un nouvel épisode important de cette Histoire.  



[1]    « Cela fait longtemps que ce n’est plus un secret à Washington, la France est considérée comme un des alliés européens majeurs des États-Unis les plus difficiles », Charles Cogan, French negotiating behaviour : dealing with La Grande Nation, Washington  D.C. : US Institute of Peace Press, 2003, p. 34.

[2]    « En prenant ses rivaux de cours, le leader du parti gaulliste français, Jacques Chirac, a essayé de donner du souffle à sa molle campagne présidentielle en annonçant officiellement aujourd’hui sa candidature à l’élection du printemps prochain », Alan Riding, « Gaullist Finally Declares Presidential Candidacy », New York Times, 5 novembre 1994.

[3]    « Si la gauche ne trouve pas un programme cohérent et un candidat crédible », William Drozdiak, « Presidential Campaign Finds France on the Defensive », Washington Post, 21 janvier 1995.

[4]    « Bien que Chirac, âgé de 62 ans, soit de 3 ans le cadet de Balladur, il a beaucoup plus d’expérience en politique. Cela fait 30 ans qu’il cultive les soutiens de la base, et un parti national, réelle machine, qui sont en train de prouver leurs redoutables avantages », Washington Post, 4 avril 1995.

[5]    « Comme son mentor, le général de Gaulle, Mr. Chirac est plus un nationaliste aux pensées sociales qu’un conservateur orthodoxe », éditorial, « President Chirac », New York Times, 9 mai 1995.

[6]    « Malgré ses déclarations politiques inflexibles, il a également apporté un style décontracté à l’américaine dans les habitudes de travail de Palais de l’Élysée », Craig R. Whitney, « After Three Months on the Job, France’s President Exudes Elan », New York Times, 30 juillet 1995.

[7]    « Il préfère une bière américaine à un verre de vin, et un authentique repas américain comme le sandwich chaud à la dinde avec de la sauce au jus de rôti à un repas pseudo-Escoffier », Craig R. Whitney, « The Bulldozer Hits a Roadblock », New York Times, 11 février 1996.

[8]    « Alors qu’il soutient fermement la loi qui oblige les chaînes de télévision française à passer principalement sur leurs antennes des films français, pour soutenir l’industrie du film la plus importante d’Europe, ses amis disent qu’il préfère regarder un western de Gary Cooper plutôt qu’un film français racontant une histoire d’amour maniérée », ibid.

[9]    « Mr. Chirac est une espèce rare : un gaulliste fan de baseball », Thomas L. Friedman, « Enter le Bulldozer », New York Times, 23 juillet 1995.

[10]   « un changement impromptu », ibid.

[11]   « Surnommé « le Bulldozer » par son parrain politique, l’ancien président gaulliste George Pompidou », William Drozdiak, « “Bulldozer” Head For Halifax », Washington Post, 14 juin 1995.

[12]   « Chirac n’a pas perdu de temps pour confirmer sa réputation de franc parler et d’action rapide », ibid.

[13]   « Chirac a pris une responsabilité personnelle pour la politique de sécurité de la France en tant que commandant en chef », ibid.

[14]   « Le message de Chirac sur la nouvelle volonté de coopérer avec les États-Unis et ses partenaires de l’OTAN sur le plan militaire en Europe sera quelque chose de doux aux oreilles américaines », Jim Hoagland, « When Chirac Comes To Town », Washington Post, 28 janvier 1996, p. C7.

[15]   « Depuis le règne impérial de Charles de Gaulle, les gouvernements français ont apprécié leur réputation de se moquer de ce que pense le reste du monde », Mark Hertsgraad, « Are the French Headed for a Meltdown ? », Washington Post, 3 septembre 1995.

[16]   « Chirac est bloqué par sa conviction gaulliste que les tests sont nécessaires pour préserver le rôle de la France en tant que force militaire mondiale dans le prochain siècle », William Drozdiak, « France Sets Off Nuclear Blast Despite Worldwide Protests », Washington Post, 7 septembre 1995, p. A1 et A27.

[17]   « Est-ce inapproprié ? Pas pour les Français. Se répandre en injures contre les grandes entreprises américaines, protester quand MacDonald’s essaie d’infiltrer des quartiers chics parisiens, et défier la domination américaine sont des passe-temps nationaux populaires », Craig R. Whitney, « From Paris With Love : Raspberries », New York Times, 8 décembre 1996, p. E5.

[18]   « Non seulement la relation privilégiée de la France avec certains pays d’Afrique lui permet de trouver un débouché pour son commerce, ses investissements et ses emplois, mais le soutien politique des alliés africains de la France dans des forums telles les Nations unies est vital au sentiment persistant de la France qui se voit comme une puissance internationale », Howard W. French, « French Power in Africa Under Attack On All Sides », New York Times, 6 décembre 1996, p. A11.

[19]   « En l’absence d’une crise constitutionnelle, il n’y a pas de précédent à une telle action sous la Ve République », Roger Cohen, « Chirac’s Gamble : Rebuff Could Turn Into Humiliation », New York Times, 26 mai 1997, p. 6.

[20]   « Cela a été utilisé pour résoudre des problèmes bien plus dramatiques que l’actuelle humeur cafardeuse de la France et le soutien porte-bonheur de Chirac », Charles Trueheart, « French Leader Calls Early Genreal Election », Washington Post, 22 avril 1997.

[21]   « Chirac et Juppé n’ont semble-t-il pas même essayer sérieusement de réaliser leurs promesses électorales au cours des deux premières années de leur mandat, préférant attendre », Jim Hoagland, « Revenge of The French Electorate », Washington Post, 3 juin 1997.

[22]   « Aucune ne fut créée dans le passé dans des circonstances si personnellement avilissante pour le chef de l’État », ibid.

[23]   « Chirac, un chef exécutif enthousiaste et homme politique ayant de la répartie dont il est écrit régulièrement ici qu’il a le style américain, est désormais maître du palais de l’Élysée et du jet présidentiel bien utilisé, mais pas de beaucoup plus », ibid.

[24]   « Lors d’une conférence de presse avec Jospin, Chirac s’est planté dans le siège situé au centre, et a agit comme un maître de cérémonies », Anne Swardson, « France’s Competing Leaders Display Harmony at Summit », Washington Post, 18 juin 1997, p. A22.

[25]   « Après une conversation téléphonique d’une demi-heure avec le président Clinton ce soir, le président Jacques Chirac a accepté d’utiliser ses propres contacts pour transmettre le sérieux de la situation en Irak. Il a également accepté d’utiliser l’influence de la France sur la Russie et la Chine pour chercher à obtenir leur soutien à une ferme résolution des Nations unies qui pousserait l’Irak à coopérer avec les inspecteurs de l’ONU », Craig R. Whitney, « Backing US, France Warns Iraqis to Yield on Arms Inspections », New York Times, 31 janvier 1998.

[26]   « C’est Chirac qui a proposé de prêter à Annan le jet Falcon 900 blanc présidentiel qui a transporté Annan jusqu’en Irak ; lorsque le Secrétaire Général est descendu de l’avion, le logo de la République Française était visible aux audiences de toutes les télévisions du monde », ibid.

[27]   « Par la suite, bien sûr, Annan a dû ramener l’avion, ce qui a nécessité un arrêt à Paris, et malgré des démentis un peu plus tôt qu’il aurait lieu, un dîner de félicitations avec Chirac », ibid.

[28]   « Quelle surprise ! Les Français sont en train d’être dénoncé franchement de diplomatie de sous-main et d’autogestion à l’aube du sommet de l’Union Européenne de Nice. […] Chirac a combattu essentiellement pour les seuls intérêts français », Jim Hoagland, « France’s Sublime Selfishness », Washington Post, 17 décembre 2000.

[29]   « Certains disent encore que Mr. Chirac a été beaucoup plus conscient de son image politique en France que du bien de l’Union », ibid.

[30]   « M. Chirac, dont le voyage était déjà programmé, a transformé son voyage à Washington en une session de deux heures avec le président Bush et ses plus anciens conseillers en politique étrangère à la Maison-Blanche mardi soir », Jane Perlez, « Blair and Chirac Head to US. For Talks and a Show of Unity », New York Times, 18 septembre 2001, p. B2.

[31]   « Il y a à peine quelques semaines, le président Jacques Chirac semblait débordé, se dirigeant vers une campagne de réélection avec un amas de juges qui se dressent contre la corruption à ses talons. Mais tout ça semble n’être plus que de l’Histoire, du moins pour le moment. Les attaques terroristes aux États-Unis ont rapidement changé le paysage politique ici, balayant les histoires de scandales en dehors des Unes et donnant à M. Chirac un ascenseur politique », Suzanne Daley, « Under Siege, Chirac Gets Political Lift From Crisis », New York Times, 30 septembre 2001, p. A9.