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Nadia Atallah, Le Centre culturel canadien à Paris

Le Centre culturel canadien à Paris

 

 

Bulletin n° 24, automne 2006

 

 

Nadia Atallah[1]

 

 

 

En 2004, la France et le Canada fêtaient leurs 400 ans de relations continues. En effet, le 26 juin 1604, Pierre du Gast de Monts et Samuel de Champlain, accompagnés d’une centaine d’hommes, fondaient sur l’île de Sainte-Croix le premier établissement français permanent en Amérique du Nord. Cet anniversaire donna lieu à de nombreuses manifestations en France et au Canada au sein du programme France - Canada, lancé officiellement par Jacques Chirac et Jean Chrétien, Premier ministre du Canada. Ce fut l’occasion pour Jacques Chirac de rappeler les liens particuliers entre ces deux pays : « Ces 400 ans de changements profonds de la carte du monde et de nos sociétés tissent la trame d’une amitié ininterrompue, d’un lien qui a résisté aux tempêtes de l’histoire, d’une fraternité qu’ont magnifiquement incarnée les soldats canadiens engagés sur le sol de France, aux côtés de leurs camarades des autres nations alliées, lors des deux conflits mondiaux du XXe siècle […]. Notre amitié se nourrit aussi désormais d’une coopération intense et dynamique dans les domaines aussi bien économique que culturel, scientifique, technique»[2]. Le Centre culturel canadien de Paris s’inscrit parfaitement dans cette dynamique d’échanges mise en place après la Seconde Guerre mondiale.

 

 

 

400 ans de relations

 

 

 

Pourquoi un Centre culturel canadien à Paris ? La création et la place d’un tel centre doivent être examinées dans le contexte plus large des relations historiques entre Ottawa, Québec et Paris[3]. Les relations entre les gouvernements fédéral, provincial et français n’ont, en réalité, jamais été simples. La France constitue, avec la Grande-Bretagne, la mère patrie d’une partie des Canadiens. En effet, le Canada fut découvert en 1604 par les Français qui occupèrent l’est du pays jusqu’à la défaite de 1763 face aux Britanniques. La France céda ses territoires d’Amérique du Nord à la Grande Bretagne. Dès lors, les relations officielles entre la France et le Canada ne furent plus qu’indirectes, le Canada n’étant qu’un membre de l’Empire britannique. Pourtant, les liens avec la France demeurèrent forts : une première représentation canadienne fut mise en place à Paris dès 1882. De plus, le Canada participa à la Première Guerre mondiale comme en témoigne sa contribution décisive à la bataille de Vimy en avril 1917. Après le traité de Westminster de 1931, qui consacra l’autonomie du Canada, les relations entre le Canada et la France reprirent timidement jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale ; guerre durant laquelle le Canada lutta activement avec les forces alliées et contribua à libérer la France. Les années 1960 constituent un tournant dans les relations franco-canadiennes. La mémoire collective a retenu le fameux « Vive le Québec libre » prononcé par le Général de Gaulle à Montréal le 24 juillet 1967. Même si ce discours provoqua la colère du gouvernement fédéral, cette époque est également marquée par les premiers accords entre la France et le Canada sur le plan culturel. La création d’un centre culturel canadien à Paris permit ainsi de sceller plus étroitement les liens entre les deux pays. Il est important de noter que l’on discuta de sa création lors de la visite controversée du général De Gaulle. Un tel rapprochement[4] fut perçu comme une nécessité par les Canadiens dans la mesure où la France tissait depuis le début de la décennie des liens privilégiés avec la province du Québec sans en référer au gouvernement fédéral. La création d’une Délégation générale du Québec à Paris en 1961 constitua ainsi un véritable camouflet pour Ottawa. Dans ce contexte, il était important pour le Canada de créer un organisme culturel affirmant en France la présence canadienne, et pas seulement canadienne francophone. C’est ainsi que les tensions diplomatiques générées par le « triangle Québec-Ottawa-Paris » permirent la création d’un outil culturel de tout premier plan.

 

 

 

La création et les missions du Centre culturel canadien

 

 

 

Le 7 novembre 1965, le Canada et la France signèrent un premier accord culturel prévoyant l’élaboration d’échanges entre les deux pays dans le domaine de la culture, de la science, de la technique et des arts, et l’établissement de rapports étroits entre des organismes canadiens et français tels que les instituts et les centres culturels. Grâce à cet accord, le Centre culturel canadien à Paris fut officiellement inauguré le 2 avril 1970[5]. Pilier de la politique de diffusion de la culture canadienne à l’étranger, il servit de modèle à la création des centres culturels canadiens de Rome, Bruxelles, Londres et New York. Il s’imposa également comme un acteur important de la promotion de la culture francophone canadienne bien qu’il ne fasse pas partie des institutions de la francophonie. Son mandat comporte six aspects : assurer aux étudiants et artistes canadiens en stage à Paris un service d’accueil et d’orientation ; mettre à la disposition des chercheurs et étudiants canadiens et français une bibliothèque de consultation ; contribuer au rayonnement de la culture canadienne en France par des programmes d’expositions, de concerts, de récitals, de projections de films, de conférences et de colloques ; être un point de ralliement pour les Canadiens en France et leurs amis français ; servir de lieu de réunion aux associations culturelles franco-canadiennes ; regrouper sous un même toit les services culturels et d’information de l’ambassade du Canada à Paris.

 

Entre 1970 et 1995, le Centre culturel a abrité 2 500 événements culturels dans le domaine des arts de la scène, des arts visuels, des arts de l’écrit et de l’écran. Il a fait connaître de nombreux artistes et professionnels canadiens en France. Il a également suscité de nombreuses collaborations avec des organismes culturels français et étrangers, privés et publics, comme les centres culturels étrangers ou la Cinémathèque française[6]. Il faut également noter le rôle primordial au sein du Centre du service des relations universitaires. Celui-ci aide à promouvoir les études canadiennes dans les universités françaises et la recherche portant sur le Canada. Il soutient ainsi les activités des Centres d’études canadiennes des universités françaises et celles de l’AFEC (Association française d’études canadiennes). Il est aussi chargé d’encourager les échanges et accords universitaires entre le Canada et la France en fournissant les renseignements utiles aux étudiants français. Enfin, il gère les programmes de bourses du gouvernement canadien.

 

Au tournant des années 1990, le Canada connut une période financière difficile, caractérisée par de sévères restrictions budgétaires. L’avenir du Centre culturel de Paris fut un temps menacé. Le gouvernement fédéral réaffirma néanmoins l’importance de la culture comme pilier essentiel de la mission canadienne à l’étranger. En raison de son importance historique et culturelle, le centre de Paris demeura le seul centre culturel canadien en Europe. Réorganisé, il accorde désormais, une large place aux nouvelles technologies, notamment au sein de son centre de documentation.

 

 

 

Un fonds documentaire très riche

 

 

 

Indispensable pour toute recherche portant sur le Canada, la bibliothèque du Centre culturel canadien à Paris est unique en Europe. Sa collection d’ouvrages est la seule qui se rapporte strictement au Canada et à la culture canadienne, dans son sens le plus large[7]. C’est l’une des seules bibliothèques à être rattachée directement à une ambassade en France. Elle est accessible gratuitement à toute personne souhaitant se renseigner ou étudier un aspect particulier du Canada. Les étudiants et les professeurs constituent la majorité des usagers mais des hommes de loi, des économistes, des hommes d’affaires, des journalistes, des artistes et le grand public viennent également se renseigner sur de multiples sujets.

 

         La collection du service de documentation est de nature encyclopédique et axée sur les sciences humaines et sociales. Elle est riche de 20 000 volumes, en anglais et en français, dont 2 000 ouvrages de référence : encyclopédies, dictionnaires, bibliographies et index qui portent sur les caractéristiques générales du Canada. La consultation de ces ouvrages permet à la fois d’acquérir une vision large du sujet de recherche et d’effectuer une sélection pertinente d’articles et d’ouvrages spécialisés s’y rapportant. Dans le domaine strictement littéraire, une vaste collection d’ouvrages canadiens de langue française et anglaise est disponible afin de présenter un panorama de la production éditoriale canadienne.

 

En ce qui concerne les publications officielles du gouvernement canadien, la bibliothèque propose une collection importante de monographies, de revues et de publications officielles comme les rapports annuels des ministères, les budgets de certains organes fédéraux et les rapports des commissions royales d’enquête. Il est à noter cependant que les publications officielles ne sont pas toutes consultables car le centre ne possède que les plus récentes et quelques-unes datant d’après-guerre. Quant à la collection de publications parlementaires, elle donne accès à dix années de débats de la Chambre des Communes et du Sénat canadien, aux séances et aux rapports des comités émanant des deux chambres, ainsi qu’au texte intégral des lois et règlements fédéraux. Les rapports de comités sont, par ailleurs, très utiles aux chercheurs car ils offrent de précieuses informations sur des questions centrales comme l’Accord de libre échange nord-américain, les droits des autochtones, la violence exercée contre les femmes ou encore les relations du Canada avec l’Europe et la région Asie-Pacifique. Le centre de documentation permet également d’accéder à un large éventail de publications de Statistique Canada[8] couvrant les domaines les plus divers, et notamment tous les derniers recensements. Il possède également deux collections spéciales, uniquement disponibles au Centre culturel en France. La première est une série de documents préparés par les chercheurs de la Bibliothèque du Parlement sur différentes questions d’actualité au Canada. La deuxième collection regroupe 1 500 dossiers sur des thèmes et des personnalités du Canada comme des cinéastes, des écrivains et autres artistes. Chaque dossier contient des références à des articles de journaux et des sites Internet pour permettre aux chercheurs de trouver simplement les sources dont ils ont besoin. Depuis la réouverture du Centre en 1997[9], une importante collection appartenant au Bureau des Archives nationales du Canada à Paris est également consultable. Sous forme d’imprimés ou de cédéroms, elle est très utile pour les chercheurs en histoire s’intéressant aux relations entre la France et le Canada. On notera également la présence d’une collection de périodiques riche de plus de 250 titres, allant du magazine populaire à la revue spécialisée. La consultation de ces titres est très simplifiée grâce à l’existence d’un index des périodiques permettant d’identifier précisément un article se référant à l’objet de notre recherche. Plusieurs quotidiens, comme Le Devoir (Montréal) et The Globe and Mail (Toronto), sont disponibles intégralement depuis leur création sur microfilm.

 

En ce qui concerne les ressources multimédia, le Centre dispose de nombreux cédéroms qui complètent les ouvrages imprimés. Il possède trois cédéroms de recherche qui permettent d’identifier en quelques minutes les sujets traités dans des centaines de périodiques et de documents du gouvernement : l’Index de périodiques canadiens, Repère et Microlog. La version multimédia de L’Encyclopédie Canadienne est également disponible sur cédérom ainsi que L’Histoire du Canada en images. Sont également disponibles sur cédéroms Le Recensement du Canada, les lois et règlements fédéraux, le texte intégral de cinq quotidiens québécois depuis 1993 sur Actualité Québec et une grande partie des Archives nationales du Canada est décrite dans les cédéroms Archivia et Parchemin. Enfin, le Centre possède un accès Internet permettant d’effectuer des recherches complémentaires sur les 170 sites se rapportant au Canada référencés par les bibliothécaires.

 

Outre sa richesse documentaire, l’atout du service de documentation se trouve dans la disponibilité des bibliothécaires, ce qui permet d’effectuer une recherche précise et exhaustive sur un vaste éventail de sujets. La première étape de toute recherche consiste à consulter le catalogue informatisé, disponible également sur Internet, puis la bibliothécaire peut élargir notre demande en consultant les dossiers disponibles et les bases de données. Le Canada étant un pays au fonctionnement beaucoup plus complexe de premier abord que le nôtre, les bibliothécaires sont des guides précieux et souvent indispensables.

 

En somme, le Centre culturel canadien à Paris est un outil majeur de diffusion de la culture canadienne par ses nombreuses missions et contribue à renforcer les liens entre le public français et le Canada. Son service de documentation, qui possède l’un des fonds les plus complets d’Europe sur le Canada, constitue pour le chercheur en histoire canadienne la base de toute recherche portant sur ce pays.

 

 

 

 

 

Renseignements pratiques

 

Centre culturel canadien

 

7, rue de Constantine

 

75007 Paris

 

Tel : 01 44 43 21 55

 

Email : reference@www.canada-culture.org

 

 

 

Horaires:

 

Mardi, mercredi, vendredi : 10 h – 18 h

 

Jeudi : 10 h – 21 h

 

Samedi : 14 h – 18 h



[1] Nadia Atallah a soutenu en septembre 2006 au Centre d’études canadiennes-Centre de recherches d’histoire nord-américaine de Paris I un mémoire de Master 1 sur les quartiers ouvriers de Montréal pendant la Grande Dépression (directeurs : André Kaspi et Hélène Harter).

[2] Allocution prononcée par Jacques Chirac, président de la République française, à l’occasion du lancement du programme Canada - France 2004 et de la visite de l’exposition « Le Canada vraiment » en compagnie de Jean Chrétien, Premier ministre du Canada. Texte intégral disponible sur le site de l’Elysée, [Référence du 18 septembre 2006], Accès : www.elysée.fr.

[3] Pour une histoire plus détaillée des relations franco-canadiennes, voir Portes (Jacques) dir., Le fait français et l’histoire du Canada, XIXe-XXe siècle, Paris, L’Harmattan, 1990.

[4] Aujourd’hui, les deux pays collaborent dans de nombreux domaines : en matière de culture avec le Centre culturel de Paris, sur le plan politique car les deux nations partagent les mêmes valeurs de paix et de démocratie. Les investissements transatlantiques témoignent également de l’importance des relations économiques entre la France et le Canada.

[5] Litalien (Raymonde) dir., Centre culturel canadien, 25 ans d’activités 1970-1995, Paris, Ambassade du Canada, 1997.

[6] Cf. le site Internet du Centre culturel canadien, [Référence du 18 septembre 2006], Accès : www.canada-culture.org.

[7]  Cf. Louise Dowling, « Montrer le Canada aux Français », Bulletin d’informations de l’Association des Bibliothécaires Français, n° 179, 2e semestre 1998 et sur le site Internet du Centre culturel canadien.

[8] L’équivalent dans une certaine mesure de l’INSEE.

[9]  Le Centre culturel canadien a été fermé en 1995-1996 pour rénovation.