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Caroline François, Les artistes canadiens à Paris

Les artistes canadiens à Paris

 

 

Bulletin n° 24, automne 2006

 

 

 

Caroline Francois

 

 

 

La participation[1] du Canada et du Québec à l’Exposition universelle de 1878 à Paris marque le début d’une véritable présence canadienne à Paris[2]. Cette contribution tentera de souligner la part des artistes au sein de la communauté canadienne à Paris, d’en montrer les spécificités pour mesurer en quoi la formation d’artistes canadiens à Paris a pu participer au renforcement des relations franco-canadiennes. A cette occasion nous quantifierons la communauté canadienne à Paris afin d’en isoler les artistes pour mieux étudier leur mode de vie et l’impact que la capitale a pu avoir sur eux[3].

 

Ce n’est qu’à partir de 1882, grâce à la création du commissariat canadien à Paris, que l’on peut véritablement commencer à chiffrer le nombre de Canadiens et notamment d’artistes résidant dans la capitale. Le commissariat[4], embryon de représentation diplomatique sans réel pouvoir, est tout d’abord une agence commerciale du gouvernement québécois puis du gouvernement canadien[5]. Hector Fabre[6] est nommé à la tête du commissariat en 1882, il y reste jusqu’à sa mort en 1910. Durant ces années, il publie un journal intitulé Paris-Canada dont la parution irrégulière nous prive parfois de certaines données[7], mais constitue toutefois une source d'information importante. Les articles décrivent les aspects économiques, botaniques, géographiques du Canada et comportent de nombreuses publicités notamment pour les compagnies de navigation assurant les liaisons entre l’Europe et le continent américain[8]. Paris-Canada propose surtout une rubrique le plus souvent dénommée : « les Canadiens à Paris » mentionnant les noms, adresses, origines et résidences des Canadiens de passage à Paris qui se sont fait immatriculer au commissariat canadien. Cette inscription leur permet de recevoir du courrier, de trouver aide et assistance pour un voyage ou leur implantation en France, de lire les journaux nationaux et de se tenir au courant des affaires du pays. Paris-Canada ne prend en compte que les personnes effectuant cette démarche volontairement, celles effectuant généralement un séjour de longue durée.

 

Les informations de Paris-Canada sont à compléter par celles des archives de l’École des Beaux-arts[9], de l’Académie Jullian[10], et du Louvre[11] qui conservent les registres de matricules et les dossiers personnels des élèves. Bien que lacunaires, ces données permettent, lorsqu’elles sont comparées avec le dépouillement des livrets des Salons effectués par Sylvain Allaire[12], d’établir la présence d’artistes canadiens à Paris, de connaître leur origine, leur lieu de résidence, leur formation dans la capitale et la durée de leur séjour. Les récits de voyage[13] de différents touristes canadiens de cette période permettent de combler l’absence de descriptions de la vie de ces artistes, hormis quelques lettres conservées dans leurs papiers personnels[14].

 

 

La communauté canadienne en France

 

 

Lors de séjours hors du pays natal, les voyageurs ont tendance à se regrouper, à se loger dans les mêmes hôtels, à fréquenter les mêmes quartiers et les mêmes cercles. Les Canadiens venant en France ne dérogent pas à cette règle. La communauté peut être divisée en plusieurs catégories socioprofessionnelles : les hommes d’affaires, les politiciens, les voyageurs, les ecclésiastiques, les étudiants et les artistes. Entre 1882 et 1899, le commissariat compte annuellement entre cent et cinq cents personnes inscrites, chiffres qui augmentent de cinq à neuf cents entre 1900 et 1914, excepté pour l’année de l’Exposition universelle à Paris en 1900 qui constitue un pic avec 1 490 personnes inscrites au commissariat. Cette manifestation attire de nombreux touristes canadiens venus admirer le Pavillon du Canada distinct pour la première fois de celui du Royaume-Uni : un pas symbolique vers l’autonomie du Dominion. Malgré tout, la communauté reste peu nombreuse, particulièrement si on la compare à la communauté américaine de Paris[15]. Plusieurs raisons peuvent expliquer ces chiffres à commencer par l’image négative du régime de la Troisième République au Canada liée à l’expulsion de France des congrégations religieuses à partir de 1880[16], la modestie numérique de la population canadienne, l’économie émergente et timide et les coûts très élevés des traversées transatlantiques.

 

La rubrique « Canadiens à Paris » paru dans Paris-Canada, permet de mettre en perspective le groupe des artistes par rapport à l’ensemble de la communauté canadienne parisienne et d’estimer le nombre de Canadiens ayant vécu à Paris entre 1882 et 1910 pour un court, moyen ou long séjour à environ dix mille[17]. Parmi eux, en recoupant les différentes sources et dépouillements[18] environ deux cents artistes canadiens sont venus étudier ou compléter leur formation dans la capitale entre 1882 et 1914, ce qui représente 2 % du total des Canadiens à Paris. Ces chiffres montrent une forte croissance par rapport à la période antérieure[19]. Une centaine d’entre eux est clairement identifiée comme ayant étudié à Paris et présenté des œuvres dans un des quatre principaux salons de la capitale[20] donnant, au moment de l’inscription, une notice biographique pour le catalogue. Les livrets des salons[21] indiquent leurs date et lieu de naissance, adresse parisienne, et les noms des professeurs dont ils ont suivi l’enseignement. Il faut compléter ces informations par les dossiers d’élèves de l’École des Beaux-arts[22] ou de l’Académie Jullian. Y figurent la date d’inscription et de réussite au concours d’entrée de l’École, les lettres de recommandations de professeurs canadiens ou américains et celles de responsables d’ateliers parisiens tel Bonnat ou Gérôme ; s’y trouvent également les lettres d’introduction, signées par le commissaire canadien Hector Fabre ou par les ambassadeurs britanniques ou américains en poste à Paris. En effet, certains étudiants ontariens ayant étudié aux États-Unis passent plus facilement par les ambassades britanniques ou américaines plutôt que par le commissariat canadien dont le rôle diplomatique ambigu[23], la francophonie avérée[24] et la notoriété moindre auprès des professeurs français dissuadent sans doute les étudiants.

 

Selon les indications que contiennent ces dossiers, les étudiants canadiens sont originaires à 43 % de l’Ontario, à 30 % du Québec, à 12 % des provinces maritimes et à 4,3% de Colombie britannique. Ces chiffres reflètent ceux de la répartition de la population canadienne sur le territoire à la fin du XIXe siècle. Les autres étudiants se déclarant de nationalité canadienne ne sont pas nés au Canada, mais aux États-Unis pour 4,3%[25], en Angleterre pour 2,2%[26] et pour les autres en Suède 1%[27], en Ecosse 1%[28], et en Australie 1%[29]. Se distinguent une majorité d’anglophones, notamment d’Ontariens. Plus fortunés que les Canadiens français, plus proches des États-Unis, pour ces jeunes gens de la bourgeoisie et de l’aristocratie anglophone le voyage en Europe constitue traditionnellement un passage à l’âge adulte[30]. Les femmes représentent 40% de l’effectif global, chiffre important compte tenu de l’éducation plus rigoureuse et des conditions d’études artistiques plus difficiles pour les jeunes filles. Ce sont toutes des anglophones issues de l’élite, pour lesquelles le séjour en France permet de goûter à une vie plus libre, loin du carcan imposé par les règles sociales de leur milieu[31].

 

 

Les artistes canadiens à Paris

 

 

Paris, capitale des arts sous la Troisième République[32], surpasse en notoriété Londres ou Munich et attire des artistes de toutes parts : « Il n’est guère de peintre de quelque importance, de la Pologne au Portugal, des États-Unis au Japon, qui n’y [à Paris] ait accompli une partie de sa carrière »[33]. Paris s’impose dans l’imaginaire des artistes comme le lieu de l’accomplissement. Suzor-Coté éclaire cette idée quand il écrit : « Je suis, passant par Paris incomparable, devenu peintre »[34]. Les artistes canadiens ne font qu’emboîter le pas de leurs voisins qui, depuis le milieu du XIXe siècle, se rendent nombreux dans la capitale française[35]. Plusieurs peintres canadiens sont d’ailleurs allés étudier aux États-Unis avant de venir en France[36]. Avant d’envisager un séjour à Paris, l’apprentissage du français s’avère indispensable pour pouvoir suivre les cours et comprendre les commentaires des maîtres. Toutefois certains Canadiens anglophones comme nombre d’Américains préfèrent suivre les cours dans leur langue maternelle comme ceux de l’Américain Richard Miller.

 

L’effet de groupe joue souvent pour les artistes qui rejoignent à Paris des compatriotes afin de se faire introduire et de se faire aider dans leurs démarches. De même il est fréquent que les artistes fassent plusieurs séjours à Paris, voire s’y installent pour de longues périodes[37]. Soit le succès rencontré lors du retour au Canada rend nécessaire un second séjour afin de ramener de nouveaux tableaux et favoriser ainsi ses ventes et sa carrière au Canada. Soit la vie à Paris est jugée plus stimulante artistiquement et l’acclimatation a si bien réussi que le retour au pays s’avère difficile et ils ne font que de brefs séjours destinés à vendre des tableaux ou rendre visite à leur famille[38].

 

Les élèves canadiens présents à Paris se soumettent au même système de formation que les futurs artistes français[39]. Les plus chanceux et les plus talentueux des peintres canadiens ont réussi à entrer aux Beaux-Arts ; ce fut le cas pour au moins huit d’entre eux dont cinq Québécois francophones[40]. Voici ce qu’en 1891 Bonnat, professeur aux Beaux-Arts dit à son élève Suzor-Coté : « d’où êtes-vous jeune homme ? du Canada répondit Suzor, continuez, jeune canadien, reprit Bonnat il y a une longue route pour arriver à la perfection mais vous l’avez trouvée »[41]. Les épreuves d’admission à l’École comprennent notamment un oral ou un écrit au choix du candidat qui nécessite un niveau de français assez correct, pénalisant ainsi les anglophones. Toutefois il faut préciser ici que contrairement à une idée très répandue il n’y avait pas d’épreuve de langue française proprement dite visant à écarter les étudiants étrangers[42].

 

Les autres artistes suivent les enseignements de l’Académie Julian ou de l’Académie Colarossi qui, contrairement à l’École des Beaux-arts sont payants. Les maîtres comme Léon Bonnat, Jules-Joseph Lefebvre, Benjamin-Constant, Jean-Paul Laurens, Gustave-Rodolphe Boulanger, Tony-Robert Fleury ont ouvert des cours à Paris dont les tarifs avoisinent cent francs[43] par mois. L’ambiance dans les ateliers, parfois mixtes, est chahutante et grivoise. Cette atmosphère n’est pas jugée convenable pour l’auditoire féminin. De ce fait quelques cours sont réservés aux jeunes filles[44] mais elles payent le double des hommes[45] car elles sont souvent considérées comme des oisives[46].

 

Pendant la formation parisienne, la visite des musées notamment le Louvre et le Luxembourg est un passage obligé pour se nourrir des grands maîtres et parfois les copier. Elle comprend également des promenades aux Jardins des Plantes et quelquefois aux abattoirs pour étudier l’anatomie des animaux. L’été, les ateliers ferment, les artistes canadiens, comme la majorité de leurs homologues français, partent visiter la province française et expérimenter la peinture en plein air. Leurs destinations préférées hormis la région parisienne avec la Vallée de Chevreuse et celle de l’Oise sont la Normandie et surtout la Bretagne[47]. Les paysages, la ferveur religieuse et la culture populaire leur rappellent leur pays et les inspirent. Certains iront jusque dans le Midi, en Italie et même en Afrique du Nord[48].

 

Même si le passage par Paris semble incontournable pour les artistes canadiens, tous n’ont pas les moyens de le concrétiser. En effet, le voyage, l’hébergement, les cours et le matériel nécessitent un budget conséquent. Les sources renseignent peu sur ces questions. Les artistes canadiens résident majoritairement entre le quartier latin et Montparnasse c’est également l soit là où habitent un grand nombre d’artistes entre la fin du XIXe siècle et la Première Guerre mondiale, à tel point que l’on peut parler d’une École de Montparnasse[49]. Le quartier latin figure parmi les quartiers les moins chers de la capitale avec les rues du Bac et Jacob, humides et malsaines. Les prix très modestes des logements réduits le plus souvent à une simple mansarde justifient cette localisation des artistes. Les quartiers périphériques comme les Ternes ou Courcelles sont également très appréciés des artistes en raison de la proximité des ateliers des grands maîtres. Ainsi, quelques-uns, plus fortunés, auront leur logement autour de la place Pigalle et de la Nouvelle Athènes[50], haut lieu du milieu artistique du milieu du XIXe siècle avec ses ateliers, théâtres et cabarets, symbole de cette vie parisienne inconnue au Canada. C’est d’ailleurs cette liberté au goût sulfureux que beaucoup de Canadiens viennent chercher en France. Beaucoup de récits de voyage se font l’écho de cette rencontre parfois difficile entre les mœurs des nuits parisiennes ou du théâtre et celles, plus prudes, des anglophones et des catholiques[51]. Toutefois pour pouvoir témoigner de cette réalité parisienne et malgré les interdits de l’Eglise, nombre de visiteurs vont fréquenter ces lieux afin d’en rapporter tout le mal qu’ils en pensent : « on peut aimer une chose et ne pas la trouver salutaire »[52].

 

Les Canadiens se rassemblent à Paris à l’occasion de diverses manifestations comme la fête de Saint Jean-Baptiste le 24 juin[53] ou les déplacements en France d’hommes politiques canadiens[54]. Ils se regroupent dans différentes associations canadiennes, comme la Boucane, fondée par le sculpteur Louis-Philippe Hébert en 1893 ou la Canadienne, qui se réunissent tous les mois. Dans ces associations figurent à côté des artistes tous ceux qui comptent dans la communauté canadienne parisienne. L’un des animateurs de ces réunions est Paul Fabre, le fils du commissaire canadien Hector Fabre. Ce passionné de théâtre, membre de plusieurs cercles littéraires, va leur ouvrir la porte du milieu artistique et intellectuel parisien.

 

 

L’influence de Paris sur ces artistes

 

 

Les Parisiens de la Belle Epoque ont pu découvrir ces artistes canadiens à l’occasion de leur participation à des expositions, manifestations exceptionnelles, et bien sûr dans le cadre des Salons. Entre 1880 et 1914, les artistes canadiens ont exposé dans les quatre salons majeurs de la capitale[55] 783 toiles, sculptures et dessins dont près de six cents sont l’œuvre de 28 d’entre eux seulement. Ce sont pour la plupart des peintres figuratifs de sujets historiques, religieux et de paysages. Ceux qui exposent ne sont pas toujours les plus connus ou les plus représentatifs de cette communauté mais les plus appréciés et les plus proches du goût parisien de l’époque. Avoir une œuvre présentée au Salon c’est sortir de l’anonymat, surtout si on a la chance de remporter une médaille ou d’être remarqué par la presse. Plusieurs artistes canadiens ont remporté des médailles lors des salons[56]. Ces œuvres, fréquemment vendues au Canada grâce à la mention de la participation à un salon parisien, intéressent aussi quelquefois la clientèle française et même des personnalités illustres comme Sarah Bernhardt[57]. Mais bien souvent les artistes canadiens ne retiennent pas l’attention du public français et de la critique. Alexander Young Jackson le raconte dans ses mémoires[58] : « J’ai peint un paysage à Etaples qui a été accroché au Salon. Le seul commentaire que j’ai eu est un entrefilet dans un journal provincial « A.Y. Jackson, Paysage embrumé ». Quelques galeries exposent leurs toiles, le premier est William Blair Bruce en 1907 à la galerie Georges Petit (122 numéros) ensuite ce sera Caroline Armington en 1923 à la Galerie Simonson (105 numéros).

 

Lors de la participation du Canada aux expositions universelles de 1878 et surtout 1900, plusieurs artistes obtiennent des récompenses comme Louis-Philippe Hébert, Henri Beau ou Franklin Peleg Brownell[59]. Certains sont honorés en France comme Louis-Philippe Hébert fait chevalier de la Légion d’honneur en 1904, et Suzor-Coté nommé officier de l’Académie en 1901. Chaque artiste récompensé fait l’objet d’un article élogieux dans Paris-Canada, dans les journaux canadiens et dans la gazette de leur ville natale.

 

D’après les sujets peints lors de leur période parisienne les artistes se divisent en deux catégories, ceux qui ont peint des sujets canadiens comme Reid[60] ou Harris et ceux qui au contraire ont traité des sujets français tel Brymner, Morrice ou Eastlake[61]. De plus, plusieurs peintres font des copies destinées à la vente, notamment un couple de Canadiens, les époux Dubé qui passeront des longues heures au Louvre à copier Greuze et Murillo[62] avant de repartir les vendre au Canada[63]. Ces copies sont une source de revenus non négligeable car ce sont souvent des commandes de la grande bourgeoisie commerçante canadienne pour qui la peinture française fait référence[64]. Le prestige de Paris et les canons de la peinture académique parisienne, diffusés notamment par le commerce florissant des gravures, influencent le marché de l’art naissant outre-atlantique.

 

Le retour au Canada pour un artiste après un séjour à Paris est l’occasion d’une série d’honneurs allant d’expositions rétrospectives à l’achat de ses toiles par des particuliers ou par les autorités provinciales ou fédérales[65], à l’obtention d’un poste dans une académie de peinture contribuant ainsi à diffuser le style académique français au Canada et à encourager les élèves à faire un séjour à Paris.

 

 

Les artistes canadiens ont laissé peu de traces de leurs passages en France et il ne reste dans les musées nationaux qu’une dizaine de tableaux[66]. Etant donné le nombre réduit d’artistes canadiens présents à Paris il est difficile de parler d’une école canadienne à Paris, ou d’un courant artistique comme ce fut le cas avec les artistes américains[67]. Toutefois, il s’agit des principaux artistes canadiens[68] de la période qui participent à l’arrivée du Canada sur la scène internationale. Ils ont eu un écho et une notoriété importante à leur retour au Canada, renforçant la forte influence de la peinture académique française sur l’art canadien avant la Première Guerre mondiale, tant pour les artistes anglophones que francophones. Toutefois, contrairement aux peintres américains, peu de Canadiens ont suivi l’exemple des impressionnistes[69] souvent par peur de ne pas trouver d’acquéreurs au Canada. En effet, les galeristes canadiens n’ont pas acheté beaucoup de peintures avant-gardistes craignant de ne pas les vendre et aussi de choquer leurs clientèles. L’éducation du goût des collectionneurs canadiens a souvent été entravée par le conservatisme des élites catholiques[70] ou anglophones[71].

 

Après la Première Guerre mondiale, l’influence unilatérale de Paris sur le monde artistique prend fin. Même si Paris demeure dans les années 1920 et 1930 un foyer artistique important, d’autres centres culturels émergent et notamment New York. C’est donc tout naturellement que l’attraction des artistes canadiens se fera vers le voisin américain et non plus vers l’Europe.



[1] Caroline François prépare sous la direction d’André Kaspi une thèse sur Le lobby canadien à Paris et sa contribution à l'affirmation du Canada sur la scène internationale, 1878-1919.

[2] AudeT (Louis-Philippe), « Le Québec à l’Exposition Internationale de Paris en 1878 », Cahiers des Dix, 32, 1967, p. 125-178.

[3]A ce jour une seule exposition rétrospective a été organisée sur le thème des artistes canadiens à Paris. Canadian in Paris 1867 – 1914, Art Gallery of Ontario, 1979 

[4] Le commissariat, sans changer souvent d’arrondissements, a eu plusieurs adresses à Paris : 19 rue Grammont 2e arr. jusqu’en octobre 1884 puis 30 rue La Rochefoucauld 9e arr. jusqu’en juillet 1885, puis 76 boulevard Haussmann 8e arr. jusqu’en avril 1887 puis 10 rue de Rome 8e arr. jusqu’en juillet 1911, pour s’établir enfin 17-19 boulevard des Capucines 2e arr.

[5] Penisson (Bernard)., « Le commissariat canadien à Paris (1882-1928) », Revue d’histoire de l’Amérique française (RHAF), 34, 3, 1980, p. 357-376.

[6] Hector Fabre (1834-1910) fait partie d’une famille de notables canadiens-français et il est le neveu de Georges-Etienne Cartier père de la confédération canadienne. Après des études de droit, il devint avocat et journaliste avant d’être élu député puis sénateur. Penisson (Bernard), « Les commissaires du Canada en France 1882-1928 », Etudes Canadiennes, 9, 1980, p. 3-22.

[7] La parution de Paris-Canada s’interrompt notamment pendant cinq mois en 1890.

[8] Les annonces de ces compagnies permettent de suivre les années où des liaisons directes entre la France et le Canada sont assurées. Les périodes où il n’y en a pas, les Canadiens doivent venir en France en passant soit par les États-Unis soit par l’Angleterre et cela a un impact à la baisse sur le nombre de canadiens arrivant en France.

[9] Série AJ52.

[10] Série 63 AS 1 à 9.

[11] Registres des copistes LL 1 à LL 33.

 

[12] Allaire (Sylvain), Les artistes canadiens aux salons de Paris de 1870 à 1914, mémoire de maîtrise, Université de Montréal, 1985.

[13] Jaumain (Serge), « Paris devant l’opinion canadienne-française : les récits de voyages 1820-1914 », RHAF, 38, 4, 1985, p. 549-568.

[14] Les archives du Musée des Beaux-Arts du Canada à Ottawa conservent la correspondance de plusieurs peintres. Celle d’Henri Beau est conservée au musée des Beaux-arts du Québec

[15] En 1888 la communauté américaine en France est estimée à 7 000 personnes dont 1 000 artistes, dont 500 habiteraient Paris. Oudin (Delphine), La société américaine de Paris à la Belle Epoque vue par le « New-York Herald », édition parisienne (1897-1905), mémoire de maîtrise, Université Paris I, 1992, p 12.

[16] Laperrière (Guy), Les congrégations religieuses : de la France au Québec 1880-1914, T. 1, Premières bourrasques 1880-1900, Québec, PUL, 1996 ; T. 2 Au plus fort de la tourmente 1901-1904, Québec, PUL, 1999 ; T. 3 Vers des eaux plus calme 1905-1914, Québec, PUL, 2005.

[17] Simard (Sylvain), « Les visiteurs canadiens à Paris 1884-1908 », dans Grise (Y.), Major (R.), Mélanges de littératures canadiennes françaises et québécoises offerts à Réjean Robidoux, Ottawa, Presses de l’Université d’Ottawa, 1992, p. 302.

[18] Allaire (Sylvain), op.cit. et Lacroix (Laurier), Essai de définition des rapports entre la peinture française et la peinture canadienne au XIXe siècle, Relations France-Canada, Cahier n°3, Paris, Centre culturel canadien, 1975.

[19] Laurier Lacroix identifie trois peintres canadiens à Paris entre 1800 et 1850 puis huit entre 1850 et 1875.

[20] Il existe 4 salons majeurs pour cette période : le salon des artistes français héritier de celui des artistes vivants, le salon de la Nationale né d’une scission avec le précédent en 1890, le salon des artistes indépendants créé en 1884 pour permettre à des artistes refusés au Salon d’être exposer et enfin le Salon d’automne né en 1903.

[21] Allaire (Sylvain), op.cit., avant propos .

[22] Le dossier de Suzor-Coté à l’Ecole des Beaux-arts (AJ52 277) mentionne sa date d’entrée à l’Ecole le 11 juillet 1892 et ses lettres de recommandation à l’atelier Bonnat par Bonnat lui-même le 16 juin 1891 et par le commissaire canadien Hector Fabre le 20 juin 1891.

[23] Hector Fabre n’obtiendra jamais la reconnaissance officielle du commissariat ni par les autorités canadiennes ni par la France. Le commissariat a un rôle de prospection d’immigrants français pour le Canada et non une mission de représentation diplomatique. Penisson (Bernard), « La représentation du Canada en France au début du 20ème siècle (1900-1914) », Etudes Canadiennes, 33, 1992, p. 59-72.

[24] Hector Fabre est le frère de Monseigneur Edouard-Charles Fabre (1827-1896), nommé premier archevêque de Montréal en 1886

[25] Franklin Peleg Brownell né à New Bedford au Massachusetts ; Charles Eugène Moss né au Nebraska mais a enseigné au Canada ; Mattie Dubé née aux États-Unis, canadienne par son mariage avec Louis Théodore Dubé ; Frédérick Charles Vipont Ede né dans le Montana mais jeunesse à Toronto et Montréal.

[26] John Arthur Fraser né à Londres mais émigre au Canada à l’âge de 20 ans ; Robert Harris né en Angleterre, émigre au Canada à l’âge de 7 ans.

[27] Caroline Marie Benedicks-Bruce, canadienne par mariage avec William Blair Bruce.

[28] William Brymner émigre au Canada à l’âge de 2 ans.

[29] Edmund Wyly Grier né à Melbourne, mort à Toronto.

[30] Westley (Margaret W.), Grandeur et déclin, l’élite anglo-protestante de Montréal 1900-1950, Montréal, Libre Expression, 1990, 331 p.

[31] Fahmy-Eid (Nadia) et Thivierge (Nicole), « L’éducation des filles au Québec et en France (1880-1930) », dans Fahmy-Eid (Nadia) et Dumont (Micheline), Maîtresses de maison, maîtresses d’école ; femmes, famille et éducation dans l’histoire du Québec, Montréal, Boréal Express, 1983, p. 191-219.

[32] Prochasson (Christophe), Les années électriques 1880 – 1910, Paris, La Découverte, 1991.

[33] Conférence de Jacques Thuillier au Collège de France en 1984.

[34] Lacroix (Laurier), Suzor-Coté, lumière et matière, Musée du Québec et Musée des Beaux-Arts du Canada, 2002, p 89.

[35] « Le Voyage de Paris, les Américains dans les écoles d’art 1868-1918 », Les dossiers du Musée de Blérancourt, n° 1, Paris, RMN, 1990, 85 p.

[36] Comme Paul Peel (Pensylvania Academy of Fine Arts of Boston), Wyatt Eaton (National Academy of Design of New-York) ou Alexander Young Jackson (Art institute of Chigago).

[37] William Brymner vit à Paris pendant 6 ans entre 1878 et 1884.

[38] Paul Peel réside à Paris de 1881 à 1892 date de sa mort et ne retourne au Canada qu’en 1882-1883 et en 1890 à l’occasion d’une importante vente à Toronto.

[39] L’Ecole des Beaux-arts est dominée par de grands professeurs tel Gérôme, Bonnat, Bouguereau et Boulanger. Ces peintres sont les garants du strict respect du style académique et de la peinture d’histoire. Les études se déroulent selon un cursus bien précis avec des cours de dessin, sculpture, dessin ornemental, perspective, anatomie, histoire générale, littérature, histoire et archéologie, et histoire de l’art et esthétique. Les élèves passent un examen d’entrée dont les admissions ont lieu chaque année en mars et août. Comme le précise le règlement de 1884 les étudiants étrangers doivent remplir les obligations imposées aux élèves français. Une fois admis, les élèves reçoivent un matricule qui leur donne accès à tous les ateliers de l’Ecole. L’inscription à des ateliers sans avoir réussi le concours est possible mais il faut pour cela une lettre de recommandation du responsable de l’atelier. Plusieurs concours sont organisés par trimestre, semestre, par année, ils permettrent de remporter des médailles et des sommes d’argent. D’autres ateliers ou académies en ville permettent aux peintres de se perfectionner en multipliant les travaux d’après modèle, souvent les après – midi car les cours sont moins chers mais les professeurs ne viennent qu’une fois par semaine, toujours le matin. Ce qui fait que de nombreux élèves attendront des semaines et parfois des mois avant de confronter leur travail au regard du maître.

[40] Les huits admis sont Huot , Bridgman, Moran, Longman, Larose, Saint-Charles, Franchène et Suzor-Coté.

[41] Lacroix (Laurier), Suzor-Coté, lumière et matière, op. cit. p 60.

[42] Décret de l’Ecole des Beaux-arts de 1884 « les étudiants étrangers doivent remplir les obligations imposées aux élèves d’origine française ».

[43] Pour référence, une chambre d’hôtel modeste coûte 30 F par mois

[44] Notamment l’Atelier Alfred Stevens et l’Atelier Edouard Krug.

[45] A l’Académie Julian un mois de cours coûte cinquante francs pour les hommes et cent pour les femmes. A l’Atelier Carolus-Duran le rapport est de trente francs pour les hommes et cent pour les femmes.

[46] Les femmes se rendent au Collège de France « plutôt pour étaler une jolie toilette que pour connaître l’influence de Jean-Jacques Rousseau sur la littérature de son temps » Paré (Edmond), Lettres et opuscules, Québec, Dussault et Proulx, 1899, p. 68.

[47] Elizabeth Armstrong Forbes, Jeune fille de Pont-Aven, vers. 1881-1883.

[48] James Wilson Morrice, Marché arabe, Tanger, 1912.

[49] L’Ecole de Paris 1904-1929, la part de l’Autre, Musée d’art moderne de la Ville de Paris, Paris-Musées, 2000.

[50] Centorame (Bruno), La Nouvelle Athènes, Paris, Action Artistique de la Ville de Paris, 2001, 296 p.

[51] La foule puiserait dans le théâtre « l’esprit de légèreté, le goût des aventures romanesques et la dépravation des mœurs », Cimon (Henri), Aux Vieux Pays, Impressions et Souvenirs, Montréal, Beauchemin, 1913, p.48.

[52] Routhier (A. B.), A travers l’Europe, Impressions et Paysages, Québec, Typographie Delisle, 1881, p. 339-340.

[53] La principale fête du calendrier québécois.

[54] Visite du Premier ministre du Québec Honoré Mercier en 1891, du Premier ministre canadien Wilfrid Laurier en 1897, 1902, 1907 ou du maire de Montréal Raymond Préfontaine en 1902.

[55] Les artistes présentent leurs œuvres, tableaux mais aussi dessins et sculptures, à un jury, sauf pour celui des artistes indépendants qui accepte toutes les pièces. Les salons durent environ deux mois et des milliers de visiteurs se pressent dans les salles d’exposition.

[56] Paul Peel en 1889, Suzor-Coté en 1901 ou Alfred Laliberté en 1905.

[57] En 1890 elle a voulu acheter Après le bain de Paul Peel au salon des artistes français : jugé trop cher, le tableau partira finalement en Hongrie avant d’être racheté par un collectionneur canadien. Il est maintenant au Musée des Beaux-arts de l’Ontario.

[58] Jackson, (A. Y.), A painter’s Country, Clarke, Irwin & Co, 1958.

[59] Hébert obtient une médaille de bronze en 1889 et une médaille d’argent en 1900 ; Beau une médaille de bronze en 1900 et Brownell une médaille de bronze en 1900.

[60] Il demande à des ouvriers français de poser pour lui dans des habits et des attitudes de bûcherons canadiens.

[61] Mary Bell Eastlake, La mobilisation de 1914 : femmes de pêcheurs français regardant le départ de la flotte, vers 1917.

[62] La laitière, La cruche cassée de Greuze ou La naissance de la Vierge de Murillo.

[63] Lacroix (Laurier), Les Artistes Canadiens Copistes au Louvre (1838-1908), Annales d'Histoire de l'Art Canadien, Volume II, no. 1 (1975), p. 54-70.

[64] Lacroix (Laurier), Essai de définition, op.cit. p. 42.

[65] Lors de son retour au Canada, Robert Harris reçoit du gouvernement la commande de The fathers of Confederation pour la décoration du Parlement à Ottawa. Le tableau a été détruit lors d’un incendie en 1917.

[66] James Wilson Morrice, Quai des Grands Augustins conservé au Musée d’Orsay ; Clarence Gagnon, Une rue à Caudebec conservé au Musée des Beaux-arts de Troyes ; Charles Huot, Le Bon Samaritain conservé au Musée de Pontoise.

[67] La toute récente exposition au musée du Louvre a montré la multitude et la complexité des liens entre les artistes américains et Paris. Kennedy (Elizabeth) et Meslay (Olivier), Les artistes américains et le Louvre, Paris, Hazan, Musée du Louvre éditions, Terra Foundation for American Art, 2006, 148 p.

[68] Alexander Young sera l’un des fondateurs du Groupe des Sept.

[69] Notons les exceptions de James Wilson Morrice, Maurice Cullen et Emily Carr.

[70] « Les peintres français du jour à part quelques exceptions aussi rares qu’honorables se délectent à faire du nu scandaleux », Tardivel (Jules-Paul), Notes de voyage en France, Montréal, E. Sénécal et Fils, 1890, p. 192-193.

[71] « Il doit y avoir dans le tableau quelque chose d’émouvant, qui attire ceux qui sont insensibles à la technique » conseille Douglas Brymner à son fils William étudiant à Paris en 1886.