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Antoine Marès, Éditorial

Éditorial

 

 

Bulletin n° 23, printemps 2006

 

 

Antoine  Marès

 

C’est une livraison particulièrement fournie du Bulletin de l’Institut Pierre Renouvin qui nous arrive pour les travaux de l’année universitaire 2004-2005, avec dix-sept articles, une présentation de thèse et deux comptes rendus de colloques.

Elle témoigne de la vitalité de la recherche et couvre l’activité des quatre centres constitutifs de l’IPR : Amérique du Nord, Amérique latine, Europe centrale, monde russe et soviétique et Europe occidentale sont concernés, sans parler, indirectement, de l’Afrique et de l’Asie.

Ce qui est frappant aussi, chronologiquement, c’est l’avancée dans le temps. Sur les dix-sept maîtrises présentées, une seule est consacrée au XIXe siècle et deux au premier XXe siècle ; c’est dire l’attraction du contemporain sur la jeune recherche. Et même quand il s’agit de travailler sur des périodes plus éloignées, le lien est aussitôt établi avec le contemporain (le cas de l’excellent article de Bérénice Velez sur les P.P. Congar et Chenu, et leur place dans la généalogie de la « théologie de la libération »).

Un autre aspect de cette jeune recherche vaut d’être souligné : la part importante de la presse par rapport aux archives. Cela est assez largement explicable par la nécessité, pour les jeunes chercheurs, d’avoir un corpus homogène pour éviter la dispersion ; mais il découle aussi d’un principe à ne pas oublier, et que rappelait souvent Jean-Baptiste Duroselle, à savoir qu’une part considérable de l’information historique se trouve publiée au moment des événements et que, souvent, l’historien s’échine à trouver les 10 % (c’est le chiffre qu’il évoquait) manquants. La difficulté principale est évidemment de faire le tri entre ce qui est et ce qui n’est pas exploitable dans ce type de sources. La critique interne des documents publiés doit impérativement être complétée par une critique externe : les correspondances, le contexte, les témoignages sont des auxiliaires indispensables en la matière. Les limites de cette sorte de recherche sont donc évidentes ; elle n’en est pas moins très précieuse, quand elle est bien menée, et elle est de plus très formatrice.

C’est le cas des articles d’Anne Rio sur l’image de l’Éthiopie dans la revue Asie et Afrique aujourd’hui, de Maria Rieger sur « la question ukrainienne dans la revue Kultura dans les années 1970 » ou d’Antonin Dagorne sur « la réception de la révolution cubaine dans la presse espagnole : ABC et Arriba (1959-1962) ». Dans les trois cas, une analyse en profondeur en dit long sur les émetteurs du discours, Soviétiques, Polonais et Ukrainiens en exil ou Franquistes. Les trois auteurs montrent bien les contradictions et les tensions entre discours et réalité, ou entre les différents locuteurs et leur objet.

Un deuxième groupe de travaux – le plus nombreux – qui s’appuient en général sur l’étude des archives et des documents diplomatiques, porte de manière plus classique sur certaines questions de relations internationales : événements, relations bilatérales… Valentina Vardabasso rappelle les étapes de la réhabilitation de l’Italie à la suite de la signature des traités de paix de 1947 : 1951, puis 1955, voient Rome rétablie dans l’intégrité de ses droits symboliques. Soumaya Alili rappelle comment la note de Staline du 10 mars 1952 a perturbé la politique allemande de la France. Paul Nohra montre bien comment la politique américaine a fluctué à l’égard du Liban : désintérêt jusqu’en 1953, engagement plus net jusqu’en 1959, puis un certain éloignement depuis, au profit d’Israël. Quant au travail de Nelly Ginoux sur « les relations sino-soviétiques dans les années 1950 », il permet de préciser que la rupture entre Moscou et Pékin était pratiquement contenue en germe dans les débuts de l’alliance.

D’autres se sont penchés plutôt sur les questions intérieures, même si ces dernières sont mises en relation avec des problématiques externes : ainsi Camille Bégin étudie-t-elle « la naissance de l’environnementalisme américain moderne 1962-1973 », à la suite de la prise de conscience des dégâts causés par le DDT. Étienne Moreau traite de l’avènement du « sport américain » dans les années 1920, en en montrant la dimension culturelle, spectaculaire et nationale. Les deux sujets sont d’une évidente actualité. Masha Cerovic, en s’appuyant sur un corpus d’archives impressionnant, touche à un sujet très peu traité : « Les habitants de Minsk face à l’occupant allemand  de juin 1941 à février 1942 ». On comprend mieux, à la lumière de ce qu’a été l’occupation de ce pays pendant la guerre, la spécificité du rapport de la Biélorussie à la Russie[1].

L’Europe est également présente avec l’intéressant mémoire de Patrick Alvès sur la naissance et les développements de l’Eurovision et avec l’étude d’Eri Hirota sur « la France face au projet de Zone de libre-échange entre 1956 et 1958 » : l’auteur montre la concurrence entre la ZLE et le Marché commun, mais aussi les divergences d’appréciation entre ministère des Finances et ministère des Affaires étrangères. Anna Fülöp présente quant à elle la question de la protection des minorités hongroises dans le contexte européen de 1989 à 2003 : une étude beaucoup plus contemporaine, mais très utile pour comprendre une des questions majeures liée à l'élargissement à l’Europe centrale de l’Union européenne en 2004.

L’étude des représentations est moins fréquente dans ce volume : elle apparaît incidemment au fil de certaines contributions, mais seule Kim Paradis s’y est attachée directement en traquant les témoignages sur les Andes dans la littérature française de voyage entre 1860 et 1900 : un monde alors encore très éloigné des Français, par comparaison à l’Afrique ou à l’Asie, voire au Mexique ou à l’Argentine.

Nous mentionnerons enfin deux approches biographiques : une mise au point subtile faite par Guillaume Rondeau sur la place de Maurice Couve de Murville dans le système de la politique étrangère gaullienne et une « première » scientifique – que l’on doit à Zuzana Kolouchova – avec le parcours d’un homme politique tchécoslovaque, Hubert Ripka, qui a été un acteur et un témoin important de la soviétisation de l’Europe au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale.

Cet ensemble d’articles est complété par plusieurs comptes rendus de thèse et de colloques, précieux dans l’attente des publications qui devraient suivre. En dehors de la diversité qu’il offre, ce recueil ouvre aussi bien des pistes de recherches nouvelles dont devraient témoigner les prochaines publications de l’IPR. Il marque aussi la fin d’une époque : celle où les maîtrises étaient des objets de recherche finis. Désormais, elles seront remplacées par les mémoires de master 2, le master 1 étant consacré à la préparation du mémoire de deuxième année et le second cycle s’étant déplacé en quatrième et cinquième année, pour répondre à l’harmonisation européenne (les fameux 3-5-8 du Licence-Master-Doctorat). Cela nous vaudra, espérons-le, des travaux encore plus approfondis, puisqu’ils seront préparés de fait sur deux années, et non plus sur une, comme c’était le cas jusqu’à aujourd’hui.                                                                  



[1] La qualité de cette maîtrise lui a valu l’obtention du prix Jean-Baptiste Duroselle en 2005.