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Yan Yan, Le rôle des missionnaires étrangers dans les relations diplomatiques franco-chinoises

Le rôle des missionnaires étrangers dans les relations diplomatiques franco-chinoises

 

 

 

Bulletin n° 22, automne 2005

 

Le rôle des missionnaires étrangers  

dans les relations diplomatiques franco-chinoises

au XIXe siècle

yan Yan[1]

 

Au début du XIXe siècle, la Chine reste un pays fermé, la religion chrétienne est interdite, la ville de Guangzhou est le seul port ouvert pour les commerçants étrangers. À proprement parler, les relations diplomatiques avec les pays européens n’existent point. Après la première guerre de l’opium (1840), les Puissances[2] interviennent massivement sur le territoire chinois pour imposer leur politique et propager leur religion, la Chine est alors obligée d’activer les actions diplomatiques afin de préserver ses intérêts. Sous la pression des Puissances, le Zongli Yamen, bureau pour les affaires étrangères, est établi en 1861 à Pékin. La légation de la France à Pékin est également entrée en fonction dans la même année.

Parmi ces actions diplomatiques, les affaires religieuses sont soigneusement prises en compte par les Puissances, notamment par la France. De fait, c’est à l’aide de la France que la religion chrétienne retourne en Chine et se développe rapidement, entrant dans l’âge d’or de sa propagande. Grâce aux efforts diplomatiques qu’elle a effectués en la matière, la France obtient le rôle de protectorat sur tous les missionnaires chrétiens, qu’ils soient français ou d’autres nations. Désormais, la politique française dispose d’une influence considérable en Chine.

 

Or, la question qui se pose ici est de savoir, d’une part, pourquoi la politique française de l’époque prend une énorme importance dans les affaires religieuses, d’autre part, quel rôle jouent les missionnaires étrangers sur le territoire chinois et dans les relations diplomatiques franco-chinoises. De plus, on peut aussi se demander si l’alliance entre la religion et la diplomatie peut vraiment permettre de mener à bien la politique française en Chine.

 

L’intervention des missionnaires étrangers dans la vie diplomatique franco-chinoise

 

En réalité, les relations diplomatiques franco-chinoises entrent en scène dès la guerre de l’Opium. De même, c’est après cette date que la France décide d’utiliser les missions religieuses pour sa politique chinoise. Elles vont jouer peu à peu un véritable rôle diplomatique.

 

Interdiction des religions étrangères dans l’Empire du Milieu

 

En fait, la Chine n’est pas un pays traditionnellement hostile aux religions étrangères. L’intégration du bouddhisme indien dans la société chinoise peut nous servir d’exemple. À l’origine, l’introduction de la religion chrétienne en Chine n’a pas rencontré d’obstacle tant au niveau politique qu’au niveau culturel : les Jésuites sont les premiers à s’installer en Chine de façon durable à partir de 1583[3], et la religion catholique est également reconnue par l’empereur Kangxi en 1692.

 

Cependant, des conflits entre la religion occidentale et les traditions de la Chine apparaissent rapidement. En 1704, le pape Clément XI condamne pour la première fois les rites que les convertis chinois continuent à pratiquer pour honorer leurs ancêtres et Confucius[4], et le renouvelle en 1715, ce qui conduit à finalement l’interdiction de la religion catholique en Chine dès 1717, au motif que la décision pontificale est considérée comme subversive par rapport aux traditions chinoises. La Compagnie de Jésus est également supprimée en 1773[5]. 

Cette interdiction a une incidence lourde sur les relations entre la Chine et les pays européens. Selon Paul Boell[6], depuis cet événement, toute action importante du catholicisme sera rendue impossible sur le territoire chinois, tous les efforts des missionnaires présents et futurs seront vains. La réponse de la Chine est également économique : elle ferme ses ports, empêchant par là même les échanges commerciaux et culturels avec les pays européens. De plus, la perte de confiance des Chinois en les Européens qui en découle affecte postérieurement aussi les relations diplomatiques franco-chinoises. 

Le succès de l’industrialisation moderne conduit les pays européens à adopter une politique d’expansion commerciale et industrielle dans le monde. Au début du XIXe siècle, l’idée coloniale des Puissances occidentales s’est également exprimée en Chine sur le plan intellectuel et spirituel.

 

Politique coloniale des Puissances favorisant le retour des religions catholiques en Chine

 

Outre l’importante pénétration commerciale, le retour et l’extension des missions étrangères en Chine peuvent être une voie parallèle et utile dans l’exécution de la politique coloniale en Extrême-Orient. Selon les partisans de cette opinion, les missionnaires peuvent jouer les propagateurs de la civilisation occidentale et être au service de la pénétration économique[7]. Quant aux missionnaires, ils ont aussi l’intention de bénéficier de la force diplomatique des Puissances pour pénétrer en Chine et continuer à propager leur foi.

En partant de cette idée, la France se réfère à cet aspect moral et religieux, et accélère ses relations diplomatiques avec la Chine, en demandant à cette dernière la permission du retour de la religion chrétienne[8] et des privilèges religieux. Désormais, cette religion commence à prendre de l’importance dans les relations diplomatiques, conformément à la politique des Puissances.

 

Renaissance des missions étrangères par la voie diplomatique

 

Au lendemain de la guerre de l’Opium, profitant de la faiblesse de la Chine, la France signe avec elle, le 24 octobre 1844, le traité de Huangpu, qui aboutit, le 28 décembre 1844[9], à la publication d’un édit impérial en faveur de la liberté religieuse. Selon ces textes, la religion catholique peut être pratiquée librement par les Chinois. Les missionnaires sont autorisés à exercer leur religion dans les cinq ports ouverts[10]. 

 

Étant donné l’insuffisance des textes aux yeux des missionnaires, ils formulent alors de nouvelles demandes auprès de Théodose de Lagrené, ambassadeur de Louis-Philippe, en exigeant la réouverture d’une négociation diplomatique sur le sujet. En souhaitant utiliser l’influence française pour neutraliser l’intervention anglaise, le gouvernement mandchou accepte dans l’ensemble les propositions de la France, par l’édit sacré du 18 mars 1846[11]. Désormais, sur le territoire chinois, la pratique du culte chrétien est tolérée, les chrétiens et leurs biens sont protégés.

Ainsi, grâce au traité de Huangpu (1844) et des édits impériaux, le retour des missionnaires en Chine se fait sous garantie diplomatique. Grâce à cette diplomatie, de nombreuses églises se construisent et la religion chrétienne peut se développer rapidement sur le territoire chinois.

 

L’importance du protectorat religieux dans la diplomatie franco-chinoise du XIXe siècle 

 

Durant la première moitié du XIXe siècle, la France a connu un grand retard par rapport aux Anglais dans le domaine du commerce avec la Chine[12]. Pour être capable de contrebalancer l’importance de la présence anglaise, la France espère trouver dans la protection des missions un instrument d’influence[13]. Alors, elle s’appuie sur l’obtention du protectorat religieux afin d’augmenter son influence politique sur les Chinois[14] ainsi que sur d’autres Puissances.

 

Obtention du protectorat religieux par la France

 

En vérité, les graines du protectorat religieux sont semées par Lagrené grâce aux fruits des efforts diplomatiques. Pourtant, l’obtention du protectorat connaît une procédure assez banale, tout en réglant de nombreuses difficultés qui surgissent de l’application des édits et du traité.

Afin d’aboutir à une liberté religieuse et commerciale plus étendue dans les ports du nord et à l’intérieur de la Chine, une nouvelle guerre est envisagée. Dès 1857, sous prétexte d’une offense au commerce, et de l’assassinat d’un missionnaire français, la France et l’Angleterre déclenchent la seconde guerre de l’opium, qui s’achève par la victoire des alliés en 1860[15].

Pendant cette période, la France et la Chine signent, en 1858, le traité de Tianjin et, en 1860, la Convention de Pékin dont certaines dispositions concernent directement les affaires religieuses. Notamment, par les articles 13 du Traité et 6 de la Convention, les textes officiels condamnant la religion chrétienne sont abrogés et les missionnaires étrangers peuvent désormais circuler librement à l’intérieur du pays avec un passeport délivré par la légation française[16]. De plus, à cause d’une traduction abusive d’un missionnaire-interprète français, les missionnaires disposent aussi du pouvoir d’acheter les terrains.

Dans cette série de relations diplomatiques, la France est le seul pays à avoir conclu des dispositions relatives aux missions étrangères avec la Chine. Par rapport aux autres Puissances, elle dispose ainsi d’une position privilégiée en la matière. Même si aucun document officiel ne confère explicitement à la France le rôle de protecteur religieux, une reconnaissance implicite de ce rôle s’établit peu à peu par les engagements effectués par la France dans ce domaine pendant une quinzaine d’années.

En somme, le protectorat religieux français est obtenu de façon « naturelle » et « générale », si bien qu’à l’époque ni les autres Puissances, ni le Saint-Siège et ni le gouvernement mandchou ne le contestent.     

 

Exercice du protectorat religieux

 

Selon le régime du protectorat religieux, la France est seule en droit de surveiller la bonne exécution des traités et édits impériaux. Ainsi, dispose-t-elle du pouvoir de négocier avec la Chine de nouveaux privilèges pour les missions, comme par exemple, la publication de la réglementation du 28 mars 1896 dans laquelle sont fixées les relations entre les autorités locales et le clergé[17]. 

Puis, la France est seule à traiter officiellement les affaires religieuses auprès du Zongli Yamen[18] et à veiller à ce que le dernier mot pour le règlement de celles-ci reste dans le cadre de son intervention diplomatique[19], autrement dit, aucun accord entre missionnaires et autorités locales ne sera valable sans approbation de la légation française ou des consuls autorisés à cet effet[20].

En outre, la légation et les consulats de la France ont seuls le pouvoir de délivrer des passeports aux missionnaires de toute nationalité. Aussi, la clause de la nation la plus favorisée ne s’y applique pas, c’est-à-dire que les autres Puissances ne peuvent en aucun cas bénéficier de cette clause pour solliciter une protection[21]. 

À l’abri de la protection française, les prêtres français ont un rôle important dans les missions étrangères. En 1865, 164 missionnaires catholiques sur 204 sont Français. Vers 1885, sur environ 600 missionnaires catholiques, les Français sont majoritaires. En 1898, les 85 prêtres s’installant au Sichuan sont tous Français[22]. Grâce aux privilèges accordés aux missionnaires, le nombre des églises et convertis chinois augmente nettement. Dans la région du sud-est du Zhili, le nombre des églises de 12 en 1859,  passe à 2 462 en 1898, et les convertis de 27 004 personnes en 1877, passent à 47 086 personnes en 1898[23]. En définitive, les missionnaires pénètrent dans tous les coins de la Chine et diffusent en conséquence leur influence sur les relations diplomatiques franco-chinoises.

 

 

 

 

 

 

 

La compétition sur le protectorat religieux entre les Puissances

 

 À la fin du XIXe siècle, les Puissances occidentales tentent de se partager la Chine « comme des tranches de melon »[24], par le biais de concessions, de zones d’influences et de territoires à bail. En général, chaque Puissance exerce son contrôle dans les zones ou régions concédées ou déterminées, au-delà, son influence est épuisée. Ce principe ne s’applique pas aux missionnaires, qui peuvent s’installer librement sur tout le territoire chinois.

Par la protection des missions, la France obtient des avantages économiques et politiques sur l’ensemble de la Chine, ce qui la conduit à insister énergiquement sur le maintien de ce rôle, malgré des difficultés et une contestation émanant de l’intérieur de la France[25]. Comme l’écrit Pichon[26] :

 

À l’égard de ces dernières (ordre moral et traditionnel) tiennent à notre rôle ancien, à notre histoire diplomatique et militaire, à la protection des missionnaires, c’est-à-dire de la très grande majorité des Français qui vivent en Extrême-Orient. Je crois inutile d’insister sur le regret que nous ne possédions pas un point rapproché de Pékin.

 

 

Au vu des privilèges accordés par le protectorat, les autres Puissances manifestent alors leur intention de s’assurer une part d’influence en la matière, au moins pour leurs propres missionnaires[27]. La première menace est formée en 1879 par l’Espagne[28]. Plus tard, en 1888, un traité confère à l’Italie la protection de ses missionnaires[29]. Dès 1891, la mission allemande s’est définitivement soustraite au protectorat français pour se placer sous le pavillon allemand[30]. Le gouvernement autrichien cherche aussi une telle protection, suivant l’exemple allemand au Shandong[31]. Même si le Saint-Siège se déclare, à plusieurs reprises depuis 1888, favorable au maintien du protectorat religieux de la France en Extrême-Orient[32], en réalité, la France a connu un affaiblissement de son influence.

Dans cette situation, les relations diplomatiques franco-chinoises semblent alors plus délicates. D’une part, la forte pression des nouveaux pays arrivants en Chine entraîne dans l’absolu pour la France une perte d’influence sur le protectorat des missions ; d’autre part, la politique du gouvernement chinois paraît favorable au morcellement de celui-là afin de réaliser son principe « utiliser une Puissance à traiter d’autres »[33]. Malgré tout, la France décide de continuer à assurer aux missions sa fidélité et sa protection[34], tout en insistant particulièrement sur les affaires importantes où elle conserve son rôle essentiel d’intervention[35].

 

 

La confrontation diplomatique franco-chinoise dans la résolution des affaires religieuses

 

Le succès diplomatique français avec l’obtention du protectorat religieux en Chine n’empêche pas la multiplication des conflits diplomatiques entre les deux pays. La confrontation se manifeste en effet dans l’exercice du protectorat, en particulier dans la résolution des conflits religieux.

 

Les affaires religieuses : la priorité diplomatique franco-chinoise

 

Les conflits religieux éclatent d’abord dans les milieux les plus sensibles, comme les églises des provinces où les missionnaires sont en contact direct avec le peuple. Aussi, les orphelinats, la protection des chrétiens chinois et les acquisitions foncières sont-ils l’occasion de nombreux dégâts et émeutes. 

Dans ce type de conflits, les privilèges dont les missionnaires bénéficient par les traités inégaux sont gravement mis en cause. De plus, les actions de missionnaires cherchant l’appui de l’autorité publique pour protéger leurs ouailles, en exigeant des indemnités énormes et une punition sévère[36], créent une inégalité sociale entre les communautés chrétienne et non-chrétienne. De plus, l’interdiction des cultes chinois provoque inévitablement une forte résistance à l’encontre de la religion chrétienne.

Face à ces conflits religieux, la France doit respecter ses engagements vis-à-vis des missionnaires, des Puissances et du gouvernement mandchou. Donc, elle intervient sans cesse d’une manière officielle auprès du Zongli Yamen pour parvenir à un arrangement[37]. En réalité, les affaires religieuses occupent une grande part des missions de la légation française. Ceci alourdit non seulement le travail des diplomates français mais nuit aussi au maintien des relations amicales entre la France et la Chine.

 

Affrontement diplomatique direct entre la France et la Chine dans la résolution de conflits

 

Dans le cadre du protectorat religieux, la France est seule à exiger auprès du Zongli Yamen la punition des meurtriers et le dédommagement des missions[38]. En effet, peu d’affaires religieuses sont réglées rapidement par la voie diplomatique française[39]. Beaucoup d’entre elles sont suspendues ou non résolues, ce qui provoque évidemment un malaise politique entre la France et la Chine.

Par ailleurs, la pression des autres Puissances rend encore plus profonde l’opposition politique franco-chinoise. Dès lors que les affaires religieuses concernent directement ou indirectement les intérêts politiques et économiques des Puissances, en cas de difficultés pour leurs ressortissants, ces dernières reprochent à la France une protection insuffisante, et exigent maintes fois la destitution des fonctionnaires mandchous moins diligents, et parfois celle de hautes autorités provinciales[40]. Cette influence occidentale sur la politique interne chinoise porte atteinte aux intérêts des dirigeants chinois et affecte aussi les relations diplomatiques franco-chinoises.

 

L’échec des relations diplomatiques franco-chinoises : la révolte des Boxers 

 

D’après les Chinois, qu’ils soient lettrés ou paysans, les missionnaires du XIXe siècle sont des « espions de l’impérialisme » au service de la pénétration commerciale et militaire des Occidentaux[41]. De plus, leur propagande interdisant les rites envers les ancêtres et envers Confucius a pour effet de menacer sérieusement les croyances et traditions du pays. À la fin du XIXe siècle, les violences religieuses se multiplient ; l’hostilité des Chinois envers les missionnaires et les étrangers devient de plus en plus forte. Les relations diplomatiques franco-chinoises se dégradent. L’échec des relations diplomatiques semble normal et inévitable.

 Dans ce contexte, deux missionnaires allemands sont assassinés. Utilisant le prétexte de ce drame, l’armée allemande occupe militairement la baie de Jiaozhou dans la province de Shandong en 1897. Cette intervention porte le mécontentement du peuple chinois à son comble. Finalement, celui-ci s’aggrave et se dirige vers une situation incontrôlable. Les efforts diplomatiques sur la question perdent à ce moment leur efficacité. Les Boxers se soulèvent dans le Shandong en 1898, et le mouvement s’étend rapidement dans l’ensemble des régions du nord de la Chine. En raison de la tolérance du gouvernement mandchou, les Boxers entrent dans la capitale et déclenchent le siège de toutes les légations occidentales à Pékin. En juin 1900, une expédition militaire des huit Puissances marche sur Pékin, ce qui marque l’échec total des efforts diplomatiques. Le 7 septembre 1901, après un an de négociations, le Protocole final est signé par le gouvernement mandchou. D’énormes indemnités seront versées aux Puissances et missions étrangères. 

 

La diplomatie française intervient dans les affaires religieuses de Chine dès la première guerre de l’Opium, afin de pouvoir exercer son influence sur l’ensemble de la Chine. Quant aux missionnaires, ils jouent un rôle considérable dans les relations diplomatiques, car ils retournent en Chine avec la protection diplomatique de la France et participent de plus avec les Puissances aux activités commerciales et politiques.   

À la différence des premières introductions des religions chrétiennes en Chine, le retour de ces dernières au XIXe siècle s’est réalisé avec l’aide des forces politiques et militaires des Puissances. À partir de ce moment, l’aspect purement moral et culturel de la religion chrétienne est utilisé par les Puissances en tant qu’outil politique[42], pour exécuter leur stratégie coloniale, comme l’avoue Pichon[43] :

 

Comme vous le savez, l’idée directrice de ces créations a été de fournir à notre action politique et économique un nouveau point d’appui. Les missions doivent aider le développement de notre influence, mais elles ne peuvent évidemment agir que dans certains sens et produire des effets spéciaux.

 

 

En dépit du contexte de séparation de l’Église et de l’État à l’époque en métropole, les deux s’associent parfaitement sur le territoire chinois. L’alliance provoque le développement de la religion chrétienne en Chine, mais en même temps, elle la met en danger. La cause de l’échec des relations diplomatiques franco-chinoises du XIXe siècle réside bien dans cette combinaison entre religion et politique.

 

 


[1] Yan Yan, actuellement étudiante en DEA d’histoire contemporaine à l’Université Paris I, a soutenu en 2004 son mémoire de maîtrise « L’observation du mouvement des Boxers (Boxers) en Chine » sous la direction de Robert Frank et Hugues Tertrais, à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne.

[2] Avant 1860, les quatre grandes Puissances présentées en Chine sont la Grande-Bretagne, la France, les États-Unis et la Russie.

[3] Gernet (Jacques), Chine et christianisme, Action et réaction, NRF, Paris, Editions Gallimard, 1982, p. 13.

[4] Wei (Tsing-Sing), Le Saint-Siège et la Chine, de Pie XI à nos jours, Paris, Editions A. Allais, 1968, p. 81.

[5] Bergeron (Marie-Ina), Le Christianisme en Chine, approches et stratégies, Lyon, Chalet, 1977, p. 90.

[6] Boell (Paul), Le protectorat des missions catholiques en Chine et la politique de la France en Extrême-Orient, Paris, Institut Scientifique de la Libre-Pensée, 1899, p. 17.

[7] Boell (Paul), op. cit., p. 25.

[8] MAE, NS, n° 309, p. 4, Télégramme Sesti, Rome, le 14 janvier 1899.

[9] Bergeron (Marie-Ina), op. cit., p. 105.

[10] Ces cinq ports ouverts de Chine sont Canton, Shanghai, Ningbo, Amoy et Fuzhou.

[11] Guignet (Chris), « Le protectorat religieux français en Chine. Le cas des Missions du Hunan, Hubei et Henan (1842-1911) », La France en Chine (1843-1943), Enquêtes & Documents, Nantes, Presses Académiques de l’Ouest/Ouest Editions, 1997, p. 40.

[12] WEBER (Jacques), « Un siècle de présence française en Chine (1843-1943), La France en Chine (1843-1943) », Enquêtes & Documents, Nantes, Presses Académiques de l’Ouest/Ouest Editions, 1997, p. 18 : le commerce de la Chine est dominé par la Grande-Bretagne, dont la part est de 85% en 1871 et de 60% encore en 1900. Celle de la France est infime, de l’ordre de 5% sauf dans les trois provinces méridionales.

[13] Boell (Paul), op. cit., p. 8.

[14] MAE, NS, n° 310, p. 21, Pichon à Bons d’Anty, Pékin, le 22 décembre 1899.

[15] WEBER (Jacques), op. cit., p. 13.

[16] Renouvin (pierre), La question d’Extrême-Orient de 1840 à 1940, Paris, Hachette, 1946, p. 108.

[17] Pékin, n° 644, Décret de son Magister l’impératrice Douairière.

[18] MAE, NS, n° 309, p. 47, Extrait d’une lettre de Mgr Favier envoyant copie d’un Décret de l’Empereur de Chine, Pékin, le 2 avril 1899.

[19] MAE, NS, n° 309, p. 1, Pichon à Delcassé, Pékin, le 12 janvier 1899.

[20] MAE, NS. n° 310, p. 31d, Pichon à Delcassé, Au sujet du règlement des affaires religieuses, Pékin, le 10 janvier 1900.

[21] MAE, NS, n° 310, p. 76, Droit d’intervention de la France en faveur des missions et chrétientés de Chine. A propos d’un télégramme de Pékin du 29 avril 1900, 11 mai 1900.

[22] WEBER  (Jacques), op. cit., p.13.

[23] Lu (Yao) et YAN (Zijie), Étude et recherche de l’origine du mouvement des Boxers, Shandong, Édition de l’Université de Shandong, 1990, p. 33.

[24] MABIRE (Jean), L’été rouge de Pékin, La révolte des Boxers, Paris, Fayard, 1978, p. V.

[25] Boell (Paul), op. cit., p. 25 et sq.

[26] MAE, NS, n° 195, p. 109-116, Pichon à Delcassé, le 3 juin 1899.

[27] MAE, Pékin A, 27B, Le chargé d’affaires de France près le Saint-Siège, à M. le Ministre des Affaires étrangères, Rome, le 8 février 1899.

[28] Guignet (Chris), op. cit., p. 46.

[29] MAE, NS. n° 310, p. 78, Pichon à Delcassé, Pékin le 12 mai 1900.

[30] MAE, Pékin A, 27B, Le chargé d’affaires de France près le Saint-Siège à M. le Ministre des Affaires étrangères, Rome, le 8 février 1899 ; Boell (Paul), op. cit., p. 7.

[31] MAE, NS, n° 310, p. 78, Pichon à Delcassé, Pékin le 12 mai 1900.

[32] MAE, NS, n° 310, p. 76, A. Quitin à Delcassé, 11 mai 1900.

[33] MAE, NS, n° 310, p. 78, Pichon à Delcassé, Pékin le 12 mai 1900.

[34] MAE, NS, n° 310, p. 31b, Pichon à Delcassé, Pékin, le 30 janvier 1900.

[35] MAE, NS, n° 309, p. 127, Légation de la France en Chine, Pékin, le 30 août 1899.

[36] MAE, NS, n° 195, p. 8, Pichon à Delcassé, Pékin, le 7 février 1899 ; BASTID (Marianne) et BERGERE (Marie-Claire), Histoire de la chine, tome 2 : de la guerre franco-chinoise à la fondation du Parti communiste chinois (1885-1921), Paris, Hatier, 1972, p. 32.

[37] MAE, NS, n° 309, p. 47, Extrait d’une lettre de Mgr. Favier envoyant Copie d’un Décret de l’Empereur de Chine, Pékin, le 2 avril 1899.

[38] MAE, NS, n° 97, p. 283, Dépêche de Pichon à Delcassé, le 3 juin 1900.

[39] MAE, NS, n° 195, p. 8,  Pichon à Delcassé, le 7 février 1899.

[40] MAE, DDF, 1e série, Tome XVI, n° 101, M. d’Anthouard, Chargé d’affaires de France à Pékin, à Delcassé, ministre des Affaires étrangères,  le 13 mars 1900.

[41] RENOUVIN (Pierre), op. cit., p. 109.

[42] CORDIER (Henri), Histoire des relations de la Chine avec les Puissances occidentales, volume 4, Paris, Geuthner, 1920, p. 492-493 : le gouvernement français ne poursuit pas un but de propagande religieuse, et il se propose d’utiliser à son profit les relations créées grâce aux progrès accomplis par les missionnaires.

[43] MAE, NS, n° 310, p. 15-25, Pichon à M. Bons d’Anty, Pékin, le 22 décembre 1899.