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Sébastien Gué, La France et ses relations avec le Saint-Siège

La France et ses relations avec le Saint-Siège

 

Bulletin n° 22, automne 2005

 

 

 

La France et ses relations avec le Saint-Siège

Au cours de la présidence du général de Gaulle

sÉbastien guÉ[1]

 

 

Le père Yves Congar, célèbre théologien français, expliquait, lors d’une conférence au Centre Saint-Louis-des-Français de Rome en octobre 1967, comment, par des voies différentes, l’Église et le monde travaillent au même dessein : « faire réussir l’Homme[2] ». Il résumait ainsi l’une des « questions les plus difficiles et les plus débattues de tous les temps[3] » : celle des rapports entre le spirituel et le temporel. Cette simple évocation souligne d’emblée l’originalité des relations qui peuvent unir le Saint-Siège, le gouvernement, « autorité suprême de l’Église catholique[4] » et les États, notamment la France, qui porte, depuis des temps ancestraux, le titre de fille aînée de l’Église.

En effet, l’histoire des relations entre la France et le Saint-Siège est aussi longue que singulière. Comment ne pas évoquer Clovis, premier roi franc chrétien, qui unit le royaume au christianisme ; Pépin le Bref, premier des carolingiens, sacré en 754 par le pape Étienne II, à qui il donna des territoires autour de Rome – appelés « patrimoine de Saint-Pierre » – prémices des futurs États pontificaux ; Charlemagne couronné Empereur d’Occident à la Noël 800 par le pape ; ou encore les croisés qui répondirent à l’appel du pape français Urbain II ; les conflits, entre Philippe le Bel et Boniface VIII, ceux qui sous le règne de François Ie aboutirent au Concordat de Bologne (le roi devenant le véritable chef temporel de l’Église de France), ou encore la crise de la Régale sous le règne de Louis XIV ; les incompréhensions réciproques lors de la Révolution, puis le Concordat de 1801 ; et puis, la loi de Séparation des Églises et de l’État en 1905 et la rupture des relations avec Rome ; enfin, sous l’influence de Clemenceau, la restauration de ces relations avec le Saint-Siège en 1921, marquant le retour à des échanges cordiaux et confiants.

Cet article se propose d’évoquer l’une des pages les plus récentes de cette histoire, la période 1958-1969 – présidence du Conseil puis présidence de la République du général de Gaulle – marquée à la fois par la réunion majeure du Concile Vatican II mais aussi, du point de vue français, par une conception et une pratique nouvelle de la politique étrangère – consécutive à la mise en œuvre de la Constitution de la Ve République –, ou encore par les échanges intenses entre des personnalités ayant fortement marquées leur temps : Jean XXIII, Paul VI et le général de Gaulle.

Cette évocation peut également apporter un éclairage singulier à la problématique générale « religion et relations internationales » en explicitant la pratique concrète des échanges avec la seule autorité religieuse sujet de droit international – et ses éléments originaux comme les prérogatives d’ordre religieux accordées au Chef de l'État – mais aussi en abordant les thèmes – et l’évolution des thèmes – de discussions entre le gouvernement français et le gouvernement de l’Église catholique.

L’aggiornamento d’une longue tradition d’échanges

 

Dans le paysage des relations diplomatiques bilatérales de la France, les échanges avec le Saint-Siège introduisent une certaine originalité. Celle-ci s’exprime en premier lieu dans la mission particulière, au regard des autres postes diplomatiques, de l’ambassade de France près le Saint-Siège.

Certes, comme tous ses collègues en poste dans d’autres capitales, l’ambassadeur français a une fonction de représentation du gouvernement français, lors des cérémonies officielles – cérémonies qui, à Rome, sont essentiellement religieuses (messes solennelles…). Certes il assure les échanges réguliers avec le gouvernement auprès duquel il est envoyé. Mais sa mission est cependant unique car il est accrédité auprès d’une autorité spirituelle, la seule au monde à être sujet de droit international et à exercer une activité diplomatique ; autorité spirituelle ayant par ailleurs « dans sa mouvance des fidèles au nombre de plus d’un demi milliard, répartis sur les cinq continents[5] ». Le poste de « Rome-Saint-Siège » apparaît donc comme un observatoire privilégié, non d’un pays, mais du monde dans son universalité, d’autant plus que la papauté centralise une information riche provenant des différents échelons de sa présence aux quatre coins du monde : nonces apostoliques, évêques, eux-mêmes informés par les prêtres de leurs diocèses.

À l’originalité de la représentation s’ajoute la singularité de l’action. En effet les questions militaires, stratégiques, économiques, commerciales, industrielles, ou de tout autre domaine de l’action politique, préoccupant habituellement les chancelleries, n’interviennent pas dans les discussions avec le Saint-Siège qui ne dispose que d’un État de 44 hectares ! En revanche, les sujets d’ordre religieux sont au cœur des nombreux échanges avec la Curie. Illustration de la cordialité et de la confiance de ces relations, l’ambassadeur de France près le Saint-Siège est, en 1958, l’un des rares chefs de mission à rencontrer le pape en tête à tête au moins deux fois par an. Il rencontre également très souvent le secrétaire d’État – en quelque sorte le Premier ministre du Saint-Siège – et quasiment chaque semaine le secrétaire de la Sacrée Congrégation pour les Affaires Ecclésiastiques Extraordinaires – l’équivalent d’un ministre des Affaires étrangères – sans compter les entretiens avec les autres chefs de Dicastères, pour les affaires relevant de leurs compétences réciproques.

Après 1958, l’ambassade de France près le Saint-Siège continue d’être le pivot autour duquel se concrétise les relations avec la papauté. Toutefois des innovations apparaissent : cet acteur traditionnel intègre désormais l’esprit et la méthode de la Ve République. En effet, le retour au pouvoir du général de Gaulle en 1958 et la naissance de la nouvelle République modifient la conception et le processus décisionnel de la politique étrangère française. Dans la pratique, le président de la République, s’appuyant sur les articles 5, 14 et 52 de la Constitution[6], devient le principal artisan en même temps que le « centre de décision »[7] de l’action étrangère de la France, et de ses échanges avec les États ou les autres acteurs de la scène internationale : il devient le « chef de la diplomatie »[8]. De ce fait il participe pleinement à la définition puis à la mise en place des relations entre la France et le Saint-Siège. L’ambassade de France près le Saint-Siège devient ainsi un relais de l’Élysée autant que du Quai d'Orsay.

Ce lien privilégié est renforcé en 1963 lorsque de Gaulle nomme son ancien proche collaborateur, René Brouillet, ambassadeur de France près le Saint-Siège. Par l’intermédiaire de ce fidèle depuis l’époque de la Résistance, qui a ensuite été son directeur de cabinet à l’Élysée de 1959 à 1961[9], de Gaulle établit un lien personnel avec la papauté, rappelant en quelque sorte les ambassades envoyées par les souverains d’Ancien Régime, et réaffirmant la valeur particulière qu’il accorde aux échanges avec le Saint-Siège. D’ailleurs au-delà de l’homme du sérail, le général de Gaulle choisit aussi un spécialiste de l’Église et des rouages du Vatican puisque René Brouillet a été premier conseiller de l’ambassade de France près le Saint-Siège de 1953 à 1958.

La principale innovation de la période étudiée réside donc dans ce rôle prééminent que joue désormais le président de la République dans l’élaboration et la pratique des échanges avec le Saint-Siège.

 

Un lien étroit entre le président de la République et le pape : des prérogatives religieuses aux visites d’État

 

S’illustrant symboliquement depuis des siècles grâce aux prérogatives religieuses, l’expression des liens privilégiés entre le chef de l'État et le pape connaît une transformation majeure sous la présidence du général de Gaulle : elle se concrétise dorénavant dans une relation personnelle directe inaugurée à l’occasion des visites officielles.

Dans un premier temps, le premier président de la Ve République hérite des privilèges religieux accordés aux chefs d’État des régimes antérieurs[10]. Suspendus un temps à partir de 1905, ils furent rétablis dès 1921 avec la normalisation des relations diplomatiques. Ces droits et prérogatives, illustrations des liens séculaires unissant la France et la Rome pontificale, sont de plusieurs ordres. Il s’agit tout d’abord d’honneurs liturgiques et de prières pour la France à l’occasion des messes solennelles de la sainte Luce, le 13 décembre, à Saint-Jean-de-Latran – cette tradition remonte à la donation en 1604 par Henri IV de l’immense domaine de l’Abbaye de Clairac qui, pendant deux siècles, assura la subsistance du clergé du Latran – et de la sainte Pétronille, le 31 mai, à la Basilique Saint-Pierre. Le chef de l'État bénéficie également de privilèges honorifiques : il est par exemple l’unique Chanoine d’Honneur de la Basilique Saint-Jean-de-Latran, la cathédrale du pape. S’y ajoutent d’importantes prérogatives personnelles, comme celle d’imposer la barrette au nonce apostolique à Paris lorsque celui-ci est créé cardinal. La portée symbolique de ce protocole se révèle le 16 décembre 1959 lors de la remise de la barrette au cardinal Paolo Marella[11] – la seule d’ailleurs effectuée par le général de Gaulle. Dans le geste du nouveau cardinal qui s’agenouille, puis du président de la République qui, debout, lui « impose » la barrette, transparaissent certains traits caractéristiques de la conception ancienne des rapports entre le chef de l'État et le pape. Ce cérémonial n’est pas sans rappeler les images du principe ancestral de partage des compétences, entre le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel, pour la remise des insignes de sa nouvelle fonction à un prélat, théorie datant de la résolution de la Querelle des Investitures au début du XIIe siècle, au moment de la Réforme Grégorienne[12]. À l’époque le roi remettait la crosse à l’évêque et l’autorité ecclésiastique l’anneau, or dans le cérémonial évoqué précédemment, le président de la République remet la barrette et le pape l’anneau.

Cette tradition, devenue anachronique après le Concile[13], est d’autant plus facilement abandonnée que la pratique diplomatique nouvelle des visites officielles au Vatican crée désormais un lien direct et personnel entre le président de la République et le pape.

C’est une véritable innovation dans les relations entre la France et la Papauté. Certes la rencontre de René Coty avec Pie XII en mai 1957 marque un premier tournant historique puisque aucun chef d'État français n’avait rendu visite au pape depuis 1495[14] ! Mais, de Gaulle, en se rendant au Vatican dès juin 1959 puis à nouveau en mai 1967, introduit un principe de régularité, faisant dès lors ces rencontres au sommet le moteur rythmant les relations entre la France et le Saint-Siège.

Un intérêt marqué pour les questions d’administration de l’Église

 

À partir de 1958, de Gaulle accorde une attention toute particulière aux nominations d’évêques, dont la procédure implique une participation du gouvernement de l’Église et du gouvernement français.

Le cadre juridique de cette procédure de nomination est fixé par l’aide-mémoire de 1921 – date du rétablissement des relations diplomatiques – puisque, depuis la loi de séparation des Églises et de l’État, il n’y a plus de concordat entre la France et le Saint-Siège – à l’exception des diocèses de Metz et Strasbourg. Il prévoit, « par une exception pour la France », que le cardinal secrétaire d'État interroge les autorités françaises pour savoir si elles ont « quelque chose à dire au point de vue politique contre le candidat »[15] proposé à l’épiscopat. Afin de faire valoir une éventuelle opposition d’ordre strictement politique – le Saint-Siège y veille scrupuleusement[16] – le gouvernement français, dès qu’il est averti par la nonciature de la nomination prochaine d’un prélat, ouvre une « enquête sur l’épiscopable »[17]. Celle-ci réunit les analyses de l’ambassadeur de France près le Saint-Siège, du conseiller pour les Affaires religieuses du Quai d'Orsay, tous les deux observateurs privilégiés et bons connaisseurs de l’Église de France, et du bureau des Cultes du ministère de l’Intérieur, qui s’appuie sur un rapport du préfet du département où réside l’épiscopable. Sur ces indications, le président de la République, signe de sa prééminence nouvelle à partir de 1959, rend son avis.

Sans remettre en cause ce système subtil qui protège les prérogatives du Saint-Siège tout en garantissant les intérêts du gouvernement, de Gaulle souhaite, dès 1961, améliorer la procédure, du côté des intervenants français[18]. Pourquoi ? Son objectif est clair : faire de l’épiscopat un véritable « corps d’élite », qui participe ainsi à la « grandeur » et au rayonnement de la France. Pour se faire, M. Lamery, conseiller du général de Gaulle, demande aux préfets de transmettre régulièrement des notes sur les prélats de leurs départements susceptibles d’être élevés à l’épiscopat. D’autre part, des personnalités proches des milieux ecclésiastiques, comme le conseiller pour les Affaires religieuses du Quai d'Orsay, profiteront de leurs bonnes relations pour évoquer des noms ou des profils d’épiscopables[19].

Plus étonnant a priori pour un dirigeant d’une république laïque, de Gaulle s’intéresse également de près aux élections pontificales. Dès le lendemain de la mort de Pie XII survenue le 10 octobre 1958, l’ambassadeur de France près le Saint-Siège, Roland de Margerie, est, fait inhabituel, convoqué à Paris par le président du Conseil pour évoquer le prochain conclave[20].

Pour le général de Gaulle, il s’agit de veiller aux intérêts de la France, intérêts qui ne contredisent pas ceux des prélats français, au contraire. En effet, s’il fait part de son souhait de voir élire un pape « modéré », c’est pour que le « caractère de ce dernier ne soit pas si intransigeant qu’il puisse conduire à des conflits avec l’Église de France »[21], mais également, dans une optique politique plus générale, pour que ses positions en matière de doctrine et d’autorité ne produisent pas de tensions avec l’opinion française[22]. Enfin, de Gaulle se préoccupe des intérêts diplomatiques français et, à ce titre, souhaiterait que le prochain souverain pontife « ait pleinement conscience du rôle que joue la France dans le monde »[23]. Suivant l’analyse de l’ambassadeur de Margerie, de Gaulle considère dès lors que « le meilleur candidat, du point de vue français, c’est le cardinal Roncalli (…) »[24], patriarche de Venise et ancien nonce apostolique à Paris, où il a laissé un très bon souvenir. Le diplomate se voit alors confier, dès son retour à Rome, l’exercice subtil de faire valoir les arguments du gouvernement français auprès des cardinaux[25]. Or dans l’élaboration de leur jugement, les membres français du Sacré Collège ne se limitent pas aux avis de leurs pairs. Ils accordent une valeur particulière à leurs entrevues avec l’ambassadeur français – qu’ils connaissent bien et dont ils apprécient les qualités d’observateur. En effet, Roland de Margerie a une parfaite connaissance de la Curie romaine et de ses groupes d’influence, des cardinaux et de leurs positions (conservatrices ou libérales), mais aussi de l’Église dans son ensemble, de sa situation, des attentes des fidèles, des enjeux. C’est dans cette perspective que le diplomate peut espérer voir son analyse peser de tout son poids dans la réflexion des cardinaux.

Toutefois, en dépit de ses efforts, il semble que les cardinaux français ne soient pas entrés unis au conclave[26] – alors qu’ils pouvaient constituer une force déterminante du fait de leur nombre (ils forment le premier groupe national après les italiens) et du réel prestige dont disposait alors le catholicisme français. Il semblerait que se soit le cardinal Tappouni, le patriarche d’Antioche – qui avait dit très clairement à l’ambassadeur français qu’il partageait son analyse[27] – qui parvint à rallier définitivement les cardinaux français autour de l’ancien nonce en France. Le cardinal Angelo Roncalli est ainsi élu pape le 28 octobre et prend le nom de Jean XXIII, inaugurant un pontificat (1958-1963) rendu majeur dans l’histoire de l’Église par la convocation et les premières sessions du Concile Vatican II. Parmi les nombreuses réformes alors mises en œuvre, les Pères conciliaires donnent une nouvelle définition du rôle de l’Église au sein de la communauté des nations. La France, dans cette optique nouvelle, pense alors différemment ses échanges avec Rome.

Vers de nouveaux échanges

 

Nous avons déjà souligné l’originalité des discussions entre un État, en l’occurrence la France, et la seule autorité religieuse sujet de droit international. Quelles sont désormais, après la mutation insufflée par le Concile Vatican II, les nouvelles orientations thématiques de leurs échanges ?

Promulguée la veille de la clôture du Concile le 7 décembre 1965 – sous le pontificat du successeur de Jean XXIII, Paul VI (1963-1978) –, la constitution apostolique Gaudium et spes consacre l’ouverture plus grande de l’Église à la communauté internationale. Le regard et l’action du Saint-Siège se veulent plus universels, « tourné vers tous les hommes » selon l’expression chère à Jean XXIII. D’ailleurs sa diplomatie devient désormais moins bilatérale et davantage multilatérale[28].

Les autorités françaises, sous l’impulsion de l’ambassadeur René Brouillet, sont amenées à prendre en compte et à s’adapter à cette « mutation profonde[29] » – après avoir trouvé, au cours des premières années de la présidence de Gaulle, une solution aux questions d’ordre bilatéral, aux pierres d’achoppement restées en suspens, tels que le financement des écoles privées ou la guerre d’Algérie.

Ainsi, selon René Brouillet, dans cette période post-conciliaire « s’il ne paraît pas qu’il y ait nécessairement profit, pour les pouvoirs publics, à consacrer leurs soins au maintien de réflexes hérités d’une époque de plus en plus dépassée, il y a lieu au contraire de prendre en considération (…) l’étroite convergence de l’action conduite par la France (…) et des positions du pape en faveur du développement et de la paix[30] ». Telles sont les deux grandes questions internationales autour desquels les échanges entre le gouvernement français et le gouvernement de l’Église vont désormais tourner. Prenons l’exemple du développement. De Gaulle, dans l’allocution prononcée à l’occasion de sa visite officielle à Paul VI le 31 mai 1967, insiste sur la « convergence » entre la politique française d’aide au développement et les appels du pape, à Bombay en décembre 1964 puis dans son encyclique Popularum progressio de mars 1967, en faveur d’« une action concertée pour le développement intégral de l’homme et le développement solidaire de l’humanité ». Dans sa réponse, le pape souligne « l’exemplaire générosité de la France (…) pour l’aide au Tiers-Monde. Attitude sagement réaliste et bien digne d’être relevée »[31]. Si, du point de vue français, les mots du pape servent aussi l’aura du pays, ces deux interventions sont néanmoins le reflet d’un soutien mutuel de la France et du Saint-Siège sur la scène internationale, autour de ces grands défis mondiaux.

 

Les relations entre la France et le Saint-Siège occupent donc une place unique dans le paysage diplomatique français. Unique par les thèmes des discussions concernant, par exemple, l’organisation institutionnelle de l’Église, telle que les nominations épiscopales – auxquelles de Gaulle accorde une attention toute particulière. Unique aussi dans la pratique même de ces échanges : ainsi l’étroitesse des liens entre le président de la République et le pape se matérialise par un certain nombre de droits ancestraux et privilèges d’ordre religieux accordés au chef de l'État français. Toutefois, les relations entre la France et le Saint-Siège connaissent des transformations majeures au cours de la période étudiée. L’organisation des échanges évolue et s’adapte à la conception qu’a le général de Gaulle de la politique étrangère. Le rôle central que joue le président de la République dans la définition et la concrétisation des échanges s’illustre dans les visites d’État, pratique diplomatique nouvelle, ou la nomination d’un proche de de Gaulle à la tête de l’ambassade de France près le Saint-Siège.

La principale innovation de la décennie demeure néanmoins la nouvelle orientation donnée aux thèmes des échanges. Après avoir pris conscience de l’approche nouvelle qu’a le Saint-Siège de sa présence et de son action sur la scène internationale à la suite du Concile Vatican II, la France privilégie dans ses discussions avec Rome les grandes questions internationales, les grands défis mondiaux, tels que la promotion de la paix et l’action en faveur de l’aide au développement des pays les plus pauvres.

Mutation majeure en effet, car ce nouvel horizon détermine la ligne directrice des relations avec le Saint-Siège jusqu’à aujourd’hui – et ce, quelle que soit la personnalité des successeurs du général de Gaulle. Il est de ce point de vue intéressant de noter que dans son message de félicitation au nouveau pape Benoît XVI, le président Chirac rappelle « le dialogue confiant » avec le Saint-Siège « en particulier dans les combats communs au service de la paix, de la solidarité et de la dignité de l’homme »[32].

 

 

 


[1] Cet article est issu du mémoire de maîtrise : La France et ses relations avec le Saint-Siège 1958-1969, sous la direction de Robert Frank, Université Paris I Panthéon-Sorbonne, soutenu en  juin 2003.

[2] Cité par René Brouillet, ambassadeur de France près le Saint-Siège, dans : Ministère des Affaires étrangères (MAE), série Europe-Saint-Siège, 1966-1970, dossier 2552, dépêche du 18 octobre 1967.

[3] Idem.

[4] Pie XII cité par Mgr Igino CARDINALE, Le Saint-Siège et la diplomatie, Paris ,Rome, Desclée, 1962, p. 11.

[5] MAE, série Europe-Saint-Siège, 1966-1970, dossier 2567, dépêche de René Brouillet, 24 février 1970, p. 2.

[6] GICQUEL (Jean), Droit constitutionnel et institutions politiques, Paris, Montchrestien, 1999, p. 571-572 et 725.

[7] DALLOZ (Jacques), La France et le monde depuis 1945, Paris, A. Colin, 2002, p. 124.

[8] GICQUEL  (Jean), op. cit., p. 571.

[9] MAE, Annuaire diplomatique et consulaire de la République française, Paris, Imprimerie Nationale, 1965.

[10] MAE, série Europe-Saint-Siège, 1966-1970, dossier 2567, dépêche de René Brouillet, 17 décembre 1966.

[11] MAE, Cabinet du ministre Maurice Couve de Murville, dossier 325, note du 18 novembre 1959.

[12] Le Jan (Régine), Origines et premier essor, 480-1180, Paris, Hachette, 1996, p. 191.

[13] MAE, série Europe-Saint-Siège, 1966-1969, dossier 2551, télégramme de René Brouillet, 26 mars 1969.

[14] MAE, série Europe-Saint-Siège, 1956-1960, dossier 50, note « Le Saint-Siège en 1957 ».

[15] MAE, série Europe-Saint-Siège, 1961-1965, dossier 1857, note « a.s. de la nomination des évêques de France », 10 octobre 1962, p. 1-4.

[16] Ibid., p. 5.

[17] Idem.

[18] MAE, série Europe-Saint-Siège, 1961-1965, dossier 1857, dossier nominatif de Mgr Kerautret, note de la sous-direction d'Europe Méridionale au Cabinet du Ministre, 10 octobre 1961.

[19] MAE, série Europe-Saint-Siège, dossier 1856, note du conseiller pour les affaires religieuses, 1962.

[20] MAE Nantes, série Rome-Saint-Siège, dossier 1356, télégramme 213-216, 10 octobre 1958, p. 1.

[21] Ibid., dossier 1356, télégramme du 8 novembre 1958, p. 6.

[22] Ibid., dossier 1356, télégramme 217-219, 10 octobre 1958.

[23] Idem.

[24] Cité par Puyo (Jean), Jean XXIII, le pape inattendu, Paris, Desclée, 1995, p. 118.

[25] MAE Nantes, série Rome-Saint-Siège, dossier 1356, télégramme 213-216, 10 octobre 1958.

[26] Ibid., télégramme 294, 8 novembre 1958, p. 1.

[27] « Dites au général de Gaulle que quand il pense aux six cardinaux français il n’oublie pas qu’il y en a un septième avec eux ! », MAE Nantes, série Rome-Saint-Siège, dossier 1356, télégramme 241, 16 octobre 1958.

[28] Rouxel (Jean-Yves), Le Saint-Siège sur la scène internationale, Paris, L’Harmattan, 1998.

[29] MAE, série Europe-Saint-Siège, 1966-1970, dossier 2563, note « le Saint-Siège et la politique internationale », 11 mars 1969, p. 1.

[30] Ibid., dossier 2567, note de René Brouillet pour l’Élysée, avril 1967, p. 19-20.

[31] Ibid., dossier 2567, allocution du général de Gaulle et réponse du pape, visite officielle à Paul VI, 31 mai 1967.

[32] « Les premières réactions en France », Le Figaro, Paris, 20 avril 2005, p. 2.