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Audrey Kichelewsk, Les Juifs comme enjeu et outil de la politique extérieure polonaise, 1944-1949

Les Juifs comme enjeu et outil de la politique extérieure polonaise, 1944-1949

 

Bulletin n° 22, automne 2005

 

 

 

Les Juifs comme enjeu et outil

de la politique extérieure polonaise

(1944-1949)

Audrey  Kichelewski[1]

                                     

« À l’époque, la seule vue d’un Juif était un événement », ainsi Marek Edelman[2], l’un des dirigeants de l’insurrection du ghetto de Varsovie en avril 1943, décrit-il la Pologne au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Ce pays occupe une place particulière dans l’histoire de la destruction des Juifs d’Europe. C’est en Pologne que vivait en 1939 la plus importante communauté juive d’Europe, plus de trois millions de membres formant 10% de la population du pays. C’est en Pologne que cette communauté fut exterminée à près de 90%, comptant pour la moitié des victimes de la Shoah. C’est en Pologne que les nazis installèrent la plupart des centres de mise à mort où périrent des Juifs déportés de toute l’Europe. C’est en Pologne enfin que la population juive fixe, après la guerre, une attention démesurée au regard de son importance numérique et joue un rôle complexe et non négligeable dans la politique du nouvel État polonais.

La guerre finie, le monde découvre l’horreur des camps de concentration et les visages décharnés des rescapés qui affluent dans les « centres de rassemblement » pour personnes déplacées. Si la catastrophe n’est peut-être pas encore estimée à sa juste échelle, le sort des Juifs, en tant que victimes de la barbarie nazie, émeut à présent et suscite l’intérêt des nations. En Pologne, le Comité polonais de libération nationale (PKWN)[3], établi à Lublin le 21 juillet 1944, tente de se faire reconnaître comme seul représentant des intérêts du pays, face au gouvernement en exil à Londres. En quête de respectabilité, il cherche à mettre en avant des valeurs partagées par les Alliés, la lutte contre le fascisme et l’égalité des droits, accordant une place particulière à la minorité juive. La suite des événements en Pologne ne fait qu’accroître cette interaction : d’un côté, les puissances occidentales centrent leur attention sur les rescapés juifs polonais, de l’autre le jeune gouvernement doit faire face à une forte vague de violences antijuives dans le pays, accélérant l’émigration des survivants et posant au niveau international le problème des réfugiés et de l’établissement d’un foyer juif. L’achèvement de la stalinisation du pays fera ensuite apparaître un autre modèle de relations extérieures, tandis que le départ entre 1945 et 1951 de 70% des rescapés, évalués à environ 250 000, affaiblira considérablement la communauté juive polonaise. Après 1949, on s’éloigne définitivement de la définition identitaire juive par la religion pour se rapprocher de plus en plus de celle de « nationalité »[4], choisie, subie ou refusée par ses membres.

 

Alors que le jeune gouvernement polonais dispose encore d’une relative marge de manœuvre quant à sa politique extérieure, on peut se demander si le discours et les actions entreprises à l’égard d’une minorité peu nombreuse mais objet de multiples attentions ne servaient pas un ensemble d’objectifs et on peut tenter d’en cerner les contours. Dans quelle mesure le souci de l’image à donner aux Occidentaux joua-t-il et fut-il le seul élément pris en compte ? Inversement, quel fut l’impact des regards et des pressions internationales sur les déclarations et les actions du gouvernement polonais dans des domaines aussi divers que la reconstruction de la vie juive, la réaction à adopter face aux violences antisémites ou la gestion de l’émigration des Juifs aspirant à rejoindre le futur État d’Israël ?

 

Rebâtir une vie juive en Pologne ?

 

Le premier défi que dut relever le jeune gouvernement polonais d’Union nationale était d’assurer la possibilité d’une renaissance de la communauté juive décimée durant la guerre. Sous l’œil des puissances occidentales, dont le soutien était capital pour le nouveau pouvoir en place, se met ainsi en place une législation favorable aux minorités, tandis que les initiatives de restructuration des organisations juives sont encouragées.

 

Des droits reconnus

 

Le Manifeste du 22 juillet 1944 déclare l’égalité complète des droits des Juifs en tant que citoyens individuels et en tant que minorité nationale, en faisant explicitement référence à leur sort tragique subi durant la guerre :

 

  Il sera assuré aux Juifs, persécutés de façon bestiale par l’occupant, le droit de reconstruire leurs moyens d’existence, et l’égalité des droits sera reconnue de droit comme de fait[5].

 

Les Juifs sont la seule minorité mentionnée dans ce Manifeste. Par ailleurs, les déclarations du Parlement provisoire offrent une aide officielle aux victimes du génocide nazi[6]. En outre, des postes spéciaux sont créés pour aider la population juive. Dès le 8 août 1944, une Commission d’aide à la population juive est établie auprès du Présidium du PKWN, afin d’informer sur la situation matérielle des Juifs et obtenir de l’aide pour leur réintégration dans le pays, tandis qu’à la mi-décembre une Commission pour la minorité juive est rattachée au département des Nationalités de la Direction politique du ministère de l’Administration publique. On trouve enfin des représentants de la communauté juive auprès des instances officielles parmi les députés de la KRN, Conseil national du pays agissant comme un parlement provisoire. 

La volonté de concurrencer le gouvernement en exil à Londres est manifeste dans ces démarches. Ce dernier s’était certes à plusieurs reprises exprimé sur la situation des Juifs de Pologne durant la guerre[7]. Il avait déclaré nuls et non avenus les décrets allemands – sans toutefois faire référence aux mesures antisémites, et avait garanti pour l’après-guerre l’égalité des droits pour les minorités nationales. Mais le sort de la minorité juive n’avait pas été explicitement spécifié et son Conseil pour le Sauvetage des Juifs de Pologne ne fut établi que le 26 mai 1944. En outre, de nombreux mouvements de la résistance intérieure, nationalistes comme les Forces armées nationales (Narodowe Siły Zbrojne ou NSZ) mais également plus modérés tels que les chrétiens-démocrates n’hésitaient pas dans leurs publications à souhaiter le départ des Juifs à la fin du conflit, en leur offrant une compensation pour leurs biens, qui seraient remis à l’État s’ils se trouvaient en déshérence[8].

 

 

La reconstitution des organisations juives

 

Le gouvernement de Lublin ne choisit pas au hasard les premiers représentants des intérêts de la minorité juive au sein de ses instances. Il opta pour Emil Sommerstein, successivement directeur du comité d’aide sociale – qui incluait la gestion des rescapés juifs – dans l’Union des Patriotes polonais, association procommuniste des Polonais réfugiés en URSS, puis chef du Département des Réparations de guerre dans le gouvernement provisoire, avant de devenir le premier président du Comité central des Juifs de Pologne (CKŻP)[9] mis sur pied en février 1945. Economiste et avocat de profession, ce dernier était connu en Pologne et à l’étranger comme un chef de file du mouvement sioniste, dont il avait défendu les idées en tant que député à la Diète avant-guerre[10]. Arrêté par le NKVD en zone occupée par les Soviétiques fin septembre 1939, il fut relâché et courtisé par les communistes polonais en 1944, estimant que son nom ajouterait à la crédibilité du PKWN.

Le gouvernement provisoire comptait en effet sur la personnalité de Sommerstein pour obtenir l’aide des organisations juives occidentales, indispensable à la reconstruction de la vie juive en Pologne. Les besoins étaient immenses : plus de 4 millions de Polonais nécessitaient une aide matérielle et la Commission d’aide à la population juive estimait au printemps 1945 que 60% des rescapés juifs étaient malades et inaptes au travail[11]. Or, laisser des organisations comme le Joint aider les Juifs survivants permettait de soulager le budget national. Dès l’été 1944, Emil Sommerstein multiplia les télégrammes d’appel à l’aide aux organisations juives, au nom du PKWN[12]. Toutefois, les réponses se firent attendre, du fait de la non reconnaissance officielle de ce gouvernement par les Occidentaux. Le Département d’État américain fit savoir aux organisations juives qu’elles ne devaient pas se rapprocher du PKWN avant que les questions de politique générale – notamment le conflit entre le gouvernement de Lublin et celui de Londres – aient été résolues, ce qui fut fait au mois d’octobre 1944. Il semble néanmoins que cette impasse initiale ait incité le pouvoir à donner plus d’autonomie à la représentation des Juifs de Pologne, afin d’en faire un interlocuteur à part entière face aux organisations juives occidentales.

C’est ainsi que le gouvernement favorisa l’établissement au début de l’année 1945 du CKŻP, rassemblement de comités locaux de Juifs créés spontanément dans les zones libérées, visant à fournir de l’aide aux rescapés et à faire renaître une vie juive dans le pays. Il est intéressant de constater que seule la minorité juive bénéficia d’une telle organisation, pourvue d’une large autonomie de gestion et dotée d’un grand pluralisme politique. Pas moins de huit partis politiques juifs y étaient collégialement représentés, même si l’influence des communistes se fit croissante. Le fonctionnement de ce Comité, dont dépendaient tout un réseau de clubs culturels, d’écoles, de services sanitaires et sociaux mais aussi de coopératives ouvrières fut rapidement très largement assuré par le financement d’organisations juives internationales, et en particulier par le Joint, ce qui supposait une attention particulière portée par l’Ouest sur la situation des Juifs de Pologne.

Le traitement favorable de la communauté juive par le nouveau gouvernement polonais permit donc non seulement d’acquérir une respectabilité aux yeux des puissances occidentales en tant qu’instance représentative de la nouvelle Pologne – même si le gouvernement de Londres continua d’être reconnu par la Grande-Bretagne et les États-Unis jusqu’en juillet 1945, mais également d’obtenir les fonds nécessaires au relèvement de cette communauté, en évitant ainsi d’avoir à payer lui-même. Toutefois, le décalage entre le discours proféré pour l’opinion internationale et la réalité de son exécution, chaotique, biaisée voire totalement ajournée à mesure que les mois passaient et s’affirmaient de nouvelles priorités idéologiques, n’allait pas tarder à transparaître et à devenir un nouveau défi à relever pour le nouveau gouvernement polonais.

 

Redorer une image noircie par l’antisémitisme et l’émigration juive

 

Alors que la population juive polonaise a disparu à près de 90% et en dépit des signes positifs donnés par le gouvernement provisoire envers les rescapés, la « question juive » subsiste : la place des Juifs dans la société polonaise est débattue, contestée parfois dans la violence, ce qui accélère le mouvement d’émigration, sous l’œil inquiet des Occidentaux. Face à ce phénomène, le nouveau gouvernement multiplie les déclarations de bonne volonté, masquant mal son impuissance.

 

Le gouvernement face aux violences antijuives

 

Le retour à une vie normale pour les survivants juifs ne fut pas simple. Démunis de tout bien, de lieu pour habiter et de famille, ils ne furent pas toujours bien accueillis non plus. Déjà en août 1943, un mémorandum écrit à Londres expliquait qu’après la libération, « le retour des Juifs serait vécu par la population non comme un retour légitime, mais comme une invasion contre laquelle ils se défendraient, même physiquement »[13]. Dès le 1er septembre 1944, la Commission d’aide à la population juive parle de cette atmosphère d’insécurité pour les Juifs qui « ont peur de sortir de leurs cachettes »[14]. Il est extrêmement difficile pour des raisons tenant au caractère lacunaire et très dispersé des sources de donner un chiffre exact, voire même approximatif, du nombre de victimes des actes antijuifs qui se multiplient. Pour la période 1944-1947, plusieurs centaines d’incidents ont été dénombrés, pour un nombre de morts compris entre 600 et 3 000 selon les chercheurs[15]. Même selon les estimations les plus basses, la proportion reste considérable eu égard au nombre de survivants après-guerre, surtout si l’on compare aux incidents des années trente[16]. Les actions commises étaient de diverse nature : attaques dans les trains, assassinats, lynchages, attaques des édifices du culte, boycott des commerces ou lettres de menaces, anonymes ou non… L’événement le plus retentissant fut le pogrome de Kielce, qui le 4 juillet 1946 fit 42 victimes d’une foule excitée par des rumeurs de meurtre rituel, prenant d’assaut l’immeuble abritant les rescapés juifs de la ville, devant des autorités impuissantes, sinon complices du massacre.

Les causes avancées pour expliquer cette violence d’après-guerre sont diverses, aucune n’étant à mon sens suffisante à elle seule pour comprendre le phénomène. Certains mettent en avant le climat général d’insécurité, ramenant ces actes à du banditisme, d’autres soulignent que l’idée d’un complot « judéo-communiste » imprégnait fortement la population qui voyait dans le Juif l’étranger venu imposer un régime haï. D’autres enfin évoquent un antisémitisme viscéral de la population. Quoi qu’il en soit, ces violences furent rapidement connues à l’étranger et le gouvernement polonais eut à en répondre.

La presse occidentale[17] commence à parler de ces actes en décembre 1945 – soit bien après la première vague de violences du printemps et de l’été 1945, qui culmine avec le pogrome de Cracovie le 11 août. En réaction, le Premier ministre Osóbka-Morawski réaffirme vouloir mener cette lutte contre des faits qui « discréditent le camp du pouvoir aux yeux de l’opinion internationale»[18]. Jusque-là, seuls le Parlement et l’armée avaient assuré la population de leur volonté de lutter contre les actions commises contre les Juifs, ne faisant que réagir aux demandes répétées de la Commission d’aide à la population juive. À présent, l’affaire prenait une autre dimension et l’antisémitisme était instrumentalisé pour les luttes politiques. Le discours officiel va dès lors être d’affirmer que ces actes sont le fait de la « réaction » qui refuse l’orientation du nouveau gouvernement, ce qui permet à celui-ci de se blanchir, tout en évacuant les questions gênantes de l’antisémitisme au sein de la société, voire même au sein du Parti. Cette posture est parfaitement illustrée par le procès qui fit suite au pogrome de Kielce, où neuf inculpés furent exécutés dans les huit jours – montrant ostensiblement une volonté de châtier les coupables tout en occultant soigneusement les éventuelles responsabilités du pouvoir et la participation massive d’une population qu’on ne saurait réduire à des « agitateurs politiques ». La réalité du traitement des actes antijuifs était tout autre : le plus souvent, leurs auteurs ne furent pas retrouvés ou demeurèrent impunis par la mauvaise volonté des autorités locales à suivre les directives d’un pouvoir central encore trop faible pour les faire appliquer.

L’intérêt des Occidentaux pour ce problème de la violence tout comme la forte réaction du gouvernement polonais étaient étroitement liés à un phénomène découlant en partie de ces événements, le départ massif des Juifs de Pologne.

 

La question de l’émigration juive

 

Dès la fin du conflit, beaucoup de rescapés choisirent de quitter la Pologne, n’ayant le plus souvent plus aucune attache familiale ou matérielle, refusant de vivre dans un pays devenu le cimetière de leur famille disparue, et pour certains par adhésion à l’idéal sioniste. Les violences antijuives accélérèrent cette émigration, qui n’apparut pas immédiatement comme étant massive, les départs étant jusqu’à la mi-1946 largement compensés par l’arrivée des survivants rapatriés d’Union soviétique, où ils s’étaient réfugiés durant le conflit. La population juive – si l’on s’en tient au recensement pas toujours fiable du CKŻP, passa donc de 74 000 en juin 1945 à 216 000 en juillet 1946, à la veille du pogrome de Kielce qui déclencha un mouvement massif d’émigration. La population juive ne fit par la suite que décliner : on compte en 1949 moins de 100 000 Juifs en Pologne. Au total, près de 70% des rescapés quittèrent le pays en moins de cinq ans.

Cette émigration fut étroitement surveillée par les Occidentaux, Américains et Britanniques en particulier, qui voyaient affluer les survivants dans les camps de personnes déplacées – displaced persons ou DP – installés dans les zones de l’Allemagne qu’ils occupaient. Or, ces réfugiés étaient des candidats naturels à une immigration dont ne voulaient ni les États-Unis, où l’opinion publique s’opposait fortement à la levée des quotas, ni la Grande-Bretagne qui refusait de revenir sur les conclusions du Livre Blanc de 1939 limitant l’entrée des Juifs en Palestine, ceci en dépit des pressions de Truman qui pensait par là détourner le flux de DP de son pays.

Dès lors les deux pays vont enquêter sur la situation des Juifs de Pologne afin de comprendre les raisons de cette émigration et de trouver des moyens de la stopper[19]. Côté anglais, il est intéressant de constater que les rapports transmis dès l’automne 1945 par l’ambassadeur en poste à Varsovie, soulignant que les violences antijuives et leur caractère spontané étaient le principal facteur d’émigration, ne furent pas pris en compte par le Foreign Office, dont les responsables adhérèrent plutôt aux conclusions des autorités britanniques d’occupation en Allemagne. Celles-ci évoquaient un plan d’évacuation, concerté par les organisations sionistes, afin d’accroître le nombre potentiel d’émigrants vers la Palestine. Le général anglais de l’UNRRA pour l’Allemagne déclara même lors d’une conférence de presse que les témoignages des DP sur les pogromes n’étaient que rumeurs infondées[20]. Dans ce climat, il n’est pas étonnant que les Britanniques n’aient pas entrepris tous les efforts nécessaires pour agir auprès des autorités polonaises afin qu’elles stoppent le flux. Par ailleurs, la Grande-Bretagne craignait que toute pression directe sur le gouvernement de Lublin ne soit interprétée comme une ingérence dictée par les membres « réactionnaires » du gouvernement en exil. Quant aux Américains, ils ne firent que suivre la position britannique sur ce sujet[21]. Il y eut néanmoins deux tentatives anglaises auprès du ministre des Affaires étrangères polonais, qui se révélèrent infructueuses : en dépit de ses promesses, le gouvernement polonais ne se mit réellement à contrôler l’émigration juive qu’à partir de 1947, soit après le départ de près de 100 000 Juifs. 

Quelle fut la position du gouvernement polonais sur cette question ? Dans les premiers temps, il semble avoir opté pour une politique très libérale vis-à-vis de l’émigration juive. L’argument officiel était le respect des volontés de cette minorité, exprimé dès janvier 1945 par un soutien du Parlement à l’émigration volontaire vers la Palestine et renouvelé en décembre par le Premier ministre qui tout en condamnant l’antisémitisme, acceptait une émigration légale des Juifs de Pologne le désirant[22]. La condamnation officielle de l’émigration illégale, menée par l’organisation sioniste Brichah, répondait ainsi aux attentes des Anglo-Américains tout en étant conforme à la ligne politique communiste. Pourtant, dans le même temps, le contrôle aux frontières était peu actif ; bien plus, après le pogrome de Kielce, il y eut même un accord officieux entre les responsables de la Brichah et les autorités pour  laisser les Juifs munis de documents fournis par cette organisation franchir la frontière polono-tchèque sans les contrôles habituels[23].

Ce dernier élément montre qu’au-delà de la bonne image à donner, d’autres considérations de politique intérieure exigeaient de laisser se poursuivre l’émigration juive. Tout d’abord, cela réglait de facto l’épineuse question des violences antijuives. En outre, le départ des Juifs évitait de poser la question de la restitution des biens[24], qui risquaient d’être réclamés par les survivants, notamment ceux rentrés d’URSS ou des camps de DP en 1946, après le vote des lois de nationalisation[25]. Même les communistes juifs doutaient du bien-fondé d’un retour massif des DP en Pologne, demandant dans un rapport adressé au Comité central en mai 1947 de traiter les retours « au cas par cas, et de contrôler étroitement les rapatriés »[26]. Enfin, le choix du gouvernement polonais répondait peut-être aussi à des incitations émanant de l’URSS, qui interdisait l’émigration de sa population juive mais autorisait, voire encourageait celle des pays sous son contrôle, afin de gêner la puissance mandataire anglaise et forcer à l’internationalisation de la question palestinienne, ce qui fut effectivement annoncé par le secrétaire au Foreign Office Ernest Bevin qui, en février 1947, décida de porter le problème devant l’ONU[27].

 

L’enjeu de la « question palestinienne » dans la politique extérieure polonaise

 

La question de l’émigration juive polonaise dans l’immédiat après-guerre ne pouvait donc pas être dissociée de celle du devenir du mandat britannique sur la Palestine. Les Anglo-Américains en furent les premiers conscients en créant conjointement dès novembre 1945 une Commission d’enquête sur le problème des réfugiés Juifs européens et de la Palestine, qui devait notamment visiter la Pologne au début de l’année 1946. Par ailleurs, des organisations comme le Congrès juif mondial ou l’Agence juive souhaitèrent rapidement entendre la position de la Pologne sur la question palestinienne.

En décembre 1945, le ministère des Affaires étrangères polonais formula pour la première fois sa position, suite à une question posée par son ambassadeur à Washington. Il reprit les formules du Premier ministre sur la légitimité des aspirations nationales juives et sur le fait qu’il ne s’opposerait pas à une émigration légale, mais le gouvernement ne se prononçait pas plus avant. Il devait auparavant sonder l’opinion des Soviétiques avant de s’exprimer officiellement[28]. Or celle-ci, longtemps hésitante, ne devait se faire connaître qu’en mai 1947 par le discours du représentant soviétique à l’ONU, Andreï Gromyko, appuyant les aspirations nationales juives. Devant le silence de l’URSS, le gouvernement polonais semble avoir eu dans les premiers temps une certaine marge de manœuvre dans ses relations internationales.  Ainsi, il ne suivit pas Moscou dans ses attaques contre le mandat britannique sur la Palestine, ne souhaitant pas créer un conflit ouvert avec une puissance dont elle cherchait la reconnaissance. Cela se manifesta nettement dans le ton général de la presse, bien moins virulente que le discours de l’Union soviétique sur les « impérialistes » anglais.  Mais les autorités polonaises ne se contentèrent pas d’une position de neutralité, elles avaient intérêt à choisir le camp qui pourrait leur être le plus utile.

 

Courtiser les organisations juives

 

Le gouvernement polonais lança plusieurs signaux en faveur de la création d’un foyer national juif, sans attendre les consignes de l’URSS. Ainsi, il laissa libre le CKŻP, qui rassemblait les principales tendances politiques juives, de remettre un mémorandum auprès de la Commission anglo-américaine, où il se prononçait clairement pour une émigration libre vers la Palestine et la satisfaction des aspirations nationales juives[29]. Il s’agissait là d’un compromis entre les sionistes et les communistes juifs. De même, les tractations entre le CKŻP et le Congrès juif mondial pour l’admission d’une délégation polonaise se firent avec l’accord du gouvernement. Ce dernier escomptait en effet se servir de cette organisation internationale comme une tribune lui permettant d’exprimer ses revendications. La nature des exigences posées par les Juifs polonais pour participer au Congrès juif le prouve : le CKŻP demandait en effet la reconnaissance de la frontière occidentale de la Pologne et des terres récupérées sur l’Allemagne, exigence qui était celle de la Pologne sur le plan international. Il est intéressant de constater que l’argument mis en avant devant le Congrès juif mondial était de souligner que ces terres étaient à présent habitées par « plus de la moitié de notre peuple »[30]. En effet, les Juifs polonais rapatriés d’URSS en 1946 avaient été réinstallés principalement en Basse Silésie afin de contribuer au repeuplement de ces nouveaux territoires où ils pourraient – ainsi que d’autres Polonais réinstallés sur ces terres – disposer des biens des Allemands expulsés.

Plus généralement, le gouvernement polonais était persuadé de l’influence d’un « lobby juif international » sur la politique de nombreux États occidentaux et en particulier aux États-Unis. Le deuxième secrétaire de l’ambassade polonaise à Washington proposa une explication à cette influence dans un rapport en août 1946 :

 

[…] plus de quatre millions de Juifs vivent aux États-Unis, le capital juif a énormément d’influence non seulement sur l’économie du pays, mais exerce également de fortes pressions sur la politique intérieure et extérieure[31].

 

Les autorités polonaises espéraient donc obtenir le soutien des milieux juifs afin de satisfaire leurs revendications et améliorer leur image. La monnaie d’échange était donc de donner des signes favorables quant au traitement de la minorité juive en Pologne, mais également sur l’établissement d’un État juif. L’ambassadeur polonais aux États-Unis expliquait clairement la démarche :

 

Informer la société juive [américaine] de l’installation des Juifs sur les Terres Occidentales doit nous aider à préserver les acquis de Potsdam. La politique américaine […] tient compte de l’opinion juive. C’est pourquoi chaque discours sur la question palestinienne est très important[32].

 

Ce dernier raconte également comment il utilisait les contacts avec les milieux juifs américains pour noircir auprès d’eux l’armée Anders, concurrente des communistes pendant la guerre. On peut enfin citer une note des communistes juifs adressée au Comité central du Parti expliquant en mai 1947 les raisons tactiques de leur soutien à l’émigration juive :

         

Nous sommes favorables à une libre émigration juive, car nous pouvons tirer profit de cette situation. Au prix d’un coût peu élevé (comme faciliter l’émigration directe vers la Palestine) et en sachant tirer profit de l’utilisation de groupes spécifiques [les organisations juives internationales – AK], nous pouvons en retirer une aide non négligeable dans la lutte contre l’activité de nos ennemis dans le pays comme à l’étranger. Nous pouvons bénéficier à plus long terme d’importantes positions au Proche-Orient[33].

         

Ainsi, au-delà des bienfaits en terme d’image et de politique intérieure, la cour faite aux milieux juifs occidentaux en soutenant la création d’un État juif possédait un troisième avantage, géostratégique. Ces communistes juifs pensaient faire du foyer juif un État prosoviétique, hypothèse peut-être pas prise aussi au sérieux par l’URSS, qui espérait toutefois faire du nouvel État un non-aligné dans la Guerre Froide qui commençait[34].

 

Le soutien polonais au futur État d’Israël

 

Poussé par des motifs divers, le gouvernement polonais s’orienta donc très tôt dans le soutien aux aspirations nationales juives. Ainsi, une fois la question palestinienne posée devant l’ONU, la délégation polonaise prit l’initiative, avant même le discours de Gromyko, de proposer d’inviter les représentants de l’Agence juive à participer aux réunions de l’Assemblée générale, où selon les statuts, seuls les États avaient droit de siéger. Elle justifiait cela par le fait qu’il était absurde de vouloir discuter du futur de la Palestine sans consulter les principaux intéressés. Cette proposition semble avoir été formulée sans consultation avec l’Union soviétique, qui se rallia toutefois à la solution de compromis qui fut adoptée, à savoir l’audition des représentants juifs et arabes devant le Comité politique de l’Assemblée générale. Le délégué polonais, l’ambassadeur Józef Winiewicz, aurait même été plus loin que les consignes officielles de son ministère de tutelle qui prônait une position plus neutre pour éviter à la Pologne de s’aliéner les pays arabes et pour se conformer à la tradition antisioniste des communistes[35]. On peut comprendre son geste par la difficulté d’obéir à des injonctions aussi contradictoires que le soutien simultané à un État juif dans une opposition au sionisme…

Après la position exprimée par l’URSS dans le discours de Gromyko, la Pologne put montrer plus ouvertement son soutien au futur État d’Israël, en se prononçant pour le plan de partage en novembre 1947 et en multipliant les discours de soutien prononcés dans le pays mais clairement destinés à l’opinion internationale. Ainsi le 20 avril 1948, devant les représentants juifs de 20 pays venus assister aux célébrations du cinquième anniversaire du soulèvement du ghetto de Varsovie, le ministre des Affaires étrangères polonais, Zygmunt Modzelewski, exprima son soutien au futur État juif et à ses aspirations à devenir membre des Nations Unies[36], confirmé par le vote de la Pologne pour l’admission d’Israël à l’ONU le 11 mai 1949.

Le soutien à Israël se manifesta également de façon très concrète par une aide logistique au moment de la Guerre d’Indépendance. Un camp d’entraînement secret fut établi en Basse Silésie, où des instructeurs du ministère de la Défense préparèrent au combat environ 1 500 Juifs polonais avant leur départ pour Israël. La Pologne laissa également s’opérer en octobre 1948 une collecte de la communauté juive pour l’achat de vivres, acheminées jusqu’à Haïfa sur un bateau polonais[37].

La lune de miel entre le jeune État d’Israël et la Pologne devait être de courte durée. Plusieurs facteurs devaient concourir à cet assombrissement des relations bilatérales : l’inclination croissante d’Israël vers les États-Unis dans un contexte de durcissement de la Guerre Froide, la fin de l’autonomie des organisations juives polonaises perçue en Israël comme une politique antisémite et les premiers signaux de la campagne « antisioniste » menée en URSS contre les Juifs soviétiques. Pourtant, on décèle encore en 1949-1950 quelques signes attestant de la spécificité de l’orientation polonaise. Ainsi, après avoir fermé ses frontières à l’émigration juive en 1948, le gouvernement prit la décision surprenante de les rouvrir entre septembre 1949 et février 1951 pour 34 000 Juifs, autorisés à se rendre en Israël – après avoir été déchus de leur citoyenneté. Les motivations de cette mesure, présentée à l’opinion internationale comme une preuve de la libéralité du régime, restent peu claires. On peut toutefois avancer comme facteur d’explication la volonté de réduire au maximum la diversité de la minorité juive en Pologne après la dissolution des partis politiques juifs non communistes, voire même de diminuer la taille de cette population afin d’achever l’idéal d’une Pologne « mono-ethnique ». À cela s’ajoutent peut-être des considérations géostratégiques inspirées par des rapports de diplomates polonais en poste en Israël[38]. D’après leurs analyses, satisfaire Israël sur la question de l’émigration juive garantirait son non-alignement car le réservoir de population lui était aussi important que le capital américain. En outre, ils cherchaient à amplifier les craintes des Anglo-Américains ainsi que de la bourgeoisie juive selon lesquelles l’arrivée de Juifs issus de pays communistes radicaliserait la scène politique israélienne. L’illusion de créer un État juif socialiste n’avait donc pas disparu aux yeux de certains.

 

Conclusion

 

Les premières années de l’après-guerre sont donc décisives dans la mise en place d’un discours et d’une action à l’égard d’une minorité qui suscite un intérêt particulier à l’Ouest, à une période où le jeune gouvernement polonais possède encore une relative autonomie dans sa politique. Les autorités, tirant les conséquences des principes idéologiques censés les animer, vont choisir de montrer au monde que les Juifs vivant en Pologne sont des citoyens comme les autres, voire même en accordant des privilèges communautaires dont ne bénéficient aucune autre minorité à cette époque. De fait, les Juifs vont pouvoir accéder à toutes les fonctions de l’État, ce qui n’avait jamais été possible sous les précédents régimes que connut le pays, et bénéficier d’organisations religieuses et culturelles fonctionnant librement. Cette politique est en outre conduite dans un climat de forte hostilité à cette minorité, en grande partie responsable de l’échec à faire en sorte que les survivants souhaitent demeurer dans le pays. Dans le même temps pourtant, et invoquant la liberté, le pouvoir ne retient pas les Juifs dans le système qu’il met en place pour eux.

Les directions contradictoires de la politique polonaise à l’égard de cette minorité s’expliquent par le fait qu’elles répondent à des objectifs situés à plusieurs niveaux : les Juifs sont aussi un outil de la politique extérieure comme intérieure de la Pologne. D’un côté, la bienveillance mise en avant, tant auprès des puissances occidentales que des organisations juives, sert à légitimer le nouveau régime et à faire accepter ses revendications, notamment sur sa frontière occidentale. Par ailleurs, elle permet de résoudre partiellement l’épineux problème du financement de la reconstruction. Elle dédouane le gouvernement de son impuissance à stopper les violences antisémites. De l’autre côté, lorsque le régime ferme longtemps les yeux sur l’émigration juive tout en faisant mine d’agir, il donne des gages à ses citoyens hostiles aux Juifs, tandis que sur le plan international, il cherche à plaire aux pays dont il recherche le soutien sans pour autant froisser le tuteur soviétique.

Cette politique ne pouvait toutefois être que de courte durée. La stalinisation du régime lui ôta de plus en plus toute marge de manœuvre et l’installation dans la durée de la Guerre Froide instaura un autre mode de relations entre l’Est et l’Ouest. Quant à la population juive, son amenuisement constant – qui explique aussi pourquoi elle était de moins en moins un « outil » efficace –, témoigne à lui seul des limites des bénéfices qu’elle a pu tirer de la politique du gouvernement polonais à son égard.

 

 

 


[1] Allocataire-moniteur à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne. Prépare une thèse de doctorat sous la direction du professeur André Kaspi, intitulée : « La ‘question juive' en Pologne : attitudes du pouvoir et de la société face aux Juifs, 1945-1968 ».

[2] EDELMAN (Marek), Mémoires du ghetto de Varsovie, Paris, Éditions du Scribe, 1983, p. 72.

[3] En polonais, Polski Komitet Wyzwolenia Narodowego, noté PKWN par la suite.

[4] Le terme de « nationalité » est entendu dans son sens slave de narodowość (nationalité) par opposition à obywatelstwo (citoyenneté). La « nationalité » est entendue en Europe centrale et orientale comme l’appartenance à un groupe ethnique, se rapprochant davantage du terme « peuple ».

[5] « Żydom po bestialku tępionym przez okupanta zapewniona zostanie odbudowa ich egzystencji oraz prawne i faktycznie równouprawnienie » (Manifeste du PKWN, Annexe du Journal Officiel [JO] de la République de Pologne, n°1, 1944, p. 2).

[6] Archives des Actes Nouveaux (AAN), Conseil national de l’Intérieur (KRN), B 7677, Protocoles de la VI° session, 31 XII 1944-3 I 1945.

[7] Cf. le recueil de documents traduits dans les trois langues – polonais, allemand et anglais, paru sous la direction de Andrzej Krzystof Kunert et intitulé Polacy-Żydzi, Polen-Juden, Poles-Jews, 1939-1945, Varsovie, Rytm, 2001.

[8] Il s’agit du programme de gouvernement du mouvement Unia i Stronnictwo de 1944, p. 7 et 14.

[9] En polonais, Centralny Komitet Żydów Polskich.

[10] Cf. Dobroszycki (Lucjan), « Restoring Jewish life in Post-War Poland », Soviet Jewish Affairs, vol.3, n°2, 1973, p. 60.

[11] Cf. Aleksiun (Natalia), Dokąd dalei ? Ruch syjonistyczny w Polsce w latach 1944-1950 (Jusqu’où ? Le mouvement sioniste en Pologne dans les années 1944-1950), Varsovie, éd. Trio, 2000, p.73.

[12] ENGEL (David), « The Reconstruction of Jewish Communal Institutions in Postwar Poland : The Origins of the Central Committee of Polish Jews, 1944-1945 », East European Politics and Societies, vol.10, n°1, 1996, p. 101-102.

[13] Archives de Yad Vashem, M-2/262, cité dans Abramsky (Chimen), Jachimczyk (Maciej), Polonsky (Antony) (dir), The Jews in Poland, Oxford, Basil Blackwell, 1986, p. 182.

[14] AAN, PKWN, IX/6, p. 2, compte-rendu de l’activité du Comité d’aide à la population juive auprès du Présidium du PKWN.

[15] Sur la question des violences antijuives d’après-guerre, le point le plus complet est fait par Engel (David), « Patterns of Anti Jewish Violence in Poland, 1944-1946 », Yad Vashem Studies, n°26, 1997, p. 43-85.

[16] Jolanta Żyndul a recensé plus de 100 actions violentes commises entre 1935 et 1937, faisant 14 victimes. Żyndul (Jolanta), Zajścia antyżydowskie w Polsce w latach 1935-1937 (Les actes antisémites en Pologne de 1935 à 1937), Varsovie, Fondation K. Kelles-Krauza, 1994.

[17] Cf. notamment, New York Times (“Poles are accused of Anti-Semitism”), 10 décembre 1945 et The Times, 15 décembre 1945 (“Anti-Semitism in Poland”).

[18] AAN, KRN, B 7680, Protocole de la  IX° session, 29  XII  1945- 3 I 1946.

[19] Pour plus de précisions sur l’attitude de la Grande-Bretagne et des États-Unis par rapport aux Juifs de Pologne, cf. ENGEL (David), « The Situation of Polish Jewry as reflected in US diplomatic documents. December 1945-July 1946 », Gal-Ed, vol.14, 1995, p. 91-129 et KOCHAVI (Arieh Joseph), « Britain and the Jewish Exodus from Poland Following the Second World War », Polin. A Journal of Polish-Jewish Studies, vol. 7, 1992, p. 161-175.

[20] KOCHAVI (Arieh Joseph), art. cit., p.164.

[21] ENGEL (David), « The Situation of Polish Jewry ... »,  art. cit., p. 101.

[22] Discours reproduit dans Robotnik, N°365(395), 30/12/1945.

[23] Aleksiun-Mądrak (Natalia), « Nielegalna emigracja Żydów z Polski w latach 1944-1949 » (L’émigration illégale des Juifs de Pologne dans les années 1944-1949), 3°partie, BŻIH¸ n°4, 1996, p. 39.

[24] Sur la question de la restitution des biens, cf. Dobroczyski (Lucjan), “The Jewish Community in Poland 1944-1947: A Discussion on Post-War Restitution”,  in Gutman (Israël), (dir.), She’erit Hapletah 1944-1948. Rehabilitation and Political Struggle. Proceedings of the Sixth Yad Vashem International Historical Conference, Jérusalem, 1990, p. 1-16.

[25] Hypothèse formulée par KRAMER (Arnold), The Forgotten Friendship : Israel and the Soviet Bloc, 1947-1953, Chicago et Londres, Urbana, 1974, p. 18, p. 51. 

[26] AAN, Comité central du Parti ouvrier polonais, 295/VII, tome 149, p. 62.

[27] Rucker (Laurent), Staline, Israël et les Juifs, Paris, PUF, 2001, p. 96.

[28] Chajn (Michał), « Stosunek rządów polskich do powstania żydowskiej siedziby narodowej w Palestynie, 1945-1948 » (Les positions des gouvernements polonais par rapport à l’établissement d’un foyer national juif en Palestine, 1945-1948), BŻIH, n°3 , 2000, p. 360-361.

[29] Sur cette question, cf. Grabski (August), Działalność komunistów wśród Żydów w Polsce (1944-1949) (L’action des communistes auprès des Juifs en Pologne, 1944-1949), Varsovie, Trio-ŻIH, 2004, p.134-145.

[30] AAN, Comité central du Parti ouvrier polonais, 295/VI/5.

[31] Archives du ministère des Affaires étrangères polonaises (AMAE), Section 6, États-Unis, 1325/85.

[32] AMAE, Section 6, États-Unis, 1664/104.

[33] AAN, Comité central du Parti ouvrier polonais, 295/VII, tome 149, p. 64.

[34] RUCKER (Laurent), op. cit., p. 157-164.

[35] Institut d’histoire juive, Bulletin de l’Agence de presse juive, n°37/413, 21 avril 1948.

[36] Robotnik, n°111, 23 IV 1948.

[37] Stankowski (Albert), « Poland and Israel Bilateral Relations 1947-1953 », Jews in Eastern Europe, n°3 (37), 1998, p. 11-12.

[38] Ibid., p. 18-19.