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Solene Bergot, Quimantú

Quimantú

 

Bulletin n° 21, printemps 2005

 

 

Quimantú

Une maison d’édition d’État durant

l’Unité Populaire chilienne

(1970-1973)

Solene Bergot[1]

 

Le 12 février 1971 naît officiellement la maison d’édition d’État « Quimantú », néologisme signifiant « soleil de la connaissance » dans la langue mapuche, minorité indienne originaire du sud du Chili. Derrière ce nom se cache un projet culturel de grande amplitude mis en place par le gouvernement de l’Unité Populaire chilienne (1970-1973), à savoir la création, dans un pays où son prix élevé mettait le livre hors de portée d’une grande partie de la population, d’un organe chargé de démocratiser l’accès à la culture écrite. Cette maison d’édition, dont l’idée fut présentée pour la première fois par le futur président de la République Salvador Allende en 1967 au Sénat[2] et relayée par les professionnels du monde éditorial[3], est créée à partir du personnel et des installations de la plus importante maison d’édition privée du marché, Zig Zag, alors au bord de la faillite, et  surtout est achetée par l’État pour être intégrée aux entreprises de l’Aire de Propriété Sociale, c’est-à-dire à une aire économique composée de toutes les entreprises nationalisées par le gouvernement de l’Unité Populaire. Parmi les 183 entreprises composant l’Aire de Propriété Sociale en mars 1973[4], elle est la seule à avoir été achetée et non nationalisée en échange d’une éventuelle compensation financière, et l’on y a vu la volonté de Salvador Allende de ne pas traiter sur le même plan des entreprises répondant à des fins strictement économiques et une entreprise de médiation culturelle véhiculant des idées et un savoir. Elle a pour principale ambition de faire parvenir la culture livresque à une plus grande partie de la population, notamment en créant des collections adaptées et en adoptant la stratégie commerciale d’aller au contact des lecteurs potentiels. Elle parvint à éditer plus de 11 millions de livres durant ses 32 mois d’existence dans un pays qui comptait 8,8 millions d’habitants en 1970 et à en vendre quelques 10 millions selon les estimations, certains au prix d’un paquet de cigarettes. Une seule maison d’édition a donc réussi à elle seule, en moins de trois ans, à publier plus de livres que toute l’industrie éditoriale chilienne en 2003[5]. Cependant, malgré son titre de « maison d’édition d’État », il ne s’agit en aucun cas de faire de Quimantú une maison d’édition politiquement neutre, le contexte de guerre froide et des combats idéologiques entre le pôle communiste et le pôle capitaliste ainsi que l’effervescence politique vécue par le Chili durant cette période eurent une grande influence sur les types de publication et sur l’organisation même de l’entreprise. À un niveau idéologique, elle répond en effet au projet de l’Unité Populaire de former des « hommes nouveaux » au Chili, notamment au travers d’une culture vue comme une éducation permanente et politique, et à un niveau structurel, elle répond aux critères d’une autogestion qui est assurée par la création de « comités de production » dans chaque unité de travail et la mise en place d’une assemblée générale des travailleurs chargée de la définition des grandes orientations de l’entreprise.

Au carrefour de tous ces aspects se trouve donc Quimantú. Cette maison d’édition pose en elle-même un certain nombre de problèmes auquel notre mémoire de maîtrise tentait de répondre. Tout d’abord, Quimantú possédant un statut juridique imprécis, un éclairage était proposé concernant ses relations avec le monde politique dans son ensemble, à la fois donc avec les pouvoirs publics (ministères, organismes d’État) et avec les partis qui pouvaient intervenir dans la gestion de l’entreprise. Un deuxième point concernait l’entreprise en elle-même, à savoir ses actions et activités en tant que maison d’édition mais aussi son fonctionnement interne et son organisation. Le dernier axe de réflexion posait le problème de la place de Quimantú dans le monde éditorial chilien et de son rayonnement. Cependant, dans le cadre de cette étude plus restreinte, nous nous proposons de mettre en avant le travail de Quimantú en tant que maison d’édition plutôt qu’en tant qu’entreprise au travers de l’étude d’une des collections conçue et mise en vente par ses équipes. Ceci nous permettra d’aborder plusieurs points clés, à savoir les données chiffrées que nous possédons sur cette collection (tirage et vente), les thèmes abordés, les auteurs publiés et de mettre ainsi en avant la conception instrumentalisée que se faisaient les hommes politiques de l’époque de la culture ainsi que les problèmes posés par l’évaluation du « succès » de Quimantú.

Les recherches préliminaires à cette étude ont révélé le manque d’archives émanant directement de Quimantú car elles furent détruites dans les premiers jours suivant le coup d’État militaire du 11 septembre 1973. En leur absence, il nous a fallu faire appel à d’autres sources dont le caractère politisé se doit d’être souligné. Tout d’abord, nous avons pu utiliser les revues éditées par Quimantú, qui sont consultables à la Bibliothèque nationale du Chili. L’étude intrinsèque de ces revues (tirages, publics, méthodes de travail...) a été écartée pour permettre le traitement du sujet dans le cadre d’une maîtrise et a permis de se concentrer plutôt sur l’étude des livres et le fonctionnement de l’entreprise (conditions de travail, célébrations, activités culturelles, politique éditoriale). Cependant, dans le but de recueillir des informations sur ces deux aspects, un certain nombre de ces revues ayant trait à l’information ou à la culture ont été systématiquement dépouillées (Ahora, Mayoria, La Firme, Chile Hoy, La Quinta Rueda). Deuxièmement, on a consulté les livres édités par Quimantú, dont une très large part se trouve à la Bibliothèque nationale du Chili, ce qui a permis de constituer une liste de ces livres classés par collection, avec les tirages, le nombre d’éditions et quand il a été possible de le trouver, le prix. Enfin, on peut ajouter quelques documents internes de l’entreprise dont un Acta de avenimiento 1972-1973 qui fournit des informations précieuses sur les conditions de travail et de rémunération, ainsi que sur les réclamations des travailleurs, trois numéros de Quimantú, Informativo de los trabajadores de la empresa editora nacional donnés par d’anciens travailleurs et qui nous renseignent sur la vie de l’entreprise, ainsi que les procès-verbaux des élections des représentants syndicaux trouvés à l’Inspection du travail.

En second lieu, on trouve tous les journaux de l’époque qui ont commenté la naissance et les activités de Quimantú. Le premier d’entre eux est El Mercurio, le plus ancien des journaux chiliens et celui qui a le plus grand tirage. Même s’il cherche à être le journal de référence et qu’il prétend à l’objectivité, il n’en reste pas moins le principal organe de l’opposition au gouvernement de l’Unité Populaire, ce qui implique que les informations qu’il fait paraître sont à prendre avec précaution. Il constitue cependant une source d’informations incontournable sur les activités de Quimantú. Pour constituer le contrepoids de El Mercurio, parmi les journaux favorables au gouvernement, on note la présence de quelques articles dans La Nación et El Siglo.

Le troisième type de source est formé par tous les documents émanant des acteurs politiques de l’époque : ministères, organismes d’État, partis politiques et acteurs qui ont joué un rôle sur le plan culturel durant l’Unité Populaire et qui concernent soit la politique culturelle, soit la définition de la culture populaire, soit Quimantú. Parmi ces derniers, trois se sont révélés particulièrement importants : la Corporación de Fomento de la Industria (CORFO), la Oficina de Planificación Nacional (ODEPLAN) et le parti communiste. Les deux premières institutions sont une source intéressante d’informations économiques sur les entreprises de l’Aire de Propriété Sociale. Quant au parti communiste, parmi tous les partis composant l’Unité Populaire, il est celui qui a consacré le plus de temps à la définition d’une politique culturelle.

Le dernier type de source utilisé est constitué par les entrevues réalisées avec d’anciens travailleurs de Quimantú. Pour cela a été élaboré un questionnaire type auquel ont été ensuite agrégées des questions différentes selon la personne interviewée et le poste qu’elle occupait chez Quimantú. Ce type de source est évidemment à utiliser avec précaution. N’oublions pas que la mémoire est avant tout un mode de sélection du passé et une construction intellectuelle soumise à un processus d’oubli et de déformation d’autant plus exacerbé que l’expérience vécue chez Quimantú ayant été très marquante pour les interviewés, la tendance à l’embellissement est forte. De plus, comme il est fréquent pour des souvenirs vieux de plus de trente ans, des contradictions entre les différentes versions ou des confusions dans les dates et chiffres peuvent survenir. La nostalgie du passé se ressent dans le discours des personnes interviewées et sans que cela aille jusqu’à un processus de sacralisation, les épisodes de leur vie liés à cette expérience revêtent une signification particulièrement forte à leurs yeux. Cependant, malgré leur partialité, elles n’en demeurent pas moins une source incontournable et les utiliser avec précaution ne doit pas empêcher l’historien d’en faire état. 

 

 Présentation de la collection  « Quimantú para todos »

 

Le catalogue de la maison d’édition Quimantú était composé de neuf collections de livres auxquelles il fallait ajouter une série de documents traitant de points d’actualité, « Documentos especiales », 22 livres hors collection ou appartenant à des collections mineures et un ensemble de textes imprimés par Quimantú à la demande d’entreprises ou d’organisations. La deuxième de ces neuf collections de livres à être mise en vente s’appelle « Quimantú para todos ». Elle est lancée en octobre 1971, avec cependant un titre paru dès août 1971, Diez grandes cuentos chinos. Le nom de cette collection et le fait qu’elle soit parmi les premières à être mise en vente sont hautement symboliques et fixent l’attention immédiate du public et du milieu éditorial sur l’objectif majeur de la collection : être accessible au plus vaste public possible. L’apparence de ces livres est assez simple : d’un petit format (17,7 x 11 cm), les 48 livres ne dépassent pas les 150 pages et possèdent une couverture attractive en couleurs avec un dessin ayant trait au sujet du livre. Les objectifs sont tout aussi simples : « offrir le meilleur de la littérature chilienne et universelle de toutes les époques à un prix populaire » dans le but de « former une bibliothèque de base »[6].  Il ne s’agit pas de mettre tous les niveaux de lecture dans cette collection, mais de sélectionner « des œuvres de grande valeur littéraire mais de compréhension facile, des livres qui n’exigent pas du lecteur une préparation antérieure »[7]. Les auteurs retenus, au-delà du fait qu’il s’agit dans leur majorité d’auteurs à qui il n’y avait plus de droits à payer, ce qui permit de baisser le prix de vente du livre, appartiennent à la littérature classique mondiale. La collection met l’accent sur la découverte des auteurs nationaux (15 titres parmi lesquels se trouvent quatre Prix nationaux de Littérature : Pablo Neruda en 1945, Gabriela Mistral en 1951, Manuel Rojas en 1957, Francisco Coloane en 1964, puis sur des classiques de la littérature d’aventures (Mark Twain, Jack London) ou policière (Edgar Allan Poe). Les contes ne sont pas oubliés avec ceux d’Andersen ou de Gorki (Contes de rebelles et de vagabonds) ou bien encore avec des contes chiliens (Contes de Pedro Urdemales). Il s’agit donc d’une collection que l’on pourrait qualifier de basique dans le sens où elle a pour objectif de toucher des personnes qui savent lire mais qui n’en ont pas l’occasion. C’est pourquoi les livres qui la composent sont vendus non seulement dans les librairies, mais aussi dans les kiosques qui sont beaucoup plus présents que les librairies dans l’espace des villes et des campagnes et surtout plus ouverts. Les acheteurs potentiels peuvent ainsi regarder et toucher le livre, ils n’ont pas l’impression de déranger un libraire pour qu’il aille le leur chercher dans les rayons. L’analogie entre le livre et la revue est par ailleurs renforcée par la périodisation de la sortie des nouveaux titres : les livres de la collection « Quimantú para todos » sortent en effet le jeudi tous les quinze jours. Leur tirage initial fut de 50 000 exemplaires jusqu’à la fin du mois de juin 1972, puis baissa à 30 000 jusqu’en septembre 1973. Les premiers titres firent l’objet de rééditions presque systématiques à des tirages différents. Quant à leur prix de départ, il fut de 12 E° mais augmenta par la suite à cause de l’inflation : il passa de 12 à 24 E° vers le milieu de l’année 1972 certainement en relation avec la baisse du tirage initial qui augmenta les coûts, puis à 30 E° en décembre 1972 et à 45 E° en mai 1973. Le prix de vente de la collection en septembre 1973 a donc été presque quadruplé par rapport au prix de départ mais l’inflation fut elle-même galopante à partir de 1972 (+ 163,4% en 1972, + 508,1% en 1973)[8].

 

 Les auteurs publiés : sous le signe de l’engagement politique ?

 

L'analyse de cette collection permet de mettre en lumière deux aspects de la politique éditoriale de la maison d’édition d’État. Elle montre en effet la volonté de Quimantú de participer au projet global de démocratisation de la société dans l’aire des livres en ouvrant à un public élargi des œuvres appartenant aux classiques de la littérature mondiale et met en avant l’engagement politique et « séculier » des collections, séculier dans le sens où ces livres sont engagés dans leur siècle et dans la vie quotidienne de leurs contemporains. Chacune des neuf collections de livres Quimantú était destinée à l’un des trois usages suivants, voire à une possible combinaison entre les trois, sans jamais oublier des aspects didactiques et pédagogiques clairement présents dans l’esthétique des couvertures ou l’organisation interne de certaines collections : une découverte de la littérature chilienne et universelle par une plus grande partie de la population, un apprentissage des concepts assimilés au communisme (ce qui inclut ceux du marxisme et du socialisme), une préoccupation pour des thèmes d’actualité politique et de vie quotidienne. Dans le cas de « Quimantú para todos », il s’agit bien entendu de mettre à la portée de tous des livres de littérature mondiale, mais cette position est cependant à nuancer car le choix des auteurs répond à des critères précis. L’analyse de la nationalité de ces auteurs nous donne une première indication. Il s’agit en effet dans une grande proportion d’auteurs chiliens (39,6%), tant d’auteurs reconnus (Gabriela Mistral, Pablo Neruda, Alberto Blest Gana) que de plus jeunes auteurs dont c’est ici l’opportunité de diffuser leurs œuvres à petite échelle (Francisco Coloane, Antonio Skarmeta, Volodia Teitelboim). Pour ce qui est des auteurs européens (20,3%), il s’agit avant tout de ce que nous pourrions appeler des classiques de la littérature avec des livres de Pedro Garcia Lorca, Guy de Maupassant, Boccace, Anne Frank, Henri Mann, Andersen. Le choix est cependant éclectique et ne se focalise pas sur un style ou une époque. Le troisième groupe d’origine est constitué des auteurs provenant des pays de l’URSS et du bloc soviétique (18,75%). Il nous a semblé plus évident que la part de la décision politique était plus grande que l’apport littéraire dans le choix de ces auteurs : nous y avons vu certes la décision de publier des livres d’auteurs reconnus tel que Anton Tchekov, mais avant tout celle d’honorer un partenaire politique du Chili.

 

 

Pays d’origine des auteurs

Nombre de titres

Europe

10

États-Unis

6

URSS

9

Amérique latine

1

Chili

19

Anthologies

3

Total

48

 

Tableau 1 : Classement des auteurs par nationalité

 

Quelques remarques peuvent aussi être tirées de l’étude de la biographie des auteurs. Tout d’abord, nous pouvons constater que les auteurs non chiliens sont généralement choisis de manière à ce qu’il n’y ait pas de droits d’auteur à payer, c’est-à-dire qu’ils doivent être morts depuis plus de trente ans ou être sans héritiers[9]. Ainsi, sur les 29 auteurs étrangers publiés dans cette collection, 21 sont déjà morts depuis plus de trente ans (soit 72,4%). Quant aux huit auteurs restants, ils peuvent être divisés en trois catégories : ceux qui sont morts depuis moins de trente ans et à qui il n’est peut-être pas obligatoire de payer des droits d’auteurs s’ils n’ont pas d’héritiers, ce qui est le cas de quatre écrivains ; ceux qui sont vivants au moment de la parution de leurs livres chez Quimantú, soit un écrivain seulement (le cubain Nicolas Guillen) et ceux dont les dates de naissance et de mort sont inconnues, ce qui est le cas pour trois auteurs (Ivan Lavretsky, Antón Lukin et Liam O’Flaherty). Pour ce qui est de l’auteur vivant au moment de la parution de ses œuvres, il est intéressant de noter qu’il s’agit d’un poète cubain qui n’était pas opposé au régime castriste et dont l’œuvre a su faire le syncrétisme entre les cultures cubaines et espagnoles. Cependant, le choix des auteurs étrangers ne répondait pas seulement à un critère de sélection en fonction de la présence ou non de droits d’auteur à verser et il apparaît qu’un choix politique devait parfois intervenir. Ainsi, sur les titres et auteurs retenus, un certain nombre a été choisi en fonction de la qualité littéraire du texte, mais aussi à cause du sujet ou des sympathies de l’auteur. C’est par exemple le cas de Los diez dias que estremecieron al mundo du journaliste américain et fondateur du parti communiste de son pays John Reed qui, dans ce livre, retrace les débuts de la Révolution russe de 1917 que vécut personnellement l’auteur.

Pour ce qui est des auteurs chiliens publiés, il est à noter qu’ils sont généralement vivants au moment de la publication de leurs œuvres par Quimantú. Ainsi, sur les dix-neuf auteurs chiliens publiés dans cette collection, dix sont encore vivants, soit 52,6% des auteurs, ce qui est une proportion bien plus grande que pour les auteurs étrangers. Cette nouvelle donne constitue un changement important dans les pratiques éditoriales chiliennes de l’époque et une avancée considérable pour les auteurs. Ces derniers ne pouvaient en effet vivre des revenus de leurs droits d’auteur car, selon la loi n° 17-336 d’octobre 1970 sur la propriété intellectuelle, ils percevaient 10% du prix de vente de leurs livres mais les paiements étaient conditionnés à la vente des livres, ce qui les mécontentait car ils recevaient le résultat de leur travail à longue échéance et de manière fragmentée. À cela, il faut ajouter que le tirage moyen des livres chiliens de cette époque était compris entre 1 500 et 2 500 exemplaires par titre et comme il a été montré dans le cas de la maison d’édition Zig Zag[10], il restait généralement un stock d’invendus de 30% à la fin de la troisième année de sortie. La politique de Quimantú d’augmenter les tirages pour diminuer les prix de vente de ses livres profite donc considérablement aux auteurs chiliens. Ce sont par ailleurs, dans une large majorité, des auteurs s’étant intéressés au monde ouvrier pour les auteurs décédés ou engagés dans la lutte en faveur de l’Unité Populaire pour les vivants. Il faut cependant ajouter que nous ne pouvons pas parler d’une bipolarisation du champ intellectuel entre défenseurs et détracteurs de l’Unité Populaire car la grande majorité des intellectuels de l’époque penchait en faveur du gouvernement de Salvador Allende, à commencer par la figure intellectuelle dominante de l’époque, Pablo Neruda, dont le prestige est encore renforcé par l’obtention du Prix Nobel de littérature en 1971. Mais on peut cependant parler d’« intellectuels » chiliens, dans le même sens où on a parlé d’« intellectuels » pour l’affaire Dreyfus en France, car il s’agit d’écrivains qui se sont engagés dans la sphère publique pour défendre des idées politiques et un idéal de société[11]. On peut ainsi citer, entre autres Volodia Teitelboim (Pisagua), Pablo Neruda (Poemas inmortales) et Guillermo Atias (…Y corria el billete).

 

Tirages et ventes

 

L’augmentation des tirages afin de baisser les prix de vente et toucher ainsi un plus large public est un point clé de la politique éditoriale de Quimantú. Ainsi, alors que la plupart des maisons ont des tirages compris entre 1 500 et 2 500 exemplaires, Quimantú ne descend jamais ses tirages princeps en dessous de 5 000 exemplaires et peut tirer jusqu’à 100 000 exemplaires pour une première édition. La production totale des collections Quimantú de septembre 1971 à septembre 1973 est quant à elle évaluée à un peu plus de onze millions d’exemplaires. La production mensuelle massive débute réellement en octobre 1971 avec la mise en vente de trois collections majeures en terme de tirage car elles étaient destinées au vaste public « populaire » : « Quimantú para todos » avec un tirage global de 3,102 millions d’exemplaires, « Cuadernos de Educación Popular » avec un tirage global de 1,2 millions d’exemplaires et « Nosostros los chilenos » avec un tirage global de 2,4 millions d’exemplaires. Si l’on compare la production de la collection « Quimantú para todos » avec celle des neuf collections de Quimantú, on constate qu’elle correspond à 27,8% de la production globale et seule la collection de poche « Minilibros » a un tirage global plus important (33,9% du tirage global). Quant à l’évolution de ses tirages mensuels, on remarque qu’elle peut être divisée en deux périodes : d’octobre 1971 à juin 1972 durant laquelle les tirages princeps sont de 50 000 exemplaires par titre et de juillet 1972 à août 1973 durant laquelle ils sont de 30 000 exemplaires par titre. Sachant que les nouveaux titres sortent chaque quinzaine, cela signifie que jusqu’en juin 1972, les tirages princeps sont de 100 000 exemplaires par mois puis descendent à 60 000 exemplaires. Les variations par rapport à ces chiffres sont donc dues aux rééditions et le pic de 210 000 exemplaires du mois de septembre 1972 est dû à cinq rééditions pour un total de 150 000 exemplaires.

 

 

 

Le dernier aspect intéressant de l’étude quantitative des collections de Quimantú est celui se rapportant à la proportion entre édition princeps et réédition. En effet, les maisons d’édition chiliennes avaient souvent un assez fort taux de rééditions dû à leur manque de capitaux à investir dans le paiement de droits d’auteur. Quimantú va sensiblement inverser cette tendance à la réédition : sur les 343 titres publiés dans ses collections, 267 sont des éditions princeps (soit 77,91%), 58 sont des secondes éditions (soit 16,86%) et 18 sont des troisièmes à sixièmes éditions (soit 5,23%). Au travers d’une politique visant à l’édition de textes sans droits d’auteur ou d’auteurs chiliens auxquels il faut remettre 10% du prix des ventes, la maison d’édition d’État parvient à éditer des classiques et des inédits de littérature et essais politiques sans s’enfermer dans une logique de rééditions qui empêche le renouvellement des catalogues des autres maisons d’édition. Quimantú bénéficie par ailleurs d’un a priori positif du fait qu’elle est la maison d’édition de l’Unité Populaire : un certain nombre d’auteurs favorables politiquement au gouvernement de Salvador Allende acceptent ainsi de publier des textes sous son label. C’est par exemple le cas de Pablo Neruda qui publie à deux reprises des recueils de poésie alors qu’il avait déjà un contrat avec la maison Nascimento au Chili et Losada en Argentine : Poemas imortales dans la collection « Quimantú para todos » en décembre 1971 à l’occasion de son prix Nobel de littérature et Incitación al Nixonicidio en février 1973.

Le pari pris par Quimantú de multiplier les tirages habituels des maisons d’édition chiliennes par dix, par vingt et jusqu’à soixante pour les plus hauts tirages était un pari très risqué mais qui réussit grâce à l’accueil du public[12]. Ce postulat de la réussite de Quimantú grâce à l’adhésion massive du public présente cependant un problème matériel et deux problèmes théoriques. Pour ce qui est du problème matériel, il est lié à une absence de document permettant d’évaluer de manière chiffrée les ventes de Quimantú et d’établir ainsi un rapport entre production et vente. Cette lacune dans les sources nous amène au premier problème théorique : qu’est-ce qu’une réussite au niveau littéraire ? Le succès d’un livre dépend en effet de sa diffusion. Comme le met en avant Christophe Charle dans son article sur les médiateurs culturels[13], connaître le nombre d’exemplaires vendus permet de classer ou non un livre dans la catégorie grand public. Mais selon la vitesse de vente et le circuit de diffusion, il peut s’agir d’un classique, d’un best-seller ou d’un utilitaire. Selon le prix moyen de l’exemplaire ou le circuit de diffusion, ce sont des publics différents qui sont visés et l’impact symbolique d’un succès ou d’un insuccès peut donc varier considérablement de ce fait. Mais une telle approche quantitative montre vite ses limites compte tenu de l’imperfection de nos sources. Reste alors le second problème théorique lié au circuit de diffusion, c’est-à-dire au public. En effet, alors que l’historiographie culturelle actuelle considère le public comme « un agent actif impliqué dans la diffusion et le renouvellement de la culture »[14], le problème de la définition de ce public reste entier. Peut-on en effet parler d’un public dans le cas de Quimantú ou de publics différents selon la collection ? Le concept de public reste avant tout un « mirage » car il ne peut être qu’une construction intellectuelle. Pour lui donner une consistance, il faudrait pouvoir tout d’abord étudier sa composition pour déterminer la destination sociale des livres, puis la composition par âge, par sexe[15] etc. Et même si des réponses pouvaient être apportées au problème de la composition d’un public pour en déterminer les caractéristiques, resterait toujours l’énigme de l’horizon d’attente et de la réception, c’est-à-dire la manière dont les différents membres d’un même public appréhendent l’œuvre et ce qu’ils en attendent et une fois cette oeuvre lue, ce qu’ils en ont compris et retenu.

En ce qui concerne Quimantú, des contours peuvent être dessinés pour réduire l’impression de flou qui règne autour du problème de la réception de ses publications car des informations éparses se trouvent dans un certain nombre d’articles qui sont consacrés à la maison d’édition d’État. Nous pouvons tout d’abord retrouver quelques chiffres sur la vente de certaines oeuvres considérées comme des best-sellers du fait de leur rapide écoulement : ainsi, par exemple, le premier livre de la collection « Minilibros » paru en août 1972, El chiflon del diablo de Baldomero Lillo, aurait vendu ses 50 000 exemplaires en 48 heures[16] ou en une semaine[17]. Mais deux ou sept jours ne font pas une réelle différence : le plus important est que les 50 000 exemplaires se vendirent en un temps record, au point que cela suscita une réaction de la presse. Les quelques exemples que nous trouvons dans les journaux[18] sont cependant des épiphénomènes et devaient rester relativement exceptionnels. Il est donc plus révélateur de s’intéresser aux ventes de l’ensemble de la maison d’édition sur une plus longue période. Un premier palier fut franchi au début du mois de mai 1972, lorsque Quimantú atteint son premier million de livres vendus, événement relayé par la presse et qui fit l’objet d’une célébration sur la Place d’Armes de Santiago. À cette occasion, une vente de livres fut organisée par les employés de Quimantú et une conférence eut lieu en présence du gérant Sergio Maurin et du directeur de la Division éditoriale[19]. En cinq mois de vie, c’est-à-dire entre le 4 novembre 1971 et le 4 mai 1972, Quimantú vendit donc un million de livres sur les 1 788 000 qui parurent uniquement dans les neuf collections (62 titres au début mai), ce qui représente environ 56% de la production. À titre de comparaison, un million de livres avait été vendu par Zig Zag en un peu plus de cinq ans et avec un catalogue de 600 titres[20]. Un deuxième cap symbolique fut célébré avec la production de cinq millions de livres entre le 4 novembre 1971 et la fin du mois de novembre 1972[21]. Or si l’on effectue le calcul des tirages entre ces mêmes dates, on obtient une production de 5,96 millions de livres. Il y a donc une différence de presque un million d’exemplaires, ce qui amène à se poser quelques questions quant aux tirages indiqués par Quimantú dans ses propres livres et leur exactitude : auraient-ils été grossis ou l’article aurait-il un mois de retard et ne faudrait-il pas prendre en compte la production du mois de novembre 1972 qui se monte à 819 000 livres ? De plus, un doute est entretenu quant à ces cinq millions : un premier article de mi-décembre 1972 parle en effet de cinq millions de livres produits en quinze mois dont environ 60% sont vendus, soit trois millions de livres vendus entre septembre 1971 et fin novembre 1972. Quant à un deuxième article de janvier ou février 1973, il parle de cinq millions de livres vendus en quinze mois d’existence. Entre ces deux versions contradictoires, le premier article faisant état d’une production de cinq millions de livres semble plus crédible au vu du rapport de 56% établi entre production et vente avec le premier million de livres vendus. Si l’on garde ce rapport de 60% entre la production et la vente de livres, on arrive alors à une vente totale de novembre 1971 jusqu’à la fin du mois d’août 1973 estimée à 6,4 millions d’exemplaires. Or, dans la lettre qu’adressa Joaquin Gutiérrez, directeur de la Division éditoriale, au nouveau gérant de Quimantú après le coup d’État de septembre 1973 et dans laquelle il dressait un bilan de ce qui avait été le travail de sa division[22], il parle de dix millions de livres édités entre le 4 novembre 1971 et la fin du mois d’août 1973 dont environ huit auraient été vendus. Que l’évaluation de 6,4 millions de livres vendus puisse être revue à la hausse en tenant compte de ventes étalées pour certains livres et qu’ainsi le rapport entre production et vente soit d’environ 75%, cela est concevable, mais en ce qui concerne la production globale dans la période qu’il annonce, elle est de 10 665 000 exemplaires, sans compter des éditions et rééditions dont il a été impossible de retrouver la trace bien qu’elles soient indiquées dans l’Annuaire de la presse chilienne qui recense toutes les publications de l’année. Il y a donc entre 800 000 et 1 000 000 d’exemplaires de différence. Or cette grande différence, au-delà du fait qu’elle pose le problème d’un grossissement des chiffres impossible à vérifier, pose un problème pratique certain : qu’a-t-il été fait de ces deux ou trois millions de livres non vendus ? Peut-être une partie a-t-elle été recyclée et peut-être ces chiffres ne comprennent-ils pas les exportations de Quimantú que Ramon Aleuy, avocat de Quimantú, signalait dans son entrevue[23], mais ils n’ont certainement pas été gardés dans les deux entrepôts de Quimantú car il n’y avait pas tant de livres en stock au moment où les militaires sont venus effectuer leurs visites et ont brûlé une partie des livres qui n’étaient pas encore en vente, entre autres Canción de gesta de Pablo Neruda, 15 000 exemplaires de Mister Jara de Gonzalo Drago paru en juin 1973 et 20 000 exemplaires de Poesia popular chilena de Diego Muñoz paru en mars 1972[24]. Nous sommes donc en face d’un problème que l’apport de nouvelles sources pourrait éclairer.

 

 

Une conception instrumentalisée de la culture ?

 

Partant de ces constatations, peut-on alors parler d’une instrumentalisation de la culture de la part de Quimantú ? Nous croyons pouvoir répondre affirmativement à cette question car l’objectif majeur des collections de Quimantú était de contribuer à l’éducation politique et culturelle des classes les plus défavorisées constituant l’électorat de base de l’Unité Populaire, au travers notamment d’une double sélection des textes publiés : une sélection politique car c’est une certaine vision du processus de « la voie chilienne au socialisme » qui est présentée et une sélection en fonction de ce que l’on croit être les besoins culturels des « classes populaires ». De même, Quimantú cherchait à s’inscrire dans le cadre du programme politique de 1969 de l’Unité Populaire qui, s’il ne bénéficiait pas d’une politique culturelle clairement définie et même si chaque parti nuançait sa position par rapport aux autres, n’en avait pas moins un but clair : celui de faire naître un « homme nouveau », c’est-à-dire un être libéré matériellement et spirituellement du capitalisme et dont la mentalité changerait dans la mesure où il aurait cessé d’être exploité. On peut donc dire que l’« homme nouveau » est en fait l’ouvrier qui a retrouvé une dignité et qui affirme cette dignité par l’expression de sa culture. Ce changement des rapports dans la société, qu’il nommait révolution culturelle, était vu par Lénine comme une condition indispensable au triomphe définitif du socialisme car il impliquait que l’homme nouveau ne supporterait jamais un retour à l’ancien ordre des choses, c’est-à-dire au capitalisme, et qu’il serait une garantie de l’irréversibilité du processus révolutionnaire. Le but de l’« homme nouveau » serait donc de faire de « l’idéologie du prolétariat (…) le contenu culturel dominant de la nouvelle société que nous construisons »[25]. Une telle conception suppose cependant qu’une société complexe ne possède que deux types de culture : une culture dite « savante », que dans le vocabulaire de l’époque on nomme « bourgeoise », et une culture dite « populaire », la première cherchant à s’imposer à la deuxième en la refoulant ou en tentant de l’aligner sur les modèles qu’elle-même offre. Il est nécessaire de préciser que ce postulat est largement remis en cause par l’historiographie actuelle[26]. Il s’agissait donc d’assigner à la culture un rôle de facteur de transformation des consciences et de producteur d’une identité politique et sociale qui fonctionne dans le cadre d’un processus révolutionnaire en permettant la consolidation de la société socialiste en formation. Les aspects artistiques seraient donc relégués au second plan et le message politique primerait. Quant aux artistes, ils auraient la tâche d’impulser les changements et de formuler les nouveaux concepts, en évitant de tomber à leur tour dans les travers de la pensée « capitaliste » qu’ils sont censés combattre, notamment celui de faire primer la recherche d’une reconnaissance personnelle sur leur devoir de combattant révolutionnaire.

En considérant à la fois la massification des livres au Chili grâce à Quimantú et cette instrumentalisation de la culture, peut-on alors parler de la mise en place d’une « culture de masse » durant l’Unité Populaire ? Si l’on considère que la culture de masse peut être définie comme un « ensemble des productions, des pratiques, des valeurs, modelé par les agents de l’industrie culturelle »[27], répondant ainsi à une fonction idéologique et marchande ainsi qu’à un nivellement par le bas et à l’endoctrinement d’un public perçu comme une masse homogène et passive, il est à la fois possible et impossible d’employer le terme de « culture de masse ». En effet, si l’on peut parler d’une idéologisation des livres publiés de par le fait qu’ils traitent, en tous cas pour certaines collections, de problèmes politiques avec une vision déterminée, cette prise de position est cependant clairement annoncée et ne peut prendre le lecteur au dépourvu. Qui plus est, cette idéologisation ne fonctionne pas entièrement dans les collections de littérature pour lesquelles le principal critère de sélection fut l’absence de droits d’auteur. De même, si l’on peut parler d’une massification et d’une marchandisation du livre par l’emploi de procédés publicitaires ou par une recherche d’écoulement rapide des stocks en multipliant les voies pour arriver au lecteur, il semble important de rappeler que le but principal de Quimantú n’était pas la rentabilité de l’entreprise mais la mission culturelle qui lui avait été assignée. Ainsi, même s’il apparaît que le choix des oeuvres à publier était laissé à l’appréciation de personnes qui n’appartenaient pas aux classes populaires et qu’il n’y ait pas eu d’étude pour déterminer quels étaient les besoins culturels des couches les plus pauvres de la société, il parait plus juste de parler d’une massification de la culture de par le fait qu’elle cesse de s’adresser à une minorité de la population mais sans faire l’objet d’une idéologisation systématique.

Au travers de l’étude d’une collection parmi les neuf créées par la maison d’édition d’État Quimantú, nous avons tenté de présenter les aspects les plus importants du travail éditorial réalisé en 32 mois d’existence par ce qui demeure encore une entreprise culturelle majeure de l’histoire du Chili : aspects d’une politique éditoriale, évaluation des tirages, problème posé par l’évaluation des ventes et leur portée, instrumentalisation de la culture. Mais au-delà de ces activités propres à une maison d’édition, Quimantú permet d’aborder d’autres aspects tout aussi intéressants, telle que la vie d’une entreprise nationalisée sous l’Unité Populaire. C’est ainsi que nous aurions pu parler de l’organisation interne de Quimantú qui permettait l’incorporation de tous les travailleurs à la gestion de l’entreprise et de tous les problèmes qui en découlaient du fait de l’influence des partis politiques, le poids important du syndicat unique de Quimantú dans la gestion de l’entreprise et dans la mobilisation des travailleurs, ou bien encore aborder le thème des activités culturelles organisées par Quimantú touchant d’autres aires que celle des livres. Mais ce qui ressort en dernier lieu de l’étude de Quimantú, c’est l’enthousiasme qu’elle suscita tant parmi la population que parmi ses employés, la générosité d’un projet même hautement politisé et l’influence qu’elle garde encore de nos jours dans le milieu éditorial comme un projet modèle au niveau de la massification du livre et de la baisse des prix qu’elle engendra.

 

 

 

 

 

 


[1] Mémoire de maîtrise sous la direction d’Annick Lempérière soutenu en 2004 à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne. L’auteur poursuit actuellement ses recherches sur le Chili dans le cadre d’un DEA.

[2] Allende (Salvador), Moción del H. Senador Allende, con la que inicia un proyecto de ley que crea la empresa editora del Estado, Senado, legislatura extraordinaria, tome 304, vol.1, Session 14ª du 26 octobre 1967.

[3] « Con Luis Merino Reyes », Plan n°49, juin 1970, p. 19 ; Merino Reyes (Luis), « Política cultural para Chile », El Mercurio, 25 février 1971, p. 3 ; Taller de Escritores de la Unidad Popular, « Política cultural : documento », Cormorán  n°8, décembre 1970.

[4] Ministerio del Trabajo y Previsión Social. Instituto laboral y de desarrollo social, El Área de Propiedad social de la economía entre noviembre de 1970 a marzo de 1973, Santiago du Chili, juillet 1973.

[5] 10,7 millions de livres furent publiés en 2002 selon la Chambre chilienne du livre.

[6] Présentation de la collection « Quimantú para todos » à la fin des livres.

[7] Jober (Jorge), « Entrevista del sábado con Luciano Rodrigo : la política editorial de Quimantú », La Nación, 22 avril 1972,  p. 3.

[8] Taux d’inflation fournis par l’Instituto Nacional de Estadisticas (INE).

[9] Loi n°17-336 sur la propriété intellectuelle d’octobre 1970, article 10.

[10] Subercaseaux (Bernardo), Historia del libro en Chile, alma y cuerpo, Santiago du Chili, ed. Andres Bello, 1993, p. 131-132.

[11] Sur les intellectuels en France, voir le manuel de Goetschel (Pascale) et Loyer (Emmanuelle), Histoire culturelle et intellectuelle de la France au XXe siècle, Paris, Colin Cursus, 1995, 372 p.

[12] Pour une comparaison avec l’évolution des tirages en France, voir l’article de Martin (Henri-Jean), « Comment mesurer un succès littéraire. Le problème des tirages », in LAUFER (Roger), La bibliographie matérielle, Paris, éditions du CNRS, 1983, p. 25-40.

[13] Charle (Christophe), « Le temps des hommes doubles », Revue d’Histoire Moderne et Contemporaine, janvier-mars 1992, p. 73-85.

[14] Sorlin (Pierre), « Le mirage du public », Revue d’Histoire Moderne et Contemporaine, janvier-mars 1992, p. 103-126.

[15] Voir MOULIN (Raymonde), Sociologie de l’art, Paris, La Documentation Française, 1986.

[16] Ferrero (Mario), « Panorama literario del 1972 », Revista de la Universidad Tecnica del Estado, vol; 11-12, 1972, p. 177.

[17] Raul, « Un hombre camina por las calles », El Siglo, 31 août 1972, p. 2.

[18] On peut trouver des exemples dans les articles suivants : López (Luis), « Cinco millones : la zafra del libro », Chile Hoy n°27, 15 décembre 1972, p. 24 ; id, « La cultura se cuenta por millones », Mayoría n°30, 10 mai 1972, p. 2.

[19] Ibid et « Record de Quimantú : un millón de libros », Onda n°18, 12 mai 1972.

[20] « Un millón de ejemplares vendidos en 5 meses : Quimantú », El Siglo, 5 mai 1972, p. 9.

[21] López (Luis), « Cinco millones : la zafra del libro », op. cit. et TEITELBOIM (Volodia), « 5 000 000 de libros »,  La Quinta rueda, n°4, janvier-février 1973, p. 2.

[22] Guttiérez (Joaquin), Lettre au gérant de Quimantú Diego Barroz Ortiz, 29 septembre 1973 (trois premières pages).

[23] Entrevue avec Ramon Aleuy, avocat de Quimantú, 23 avril 2004.

[24] Les deux derniers exemples proviennent d’une entrevue de Gonzalo Drago parue dans la revue de la Société des écrivains du Chili (SECH), Simpson 7, 1992, p. 15.

[25] Parti communiste, La revolución chilena y los problemas de la cultura : documentos de la Asamblea Nacional  de Trabajadores de la cultura del Partido Comunista, Santiago du Chili, novembre 1971, p. 6.

[26] À voir notamment, Les intermédiaires culturels, colloque du Centre méridional d’histoire sociale, des mentalités et des cultures, Aix-en-Provence, Publications de la Sorbonne, 1981.

[27] Kalifa (Dominique), La culture de masse en France, 1860-1920, Paris, La Découverte, coll. Repères, 2001, p. 3.