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Ron Bousso, Entre paix et justice : la question des réfugiés palestiniens

Entre paix et justice : la question des réfugiés palestiniens

 

 

 Bulletin n° 21, printemps 2005

 

 

Entre paix et justice :

la question des réfugiés palestiniens

dans les négociations israélo-palestiennes

1991-2005

Ron Bousso[1]

 

Depuis 2000, le problème des réfugiés palestiniens et la question du droit au retour s'affichent comme le dernier obstacle pour la conclusion d'un accord de paix entre Israël et les Palestiniens. En 2005, quelque quatre millions de réfugiés palestiniens sont toujours dispersés dans les différents pays du Proche-Orient, vivant souvent dans des conditions de vie déplorables et sans statut légal permanent[2].

Les jeunes réfugiés palestiniens d'aujourd'hui sont la cinquième génération qui perpétue la Nakba, "la catastrophe" de 1948, où à la sortie de la guerre opposant l'État naissant d'Israël aux habitants arabes de la Palestine mandataire et à sept pays arabes avoisinés, quelque 726 000 Arabes palestiniens fuirent leurs villages, et parfois furent expulsés par l'armée israélienne[3].

Déjà avant la fin des hostilités, la communauté internationale se mit à la recherche d’une paix durable dans la région. En décembre 1948, l’Assemblée générale de l’ONU adopta la résolution 194 (III) qui proposa des mesures pour le rétablissement de la paix. Quant au problème naissant des réfugiés, l’article 11 stipulait que :

 

… Il y a lieu de permettre aux réfugiés qui le désirent de rentrer dans leurs foyers le plus tôt possible et de vivre en paix avec leurs voisins, et que des indemnités doivent être payées à  titre de compensation pour les biens de ceux qui décident de ne pas rentrer dans leurs foyers et pour tout bien perdu ou endommagé[4] …

 

Mais aux sommets de paix de 1949[5] aucun accord sur la question des réfugiés ne put être conclu et, faute de solutions politiques au problème, le traitement de la question se limita à  une aide humanitaire.

Le statut de réfugié devint ainsi le symbole d’un peuple entier, dépossédé de son foyer et uni dans son espoir de voir rectifier le tort qu’il avait subi. Avec la création de l’OLP en 1964 et la perpétuation de la misère des réfugiés dans les pays d’accueil, la cause des Palestiniens fut élevée au devant de la scène internationale. Cependant, la nature de la revendication des Palestiniens du « droit au retour », ou Haq al Awda, à leurs maisons évolua d’un désir de voir la destruction d’Israël et le retour au statu quo ante bellum à une position plus nuancée, développée après 1974, qui reconnut l’impraticabilité de cette revendication initiale et, indirectement, l’existence d’un État juif vivant à côté d’un État palestinien, à l’instar du plan de partage de 1947[6].

La réticence israélienne d’autoriser le retour des réfugiés sans un traité de paix complet avec les pays arabes se galvanisa après 1948 et Israël accusa les pays arabes et les Palestiniens d’avoir initié la fuite des réfugiés et d’exploiter cyniquement la misère de leur nouvelle situation. Un "droit au retour" des réfugiés à leurs lieux d’origine était synonyme de l’annihilation d’Israël, d’autant plus que jusqu’en 1993 les gouvernements israéliens successifs ne reconnurent pas l’existence d’un peuple palestinien ayant droit à un État quelconque[7].

 

Les années d’espoir du processus d’Oslo

 

En octobre 1991, lors du sommet de Madrid, Israël, les pays arabes et indirectement les Palestiniens (dont une délégation faisait partie de la délégation jordanienne), s’assirent pour la première fois autour d’une même table pour discuter la résolution du conflit israélo-arabe. La question des réfugiés resta néanmoins sujette à un traitement purement humanitaire dans le cadre du Groupe de travail sur les réfugiés[8].

Ce n’est qu’après l’élection en Israël du gouvernement travailliste de Yitzhak Rabin en juin 1992 qu’un dialogue direct avec les Palestiniens, représentés par l’OLP, fut possible. La signature historique de la Déclaration de Principe entre Yasser Arafat et Rabin à la Maison Blanche le 13 septembre 1993 fut le résultat de plusieurs mois de négociations secrètes et minutieuses entre Palestiniens et Israéliens[9]. Se mit alors en mouvement le processus d’Oslo qui prévoyait la normalisation par étapes des relations entre les deux peuples, avec la création d’abord d’une Autorité palestinienne dans les territoires occupés et, cinq ans plus tard, la conclusion d’un accord sur le statut final traitant les « questions cœur » du conflit, « y compris : Jérusalem, les réfugiés, les implantations, les arrangements de sécurité, les frontières, les relations et la coopération avec les autres voisins ainsi que d’autres questions d’intérêt commun »[10].

Mais le processus de paix ne progressa pas selon le calendrier prévu – il fallut attendre l’élection d’Ehoud Barak en mai 1999, lorsque le processus était déjà très fragilisé et critiqué des deux côtés, pour se lancer dans les négociations sur le statut final. Barak se montra déterminé à obtenir un accord de paix avec les Palestiniens et il se déclara prêt à des concessions pénibles[11].

 

Le sommet de Camp David, juillet 2000

 

Enfin, entre le 11 et le 25 juillet 2000, les représentants israéliens et palestiniens se réunirent sous la houlette des États-Unis à Camp David pour négocier un accord entre les deux peuples.    

À l’issue du sommet de Camp David, Israël et les Palestiniens s’accordèrent pratiquement sur toutes les « questions cœur », y compris le statut de Jérusalem et des lieux saints. Mais les désaccords sur la question des réfugiés palestiniens minèrent la conclusion de l’accord final[12]. Barak s’opposa farouchement à toute reconnaissance d’une responsabilité israélienne dans la création du problème et donc exclut catégoriquement un retour de réfugiés en territoire israélien, hormis un retour symbolique dans le cadre de réunification de familles.

Les Palestiniens, quant à eux, demandèrent la mise en application de la résolution 194 (III), le droit des réfugiés palestiniens à choisir leur lieu de résidence, y compris en Israël, et la compensation des réfugiés et des pays d’accueil par Israël. Le processus de paix israélo-palestinien s’écroula alors. À la sortie de deux semaines de pourparlers à Camp David, la confiance qui existait naguère entre Israéliens et Palestiniens se transforma d’abord en une guerre d’accusations et ensuite, en septembre, tourna à l’affrontement violent.

En dépit de l’éclatement de l’Intifada à la fin du mois de septembre 2000 et du gel apparent dans les relations entre les deux peuples, les efforts américains de médiation se poursuivirent. Bill Clinton, dont la présidence allait se terminer à la fin du mois de janvier 2001, rédigea un nouveau document esquissant les contours d’un traité de paix qui représentait à la fois le bilan des négociations israélo-palestiniennes tenues jusqu’alors, avec de nouvelles propositions quant à la résolution des dernières questions. Ce document clé fut présenté aux Palestiniens et aux Israéliens à la Maison Blanche le 23 décembre 2000[13].

Sur le fond, la proposition de Clinton concernant le problème des réfugiés palestiniens diffèrait très peu des idées étudiées à Camp David, mais sa formulation changea considérablement. Il n’y aurait aucune référence au « droit au retour » dans un accord sur le statut final ; le retour des réfugiés serait un retour à l’État palestinien tandis qu’un retour symbolique des réfugiés en Israël resterait sujet à la décision souveraine de l’État hébreu ; les réfugiés pourraient choisir d’être réhabilités dans les pays d’accueil ou dans des pays tiers. Le président Clinton indiqua qu’Israël serait prête à reconnaître les souffrances morales et matérielles des réfugiés sans admettre toutefois une responsabilité dans la création du problème. Enfin, l’application de la proposition serait reconnue comme l’application de la résolution 194 (III), qui symboliserait la fin des réclamations palestiniennes.

 

Le « tout ou rien » d’Ehoud Barak

 

Barak, sachant que son mandat risquait de ne pas être renouvelé lors des prochaines élections en Israël en février 2001, accepta de se lancer dans une tentative ultime de négociations. Arafat, sujet à une très grande pression américaine, donna aussi son accord à l’ouverture d’un sommet de paix à Taba le 21 janvier 2001, trois semaines avant les élections en Israël.

Lors de ce sommet,  les deux parties présentèrent des « non papiers » pour la résolution du conflit[14]. Le document palestinien, rédigé par Nabil Sha’at, souligna l’importance de la résolution 194 de l’ONU comme base de toute solution au problème, Sha’at insista de surcroît sur l’importance de donner aux réfugiés le choix du lieu de retour, y compris un retour en Israël, sans limite de temps ou de lieu.

Dans le « non papier » rédigé par le ministre de la Justice Yossi Beilin, Israël « exprime solennellement sa tristesse pour la tragédie des réfugiés palestiniens » et est prête à reconnaître une responsabilité partielle dans la création et donc dans la résolution du problème. Israël reconnaît, en outre, l’aspiration des Palestiniens à exercer « leur droit à l’autodétermination et une solution juste et globale pour les réfugiés palestiniens, sur la base de la résolution 194 ».

Quant à l’application du droit au retour, le « non papier » israélien réitère les modalités de retour évoquées dans la proposition de Clinton, à savoir un retour limité en Israël, et notamment aux territoires échangés avec l’AP. Ce document représentait, certes, un changement radical dans la position traditionnelle israélienne, cependant, il faudrait souligner qu’il ne représenta que la vision de Yossi Beilin.

M. Beilin et M. Sha’at admirent que le travail à Taba constituait un tournant dans les négociations sur cette question[15] : malgré son refus de reconnaître un droit au retour des réfugiés palestiniens, Israël accepta la résolution 194 comme base pour la solution au problème (son interprétation resta néanmoins différente de celle des Palestiniens). Un compromis sur l’intégration de deux récits des événements menant à la création du problème des réfugiés fut trouvé ; les modalités de retour furent fixées mais le nombre de réfugiés pouvant retourner en Israël resta toutefois ouvert ; les modalités de compensation furent définies et négociées et la fin des réclamations fut précisée.

Le sentiment dans les deux camps fut qu’un accord-cadre sur le statut permanent nécessiterait seulement quelques jours de négociations supplémentaires[16]. Mais les négociations à Taba s’arrêtèrent le 27 janvier, suite au lynchage de deux Israéliens à Ramallah et à l’opposition interne en Israël aux négociations.

 

Les initiatives indépendantes de paix

 

L’élection d’Ariel Sharon à la tête du gouvernement israélien le 6 février 2001 mit fin à tout espoir d’achever les négociations entamées à Taba. La violence palestinienne et les ripostes israéliennes prirent alors le dessus des négociations et la situation s’envenima d’avantage suite à la déclaration de  Sharon qu’Israël n’avait aucun interlocuteur du côté palestinien[17]. Par ailleurs, l’élection de George W. Bush à la Maison Blanche symbolisa un retrait américain de son rôle clé dans le Proche-Orient. Après le 11 septembre 2001, l’administration américaine adhéra à l’initiative européenne intitulée « la feuille de route » du Quatuor[18] (États-Unis, Union européenne, ONU et Russie), qui ne put néanmoins mettre fin à la violence et faire revivre le processus de paix. La feuille de route ne proposa qu’un calendrier pour la relance d’un processus de paix en étapes suivant les différentes résolutions de l’ONU sur la conclusion du conflit, sans pour autant offrir des précisions sur les « questions cœur » du conflit.

Faute de négociations directes entre Israël et l’Autorité palestinienne, les efforts continuèrent sur des pistes alternatives et indépendantes – notamment l’initiative saoudienne de février 2002[19] et les grass-roots initiatives comme La voix du peuple lancée en septembre 2002[20].

L’initiative ambitieuse de Genève de Yossi Beilin et Yasser Abed Rabbo, ministre palestinien, représente, elle, le « 8e jour » des négociations de Taba car elle offrit un modèle complet et détaillé d’un traité de paix à la base de ce qui était accompli jusqu’en janvier 2001, et notamment les principes de Bill Clinton[21]. Les deux personnages et leurs équipes, quoique faisant partie de leurs gouvernements, ne les représentèrent pas officiellement.

Sur la question des réfugiés le modèle de Genève offrit la résolution complète et détaillée du sujet. Le texte reconnaît la résolution 194 (III) comme la base de toute  solution du problème des réfugiés mais ne fait aucune mention du droit au retour. Les réfugiés auraient droit à des indemnités comme compensation pour leur état et la perte de propriété, et les pays d’accueil se verraient, eux aussi, attribués une indemnisation. Les réfugiés auraient un choix parmi cinq lieux de résidence permanent, comme l’avait détaillé Bill Clinton, quand Israël pourrait déterminer le nombre de réfugiés admis sur son territoire.

Les rédacteurs des accords envisagèrent également la création de programmes de réconciliation entre les deux peuples qui serviraient à des « forums d’échange de narrations historiques et d’amélioration de la compréhension mutuelle liée au passé »[22].

La formule proposée dans le document pour la solution au problème s’inscrit dans la continuité des négociations sur le statut final et englobe beaucoup d’idées développées pendant la décennie 1991-2001. Mais cette formule apporte aussi du nouveau, surtout en évitant toute référence aux récits historiques et en ne cherchant pas à attribuer la responsabilité de la création du problème à quiconque. En clair, Israël n’assume pas la responsabilité de la création du problème, mais le contraire n’est pas mentionné non plus.

Les accords de Genève constituent l’effort le plus exhaustif pour formuler une solution au problème des réfugiés palestiniens à ce jour et, bien qu’ils ne soient qu’une initiative privée ou semi privée, l’article 7 du document, portant sur la résolution du problème des réfugiés,  suscita la plus grande critique palestinienne et israélienne.

Le modèle proposé des accords de Genève, selon un commentaire américain, réaffirme que « le défi principal n’est pas de trouver des solutions créatives […] aux problèmes cœur du statut permanent, mais l’absence de la direction politique et du soutien public nécessaires pour les mettre en œuvre » [23].

 

Le bilan d’un échec, la recherche d’un succès

 

En janvier 2005, le problème des réfugiés palestiniens reste toujours suspendu comme une épée de Damoclès au-dessus du Proche-Orient et sa résolution semble plus éloignée que jamais. Mais le statu quo actuel entre Israël et les Palestiniens, aussi bien que celui au sein des communautés des réfugiés, sont intolérables et constituent une source d’instabilité pour les parties concernées et la région entière.

Car la résolution du problème recèle non seulement une énorme complexité technique, mais aussi et surtout une grande valeur symbolique pour les deux peuples. Sa résolution serait en conséquence la plus complexe parmi les sujets du statut final mais en même temps indispensable pour la conclusion du conflit.

Or, si une solution viable du problème des réfugiés est connue et a été formulée en détails dans les différents modèles proposés depuis 1991, pourquoi a-t-elle été rejetée par les parties ? L’analyse de l’échec du processus d’Oslo et des négociations sur les réfugiés nous amène à cerner quelques conclusions et défauts inhérents au processus.

Une première observation que nous pouvons faire est que toute solution ne pourrait, malgré tout, que « traiter, et non pas résoudre » le problème[24].  Cinquante-six ans après le déroulement des événements qui donnèrent naissance au problème des réfugiés, nous pouvons difficilement envisager une solution complète au problème, car les notions de dépossession et d’injustice subie par le peuple palestinien en 1948 resteront éternellement liées à l’éthos palestinien, tandis que les réalités physiques et politiques sont radicalement différentes aujourd’hui.

Une deuxième observation est qu’aucune résolution équitable de la question des réfugiés ne pourrait souder les visions israélienne et palestinienne d’une solution « juste » au problème. Car, dans un processus de négociations, il ne s’agit pas de justice mais uniquement de compromis. Le retrait de chaque partie de sa vision propre de la justice vers le compromis, le milieu, doit constituer en soi une nouvelle justice commune aux deux parties.

L’asymétrie de la rhétorique palestinienne : avec le début de la normalisation des relations entre les deux peuples, qui impliqua l’acceptation d’un compromis sur la question des réfugiés, la rhétorique des dirigeants palestiniens sur le droit au retour ne changea guère. D’un côté, les dirigeants négocièrent avec Israël une solution au problème suivant les lignes définies par l’OLP. D’un autre côté, ces mêmes personnes, Yasser Arafat et Mahmoud Abbas à leur tête, continuèrent à raviver l’espoir du retour du peuple palestinien[25], au lieu d’expliquer que le retour serait forcement compromis, et que dans une solution négociée il deviendrait un symbole plus qu’une politique.

Comme dans le cas des déclarations provocantes d’Abu Alla à l’issu du sommet de Taba[26], nous constatons une contradiction entre la position officielle de l’OLP et de l’AP sur la question des réfugiés (souvent exprimée en anglais) et les déclarations des dirigeants palestiniens devant leur peuple (en arabe).

Cette incohérence fait souvent l’objet d’une critique israélienne : « J’ai l’impression », dit Amram Mitzna, un des acteurs de l’initiative de Genève :

 

… que la direction politique palestinienne, l’intelligentsia et les élites, craignent toutes d’affronter le public palestinien et de dire la vérité, c’est-à-dire que dans les conditions et dans la réalité existantes, il ne sera pas possible de réaliser le droit au retour qu’ils [les dirigeants] promettent depuis 1948[27].

 

Le cercle vicieux en Israël : la peur du « droit au retour », pour irrationnelle qu’elle soit parfois, continue à exister parmi les Israéliens juifs et ne s’affaiblit pas non plus. Malgré l’évolution de l’opinion publique sur plusieurs sujets tabous liés au conflit (de la reconnaissance du peuple palestinien jusqu’au partage des lieux sacrés à Jérusalem) depuis 1991, la société israélienne continue à voir dans le droit au retour une menace mortelle. Les sondages réalisés sur la question des réfugiés font état d’un public israélien souvent ignorant des détails de la question, des circonstances de sa création, et des attitudes palestiniennes sur le sujet[28].

Ainsi, le public israélien, faute de connaissance des détails de la question, rejetterait tout éventuel compromis proposé comportant l’expression « droit au retour » , ou faisant mention de la résolution 194 (III) et des idées qu’elle engendre. Le public israélien ne s’aperçoit souvent pas de la complexité et des nuances de la position officielle de l’OLP sur la question ainsi que de son importance symbolique dans le credo politique palestinien. Comme toute solution équitable inclurait, semble-t-il, une certaine reconnaissance israélienne du droit au retour des réfugiés palestiniens ou même un retour symbolique, le public rejetterait automatiquement toute solution.

Dans la réalité politique israélienne, il existe donc un cercle vicieux où une méconnaissance des détails du problème des réfugiés crée une peur de l’expression « droit au retour » qui crée, à son tour, une opposition catégorique du public à tout compromis proposé sur la question des réfugiés. Tout comme dans la société palestinienne, les dirigeants du « camp de la paix » israélien échouent, depuis 1991 et souvent délibérément, à affronter la phobie du public israélien sur la question des réfugiés palestiniens et à essayer d’amadouer sa position dans la perspective d’un futur accord qui traiterait cette question parmi d’autres.

Ce manque de « maturité » (ripeness[29]) politique des sociétés israélienne et palestinienne et leur réticence conséquente à accepter les compromis nécessaires pour un traité de paix, notamment sur la question des réfugiés palestiniens, constituent le défaut principal du modèle développé dans le processus d’Oslo.

La mort de Yasser Arafat en novembre 2004, l’élection de Mahmoud Abbas au poste de président de l’OLP et de l’AP en janvier 2005 ainsi que le plan de désengagement du Premier ministre israélien Ariel Sharon, ont tous créé un espoir de voir le redémarrage d’un processus de paix. Mais il serait prématuré de croire que les nouvelles donnes politiques changeront les positions de deux peuples sur la question des réfugiés palestiniens et le droit au retour. Sans recours à un changement profond dans les perceptions des objectifs ultimes du processus de paix, notamment que la paix ne serait pas une justice complète, la résolution durable du conflit sera difficilement assurée.

Tant que les dirigeants ne déclarent pas publiquement et n’explicitent pas les concessions politiques et émotionnelles pénibles, sinon les risques nécessaires pour la paix, le processus de maturation des publics ne sera jamais achevé. Sans cette maturation, les dirigeants n’auront jamais le soutien populaire pour un accord de paix.

Le conflit israélo-palestinien projette directement sur la vie de beaucoup, et représente la clé pour la résolution d’autres conflits à une échelle beaucoup plus petite, sinon mondiale. De ce fait, la question des réfugiés palestiniens ne peut pas être reléguée à l’histoire et sa résolution ne saurait rester suspendue éternellement.

 

 

 


[1] Ron Bousso est journaliste au quotidien israélien Haaretz. Il a soutenu une maîtrise d’histoire intitulée : « Entre paix et justice : la question des réfugiés palestiniens et le droit au retour dans les négociations israélo-palestiniennes 1991-2004 », sous la direction de Robert Frank. Ses études portent essentiellement sur l’histoire des négociations de paix entre Israël, les pays arabes et les Palestiniens.

[2] Statistiques officielles de l’UNRWA.

 Voir le site : http://www.un.org/unrwa/publications/statis-01.html [réf. du 6 janvier 2005].

[3] KIMMERLING (Baruch) et MIGDAL (Joel S.), Palestinians : The Making of a People, Cambridge Middle East Library, Cambridge University Press, 1987, éd. 1999, p. 134 ; MORRIS (Benny), The Birth of the Palestinian Refugee Problem, 1947-1949, Cambridge Middle East Library, Cambridge University Press, 1987, éd. 1999.

[4] Résolution 194 (III) de l’Assemblée générale des Nations unies du 11 décembre 1948.

[5] Sommets de Rhodes et de Lausanne, cf. CAPLAN (N.), « A Tale of Two Cities : The Rhodes and Lausanne Conferences 1949 », Journal of Palestinian Studies, vol. 21-3, printemps 1992.

[6] Programme politique en dix points du 12e Conseil National Palestinien, cf. BARON (Xavier), Les Palestiniens : Genèse d’une nation, Paris, Seuil, 2000, p. 741.

[7] GAZIT (S.), « Be’ayat haplitim hapalestinim (Le problème des réfugiés palestiniens) », Israeli-Palestinian : Sougiot Behesder Hakeva, n°2, Centre Jaffé d’études stratégiques, Tel-Aviv, 1994.

[8] PETERS (J.), The Pathway to Peace−The Multilateral Arab-Israeli Peace Talks, The European Commission, Royal Institute of International Affairs, London, 1996.

[9] HIRSCHFELD (Y.P.), Oslo : Nouscha Leshalom, Hamasa Umatan al Hekemei Oslo – Haestrategia Umimusha (Oslo : formule pour la paix, les négociations des Accords d’Oslo – la stratégie et sa réalisation),  Centre Yitzhak Rabin pour la recherche d’Israël, Éditions Am Oved, Tel-Aviv, 2000.

[10] Déclaration de principe sur des arrangements intérimaires d’autonomie, 13 septembre 1993. Traduit in BARON (Xavier), op. cit.

[11] Statement by PM Prior to Departure to Camp David Summit. Voir le site : www.mfa.gov.il [réf. du 25 mars 2004].

[12] AGHA, (H.) et MALLEY (R.), « Camp David : the Tragedy of Errors », New York Review of Books, 9 août 2001.

[13] ENDERLIN (Charles), Le rêve brisé, Histoire de l’échec du processus de paix au Proche-Orient 1995-2002, Paris, Fayard, 2002, p. 331-334.

[14] Le document clé sur le sommet de Taba est celui de Miguel Moratinos intitulé La narration par l’Union européenne de ce qui est arrivé lors des négociations israélo-palestiniennes sur le statut permanent à Taba en janvier 2001. Voir le site : www.mideastweb.org/moratinos.htm

[15] « The Refugee Problem at Taba », interview d’Eldar Akiva avec Yossi Beilin et Nabil Sha’at, Palestine-Israel Journal, vol. 9-2, printemps 2002.

[16] Al-Ayyam, interview avec Nabil Sha’at, 3 février 2001 (FBIS).

[17] « The Israeli Position Regarding Negotiations with the Palestinians », 13 mars 2001. Voir le site : www.mfa.gov.il [réf. du 9 avril 2004].

[18] « La Feuille de route axée sur des résultats et destinée au règlement permanent du conflit israélo-palestinien sur la base de deux États ». Voir le site : http://www.reseauvoltaire.net/article9581.html [réf. du 9 janvier 2005].

[19] Initiative de paix arabe. Voir le site :

http://www.reseauvoltaire.net/article11390.html [réf. du 10 mai 2004].

[20] Pour le texte complet de la déclaration et l’initiative Nusseibeh-Ayalon, voir le site : http://www.mifkad.org.il [réf. du 12 mai 2004].

[21] Voir le texte entier sur le site : http://www.2peuples2etats.org/article8 [réf. du 12 mai 2004].

[22] Ibid., article 7.

[23] MILLER (A.D.), « One American’s View », The Geneva Accord. Voir le site : www.bitterlemons-international.org [réf. du 15 mai 2004].

[24] RABINOVITCH (I.), Conférence sur la question des réfugiés palestiniens et le droit au retour, Université de Tel-Aviv, 29 décembre 2003.

[25] ARAFAT (Yasser), Discours du 56e anniversaire d’al-Nakba, Voice of Palestine, 15 mai 2004, traduit par WNC ; « Abbas pledges refugees will return to their homes in Israël », Haaretz, 4 janvier 2005.

[26] Al-Ayyam, 29 janvier 2001, interview avec Ahmed Qureia (FBIS).

[27] MITZNA (A.), « La question des réfugiés palestiniens et le droit au retour », Conférence du Centre Tami Steinmitz sur « La question des réfugiés palestiniens et le droit au retour », Université de Tel-Aviv, 29 janvier 2003.

[28] Dans un sondage du JMCC de 1999, 47 % de sondés israéliens juifs pensaient que les forces juives n’eurent aucune responsabilité dans l’exode palestinien, JMCC Public Opinion Poll n°34 – Palestinian-Israeli attitudes Towards Palestinian Refugees, décembre 1999. Voir le site :

http://www.jmcc.org/publicpoll/results/1999/no34.htm [réf. du 23 mai 2004].

[29] STEINBERG (G.M.), Unripeness and Conflict Management : Examining the Oslo Process and its Lessons, Université de Bar-Ilan (Israël). Voir le site : http://faculty.biu.ac.il/~steing/conflict/Papers/re-examiningoslo.pdf [réf. du 24 mai 2004].