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Katalin Csösz-Jutteau, Une organisation de jeunesse dans la Hongrie communiste

Une organisation de jeunesse dans la Hongrie communiste

 

 

Bulletin n° 21, automne 2005

 

 

 

 

Une organisation de jeunesse dans la Hongrie communiste

Le mouvement des pionniers

(1972-1983)

 

Katalin Csösz-Jutteau[1]

 

 

Pendant plus de soixante-dix ans en URSS, quarante ans dans le glacis soviétique, les hommes furent appelés à mettre en œuvre et à vivre une « transition » permanente qui touchait toutes les sphères de la société, l’économie, la politique, la vie sociale, religieuse et culturelle[2]

 

Dans ce contexte de « transition », tous les domaines concernant la jeunesse ont été instrumentalisés par les régimes de type soviétique, encadrés par les Jeunesses communistes. Les organisations de pionniers constituent une partie intégrante de la structure politique hiérarchisée de l’État-Parti. Les principes éducatifs ont été imposés par le mouvement des pionniers dans les pays d’Europe centrale et orientale. La période que nous avons étudié dans notre thèse qui concerne les années 1970, est la suite du lancement d’une politique soviétique de Khrouchtchev promouvant « la coexistence pacifique » entre le monde occidental  et le monde communiste.[3] Dans ce but, un des moyens utilisés par les pays communistes pour influencer et convaincre l’opinion publique de l’Occident fut la propagande. Les actions de propagande financées et coordonnées à travers les partis communistes de « l’Ouest » laissaient leur empreinte dans les revues distribuées par les associations d’amitié, dans les films, dans les multiples colloques organisés[4] pour assurer le soutien des intellectuels, et à travers les mouvements pacifistes. 

En 1961, Khrouchtchev, en qualité de premier secrétaire du PCUS, promet que l’Union soviétique atteindra le communisme complet en 1980. Cette perspective sera révisée au cours des années 1970, où apparaît l’idée d’une période transitoire et intermédiaire appelée « socialisme développé ». Dans la première moitié des années 1970, les partis communistes du bloc soviétique optent pour le programme de la construction de cette « société socialiste développée » qui se présente comme une transition ininterrompue vers le communisme accompli. « La RDA en 1968, la Bulgarie en 1971, la Hongrie en 1972, proclament, par leurs constitutions respectives, l’existence d’une société socialiste »[5] .

Parallèlement, les efforts de la diplomatie furent récompensés par la signature de l’Acte final de la Conférence d’Helsinki en août 1975 où l’Union soviétique obtient la confirmation du statut territorial imposé en 1945, et où les Occidentaux demandent un meilleur respect des idées et des personnes dans les pays communistes. À l’époque, ces accords d’Helsinki furent souvent évoqués et débattus au cours des réunions politiques de la jeunesse hongroise. Durant plus d’une décennie, la propagande du bloc soviétique utilisa les échanges permis dans le contexte d’Helsinki : les camps de vacances et défilés d’amitié entre les organisations des mouvements d’enfants de l’Est et de l’Ouest furent mis en application pour promouvoir le régime socialiste.   

Mais nous noterons aussi qu’un des traits caractéristiques, dans les années 1970, du mouvement des pionniers, fut l’initiation au maintien des traditions nationales.

 Notre travail se propose d’étudier les moyens de socialisation qui furent utilisés à travers la formation des enfants pour forger de bons citoyens dans la conformité du système soviétique. Propagande et éducation s’entremêlent dans le mouvement des pionniers. En tant qu’originaire de Hongrie, ayant effectué toute notre scolarité dans ce pays, nous sommes donc ancienne membre de ce mouvement. Quels que soient nos efforts d’objectivité dans cette étude, les années vécues à l’intérieur du mouvement des pionniers, teinteront nos propos.

Pour présenter et analyser un ensemble de faits, nous devons en outre mettre en œuvre plusieurs disciplines. Ce travail à la fois historique, pédagogique et sociologique fait partie de l’histoire de la mémoire et de l’histoire du temps présent. Il consiste à analyser « l’éducation morale communiste » au sens où l’entendait le régime. On verra en tout état de cause que les mouvements des Jeunesses communistes dans les pays de l’Europe centrale et orientale n’ont pas permis aux enfants d’apprendre, de juger et de comprendre véritablement les événements politiques intérieurs et extérieurs intervenus pendant leur enfance.         

 

Les objectifs du mouvement des pionniers

 

Pour asseoir leur position, les régimes communistes ont créé leurs organisations de jeunesse. Ils voulaient garantir leur pérennité, leur continuité et préparer la relève en formant les futurs cadres. Le Komsomol soviétique (les Jeunesses communistes), avec sa hiérarchie et ses catégories basées sur l’âge a servi de modèle à tous les pays socialistes, dont la Hongrie.

L’Union des pionniers hongrois fut créée en juin 1946 comme organisation de « volontaires » sous la tutelle des Jeunesses communistes, organe du parti communiste. Le mouvement fut réformé après les événements de 1956. Ce fut une forme d’éducation, destinée aux écoliers, comprenant la diffusion de l’idéologie socialiste, un uniforme, une hiérarchie respectée, un étendard, des chants, des activités collectives, avec un système de formation et une presse écrite. Le mouvement enseignait à ses membres le respect du Parti, de la patrie socialiste et de la morale communiste. Il fonctionnait dans toutes les écoles primaires et dans les collèges. La plupart des enseignants étaient membres de l’encadrement des pionniers.

L’appartenance aux Pionniers constituait un des éléments pour l’intégration sociale des enfants. Le mouvement des pionniers assurait l’encadrement des jeunes dès l’âge de 6 ans, et jusqu’à l’âge de 14 à 15 ans. Tous les pionniers prêtaient allégeance à la patrie, à la construction du socialisme, au respect du parti communiste, à l’amitié avec l’Union soviétique et avec les « pays frères ».

Les pionniers portant l’uniforme et le foulard rouge assistaient aux cérémonies officielles du pouvoir communiste, au traditionnel défilé du 1er mai, aux manifestations de solidarité avec les pays du tiers monde.

Les activités hebdomadaires des pionniers se déroulaient souvent dans l’enceinte de l’école, qui assurait la logistique pour le fonctionnement du mouvement. Par ce fait, l’organisation des pionniers n’a jamais réussi à devenir indépendante de l’école puisque les unités dans lesquelles les enfants étaient encadrés, se formaient à partir des classes de l’école.

Le mouvement des pionniers était soumis à des directives strictes véhiculées par les obligations édictées par le canal des Jeunesses communistes : le travail des pionniers ne doit pas se limiter au travail scolaire, il doit répondre aux attentes de toute une société. Les pionniers sont, à tout moment, appelés à respecter leurs aînés, leurs parents, à participer aux travaux ménagers, à connaître le travail des ouvriers du pays, à célébrer les événements nationaux. Les obligations du mouvement que nous avons développé au cours de notre étude, sont parfois les mêmes que celles des adultes. Les enfants ont leur part de responsabilité dans l’édification du socialisme.      

Dans le système éducatif centralisé et hiérarchisé, l’école est le modèle du pouvoir où l’idéologie est omniprésente dans les matières scolaires, où les relations humaines sont idéalisées dans les livres scolaires : « dans une société parfaite il n’y a que des adultes parfaits qui ont toujours raison »[6].

La sociologue Annick Percheron a étudié pendant des années avec un œil impertinent la socialisation politique des enfants qui amène les jeunes à prendre conscience de leur environnement politique[7]. Ildikó Szabó[8], sociologue hongroise, utilise des travaux d’Annick Percheron pour analyser la vision politique des enfants de Hongrie. Nous nous sommes référés à ces publications sociologiques dans notre travail.

Nous en tirons l’enseignement que les deux niveaux de la socialisation politique, qui sont d’une part l’école et d’autre part la famille, sont là pour apprendre aux jeunes à accepter ou à rejeter certaines opinions politiques. Vers l’âge de 12 à 14 ans, les enfants sont déjà déterminés, et leur représentation du monde est déjà modelée[9]. Le régime socialiste a remarquablement compris les étapes de cette maturation psychologique, à travers les travaux des pédagogues russes tels que Anton Makarenko[10] et Nadejda Kroupskaïa[11].

Par ailleurs, parmi les cadres politiques hongrois de l’époque travaillant dans l’appareil administratif du Parti, nous retrouvons un très grand nombre de personnes issues de l’enseignement (20 %)[12]. Leur mentalité, leur façon de penser convenaient parfaitement à l’esprit paternaliste du système de parti unique.

 

 La délimitation temporaire de notre sujet

 

  Notre thèse sur le mouvement des pionniers hongrois embrasse la période des années 1970 ainsi que le début des années 1980. Les deux années choisies pour délimiter le sujet sont 1972 et 1983. En avril 1972, intervient la modification de la Constitution hongroise de 1949, qui représente pour ainsi dire la traduction de la constitution soviétique de 1936, et dans laquelle le terme « ouvrier » est remplacé par « citoyen ». C’est un premier symptôme de l’assouplissement du régime, mais  la République populaire de Hongrie demeure fondamentalement « un pays socialiste où la direction de la société est assurée par le parti marxiste léniniste de la classe ouvrière »[13].

L’année 1983 représente une rupture plus nette pour le mouvement lui-même. C’est l’année au cours de laquelle le pouvoir politique hongrois déclarera le mouvement des pionniers comme constituant «  l’organisation d’enfants de la société » en remplacement de «  l’organisation d’enfants du Parti socialiste ouvrier hongrois »[14].

La question fondamentale de notre problématique est la présentation de l’évolution du mouvement des pionniers comme miroir où sont perceptibles la force puis la dévaluation progressive de l’idéologie communiste et du mythe du Parti. Nous avons développé les aspects de cette problématique qui sont inscrits entre ces deux dates.  

Entre les âges de 9 à 12 ans, les jeunes montrent déjà une capacité à exprimer et à argumenter des opinions. Mais dans les systèmes communistes cela est en contradiction avec l’éducation de la jeunesse contrôlée par l’État-Parti et ses dogmes.

En Hongrie, cette période d’affaiblissement du mythe commence en réalité à la fin des années 1960 par les réformes économiques, appelées « le nouveau mécanisme économique » par lesquelles le pays essaie de remédier aux carences de l’économie socialiste. Le parti communiste portant le nom de Parti socialiste ouvrier hongrois depuis octobre 1956, dirigé par János Kádár, doit prouver que tout va bien dans la vie politique et dans la société. À cette fin, il faut tout surveiller et faire surveiller, tenir toute la société en main, y compris les enfants.

Les années 1970 furent celles d’un tournant idéologique : les réformes économiques stoppées en 1972, les remaniements au sein du Comité central du parti annonçaient déjà des tensions sociales dans le système communiste du début des années 1980. L’endettement public, le manque de résolution de la gestion bureaucratique du pays marquent également cette décennie.

La deuxième moitié des années 1970 est appelée « les années immobiles » par les politologues hongrois[15]. L’enthousiasme pour « changer le monde » s’est atténué. La jeunesse d’après 1956 a, elle aussi, perdu ses illusions révolutionnaires et a de plus en plus besoin de résoudre ses problèmes existentiels. Petit à petit une dévalorisation progressive entame la « mythologie du parti et les croyances communistes, qui  refluent au rythme des difficultés économiques » [16].

C’est également la période qui correspond au développement des sciences sociales contemporaines en Hongrie. L’historien hongrois Gyula Benda s’exprime au sujet de l’historiographie de cette période :

 

Vers les années 1976-1977, la production historique, sociologique et littéraire retourne à l’équilibre de liberté restreinte caractérisée par les règles d’un compromis, non déclaré, entre la société et le régime, entre les intellectuels producteurs des idées et les dirigeants du parti communiste[17].  

 

L’aperçu historiographique

 

Il existe très peu de travaux et d’analyses concernant les organisations de jeunesse des systèmes communistes[18]. Le mouvement des pionniers hongrois n’a jamais engendré une historiographie scientifique : les ouvrages de propagande et les guides relatifs aux activités des pionniers sont des sources qui doivent être recoupées pour établir les faits, dans le but d’étudier ensuite ce qui se produit « derrière ces faits ». C’est seulement en 1977 qu’un groupe de scientifiques composé de chercheurs en sciences sociales de l’Institut pédagogique de l’Académie hongroise (MTA) a été créé pour élaborer un projet d’analyse sur le mouvement[19]. S’agissant des activités de l’organisation, notre meilleure source a été l’analyse de la presse des pionniers dont l’hebdomadaire Pajtás[20] (Camarade) et la revue de méthodologie destinée aux moniteurs intitulée Úttörővezető (Chef de pionniers). Cette étude de presse nous a permis de compléter  et de reconstituer nos souvenirs personnels.

L’historiographie hongroise d’avant 1989 pour la période communiste a été une composante du discours officiel. Ainsi, des précautions s’imposent quant à l’utilisation des travaux publiés avant cette année-là en Hongrie. Nous avons donc eu recours à une approche critique quant au choix des sources bibliographiques. Aussi, une partie des ouvrages utilisés pour le fonds historique de notre travail a-t-elle aussi été écrite par les historiens de l’émigration hongroise tels que Miklós Molnár, Rudolf Tőkés et Pierre Kende. Depuis quelques années, plusieurs études de synthèse ont été publiées concernant l’époque kadarienne, le mécanisme du pouvoir, ainsi que les rapports entre l’intelligentsia hongroise et l’appareil politique[21]. La publication des biographies de János Kádár et de György Aczél nous a permis de saisir l’époque analysée et de placer le mouvement des pionniers dans le contexte politique hongrois[22].

 Pour ce qui est du mouvement hongrois de jeunesse en particulier, aucun ouvrage n’est paru depuis 1989. Seule une chronologie historique du mouvement des pionniers a été rédigée par Lajos Nádházi, ancien directeur du camp de pionniers de Zánka au bord du lac Balaton, aidé de Tamás Miklós, responsable actuel des archives du musée historique de l’enfance à Zánka. Cet ouvrage, publié par l’Union des pionniers hongrois, comporte également de courtes notes explicatives sur les activités du mouvement[23]. En ce qui concerne l’organisation et la vie des pionniers dans les pays du système de type soviétique, nous nous référons à l’ouvrage de Paul Thorez, fils de Maurice Thorez, qui raconte ses souvenirs personnels du camp d’Artek en Union soviétique[24]. Ce livre est un témoignage important pour notre sujet d’analyse.  Il nous a semblé utile de mettre en parallèle l’époque de l’enfance de Paul Thorez dans les années 1950 et l’époque, objet de notre travail, qui s’est déroulée vingt ans plus tard.   

Notre analyse s’inscrit dans l’étude de l’histoire orale[25]. Aussi, le travail que nous présentons ici repose-t-il également sur une base de témoignages personnels des anciens membres du mouvement des pionniers. Les anciens cadres dirigeants interrogés ont essayé de tenir des propos objectifs mais de temps à autre leur mémoire a embelli leurs souvenirs. Ces protagonistes du mouvement des pionniers étaient des personnalités appréciées et charismatiques, ayant eu une influence aussi bien morale que politique dans l’organisation des Jeunesses communistes hongroises.

 

Selon Danièle Voldman :

 

La parole-source possède des caractères particuliers qui en font à la fois la richesse et la faiblesse.  D’abord de façon plus ou moins affirmée, l’entretien est une partie de cache-cache entre l’historien et son interlocuteur. […]

Dans les mécanismes complexes de reconstruction du passé, les regrets de l’âge doré de la jeunesse sont aussi fréquents que la confusion entre le regard sur le temps écoulé et l’apologie de ce dernier [26].  

 

 Toutefois, l’utilisation de ces sources orales nous a paru indispensable pour la reconstruction des activités de l’Union des pionniers hongrois et a complété nos études des documents d’archives[27]. 

 

Les pionniers hongrois dans la mémoire collective d’aujourd’hui

 

La Galerie nationale hongroise (Magyar Nemzeti Galéria), sise dans le quartier du château de Budapest, organisa une exposition rétrospective au cours de l’été 2003 ayant pour objet l’œuvre du peintre hongrois Ádám Mányoki. Mányoki fut l’un des peintres des princes allemands au début du XVIIIe siècle, et il ne travailla que quelques années (de 1707 à 1712 et de 1724 à 1731) en Hongrie. S’agissant de cette exposition, la critique d’art hongroise Judit Szeifert écrit dans l’hebdomadaire hongrois Élet és Irodalom [Vie et Littérature] du 27 juin 2003 :

 

Étant écolière, il était tout à fait naturel de savoir pour moi que le célèbre portrait de François Rákóczi II figurant sur l’ancien billet de 50 Forints, avait été peint par le peintre Ádám Mányoki (1673-1757). Ce n’était pas à cause de mes connaissances en histoire de l’art, mais du fait que le groupe de pionniers de notre école portait le nom de François Rákóczi II (groupe de pionniers immatriculé 2215, deux fois décoré par le « Drapeau rouge en soie du Comité central des Jeunesses communistes !). Une copie du tableau de Ádám Mányoki était accrochée à l’entrée de l’école (…)[28].

 

Il existait 293 groupes de pionniers dans toute la Hongrie portant le nom de Rákóczi.

Judit Szeifert conclut ainsi son article relatif à cette exposition de 2003 :

 

Pour ma part, je me réjouis de cette exposition car depuis, le mouvement des pionniers a quasiment disparu, les petits écoliers de ma ville natale ne savent plus rien de Ádám Mányoki. Et s’ils voient cette exposition, ils ne font plus l’association idéologique issue du mouvement des pionniers. 

 

Nous avons choisi cet extrait évoquant le mouvement des pionniers hongrois car cette citation explique parfaitement l’enracinement et la présence encore actuelle de ce mouvement dans la mémoire collective des Hongrois. Au-delà de l’instrumentalisation des enfants par la propagande, les pionniers ont eu un rôle culturel et éducatif unanimement reconnu. Cette ambivalence nécessite un discernement aiguisé dans les analyses.

 

Conclusion

 

Les enfants ont toujours représenté un groupe ciblé par le Parti. Le mouvement des pionniers prend racine dans le mouvement scout. Il le supplantera au profit d’un mouvement de jeunesse à vocation d’éducation politique et idéologique communiste.

Au cours de la décennie 1970, quand le régime devient plus permissif, la Hongrie continue à éduquer ses enfants dans l’esprit du « type d’homme nouveau » du « socialisme développé ».

Bien que l’endoctrinement soit toujours le but affiché du mouvement, il se révèle aussi comme constituant une grande richesse d’activités culturelles, artistiques, sportives. Il est aussi l’héritier des activités liées à la nature qui ont été puisées dans le mouvement scout initial.

L’évolution du mouvement des pionniers, selon notre hypothèse, est l’un des miroirs où est perceptible la dévaluation progressive de l’idéologie communiste et celle du mythe du Parti dans la société hongroise. 

 

 

 


[1] A soutenu en septembre 2004 sa thèse, portent le même titre, écrite sous la direction de Bernard Michel à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne.

[2] Karnoouh (Claude), Postcommunisme fin de siècle, Essai sur l’Europe du XXIe siècle, L’Harmattan, Paris, 2000, p. 10.

[3] Concernant les actions de propagande, nous nous référons à l’ouvrage exprimant une démarche comparative du monde communiste : voir SOULET (Jean-François), Histoire comparée des États communistes de 1945 à nos jours, Paris, Armand Colin, 1996, 406 p.

[4] Comme ceux organisés par la revue Europe en octobre 1967. Voir à ce sujet le chapitre consacré à la littérature pour la jeunesse dans la quatrième partie de notre thèse. 

[5] DREYFUS (Michel) (dir.), Le siècle des communismes, Paris, Éditions de l’Atelier, 2000, p. 307.

[6] SZABÓ (Ildikó), A pártállam gyermekei [Les enfants du Parti-Etat], Budapest, Új Mandátum Kiadó, 2000, p. 75.

[7] PERCHERON (Annick), L’Univers politique des enfants, Paris, Armand Colin, 1974, p. 3.

[8] SZABÓ (Ildikó), Az ember államosítása. Politikai szocializáció Magyarországon [La nationalisation de l’homme. La socialisation politique en Hongrie], Budapest, Tekintet Könyvek, 1987 ; SZABÓ (Ildikó) et CSEPELI (György), Nemzet és politika a 10-14 éves gyerekek gondolkodásában [Nation et politique dans la pensée des enfants âgés de 10 à 14 ans], Budapest, Tömegkommunikációs Kutatóközpont, 1984 ; SZABÓ (Ildikó) et ÖRKÉNY (Antal), Tizenévesek állampolgári kutúrája [La citoyenneté des jeunes], Budapest, Minoritás Alapítvány, 1998.

[9] SZABÓ (Ildikó), Az ember államosítása. Politikai szocializáció Magyarországon [La nationalisation de l’homme. La socialisation politique en Hongrie], Budapest, Tekintet Könyvek, 1987, p. 241.

[10] Anton Makarenko (1888-1939), pédagogue et écrivain soviétique. Il fonde l’établissement Gorki pour des jeunes délinquants mineurs et enfants abandonnés où il perfectionne ses idées et ses méthodes pédagogiques socialistes. Makarenko sera admis à la « Société des écrivains » en 1934. Ses théories pédagogiques seront reconnues en février 1936 par le Commissariat de l’Instruction publique. Makarenko décrit ses expériences dans son roman publié en 1938 et intitulé Poème pédagogique. Il demande son adhésion au parti communiste en 1939, mais il est emporté par une embolie avant qu’il ne soit donné suite à sa demande.

[11] Nadejda Kroupskaïa (1869-1939), membre du Parti communiste soviétique, compagne de Lénine, docteur en pédagogie, membre de l’Académie scientifique de l’Union soviétique. Kroupskaïa fut l’un des théoriciens de l’enseignement public soviétique, fondatrice des écoles dites polytechniques (écoles de travail socialistes). Elle a beaucoup soutenu le mouvement des pionniers en Union soviétique.

[12] VIDA (István), « Az állami-politikai vezető réteg összetétele az 1980 évek elején » [La composition des dirigeants politiques et administratifs au début des années 1980], Magyarország társadalomtörténete1945-1989 [Histoire sociale de la Hongrie de 1945 à 1989], Budapest, Új Mandátum, 2000, p. 207. 

[13] ROMSICS (Ignác), Magyarország története a XX. században [Histoire de la Hongrie au XXe  siècle], Budapest, Osiris, 1999, p. 421.

[14] Ce changement dans le statut de l’Union des pionniers a été proposé au cours de la 8e Conférence des dirigeants du mouvement à Miskolc. Károly Németh, membre du Comité central du parti suggérait cette modification lors de cette grande réunion dite « Conférence des réformes ».

[15] FRICZ (Tamás), « Generációk és politikai értékek » [Générations et valeurs politiques], Valóság [Réalité], 1990/4, p. 14. 

[16] Voir Le siècle des communismes, op. cit., p. 339.

[17] BENDA (Gyula), « L’historigraphie hongroise des années 1980 », Histoire et pouvoir en Europe médiane, Paris, L’Harmattan, 1996, p. 120.

[18] Voir les récentes publications en langue française en 2003 dont l’article de DEVAUX (Sandrine), « Identités collectives et usages légitimants du passé : les organisations de jeunesse tchèques », Revue d’Études comparatives Est-Ouest, vol. 34, mars 2003, p. 33-58.

[19] HUNYADI-MAJZIK-RENCSÉNYI, «  Az úttör mozgalom tevékenységének vizsgálata », [L’analyse sur le travail du mouvement des pionniers], Kutatási beszámoló [Rapport de recherche], 1979.

[20] Le mot « pajtás » a plusieurs traductions en français : camarade, ami.

[21] Hatalom és társadalom a XX. századi magyar történelemben [Pouvoir et société dans l’histoire de la Hongrie du XXe siècle], Budapest, Osiris, 1995. Voir également dans la bibliographie de notre thèse les ouvrages récents de ROMSICS (Ignác), VALUCH (Tibor), CSANÁDI (Mária), CSIZMADIA (Ervin), KALMÁR (Melinda), HUSZÁR (Tibor), RÉVÉSZ (Sándor). 

[22] HUSZÁR (Tibor), Kádár János politikai életrajza [Biographie politique de János Kádár], Budapest, Szabad Tér Kiadó-Kossuth Kiadó, 2001 (tome 1), 2003 (tome 2) ; RÉVÉSZ (Sándor), Aczél és korunk [Aczél et notre époque], Budapest, Sík Kiadó, 1997.

[23] A magyar úttörőmozgalom történeti kronológiája 1945-1989 [Chronologie historique du mouvement des pionniers hongrois 1945-1989], Budapest, Magyar Úttörők Szöversége, 1999. 

[24] THOREZ (Paul), Les enfants modèles, Paris, Gallimard, 1984, 193 p.

[25] Voir à ce sujet le Cahier de l’IHTP, n°21, 1992 intitulé « La bouche de la vérité. La recherche historique et les sources orales », études de VOLDMAN (Danièle), « Définitions et usages » ; BARTOSEK (Karel), « Les témoins de la souffrance ».

[26]VOLDMAN (Danièle), « Définitions et usages »,  op. cit.

[27] La principale source d’archives pour notre travail provient de l’Institut d’histoire politique [Politikatörténeti Intézet], l’ancien Institut d’histoire du Parti à Budapest. Il conserve les documents des partis de gauche d’avant et après 1945 (Parti social-démocrate, Parti communiste, Parti national paysan), des mouvements syndicaux, des documents personnels des hommes politiques de gauche, ainsi que les archives des organisations hongroises de jeunesse de 1919 jusqu’à 1989. Tous les documents du Conseil national de l’Union des pionniers hongrois sont intégrés dans les fonds des Jeunesses communistes hongroises de l’Institut d’histoire politique que nous avons pu dépouiller sans difficulté.

[28] « Egy barokk kozmopolita » [Un cosmopolite baroque], Élet és Irodalom [Vie et Littérature], 27 juin 2003, p. 26.