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Jean-Michel Guieu, Les apôtres français de l'« esprit de Genève »

Les apôtres français de l'« esprit de Genève »

 

 

 

 

Bulletin n° 21, automne 2005

 

 

Les apôtres français de l’« esprit de Genève »

Les militants pour la Société des Nations dans la première moitié du XXe siècle

Jean-Michel Guieu[1]

 

 

La Société des Nations, dont le Pacte a été adopté le 28 avril 1919 par la Conférence de la paix de Paris, a suscité en son temps une foi et une espérance dont peu d’organisations internationales ont bénéficié par la suite. Elle a attiré vers elle des apôtres dévoués qui ont consacré une grande partie de leur vie à la défendre et à la servir. Regroupés au sein d’associations nationales pour la SDN, ils ont tenté de lui conquérir une opinion publique à ses débuts largement indifférente voire hostile. Si c’est en Grande-Bretagne que le mouvement de soutien à la SDN a connu ses plus notables succès, il a reçu en France l’adhésion d’une élite politique et intellectuelle qui l’a animé avec conviction et dévouement.

Beaucoup de ces zélateurs français de la Société des Nations ont eu, en effet, le sentiment d’être investis de la mission de convertir les consciences à la nouvelle religion de la paix par le Droit : ils se considérèrent comme de véritables « pèlerins de la paix» [2], voire de véritables apôtres annonçant au monde la bonne nouvelle, comme l’attestent par exemple ces propos du juriste Georges Scelle qui écrivit, au retour d’une assemblée de la SDN à Genève, que pour « ceux qui ont vu et compris, le seul devoir consiste à parler, à parler toujours… »[3], ou encore cette formule du recteur Paul Appell définissant le rôle des associations de soutien à la SDN comme celui « de susciter partout la foi dans la Société des Nations qui seule peut faire sortir l’humanité de ses anciennes violences » [4].

Si cet engagement n’a pas produit les résultats escomptés et si le Droit peine encore aujourd’hui à s’installer dans les relations internationales, leurs efforts méritaient néanmoins d’être tirés d’un injuste oubli, bien que certains travaux aient commencé à ouvrir depuis quelques années la voie à cette recherche[5].

 

Appréhender le militantisme français pour la SDN

 

Pour écrire cette histoire du militantisme français pour la Société des Nations, je ne disposais au départ que d’archives assez minces s’agissant des associations qui se trouvaient au cœur de mon enquête, celles-ci ayant été soit pillées par les Allemands en 1940, soit perdues par la suite. Les sources imprimées étaient également fort peu abondantes, les difficultés financières devant lesquelles les groupements de soutien à la SDN étaient chroniquement placés ayant considérablement réduit le volume de leurs publications.

Afin de contourner cette difficulté, j’ai donc décidé de mettre l’accent sur les hommes, plutôt que sur les organisations. Mais face aux dizaines de noms, plus ou moins connus, qui figuraient sur les trop rares listes d’adhérents à ma disposition, et qui rendaient impensable toute étude exhaustive, je fis le choix de centrer ma recherche sur une vingtaine d’individus, dont la liste me fut fournie par le croisement de plusieurs critères : l’appartenance à une et généralement plusieurs associations de soutien à la Société des Nations ; une réflexion continue et soutenue au sujet de la Société des Nations (reflétée par un grand nombre de publications et d’interventions) ; la notoriété et la reconnaissance acquises au sein du mouvement de soutien à la Société des Nations (comme les fonctions dirigeantes occupées au sein d’une ou plusieurs associations, ou la participation régulière aux congrès internationaux du mouvement de soutien à la Société des Nations, …).

La trame de cette étude est donc en grande partie constituée par cette enquête prosopographique, et les parcours croisés de ces militants les plus zélés de la cause genevoise ont permis petit à petit de révéler l’aventure plus globale du pacifisme genevois en France.

Pour ce faire, j’ai dû recourir à des sources fort variées et dispersées dans de nombreux lieux de recherche, en France comme à l’étranger. J’ai ainsi principalement utilisé les archives de la SDN et du BIT à Genève, les archives du Mundaneum à Mons, les Archives nationales et les archives du ministère des Affaires étrangères à Paris, les papiers Jules Prudhommeaux à la BDIC de Nanterre et les papiers de l’Association de la paix par le Droit aux Archives départementales du Gard à Nîmes. Pour compléter ces fonds, j’ai dépouillé d’abondantes sources imprimées : à la fois les brochures et les périodiques d’associations pacifistes ou proches du mouvement pour la Société des Nations (du type La Paix par le Droit ou les Cahiers des Droits de l’Homme) et surtout les articles publiés par les principaux militants pour la SDN dans la presse quotidienne et les revues plus ou moins sympathisantes de la cause genevoise (La Dépêche, Le Progrès Civique, La Renaissance, Le Monde Nouveau, la Revue politique et parlementaire, la Revue générale de Droit international public, …).

Pour tenter de restituer dans toute son ampleur le militantisme français pour la SDN, il m’a semblé également nécessaire de croiser plusieurs approches historiques, en utilisant tout à la fois les questionnements de l’histoire des relations internationales, de l’histoire des intellectuels et de l’histoire politique, afin d’évaluer dans quelle mesure les militants pour la SDN sont parvenus à conquérir l’opinion publique à l’idéal genevois et à orienter la politique extérieure française dans le sens de la sécurité collective.

Le militantisme pour la Société des Nations doit être, en effet, analysé au regard des « forces profondes », et plus particulièrement de la « psychologie collective », qui sont depuis Pierre Renouvin, un objet d’étude à part entière de l’histoire des relations internationales. Dans un pays qui se trouve, dans l’entre-deux-guerres, « tout entier […] imprégné par l’idée de paix »[6], j’ai ainsi cherché à mesurer l’influence du pacifisme genevois sur la société française et à analyser l’action engagée par les militants pour la SDN afin de mobiliser l’opinion publique en faveur de l’institution genevoise.

Mais l’étude des associations privées défendant la Société des Nations, soutenues et financées par le gouvernement français, recrutant une bonne partie de leurs membres au sein du personnel politique, m’a également invité à réfléchir à la notion de « petit groupe » dans la conduite de la politique étrangère de la France, notion dégagée notamment par Jean-Baptiste Duroselle et Jean-Claude Allain, et qui met en valeur l’existence de cercles assez étroits, caractérisés par leur grande proximité avec le pouvoir politique. Je voulais donc comprendre dans quelle mesure les idées défendues par les associations de soutien à la SDN avaient pu avoir une influence sur la politique étrangère de la France, notamment sur ses rapports avec l’institution genevoise. Dans quelle mesure d’ailleurs ce mouvement français pour la SDN s’était-il fait l’avocat, dans ses relations avec ses homologues étrangers, des thèses françaises, et dans quelle mesure pouvait-on parler de l’élaboration d’une culture genevoise « transnationale », suscitée par les contacts réguliers entretenus par ces représentants d’une élite éclairée majoritairement européenne ?

 

Un pacifisme nettement juridique

 

Cette étude du mouvement français de soutien à la Société des Nations a tout d’abord permis de mieux apprécier la place occupée dans l’histoire du combat pour la paix dans la France de l’entre-deux-guerres par le pacifisme « genevois », qui en est en quelque sorte l’aile modérée, toujours vigilant à bien marquer ses distances par rapport à un pacifisme plus radical qui apparaît à la fin des année vingt et connaît ensuite un vif succès dans les années trente. Le « pacifisme genevois » est, en effet, essentiellement de nature juridique, et il est l’héritier direct du pacifisme « ancien style » (Norman Ingram) d’avant 1914. Il affirme nettement la valeur supérieure du Droit pour fonder la paix internationale. Sa doctrine est d’ailleurs formulée par un certain nombre de professeurs de Droit qui considèrent, à l’instar d’un Georges Scelle, que le problème de la paix mondiale se pose dans les mêmes termes que la paix sociale et qu’il s’agit d’étendre aux relations internationales le processus de civilisation intervenu dans les relations interindividuelles au sein des sociétés.

 

De même qu’un individu n’est pas libre d’accepter les lois qui lui plaisent, et de dérober aux juges l’examen de ses prétentions pour se faire à lui-même justice ; – de même les États doivent obéir aux lois et accepter des juges[7].

 

Ce pacifisme s’oppose donc nettement aux partisans de la paix « à tout prix ». La plupart des militants pour la SDN répètent, au contraire, que la paix « a un prix » : point de paix hors du Droit ! Et pour faire respecter le Droit, ils appellent dans les années trente les puissances fidèles au Pacte de la SDN à unir leurs forces et les Français à accepter les sacrifices nécessaires, notamment en termes de réarmement, pour sauver la paix. De la même manière, ils avaient accompli avec conviction leurs obligations militaires au cours de la Première Guerre mondiale, au nom de la guerre « pour le Droit ».

Ces militants du Droit voient donc dans la Société des Nations, puis l’ONU après 1945, les tentatives les plus abouties pour faire régner le Droit et la paix dans les relations internationales. Ils considèrent donc que leur rôle est d’atteindre l’opinion publique dans tous les milieux, afin de susciter partout la foi dans la Société des Nations, tout en revendiquant leur droit de se montrer exigeants vis-à-vis de l’organisation genevoise :

 

« Pour la Société des Nations » n’implique nullement un parti pris d’aveugle apologie, bien au contraire ! Car le meilleur service que l’on puisse rendre à la Société des Nations [est de la défendre] contre elle-même, je veux dire contre la tendance naturelle qui porte toute institution à se complaire dans son œuvre et à ne tendre à rien de plus qu’à persévérer dans son être[8].

 

On demeure tout à fait fasciné par la qualité des hommes et des femmes dont l’organisation de Genève a su s’attirer le soutien actif. On y trouve, en effet, certains des plus brillants hommes politiques et intellectuels de leur génération, pour la majorité marqués à gauche et appartenant principalement à la mouvance radicale : des parlementaires (Léon Bourgeois, Jean Hennessy, Henry de Jouvenel, Joseph Paul-Boncour), des mathématiciens (Paul Appell et Émile Borel), des historiens (Alphonse Aulard), des philosophes (Théodore Ruyssen), des juristes (Georges Scelle, René Cassin, Joseph Barthélemy), des sociologues (Célestin Bouglé, Paul Fauconnet),…

 

Une certaine capacité d’influence

 

J’ai ensuite cherché à éclaircir le rôle du mouvement de soutien à la SDN dans la diffusion en France de l’esprit de Genève et dans l’élaboration de la politique française à l’égard de la Société des Nations. Il est certain qu’il n’est parvenu que médiocrement à conquérir l’opinion publique et n’a jamais rassemblé, même au plus fort de sa gloire, que quelques milliers de sympathisants tout au plus, ce qui est bien inférieur au cas britannique. La raison en est que le militantisme pour la SDN a souffert de plusieurs handicaps, particulièrement de l’émiettement et l’enchevêtrement des structures de propagande qui se révélèrent, malgré les nombreux efforts tentés en ce sens, incapables de fusionner en une seule organisation puissante. Les associations françaises pour la Société des Nations sont donc des états-majors sans soldats et la faiblesse de leurs adhérents entraîne un manque chronique de ressources que ne compensent pas les subventions officielles qui font en grande partie vivre ces groupements. La seule bonne volonté d’un petit noyau de militants zélés ne saurait dès lors suffire à créer un vaste courant d’opinion en faveur des organismes de Genève, alors qu’il s’agissait pourtant de la vocation première de ces associations de soutien à la SDN, dont Alphonse Aulard définissait ainsi le double rôle :

 

Mieux faire connaître et, par suite, faire aimer la Société des Nations ; […] préparer l’atmosphère morale qui est nécessaire à la Société pour la pleine réalisation de sa mission[9].

 

Les efforts déployés au service de la SDN sont donc inégaux, à la fois dans l’espace (le territoire français est inégalement touché) et dans le temps (la propagande culmine dans la seconde moitié des années vingt). Cependant la capacité de ces organisations à influer sur le cours de la politique extérieure de la France n’est pas négligeable, même si elle se révèle variable selon les périodes. Elles sont en effet soucieuses d’entretenir des rapports étroits avec les sphères dirigeantes et leur composition qui fait la part belle aux parlementaires et aux délégués officiels de la France à Genève favorise évidemment cette relation forte avec le pouvoir. On a ainsi pu repérer leur influence en 1918-1919 dans la définition des conceptions françaises en matière de Société des Nations lors des négociations officielles de la Conférence de la paix. Ensuite, on a vu qu’elles avaient joué un rôle notable dans la maturation idéologique de la politique extérieure du Cartel des gauches. Bon nombre de pacifistes genevois rejettent, en effet, la politique du Bloc national et, même s’ils considèrent que le traité de Versailles est conforme au Droit et à la Justice, ils sont nombreux à en réclamer une application plus souple, afin de soutenir la jeune et fragile démocratie allemande. Ils définissent bien avant l’heure ce que devra être une politique extérieure « républicaine » : le rapprochement de la France avec ses alliés et l’utilisation moins timorée de l’organisation de Genève. En 1924, ils ne manquent donc pas de rendre hommage à la politique menée par le gouvernement du Cartel des gauches.

Les associations pour la Société des Nations contribuent ensuite, dans la seconde moitié des années vingt, à entretenir un climat favorable aux efforts entrepris par Briand en faveur de la réconciliation européenne et le mouvement pour la SDN, dans toute la diversité de ses composantes, marche désormais derrière l’inamovible ministre des Affaires étrangères, considéré comme l’incarnation de la France généreuse et bienfaisante, même si on demeure lucide sur les imperfections de son œuvre, tels le Pacte Briand-Kellogg assorti d’aucune sanction ou le projet de fédération européenne dont on redoute qu’il aboutisse à vider la SDN de sa substance. Au début des années trente, les associations genevoises jettent également toutes leurs forces dans la bataille en faveur du désarmement et soutiennent farouchement le plan français défendu par Paul-Boncour.

En revanche, dans les années trente, elles perdent de leur influence dans la conduite de la politique étrangère de la France. La montée des périls et les échecs successifs de la SDN les éprouvent durement et paralysent progressivement leur action. La grande espérance des années vingt de réconciliation et de coopération internationales semble mort-née, ce qui ne remet toutefois pas en cause leur foi dans la Société des Nations : on estime que ce sont surtout les gouvernements qui sont responsables de ses échecs, coupables de ne pas avoir le courage d’appliquer les dispositions du Pacte, coupables de se servir de la Société des Nations au lieu de la servir. Pour autant, la position des pacifistes genevois est fluctuante : même si on sent progressivement dominer, à partir du conflit italo-éthiopien, une ligne en faveur de la résistance aux dictateurs et de la défense du Pacte, qu’il ne s’agit plus alors de réformer mais de sauver, on constate néanmoins en 1936 une tendance à l’apaisement avec Hitler. Réorganisé ensuite sous la houlette de Paul-Boncour, le mouvement de soutien à la SDN adopte néanmoins jusqu’à la guerre une attitude de fermeté, mais qui ne fait pas l’unanimité. Le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, malgré l’échec des solutions juridiques qu’il incarne, ne remet pas en cause chez les militants de la SDN la nécessité de faire reposer la paix future sur le Droit et ils défendent dès 1945 avec une foi sincère l’organisme nouveau, l’Organisation des Nations Unies. Après avoir participé pour certains d’entre eux aux travaux de la commission officielle du Quai d’Orsay pour l’étude des principes d’une organisation internationale, ils croient voir dans l’ONU la satisfaction des revendications françaises en matière de sécurité collective, mais une certaine désillusion ne tardera pas à se faire rapidement sentir.

 

Idéal universaliste et ambition européenne

 

Je me suis enfin efforcé d’observer de près les idées d’Europe unie défendues par les organisations de soutien à la SDN. L’idée européenne étant à cette époque, et depuis l’époque moderne, très liées à l’idée de paix, l’étude du mouvement pacifiste genevois fournissait donc un champ d’étude particulièrement propice. Les militants pour la SDN furent, en effet, tiraillés par leur ardeur universaliste incarnée par une Société universelle des Nations – qui restera un idéal indépassable – et une ambition européenne imposée par les réalités du temps. La problématique européenne apparaît même très tôt au sein du mouvement pour la Société des Nations, dès le début des années vingt, à la suite du refus des États-Unis d’Amérique d’adhérer à l’organisme qu’ils avaient grandement contribué à fonder.

C’est davantage encore l’échec du Protocole de Genève et les accords de Locarno qui donnent à l’idée européenne sa grande vigueur et font envisager par de nombreux esprits la reconstruction de la Société des Nations sur des assises régionales. Puisque « la solidarité internationale universelle n’est pas encore suffisamment intégrée, profonde et consciente pour s’égaliser à la surface de la terre et s’organiser uniformément »[10] , on imagine que la SDN devrait avoir avant toute chose « une base européenne solide » et se transformer en « une fédération de fédérations »[11]. En quelque sorte, ces États-Unis d’Europe la « fortifieraient intérieurement par la solidité d’une Europe organisée»[12] . Car il s’agit toujours dans ce milieu d’agir dans le cadre et dans l’esprit de la SDN, dont le Pacte, dans son article 21, prévoit la possibilité d’accords régionaux.

Ce projet européen n’est pas sans rencontrer de nombreuses critiques, chez les militants français, comme parmi leurs homologues étrangers. Mais il demeure que la question de la réalisation d’une union européenne fait alors l’objet d’une étude fort approfondie, qui nourrit les débats des associations pendant de nombreux mois et contribue à préparer l’initiative d’Aristide Briand. De nombreux éléments qui font encore aujourd’hui débat, sont alors posés avec une grande acuité, comme la définition des limites de l’Europe, la nécessité des réductions de souveraineté, ou encore les rapports du vieux continent avec les mondes extra-européens.

Si après l’échec du projet Briand et l’arrivée au pouvoir d’Hitler, l’idée d’un regroupement européen passe au second plan, les pacifistes genevois qui survivent à la Deuxième Guerre mondiale, sont des passeurs d’idée européenne. Plusieurs d’entre eux s’investissent alors plus ou moins directement au sein du mouvement qui, à la fin des années quarante, favorise cette idée. Considérant que, face à la division du monde en deux blocs antagonistes et aux échecs inquiétants subis par l’ONU, une solution universelle est encore trop prématurée, ils appellent à l’unification de l’Europe occidentale, seule solution à leurs yeux capable de lui apporter un avenir pacifique. La construction européenne telle qu’elle se met alors en place au début des années cinquante, c’est-à-dire s’effectuant par la méthode de l’intégration sectorielle, et entre un nombre restreint d’États, déçoit pourtant bien des militants genevois : un fossé générationnel sépare désormais les apôtres de la SDN des pionniers de l’intégration européenne.

 

Au total, le combat pour la SDN a rassemblé en France une élite politique et intellectuelle possédant une solide conscience européenne, voire universaliste, mais qui s’est néanmoins montrée très attachée à la défense des conceptions françaises en matière d’organisation internationale et de sécurité collective. Malgré l’échec immédiat de bien de leurs idées, on ne peut que souligner le travail remarquable effectué par les militants genevois pour faire progresser l’élaboration du Droit international et l’idée d’une organisation juridique de la communauté internationale.

 

 

 

 

 


[1] Thèse soutenue en Sorbonne le 17 décembre 2004. Le jury était composé de M. Serge Berstein (Professeur émérite de l’Institut d’Études Politiques de Paris), Président ; M. Robert Frank (Professeur à l’Université de Paris I, directeur de la thèse) ; Mme Elisabeth du Réau (Professeur à l’Université de Paris III) ; Mme Christine Manigand (Professeur à l’Université de Poitiers) ; M. Antoine Fleury (Professeur à l’Université de Genève).

[2] Discours prononcé par Alphonse Aulard lors de la séance inaugurale du congrès de l’Union internationale des associations pour la Société des Nations à Berlin, le 26 mai 1927, repris dans « La Société des Nations », Cahiers des droits de l’Homme, 10-25 août 1927, p. 389.

[3] SCELLE (Georges), « La Société des Nations vient de tenir à Genève sa troisième Assemblée », Progrès Civique, 14 octobre 1922, p. 25.

[4] UIASDN, Compte rendu de la IVe assemblée plénière, annexes, Publications du bureau central, 1920, p. 31.

[5] On citera notamment parmi ces travaux la thèse de doctorat de BIREBENT (Christian), Les mouvements de soutien à la SDN en France et au Royaume-Uni (1918-1925), Université de Paris X, 2002 ; le mémoire d’habilitation de MANIGAND (Christine), Les Français au service de la Société des Nations, Berne, Peter Lang, 2003, 230 p., ou encore les articles pionniers de LE BEGUEC (Gilles), « Le Groupement universitaire pour la Société des Nations », Provinces contemporaines, n°1, 1990, p. 33-48, et « La jeunesse au miroir de la paix », ibid., n°2, 1990, p. 59-77.

[6] SIRINELLI (Jean-François), article « La paix », in RIOUX (Jean-Pierre) et SIRINELLI (Jean-François), La France d’un siècle à l’autre, 1914-2000, Dictionnaire critique, Hachette Littératures, Paris, 1999.

[7] SCELLE (Georges), « L’organisation d’une autorité publique internationale doit aboutir à la suppression des guerres », Progrès Civique, 29 janvier 1921, p. 12.

[8] RUYSSEN (Théodore), Les Associations pour la Société des Nations et leur Union internationale, tract de l’UIASDN, sans date, p. 5.

[9] « Délégation auprès du président de la neuvième Assemblée », Bulletin de l’Union internationale des associations pour la Société des Nations, octobre-décembre 1928, p. 9.

[10] SCELLE (Georges), Une crise de la Société des Nations. La réforme du Conseil et l’entrée de l’Allemagne à Genève (mars-septembre 1926), Paris, PUF, 1927, p. 213-214.

[11] Propos d’Alphonse Aulard cités dans « Bulletin de la Ligue des Droits de l’Homme : Deux conférences », Cahiers des droits de l’Homme, 25 février 1926, p. 4.

[12] AULARD (Alphonse), « Vers les États-Unis d’Europe », La Dépêche, 12 juin 1926, p. 1.