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Daniela Bambasovà, Les archives de la StB

Les archives de la StB

 

 

 

 

 Bulletin n° 21, automne 2005

 

 

Les archives de la StB

Ou les continuelles polémiques

quinze ans après la fin du régime communiste tchécoslovaque

Daniela Bambasovà[1]

 

 

 

Depuis plusieurs années, les archives du ministère de l'Intérieur de la République tchèque attirent un nombre accru de visiteurs. Cet intérêt peut s'expliquer non seulement par le fait que les archives étaient hermétiquement fermées auparavant (jusqu'à la révolution de velours en 1989) mais aussi par la valeur de leur contenu. Elles constituent la source principale pour l'étude de l'histoire contemporaine tchèque, ce qui est aussi dû en partie à la place primordiale prise par la police communiste dans la société totalitaire tchécoslovaque depuis le « coup de Prague » communiste de 1948.

Les archives du ministère de l'Intérieur font partie du réseau des archives de la République tchèque et elles ne sont pas les seules à contenir des informations sur la période communiste – par exemple les archives de la SÚA (Státní ústřední archiv – les archives centrales d'État) sont également riches en documents datant de la période communiste, sur des hommes politiques dirigeants ou au contraire sur des personnes persécutées par le régime, et l'accès en est moins compliqué car même les étrangers y sont autorisés. Mais les archives du ministère de l'Intérieur représentent une source d'informations unique dans le sens où elles contiennent également les archives de la StB, documents très délicats relatifs par exemple aux enquêtes, aux interrogatoires ou aux rapports des anciens agents ou collaborateurs de la police communiste. Tenus secrets pendant plus de quarante ans, ils demeurent encore aujourd'hui difficiles d'accès (et sauf certaines conditions, la plupart sont toujours inaccessibles) ce qui suscite régulièrement de vives polémiques dans la presse et entre les hommes politiques. Vu l'étendue de la période communiste, la plupart des Tchèques avaient eu l'occasion d'entrer en contact avec la StB, de collaborer ou d'être poursuivis. Ce phénomène avait touché la société dans son ensemble, il est donc compréhensible que tant d'importance lui soit accordée encore aujourd'hui et que la demande d'un accès sans condition soit systématiquement relancée.

 

L'histoire de la StB et des archives

 

La StB (Státní bezpečnost - Sécurité d'État, police politique communiste, secrète) commença à se former un peu après la fin de la Seconde Guerre mondiale. Elle était constituée surtout par des communistes et faisait partie de la SNB (Sbor národní bezpečnosti – Corps de sécurité nationale), qui regroupait toutes les composantes de police et de sécurité. La StB était son organe exécutif, elle avait le droit de procéder aux arrestations ou de mener les interrogatoires. Après février 1948, le pouvoir de la StB s'accroissait au fur et à mesure que les communistes l'utilisaient pour liquider leurs ennemis politiques – elle joua le rôle principal dans les arrestations massives du début des années 1950 ainsi que dans la préparation des grands procès politiques de cette époque. Après la mort de Staline, la Direction de la StB fut supprimée et, à sa place, le régime installa plusieurs administrations autonomes. Le but de cette décentralisation était de limiter le pouvoir concentré entre les mains de la StB, qui devenait dangereux même pour l'élite communiste, et d'empêcher qu'une seule personne ou un petit groupe à la tête de la StB décidât de l'arrestation ou de l'emprisonnement (le danger pour les communistes fut démontré dans le procès de 1952 avec Rudolf Slánský, ancien secrétaire général du Parti, condamné à mort). Donc après 1953, le pouvoir de la StB ne fut plus jamais aussi concentré, mais son rôle demeura quand même très important dans la pression sur les éléments non-communistes de la société tchèque. Après l'intervention soviétique en Tchécoslovaquie de 1968, la porte fut à nouveau ouverte pour rétablir les méthodes d'enquête de la StB (écoutes téléphoniques, contrôles de la correspondance, poursuites, provocations volontaires), et ce jusqu'à la révolution de 1989. L'histoire de la StB fut définitivement close le 15 février 1990, lorsque toutes ses administrations et sections furent fermées et un nouvel appareil démocratique commença à prendre forme.

Les archives du ministère de l'Intérieur furent créées le 1er octobre 1966 et eurent leur siège à Spišské Podhradí (en Slovaquie). En 1990, les documents de la République slovaque furent conservés en Slovaquie, et ceux de la République tchèque furent déménagés à Kanice près de Brno. De nos jours, les archives contiennent du matériel créé par l'activité des structures ministérielles (par exemple dans le domaine économique ou celui du bâtiment), mais aussi des administrations de la SNB. Les chercheurs s'intéressent surtout au matériel des volumes d'enquête – les archives de la StB représentent une partie autonome dans les archives du ministère.

 

L'ouverture des archives pour la recherche

 

Avant 1989, les fonds des archives du ministère de l'Intérieur étaient utilisés presque exclusivement pour des besoins officiels. L'accès aux sources était permis seulement à un nombre limité d'historiens, et beaucoup d'autres chercheurs et archivistes n'étaient même pas au courant de leur existence. Après 1991, un changement fondamental se produisit dans ce sens, et dans les dernières années, on compte régulièrement entre 1 100 et 1 200 visites de chercheurs par an[2]. La plupart des chercheurs sont historiens ou travaillent dans des institutions scientifiques, mais on trouve aussi des journalistes, des étudiants et des particuliers. Les thèmes les plus demandés sont l'époque de la Seconde Guerre mondiale, les années d'après-guerre y compris le coup des communistes de février 1948 et l'époque des années 50, l'évolution des organes de sécurité, les années 1968/69, mais aussi l'époque de la normalisation, et novembre 1989 ainsi que la période qui précédait de peu. Les chercheurs s'intéressent aussi aux biographies des personnes célèbres ou de leurs ancêtres.

Par ailleurs, les archives du ministère de l'Intérieur assurent également l'accès aux archives de la StB. Il faut noter que seuls les citoyens tchèques sont autorisés à y accéder, et encore faut-il que ce soient des personnes sur lesquelles la StB enquêtait ou les membres proches de leur famille. Ces archives sont à Pardubice, mais il est possible d'en consulter certaines aux archives à Prague (Na Struze 3, Prague 1), si elles sont encore conservées. En effet, lors de la révolution de 1989, beaucoup de matériaux des archives de la StB ont été détruits par peur des anciens agents de se compromettre dans la nouvelle société démocratique.

Si on s'intéresse aux documents relatifs aux archives de la StB (comme des interrogatoires, par exemple) sans être directement concerné ou un proche de la famille, il faut se procurer l'autorisation de la personne concernée ou d'un de ses proches, si celle-ci est décédée. Dans ce cas-là, c'est le directeur des archives qui décide de l'autorisation de les consulter, en tenant compte des possibilités et de la délicatesse des informations personnelles. Il vaut mieux s'y prendre assez longtemps à l'avance car parfois, les coordonnées de la personne qui peut donner l'autorisation de recherche peuvent être difficiles à obtenir – la personne peut par exemple vivre à l'étranger et un mois peut facilement s'écouler avant que l'autorisation ne parvienne, ce qui complique la recherche si le temps est limité. Il faut aussi savoir quel domaine précis le chercheur souhaite étudier car parfois, les archives peuvent contenir des centaines de cartons concernant le sujet étudié, alors il faut connaître au moins les thèmes généraux de la recherche.

 

Les informations pratiques pour y accéder

 

Depuis le 1er juin 2003, pour pouvoir accéder aux archives du ministère de l'Intérieur de la République tchèque, qui contiennent les archives de la StB, il faut adresser une demande écrite au ministère de l'Intérieur à l'adresse suivante :

Ministerstvo vnitra

Odbor archivní a spisové služby

Poštovní přihrádka 21/ASU

170 34 Praha 7 - Letná

e-mail: asu@mvcr.cz

Numéro de fax : (+ 00 420) 974 824 013.

Téléphone : (+ 00 420) 974 840 210.

 

Il faut s'adresser à Mgr. Jan Frolík[3], le directeur des archives, qui donne les autorisations concernant les études dans les archives et peut donner également des consultations sur le thème de l'histoire et de l'organisation des composantes du ministère de l'Intérieur.

Les archives du ministère de l'Intérieur siègent à Prague et à Brno.

À Prague, les archives sont situées dans la rue Na Struze 3, Prague 1, tout près du Théâtre national, en face du Goethe Institut. Il n'y a rien d'écrit sur la façade qui permette de savoir qu'il s'agit des archives, il faut simplement sonner puis entrer dans un vestibule muni de sa pièce d'identité pour qu’une personne nous laisse entrer. La salle des chercheurs est au 3e étage, assez petite, donc il vaut mieux arriver tôt. Les heures d'ouverture pour les chercheurs sont assez restreintes, lundi et mardi de 9h30 à 16h et mercredi de 9h30 à 18h, le reste de la semaine, les archives sont fermées. Il est possible de faire des photocopies de certains documents sur demande. Il vaut mieux commander le matériel que le chercheur souhaite étudier à l'avance car les cartons peuvent mettre plusieurs heures avant d'être apportés. Les coordonnées sont les suivantes :

Téléphone du secrétariat : (+ 00 420) 974 824 411.

Téléphone salle de recherche : (+ 00 420) 974 824 447.

e-mail : archiv@mvcr.cz

Pour les archives du ministère de l'Intérieur à Brno, on peut écrire à l'adresse suivante :

Policie ČR, Správa Jihomoravského kraje

Kounicova 24

611 32 Brno

Téléphone : (+ 00 420) 545 227 563.

Fax : (+ 00 420) 545 227 563.

e-mail : aka@mvcr.cz

Il vaut mieux téléphoner d'abord car les archives se trouvent en dehors de la zone de desserte des transports en commun de Brno. Il arrive parfois que l'accès aux archives se passe plus rapidement, sans la demande écrite, dans le cas d'une urgence appuyée par une autorisation et des recommandations, mais ceci étant assez exceptionnel, il vaut mieux faire sa demande d'accès suffisamment à l'avance.

 

De fortes polémiques jusqu'à nos jours

 

Encore 15 ans après la révolution de 1989, il existe des débats passionnés et des controverses sur l'ouverture des archives de la StB. Étant donné que près des deux tiers des archives ont été perdus dans le changement de régime, la porte reste toujours ouverte aux suspicions, à savoir qui d'entre les hommes politiques actuels collaboraient avec la StB autrefois. Afin d'empêcher les anciens agents de la StB de reprendre des postes importants dans la vie publique après 1989, la première chose qui devait être examinée était leur passé par rapport à la StB et celui-ci se trouvait précisément enfermé dans les archives. Le public demandait l'accès aux archives et la question était abondamment discutée dans les médias et sur la scène politique. Finalement, le libre accès n'a toujours pas été autorisé.

Des tentatives et des versions non-officielles, comme la liste de Petr Cibulka, établissant la liste des anciens agents et collaborateurs de la StB furent publiées. Jusqu'à aujourd'hui, des personnes célèbres n'ont pas hésité à entamer un procès sur ce motif, afin d’éviter d’être gravement compromises aux yeux de la société. Vu qu'il s'agissait d'une collaboration secrète, la preuve ne peut être trouvée que dans les archives, et encore l'identification des personnes peut rester problématique car des surnoms étaient utilisés pour les désigner et certains peuvent être mentionnés expressément dans les archives de la StB sans en être réellement des informateurs – il suffisait que la StB inclue le nom d'une personne pour qu'il y reste de nombreuses années sans que la StB ne renouvelle plus jamais le contact avec elle. Il pouvait aussi s'agir simplement de quelqu'un que la StB voulait utiliser sans y parvenir, et l'ait gardé malgré cela dans ses dossiers.

La loi de « lustration », adoptée par le Parlement tchécoslovaque en 1992, avait pour but d'empêcher des personnes ayant servi le régime communiste d'occuper à nouveau des postes responsables dans le nouvel État démocratique. Tous ceux qui voulaient s'engager dans des hauts postes par exemple dans l'armée, le système judiciaire, la police, la Banque nationale ou des compagnies contrôlées par l'État devaient prouver qu'ils n'avaient pas été au service de la StB. Le ministère de l'Intérieur délivrait un certificat de « lustration » aux employés d'État et s'il était positif, la personne devait partir – les anciens agents de la StB n'étaient pas acceptés par le nouveau service de renseignements de la Tchécoslovaquie, la BIS (Bezpečnostní informační služba – Service de renseignements et de sécurité). La loi connut un vaste soutien parmi la population, même si le secteur public n'avait pas connu de grandes révélations – en effet, peu de certificats délivrés étaient positifs simplement parce que certains anciens agents ou collaborateurs de la StB ne cherchaient pas à occuper un poste dans la fonction publique, ou s'ils le détenaient avant, ils le quittèrent en silence.

Mais la loi n'était peut-être pas tellement efficace car à l'évidence, le ministère de l'Intérieur avait délivré des certificats négatifs à des anciens collaborateurs de la StB et inversement, des certificats positifs à des personnes innocentes. De plus, la loi n’entraîna pas une expulsion massive de fonctionnaires ni de directeurs d’entreprises publiques.

 

Conclusion

 

Comme on peut le voir, les archives de la StB occupent une part importante dans la vie publique de la République tchèque. L'accès aux archives reste difficile, même si cela dépend surtout de la nature des matériaux que l’on souhaite étudier, et il vaut mieux commencer la démarche longtemps à l'avance afin d'être sûr d'avoir l'autorisation en temps voulu. Ouvertes au public seulement bien après la révolution de 1989, elles contiennent des informations tenues secrètes pendant plus de quarante ans, personnelles et souvent hautement compromettantes pour les anciens agents ou collaborateurs de la StB. Néanmoins, de plus en plus de chercheurs visitent les archives chaque année.

Pour pouvoir consulter les volumes d’enquête menée par la StB sur sa propre personne, il faut souvent se déplacer à Pardubice, mais certains documents sont également consultables dans les archives à Prague. On peut supposer que les débats sur le libre accès aux archives vont se poursuivre à l’avenir comme cela a été le cas jusqu’à aujourd’hui, et que des révélations médiatiques sur le passé obscur de certains fonctionnaires continueront à surgir de temps en temps. Une part considérable des matériaux a été perdue pendant la « révolution de velours » de 1989, mais certains documents intéressants ont été sauvés et on peut considérer qu’un pas important a été franchi lorsque le ministère de l’Intérieur de la République tchèque a autorisé l’ouverture des archives au public, en 1996. Pour les étrangers, il n’y a pas de possibilité de consulter les archives de la StB, seuls les citoyens tchèques y sont autorisés, ce qui rend impossible toute recherche aux historiens étrangers.

On ne peut que suivre attentivement la prochaine étape de l’évolution concernant les archives, jusque-là assez mouvementée, et rien n’indique que ce processus devrait cesser dans les années à venir.

 

 

 

 


[1] Cet article est issu d'un travail universitaire de maîtrise d'histoire de l’Europe centrale contemporaine intitulé : « Milada Horáková : une martyre ? (biographie d'une politicienne tchécoslovaque exécutée dans un procès politique par le régime communiste, 1901-1950) », sous la direction de M. le Professeur Tomasz Schramm et soutenu le 8 juin 2004 à Paris I Panthéon-Sorbonne. L'auteur prépare actuellement un DEA d’Histoire à Paris I.

 

[2] Chiffre indiqué sur le site :  www.mvcr.cz/2003/odbor/as_archiv_odbor_info.html

[3] Mgr. est l’abréviation de « magistr », titre correspondant à 5 ans d’études dans certains domaines.