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Corinne Nicolas, Eglantyne Jebb et les réseaux d'aide à l'enfance

Eglantyne Jebb et les réseaux d'aide à l'enfance

 

 

Bulletin n° 20, automne 2004

 

 

Eglantyne Jebb et les réseaux d’aide à l’enfance

 dans les années 1920-1930

Corinne  nicolas[1]

 

Le 26 septembre 1923 la Déclaration de Genève présentée et élaborée par Eglantyne Jebb est approuvée par la cinquième assemblée de la SDN. Aboutissement d’une longue démarche de secours aux enfants entamée depuis la fin du XIXe siècle, cette charte marque un grand pas en avant dans l’œuvre de protection de l’enfance. Contresignée par des chefs d’État, des ministres, de hauts dignitaires et une foule de personnalités éminentes, elle fut reprise dans son intégralité par l’UNICEF.

Qui est cette femme, aujourd’hui quasiment inconnue qui, par sa persévérance, son action, a tenté d’améliorer le sort des enfants ? De quels réseaux disposait-elle pour ainsi révolutionner l’idée que l’on pouvait alors se faire de la charité, souvent associée à une démarche religieuse et la faire entrer dans les relations juridiques des États ?

 

Origine, formation et premières influences

 

Eglantyne Jebb est née en 1876 en Angleterre, à Ellesmere dans le Shropshire, dans une famille de propriétaires terriens prospères. Enfant, elle fait figure de véritable chef de bande animant les jeux et les sorties de son frère et de ses deux sœurs.

Issue de la meilleure société britannique, son père est plus que réticent à l’idée de voir ses filles étudier à l’université. Sans doute est-il plus enclin, selon les critères de l’ère victorienne, à envisager pour sa fille un beau mariage qui la mettrait à l’abri du besoin. Sa tante paternelle, esprit fort de la maisonnée, obtient cependant pour Eglantyne qu’elle puisse étudier à Oxford. En 1895, elle intègre le prestigieux Margaret Hall College. Elle y étudie l’histoire et prend la ferme décision de dédier sa vie aux plus pauvres.

À l’issue de ses études, elle se lance dans l’enseignement et découvre avec horreur la pauvreté et les misérables conditions de vie de ses élèves. Bien que sa santé l’oblige à arrêter net sa carrière d’enseignante, cette expérience la poussera toutefois à défendre la cause des enfants.

L’éclosion et l’épanouissement des vocations philanthropiques sont rarement exempts d’influences diverses[2]. Dans le cas d’Eglantyne Jebb, il est difficile d’ignorer les rencontres et plus encore le rôle joué par les alliances et réseaux parentaux qui vont permettre à ses velléités juvéniles de se réaliser.

Ainsi, à peine soignée, elle s’investit dans une société de bienfaisance à Cambridge, dirigée par la mère de l’économiste Keynes, et développe à cette occasion déjà une approche plus scientifique que bien-pensante qu’elle relatera dans un ouvrage rédigé en 1906 : Cambridge : A Brief Study in Social Questions. On peut rapprocher cette étude de celle publiée par Charles Booth London Life and Labour ou des travaux menés en France par Frédéric Le Play. Déjà elle y fait valoir la théorie que seule l’éducation permet d’assurer aux plus défavorisés une véritable ascension sociale. Elle rencontre au sein de cette société de bienfaisance la fille de la fondatrice, Margaret, future épouse du prix Nobel A.V. Hill et fondatrice de huit maisons de retraite pour personnes âgées. Cette amitié ne se démentira jamais.

Une influence, plus politique cette fois, est exercée par son beau-frère Charles Roden Buxton : député libéral, il s’orientera plus avant vers le socialisme et deviendra avec sa femme membre de l’Église des Quakers.

Un voyage en Europe, qui dura deux ans, entrepris afin d’améliorer la santé de sa mère, permettra à Eglantyne Jebb d’écrire un roman The Ring Fence. Elle y conspue les plus riches et passe en revue les malheurs d’un pauvre paysan. Mais cette impuissance à agir va la préparer d’une certaine façon à aller plus loin dans l’action dès que l’opportunité se présentera.

 

Genèse du SCF et de l’UISE 

 

En 1913, son beau-frère la lui offre. Elle doit se rendre dans les Balkans, au nom du Macedonian Relief Fund, société de bienfaisance constituée afin de soulager la misère de la population. Entre les Serbes victorieux et les Albanais musulmans, alliés des Turcs et vaincus, elle ne veut pas choisir.

Elle fait alors l’expérience des conflits, liés non seulement au problème des nationalités, mais aussi aux divergences religieuses qui conduisent à de tragiques déplacements de populations civiles. Cette expérience vécue par Eglantyne Jebb est comparable à celle d’Henri Dunant sur les champs de bataille de Solférino – ce dernier revient de son voyage convaincu de la nécessité de porter assistance aux soldats blessés. Eglantyne Jebb, quant à elle, à son retour pense qu’il est indispensable d’assister les populations civiles et plus particulièrement les enfants et leurs mères tant leur vulnérabilité lui semble évidente. Comme l’écrira à l’issue de la Première Guerre mondiale Georges Bernard Shaw, grand défenseur du projet d’Eglantyne Jebb : « Je ne connais pas d’ennemis de moins de sept ans ». Dorénavant profondément pacifiste, elle ne manque aucune occasion pour dénoncer la barbarie de toute guerre. Toutefois, jusqu’en 1916, affaiblie par des problèmes de thyroïde, elle doit se retirer. Enfin rétablie, elle se lance avec sa sœur dans la rédaction d’une revue de presse nationale et internationale. Sa sœur a en effet négocié avec le service du Premier ministre la possibilité de recevoir, en ces temps de guerre où sévit la censure, des journaux également publiés dans les pays ennemis. Elles souhaitent montrer l’égale souffrance des populations vaincues ou victorieuses, leurs enfants partageant les mêmes malheurs. Cette publication reçoit les contributions de membres éminents du CICR et de la Croix-Rouge comme le Dr Ferrière.

1918 et l’armistice ne marquent en aucun cas la fin du cauchemar pour les enfants d’Europe centrale confrontés à la famine et à la maladie. Bouleversées par tant de souffrances, Eglantyne Jebb et sa sœur, aidées par leurs amis, Lady Courtney of Penwith, Lord Parmoor, entre autres, tous issus de la meilleure société britannique, associés par leur mandat ou leur famille aux affaires du royaume, lancent un comité de lutte contre la famine. Il est à noter que lors du premier rassemblement organisé le 1er janvier 1919 à Central Hall, dans le quartier de Westminster, afin d’attirer l’attention des parlementaires, non seulement les discours développent le thème de l’ignoble blocus qui maintient les populations d’Europe centrale dans cette horrible famine, mais défendent également les thèses du président Wilson, et la création d’une future Société des Nations, garante d’un droit international.

Rapidement, des mouvements analogues, en faveur de ces affamés, naissent en Suisse, en Suède et en France, et se rallient à ce comité qui étend son action au secours aux enfants. C’est ainsi que le Save the Children Fund, créé en Grande-Bretagne, se ramifie et se structure autour de l’UISE, l’Union internationale de secours aux enfants, baptisée à Genève dans les locaux mis à sa disposition par le CICR. La composition du comité d’honneur de l’Union met en évidence tous les liens qui existent et qui vont se renforçant entre le CICR et, plus tard, la SDN – où siègent Gustave Ador, Hjalmar Branting, Lord Robert Cecil et Giuseppe Motta. Parmi ces derniers, Motta et Ador ont non seulement présidé la Confédération helvétique, mais ont également présidé le CICR. Motta fut celui qui négocia l’installation de la SDN à Genève tout en assurant, par la déclaration de Londres, d’une part la compatibilité de la neutralité suisse et l’inviolabilité du territoire et surtout d’autre part la participation aux organisations internationales comme l’avait stipulé l’article 435 du traité de Versailles. Il sera élu président d’honneur de la première assemblée de la SDN. Le travail de l’Union ne fait alors que commencer sous la surveillance des délégués de la Croix-Rouge et du CICR présents au sein même du Comité, comme Suzanne Ferrière, ou encore Étienne Clouzot.

Les principes directeurs de l’œuvre sont énoncés clairement :

 le travail pour l’enfant doit être mutuel et international,

– une association nationale ne pouvait s’affilier à l’Union qu’à la condition de souscrire au fonds international, c’est-à-dire de seconder le travail dans d’autres pays aussi bien que dans le sien.

La caractéristique dominante du mouvement de secours aux enfants c’est qu’il choisit le monde comme champ d’action pour lutter contre tout danger de nationalisme. Les hommes, aux yeux des fondateurs de l’UISE, ont un devoir de protéger les plus faibles d’entre eux et il leur paraît évident que les enfants sont la matière dont sera faite la Société des Nations. Cette œuvre de collaboration doit conduire à la paix. Les mots d’ordre définis résument ce qui fut souvent présenté comme l’esprit de Genève : une civilisation devait voir le jour, conçue de façon à ce que chaque être humain jouisse de la possibilité de mener une vie normale, chaque enfant en l’occurrence devant avoir le droit de saisir sa chance.

Ainsi, comme l’écrit Marc-Auguste Borgeaud :

Ce n’est que par l’expérience des bienfaits de ce service international que les États comprendront l’utilité de l’existence de l’UISE, et s’efforceront de lui fournir les moyens de réaliser toute sa mission. Ce n’est qu’après avoir répandu la charité sur le monde que la Croix-Rouge est devenue moralement universelle. Elle montre la voie à l’UISE. L’Union a devant elle un grand exemple. Ce que la Croix-Rouge a apporté à l’humanité dans les temps douloureux de la guerre, l’Union s’efforcera de le réaliser pendant la paix. Elle est la conséquence logique de la grande idée de 1863, le complément de la Croix-Rouge de Genève [3].

 

Des moyens et de nombreuses interventions

 

Eglantyne Jebb a recours à une communication ultramoderne pour l’époque. Elle s’associe à un publicitaire et, sur ses conseils, elle achète non seulement des pages entières de journaux mais fait diffuser des photographies poignantes d’enfants décharnés, de mères exsangues. Ses méthodes choquent certains bienfaiteurs encore marqués par les codes de valeurs victoriens. Aux yeux de certains, un excès de pathos est manifeste. La réussite est pourtant au rendez-vous : les Églises anglicane, romaine, suisse la soutiennent – le pape Benoît XV, à la fin de l’année 1920, va même jusqu’à adresser au monde entier une encyclique dans laquelle il rend hommage à l’UISE. Au cours des années 1920-1921, l’UISE reçoit de Rome la somme de cinq millions de lires en faveur des enfants éprouvés. Dès août 1920, la deuxième Internationale socialiste réunie à Genève adopta une résolution demandant aux gouvernements d’Europe de subventionner des centres de ravitaillement pour les enfants et d’en garantir l’administration impartiale en confiant l’œuvre « à des sociétés existant dans différents pays par exemple au SCF anglais, affilié à l’UISE ». A cet effet, la Fédération des mineurs de Grande-Bretagne remit plus de 30 000 livres au SCF.

Au mois de février 1920, se tint à Genève le premier Congrès des œuvres de secours aux enfants des pays éprouvés par la guerre. Des fonds furent attribués à l’Arménie, l’Allemagne, l’Autriche ; des cuisines furent installées dans les grandes villes de ces pays. Des corbeilles circulaient (berceau-corbeille) avec divers objets de première nécessité. Elles furent prêtées aux mères des nouveaux-nés.

Le 21 janvier 1921, l’UISE ouvrit à Budapest ses premières cantines scolaires en collaboration avec l’ARA et 50 000 enfants y furent ravitaillés. :

L’ARA… cette œuvre de secours, qui a pris par la suite un caractère purement américain, avait été international au début, puisque au lendemain de l’armistice, le gouvernement américain faisait appel aux gouvernements alliés pour dresser de concert, un programme général auquel chaque gouvernement participerait selon ses moyens.

Malheureusement cette participation diminua de plus en plus, et cessa presque complètement à la liquidation de l’ARA sous sa première forme, c’est-à-dire à la signature de la paix, au moment où le système de crédits gouvernementaux faisait place à la collaboration des organisations charitables. Est-ce parce que l’Amérique n’avait fait appel, au lendemain de la guerre, qu’à des gouvernements, ou bien est-ce parce que l’Europe n’était pas prête encore à entrer dans le grand trust international de la charité[4] ?

D’où l’intérêt pionnier du travail que mena l’UISE en Europe, à ses débuts notamment. Au mois de mars, une première mission de secours partit en Russie et le même mois elle commença à ravitailler les enfants russes, réfugiés à Constantinople, ainsi que dans les Balkans (en particulier à Belgrade) :

Pendant les années 1920-1921, la collaboration internationale dans le domaine du secours prit un rapide essor. Les initiatives prises par l’UISE pour nourrir les enfants à Budapest et venir en aide aux enfants des réfugiés russes trouvèrent auprès du SCF anglais, un appui constant. On considérait à Londres que les enfants des réfugiés russes avaient un droit particulier à l’assistance car ils étaient exposés à de plus grandes souffrances que d’autres qui tout en subissant les affres de la faim ont au moins un toit pour les abriter et vivent dans des conditions d’ordre relatif sous un gouvernement responsable de leur bien-être. Tous les États limitrophes de la Russie ont ainsi dépensé de fortes sommes pour nourrir les enfants des réfugiés russes se trouvant sur leur territoire. De son côté, l’UISE qui dirigeait l’œuvre de secours dans les États balkaniques assistait ces enfants dans d’autres pays encore et utilisait dans ce but des fonds recueillis ailleurs[5].

Tout le travail mené en Russie déchaîne l’hostilité de la presse qui répandit le soupçon que les trains étaient en fait détournés pour l’Armée rouge. C’est Nansen lui-même qui intervint pour que l’UISE vinsse en aide à la population russe. L’UISE ne souhaitait pas sortir de sa sphère, celle des enfants, et accepta de nourrir tout individu âgé de moins de seize ans. Les fonds récoltés permirent à ce moment-là d’entreprendre des actions à grande échelle en collaboration avec le CICR, la SDN, l’UISE intervenant toujours en faveur des enfants.

 

Des secours d’urgence à une activité plus constructive et préventive

 

Le dépouillement des comptes rendus des séances hebdomadaires, puis bi-mensuelles, du Comité de l’UISE, conservés aux archives d’État de Genève, permet de suivre l’évolution de la réflexion d’Eglantine Jebb. Le contenu des réunions de travail est très dense au début, tant la guerre a laissé l’Europe en plein chaos. Mais dès la fin de 1922, elle souhaitait qu’outre l’assistance matérielle apportée aux enfants soit également assurée leur protection.

À partir de 1923, le nombre d’enfants secourus diminua à mesure que les conditions de vie en Europe s’améliorèrent. Les organisations nationales elles-mêmes, fortifiées, réorganisées, ou créées étaient également mieux à même de subvenir aux besoins des enfants des différents pays.

L’urgence est alors dépassée et il apparaît nécessaire de fixer une fois pour toutes des principes internationaux intangibles garantissant le droit des enfants. La tradition veut que ce soit lors d’une promenade au Salève près de Genève que les cinq points suivants s’imposèrent à Miss Jebb. La plupart des ouvrages qui lui furent consacrés dans les années trente peignent une femme d’une grande énergie en dépit d’une constitution fragile, d’un certain charisme, de mise austère – une sorte de nonne laïque, qui ne cachait pas sa confession sans prosélytisme tapageur, son costume féminin rappelant quelque peu celui des pasteurs ce qui, dans Genève, se portait fort bien.

Voici ce qui fut présenté au Comité le 23 février 1923 :

Par la présente Déclaration des Droits de l’Enfant, dite Déclaration de Genève, les hommes et les femmes de toutes les nations, reconnaissant que l’Humanité doit donner à l’enfant ce qu’elle a de meilleur, affirment leurs devoirs, en dehors de toute considération de race, de nationalité et de croyance : L’Enfant doit être mis en mesure de se développer d’une façon normale, matériellement et spirituellement.

L’Enfant qui a faim doit être nourri, l’enfant malade doit être soigné, l’enfant arriéré, doit être encouragé, l’enfant dévoyé doit être ramené, l’orphelin et l’abandonné doivent être recueillis et secourus.

L’Enfant doit être le premier à recevoir des secours en temps de détresse.

L’Enfant doit être mis en mesure de gagner sa vie et doit être protégé contre toute exploitation.

L’Enfant doit être élevé dans le sentiment que ses meilleures qualités devront être mises au service de ses frères [6].

L’approbation est unanime et emporta notamment celle de Gustave Ador, alors à la tête du CICR, et qui défendit plus tard sa ratification par la SDN (ce qui fut obtenu en 1924 lors de la Ve Commission). En France, le ministre de l’Instruction publique ordonna qu’elle soit affichée dans toutes les écoles. À partir de 1924, l’activité d’Eglantyne Jebb s’intensifia encore alors que son état de santé, toujours des plus incertains, lui commandait de se ménager. Elle conserva intacte sa soif d’enseigner et la protection de l’enfant passait à ses yeux par l’accès à l’instruction  (aider ces enfants à grandir afin de les rendre autonomes). Elle multipliait les rencontres, les discours et surtout tenta de trouver une solution au dilemme qui animait l’ensemble du Comité.

Voici un extrait du compte rendu du 2 juin 1925 :

Miss Jebb estime qu’il y a deux questions à considérer : la première est de savoir si nous désirons développer notre œuvre dans un autre cadre, ou si nous désirons la terminer. Le SCF peut faire œuvre de secours sans l’aide de l’Union. Par exemple pour notre action en Bulgarie rien ne nous empêche de faire notre action nous-mêmes sans passer par l’Union.

Tandis que si nous désirons faire œuvre de protection dans un sens vraiment international nous sommes dans l’impossibilité de travailler sans l’aide de l’Union ; et la seconde question à considérer est de savoir comment nous trouverons les moyens pour nous procurer des fonds pour cette œuvre constructive.

Au mois d’août 1925, l’UISE organisait à Genève le premier Congrès général de l’enfant qui réunit 1 043 participants venus de 43 pays différents. À partir de là, les buts de l’œuvre se modifièrent. Il s’agit alors de créer dans les pays où la protection de l’enfance était insuffisante, des institutions modèles efficaces et prévoyantes d’assistance aux enfants. L’aide matérielle ne disparut cependant jamais. Tout au long des années 1920-1930, des secours individuels furent adressés à de nombreux enfants notamment par le biais des « photocartes » qui permettaient le parrainage. Les parents adoptifs s’engageaient à faire parvenir un soutien financier, assurant ainsi à leur protégé un niveau de vie décent. Le 22 mars 1926, se réunit pour la première fois la Commission consultative pour la Protection de l’enfance et de la jeunesse de la SDN. L’UISE, invitée, y était représentée par Eglantyne Jebb – elle avait donc trouvé là un moyen de développer des relais à l’échelle internationale favorisant, grâce au BIT, la formation des plus jeunes. Dès 1928, l’UISE chercha à étendre son action en Asie et en Afrique. Mais le 17 décembre 1928, Eglantyne Jebb s’éteignit et ne put donc prendre part en 1931, à la Conférence internationale pour l’enfance africaine.

En 1934, la 15e session de la SDN réaffirma son adhésion à la charte de Genève. Elle survécut à la Seconde Guerre mondiale et fut votée dès 1946 par la toute jeune ONU. Ainsi, le long combat d’Eglantyne Jebb en faveur du droit des enfants est toujours d’actualité et semble malheureusement loin d’être définitivement et durablement gagné.

 

 


[1] Doctorante à l’université Paris I Panthéon-Sorbonne, prépare une thèse sous la direction de Marie-Pierre Rey.

[2] Association de recherche sur les philanthropies et politiques sociales, Philanthropies et politiques sociales en Europe XVIIe-XXe siècles, 1994.

[3] Borgeaud (Marc-Auguste), L’Union internationale de secours, Paris, Sirey, 1932.

[4] Ferrière (Suzanne), secrétaire générale adjointe de l’UISE, « L’œuvre de Hoover en Europe depuis l’armistice », Revue internationale de la Croix-Rouge, mai 1923.

[5] Gorge (Camille), L’Union Internationale de secours : ses origines, son but, ses moyens, son avenir, Genève, 1938.

[6] Archives d’État de Genève, Fond UISE. En attente de classement mais consultable sur leur site Internet : http://www.geneve.ch/archives/expo/enfance.