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Constance Micalef, Le KPD et le Comintern

Le KPD et le Comintern

 

 

 

Bulletin n° 20, automne 2004

 

 

Le KPD et le Comintern

(1919-1933)

Constance  Micalef[1]

                                     

 Entre 1919 et 1933, le centre de gravité du Comintern[2] a été l’Allemagne. Le KPD, die Kommunistische Partei Deutschlands (parti communiste allemand) est  une section de l’Internationale communiste. Les Soviétiques considéraient l’Allemagne comme le « pionnier de la révolution prolétarienne »3. Ainsi l’objectif du Comintern en Allemagne jusqu’en 1923 est clair : la victoire révolutionnaire. Mais à partir de 1924, les changements politiques en URSS et en Allemagne orientent KPD et Comintern vers des horizons nouveaux. Le Comintern, pensé lors de sa fondation comme délié de toute attache nationale, devient peu à peu un instrument au service de l’URSS. Les dirigeants de la République de Weimar reprochent tout au long de ces années l’ingérence soviétique dans la politique allemande par le biais du KPD4. Dès lors il faut s’interroger sur les liens qui unissaient un parti politique national et une organisation internationale et considérer pour cela l’évolution de l’Internationale et celle du parti communiste allemand. Le degré d’indépendance du KPD vis-à-vis du Comintern et le rôle de l’Internationale dans les combats du KPD évoluent dans le temps. Les changements au sein de la direction du KPD et du pouvoir soviétique en sont le reflet.

 

L’Allemagne, centre de la révolution mondiale ?

 

Le parti communiste allemand est fondé avant l’Internationale communiste, les 30-31 décembre 1918 et 1er janvier 1919 à Berlin. Celui qui est chargé d’organiser ce nouveau parti, envoyé par Moscou, est Karl Radek5. Suivons son itinéraire pour comprendre l’évolution du parti communiste allemand. Radek arrive illégalement en Allemagne le 24 décembre 1918, six semaines après l’éclatement de la révolution de novembre 1918 et bien après l’expulsion d’Adolf Joffe, le représentant soviétique à Berlin, le 5 novembre 1918. L’Empereur est en fuite et la République a été proclamée dès son abdication, le 9 novembre 1918. Il participe en tant que bolchevique à la fondation du parti. Pour Lénine la création du parti communiste allemand fonde de fait l’Internationale communiste6. Radek fut le premier des instructeurs7, envoyé par le gouvernement soviétique pour appliquer sa politique. Quelle est-elle en cette fin d’année 1918 ?

Le discours, daté du 31 décembre 1918, que Radek prononce à ce moment là est d’une importance capitale : a-t-il ou non encouragé à la révolte ? Radek désirait-il organiser un état révolutionnaire en Allemagne pour protéger la révolution russe ? S’il le proclama dans son discours8, il savait que le nombre de Spartakistes9 était ridiculement bas et que les Allemands n’étaient pas prêts pour une révolution, si désorientés qu’ils fussent par la fuite de l’Empereur. Visionnaire, Radek montre là une intuition politique incomparable puisqu’il considère les tentatives putschistes comme risquant de nuire avant tout au développement du nouveau parti. Il maintient cette position lors des événements dits de la « Semaine sanglante » qui opposent à Berlin forces de l’ordre et groupuscules gauchistes10. Ces affrontements se terminent par les meurtres de Rosa Luxembourg et Karl Liebknecht, le 15 janvier 1919 tandis que Radek parvient à se cacher jusqu’à son arrestation le 12 février 1919. Au lendemain de l’insurrection, le jeune parti communiste est dans une situation catastrophique. C’est dans sa cellule, véritable « salon politique »11 que Radek reprend contact avec le KPD par l’intermédiaire de Ruth Fischer qui fait le lien avec la centrale du KPD et son dirigeant Paul Levi. Tandis que Radek essaye de rétablir une politique soviétique en Allemagne, est fondée à Moscou l’Internationale communiste.

Lors du Congrès fondateur de l’Internationale communiste (IC) qui a lieu du 2 au 6 mars 1919, un seul représentant du parti allemand est présent : Hugo Eberlein12 . Mandaté par son parti pour s’opposer à la création d’une Internationale, il s’abstient pourtant lors du vote final. L’Internationale est fondée avec comme président Zinoviev et comme siège Moscou. Si le centre politique est, dès la fondation, situé en Russie, très vite les responsables de l’IC ont essayé d’établir des « bureaux » en Occident, avant-poste du Comintern. Un de ces bureaux se trouve à Berlin et va être organisé par Iakov Reich, connu sous le nom du camarade Thomas13. C’est lui qui va mettre en place le secrétariat d’Europe occidentale de l’Internationale communiste (WES) dès l’automne 1919. En collaboration avec Radek, il crée différentes maisons d’édition. Sans être une émanation du bureau exécutif de l’IC, ce secrétariat va surtout servir à établir des liaisons clandestines entre Berlin et Moscou pour que l’Internationale puisse être informée de ce qui se passait en Allemagne et organiser des passages clandestins14.

Tandis que les contacts se nouent entre les militants des deux pays, le KPD tente de se reconstruire. Le congrès de Heidelberg se tient à partir du 20 octobre 1919. Instruit par l’expérience des  premiers mois de 1919 comme par celle du congrès de fondation, Paul Levi15 à la tête de l’organisation, s’efforce de réorganiser le parti. Il fait scission avec les membres radicaux qui refusaient de participer aux élections et aux syndicats. Radek s’oppose à cette scission de peur que le KPD devienne une secte insignifiante mais Levi ne tient pas compte des avertissements de Radek. Cet épisode montre l’indépendance du parti par rapport aux bolcheviques. Radek rentre à Moscou à la fin du mois de janvier 1920. Dans son « salon politique », sa réflexion a mûri. C’est en révolutionnaire expérimenté qu’il affirme aux dirigeants russes que l’Allemagne n’est pas prête pour un mouvement révolutionnaire16. Mais la guerre contre la Pologne ne permet pas à Moscou de douter jusqu’à l’armistice du 12 octobre 192017.

 

 

Le tournant des années 1920 et 1921

 

Lors du putsch de Kapp18 en mars 1920, les communistes refusent de soutenir une lutte menée par des groupements syndicaux proches du SPD, estimant que les circonstances n’étaient pas favorables pour prendre le pouvoir. Cette passivité de la direction communiste provoque une scission de la gauche, qui forme les 4 et 5 avril 1920, le KAPD19.

L’attitude de Radek est tout à fait révélatrice de l’orientation générale de l’Internationale communiste au début des années vingt. La fin, la révolution mondiale à tous prix, justifie les moyens, comme l’appui à un régime qui se réclame du pouvoir militaire. En effet, dans un article paru dans Isvestija le 16 mars 1920, Radek soutient le putsch de Kapp en considérant qu’une victoire des insurgés pourrait avoir des conséquences positives pour la Russie en obligeant la France à utiliser la Pologne contre l’Allemagne et non plus contre les Soviets20 . Cependant, cette attitude de Radek semble plus dictée par des tactiques politiques afin d’isoler Paul Levi. Peu après, Radek condamne le putsch de Kapp21 et accuse Levi d’attentisme révolutionnaire. Pourtant Radek ne suit pas Zinoviev et Boukharine qui semblent avoir voulu corriger la passivité du parti allemand en contrebalançant l’influence de Levi par la réintégration des gauchistes du KAPD22. Radek s’y oppose fermement, allant jusqu’à soutenir, lors du deuxième congrès du Comintern (19 juillet 1920-21 août 1920), les délégués du KPD dans leur protestation contre l’invitation des représentants du KAPD (en réalité ce sont les délégués du KAPD qui refuseront de prendre part au congrès). Cet acte d’indiscipline envers le parti russe et l’exécutif lui vaut d’être écarté du Secrétariat du Comintern le premier août. Mais la leçon principale de la passivité du KPD face au putsch de Kapp est l’assurance de l’impérieuse nécessité pour les membres de l’IC d’intervenir dans les affaires allemandes.

Après l’échec du putsch de Kapp, les Indépendants (USPD)23, acteurs principaux de la résistance, obtiennent un succès conséquent lors des élections de juin 1920 (élections au Reichstag) : 5 millions de voix contre 6 millions pour la social-démocratie. Pour les communistes, la leçon essentielle de ces élections où ils n’obtiennent qu’un score très modeste (442 000 voix) reste que : « Les masses ouvrières abandonnent la social-démocratie pour l’USPD qui constitue désormais le passage obligé pour la constitution d’un parti communiste de masse »24. De son côté, l’USPD envoie au deuxième congrès de l’IC quatre représentants de son parti (Crispien, Dittmann, Stoecker et Däumig) qui reviennent divisés tant de leur voyage à Moscou que des 21 conditions d’admission à l’Internationale. Le congrès de l’USPD se prépare dans une atmosphère enfiévrée. Lénine choisit Zinoviev et Losovsky comme représentants officiels pour le congrès de l’USPD à Halle qui commence le 12 octobre 1920. Par 237 voix contre 156, le congrès vote l’adhésion à l’Internationale communiste. L’expulsion de Zinoviev d’Allemagne après le congrès de Halle permet à Radek de devenir l’émissaire du Comintern pour le congrès d’unification de l’USPD (sans la minorité qui maintient un temps l’appellation USPD, jusqu’à son intégration dans le SPD en 1922) et du KPD à Berlin qui se déroule du 4 au 7 décembre 1920. Cette réunion va donner naissance au parti communiste unifié (VKPD) dirigé par Paul Levi.

Le congrès de Halle, puis celui de la fondation du parti communiste unifié, furent les premières grandes victoires de l’Internationale dans la voie de la construction de partis communistes de masse. L’envoi de révolutionnaires professionnels suivait les mêmes objectifs. Si Karl Radek dirige le parti allemand jusqu’en 1923 au nom du Comintern, cela n’empêche pas l’envoi de représentants de l’Internationale communiste auprès des dirigeants allemands pour un temps plus long. Ainsi entre 1921 et 1923, August Kleine-Guralski est muni des pleins pouvoirs auprès de la centrale du KPD25. En même temps que lui, arrivent en 1921 deux autres collaborateurs de l’exécutif, Josef Pogany et Bela Kun26. C’est ce dernier, membre de l’exécutif de l’Internationale et partisan de « l’offensive révolutionnaire » qui organise l’action de mars.

Elle consiste à soulever et à armer les travailleurs pour prendre le pouvoir et instaurer un gouvernement révolutionnaire. L’occasion est donnée par l’occupation par la police dans la région de Saxe de certains secteurs industriels pour y maintenir l’ordre face aux communistes27. Un appel à la grève lancé le 21 mars, par la centrale communiste allemande est peu suivi. Du 24 au 29 mars, la police intervient. Le 1er avril, l’action révolutionnaire a complètement échoué. L’échec de l’action de mars représente un tournant dans l’histoire du communisme allemand et dans la politique soviétique. Les effectifs du KPD passent de 450 000 à 180 000 adhérents28. Il s’agit de « la liquidation de plusieurs années d’efforts de construction » 29.

Levi (en prison au moment des faits) qualifia cette action d’anarchiste, inspirée de Bakounine, et non de Marx. Il publia le 3 avril, à Vienne, Unser Weg wider den Putschismus30 qui critiquait l’action de mars. Cependant la réunion des dirigeants du parti communiste allemand le 7 avril 1921, par 26 voix contre 14, approuva l’action de mars ordonnée par le Comité central de Moscou et excluait, le 15 avril, Paul Levi des rangs du parti. Le 29 avril, le Comité exécutif du Comintern prononça la condamnation de Paul Levi : « Paul Levi est un traître ». Ce fut la première fois qu’un chef de parti était qualifié de traître et en tête de cette condamnation se trouvaient à côté de la signature de Lénine, celles de Zinoviev, Trotsky, Boukharine et Radek. Le troisième congrès du Comintern (22 juin-12 juillet 1921) approuva à la fois l’expulsion de Levi du Comintern et la politique de « conquête des masses » contre la « théorie de l’offensive », théorie condamnée pourtant par Levi lui-même.

L’évolution du Comintern et du parti communiste allemand est cruciale au cours des deux années 1920 et 1921. En fait, on pourrait définir cette époque de tournant pour les deux organisations, dans leur évolution respective d’une part, et dans leurs relations communes d’autre part. C’est à partir de cette époque que le parti communiste allemand se constitue en parti de masse sous l’influence du Comintern. Dès lors la parenté entre le mouvement communiste allemand et le mouvement soviétique est chose faite. La question des relations de Paul Levi avec Moscou semble particulièrement intéressante au regard de la politique ultérieure du parti communiste russe et des autres partis communistes existants. C’est au niveau du rapport entre les sections nationales et l’exécutif que réside la clé de l’affrontement entre Levi et Radek. Si celui-ci est en accord avec Lénine et Zinoviev sur la question, il s’oppose par contre totalement à Levi. Successeur de Rosa Luxemburg et donc d’une certaine tradition d’indépendance à l’égard des bolcheviques, chef légitime mais contesté du parti communiste allemand, Paul Levi ne peut que s’opposer à la politique du Comintern menée par Karl Radek. Ainsi les différents dirigeants qui refusèrent la domination de Moscou, Paul Levi d’abord, Ernst Friesland31 ensuite, furent démis de leur fonction.

 

Entre Front uni et espérances révolutionnaires

 

Après l’échec de la campagne polonaise en 1920, Radek inaugure une nouvelle tactique qui rend plus viable la politique du Comintern, face aux échecs de l’instauration d’un gouvernement révolutionnaire en Allemagne et à la consolidation du pouvoir soviétique : celle du front uni. Elle vise à internationaliser le front commun ouvrier pour organiser des démonstrations internationales contre le réarmement, pour l’annulation des dettes de guerre, contre l’occupation de la Ruhr, et pour la reconnaissance de la Russie soviétique. Une conférence entre sociaux-démocrates et communistes  a lieu à Berlin du 2 au 5 avril 1922. Elle échoue. Mais au quatrième congrès du Comintern (du 5 novembre au 5 décembre 1922), la tactique du front uni est introduite dans les thèses officielles du Comintern et remplace celle de la lutte révolutionnaire professée au deuxième congrès et condamnée au troisième. Cette tactique n’impliquait pas la fusion des PC avec les socialistes, les communistes devaient garder leur propre organisation ainsi que leur liberté d’action et de propagande.

À peine l’année 1923 avait-elle commencé, que la situation mondiale changea brutalement. Le 11 janvier 1923, les Français et les Belges marchent vers la Ruhr pour obtenir de l’Allemagne le montant des réparations de guerre. Cette occupation prive l’Allemagne de 80 % de ses ressources. Les travailleurs allemands réagissent par une résistance passive et une totale solidarité avec leur gouvernement refusant de produire des biens pour les armées alliées32. L’occupation de la Ruhr mettait au défi les communistes sur plusieurs niveaux : celui du régime soviétique, qui venait de conclure un accord diplomatique et économique important avec l’Allemagne33, celui du Comintern qui venait juste de proclamer une stratégie de front uni pour faire face à un climat qui ne se voulait pas révolutionnaire, et celui du KPD, qui était forcé de répondre de la situation afin de garder son influence parmi les travailleurs. Alors qu’a lieu le douzième congrès du parti communiste à Moscou (17-25 avril 1923), la situation en Allemagne devint pour le KPD de plus en plus aiguë. Les travailleurs de la Ruhr avaient cessé le travail et le gouvernement ne pouvait indéfiniment financer une grève. Il trouva une solution en imprimant des marks au-dessus des capacités du trésor. L’inflation liquida les économies de millions de citoyens allemands, ce qui fragilisa la situation politique. Tentée par l’opportunité, la gauche du KPD essaya une nouvelle fois de se défaire de la tactique du front uni en faveur d’une politique révolutionnaire. Si 1923 n’était pas l’année de la révolution en Allemagne, quand le moment viendrait-il ? Le KPD se mit en position de force en créant une situation favorable à une action subversive. Radek retourna en Allemagne en mai et tenta de contenir le KPD. Mais il n’était pas aussi sûr de lui concernant l’implantation traditionnelle du front uni qu’il l’avait été précédemment. La situation du printemps 1923 demandait une approche nouvelle, particulièrement devant le danger d’une scission à l’intérieur du KPD ou pire un putsch de la gauche. Si le KPD n’agissait pas, d’autres allaient en profiter pour exploiter politiquement la misère en Allemagne.

En juillet 1923, deux ou trois semaines après que Radek eut commencé la campagne Schlageter34, la situation allemande devint intenable. L’influence du KPD était très forte sur les masses appauvries. Le 12 juillet 1923, Die Rote Fahne appela à une journée antifasciste pour le 29. Radek voulu tenter d’éviter toute provocation qui aurait poussé la bourgeoisie allemande à en appeler aux Français et s’opposa à cette initiative. Il obtint l’appui de Staline contre Zinoviev et Boukharine. Mais le KPD ne suivit pas les conseils de Radek et la manifestation eut lieu et obtint un grand succès. Le 13 août le gouvernement Cuno fut remplacé par celui de Stresemann qui était connu pour ses orientations pro-françaises. La nomination de Stresemann comme chancelier provoqua un choc en Russie. Dès le 23 août à Moscou, le Politburo discuta des possibilités de révolution en Allemagne35. Radek fut chargé de l’opération avec Piatakov. Le lendemain de leur arrivée, ils se rendirent compte que Brandler36 avait persuadé la plupart des conjurés de remettre l’action, c’est-à-dire le projet de grève générale dans les usines de Saxe, qui devait se transformer en insurrection les 22 et 23 octobre. En effet, les sociaux-démocrates saxons sur qui reposaient une partie de l’insurrection s’étaient dérobés par manque de légitimité nationale. Le putsch commença à Hambourg mais isolé, il échoua37. L’Octobre allemand n’avait pas eu lieu. Karl Radek fut écarté de toutes fonctions officielles à la suite de cet échec.

 

La « bolchevisation » : 1924-1928

 

La bolchevisation du parti communiste allemand peut se traduire comme une « greffe bolchevique sur le corps allemand » en ce sens qu’elle est la tentative d’organiser le parti allemand en un organe communiste dépendant du parti communiste russe par son mode d’organisation, ses mots d’ordres et ses objectifs38. Si cette bolchevisation est déjà en cours avec l’adhésion de chaque parti aux 21 conditions décidées au deuxième congrès de l’Internationale, ses effets sont perceptibles à partir de l’année 1924. La défaite allemande aligne le KPD sur une politique décidée par Moscou. La supériorité de l’expérience russe est un argument de poids pour affirmer la justesse d’une telle orientation. Les luttes fractionnelles au sein du parti russe39 se reflètent dans le choix de Moscou des dirigeants allemands. De fait, c’est par le biais du Comintern que les changements ont cours. Mais l’organisme international est lui-même prisonnier des décisions de la Centrale russe.

Ainsi la centrale du KPD à la suite de l’échec de 1923, se divise en trois tendances appelées de droite (il s’agit de Brandler et ses partisans), de gauche (représentée par Ruth Fischer) et du centre. La fraction du centre l’emporte en décembre 1923 dans son analyse de la situation politique40. Lors de la 13e conférence du PC russe (16-18 janvier) en attendant le vote du congrès, Hermann Remmele41 est choisi comme président et Ernst Thälmann comme vice-président par l’exécutif. Lors du congrès du KPD à Francfort (10-14 mai 1924) les délégués votèrent pour une nouvelle centrale orientée « à gauche » qui prôna la bolchevisation comme moyen de préparer la révolution. Arkadi Maslow et Ruth Fisher42 représentants de cette tendance, étaient appuyés par Zinoviev et devinrent les dirigeants du KPD. Ce dernier s’assurait un appui alors que la bataille pour le pouvoir faisait rage en URSS. Mais cette radicalisation isola le parti communiste allemand. Ainsi, si aux élections de mai 1924, lors des élections pour le Reichstag, le parti conservait 12,6% des voix, les élections du président du Reichstag d’avril 1925 donna 6,3% de voix au candidat Ernst Thälmann43. Die Rote Fahne, le journal du parti communiste allemand publie le 1er septembre 1925 une Lettre ouverte qui condamna la politique de Fischer et Maslow considérée comme isolationniste44. La direction de Fischer-Maslow avait pourtant toute la confiance du Comintern mais pas celle du parti russe. Ils sont écartés de la direction après la publication de la Lettre ouverte. Ainsi cet échec du KPD fragilisait la position de Zinoviev dans son combat contre Staline. Il est exclu du poste de président du Comintern en octobre 1926 pour être remplacé par Boukharine peu après. Juste avant, à une conférence fin octobre 1925, Thälmann, l’homme de Staline, prend la tête du parti. Les tendances de gauche s’effacèrent au sein du KPD tout au long de l’année 1927 pour laisser place à un exécutif tout puissant et permettre la prépondérance des décisions dictées par Moscou.

Thälmann partage la direction du KPD avec Arthur Ewert et Ernst Meyer44. Au cours du sixième congrès du Comintern en 1928, le terme de « social-fasciste » devient le vocable du parti. Cette condamnation de toute politique commune avec la social-démocratie est refusée par Arthur Ewert qu’on affuble alors du terme de « conciliateur ». Après la fusillade du 1er mai 192845, où 32 communistes trouvent la mort sous les balles de la police social-démocrate, la rupture est consommée. Le mot de « social-fasciste » avait désormais une signification dans l’univers communiste. Cette politique « classe contre classe », va être mise en oeuvre par le KPD « bolchévisé » et son dirigeant Thälmann qui bénéficie du soutien inconditionnel de Moscou comme le montre l’affaire Wittorf.

Le chef du parti communiste Thälmann protège un membre du parti à Hambourg, Wittorf, qui a commis une malversation financière. Mais l’affaire éclate et le 23 septembre 1928, Wittorf est exclu du parti tandis que Thälmann doit se justifier devant les autorités centrales. Ainsi le Politburo prépara, pour le Comité central, une résolution pour le relever de ses fonctions et le 26 septembre, Thälmann comparaît et accepte la position du parti. Le 27 septembre, la résolution est publiée dans Die Rote Fahne. Mais Staline ne partage pas ce point de vue et convoque à Moscou les membres du Comité central du KPD (Ewert, Eberlein, Pieck ainsi que Ulbricht, Remmele et Neumann) pour les soumettre : Thälmann ne doit en aucun cas être renvoyé. Le KPD fait marche arrière et le 2 octobre 1928, une résolution du Politburo estime qu’en dépit de son erreur, Thälmann doit rester à la tête du parti. La résolution est publiée dans la Pravda, le 7 octobre et dans Die Rote Fahne, le journal du KPD le 9 octobre à partir d’un texte paru dans La Correspondance Internationale du 3 octobre. Boukharine à la tête de l’Internationale, s’absente lors du vote du Comité central du Comintern alors qu’il s’était prononcé dans un premier temps, pour la révocation de Thälmann. Staline n’a rencontré aucune résistance pour cette décision lourde de conséquence et il n’en rencontre pas plus lorsqu’il proposera à la tête de l’Internationale Molotov afin d’assurer « une meilleure liaison avec le Comité central » à la place de Boukharine qui est démis de toutes ses fonctions le 21 août 192946. Lors du 12e congrès du parti allemand en juin 1929, la bolchevisation est un processus terminé. Cela va permettre une politique « d’ultra gauche » qui va contribuer à la chute de la République de Weimar.

Il faut rajouter que le KPD dépendait financièrement de l’Internationale communiste pour son activité légale et illégale. L’historien Hermann Weber a évalué ces subventions à 150 000 marks par mois (c’est-à-dire 37 000 dollars)47 pour l’ensemble des régions. En 1927, le Comintern versa selon ces mêmes sources 690 000 dollars (ou 2,8 millions de marks) à l’ensemble de ses sections internationales. Le KPD en tant que section la plus importante recevait les subventions les plus conséquentes et ce sont ces subsides (1/3 environ du budget du KPD) qui lui permirent en grande partie de fonctionner (particulièrement l’appareil secret : le service de courriers, l’appareil militaire, de destruction..). Cette dépendance matérielle contribue à forger un lien idéologique entre l’organisation soviétique et le parti allemand.

 

Le KPD dans la troisième période48 : 1929-1933

 

L’Allemagne traverse à partir de 1929, une crise économique qui provoque une grave crise sociale et une radicalisation politique. A partir de 1930, le parti national-socialiste d’Adolf Hitler progresse de manière spectaculaire49 tout comme le KPD50 . La troisième période caractérise une orientation précise et nouvelle de l’Internationale communiste contre les partis socialistes « réformistes » puisque la social-démocratie est désignée comme « l’aile modérée du fascisme » par Staline. Cette nouvelle orientation politique va de paire avec le rejet des syndicats réformistes et la nécessité de créer de nouveaux syndicats51. Ce renouvellement politique entraîne une relève générationnelle de militants52. Ce sont ces hommes politiques nouveaux qui dirigent le parti communiste allemand durant ces années cruciales.

   Le KPD suivant l’inflexion de Staline ne lutte que peu contre les nazis puisque l’ennemi principal demeure la social-démocratie53. Entre 1929 et 1933, les tactiques alternent entre des attaques contre les membres du parti social-démocrate et les nazis, sans que jamais les deux partis ouvriers ne se rejoignent. La politique menée par les sociaux-démocrates, même différente, n’aurait rien changé et les associations de nazis et de communistes lors de la grève de novembre 1932 dans les transports berlinois par exemple54 sont la conséquence directe de l’instrumentalisation du KPD comme section du Comintern. Ainsi lors de la conférence du KPD, les 15-18 octobre 1932, Thälmann insiste sur la véracité des dires de Staline quant à la gémellité des sociaux-démocrates et des nazis. De fait, toute démocratisation à l’intérieur du parti communiste allemand avait disparu et son fonctionnement se résumait à une immense dictature bureaucratique.

   Comment expliquer cette politique du KPD menée par Thälmann plus anti-démocrate que jamais et son mentor Heinz Neumann ? En fait, l’URSS ne se souciait pas de l’arrivée des nazis au pouvoir dont elle pensait qu’ils continueraient la politique d’alliance avec elle contre Versailles et l’Occident55. Cette tactique correspond à la politique extérieure de Staline qui veut éviter à tout prix une guerre. La révolution demeure loin de ses préoccupations et le KPD ne devait servir qu’à protéger l’URSS menacée par l’Ouest. Ensuite, de nombreux communistes pensaient que la victoire du nazisme ne pouvait être de longue durée et qu’elle provoquerait la disparition de la social-démocratie allemande. Les communistes affirmaient : « Après Hitler, ce sera notre tour !». A Moscou, le 12e Plenum de l’Exécutif qui a lieu entre le 27 août et le 15 septembre 1932 est le dernier avant la catastrophe en Allemagne. Le cours politique du KPD ne change pas après les interventions de Thälmann ou Kuusinen56 alors qu’une partie de l’histoire du KPD approche de sa fin.

Le gouvernement von Schleicher autorise une manifestation nazie sur la Bülowplatz et la Karl Liebknecht Haus le 22 janvier, le quartier général communiste au centre de Berlin. Un télégramme de Moscou indique aux militants communistes de ne provoquer aucun heurt et de laisser les nazis défiler devant ce centre prolétarien symbolique. Le 25 janvier, les communistes défilent et le 28 janvier, c’est au tour des sociaux-démocrates. Mais les jeux sont faits : Hitler est nommé chancelier le 30 janvier 1933. Le 2 février, le drapeau à la croix gammée flottait sur la Karl Liebknecht Haus. Le 27 janvier, le Reichstag brûle. C’est le début d’une répression massive contre les communistes. Mais l’Internationale communiste ne reconnaît pas sa défaite et affirme le 1er avril lors du présidium de l’exécutif international par l’intermédiaire de Fritz Heckert57 que sa politique a toujours été juste et que tout est à imputer aux sociaux-démocrates. La bolchevisation du KPD qui prend le nom de stalinisation (à partir de l’élimination de Zinoviev en 1926)58, provoque la défaite du mouvement ouvrier allemand dont elle était pourtant en partie l’héritière. Cette défaite signifiait à terme la faillite de l’Internationale communiste qui en 1933, n’était plus qu’un instrument au service de la politique extérieure soviétique.

 

 

 

 


[1] Prépare une thèse à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne, sous la direction du professeur Rey : « Les réseaux maritimes syndicaux communistes: 1921-1937 ».

[2] Nous avons repris l’orthographe Comintern (avec un c et non un k), en français, choisie par Pierre Broué dans son ouvrage Histoire de l’Internationale Communiste 1919-1943, Paris, Fayard, 1997, p. 1.

3 CARR (Edward Hallet), La Révolution Bolchévik, édition de Minuit, 3 tomes, Paris, 1974 pour la traduction française, 1952 pour l’édition anglaise (Macmillan and Cie), tome 3, p. 314.

4 WEBER (Hermann), Die Wandlung des deutschen Kommunismus; Der Stalinisierung der KPD in der Weimarer Republik, Frankfurt-am-Main, Europäische Verlaganstalt, 1969, tome 1, p. 342.

5 FAYET (Jean-François), Karl Radek (1885-1939) ; Biographie politique, Université de Genève, Faculté de Lettres, département d’histoire générale, Thèse pour le doctorat ès Lettres, juillet 1999, 696 p. ; MÖLLER (Dietrich), Revolutionnär, Intriguant, Diplomat, Köln, Wissenschaft und Politik, 1976, 303 p.; GOLDBACH (Marie-Luise), Karl Radek und die deutsche sowjetischen Beziehungen 1918-1923, Bonn, édition Neue Gesellschaft, 1973 ; LERNER (Warner), Karl Radek on world revolution : a study in revolutionnary strategy and tactics, Standford University, 1968, 233 p. Voir aussi les articles de BROUE (Pierre), « Note sur l’action de Karl Radek jusqu’en 1923 », Annales, 21e année, mars-avril 1966, Armand Colin, p. 681-690 ; SCHURER (H.), « Radek and the german revolution, Part 1 and 2 »,  Survey, a Journal of Soviet and East European Studies, octobre 1964, No. 53, p. 59-69 (première partie); avril 1965, No. 55, p. 126-140 (deuxième partie) ; Schüddekopf (Otto), Karl Radek in Berlin ; Ein Kapitel deutsch-russischer Beziehungen im Jahre 1919, Archiv für Sozialgeschichte, Hannover, 2e volume, 1962, p. 87-166.

6 BROUE (Pierre), Histoire de l’Internationale communiste 1919-1943, Paris, Fayard, 1997, p. 76.

7 Margarete Buber-Neumann a affirmé que l’on nommait les instructeurs « agents de propagande » de l’Internationale communiste. Leurs désignations sont multiples. Ce sont des émissaires, des mandataires, des instructeurs internationaux, des missi dominici, des révolutionnaires professionnels, des cominterniens, des aventuriers de la politique, des agents secrets,  des staliniens, des communistes, des militants à la fidélité absolue, « des laquais du dictateur du Kremlin » (Arkadi Vaksberg), des « aventuriers et des vagabonds inconnus » selon l’ancien président du Comintern, Grigori Zinoviev ou encore « un corps de clercs » prêchant la bonne parole (voir Le Siècle des communismes). Nous avons même trouvé le nom de « Moscoutaires » et « d’inspecteurs ». Rosa Luxemburg nomma le premier représentant bolchevique en Allemagne Karl Radek, le « commissaire au bolchevisme ».

8 RADEK (Karl), Die russische und die deutsche Revolution und die Weltlage, Hambourg, 1919.

9 Membres de l’opposition à la politique menée par le parti social-démocrate allemand pendant la guerre et regroupés autour de Rosa Luxembourg et Karl Liebknecht depuis 1914, date de la fondation de la ligue révolutionnaire Spartakus. Ils vont être les fondateurs du parti communiste allemand.

10 A la suite de la révocation du préfet de police Eichhorn favorable au pouvoir ouvrier, une manifestation est prévue le 5 janvier 1919 à Berlin. Le mouvement se transforme en une insurrection, écrasée dans le sang par les troupes gouvernementales dès le 8 janvier. La  source principale est Illustrierte Geschichte der deutschen Revolution, Berlin, Internationale Arbeiterverlag, 1929. Voir BADIA (Gilbert), Le Spartakisme ; Les dernières années de Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht 1914-1919, Paris, édition de l’Arche, 1967, 436 p.

11 C’est Radek lui même qui intitule la période de sa vie qui va de son emprisonnement le 12 février 1919 jusqu’à sa libération et son extradition d’Allemagne le 17 janvier 1920, un « salon politique » dans ses mémoires : November-Eine kleine Seite aus meine Erinnerungen, publiées en 1926 dans le quotidien russe Krasnaja Nov’.

12 EBERLEIN Hugo (1887-1944).

13 FREYMONT (Jacques) (dir.), Contributions à l’histoire du Comintern, Genève, Publication de l’Institut Universitaire des Hautes Etudes Internationales, Nr 45, 1965, 257 p.

14 BROUE (Pierre), Révolution en Allemagne, Paris, Éditions de Minuit, 1971,  p. 84.

15 LEVI Paul (1883-1930) : avocat social-démocrate, très lié à Rosa Luxembourg. Il lui succède à la tête du KPD, élimine brutalement les « gauchistes » qui s’opposent au Comintern lors de l’action de mars 1921. Exclu du KPD, il retourne au SPD.

16 FREUD (Gerald), The Unholy Alliance Russian-German relations from the Treaty of Brest-Litowsk to the Treaty of Berlin, Londres, Chatto and Windus, 1957, p. 55.

17 WERTH (Nicolas), Histoire de l’Union soviétique, De l’Empire russe à la Communauté des Etats indépendants 1900-1991, Paris, PUF, Thémis Histoire, 2001, p. 168-169 : « Lénine espérait, quant à lui, que l’entrée victorieuse de l’Armée rouge en Pologne provoquerait le soulèvement de la classe ouvrière polonaise. Il voyait en fait plus loin. L’extension de la révolution en Pologne, pensait-il, permettrait de faire le pont avec l’Allemagne ».

18 Coalition de militaires allemands refusant le Traité de Versailles et voulant renverser la République. Les militaires putschistes marchent sur Berlin dans la nuit du 12 au 13 mars 1920 et s’emparent du pouvoir. Mais les syndicats et le parti social-démocrate USPD se mobilisent et décrètent une grève générale tandis que le KPD ne réagit pas.  Cette grève paralyse les putschistes qui s’enfuient le 17 mars.  Voir BROUE (Pierre), op. cit., p. 127-136.

19 KAPD : Kommunistische Arbeiterpartei Deutschlands (Parti communiste ouvrier d’Allemagne). Après l’échec de l’octobre allemand, le KAPD se dissous en 1923. BOCK (Hans Manfred), Syndikalismus und Linkskommunismus von 1918-1923: zur Geschichte und Soziologie der Freien Arbeiter-Union Deutschlands (Syndikalisten), der Allgemeinen Arbeiter-Union Deutschlands und der Kommunistischen Arbeiter-Partei Deutschlands, Verlag Anton Hain, 1969, 480 p. ; REICHENBACH (Bernhard), Geschichte der KAPD, Archiv für Geschichte der Sozialismus und der Arbeiterbewegung, 1928, p. 117-140.

20 ROSENFELD (Günter), Sowjetrussland und Deutschland 1917-1922/ 1922-1933, Akademie Verlag, 1984, p. 272.

21 RADEK (Karl), « Die Kommunistische Partei Deutschlands während der Kapp-Tag - Eine kritische Untersuchung », Kommunistische Internationale, n°12, 30 juillet 1920.

22 BROUE (Pierre), op.cit., p. 407-420.

23 L’USPD (parti social-démocrate indépendant d’Allemagne) a été créé après une scission avec le parti social-démocrate (SPD) en  avril 1917.  Les militants du groupe Spartakus (mené par R. Luxembourg et K. Liebknecht) en ont fait partie jusqu’à ce qu’ils créent le KPD en décembre 1918. L’USPD est en 1920 un parti de 800 000 membres.

24 FAYET (Jean-François), op. cit., p. 299.

25 WEBER (Hermann), Zu den Beziehungen zwischen der KPD und der Kommunistischen Internationale, Vierteljahreshefte für Zeitgeschichte, 16 Jg., 2. Heft, avril 1968, p. 177 et sq.

26 BELA Kun (1886-1938), protagoniste de la révolution hongroise qui, commencée en mars, échoue au début août 1919.

27 BROUE (Pierre), op. cit., p. 474-485.

2Bericht über den dritte Parteitag des KPD, p. 23 in BROUE (Pierre), op. cit.

29  FAYET (Jean-François), op. cit., p. 220.

30 LEVI (Paul), Unser Weg wider den Putschismus, Berlin, A. Seehof and Co. Verlag, 1921, 64 p.

31  FRIESLAND Ernst (1889-1953) : dirigeant du KPD du mois d’août 1921 au 8 décembre 1921. Il passe au SPD peu après. Maire de Berlin-Ouest après guerre.

32 BADIA (Gilbert), Histoire de l’Allemagne contemporaine, Paris, Éditions sociales, 1962, tome premier, 328 p.

33 Il s’agit du traité de Rapallo, signé le 16 avril 1922.

34 Le 21 juin 1923, avant une session ouverte du Comité central, Radek proposa de faire cause commune avec le fascisme allemand lors d’un discours où il fait le panégyrique d’un récent martyr nazi, Léo Schlagater (officier de la Freikorps exécuté pendant l’occupation française pour sabotage). Le but n’était pas de réconcilier le fascisme et le communisme, mais de courtiser les masses fascistes qui avaient été attirées par le thème de la libération nationale et désespérées socialement. Une telle mésalliance ne dure que jusqu’en août 1923. Voir DUPEUX (Louis), Le « National-Bolchévisme » en Allemagne sous la République de Weimar 1919-1933 ; Stratégie communiste et dynamique conservatrice, Thèse, 1976, 627 p.

35 Sur cette insurrection, voir ANGRESS (T. Werner), Die Kampfzeit der KPD 1921-1923, Düsseldorf, Droste Verlag, 1973, 547 p. ; BAYERLEIN (B.), BABITCHENKO (L.), FIRSOV (F.I.), VATLIN (A.), Deutscher Oktober 1923. Ein Revolutionplan und sein Scheitern, Aufbau Verlag, 2003, 479 p. ; BROUE (Pierre), Révolution en Allemagne 1917-1923, Paris, Éditions de Minuit, 1971, 988 p. ;  FLECHTHEIM (Ossip K.), Die KPD in der Weimarer Republik, Europaïsche Verlagsanstalt, 1969, 359 p.

36 BRANDLER Heinrich (1881-1967) : maçon, exclu du SPD avant guerre, il est au KPD dès sa formation. Participe aux mouvements ouvriers contre le putsch de Kapp. Il est arrêté en 1921 et élu au présidium du Comintern. Il participe aux préparations de l’insurrection de 1923 et devient le bouc émissaire de l’échec de la révolte. Exclu en 1929. Fonde le KPO proche du courant boukharinien.

37 Un des témoignages majeurs sur cet événement a été écrit par la compagne de Radek : REISSNER (Larissa), Hamburg auf die Barrikaden, Berlin, 1923 ; on pourra lire aussi : THALHEIMER (August), 1923: eine verpasste Revolution ? Die Deutsche Oktoberlegende und die wirkliche Geschichte von 1923, Berlin, 1931 ; HABEDANK (Heinz), Zur Geschichte der deutschen Arbeiterbewegung, Aufstandes 1923, Berlin Ost, 1958.

38 LOWENTHAL (Richard), The Bolchevisation of the Spartacus League, Londres, Chatto and Windus, Saint-Anthony Papers no. 9, International Communism by David Footman, 1960, p. 24.

39 WERTH (Nicolas),  op. cit., p. 215-226.

40 BROUE (Pierre), op. cit., p. 369.

41 REMMELE Hermann (1886-1939).

42 MASLOW Arkadi (1891-1941).

43 THÄLMANN Ernst (1886-1944).

44 WEBER (Hermann), Kommunismus in Deutschland 1918-1945, Wissenschafltliche Buchgesellschaft, Darmstadt, 1983, p. 101.

44 EWERT Arthur (1890-1959) ; MEYER Ernst (1887-1930).

45 Le 1er mai 1928, les communistes défiant les autorités qui avaient interdit toute manifestation défilent à Berlin. La police tire sur les manifestants faisant 32 morts, 194 blessés, et opérant 1 228 arrestations. Ainsi le KPD démontrait que les sociaux-démocrates étaient bien des « sociaux-fascistes ». Entre les deux mouvances, la division était consommée. Sur ce sujet, voir : KURZ (Thomas), « Arbeitermörder und Putschisten. Der Berliner Blutmai von 1929 als Kristallisationspunkt des Verhältisser von KPD und SPD vor der Katastrophe», IWK, septembre 1986, n°3, p. 197-318.

46 BROUE (Pierre), op. cit., p. 489-490.

47 WEBER (Hermann), op. cit., p. 308-309. Cette somme équivaut à 37 000 dollars de l’époque ou 300 000 roubles-or.

48 Les historiens divisent l’histoire du KPD en trois périodes : la période qui va de 1919 à 1923 correspond à un moment d’offensives révolutionnaires ; celle qui va de 1924 à 1929 marque une accalmie politique. Mais le cours change entre 1929 et 1933, date qui clôt une partie de l’histoire du KPD. Sur cette question, voir particulièrement WEBER (Hermann), Hauptfeind Sozialdemokratie; Strategie und Taktik der KPD 1929-1933, Berlin, Drost, 131 p. ; WEINGARTNER (Thomas), Stalin und der Austieg Hitlers. Die Deutschlandpolitik der Sowjetunion und der Kommunistischen Internationale 1929-1934, Berlin, 1970 ; WIESZT (Jozsef), KPD politik in der Krise: 1928- 1932, Berlin, Materialismus Verlag, 744 p. ; voir également la thèse en cours d’un jeune chercheur berlinois : HOPPE (Bert), In Stalins Gefolgschaft. Die KPD und Moskau 1928-1933. Zur politischen Kultur des Stalinismus in Deutschland und der Sowjetunion. Humboldt Universität, Berlin [Sur les pas de Staline. Le KPD et Moscou 1928-1933. Culture politique du stalinisme en Allemagne et en URSS].

49 BADIA (Gilbert), Histoire de l’Allemagne contemporaine, Weimar – Troisième Reich, Messidor / Éditions sociales, 1987, 574 p.

50 Lors des élections pour le Reichstag, le KPD obtient en 1928 : 3,3 millions de voix ; en 1930 : 4,6 millions ; en juillet 1932 : 5,3 millions et en novembre 1932 : 6 millions c’est-à-dire que le parti double son score électoral entre 1928 et 1932 Voir WEBER (Hermann), Kommunismus in Deutschland : 1918-1945, Wissenschaftliche Buchgesellschaft, Darmstadt, p. 122.

51 Sur ce sujet voir MÜLLER (Werner), Lohnkampf, Massenstreik, Sowjetmacht; Ziele und Grenzen der “Revolutionären Gewerkschafts-Opposition” (RGO) in Deutschland 1928 bis 1933, Bund-Verlag, Cologne, 1988, 433 p.

52 NARINSKI (Mikhaïl), ROJAHN (Jürgen) (édité par), Centre and Periphery. The History of the Comintern in the Light of New Documents, International Institute of social History, Amsterdam, 1996, p. 166-167 : « Un peu partout en Europe occidentale, au tournant des années trente, on assiste (...) à la relève de la première génération dirigeante par les directions des Jeunesses communistes. Or, l’exemple de la Belgique, indique que ces jeunes sont le produit d’une génération qui n’a pu s’insérer dans le monde d’après guerre, que leur période de chômage, donc d’isolement social excède leur expérience de travail. Le sentiment d’exclusion tient lieu de conscience de classe et ils sont fort éloignés des pratiques vécues du monde ouvrier. Ils ont grandi dans un monde de misère réelle (...). Pour ces jeunes, l’alignement sur le pays du socialisme, l’obéissance à l’État-major de la révolution ne sont pas subis mais revendiqués. Ils leur tiennent lieu d’identité ». Voir aussi BROUE (Pierre), op. cit., p. 495 : bien loin de l’idéalisme révolutionnaire, ce nouveau militant est « un homme qui n’a jamais eu (...) une profession, qui n’a pas fait d’études et dévore avec passion ou zèle tout ce que le parti lui apporte comme nourriture intellectuelle, et enfin un homme qui, sentimentalement, intellectuellement, matériellement, dépend entièrement de lui ». Pour une analyse socio-historique du parti communiste allemand, voir plus particulièrement : MALLMANN (Klaus-Michael), Kommunisten in der Weimarer Republik; Sozialgeschichte einer revolutionären Bewegung, Darmstadt/Allemagne, Wissenschafliche Buchgesellschaft, 1996, 552 p.

53 L’historien Hermann Weber a montré dans une étude qu’entre octobre 1932 et le début 1933, le KPD durcit sa politique envers le SPD comme jamais encore : WEBER (Hermann), Die Generallinie. Rundschreiben des ZK der KPD an die Bezirke 1929-1933, Düsseldorf, 1982.

54 RÔHL (Klaus Rainer), Nähe zum Gegner, Kommunisten und National-sozialisten im Berliner BVG-Streik von 1932, Frankfurt/New York, Campus Verlag, 1994, 267 p.

55 WEINGARTNER (Thomas), Stalin und der Austieg Hitlers. Die Deutschlandpolitik der Sowjetunion und der Kommunistischen Internationale 1929-1934, Berlin, 1970.

56 KUUSINEN Otto (1881-1964).

57 HECKERT Fritz (1884-1936).

58 WEBER (Hermann), op. cit., p. 351: „Die KPD war in der Tradition der deutschen Arbeiterbewegung verwurzelt, wenngleich sie sich ihr durch die Bolschewisierung mehr und mehr entfremdet. Natürlich wurde die Partei von der Sowjetunion unterstützt – ideell und auch materiell – aber ihre Stärke beruhte von allem auf der Tatsache, dass sie Einfluss auf mehr oder weniger grosse Teile der deutschen Arbeiterschaft ausüben konnte, dass sie ein Teil der deutschen Arbeiterbewegung war. Die Staliniesierung der KPD war daher ein politisches Verhängnis die gesamte deutsche Arbeiterbewegung”. La stalinisation du KPD est postérieure à la bolchévisation du parti et correspond à une intense bureaucratisation de l’appareil politique du KPD au  profit de la politique soviétique.