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Bernard Ludwig, Le Comité européen et international Paix et Liberté

Le Comité européen et international Paix et Liberté

 

 

 Bulletin n° 20, automne 2004

 

 

Le Comité européen et international Paix et Liberté

« Internationale » ou réseau de l’anticommunisme ?

( 1950-1970)

Bernard Ludwig[1]

 

 

La principale mutation de l’histoire des relations internationales est de considérer que la politique internationale est devenue une polycratie. La multiplication des instances décisionnelles en matière de politique étrangère au sein des États (corps diplomatique, militaires, analystes…), tout comme la montée en puissance de l’opinion publique, structurée ou non en organisations non-gouvernementales, font que les réseaux ont pris une importance capitale dans la politique internationale. L’histoire de la guerre froide en est un très bon exemple. La logique de guerre indirecte mais totale a justement mis en avant le besoin des États de se doter de nouveaux instruments de politique étrangère, dans le cadre de l’affrontement idéologique. Revoir l’histoire de la guerre froide  par l’histoire des réseaux qui l’ont portée est une tendance relativement récente mais essentielle de l’historiographie. 1947, une des dates clé des origines de la guerre froide, n’est-elle pas aussi celle de la refondation par Moscou de son défunt réseau d’influence mis sous silence pendant la grande alliance – le Komintern – par le Kominform ? Or, face à ce réseau contrôlé et centralisé le monde libre avait-il également une internationale à lui opposer ? Quel rôle put dans ce cadre jouer le réseau des comités Paix et Liberté ? Et, peut-on y voir une « internationale de l’anticommunisme » ?

 

 

L’activation des anciens réseaux

 

La lutte contre le communisme est aussi ancienne que l’idéologie elle-même, mais son élan ne commença réellement qu’avec la Révolution bolchevique de 1917. A partir du moment où celle-ci triompha, l’anticommunisme devint aussi virulent et acharné que la défense de cette expérience. En Allemagne, par exemple, l’anticommunisme était dès l’entre-deux-guerres, avec l’antisémitisme, non seulement un fondement pour le nazisme mais un moyen d’attraction politique. Avec la prise de pouvoir en 1933, l’anticommunisme devint davantage encore une idéologie d’intégration, un moyen d’adhésion à la communauté nationale, à la Volksgemeinschaft. Les anticommunistes professionnels y eurent donc leur heure de gloire. Ailleurs que chez les puissances de l’Axe et chez les collaborationnistes, la grande alliance avait quelque peu banni, au moins officiellement, la lutte contre le communisme. La guerre froide, comme nouveau choc des idéologies, allait, quant à elle, dès 1947, redonner de l’espoir aux anticommunistes de tous bords.

On le sait, face au conflit larvé naissant avec l’URSS, les Américains, en partie pour pallier leur propre ignorance, étaient à la recherche d’experts. Mais beaucoup de ces experts étaient eux-mêmes à la recherche du contact avec les États-Unis, par intérêt ou par conviction. Un des premiers de ceux-là était sans doute Reinhard Gehlen, qui, dès 1945, sut convaincre les Américains de réactiver son ancien réseau d’espionnage de la Fremde Heere Ost, le service de renseignement de la Wehrmacht sur le front de l’Est, et de mettre son expérience au profit des États-Unis. Jusqu’à sa transformation en 1955 en contre-espionnage officiel de la République fédérale (Bundesnachrichtendienst), l’Organisation Gehlen, était non seulement financée par la CIA, mais aussi un de ses instruments de lutte contre le communisme. L’efficacité de celle-ci reste cependant relative, car l’organisation était infiltrée par les Soviétiques.

En 1947, alors que la guerre froide semblait plus que jamais devenir réalité, le baron Georg von Wrangel approcha lui aussi les services de renseignements américains et les services politiques de l’administration militaire[2]. Il leur transmit un « projet d’action et d’organisation »[3] qui prévoyait non seulement d’assister les États-Unis dans la lutte contre le communisme sur leur territoire en faisant, par exemple, participer ses experts au Un-American Activities Committee, mais aussi en dehors de leurs frontières. Pour ce faire, il proposait de monter quatre groupes de propagande anticommuniste : un pour les pays sous domination soviétique, un pour les pays européens et autres pays étrangers, une organisation à base religieuse et une organisation d’intellectuels. Parmi ses experts, ou du moins, parmi ceux avec lesquels le baron se dit prêt à collaborer[4], figurait le Dr Eberhard Taubert, dont Wrangel transmit aussi un mémorandum sur « l’Ostpolitik allemande » sous le régime nazi[5]. Taubert avait été la figure de proue de l’anticommunisme nazi.

Dès 1931, tout en adhérant au NSDAP, il s’était évertué à rassembler les réseaux anticommunistes. Il y parvint en 1933 en créant le Gesamtverband deutscher antikommunistischer Vereinigungen, association fédérative qui peu après, alors que Taubert entrait au ministère de la Propagande de Goebbels, devint l’Antikomintern. C’était officiellement une association de droit privé, mais fondamentalement, elle était financée et dirigée par Taubert pour le ministère. Von Wrangel était un Balte allemand, vivant à Berlin depuis la fin des années 1920 et ayant adhéré au NSDAP en mai 1933, mais qui, surtout, avait dirigé le service extérieur de l’Antikomintern à partir de 1942. Certes la proposition de von Wrangel reposait sur de réelles convictions anticommunistes, mais, comme le remarquèrent les Américains, elle reposait aussi sur la volonté de trouver un « job »[6]. Peut-être fut-elle cependant aussi une façon détournée pour introduire Taubert aux Américains. Tous deux n’habitaient-ils pas désormais Hambourg ? Sans que les archives ne l’attestent jusqu’alors, Taubert semble lui aussi avoir contacté le CIC dès 1947[7]. Mais il est certain que dès février 1948, il proposa, par l’intermédiaire du Dr Friedrich Minssen[8] à Robert Murphy, le directeur du service politique, trois plans pour combattre le communisme. Entre-temps en effet les Américains – mais aussi les autres Alliés – avaient lancé un vaste plan de propagande anticommuniste[9], l’opération Talkback. Le plan A de Taubert  prévoyait un bureau secret d’information, c’est-à-dire un centre d’étude sur le communisme capable de fournir des informations à partir de l’observation de toutes les activités et réalités communistes. Le plan B correspondait à la création d’un mouvement anticommuniste en Europe de l’Ouest et à l’organisation de publications anticommunistes dans cette même sphère. Enfin, le plan C préconisait la création d’une organisation de publications anticommunistes en zone soviétique d’occupation. Ces trois plans reprenaient en fait le travail que Taubert avait effectué pendant de longues années pour les nazis : observation rigoureuse du communisme, de ses méthodes et de sa propagande afin de mener une contre-propagande tant au profit de la population du Reich, que de celle de l’Europe occupée et de l’Union soviétique. Les archives de l’occupation américaine montrent combien les Américains étaient réticents à engager ces Allemands pour mener leur propagande anticommuniste, mais jamais leur refus n’était catégorique. Les informations et projets de von Wrangel, tout comme ceux de Taubert, semblaient toujours bons à étudier, et même à être transmis au Département d’État.

Fin juin 1950, l’invasion de la Corée du Sud par le Nord communiste a renforcé les décideurs américains dans leur volonté d’agir fermement contre le communisme, une attitude déjà dictée par la directive NSC 168. Les plans proposés quelques années plus tôt par ces Allemands pourraient avoir eu une certaine influence. A la fin de l’été, se créèrent en Europe plusieurs associations anticommunistes, notamment le Volksbund für Frieden und Freiheit (VFF)[10] en RFA. Taubert en était le fondateur et réalisait le plan A de son projet de 1948.

 

De l’Europe contre le bolchevisme…

 

L’idée d’un Occident chrétien menacé et l’idée de croisade contre le bolchevisme avaient déjà été des thèmes développés pendant la Seconde Guerre mondiale, tant par les milieux collaborationnistes que par la propagande allemande dans l’Europe occupée. Taubert n’y était pas étranger. Ces idées furent remises au goût du jour après la guerre. D’une part la guerre froide, les annexions et la soviétisation de l’Europe centrale et orientale semblaient donner raison à tous les topoï de la propagande des hordes asiatiques déferlant sur l’Europe chrétienne. D’autre part l’Europe entière était, dans les années zéro, en quête de son identité et d’une explication à « sa » catastrophe. Plus encore qu’après la Première Guerre mondiale l’Europe avait l’impression d’être une civilisation mortelle. Le retour vers les fondements de cette civilisation devait rassurer.

En 1950, les réseaux de l’Église et les démocrates chrétiens mirent donc sur pied un Comité international de défense de la civilisation chrétienne. Début mai 1951, une délégation du Comité international, et notamment son secrétariat général, dirigé par les Français Lesourd et Tracou, se déplaça en Allemagne de l’Ouest pour y fonder une section allemande. Plus sans doute que d’autres, l’Allemagne d’Adenauer recherchait en effet dans le Abendland une idéologie pouvant servir à sa reconstruction. Or, parmi les fondateurs allemands se trouvait Arthur Ruppert, membre de la CDU et Premier secrétaire du Volksbund für Frieden und Freiheit (VFF). Par ailleurs, le comité français, dont les Français faisaient partie, travaillait main dans la main avec l’organisation anticommuniste Paix et Liberté créée  en septembre 1950 et dirigée par le député radical-socialiste Jean-Paul David[11]. Une partie de la réunion fut donc consacrée à l’élargissement du réseau chrétien à l’Allemagne. Mais la deuxième s’évertua à la mise en réseau des deux associations aux profils, aux buts et aux modes d’actions semblables. D’emblée l’anticommunisme dépassa les vieilles rancœurs. Il fut proposé de coller simultanément des affiches anticommunistes identiques dans toute l’Europe « afin de montrer au bolchevisme la solidarité du monde libre dans sa lutte contre le bolchevisme »[12]. On s’entendit aussi sur la nécessité de consultations régulières. Ainsi, la délégation allemande du Volksbund fut-elle invitée dès la mi-mai à Paris pour discuter de l’organisation pratique d’une telle coopération. A Paris, se retrouvèrent sous la présidence de Jean-Paul David, non seulement Paix et Liberté et le Volksbund mais aussi l’Italien Giolo Marzio et ses collaborateurs de Pace e Libertà, des Suisses de l’organisation du Dr Münst, le Hollandais van Dam van Isselt, secrétaire national du comité du Benelux et le Belge Marcel Paternostre, président du comité mondial des réfugiés politiques de l’Europe centrale[13]. On décida de coopérer plus étroitement. A l’été 1951, les affiches française « Visitez l’URSS le pays de la liberté » et allemande « Ferien im Sowjetparadies : unvergesslich ! » montraient déjà les premiers fruits de cette coopération[14]. Le thème du paradis soviétique avait pourtant été le titre d’une exposition, conçue par Taubert en 1942, montrée tant à Berlin que dans l’Europe occupée !

Peu après, le 30-31 août 1951, à San Remo, Taubert vit l’aboutissement de la phase B de son plan de 1948. Il se constitua en effet un Comité européen Paix et Liberté, regroupant les associations française, allemande (VFF), italienne (Pace e Libertà), néerlandaise (Vrede in Vrijheid) et belge[15] (comité Paix et Liberté). En écho à la signature du traité instituant la Communauté européenne du charbon et de l’acier (18 avril) la construction européenne en 1951, c’était donc aussi la construction d’une organisation européenne pour l’anticommunisme ; et, coïncidence significative, les pays fondateurs étaient, à l’exception du Luxembourg, les mêmes dans les deux cas ! Dans une lettre à la Chancellerie fédérale[16], même Taubert, recherchant une nouvelle respectabilité pour son travail, relevait que ceci permettait d’opérer avec une idée plus positive (l’idée européenne) – une idée avec laquelle il avait cependant aussi essayé de gagner des Alliés pour l’Allemagne nazie. Mais dans sa lettre transparaît également que ce n’était qu’une étape vers son vieux rêve d’un mouvement antibolchevique mondial. Un protocole d’accord et de règlement intérieur fixait les relations entre les associations[17]. Les buts du Comité étaient simples : création de liens de solidarité, coordination des actions et mise sur pied d’actions communes.  Jean-Paul David en devenait le secrétaire général et la villa Bosquet son siège – réalité qui consacrait l’important impact intérieur de l’association française. Les dirigeants du VFF insistaient, quant à eux, sur l’égalité des droits entre les associations nationales. Cependant cette Gleichberechtigung n’effaçait pas les doutes exprimés, en mars 1953, par l’Auswärtiges Amt à voir une association allemande s’immiscer dans les affaires internes d’autres États, fut-ce par le biais du Comité européen Paix et Liberté[18]. 

 

…au front mondial contre le communisme

 

Rapidement néanmoins, sans doute courant 1952 avec l’adhésion d’un comité vietnamien, le Comité européen se transforma en Comité international. Or, le flou laissé par les archives sur ce changement de dimension montre bien que leur conscience européenne était certes capable de les fédérer mais que l’Europe n’était pour eux qu’une partie du monde libre et que le combat était planétaire. La guerre de Corée et la guerre d’Indochine ne fournissaient que d’évidentes preuves aux convictions que Taubert et d’autres avaient mis en avant dès les années 1930.

Peut-être la création de comités nationaux en Turquie[19] et en Grèce[20] et leur adhésion au Comité en décembre 1952, en parallèle à leur adhésion à l’OTAN en février, donnaient-elles également au Comité  une dimension plus atlantiste qu’européenne ? Tout compte fait, on dénombrait, en janvier 1955[21], vingt[22] adhérents au Comité international Paix et Liberté dispersés sur les cinq continents. Certains comme la Suisse[23], la Grande-Bretagne[24], l’Australie[25], le Canada[26], le Mexique[27], la Norvège[28], le Danemark[29], Israël[30], la Corée[31] et l’Afrique du Sud[32] avaient rejoint le Comité international par des mouvements qui ne respectaient pas la terminologie contractuelle et/ou étaient considérés comme « membres correspondants ». Ils apparaissaient toutefois comme membres dans les décomptes que le VFF présentait aux différents ministères allemands. Gonfler l’importance de ce front mondial auprès de leurs bailleurs de fonds était une nécessité vitale pour toutes ces associations. Véritablement planétaire ce front l’était aussi par sa coopération avec les autres réseaux anticommunistes extra-européens comme l’Asian People’s Anti-Communist League (APACL) et la Confédération interaméricaine pour la défense du continent. Avec celles-ci, il prépara dès 1958 à Mexico, le premier Congrès anticommuniste mondial. Entre-temps, le Comité international Paix et Liberté avait été rebaptisé, en 1956[33], pour des raisons de camouflage, Comité international d’action sociale (CIAS). Un nom qui rappelait celui de l’Institut d’études des problèmes sociaux, la structure que Taubert, selon son plan C de 1948, proposait d’établir en zone soviétique. Malgré sa défection du VFF en septembre 1955, l’ombre du maître planait encore. Par ailleurs, la Suède et l’Autriche – de façon officieuse à cause de leur neutralité – et le Portugal et le Brésil[34] avaient, entre 1956 et 1958, porté la liste des membres du CIAS à vingt-trois[35].

 

 

Quel(s) réseau(x) ?

 

D’un point de vue sociologique tout d’abord. Les archives du mouvement allemand insistent souvent sur le fait que la plupart des cadres des comités nationaux sont d’anciens résistants au nazisme ou du moins leur ont été proches. Mais globalement, on manque encore de données biographiques permettant de l’attester à un niveau européen. C’est le cas pour Jean-Paul David, ancien capitaine de la résistance, qui sortit de la guerre avec la Légion d’honneur et la Croix de guerre avec trois citations[36]. Pour le comte Edgardo Sogno de Pace e Libertà, la chose est plus complexe. Il avait combattu dans les troupes de Mussolini en Espagne, mais fini dans la résistance à Mussolini. Arthur Ruppert, le vice-président du VFF, est aussi décrit comme hermétique au nazisme du fait de ses profondes convictions chrétiennes. Mais la caractérisation de résistants ne fonctionne absolument pas pour la plupart des membres dirigeants de l’association allemande, qui, souvent, sont d’anciens membres du NSDAP ou ont été des proches du nazisme. Taubert avait notamment recruté son ancien collaborateur au ministère de la Propagande, Alfred Gielen, comme chargé des relations internationales au VFF, après un passage à l’Organisation Gehlen. Jürgen Hahn-Butry, premier président du VFF (1950-1951), avait, comme écrivain de récits militaires, également une certaine proximité avec le régime et travaillé pour le ministère de la Propagande. Fritz Cramer, président du VFF de 1951 à 1966, avait, quant à lui, aussi adhéré au Parti dès 1932, et gravitait dans l’orbite de l’Organisation Gehlen tandis que son anticommunisme puisait ses sources dans les débuts de la République de Weimar. Conserver l’esprit de la Résistance dans le combat antitotalitaire face au communisme fut donc certes la motivation de l’engagement de certains, mais on ne peut encore dire s’il s’agit, pour le réseau, d’une minorité ou d’une majorité.

La puissance de la solidarité chrétienne dans la lutte contre le communisme est cependant, quant à elle, beaucoup plus importante pour le réseau Paix et Liberté. Déjà avant 1933, le regroupement anticommuniste qu’opéra Taubert reposait en grande partie sur des groupes anticommunistes chrétiens, tant catholiques que protestants. Cette tendance se retrouve dans les projets élaborés par Wrangel. En outre, comme on a pu le voir, la rencontre des comités français et allemands transite justement par les réseaux chrétiens du Comité international pour la défense de la culture chrétienne. Absente des thèmes de la propagande de Paix et Liberté en France, l’organisation de Jean-Paul David n’en collabore pas pour le moins de façon très régulière avec les organisations chrétiennes, qui sont aussi les véhicules de sa propagande, assurant la diffusion de ses tracts et brochures. David aurait également eu des contacts avec le Vatican. Pour son homologue allemand, les aspects religieux ne sont pas seulement intégrés à la propagande, mais constituent un des moteurs du soutien gouvernemental que lui procurent les chrétiens-démocrates alors au pouvoir. De même, Pace et libertà bénéficie en Italie du soutien de la démocratie-chrétienne. La dimension chrétienne constitue par ailleurs incontestablement aussi un élément important des connexions extra-européennes du réseau : les comités d’Afrique du Sud, du Brésil, du Mexique ont des fondements profondément chrétiens à leur anticommunisme, et plus encore ceux du Canada, dont l’organisation est dirigée par un jésuite ou encore de Taiwan, dont le président, Fuchow Wang est aussi représentant de l’ambassadeur auprès du Vatican.

Les catégories de population qui avaient eu une expérience directe et malheureuse du communisme (expulsés ou réfugiés du bloc oriental, victimes directes ou renégats) fournirent naturellement au réseau Paix et Liberté une bonne partie de ses membres. Certes, elles sont, d’un premier abord, moins visibles dans les cadres dirigeants des mouvements du réseau, mais pas absentes. Ainsi, le président du comité coréen est un ancien ministre des Affaires sociales, le comité japonais est dirigé par un ancien communiste et l’homme de liaison du comité suédois est d’origine hongroise. Surtout, dans les pays ayant une expérience directe du rideau de fer (Allemagne) ou du rideau de bambou (Corée, Vietnam et surtout Taiwan), les comités recrutent en tout cas une bonne partie de leur public au sein de ce groupe. En Allemagne occidentale, par exemple, tant les expulsés des territoires perdus, que les réfugiés venus de la zone soviétique et continuant à venir de la RDA, – ensemble entre 20 et 25% de la population ouest-allemande – constituaient une bonne partie de l’auditoire mais aussi des soutiens à ces mouvements. À ce groupe s’amalgamaient parfois aussi ceux des combattants allemands qui avaient eu sur le front de l’Est confirmation ou qui continuaient de croire aux allégations de la propagande nazie. Les prisonniers de guerre allemands rentrant tardivement  – au moins jusqu’en 1955 – en RFA et leurs proches constituent ainsi une part importante de la sociologie du VFF. Le Comité international ainsi que différents comités nationaux ou regroupements régionaux entretenaient de fait des relations avec les fédérations de réfugiés d’Europe centre-orientale, tant nationales qu’internationales. Mais la coopération avec l’ABN (Anti-Bolchevik Bloc of Nations), regroupement d’émigrés dominé par les nationalistes ukrainiens, ou le groupe des Russes blancs (NTS), les deux plus importantes associations, restèrent relativement réduites. Le nationalisme des différents groupes nationaux et les querelles géopolitiques qui subsistaient, souvent depuis l’entre-deux-guerres, constituaient en effet le plus souvent des obstacles majeurs à la constitution d’un groupe de pression anticommuniste uni à laquelle aspirait le comité Paix et Liberté.

Toutefois si le combat anticommuniste rencontrait quelques difficultés à se fédérer par la politique, il en alla différemment avec l’économie. L’ensemble du réseau Paix et Liberté était profondément intégré aux réseaux industriels et patronaux. Pour ces derniers, comme pour les anticommunistes virulents, la lutte contre le communisme était une question de subsistance. En effet, depuis que l’Union des intérêts économiques avait pointé plus directement, pour les législatives de 1919, sur le péril communiste par une affiche représentant un Bolchevik le couteau entre les dents, l’engagement des milieux patronaux dans la lutte contre cette menace était plus important. Les organisations anti-communistes le savaient, et, à dessein, y trouvèrent une source de revenus. Le VFF, par exemple, avait débuté sa propagande par une campagne anti-sabotage au profit de l’industrie et tirait une partie de ses fonds de généreux donateurs de l’industrie allemande. Progressivement sa coopération avec l’industrie et les organisations patronales (BDI, BDA) ou les chambres de commerce aboutit à un financement mensuel contre une intense activité de lutte contre l’infiltration communiste au sein des comités d’entreprise. Son expertise et ses succès dans ce dernier domaine furent souvent loués par le Comité international et ses techniques reprises par d’autres membres du Comité. Mais c’est surtout dans les pays où l’influence du PC était forte, et notamment sur la classe ouvrière, comme en France et en Italie, que les comités Paix et Liberté tentaient d’immuniser le monde ouvrier. En France, par exemple, la création de Paix et Liberté s’inscrit dans le cadre de la lutte contre les sabotages communistes contre l’envoi d’armement en Indochine dans les grands ports. Mais plus généralement, le mouvement de David luttait dans toutes les concentrations industrielles contre l’influence communiste, que ce soit en son nom, en soutenant Force ouvrière ou même des syndicats « maison ». Car ses fonds provenaient justement en partie de fonds patronaux. De même la FIAT et l’empire Agnelli furent à la base des ressources de l’organisation italienne. Le comité autrichien n’était, quant à lui, en fait qu’un nom cachant une organisation patronale, la Fédération des travailleurs indépendants[37]. Enfin, le président du comité belge de Bruxelles et un temps du comité international, Maurice Keyaerts, directeur de banque et proche des milieux industriels, représentait bien l’importance des milieux économiques et financiers au sein du réseau. Il drainait dans son sillon également Marcel de Roover, directeur de la Banque de Bruxelles. L’anticommunisme du réseau Paix et Liberté était donc aussi un anticommunisme économique.

Les milieux économiques et industriels garantissaient, en partie, l’existence de ces comités. Mais leur création et leur survie dépendaient des soutiens politiques – le plus souvent, au plus haut niveau. La création de Paix et Liberté reposait ainsi, en grande partie, sur la volonté du président du Conseil de l’époque, René Pleven, de disposer d’un instrument de lutte contre la propagande communiste. Et, alors que les fonds secrets de Matignon servaient au financement de l’organisation, Jean-Paul David, par ses qualités de député de Seine et Oise et maire de Mantes-la-Jolie, mais surtout par sa proximité avec le pouvoir en place assurait à son association des avantages conséquents, comme par exemple l’utilisation des ondes nationales pour son émission radio. De même, l’homologue allemand de Paix et Liberté, le VFF, profitait à la fois des fonds secrets et des budgets réguliers de plusieurs ministères ouest-allemands et menait ses actions en concertation avec eux. Ses connexions remontaient, elles aussi, jusqu’à la chancellerie. Tandis que Pace e Libertà bénéficiait d’appuis ministériels similaires, les présidences d’autres associations encore, assurées par des parlementaires, comme pour les comités turc et grec, montrent l’intérêt des pouvoirs en place pour de tels réseaux. En effet, ces derniers représentaient souvent un moyen plus souple – et donc plus efficace – et plus discret qu’une administration publique pour mener une propagande et accompagner une politique anticommuniste.

Mais bien plus qu’une possibilité de seconder une politique intérieure ou exprimer une culture politique, un tel réseau était souvent un auxiliaire et un instrument de politique étrangère.

 

Un réseau instrument de politique étrangère

 

 L’utilisation du réseau Paix et Liberté comme instrument de politique étrangère doit être envisagée sous deux, voire trois angles différents, le plus souvent complémentaires et imbriqués. D’une part, chaque comité national était utilisé par les différents pays, à différents degrés, comme outil pour leur politique étrangère. D’autre part, le réseau Paix et Liberté apparaissait, en tant que tout, comme un instrument au profit de la politique étrangère du monde libre et plus particulièrement de son leader, les États-Unis. Enfin, dans le cadre de son rôle au sein du combat mené par le bloc occidental, le réseau tenta parfois – sans grande réussite – de s’émanciper et de prendre une place en tant qu’acteur autonome des relations internationales pendant la guerre froide.

 Dans la seconde moitié des années 1940, la plupart des pays européens avaient dû en grande partie se reposer sur l’épaule américaine. Mais, à partir de 1950 et notamment de la guerre de Corée, l’émancipation européenne – d’ailleurs souhaitée et encouragée par les États-Unis – connut une accélération. Cependant l’autorité américaine de tutelle réclamait sans cesse des gages aux Européens sur leurs capacités réelles à voler de leurs propres ailes. Or, dans ce cadre, les créations des comités nationaux Paix et Liberté apparaissent justement comme autant de gages de la volonté des Européens de l’Ouest de faire barrage au communisme. C’est vrai en Italie mais aussi et surtout en Allemagne occidentale, où l’efficacité de la lutte contre le communisme conditionnait l’accès à plus de souveraineté pour le tout nouvel État. Ce fut aussi la cas en France, pays qui était pour les États-Unis non seulement une pièce maîtresse dans sa stratégie européenne, mais objet d’inquiétude à cause de la force du communisme. Ici encore la création de Paix et Liberté devait apaiser ces craintes. Pour ce faire, les États-Unis furent d’ailleurs, par le biais de leur représentant pour l’aide militaire et celui pour le plan Marshall, longuement informés – et ce directement par le chef de cabinet de René Pleven – de la mise sur pied de l’organisation, avant même sa création officielle[38]. Cet objectif fut atteint, car les représentants américains étaient, dès les débuts de Paix et Liberté, confiants. Restait cependant à convaincre l’opinion américaine, encore très sceptique sur la volonté réelle de la France de faire barrage au communisme. Ce fut principalement l’objet du premier voyage de Jean-Paul David aux États-Unis, fin janvier - début février 1952[39]. Son voyage fut un franc succès. Ses rencontres avec les représentants de la presse lui valurent quelques articles, tandis que ses rencontres avec les plus hauts responsables de la politique étrangère américaine, dont le secrétaire d’État, sonnaient comme une ultime reconnaissance. Le travail de Jean-Paul David fut même cité et montré en séance par le sénateur du Michigan, Homer Ferguson [40]. Lors de ce premier voyage, tout fut d’ailleurs mis en œuvre afin que Paix et Liberté apparaisse comme une association privée – ce qu’elle était de par son statut – et une émanation de la volonté des Français de s’engager plus encore pour le camp occidental. Afin de créer une sorte de réseau transatlantique, une partie du voyage de David fut également consacrée aux rencontres avec d’autres associations anticommunistes américaines : le Committee against Communist Agression, l’International rescue Committee, l’Iron Refugee Committee ou le Committe for Constitutionnal Government. Mais l’autonomie de l’association de Jean-Paul David n’était qu’apparente et très partielle. En réalité le voyage de David avait été préparé par le Quai d’Orsay et bénéficiait du soutien logistique des postes français aux États-Unis. Par ailleurs, le voyage de David s’inscrivait tout autant dans la mobilisation et l’instrumentalisation d’associations du secteur privé par les autorités politiques américaines dans le cadre de leur campagne de propagande et donc de guerre psychologique. Le voyage de David répondait en effet à une invitation du National Committee for a free Europe, une association étroitement contrôlée et financée par la CIA. Ce premier voyage ne montre donc pas seulement combien l’anticommunisme était affaire de réseau, mais aussi comment Paix et Liberté faisait parti d’un dispositif américain en Europe. Ceci transparaît d’autant plus clairement si l’on met en avant qu’au moins les comités italiens et allemands furent également soutenus par la CIA.

Le second voyage de David aux États-Unis, fin septembre 1953, prit certainement un caractère encore plus officiel et incarnait, de ce fait, d’avantage cette dimension d’instrument de politique étrangère. Les rencontres de David, tant avec les responsables de la CIA, Allen Dulles et Walter Bedell Smith, qu’avec ceux du Département d’État ou encore avec les membres de l’OCB (Operations Coordinating Board), structure coordonnant les efforts américains en matière de guerre psychologique, montre bien comment Paix et Liberté continuait de rester un élément clé de la stratégie anticommuniste américaine pour la France, tout comme l’était, dans une moindre mesure, Pace e libertà pour l’Italie ; d’autant que l’administration Eisenhower accordait une importance croissante à la guerre psychologique. Mais, plutôt que de s’inscrire dans la politique américaine, Jean-Paul David cherchait, avec Bidault, à coordonner les efforts du monde libre en matière de propagande et de guerre psychologique au niveau de l’OTAN. Pour ce faire, le député radical avait mené des consultations auprès des autres pays de l’Alliance et auditionné plusieurs fois à l’OTAN[41]. Le comité international Paix et Liberté, dont il avait – jusque 1956 – la présidence, aurait certainement connu une nouvelle impulsion et fait basculer le réseau des comités vers une sorte d’internationale anticommuniste, lui permettant d’avantage encore un acteur de la guerre froide. Mais les autorités américaines refusèrent net que cette coordination soit transférée à l’OTAN. À cela deux raisons : d’abord, l’Alliance atlantique ne devait pas, selon eux, revêtir un caractère offensif. En second lieu, la délégation et la décentralisation de la guerre psychologique était vue d’un mauvais œil. Les Américains tenaient à conserver et à développer leur vision et leurs instruments de la guerre psychologique. Fritz Cramer, président du VFF devenu également président du CIAS en 1957, tenta de relancer cette proposition de coordination et de création d’une cellule de guerre psychologique auprès de l’OTAN. Mais même Van Zeeland, président d’honneur du CIAS, ne parvint pas à faire jouer sa relation avec le secrétaire général de l’OTAN, Paul-Henri Spaak, pour faire aboutir le projet.

À défaut de pouvoir coordonner l’effort psychologique du monde libre, le réseau Paix et Liberté déploya cependant la plupart de ses initiatives de façon autonome, bien qu’intrinsèquement elles servaient la politique étrangère des États. Dans la première moitié des années 1950, même si les bailleurs de fonds étaient, pour l’essentiel, publics, l’initiative de campagnes d’affichages européennes provenait – autant que cela transparaît des archives – des associations. Elles furent l’aspect le plus visible de cette volonté de jouer un rôle international – au niveau des consciences et des idées, la guerre froide étant justement devenu essentiellement une guerre des idées. Or, par les mobilisations nationales, voire européennes, des inconscients collectifs de l’Europe occidentale, le réseau Paix et Liberté contribua à enraciner les représentations de la guerre froide et de ses deux camps inconciliables au sein des populations. Néanmoins, le réseau n’a sans doute pas réussi à acquérir une plus grande autonomie d’action internationale, d’une part, parce que son existence était trop liée au financement des acteurs traditionnels de politique étrangère – les États – et d’autre part, parce que l’essentiel de sa propagande était négative, « anti-», et ne proposait pas directement une alternative, si ce n’est le renforcement de la solidarité du monde libre. En fait, les comités nationaux assumèrent bien plus une sorte de rôle de vigie, de conscience. Ainsi, par exemple, David envoya-t-il une lettre aux ministres des Affaires étrangères participant à la conférence de Genève en 1954 afin de leur rappeler à quel point leur attitude était décisive pour la solidarité des nations libres[42]. Après 1956, l’internationalisation et la tentative d’autonomisation tant du Comité que du combat s’accrut : le CIAS protestait contre les évènements de Hongrie en écrivant à l’ONU, participait officiellement au 4e congrès interaméricain pour la défense du continent ou activement à l’organisation des deux conférences sur la guerre politique des Soviets, à Paris en décembre 1960 et à Rome en novembre 1961. Mais le climat avait changé par rapport au début des années 1950. La détente s’était installée, tout comme un certain dialogue direct entre les super-puissances, sans forcément que l’Europe fut au centre de celui-ci. Alors, comme un miroir de l’utilisation par David du réseau comme soutien de la politique française, l’Allemand Cramer, devenu président du CIAS en 1957, contribua à en faire de plus en plus un instrument de la politique étrangère allemande. Il resserra en effet le combat sur le problème allemand. De fait, la question allemande était, au sein de la guerre froide, si ce n’est en voie de marginalisation, au moins de dilution. Certes, la seconde crise de Berlin et la construction du mur contribuaient à garder l’Allemagne comme point de cristallisation de la lutte contre le communisme, mais le monde s’était accommodé de la division de l’Allemagne. Pour lutter contre la banalisation de celle-ci le CIAS multipliait les initiatives. Il diffusait par exemple, en 1958, aux autres comités une carte de l’Allemagne dans ses frontières de 1937, une carte alimentaire de RDA, ou invitait, en 1959, des délégations françaises et italiennes à Berlin pour se rendre compte sur place de la situation. Par là, le réseau redevenait un instrument et il lui fut difficile de se poser en acteur autonome et indépendant des relations internationales, si tenté que cela soit possible par ailleurs.

         

Finalement donc, le réseau Paix et Liberté incarnait surtout sa propre fonction de mise en relation des informations et des personnes. Par sa nature même, il contribua néanmoins à multiplier et à renforcer la solidarité anticommuniste du camp occidental. Il n’a cependant pas pu devenir une internationale dans la mesure où, comme on l’a montré, les efforts de coordination de l’anticommunisme n’ont pu aboutir, comme par exemple en matière de guerre psychologique. Les conditions nationales ainsi que la multitude des traditions politiques ou spirituelles de l’anticommunisme rendaient en effet difficilement réalisable une unité du mouvement. Il existait, à vrai dire, autant de réseaux anticommunistes que de formes de l’anticommunisme. Ce dernier, par sa pluralité, ne peut-il finalement exister que sous forme de réseau ?

 

 

 

 


[1] Doctorant à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne et à la Ruhr Universität Bochum, allocataire du DAAD, prépare une thèse sous la direction de Robert Frank et Norbert Frei.

[2] Rapport du Quartier Général du CIC, Region III, Sub Region Francfort/M du 7 juillet 1947, OMGUS, ISD 5/261-3/3.

[3] Baron G. von Wrangel, Short project of Action and Organization, 10 avril 1947, OMGUS, ISD 5/261-3/3.

[4] Lettre de G. von Wrangel à Robert F. Corrigan, Off of Polad, HQ EUCOM du 11 août 1947, OMGUS, ISD 5/261-3/3.

[5] Lettre du baron G. von Wrangel du 8 août 1947, OMGUS, ISD 5/261-3/3.

[6] Lettre de Robert F. Corrigan à Nabokoff (IRI) du 29 juillet [1947], OMGUS, ISD 5/261-3/3.

[7] KÖRNER (Klaus), « Von der antibolschewistischen zur antisowjetischen Propaganda : Dr. Eberhard Taubert », in SYWOTTEK (Arnold) (Hrsg.), Der Kalte Krieg - Vorspiel zum Frieden ?, Münster, Hambourg, 1994  et MAJOR (Patrick), The death of the KPD. Communism and anti-communism in West-Germany, 1945-1956, Oxford, Clarendon Press, 1997.

[8] Lettre du Dr Friedrich Minssen (Munich) à Robert Murphy, OMGUS, du 10 février 1948, OMGUS ISD Shipement 5, Box 260-263, 2.

[9] MAJOR (Patrick), The death of the KPD…, op. cit.

[10] Association populaire pour la paix et la liberté. Cf. FRIEDEL (Mathias), Der Volksbund für Frieden und Freiheit (VFF). Eine Teiluntersuchung über westdeutsche antikommunistische Propaganda im Kalten Krieg und deren Wurzeln im Nationalsozialismus, St. Augustin, Gardez! Verlag, 2001; LUDWIG (Bernard), « La propagande anticommuniste en Allemagne fédérale. Le « VFF », pendant allemand de Paix et Liberté ? », Vingtième Siècle. Revue d’Histoire, n° 80, octobre-décembre 2003 et les travaux de Klaus Körner.

[11]  SOMMER (René), La France dans la guerre froide. Paix et Liberté, 1950-1956, Paris, IEP, mémoire de DEA, 1980, 173 p. ; «  Paix et Liberté : la Quatrième République contre le PC », L’Histoire, n°40, 1981, p. 26-35 ; DUHAMEL (Eric), « Jean-Paul David et le mouvement Paix et Liberté, un anticommunisme radical » et  DELPORTE (Christian), « Propagande anticommuniste et images : le cas de Paix et Liberté », in DELMAS (Jean) et KESSLER (Jean) (dir.), Renseignement et propagande pendant la guerre froide, 1947-1953, Bruxelles, Complexe, 1999, p. 217-225. Iconographie : Ibid.. et BUTON (Philippe), GERVEREAU (Laurent), Le couteau entre les dents, Paris, Chêne, 1989, 159 p.

[12] Rapport de von Dellingshausen, 4 mai 1951, B 137-2607.

[13] Rapport du VFF (Taubert) pour le BMG du 18 mai 1951, B 137-2607.

[14] Note de von Dellingshausen du 7 juin 1951, B 137-2607.

[15] Les archives sont contradictoires quant à sa participation à cette fondation. Le Comité belge comprenait deux sections : l’une à Bruxelles était dirigée par le banquier Maurice Keyaerts, l’autre à Liège par C. Doat.

[16] Lettre du VFF (Taubert) au Dr Mai du 5 septembre 1951, B 136-1765.

[17] Il ne reste que livré sous forme de projet, cf. annexe de la note de von Dellingshausen du 5 octobre 1951, B 137-2609.

[18] Lettre de l’AA (023-00 II 2580/53) au BMG du 17 mars 1953 B 137 – 2609.

[19] Dirigé par le parlementaire Velibese.

[20] Eirene & Eleutheria (Athènes) dirigé par le député Stamatis Mercouris.

[21] Note du VFF du 31 janvier 1955 B 137-2610.

[22] Est comptabilisé ici aussi le Comité Paix et Liberté en Sarre, mis en place par la France. Le VFF n’eut jusqu’au règlement du problème sarrois (accords de Paris, fin 1954) pas de relation avec celui-ci. Après le retour de la Sarre à la RFA, il mit lui-même une délégation régionale en place en Sarre. Outre les comités européens et le comité vietnamien, déjà cités, y figurent aussi le comité japonais (dirigé par Shiro Mitamura et Kiichi Minami) et taiwanais (The Peace and Freedom Association of the Republic of China (Taipei) dirigé par le professeur  Fuchow Wang et son secrétaire général, Dr Wen-Hsi-Tschang. ).

[23] Il s’agit d’une part du Centre national d’information du Dr Albert Münst à Zurich et d’autre part du Comité suisse d’action civique de Marc-E. Chantre à Lausanne. Münst fut présent dès les premiers contacts internationaux et s’y impliqua fortement. On abandonna cependant l’idée de création d’un Comité national à cause de la neutralité helvétique.

[24] Par Common Cause (Freedom, the Common Cause of Mankind) et son secrétaire général Mr Smith.

[25] Par The People’s Union – Peace and Freedom (Sydney) dirigé par  E. Hebblewhite.

[26] Par l’Institut Veritas (Montreal) animé par le professeur jésuite Flavien Charbonneau.

[27] Par l’Union Civica International animé par Guillermo Prieto Yeme, journaliste et expert en questions économiques proche de la droite modérée.

[28] Par Folk og Forsvar (Oslo) mouvement du social-démocrate Gunnar Sand.

[29] Par Semmenslutningen Til Oplysning om Altantpagt og Demokrati-Fred og Frihed (Copenhague), également association atlantiste, animée par Niels Matthiasen.

[30] Par l’Anti-Communist League of Israel (Tel Aviv & Jerusalem) dirigée par l’ancien médecin viennois Prof. Dr von Weisel et Habib Shiber.

[31] Par la Fédération anticommuniste pour la réunification de la Corée dirigée par l’ancien ministre des Affaires sociales de Corée du Nord Yi-Yun-Yong.

[32] Par l’Antikommunistiese Aksiekommissie (Johannesburg) dirigé par le Dr Meyer et D.F. de Beer.

[33] La même année Paix et Liberté en France avait cessé officiellement, mais continuait sous la direction de l’ancien adjoint de Jean-Paul David, sous le nom d’Office national pour la démocratie française.

[34] « Comité ADC » (Sao Paulo) de G. Lodygensky.

[35] CIAS, état des lieux au 22 septembre 1958, confidentiel, B 137-1766.

[36] Paris-Presse, 14 septembre 1950, cité par SOMMER (René), La France dans la guerre froide. Paix et Liberté, 1950-1956, op. cit., p. 13.

[37] Verband selbständiger Wirtschaftstreibender.

[38] Télégramme n° 542 de l’Ambassade américaine à Paris au Département d’État du 30 août 1950, NARA, RG 59, Box 2552, 551.00/8-3050.

[39] Cf les comptes rendus dans AMAE, Amérique, États-Unis, 346 et 348 et la position américaine dans les fonds du Département d’État RG 59 (NARA, College Park, MD), not. 740.5/11-653, 740.5/9-2353 ; 740.00/1-2352 ; 033.5100/9-2853.

[40] Congressional Record – Senate, 1952, pp. 2113-2115 et Dépêche n° 1437 AM du conseiller de l’Ambassade à Robert Schuman du 21 mars 1952, AMAE, Amérique, EU, 346.

[41] Cf les archives de Groupe de travail sur l’information (AC/024) et du Groupe de travail sur la politique d’information et de coopération culturelle (AC/052) aux archives de l’OTAN (Bruxelles) et la thèse de VILLATOUX (Paul) et DUBREIL-VILLATOUX (Marie-Catherine), La guerre et l’action psychologique en France (1945-1960),  Paris, Université Paris I – Panthéon-Sorbonne (Dir. Maurice Vaïsse), 2002, 4 vol., p. 266-281.

[42] Lettre de Jean-Paul David, secrétaire général du Comité international Paix et Liberté à G. Bidault, A. Eden et J. F. Dulles du 8 juin 1954, B 137-2609.