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Marjorie Vervin, La Californie et la gestion de l'eau au XIXe siècle

La Californie et la gestion de l'eau au XIXe siècle

 

Bulletin n° 19, été 2004

 

 

 

 

La Californie et la gestion de l’eau au XIXe siècle

(1848-1906)

Marjorie Vervin[1]

 

Aujourd’hui, la Californie apparaît comme le symbole par excellence de la civilisation hydraulique, au sens où sa prospérité et son existence même sont étroitement dépendantes de la maîtrise et de la manipulation à grande échelle de ses ressources en eau. Son agriculture est presque entièrement fondée sur la mise en œuvre de techniques d’irrigation de pointe et Los Angeles, l’une des principales métropoles des États-Unis, a connu une croissance phénoménale, à la fois démographique et économique, alors que les conditions naturelles, le manque de sources locales d’approvisionnement en eau, en particulier, ne le laissaient pas présager voire même l’interdisaient. D’ailleurs, le paysage californien dans son ensemble est marqué par l’omniprésence de gigantesques équipements hydrauliques. San Francisco et Los Angeles vont chercher l’eau nécessaire à leurs habitants et à leurs industries jusqu’à la Sierra Nevada, grâce à des aqueducs de plusieurs centaines de kilomètres. Par l’intermédiaire de multiples barrages, dont celui de Hoover, à Boulder Canyon, le Bureau of Reclamation, agence fédérale créée en 1902, a réussi à détourner et à utiliser l’eau du Colorado, longtemps considéré comme indomptable, pour mettre en valeur des terres, auparavant qualifiées de « déserts », mais aujourd’hui parmi les plus productives des États-Unis. Pour contrôler les crues intempestives du Sacramento, dans la grande vallée centrale, le Corps des Ingénieurs militaires des États-Unis, de même que l’État californien, ont mis en place des réseaux complexes de gigantesques digues, de barrages et de réservoirs, permettant ainsi, un rééquilibrage, à la fois temporel et spatial[2], du cycle de l’eau californien.

Néanmoins, on pourrait sans doute en dire autant de l’Arizona, du Nouveau-Mexique, du Nevada ou de l’Utah, dont les réalisations, en matière hydraulique, sont aussi spectaculaires. Ces États, ainsi que tous les autres situés au-delà du centième méridien, appartiennent en effet à ce que le major Stephen H. Long, explorateur des Rocheuses au XIXe siècle, avait autrefois nommé le « Grand Désert américain », en raison de la faiblesse des précipitations, des terres « impropres à toute culture et bien entendu inhabitables pour des hommes qui tireraient leur subsistance de l’agriculture »[3]. Cette vision est nuancée, par la suite, par John Wesley Powell, responsable de l’U.S. Geographical Survey pour la région des Rocheuses, qui rebaptise ces États du nom de « région aride des États-Unis »[4]. Selon lui, en effet, la vie y est possible à condition de stocker l’eau disponible et d’irriguer les terres, ce qui implique des manipulations hydrauliques à l’échelle, sinon d’un État, au moins d’un bassin hydrographique entier. Au sein de cette région aride, qu’est-ce qui justifie, alors, de ne s’intéresser qu’à la Californie ? Les autres États ne participent-ils pas d’une même problématique, en ce qui concerne la gestion de l’eau ?

 

L’eau et la colonisation des États-Unis

 

Pour comprendre ce qui fait la singularité de la Californie en la matière, il est nécessaire d’opérer un retour en arrière sur les conditions de la colonisation de l’Amérique en général et des États-Unis en particulier. Alors que les colons espagnols[5] sont issus d’une région marquée par l’aridité et héritière d’une longue tradition de manipulation de l’eau, grâce aux apports des Romains et des Arabes, les colonisateurs de l’Amérique du Nord sont issus majoritairement de l’Europe du nord-ouest, région où les connaissances et les techniques romaines d’adduction d’eau ont été perdues. En Grande-Bretagne, en Irlande et en Allemagne, principaux foyers européens d’émigration vers les États-Unis, au début du XIXe siècle, le climat, océanique ou continental, est caractérisé par des précipitations abondantes et globalement distribuées sur toute l’année. Malgré des périodes de sécheresse estivale, ces dernières permettent, seules, la pratique de l’agriculture. Lorsque les pionniers colonisent la côte Est des États-Unis ainsi que le « Vieil Ouest »[6], ils y trouvent des conditions climatiques proches de celles auxquelles ils sont habitués. S’ils doivent prendre exemple sur les Indiens pour apprendre à survivre sur ce nouveau continent, le découpage de l’année en quatre saisons distinctes, avec des précipitations suffisantes pour permettre l’agriculture, est cependant un trait familier. Au contraire, la découverte des paysages du Far West est un choc. Ainsi, Zebulon Pike, qui explore de 1806 à 1807 les Rocheuses jusqu’au Colorado, n’hésite pas à comparer ceux-ci aux déserts africains. A partir de ces premières explorations se développe un imaginaire fort de l’Ouest, que l’on se représente bientôt comme un Sahara, avec ses dunes et ses chameaux. Petit à petit, le centième méridien, limite globale à partir de laquelle les précipitations ne permettent plus de pratiquer l’agriculture, en vient à symboliser une frontière entre deux mondes radicalement opposés. Dans l’Ouest aride, les pratiques traditionnelles en matière de gestion de l’eau ne peuvent plus s’appliquer. On peut parler, dans un premier temps, d’un phénomène de rejet réciproque. D’une part, la nature semble refuser l’installation de l’Homme et, d’autre part, l’Homme paraît incapable de comprendre cette nature.

Les premiers Américains à tenter d’apprivoiser l’Ouest aride sont les Mormons, qui, menés par Brigham Young, fondent Salt Lake City en 1847. Ils y creusent un réseau de canaux d’irrigation, entretenus par les habitants et administrés par l’autorité ecclésiastique mormone. Néanmoins, le modèle de société théocratique que ceux-ci proposent est difficilement transposable au reste des États-Unis, avec lesquels ils ne tardent d’ailleurs pas à entrer en conflit. La première véritable rencontre entre une américanité proprement anglo-saxonne et l’aridité de l’Ouest a donc lieu en Californie. En effet, la découverte d’or, en 1848, dans l’American River, pousse un grand nombre d’Américains à franchir cette frontière tant redoutée, où la nature refuse de livrer ses fruits comme elle l’a fait jusqu’à présent. Par la force des choses, les pionniers sont confrontés à la question de la gestion de l’eau dans l’Ouest aride. Pour pouvoir exploiter les richesses minérales californiennes, ils doivent s’efforcer d’y trouver, au plus vite, une réponse satisfaisante. La Californie en vient donc à représenter un modèle pour l’Ouest aride, à imiter ou, au contraire, à éviter.

Une étude portant sur la Californie et la gestion de l’eau au XIXe siècle se doit donc de commencer avec l’évènement fondateur que constitue la Ruée vers l’or. Trouver une borne chronologique satisfaisante pour la fin du XIXe siècle californien est certes moins aisé, mais le tremblement de terre de San Francisco, en 1906, apparaît comme un symbole fort, une sorte de rite de passage pour la Californie toute entière. Il s’agit surtout d’un moment charnière, en ce qui concerne la gestion de l’eau, entre l’époque des expérimentations et des débats d’idées, et celle de réalisations spectaculaires, à l’échelle de l’État, qui instituent un véritable empire hydraulique californien. Les symboles forts de cet entre-deux sont le lancement effectif par San Francisco et Los Angeles des projets d’aqueducs de Hetch Hetchy et d’Owens Valley, dans la Sierra Nevada, ainsi que le début de la mise en valeur de la vallée du Colorado.

De nombreuses études existent, aux États-Unis, sur la question de l’eau en Californie et dans l’Ouest. Néanmoins, pour la plupart, il s’agit d’ouvrages spécialisés, traitant d’un aspect ou d’une période spécifiques[7]. Il existe peu d’études de synthèse sur la gestion de l’eau en Californie. Le principal ouvrage de référence est celui de l’historien Norris Hundley Jr.[8], qui traite de la gestion de l’eau depuis l’époque précolombienne jusqu’à nos jours, en faisant la part belle aux réalisations et problématiques du XXe siècle. Le XIXe siècle est pourtant une période féconde en matière de gestion de l’eau, en Californie. Il possède ses dynamiques propres, en particulier le rôle moteur de la Révolution Industrielle, et de son corollaire le capitalisme sauvage, dans toutes les mutations économiques, démographiques, sociales et politiques, la définition progressive du service public, à tous les échelons de pouvoir, municipal, étatique et fédéral, ainsi que l’affirmation d’une identité proprement américaine. Les nombreuses créations, en particulier économiques, juridiques, législatives et institutionnelles, de cette période contribuent largement à écrire l’histoire de la gestion de l’eau du XXe siècle. C’est véritablement à cette époque qu’une gestion de l’eau à l’américaine se met en place en Californie et, au-delà, dans tout l’Ouest aride.

 

Comment étudier le problème de l’eau en Californie ?

 

Le concept de gestion de l’eau recouvre de multiples aspects, interdépendants, qui peuvent faire appel à différents types de sources. En effet, s’interroger sur la gestion de l’eau, c’est tout d’abord faire un important détour géographique, afin d’étudier les différents processus climatiques et hydrographiques à l’œuvre dans le cycle de l’eau californien et de déterminer quels types d’action sur la nature l’Homme doit entreprendre pour pouvoir vivre en Californie. La question du poids et du coût des interventions humaines sur les équilibres naturels, en relation avec l’évolution des sciences et des techniques, qui les rendent possibles, est étroitement liée à celle-ci. Mais la gestion de l’eau pose aussi la question des acteurs qui y sont impliqués, non seulement ses consommateurs directs, principalement les industries, les agriculteurs et les citadins, mais aussi les décideurs, chargés d’encadrer l’exploitation des ressources hydrauliques. Quels types de rapports se nouent entre ces différents types d’acteurs ? Quelles sont les conséquences de l’évolution des rapports de force en présence ? Enfin, à quelles valeurs fait-on appel dans l’utilisation des ressources hydrauliques, selon quelles modalités, en particuliers législatives et juridiques, et à quel type de société cela donne-t-il naissance ?

Quelles sources sont à la disposition du chercheur français pour mener cette étude de synthèse ? Pour consulter les archives officielles locales, c’est-à-dire des municipalités, des comtés et de l’État fédéré, il est indispensable de se rendre aux États-Unis. Néanmoins, on dispose d’un modeste échantillon, pour la ville de San Francisco, à la Bibliothèque administrative de la Ville de Paris. De plus, de nombreux extraits d’archives municipales, en particulier sur le Département des Pompiers, sont accessibles, en ligne, sur le site internet du Musée de San Francisco[9]. Enfin, si l’on ne dispose pas des minutes des nombreux procès qui émaillent l’histoire de la gestion de l’eau californienne au XIXe siècle, la vaste enquête sur l’irrigation en Californie[10], conduite sous la direction de l’ingénieur Elwood Mead[11] et publiée en 1902, donne l’occasion à divers spécialistes de revenir sur ces différents cas et  de discuter de leur impact sur la gestion de l’eau californienne. De plus, les différentes décisions de la Cour Suprême californienne suscitent des débats passionnés, dont la presse se fait l’écho. Le magazine mensuel Overland Monthly and Out West Magazine, édité à San Francisco, prête régulièrement ses colonnes à ce type de questions. Deux autres grands mensuels nationaux, The Atlantic Monthly, édité à Boston, et The Century, publié à New York[12], permettent à d’éminents spécialistes de la côte Est, les plus célèbres étant John Wesley Powell et William Ellsworth Smythe[13], de donner leur point de vue sur la région aride et le problème qui y est posé par l’eau.

Pour ce qui concerne les archives officielles de l’État fédéral, le chercheur est beaucoup plus chanceux, étant donné l’impressionnante quantité de documents mis en ligne sur le site internet de la Bibliothèque du Congrès[14]. On y trouve de nombreuses archives législatives, en particulier différents projets de lois présentés au Congrès[15], ainsi que les lois finalement adoptées pour encadrer la mise en valeur des régions arides. En ce qui concerne le Newlands Reclamation Act, loi fondamentale votée en 1902, on a en particulier accès à de nombreux rapports de commissions, de la Chambre et du Sénat, regroupant non seulement les opinions majoritaires, mais aussi les opinions minoritaires, ainsi qu’à des comptes-rendus de débats. Les archives du pouvoir exécutif regroupent, en particulier, trois rapports fondamentaux sur la question de l’eau en Californie et dans l’Ouest. En 1873, une commission formée de deux ingénieurs militaires et d’un scientifique universitaire se rend en Californie, à la demande du président Grant, pour étudier les possibilités d’irrigation dans les vallées du Sacramento et du San Joaquin[16], ainsi que dans la région des lacs, plus au Sud[17]. On trouve dans leur rapport de nombreuses données hydrographiques et topographiques ainsi que d’importantes références aux modèles européens en matière d’irrigation. En 1879, la major John Wesley Powell, en tant que responsable de l’U.S. Geographical Survey, attaché au Département de l’Intérieur, publie un rapport[18], présenté au Congrès en 1878, dans lequel il fait la synthèse des observations effectuées pendant ses explorations de la région aride des États-Unis. Il contribue à en donner une vision beaucoup plus exacte et scientifique, en faisant notamment appel à de nombreux relevés climatiques et topographiques. Enfin, l’enquête conduite sous la direction d’Elwood Mead est publiée en 1902 sous l’égide du Département de l’Agriculture.

Néanmoins, le corpus le plus déterminant dans cette étude a sans conteste été l’impressionnante collection de plus de deux cents récits à la première personne sur la Californie, réalisée et mise en ligne par la Bibliothèque du Congrès[19]. Ces témoignages de contemporains sur la Californie, de la Ruée vers l’or au début du XXe siècle, prennent des formes littéraires variées. Les différents récits de voyages, rédigés par des hommes et des femmes de la côte Est, du Midwest et d’Europe, sont de précieuses mines d’informations tant ils offrent un panorama large, aussi bien géographique, scientifique, technique, juridique, agricole, industriel que moral, sur la question de la gestion de l’eau en Californie, avec, en plus, de nombreuses mises en perspectives par rapport aux pratiques du reste des États-Unis et de l’Europe en la matière. La correspondance privée et les différents types de journaux nous offrent surtout des informations sur les mineurs, qui tentent de décrire leurs conditions de vie à leur famille, restée au pays. Les mémoires et autobiographies, qui sont souvent le fait d’éminents citoyens californiens, comme le général John Bidwell[20], représentant de la Californie au Congrès des États-Unis pendant plusieurs années, permettent davantage de se placer dans le long terme et de distinguer différents types d’évolutions. On trouve aussi des pamphlets. Celui de Mary C. Vail[21], agricultrice de Pasadena, en Californie du Sud, s’insurge contre la vision de l’État, nouveau jardin d’Eden, véhiculée par le biais des divers guides promotionnels qui alimentent le boom foncier des années 1880 ; elle cherche à donner une vision plus nuancée des choses, en particulier en insistant sur les difficultés quotidiennes posées par l’aridité. Parmi cette littérature promotionnelle, destinée à attirer les pionniers en Californie, l’ouvrage le plus populaire à l’époque est celui de Charles Nordhof[22], éditeur du New York Evening Post. De nombreux essais, en particulier historiques, nous fournissent aussi des détails précieux. Enfin, de façon plus marginale, on peut faire appel à des ouvrages de fiction. Alexandre Dumas[23] a notamment rédigé un roman qui a pour toile de fond la Ruée vers l’or en Californie, dont il a été un témoin direct.

A la lecture de ces différentes sources, une première réflexion s’impose, à savoir que la gestion de l’eau est un sujet d’étude qui invite nécessairement à l’interdisciplinarité. En effet, ses différents enjeux sont difficilement compréhensibles sans un détour important par la géographie, le droit ou encore l’ingénierie.

 

L’eau, l’exploitation minière et le droit

 

Le cycle de l’eau californien est profondément marqué par la problématique de l’aridité, d’une part parce que les précipitations, en Californie du Sud, sont insuffisantes pour permettre l’agriculture, et, d’autre part, parce que la saison sèche, qui s’étend globalement de mai à octobre, coïncide avec la période où, traditionnellement, les cultures ont le plus besoin d’eau pour arriver à maturité. Une adaptation des pratiques agricoles américaines est donc nécessaire pour mieux coller aux rythmes et processus naturels californiens. Les fermiers y adoptent alors la méthode du dry-farming, où la majorité des travaux des champs a lieu pendant la saison humide[24], de novembre à avril, période où le fermier de l’Est connaît la rigueur de l’hiver. Néanmoins, les longues périodes de sécheresse auxquelles la Californie est régulièrement confrontée rendent la méthode hasardeuse. L’irrigation, déjà pratiquée par les Hispaniques dans les missions et dans les pueblos, ainsi que par quelques riches propriétaires américains, installés en Californie bien avant sa conquête par les États-Unis, est donc appelée à s’étendre, de même que la régulation des crues destructrices du Sacramento et le stockage de l’eau des Sierras, qui retourne inexorablement à la mer, chaque printemps, lors de la fonte des neiges.

Néanmoins, avant de se poser pour l’agriculture, la question de l’exploitation des ressources hydrauliques californiennes concerne avant tout l’exploitation minière et les villes dont l’essor est étroitement lié à la Ruée vers l’or, comme San Francisco, Sacramento et Stockton. En effet, non seulement les premières particules d’or se trouvent dans l’eau des rivières, mais, même lorsque les mineurs doivent se mettre à creuser pour les trouver, l’eau continue à jouer un rôle important dans les différentes techniques d’exploitation, qui reposent avant tout sur le lavage des particules. Le paroxysme est atteint avec l’invention, dans les années 1850, de l’exploitation minière hydraulique, qui consiste à utiliser la force des cours d’eau, en la canalisant par l’intermédiaire de tuyaux et de lances de métal, afin de déblayer des flancs entiers de collines, découvrant ainsi de nouvelles couches aurifères. C’est dans ce contexte que naissent les premiers canaux d’adduction d’eau ainsi que les premières compagnies privées spécialisées dans ce domaine. L’agriculture ne commence à devenir primordiale pour l’État que lorsque l’exploitation minière, en perte de vitesse au fur et à mesure que les gisements se raréfient, est définitivement condamnée, en 1884, par un juge fédéral, qui interdit aux compagnies de déverser les débris issus de l’exploitation hydraulique, accentuant la gravité des inondations dans la vallée centrale, dans les cours d’eau californiens.

La Ruée vers l’or donne aussi naissance à un droit de l’eau hybride, cause de multiples conflits entre les différents utilisateurs de l’eau californienne. Sur la côte Est, les colons anglo-saxons ont pu transplanter avec succès la common law anglaise, qui institue des « droits ripariens » sur l’eau des cours d’eau, c’est-à-dire qu’il faut être propriétaire d’une terre située le long d’un cours d’eau pour pouvoir jouir de cette eau. Les représentants à la convention constitutionnelle de Californie, qui se tient en 1849, majoritairement originaires du New-York et de l’Iowa, s’inspirent des constitutions de leurs États d’origine, qui reconnaissent les droits ripariens. Néanmoins, les mineurs, qui opèrent depuis 1848, sous le regard impuissant du gouvernement militaire, ont adopté leurs propres règles en la matière. D’une part, ils ne peuvent se satisfaire des droits ripariens car ils ne sont pas propriétaires des terres sur lesquels ils s’installent et, d’autre part, ils estiment que, dans le contexte de pénurie qui prévaut en Californie, l’eau doit avant tout revenir à ceux qui l’utilisent. Ils fondent ainsi le droit de prior appropriation, selon lequel chacun peut déclarer avoir droit à une quantité d’eau fixe, tant qu’il l’utilise pour en retirer un bénéfice, et qui prévoit, en cas de pénurie, que le premier appropriateur de l’eau d’un cours d’eau doit être servi en priorité. Or ce droit des mineurs est reconnu par l’assemblée législative californienne dès 1851 et réaffirmé avec la promulgation du code civil de 1872.

Les partisans de l’irrigation se réclament bientôt du droit de prior appropriation, qui leur permet, par l’intermédiaire de canaux similaires à ceux utilisés dans l’exploitation minière, de transporter l’eau d’un bassin hydrographique à un autre, moins bien pourvu en richesses hydrauliques. Les propriétaires ripariens y voient là une atteinte manifeste au sacro-saint droit de propriété, auquel sont attachés les droits ripariens, et les conflits ne tardent pas à être portés devant les tribunaux. En dernier ressort, c’est la Cour Suprême de l’État qui doit arbitrer ces conflits. Néanmoins, celle-ci n’apporte pas de réponse clairement tranchée avant l’arrêt Lux contre Haggin, en 1886, qui reconnaît clairement la primauté des droits ripariens en posant toutefois certaines limites, qui laissent subsister le droit de prior appropriation. Au contraire, dans l’arrêt Coffin contre Left Hand Ditch Mining Company, la Cour Suprême du Colorado tranche, dans un cas similaire à Lux contre Haggin, en faveur du droit de prior appropriation, qu’elle estime plus adapté à la mise en valeur d’un État de la région aride. La doctrine de Californie comme la doctrine du Colorado, s’opposent à ce qui était pratiqué avant la conquête américaine. En effet, la puissance publique, incarnée dans la Couronne espagnole, puis dans l’État mexicain, était propriétaire de toute les ressources hydrauliques de surface et elle seule pouvait en faire la concession à des individus privés. La doctrine de l’État du Wyoming relève de cette conception, au sens où l’État se réserve le droit d’autoriser ou de condamner une appropriation, selon qu’il la juge conforme ou non à l’intérêt général.

 

Un interventionnisme croissant des pouvoirs publics

 

A la fin du XIXe siècle, le Wyoming est de plus en plus cité en exemple, notamment par des spécialistes tels que John Wesley Powell, William Ellsworth Smythe ou Elwood Mead, en raison du manque d’initiative et d’encadrement de l’État californien dans la gestion de l’eau. En effet, le parti démocrate, au pouvoir en Californie pendant la majeure partie du XIXe siècle, se montre fidèle à une culture politique de tradition jeffersonienne, qui privilégie le laissez faire économique et l’initiative privée. Ainsi, les premiers projets de drainage et de contrôle des crues sont-ils l’œuvre des propriétaires de la vallée centrale, aux moyens limités et faisant preuve d’une absence totale de coordination avec leurs voisins. De même, les projets d’irrigation se font soit par regroupement d’individus au sein de colonies d’irrigation, afin de partager les coûts élevés de construction et d’entretien des canaux, soit par l’intermédiaire de compagnies privées qui construisent des canaux et vendent ensuite l’eau aux propriétaires terriens, en pratiquant des tarifs élevés. Le même type de compagnies privées prend d’ailleurs en charge l’adduction d’eau dans les municipalités californiennes. Devant les critiques de plus en plus virulentes à l’égard du monopole croissant exercé sur l’eau par ces compagnies privées, l’aggravation des problèmes liés aux débris miniers et à la sécheresse, la Californie tente néanmoins quelques réformes pour aller dans le sens d’un plus grand encadrement de l’État dans la gestion de l’eau et d’une plus grande coordination des efforts privés et individuels. Parmi celles-ci, on peut noter la création d’un poste d’ingénieur de l’État, de 1878 à 1893, notamment chargé de rédiger un rapport de synthèse sur les différents problèmes liés à la gestion de l’eau en Californie et sur les moyens proposés pour y remédier. De plus, avec le vote du Wright Act, en 1887, l’État tente d’instaurer des districts d’irrigation, sortes de corporations publiques réunissant tous les habitants d’un bassin hydrographique donné et financées par un système d’impôt proportionnel à la valeur de la terre. Néanmoins, ces différentes tentatives échouent en raison du manque d’implication directe de la puissance publique, qui laisse subsister un système parallèle, fondé sur l’entreprise privée et l’appropriation non contrôlée de l’eau californienne.

En matière de construction du service public, l’exemple est avant tout donné par les municipalités, comme San Francisco et Los Angeles, qui, au tournant du siècle, réussissent à reprendre l’initiative sur les compagnies privées et à définir un réseau hydraulique mieux coordonné car pensé à l’échelle de la ville toute entière et de ses besoins en eau croissants, qu’il s’agit, à partir des années 1900, d’anticiper. En effet, à San Francisco, les efforts de modernisation du réseau d’adduction d’eau n’ont lieu qu’au terme de crises, des incendies en particulier, au cours du XIXe siècle. Pour Los Angeles, la problématique est légèrement différente. En effet, à partir des années 1880, avec l’arrivée de multiples lignes de chemin de fer, sous l’effet conjugué du tourisme sanitaire et du boom foncier et immobilier, la ville connaît une croissance démographique sans précédent. Néanmoins, les sources d’approvisionnement en eau de la ville, la Los Angeles River essentiellement, ne lui permettront jamais d’atteindre le million d’habitants auquel elle semble pourtant promise. Les deux principales municipalités californiennes se lancent donc dans la construction d’aqueducs gigantesques, qui vont chercher de l’eau jusque dans la Sierra Nevada, afin de pouvoir soutenir leur rythme de croissance.

Ce dynamisme municipal se double au tournant du siècle d’un dynamisme fédéral. En effet, après avoir tenté pendant toute la seconde moitié du XIXe siècle d’encadrer la mise en valeur de l’Ouest par le seul biais législatif, multipliant ainsi les déclinaisons du Homestead Act de 1862, ainsi que des mesures d’incitation à l’irrigation, inefficaces car mal contrôlées par la puissance publique, l’État fédéral, poussé à la fois par les valeurs progressistes, incarnées en la personne du président Theodore Roosevelt et des membres de son administration, et par le militantisme du lobby irrigationniste, personnifié par John Wesley Powell et William Ellsworth Smythe[25], décide de s’impliquer plus directement, à partir de 1902, dans la gestion de l’eau de l’Ouest aride. A cette date, le Congrès vote en effet le Newlands Reclamation Act, qui met en place une nouvelle agence fédérale, le Reclamation Service, composée essentiellement d’ingénieurs et chargée de proposer des projets d’équipements hydrauliques, en particulier des barrages et des réservoirs, afin de faciliter la mise en valeur de l’Ouest. Une culture politique hamiltonienne, de tradition whig et fédéraliste l’emporte alors sur le laissez faire jeffersonien dans lequel l’État fédéral s’est complu jusque-là.

Le credo progressiste est alors celui de l’« usage bénéficiaire », qui s’appuie notamment sur les réflexions du géographe George Perkins Marsh[26]. Devant l’intense exploitation des ressources naturelles américaines entraînée par la Révolution Industrielle, on commence à craindre la fin de l’ère d’abondance qui prévalait jusque-là. Cela contribue notamment au début de la protection des forêts américaines, ressource véritablement dilapidée pour les besoins des mines et des chemins de fer. Mais, inversement, les partisans de la conservation des ressources naturelles, soutiennent aussi qu’il en existe de nombreuses autres, dont l’eau des montagnes, que l’on pourrait capter à l’aide de gigantesques barrages de retenue, encore largement sous-exploitées. Le projet d’aqueduc de San Francisco, impliquant la construction d’un réservoir dans la vallée de Hetch Hetchy, aux limites du parc national de Yosemite, entre parfaitement dans cette logique. Le mouvement de préservation de la nature américaine, dont le principal porte-parole est John Muir, célèbre défenseur de la vallée de Yosemite, entre alors en conflit avec les partisans de la conservation des ressources naturelles. En effet, si la création de parcs nationaux entre parfaitement dans une logique de protection des forêts, voulue par l’État fédéral, en revanche, la protection des cours d’eau, au nom de la seule beauté du paysage, entre en totale contradiction avec la notion d’usage bénéficiaire. Alors que l’exploitation des forêts se veut plus responsable, celle des cours d’eau entre alors dans une ère de consumérisme sans bornes, remis en cause seulement à partir des années 1960, lorsque les méfaits de la pollution et de l’épuisement des nappes souterraines commencent à devenir évidents.

 

Conclusion

 

L’eau mise à disposition des agriculteurs par l’État fédéral, si elle contribue à la généralisation de l’irrigation, ne crée pas, néanmoins, le modèle d’agriculture californien tel que nous le connaissons aujourd’hui. En effet, malgré une lutte réelle entre barons fonciers[27] et petits propriétaires, tout au long du XIXe siècle, notamment pour l’accès à la terre et à l’eau, chacun à sa façon se réclame déjà des principes de l’agribusiness. En effet, ce sont les grands propriétaires qui introduisent les procédés de la Révolution Industrielle dans les champs californiens, à savoir la pratique des monopoles, sur l’eau et sur la terre, une mécanisation intensive et la mise en œuvre de procédés scientifiques, avec l’apparition d’engrais chimiques, ainsi que l’utilisation d’une masse anonyme d’ouvriers agricoles peu exigeants, recrutés d’abord parmi les Indiens et les Mexicains puis parmi les immigrants chinois. Néanmoins, la généralisation et l’amélioration des pratiques d’irrigation sont majoritairement dues aux petits propriétaires des colonies, comme Riverside ou Anaheim, qui contribuent par là même à l’introduction des cultures horticole et vinicole, ainsi que celle des agrumes, qui font aujourd’hui la richesse de la Californie. En effet, les grands propriétaires se cantonnent à la culture du blé, moins risquée financièrement et surtout moins contraignante. Par contre, les petits propriétaires, de même que les barons fonciers, pratiquent un même type d’agriculture à vocation commerciale, entièrement tournée vers le marché. De plus, la nécessité d’irriguer ainsi que la pratique de cultures n’offrant pas de rentabilité immédiate[28] implique de posséder un capital de départ conséquent ; on est donc loin de l’idéal du Homestead.

Cet idéal du Homestead, qui réactive l’idéal jeffersonien de société agrarienne fondée sur la petite propriété autosuffisante, est pourtant bien présent dans la pensée de John Wesley Powell et de William Ellsworth Smythe. Selon eux, la nécessité d’irriguer constitue un puissant moteur de réforme et de justice sociales. En effet, l’irrigation incite à la coopération entre individus, par opposition à l’individualisme associé à la Révolution Industrielle, et, étant donné qu’une vingtaine d’arpents irrigués et cultivés en agrumes, par exemple, subvient largement aux besoins d’une famille, elle doit entraîner une redistribution plus équitable des terres. Néanmoins, c’est compter sans la force des valeurs et des idéaux véhiculés par la Révolution Industrielle. En effet, l’idéal du Homestead, qui veut que chacun, aussi modeste soit-il, ait sa chance dans l’Ouest, est progressivement supplanté par les principes du darwinisme social, selon lesquels seuls les plus méritants réussissent. Le rêve américain s’identifie donc progressivement au mythe du self made man, largement popularisé dans la littérature par le romancier Horacio Alger. La Californie, bien qu’encore majoritairement rurale au tournant du siècle, n’est donc pas épargnée par le capitalisme industriel, dont elle épouse les valeurs. Toute l’originalité a consisté, après l’avoir expérimenté dans les mines d’or, à réussir à le transplanter avec succès dans les champs, le faisant ainsi reposer sur l’irrigation et le rendant très étroitement dépendant des problèmes soulevés par la gestion de l’eau.


 


[1] Marjorie Vervin a soutenu en octobre 2003 au Centre d’histoire nord-américaine de l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne un mémoire de maîtrise sur « la Californie et la gestion de l’eau au XIXe siècle (1848-1906) », sous la direction d’Hélène Harter et André Kaspi.

[2] Le régime de précipitations californien est binaire. Bien que la Californie appartienne à la zone tempérée, on distingue seulement deux saisons : une saison sèche et une saison humide, comparables aux phénomènes observés dans les latitudes tropicales. De plus, le nord de l’État, davantage soumis aux influences océaniques, concentre la majorité des précipitations alors que la majeure partie de la population se situe au sud de l’État, beaucoup plus aride. L’un des grands combats hydrauliques californiens a donc consisté, d’une part, à réussir à stocker l’eau de la saison humide pour l’utiliser pendant la saison sèche, et, d’autre part, à redistribuer l’eau à travers l’État, vers les régions qui en ont le plus besoin.

[3] Propos de Stephen H. Long, cités dans LAGAYETTE (Pierre), L’Ouest américain, Réalités et mythes, Paris, Ellipses, p. 46-47.

[4] POWELL (John Wesley), Report on the Lands of the Arid Region of the United States, with a More Detailed Account of the Lands of Utah. With Maps, Washington, Government Printing Office, 1879, p. 1-5. Accès : memory.loc.gov/ammem/amrvhtml/conshome.html [Réf. du 24 mai 2003].

[5] Premiers colonisateurs de la Californie, et de l’ensemble des territoires situés au nord du Rio Grande, cédés par le Mexique aux États-Unis par le traité de Guadalupe Hidalgo, qui met fin à l’affrontement entre les deux pays, en 1848, les Espagnols y transplantent avec succès leurs techniques et institutions traditionnelles en matière d’irrigation et d’adduction d’eau.

[6] Il s’agit des territoires situés au-delà des toutes premières colonies anglaises, jusqu’aux Appalaches.

[7] Les deux ouvrages incontournables sont : PISANI (Donald), From the Family Farm to Agribusiness : the Irrigation Crusade in California and the West, 1850-1931, Berkeley, University of California Press, 1984 ; KELLEY (Robert), Battling the Inland Sea : Floods, Public Policy and the Sacramento Valley, Berkeley, University of California Press, 1998.

[8] HUNDLEY Jr. (Norris), The Great Thirst, Californians and Water, 1770s-1990s, Berkeley, University of California Press, 1992.

[9] Accès : www.sfmuseum.org [Réf. du 24 mai 2003].

[10] Report of Irrigation Investigations in California under the direction of Elwood Mead, Washington D.C., Government Printing Office, 1902. Accès : memory.loc.gov/ammem/amrvhtml/conshome.html [Réf. du 26 mai 2003].

[11] Elwood Mead a reçu une formation de scientifique, de mathématicien, d’ingénieur et de juriste à l’université de Purdue. Il a notamment été ingénieur assistant dans le Corps des Ingénieurs militaires des États-Unis, de 1882 à 1883, ingénieur de l’État assistant et professeur en ingénierie de l’irrigation dans le Colorado, ingénieur territorial du Wyoming à partir de 1888 puis ingénieur de l’État jusqu’en 1899, date à laquelle il commence à conduire son enquête sur l’irrigation pour le Département de l’Agriculture. A partir de 1924, il travaille pour le Reclamation Service.

[12] Overland Monthly and Out West Magazine, The Atlantic Monthly et The Century, ainsi que de nombreux autres magazines américains du XIXe siècle, sont consultables, en ligne, sur le site internet Making of America (Books and Journals), hébergé par les universités de Cornell et du Michigan. Accès à l’adresse Internet suivante : http://cdl.library.cornell.edu/moa/moa_browse.html ou bien :

http://www.hti.umich.edu/m/moagrp/

[13] Profondément touché par la sécheresse qui frappe les fermiers des Grandes Plaines en 1889, et marqué par les projets d’irrigation dont il a été le témoin au Nouveau-Mexique, le journaliste William Ellsworth Smythe devient bientôt le plus ardent défenseur de l’Ouest et de l’irrigation. Il écrit notamment de nombreux articles et s’implique dans un projet de colonie d’irrigation à New Plymouth, dans l’Idaho, avant de publier son œuvre majeure : SMYTHE (William Ellsworth), The Conquest of Arid America, New York, Londres, Harper & Brothers, 1900.

Accès : memory.loc.gov/ammem/amrvhtml/conshome.html [Réf. du 25 mai 2003].

[14] Accès : memory.loc.gov [Réf. du 24 mai 2003].

[15] De très nombreux projets de lois présentés au Congrès demandent des concessions de terres publiques fédérales à des compagnies privées californiennes, afin de les aider à financer la construction de divers canaux. Nombreux aussi sont les projets de lois destinés à octroyer à ces mêmes compagnies des droits de passage, pour leurs canaux, sur des terres publiques fédérales.

[16] En 1824, l’arrêt de la Cour Suprême des États-Unis Gibbons contre Ogden reconnaît au gouvernement fédéral un droit de contrôle sur les rivières navigables du pays. Le Sacramento et le San Joaquin entrent dans cette catégorie.

[17] ALEXANDER (Lieut. Col. B.S.), MENDELL (Maj. George H.) et DAVIDSON (Prof. George), Report of the Board of Commissioners on the Irrigation of the San Joaquin, Tulare, and Sacramento Valleys of the State of California, Washington, Government Printing Office, 1874. Accès : www.hti.umich.edu/cgi/t/text/text-idx [Réf. du 26 mai 2003].

[18] POWELL (John Wesley), op. cit.

[19] American Memory : California, First Person Narratives General Collections. Accès : memory.loc.gov/ammem/cbhtml/cbhome.html [Réf. du 24 mai 2003].

[20] BIDWELL (Général John), Addresses, Reminiscences, etc. of General John Bidwell. Compiled by C.C. Royce, Chico, 1907.

[21] VAIL (Mary C.), Both Sides Told, or, Southern California as it is..., Pasadena, West Coast Pub. Co., 1888.

[22] NORDHOF (Charles), California : for Health, Pleasure, and Residence. A Book for Travellers and Settlers, New York, Harper and Brothers, 1873.

[23] DUMAS (Alexandre), A Gil Blas in California [traduit du français], Los Angeles, The Primavera Press, 1933 [édition originale : Bruxelles, 1852].

[24] Des méthodes similaires étaient déjà pratiquées par les Indiens californiens avant l’arrivée des Européens.

[25] W.E. Smythe fait de la mise en valeur de l’Ouest grâce à l’irrigation la nouvelle mission sacrée dévolue au peuple américain, dans le prolongement direct de la Destinée Manifeste.

[26] MARSH (George Perkins), Man and Nature, New York, C. Scribner, 1864.

[27] Dès la fin du XVIIIe siècle, la Couronne espagnole procède à d’immenses concessions foncières en faveur d’individus privés, en Californie. Ce processus s’intensifie sous le gouvernement mexicain, en particulier avec la politique de sécularisation des années 1830, au terme de laquelle les terres des missions sont accaparées et distribuées à des individus jugés méritants, qui se spécialisent alors dans l’élevage. Le traité de Guadalupe Hidalgo garantit la reconnaissance de ces titres de propriété. Néanmoins, une commission fédérale est créée en 1850 afin de vérifier leur validité. Les propriétaires mexicains, à qui incombe la charge de la preuve, s’engagent donc dans des batailles juridiques interminables pour que leurs droits leur soient reconnus. Ils s’endettent, d’autant plus que l’élevage pratiqué dans les ranchos périclite du fait de la concurrence d’autres États et des périodes de sécheresse. Ces immenses concessions foncières tombent alors aux mains de « barons fonciers », qui se constituent de vastes domaines en profitant par ailleurs des dysfonctionnements des législations foncières fédérales.

[28] Les vignes et les arbres fruitiers ne sont pleinement productifs qu’au bout de plusieurs années, contrairement au blé, par exemple.