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Lorraine de Meaux, L'Orient à portée de fusil

L'Orient à portée de fusil

 

 

Bulletin n° 18, printemps 2004

 

 

 

Lorraine de Meaux

 

 

Les souvenirs des officiers engagés sur le terrain caucasien constituent une importante documentation où s'élabore une vision dominatrice de l'Orient[1]. Les guerres passées contre l'Empire ottoman ou le khanat de Crimée avaient fondé une première vision stéréotypée des Orientaux. À partir du début du XIXe siècle, la présence d'une administration militaire et coloniale dans la région caucasienne fit du contact avec l'Orient un élément essentiel de la culture militaire russe. Articles, mémoires, récits de bataille, études techniques forment un corpus divers dont l'unité est liée à la démarche des auteurs : leur but n'était pas de donner à voir des régions inconnues, mais de témoigner du combat engagé par les armées russes dans les confins de l'empire. Échecs et victoires tissent au fil des pages une histoire épique des Russes en Orient. La guerre n'était pourtant pas le seul thème abordé : la vie de garnison, la description des contacts avec les populations locales amies ou ennemies[2], le récit de missions diplomatiques ouvraient cette littérature à une démarche de curiosité et de connaissance, bientôt relayée dans les journaux russes par la fiction et par des études émanant d'orientalistes. De grands écrivains donnèrent aux guerres caucasiennes leurs lettres de noblesse et transformèrent la conquête en imaginaire colonial[3]. Les images et connaissances véhiculées par cette « littérature martiale » jouèrent un rôle primordial dans l'élaboration de la vision russe des régions asiatiques de l'empire.

 L'intérêt du public pour ces lectures ne peut être défini avec précision, mais il ne fait pas de doute que les faits et gestes des soldats engagés au Caucase suscitaient la curiosité, ne serait-ce que de leurs proches ou parce que la censure limitait les informations officielles disponibles[4]. Le baron de Barante, plénipotentiaire français à Saint-Pétersbourg, note dans ses dépêches à plusieurs reprises que dans la capitale de l'empire « on ne publie point de relations officielles » et « on affecte de ne jamais parler de cette guerre »[5]. Le journal Severnaïa Ptchela[6] en avril 1828, au début du conflit avec l'Empire ottoman, vantait ainsi les mérites d'un livre écrit par le Français Charles Duval intitulé Deux années à Constantinople et Morée (1825-1826) : « à qui en Russie ne serait-il pas agréable de mieux connaître un pays (...) dans lequel désormais chacun a (...) un parent ou une connaissance ? »[7]. Au Caucase, selon les périodes, l'armée compta de 4 000 hommes - sous Tsitsianov - à 200 000 - sous Milioutine.

 Les témoignages - l'on en recense plus de 300 - furent dans l'ensemble écrits et publiés a posteriori dans la seconde moitié du XIXe siècle. Certaines publications sont plus anciennes et contemporaines des événements : les revues spécialisées accueillaient volontiers ce type d'articles. Les journaux à plus large audience publièrent des extraits de mémoires : Moskovskiï Telegraf diffusa en 1831 des « Lettres sur la guerre au-delà du Kouban datant de 1830 » (no 3 et no 4) ; Telescop publia en 1833 les « Tableaux caucasiens » de N. Paoul' où étaient décrites les actions militaires contre les Montagnards et les mœurs et coutumes des Montagnards (no 15 et no 16) ; « Souvenirs sur le Caucase en 1837 » parurent dans Biblioteka dlia tchtenia en 1847 (t. 80 et 81) et « Les derniers instants de Marlinski » dans Illioustratsia en 1848 (no 4) ; « Souvenirs sur le service au Caucase du temps d'Ermolov » dans Moskvitianin en 1851 (no 4) ; « Dix ans au Caucase - 1842-1851 » par A. L. Zisserman dans Sovremennik en 1854 (nos 9, 10 et 11)[8].

 Comme dans toute littérature de témoignage, l'on doit s'interroger sur les connaissances préalables à la rédaction. Lorsqu'elles sont mentionnées, les sources sont étrangères. Elles aidèrent leurs lecteurs à aborder de façon générale l'histoire et la géographie de ces contrées inconnues[9]. Les expériences personnelles constituaient donc la base des témoignages, enrichies par les conversations entre soldats. En prenant la plume, ces derniers contribuèrent à développer le niveau des connaissances russes sur le Caucase. Certains avaient une démarche scientifique comme D. A. Milioutine, qui joignait à ses qualités militaires un penchant pour la théorie et l'étude et ne négligea jamais l'importance du savoir pour la maîtrise d'une région comme le Caucase. De 1839 à 1844, il participa aux batailles contre les Tchétchènes dont il tira la substance de son étude Nastavlenie k zaniat'iu, oboron i atak lesov, dereven, ovragov i drouguikh mestnykh predmetov[10]. De 1845 à 1856, il devint professeur de géographie militaire à l'Académie militaire impériale. Il publia en 1850 une Description des actions militaires en 1839 dans le Nord Daghestan. Il rentra à l'Académie des sciences et reçut le titre de docteur en histoire russe. Il rassembla des documents d'archives sur l'histoire du Caucase et devint en 1856 chef de l'état-major du Caucase. Après 57 ans de guerre, il lui fallut trois ans pour pacifier le Caucase Est et cinq ans le Caucase Ouest. En 1858, il fut nommé lieutenant général du Caucase[11]. Cette trajectoire, certes exceptionnelle, mérite cependant d'être soulignée. L'influence qu'il put avoir au cours de sa brillante carrière sur les hautes sphères politiques cautionne l'idée d'une diffusion large de sa vision de l'Orient.

  

Le Caucase : un Orient marqué par la guerre

  

La dualité caucasienne : chrétiens et musulmans

  

Le facteur religieux pesait lourdement dans le jugement porté par les Russes sur les populations locales. L'opposition géographique entre Caucase et Transcaucasie lui est liée. Les officiers désirant se rendre en Géorgie devaient passer à travers la chaîne du Caucase par la célèbre route militaire de Vladikavkaz à Tiflis en suivant la vallée du Terek et le défilé du Darial en territoire non pacifié. Le Terek marquait une frontière de civilisation : avant de le franchir, l'on disait adieu à l'Europe. La vallée était « humide et sombre », le paysage « triste et sauvage ». Le jeune Alexis Soltykoff (1801-1859) poursuit sa description :


« les montagnes s'entassent les unes sur les autres autour de moi. Un aoul solitaire se cache dans une gorge ténébreuse (...). S'il y a un bout du monde, c'est ici qu'il doit être »[12].

  

Il s'agit du territoire des Tchétchènes. Après quelques heures de chevauchées, l'officier découvrait « la Krestovaïa Gora » (la montagne de la Croix) :


« tout le sauvage de la nature avait disparu. Sous mes pieds, devant mes yeux, se découvrait un espace immense. Des montagnes, des vallées, des forêts, des prairies se réunissaient en un seul tableau grandiose et plein d'harmonie. Je ne sais si le contraste m'exagérait l'effet de ce spectacle, mais jamais je n'avais vu un calme plus imposant, une tranquillité plus majestueuse. Ce pays était la Géorgie »[13].

 

 La Géorgie, terre fertile, était décrite comme « un paradis terrestre » opposé au « chaos primitif » des montagnes du Daghestan. À la Géorgie, le soldat associait le vin de Kakhétie, des paysages ruraux réconfortants. C'est un pays « heureux » où les habitants sont « indolents »[14].

 La montagne fascine par « l'horrible beauté de ce spectacle grandiose et imposant », mais fait naître chez les Russes « de l'effroi, comme devant l'entrée de l'enfer »[15]. Même contraste avec les territoires cosaques quand, après une campagne contre les Montagnards, les soldats retrouvent avec joie les « riantes stanitzi des bords du Terek, aux belles et jolies filles et au bon vin »[16].

 Si le regard porté sur les Géorgiens, les Arméniens ou les Ossètes était moins dépréciatif que la description faite des Musulmans, il reflétait cependant une vision condescendante : les Russes n'ignoraient pas que le christianisme s'était implanté à une époque très reculée - au IVe siècle -, mais méprisaient ce qu'il était devenu : une foi toute en apparence, en usage et coutume, trop formelle.


« l'Évangile demeure presque inconnu au Mingrélien et à l'Ossète, tandis que les paroles du Coran font l'étude et la méditation de tout disciple de Mahomet ».

  

Les Russes pensaient que les préceptes musulmans influençaient la vie de tous les peuples[17] : ils déplorent le sort des jeunes femmes dans les villages arméniens :


« [elles] ne s'y montrent jamais qu'enveloppées dans de voiles épais. Rien n'égale leur sauvagerie. Si elles aperçoivent un homme, elles s'empressent de fuir, car pour ces chrétiens, devenus musulmans par leurs habitudes, la présence d'une femme est considérée comme une souillure »[18].

 Ainsi les Russes venus « planter leurs aigles » pour « la sainte mission de délivrer du joug mahométan » ces chrétiens d'Orient, les considéraient avec les mêmes a priori négatifs que les Turcs et les Persans.

 Les officiers russes étaient surpris par la diversité des ethnies de confession musulmanes et apprenaient assez vite à les différencier les unes des autres : leur degré de coopération avec les Russes servait d'échelle de valeur. Le long de la rivière Kouba vivaient :


« les Tcherkesses, les kabardnis et différentes tribus non moins aimables, qui font métier de dévaliser les voyageurs. Quand ces malheureux sont désolés par la peste ou la famine, ils recherchent la protection des Russes (...) mais à la première occasion, ils reprennent leurs habitudes et commettent d'affreux brigandages ».

 Les récits les diabolisaient volontiers : ils « hantent » la plaine de la Kabarda et ont « des expressions farouches »[19]. Les Tchétchènes dès le début du XIXe siècle étaient les plus redoutés, habitant « des contrées presque inabordables »[20]. Le général Ermolov (1771-1861) les décrivait comme « les plus acharnés des bandits » vivant sur la ligne du Caucase et disait : « on peut justement appeler la Tchétchènie, le nid de tous les bandits »[21]. D. A. Milioutine (1816-1912), plus mesuré en général, rappelle que cette « peuplade belliqueuse est par préférence encline aux razzias et aux pillages »[22]. Tcherkesses, Kabardes et Tchétchènes étaient perçus comme des êtres primitifs, vivant de la pêche, de la chasse, de l'élevage et du brigandage. « Un homme rougirait de travailler, plus il a commis de vols et de meurtres, plus il est considéré dans sa tribu »[23]. Un ton vif et emporté caractérise les descriptions des Montagnards considérés comme paresseux, voleurs, animés par la cruauté et la vengeance.

 Tcherkesses et Tchétchènes, n'étaient pas les seuls à être en contact avec l'armée russe, comme le montre ce passage d'Ernest Stackelberg (1813-1870) :


« Ici les Koïssouboulines, la tribu de Nagrave, combattent héroïquement les bandes rebelles de Schamil (sic), et obtiennent un drapeau d'honneur pour leur bravoure et leur fidélité à la Russie ; là les Goumbètes, les Itschkérines, les Aoukhs, enclins au vol et au pillage, font de vaines tentatives pour percer nos lignes militaires »[24].

 De nombreux textes révèlent cependant une admiration pour les Montagnards, notamment à partir des années 1830. Des qualités leur étaient reconnues : l'indépendance, l'ardeur guerrière, la grande adresse dans le maniement des armes, la « sobriété inouïe », le respect pour les vieillards, la stricte observation des règles de l'hospitalité (les kounaks), le dévouement à l'amitié, le stoïcisme, le mépris de la mort. Les Russes avaient appris à connaître ces sociétés patriarcales régies par une éthique guerrière avec leur propre code d'honneur faisant du combat et du pillage un devoir pour les hommes :


« Les Montagnards par éducation, conceptions et mœurs, et même au sein de leurs sociétés ne reconnaissent aucun pouvoir, en dehors de la force des armées, aucune obligation en dehors de celles qu'on peut imposer par les armes »[25].

 

Le djiguite, mot turco-tatar passé en russe qui désigne un cavalier et un tireur d'élite, était respecté. Le Russe, un ghiaour (chrétien), était l'ennemi naturel des Montagnards et nul n'avait à redire à cela.

 Certains musulmans acceptèrent la domination russe et collaborèrent avec les armées impériales : ainsi, en 1817, le général qui commandait à Kazbek était un montagnard très loyal à l'égard de la Russie. Mais les trahisons furent aussi nombreuses et contribuèrent à durcir le jugement russe.

 Les ethnies non rebelles bénéficiaient d'un jugement bienveillant. Stackelberg soulignait « les moeurs douces des Karatchaïs aux pieds de l'Elbrouz, des Koubetchis et des Andis dans le Daghestan ». Cette dernière région abritait aussi « la vie laborieuse des Avares, des Koïssouboulines et des Salataves ». Les Nogaïs et Koumyks, dans la plaine, entre Terek et Soulak, étaient aussi vus comme « doux et dociles »[26].

 

 

L'Orient hostile : expérience de la guerre et nouvelle croisade

  

La guerre dans le Caucase se fit contre divers ennemis, tous musulmans : les Persans et Ottomans, les Khans, puis les Montagnards[27]. Le franchissement du Terek fut « pour beaucoup (...), un adieu éternel à [la Russie] »[28]. Violence et mort ressortaient de ce contact avec l'Orient.

 Il était plus facile pour les militaires russes de combattre les Persans, les Turcs et les khans - des ennemis traditionnels, que les Montagnards. Animés par le Ghazawat - guerre sainte - ils devinrent un ennemi redouté dont l'importance numérique ne cessa de croître. Ils étaient regardés comme un adversaire mystérieux et effrayant. Un officier énumère ainsi les ethnies révoltées :


« la Grande et la Petite Tchétchénie, voisines avec les Koumy Aoukhovtsi et Khatkalykovstsi, les Itchkéri, la nombreuse société de la Tchétchénie montagnarde, et même la peuplade des Argoun : Choubouzi, Chatoïtsi, Kisty ».

 Sa conclusion est laconique : ils constituent « une masse de peuples hostiles aux Russes »[29]. L'ennemi semblait un monstre à mille têtes. Le cadre naturel concourait à cette vision terrifiante du Caucase : « chaque village peut servir de forteresse »[30]. Il était difficile de dominer « les épaisses forêts tchétchènes et les montagnes pierreuses et inaccessibles du Daghestan ». La guérilla issue de ce conflit entre Russes et Montagnards était déroutante : ainsi l'identité de l'ennemi, le terrain et les combats eux-mêmes appartenaient à la sphère de l'inconnu.

 L'expérience caucasienne fut pour beaucoup éprouvante voire radicale. La mort était vécue comme un fatalisme. La plus courante était « une mort ignorée et sans gloire » comme celle du capitaine d'infanterie Passiette : « un montagnard blotti derrière un arbre lui décocha une balle et lui brisa la jambe »[31]. Il mourut huit jours plus tard. Entre 1839 et 1842, 400 officiers perdirent la vie au Caucase et 6 000 hommes furent blessés ou tués.

 Les annales sur les guerres contre les Montagnards contiennent des récits de massacres et de pillages. Ainsi, en 1816, le général Delpozzo avait promis à ses troupes que les « femmes, les enfants, le bétail et autres objets de capture seraient leur propriété ». Trente ans plus tard un autre officier supérieur rapportait que « tout le butin devenait la propriété de l'unité concerné »[32]. Il s'agissait d'une guerre coloniale où les mesures édictées par Pierre le Grand sur la disposition du butin étaient ignorées[33]. Les adversaires étaient considérés comme des inférieurs. On trouve des descriptions des ravages de la guerre : Benkendorf (1817-1858) en route pour Miathly en remontant le Koïssou, note en effet en 1845 :


« Tout le pays avait été autrefois très peuplé. La vigne, principalement cultivée par des Arméniens, en avait formé la richesse principale. Actuellement tout portait le cachet de la désolation »[34].

 À la fin des années 1820, l'ennemi du soldat russe n'était plus le mochennik ou le razboïnik[35] mais le fanatique combattant pour la foi musulmane et muride. Le muridisme[36] se développa dans l'est puis l'ouest du Caucase depuis Boukhara. La doctrine était perçue comme la cause principale de la guerre, ses chefs étaient les ennemis désignés des Russes. Ils symbolisaient des adversaires forts et sérieux :


« À tous nos lecteurs, sans aucun doute, le nom de Kazy-Moulla est connu ; il était devenu tellement puissant dans les montagnes qu'en 1830 et 1831, en nombreuse compagnie, il [s'était jeté] dans les plaines de Tarkovski et Koumiksy, [avait] pillé le Kizliar, assiégé les forteresses de Viezapnyi, Bournyi et même Derbent, menacé Grozny et Vladikavkaz »[37]
.

 

En 1832, les Russes purent concentrer suffisamment de troupes au Daghestan pour infliger à Kazy Moullah une défaite complète. L'imam fut tué en 1832 au cours d'une bataille à Guimrami. Ses successeurs remportèrent de plus belles victoires encore contre les Russes : Gamzat-Bek prit possession de la capitale Avar Khounzakh. Chamil, devenu imam en 1834, étendit l'influence du muridisme. Il était décrit comme un chef militaire et politique ayant les manières d'un despote oriental. Il exigeait de ses compagnons d'armes une discipline de fer. Ses manières étaient « cruelles » ; il semait la « terreur » au sein des populations civiles du Daghestan. « Avec Chamil et les murides, on n'a de choix qu'entre un dévouement sans borne et la mort ! »[38]. En 1839, à la suite d'une lutte interne chez les Tchétchènes, Tachaev-Khadji prit la tête du peuple et se plaça sous le protection de Chamil. Les Russes cherchaient aussi à intimider les populations, comme le montre la lettre du général Grabbé au peuple d'Itchkérie, diffusée en arabe et datée du 13 mai 1839 :


« J'ai appris que l'indigne et vil muride Chamil, vieux compagnon de Kazy-Moulla, que les troupes russes ont tué près de Guimrami, a parmi les Itchkériens de nombreux amis. Le vil moulla d'Andreevski, le traître Tachaev-Khadji vous ment, essaye de vous soulever contre le gouvernement russe (...) et avec Chamil persuade tous les habitants d'accepter la charia (...). Les aouls qui donnent refuge à Tachav-Khadji seront détruits jusqu'à la dernière pierre, et vos enfants se souviendront longtemps comment on châtie ceux qui se révoltent »[39].

 Pour mieux combattre le muridisme, les Russes avaient besoin de le comprendre : des articles spécialisés parurent sur ce thème, dont celui de G. Neverovski publié dans le Voennyi Journal en 1847. Il montrait comment cet enseignement religieux, apparu d'abord dans le Daghestan Sud, « sous l'air modeste d'une piété musulmane », « a pris les armes, entraînant toute la frontière orientale dans une révolte sans fin et une guerre sanglante »[40]. Une étude lui fut aussi consacrée dans le journal Kavkaz, par N. V. Khanykov, en 1846.

 Sous le commandement de Chamil, l'image des Montagnards évolua : de lâches bandits, ils devinrent de valeureux guerriers. La reconnaissance de la puissance de l'ennemi permettait de relativiser les défaites russes ; Milioutine pouvait ainsi écrire au sujet des opérations armées au nord-Daghestan en 1839 :


« les opinions peuvent différer sur la signification qu'aura cette expédition dans l'histoire de la frontière caucasienne ; mais sans aucun doute tous ceux qui y ont pris part reconnaissent à l'unanimité que dans l'histoire de l'armée russe elle est une des pages les plus brillantes »[41].

 

 Le nom de Chamil, associé aux expéditions malheureuses de 1839, 1842, 1844 et 1845 devint populaire dans tout l'empire. Retranché dans ses différents quartiers généraux - des aouls haut perchés -, le chef muride semblait invincible[42]. La « croisade » entreprise par les Russes en réponse à la résistance des Montagnards fut longue et difficile : ces années de guerres caucasiennes donnèrent à la Russie un nouveau type de soldats, reconnus par leurs compatriotes comme des héros de l'impérialisme.

  

 

Les « Caucasiens » : des héros entre Orient et Occident

 

Le « Caucasien » était « un Russe transformé par le Caucase », un soldat qui empruntait aux Montagnards certains traits de caractères comme l'orgueil et l'intolérance. Il était peu discipliné, mais courageux et « sans lui, on ne ferait rien qui vaille au Caucase »[43]. Il forçait l'admiration pour son endurance : à l'aise dans la guerre des forêts et des montagnes, apte à bivouaquer dans les glaciers de la chaîne lesghienne et ne craignant pas la balle tchétchène. Il souffrait de sa dépendance de Saint-Pétersbourg, se faisant peu d'illusion sur les grandes expéditions qui y étaient décidées. Il se caractérisait par son « esprit frondeur, [ses] idées de liberté, d'émancipation et d'opposition ». Cette tournure d'esprit,


« très prononcée dans ce pays, semble être descendue des montagnes. On la respire avec l'air, au sein de cette nature libre et grandiose »[44].

 

 L'influence spécifique du Caucase sur les soldats qui y servirent longtemps contribua à véhiculer une représentation positive du Caucase, le soldat caucasien étant inconsciemment porteur d'un modèle caucasien. Les récits popularisèrent leurs valeurs et dressaient volontiers leurs portraits. Benkendorf évoque Labintzoff[45], qui servit toute sa vie au Caucase et reçut en 1828 la Croix de Saint-Georges pour la prise de Kars à la tête de son régiment des Kabardintsy, ayant agi contre l'avis du commandant en chef Paskiévitch. Nikolaï Koulibakine était surnommé « le lion rugissant et bondissant ». Homme d'esprit, mais au caractère impossible, il était criblé de blessures dont une bonne partie avait été reçue en duel[46]. Certains régiments, comme celui de Koura, symbolisait les Caucasiens : ils partageaient avec les Montagnards leurs valeurs belliqueuses.

 Des officiers haut gradés, héros de l'épopée russe au Caucase, fascinaient leurs contemporains pour leur attitude vis-à-vis des peuples orientaux. Tsitsianof (1754-1806), prince d'origine géorgienne, commandant en chef du Caucase en 1801, pensait que seules « des mesures sévères et décisives » pouvaient triompher de « l'absence de discipline et de l'entêtement » des peuples asiatiques habitués à une autorité despotique illimitée. « Ils prendraient l'équité du gouvernement russe pour de la faiblesse » écrivait-il à l'empereur[47]. Il usait volontiers de méthodes cruelles et incarnait la brutalité de l'impérialisme russe[48]. Il se « comportait comme un puissant asiatique »[49]. En mars 1803, il répondit ainsi au premier conflit opposant les Russes aux Lesghi :


« A-t-on déjà vu sur terre que la mouche entrait en pourparlers avec l'aigle ? Au fort est le propre d'ordonner, et le faible est né pour se soumettre au fort »[50].

 

Sa conduite inaugura le comportement type du « Caucasien ». Au lieu des traditionnelles caresses et flatteries à l'égard des orientaux, il privilégia la rudesse et la confiance en la parole donnée. Il relevait à la fois du satrape oriental et du Moscovite éduqué. À la mi-juillet 1804, il engagea son armée de 4 000 hommes contre les 20 000 hommes d'Abbas-Mirza. Revenant sur le terrain des opérations en 1817 et rencontrant des soldats qui y avaient participé, Maurice de Kotzebüe s'étonnait que cet exploit n'ait pas connu un plus grand retentissement en Russie. Il raconte alors en détail les opérations menées par les Russes et conclut :


« le nom de Sizianoff [sic] est tellement redouté en Perse que l'on s'en sert comme d'un épouvantail pour les enfants »[51].

 

 Tsitsianof fut assassiné en 1806 par le khan de Bakou qui fit porter sa tête et ses mains au Shah en témoignage de fidélité. Il fut le modèle d'Ermolov, qui, lorsqu'il devint proconsul du Caucase en 1816, poursuivit sa politique d'intimidation. À la tête d'une armée de 45 000 hommes, il construisit notamment la forteresse de Grozny en 1818 et la ligne de défense pour lutter contre les déserteurs et les brigands. C'est lui qui demanda le changement du nom du corps géorgien en corps caucasien. L'image de son collaborateur, le général Véliaminov, s'inscrivait dans la même veine : « Il y avait en lui du philosophe du XVIIIe et en même temps du pacha »[52]. Pendant plus de vingt ans, il ne connut que le bivouac du Caucase. Il était solitaire et endurci. Les Montagnards l'avaient surnommé « le général jaune ». Il « s'entourait d'un prestige de terreur et d'épouvante, source de toute force en Asie »[53].

 Des non-Russes, comme de valeureux guerriers géorgiens ou circassiens, contribuèrent également à la renommée des Caucasiens. L'on trouve pourtant à leur égard des remarques péjoratives révélatrices de la condescendance dont ils faisaient l'objet : lors de la campagne de 1845, un premier assaut dans le Handjémir révéla la bravoure des Géorgiens.


« Beaucoup même la poussent à la stupidité (...). Rien n'est plus pittoresque, plus mâle, plus guerrier et plus sauvage en même temps que cette troupe de Géorgiens »[54].

 Après la révolte décembriste et les guerres de 1828, le commandement changea de nature au Caucase. Paskiévitch, remplaçant Ermolov, critiquait la politique de son prédécesseur :


« L'orientation de notre politique et de nos relations avec [les Montagnards] était erronée. La cruauté décuplait en particulier leur haine et les poussait à la vengeance ; le manque de fermeté, l'indécision sur un plan général révélaient notre faiblesse ou notre insuffisante force »[55].

  Mais la politique resta la même et les « Caucasiens » perdurèrent. Ils étaient porteurs d'un imaginaire colonial fort, qui contribua à créer le mythe moderne de la présence russe au Caucase. Ils renvoyaient une image à la fois romanesque et flatteuse de l'armée russe, décalée de la réalité : cette armée comptait de nombreux déserteurs et subissait des échecs répétés sur le terrain[56]. Le Caucasien, soldat qui empruntait à l'Asie sa brutalité et son indiscipline, était mal perçu à Saint-Pétersbourg. En 1856, alors que la guerre contre les Montagnards n'en finissait pas, A. I. Baryatinski fut nommé vice-roi du Caucase. Il s'appuya sur Milioutine qui appliqua ses méthodes de commandement en supprimant les pires abus, en responsabilisant les officiers subalternes. Il leur dispensa une formation générale avec des cours de grammaire, d'arithmétique, de gymnastique, et d'usage des nouvelles armes, montrant sa volonté de réformer et de « civiliser » les troupes caucasiennes. La défaite de Chamil en 1859 semblait cautionner ses méthodes.

 À travers l'expérience militaire, le regard russe sur le Caucase se chargea de plus d'un paradoxe : considéré comme un espace inquiétant et hostile - associé aux Montagnes et Montagnards - le Caucase exerça une réelle fascination sur ceux qui y servirent. Leurs récits témoignent de la place importante que cette expérience occupa dans leur vie et dans celle de leur patrie. Ce territoire « asiatique » de l'empire symbolisait un Orient viril et martial. Le contact avec des peuples et une nature considérés comme « primitifs » commanda deux types de réactions : dans un premier temps la conscience de la supériorité de la civilisation russe - qui s'affirmait également vis-à-vis des peuples chrétiens de la région - et dans un deuxième temps l'acceptation d'une influence du milieu et des mœurs locales sur les Russes. Des qualités caucasiennes - l'indépendance, le courage, la symbiose avec la nature - émergent de cette littérature de témoignage. Elles sont la face lumineuse des éléments caucasiens repoussants, comme la cruauté, la perfidie ou l'austérité. Au Caucase, l'homme confronté au chaos et à l'adversité, apprenait à s'endurcir et retrouvait des valeurs simples et éternelles. Le soldat russe avait conscience d'y devenir asiatique, c'est-à-dire impitoyable, courageux et fataliste. Bien qu'officiellement désavoué, il devint le symbole populaire de la présence russe en Orient. Il inspira notamment les plus grands écrivains : Pouchkine citait les noms d'Ermolov et Tsitsianov dans ses vers patriotiques ; Lermontov, dans un Héros de notre temps, popularisa le type du jeune officier caucasien des années 1830, en bourka avec ses cartouchières niellées, un poignard à la main, vivant en circassien, son fusil sur le dos, dormant à la belle étoile. Tolstoï dans Hadji Mourad montrait la face sombre de ces faux héros de la guerre coloniale en dénonçant la mort d'un général pour avoir voulu « anéantir » les Tchétchènes. Les officiers continuaient à croire à la « fiction d'une bataille à l'arme blanche » alors qu'il s'agissait d'une guérilla. Nul combat « homérique » ne pouvait attendre le soldat russe au Caucase[57].



[1]     La présence russe au Caucase était ancienne : au milieu du XVIe siècle, après la conquête d'Astrakhan et de Kazan, le tsar Ivan IV épousa une princesse Kabarde originaire du piémont à l'ouest du Terek. Les Russes prirent alors pied dans la région à l'aide des cosaques et construisirent en 1563 le fort de Terki à l'embouchure du fleuve. À la fin du XVIe siècle, la Kakhétie, se voyant menacée par l'Empire ottoman, se déclara tributaire de la Russie, suivie en 1639 par la Mingrélie. Mais les communications entre les deux pays étaient difficiles. Pierre le Grand comprit que pour s'implanter au Caucase, il fallait affaiblir les influences persane et ottomane. Le massacre de trois cents marchands russes à Chemakha en 1712 par des montagnards Lesghis lui donna l'occasion de préparer sa fameuse campagne contre la Perse en 1720. Cette armée de trente mille hommes prit Derbent en 1722 et Bakou en 1723, occupées temporairement. Au XVIIIe siècle, le pouvoir encouragea des avancées systématiques s'accompagnant de constructions de forteresses ensuite réunies en lignes du Caucase de la Caspienne à la mer Noire. Lors de la guerre contre l'Empire ottoman commencée en 1768, des troupes russes firent l'assaut de la forteresse de Koutaïssi occupée par les Turcs. Des attaques contre les Tchetchènes et Tcherkesses étaient lancées dans le piémont nord du Caucase. Le traité de Kutchuk-Kaïnardji en 1774 donnait aux Russes des droits sur le Caucase nord. En 1783, la dynastie géorgienne des Bagratides, refusant de se soumettre à la Perse, abdiqua contre la promesse d'une protection militaire russe. Pour faciliter la liaison de l'empire avec la Transcaucasie, une route militaire fut percée accompagnée de la construction de la forteresse de Vladikavkaz « maîtresse du Caucase » en 1784. En 1801, le royaume géorgien entre dans l'Empire russe.

[2]     Turcs, Persans, Arméniens, Géorgiens, Azéris et les diverses ethnies caucasiennes.

[3]     Textes de Pouchkine (Voyage à Erzerum), Lermontov (Un héros de notre temps), Bestoujev-Marlinski (Récits caucasiens), Tolstoï (Les cosaques, Hadji Mourad)

[4]     Lorsque Tolstoï publia en 1853, dans Sovremennik, « Le coup de main », récit d'un raid, les pages sur la détresse des montagnards tchétchènes dont les soldats russes pillaient et incendiaient les maisons, détruisaient les récoltes, furent censurées.

[5]     BARANTE (Prosper de), « Octobre 1839 », in Souvenirs (1782-1866), Paris, Calmann-Lévy, 1897, t. VI, p. 347. Le 14 juin 1841, il écrit : « La guerre a recommencé au Caucase. Comme de coutume, on ne publie rien des événements de la campagne, et la société russe se risque même fort peu à en parler. C'est un des sujets de conversation à peu près interdits », ibid., p. 610.

[6]     L'Abeille du Nord, journal fondé par Boulgarine et Gretch, dont le tirage variait selon les années de 4 000 à 10 000 exemplaires, dont l'influence était grande et que l'on pouvait consulter dans les clubs et cercles de toute la Russie.

[7]     Cité par SOPLENKOV (S. V.), Doroga v Arzroum: rossiiskaya obchtchestvennaya mysl' o Vostoke, Moscou, Vostotchnaya literatoura RAN, 2000, p. 7

[8]     Pour plus de précisions, voir la bibliographie publiée par GORDINE (Iakov), Kavkaz: zemlia i krov'. Rossia v Kavkazskoï voïne, Saint-Pétersbourg, Svezda, 2000, p. 430-458.

[9]     Les ouvrages cités sont notamment : Voyage autour du Caucase par Frédéric Dubois de Montpéreux, Paris, Gide, 1839-1843 en 6 volumes ; Voyages de M. Le Chevalier Chardin en Perse et autres lieux de l'Orient, Paris, J.-B. Mazuel, 1723 ; Russie par Jean-Marie Chopin, Paris, F. Didot, 1838 en 2 volumes.

[10]    « Instruction pour l'occupation, la défense et l'attaque des forêts, villages, ravins et autres sujets locaux ».

[11]    De 1861 à 1871, il occupa le poste de ministre de la Guerre

[12]    SOLTYKOFF (Alexis), Voyages dans l'Inde et en Perse, Paris, V. Lecou, 1853, p. 306.

[13]    Ibid., p. 307-308

[14]    BENKENDORF (Constantin de), Souvenirs intimes d'une campagne au Caucase pendant l'été de l'année 1845, Paris, Firmin Didot Frères, 1858, p. 111.

[15]    KOTZEBÜE (Maurice de), Voyage en Perse à la suite de l'ambassade russe en 1817, traduit de l'allemand par M. Breton, Paris, A. Nepven, 1819, p. 64

[16]    BENKENDORF (Constantin de), op. cit., p. 26.

[17]    Ibid., p. 109.

[18]    SOLTYKOFF (Alexis), op. cit., p. 320.

[19]    Ibid., p. 301

[20]    KOTZEBÜE (Maurice de), op. cit., p. 15

[21] ERMOLOV (A. P.), Zapiski, Moscou, Vyschaïa chkola, 1991, p. 285. Il ajoute qu'ils étaient environ 6 000 familles.

[22]    MILIOUTINE (D. A.), Opisanie voennykh deïstvii 1839 goda v Severnom Dagestane, Saint-Pétersbourg, 1850, p. 10.

[23]    KOTZEBÜE (Maurice de), op. cit., p. 13.

[24]    GAGARINE (G. G.), STACKELBERG (E.), Le Caucase pittoresque, Paris, Plon, 1847, p. 7.

[25]    SEREBRIAKOV (Lazar' Markovitch), Mysli o delakh nachikh na Kavkaze (1842), cité par GORDIN (Iakov), op. cit., p. 242.

[26]    MILIOUTINE (D. A.), op. cit., p. 6.

[27]    1803-1804 : guerre contre la Perse. Les khanats au nord de l'Araks sont conquis. Ghiandja est rebaptisée Élisabethpol. La guerre s'éternise. En 1813, le traité du Gulistan laissa à la Russie les khanats conquis. 1806-1812 : guerre contre la Turquie. 1825 : soulèvement de la Tchétchénie. 1826-1828, guerre contre la Perse conclue par la paix de Tourkmantchaï qui donne à la Russie les khanats de Nakhitchevan et Erivan. 1828-1829, guerre contre la Turquie, conclue par la paix d'Andrinople. La Russie reçoit les forteresses d'Akhalcik et d'Akhalkalaki ainsi que le littoral de la mer Noire avec les villes d'Anagra et Poti. Les peuples montagnards du Caucase résistèrent ponctuellement à la présence russe. En 1834, fédérés par l'imam Chamil, ils mirent en échec les troupes russes. En 1840 tout le Caucase oriental se souleva. Hadji-Mourad, régent des Avars, rallia Chamil. Ce dernier fut capturé en 1859

[28]    BENKENDORF (Constantin de), op. cit., p. 131.

[29]    MILIOUTINE (D. A.), op. cit., p. 10.

[30]    Ibid., p. 15

[31]    BENKENDORF (Constantin de), op. cit., p. 17.

[32]    BELIAVSKII (N. N.), POTTO (V. A.), Utverzhdeniye russkogo vladychestva na Kavkaze, Pt. 1, Vremya A.P. Yermolova, 1816-1826 gg., Tiflis, 1904, p. 156, cité par KEEP (John L.), Soldiers of the Tsar. Army and Society in Russia, 1462-1874, Oxford, Clarendon Press, 1988 (1985, 1re éd.), p. 218.

[33]    Le Règlement militaire de 1716 stipulait notamment : « même chez l'ennemi, il est interdit sous peine de mort, de molester les habitants ». Cité par ANDOLENKO (C. R.), Histoire de l'armée russe, Paris, Flammarion, « L'Histoire », 1967, p. 41.

[34]    BENKENDORF (Constantin de), op. cit., p. 26.

[35]    Bandit que seul le butin intéresse.

[36]    De « murid » : novice, disciple. Cet enseignement religieux se fondait sur le renoncement ascétique de l'individu à sa volonté personnelle au nom de sa proximité avec Dieu. Il devint l'idéologie de la résistance aux troupes russes. Ses prédicateurs étaient présents dans le Daghestan, en Tchétchénie.

[37]    MILIOUTINE (D. A.), op. cit., p. 16.

[38]    BENKENDORF (Constantin de), op. cit., p. 120.

[39]    MILIOUTINE (D. A.), op. cit., p. 134-135.

[40]    Ibid., p. 16

[41]    Ibid., p. 3.

[42]    De nombreux dessins témoignent de la fascination exercée par le muridisme, tels ceux de Gagarine montrant la Mosquée de Yarag où le muridisme fut prêché pour la première fois en 1823 par Moullah Mohammed ou Svidanie gen. Kliouki fon' Kluguenaou s Chamilem' (Galerie Tretiakov, Moscou)

[43]    BENKENDORF (Constantin de), op. cit., p. 99.

[44]    Ibid., p. 5.

[45]    Ibid., p. 79.

[46]    Ibid., p. 17-18.

[47]    RHINELANDER (L. Hamilton), « Tsitsianov Prince Pavel Dmitrievitch », in WIECZYNSKI (Joseph L.) (ed.), The Modern Encyclopedia of Russian and Soviet History, vol. 40, Gulf Breeze, Academic International Press, 1985, p. 51-55.

[48]    Sa vision influença celle du comte Nesselrode qui déclarait en 1816 : « Les rapports de la Russie avec les États et les peuples d'Asie se trouvant, dans cette partie du monde, près de nos frontières, sont à ce point particuliers qu'on s'expose aux pires inconvénients si l'on applique les principes qui fondent les relations politiques en Europe. Ici, tout est basé sur la réciprocité et la bonne foi ; chez les peuples asiates, au contraire, seule la crainte peut vous garantir, et il n'est pas pour eux de traité sacré », cité par HELLER (Michel), Histoire de la Russie et de son empire, Paris, Flammarion, 1999 (Plon, 1997, 1re éd.), p. 737

[49]    DOUBROVIN (N. F.), Istoria voïny i vladitchestva russkikh na Kavkaze, SPB, 1888, t. IV, p. 28, cité par GORDIN (Iakov), op. cit., p. 70.

[50]    Cité par GORDIN (Iakov), op. cit., p. 75.

[51]    KOTZEBÜE (Maurice de), op. cit., p. 70-71.

[52]    BENKENDORF (Constantin de), op. cit., p. 79.

[53]    Ibid.

[54]    Ibid., p. 54.

[55]    Cité par HELLER (Michel), op. cit., p. 738.

[56]    Ses succès contre les armées persanes et ottomanes contribuèrent à lui donner l'image d'un « corps d'élite ».

[57]    TOLSTOÏ (Léon), Hadji Mourad, traduit du russe par Alexandre V. Soloviev et Georges Haldas, Genève, Édito-Service, 1962, p. 33-35 et 48.