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Véronique Hébrard, , Les cultures politiques au XXe siècle : pratiques, discours, représentations

Les cultures politiques au XXe siècle : pratiques, discours, représentations

 

 

 

Bulletin n° 17, automne 2004

 

 

 

 

Véronique Hébrard

 

 

Bien que s'inscrivant dans une même tranche chronologique, ces trois articles abordent des types de conjoncture différents qui sont autant de prismes à travers lesquels il est possible d'appréhender la notion de culture politique au XXe siècle.

 

 Tandis que dans les travaux sur l'Argentine et le Chili, l'étude porte sur un mouvement se revendiquant de l'extrême gauche et dont les leaders sont en majorité de jeunes urbains, dans le cas de l'Espagne il s'agit des partis politiques présents au Parlement dans le contexte du rétablissement de la démocratie après quatre décennies de dictature. D'un côté, des mouvements qui doivent trouver, bien que selon des modalités différentes, leur place et leur légitimité sur la scène politique et au sein de la « famille » dont ils se revendiquent. De l'autre, des partis constitués qui, dans leur projet de redéfinition des règles du jeu démocratique, transcendent les clivages propres à chacune des formations en présence pour se faire les représentants d'une nouvelle culture politique démocratique.

 

 Par ailleurs, les cultures politiques sont, comme les auteurs le notent, indissociables des systèmes de représentation qui les sous-tendent. Par conséquent, l'analyse de la « place » concédée ou non à la violence dans le fonctionnement du politique (au cœur des trois études), permet de voir de quelle façon, en fonction des cultures politiques nationales indissociable d'un contexte politique, le rapport à la violence construit des alliances qui vont parfois au-delà de l'appartenance à une famille politique. C'est ainsi que S. Baby étudiant l'Espagne de l'après dictature et E. Palieraki une période où le Chili connaît deux gouvernements démocratiques, mettent bien en évidence le rejet quasi unanime de l'usage de la violence politique, au-delà des divergences « héritées du passé, et qui persistent en démocratie » et des principes fondamentaux revendiqués par ailleurs (dans le cas du MIR). C'est pour cette raison que le travail de E. Palieraki s'arrête au coup d'État de Pinochet en 1973, l'auteur justifiant cette coupure chronologique par le fait que les problématiques « perdent de leur pertinence au-delà de cette période, l'intervention des militaires (...) changeant radicalement la donne ». Se trouve ici posé en filigrane le fait que la culture politique (ou pour le moins ses valeurs dominantes) à laquelle appartient ou puise un mouvement politique, un parti, est dynamique, s'adapte et se réinvente en fonction d'un contexte et d'un rapport de force donné. On le note ainsi à travers les rapprochements qui s'opèrent entre la plupart des partis espagnols sur la question de la paix au nom de la réconciliation nationale. De même, pour l'Argentine du début des années 1970 étudiée par M. González Alemán, marquée par deux coups d'États militaires, une large partie de l'opinion en vient à soutenir le recours à la violence armée prônée par les Montoneros, pour la « libération nationale » et contre une « dictature délégitimée ».

 

 Ces travaux, en prenant appui sur la notion de culture politique, mettent bien en lumière les tensions existant entre discours idéologiques, principes de fonctionnement interne, qui sous-tendent le fonctionnement des mouvements étudiés et les pratiques au quotidien, sur le terrain, en particulier à travers l'analyse que les auteurs proposent des batailles de symboles au sein d'une même famille politique et des stratégies différenciées d'occupation de l'espace public et médiatique.

 

 Au-delà, ces trois contributions sur l'histoire du très contemporain frappent par leur cohérence quant à la démarche et aux « révisions » historiographiques dans lesquelles elles s'inscrivent et/ou qu'elles mettent à jour dans le champ de l'histoire du politique à travers une mise en exergue des paradoxes de l'action politique. Enfin, ces travaux marquent un renouvellement du rapport à la source en tant que masse documentaire y intégrant d'autres matériaux et le recours aux entretiens avec les « témoins » des processus étudiés.

 

 Indirectement enfin, ces trois études éclairent l'enracinement de modes de fonctionnement du politique dans l'aire culturelle étudiée, que les auteurs mettent bien en évidence en articulant l'approche de François-Xavier Guerra sur ces problématiques pour le XIXe en Amérique latine avec leurs propres travaux, qu'il avait acceptés de diriger.