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Olivier Compagnon, L'Euro-Amérique : transferts et réseaux culturels

L'Euro-Amérique : transferts et réseaux culturels

 

 

Bulletin n° 17, automne 2004

 

 

 

 

Olivier Compagnon

 

Désignant la communauté intellectuelle et culturelle formée par l'Europe occidentale et l'Amérique latine depuis la fin du XVIIIe siècle, la notion d'Euro-Amérique est apparue chez François-Xavier Guerra sur la base de travaux réalisés sous sa direction dans le cadre du GDR 994 (« Le politique en Amérique latine ») à partir de 1990, puis de l'UMR 8565 depuis 1999 (« Empire, sociétés, nations. Amérique latine et Méditerranée occidentale, XVe-XXe siècles »). Cette première génération de recherches sur les transferts culturels d'une rive à l'autre de l'Atlantique a notamment donné lieu à la publication d'un livre collectif sur les « modèles » européens en Amérique latine, dont la préface et les différentes contributions constituent une étape importante dans l'élaboration de l'idée euro-américaine[1]. Loin d'être complètement balisé, ce champ d'investigation demeurait toutefois encore truffé d'incertitudes et méritait d'être exploré plus avant. Aussi les six articles réunis dans cette section, représentatifs des dernières recherches que François-Xavier Guerra avait stimulées, peuvent-ils être considérés comme un nouveau bilan sur une question qui s'est récemment enrichie d'apports problématiques importants.

 

 Partant d'un constat établi depuis longtemps, celui de l'afrancesamiento des élites latino-américaines au XIXe siècle, les contributions de Johann Protais sur le Mexique et de Marie-Sylvanie Veillard sur Rio vont au-delà de l'histoire intellectuelle de nature substantialiste longtemps dominante, qui se contentait d'évaluer l'ampleur de l'influence française. En mettant l'accent sur la circulation des livres entre l'Europe et l'Amérique dans sa dimension la plus matérielle, elles renseignent utilement sur les vecteurs de cet afrancesamiento et la manière dont se construit concrètement l'influence française. De leur côté, Camille Foulard et Cecilia Torres intègrent pleinement la question des politiques culturelles à celle des transferts, dans le sillage des travaux de Gilles Matthieu[2] et des renouvellements les plus récents de l'histoire des relations internationales. Qu'il s'agisse de l'essor des congrégations religieuses au Mexique entre 1900 et 1940 ou de l'enseignement de la langue française au Brésil après la Deuxième Guerre mondiale, l'État et ses représentants diplomatiques s'avèrent être des acteurs omniprésents sans lesquels on ne peut comprendre la permanence des référents français outre-Atlantique. Enfin, les articles d'Anaïs Fléchet sur la réception de Villa-Lobos en France et de Jean-François Vitrac sur les lectures françaises de la révolution sandiniste constituent un apport essentiel à la problématique des échanges transatlantiques. Alors que l'Euro-Amérique est le plus souvent pensée comme un espace de circulation intellectuelle à sens unique au sein duquel les vents d'idées ne souffleraient que d'est en ouest, ces deux textes attestent l'existence de flux contraires et contribuent à désamorcer la critique selon laquelle l'usage de la notion d'Euro-Amérique impliquerait une vision européocentrée de l'histoire de l'Amérique latine.

 

 Par leurs apports respectifs, les travaux réunis ici contribuent donc à légitimer un peu plus l'usage de l'idée euro-américaine dans le champ du latino-américanisme. Il n'en demeure pas moins que l'Euro-Amérique demeure un objet en construction qu'il convient toujours de manier avec prudence et de croiser avec d'autres grilles de lecture : pourrons-nous en effet nous contenter durablement de la seule histoire des élites qui en découle ?

 

 

 

 

 



[1]     LEMPÉRIÈRE (Annick), LOMNÉ (Georges), MARTINEZ (Frédéric) et ROLLAND (Denis) (dir.), L'Amérique latine et les modèles européens, Paris, L'Harmattan, 1998.

[2]     MATTHIEU (Gilles), Une ambition sud-américaine. Politique culturelle de la France (1914-1940), Paris, L'Harmattan, 1991.