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Marie-Sylvanie Veillard, Aspects de la présence culturelle française à Rio de Janeiro en 1856

Aspects de la présence culturelle française à Rio de Janeiro en 1856

 

 

 

Bulletin n° 17, automne 2004

 

 

 

 

Marie-Sylvanie  Veillard

 

La présence française est particulièrement importante au Brésil, au XIXe siècle[1]. Elle se manifeste dans de nombreux domaines et plus particulièrement dans le domaine culturel. En effet, qu'il s'agisse de la culture « livresque » ou matérielle, on assiste parfois à une véritable prédominance française. La France représente alors une « métropole de substitution »[2], choisie par le Brésil au moment de son indépendance. De nombreux savoirs, savoirs-faire et infrastructures ont été introduits au Brésil par des Français[3].

L'objet de cette recherche, limitée à la ville de Rio de Janeiro autour de l'année 1856, consiste à mesurer l'importance de cette présence et à en préciser la nature, en se posant les questions suivantes : quels sont les domaines de prédilection des Français ? quels sont les vecteurs de diffusion des savoirs et produits français ? sur quelles parties de la population s'exerce cette influence ? quelle est la place des autres pays dans la vie culturelle brésilienne ?

 

 Les sources utilisées proviennent toutes de la Bibliothèque Nationale de Rio de Janeiro. Par l'étude des registres de consultation de cette bibliothèque, on a pu montrer que les livres français[4] représentent 22,4% de l'ensemble des livres consultés en 1856 et établir une ventilation par disciplines. L'étude des trois grands quotidiens de la presse lusophone publiée à Rio de Janeiro en 1856 (Jornal do Commércio, Diário do Rio et Correio Mercantil) permet de confirmer la place des livres français au sein du marché brésilien, mais aussi d'identifier d'autres « chasses gardées » des Français, comme la médecine et le petit commerce de luxe. Enfin, l'étude de la presse en langue étrangère publiée à Rio permet de confirmer les observations réalisées à partir des deux premières sources.

 

 

La place des livres français dans les consultations à la Bibliothèque nationale

 

 

La Bibliothèque nationale de Rio de Janeiro conserve une série de documents extrêmement précieux pour l'étude de la vie culturelle de la ville : ses registres de consultation. Ầ chaque jour d'ouverture de la bibliothèque correspondent une ou deux pages, où figurent les noms des lecteurs, suivis des titres des livres qu'ils ont consultés. On trouve aussi leur auteur et parfois le lieu de publication ou d'autres détails. Les historiens peuvent ainsi observer quels furent les ouvrages et les auteurs les plus consultés. Ils disposent également d'informations sur les lecteurs, comme leur nom. Parmi ces lecteurs, on trouve des « habitués », dont le nom revient régulièrement, des « présumés étudiants », présents deux mois par an, ainsi que des célébrités, comme l'écrivain et journaliste José de Alencar. En 1856, aucune lectrice n'est recensée.

 

 Dans certaines disciplines, la place des ouvrages français est prépondérante. On pense bien sûr aux lettres, mais c'est en sciences que la place des Français est la plus importante : 58,1% des livres consultés en médecine, physique, chimie, mathématiques, histoire et géographie sont écrits par des auteurs français. Les sciences dures apparaissent même comme une « chasse gardée » des auteurs français. Deux disciplines illustrent particulièrement ce phénomène : la médecine et les mathématiques. Les lettres françaises sont, elles aussi, bien représentées. Ce travail a par ailleurs permis d'évaluer le rôle de la langue française à la bibliothèque.

 

 

Les ouvrages scientifiques

 

Sur les 217 ouvrages de mathématiques consultés en 1856, 91 au moins peuvent être attribués avec certitude à des auteurs français (41%). Il s'agit de grands « classiques » de la discipline : Descartes, Monge, Lagrange... Si Newton est bel et bien présent, les mathématiciens britanniques ne représentent que 15 consultations sur l'année (0,6%). Les ouvrages les plus consultés sont ceux d'Ottoni. Cet auteur n'a pas pu être identifié avec certitude. C'est pourquoi, même si certains de ses ouvrages sont répertoriés en français sur les registres, il n'a pas été comptabilisé parmi les auteurs français. Ầ lui seul il pourrait faire passer le taux de livres français dans les matières scientifiques[5] à 69%. Ottoni est, en effet, avec 59 consultations, l'auteur le plus lu de la bibliothèque, toutes disciplines confondues.

 

 En 1856, on enregistre 240 consultations d'ouvrages de biologie et de médecine (146 pour la seule médecine au sens stricte, mais les disciplines sont difficilement dissociables). Indépendamment du grand nombre de consultations, on est frappé par la variété des thèmes abordés. Le recours massif à des ouvrages français, permet aux lecteurs brésiliens d'être au courant des dernières découvertes européennes. On ne rencontre que 32 ouvrages de médecine. Ils abordent cependant de très nombreuses spécialités : ophtalmologie, homéopathie, médecine légale et même... phrénologie ! Ainsi, les dernières « modes » françaises sont-elles suivies dans le domaine médical, ou paramédical. L'essentiel des ouvrages est signé d'auteurs français, même si on remarque quelques noms d'auteurs à consonance lusophone. La médecine est l'un des rares domaines où l'existence de liens avec les universités portugaises est attestée, (notamment par un ouvrage du docteur Luis Rego de l'université de Coimbra).

 

 Des « pics » de consultations en médecine et en mathématiques laissent préjuger de la nature estudiantine du lectorat, comme si de nombreux lecteurs ne venaient à la bibliothèque que dans les semaines précédant les examens. En médecine, on observe deux « pics », l'un en mai-juin (26 et 30 consultations), l'autre en septembre - octobre (16 et 31 consultations). En mathématiques, une valeur sûre de la bibliothèque, on remarque moins de variations saisonnières. Des livres de mathématiques sont consultés régulièrement (en moyenne 20 par mois). Néanmoins, les mois de juillet (34 consultations) et octobre (33 consultations) se distinguent. On peut supposer qu'il s'agit là des périodes d'examens, où les étudiants viennent consulter les rares manuels scientifiques présents sur le sol brésilien.

 

 

Les lettres

 

 

La première surprise vient de ce que les lettres ne représentent qu'une part très faible de l'ensemble des consultations de la bibliothèque (366 des 3 455 consultations recensées). On a peine à y croire tant la place de la littérature est considérable dans les journaux brésiliens. Le roman et la poésie (185 et 157 consultations) arrivent loin devant le théâtre et ses 24 consultations. On constate qu'en littérature, plus qu'ailleurs, les ouvrages français sont extrêmement recherchés. La palme des hommes de lettres les plus lus revient conjointement à Alexandre Dumas et à Lamartine qui ont tous deux été consultés à 34 reprises. Avec 13 consultations chacun, lord Byron et Chateaubriand complètent ce tableau. Le premier auteur lusophone est Gonçalves Dias, consulté à 11 reprises. En effet, la littérature lusophone ne représente que 12,3% des consultations d'ouvrages littéraires. Des monuments de cette littérature comme Os Lusíadas de Camões ne sont consultés que... deux fois.

 

 Sur les 10 ouvrages littéraires les plus recherchés, 7 sont français. Les ouvrages français consultés représentent assez fidèlement les modes françaises. On retrouve de grands succès de librairies, comme L'Histoire des Girondins de Lamartine (1847), tiré à 35 000 exemplaires à Paris en une année et en tête des œuvres littéraires les plus lues au Brésil (ex-æquo avec Dieu Dispose de Dumas, 22 consultations chacun). On constate également que les textes arrivent assez vite au Brésil. Les premiers tomes de certains ouvrages comme Les Mystères du peuple d'Eugène Sue, sont disponibles à Rio de Janeiro dès 1856 alors que leur publication n'avait commencé à Paris qu'en 1849 pour s'achever en 1857. Ainsi, les lecteurs brésiliens ont-ils pu lire les premiers tomes, avant même la parution des derniers en France.

 

 

La langue française

 

 

On constate, que de nombreux livres non seulement sont écrits par des Français, mais sont lus en français. La langue française fait partie de la vie de la bibliothèque ; une majorité de lecteurs semble, sinon la maitriser, du moins la lire. Il est très curieux de constater que les ouvrages dont les titres sont inscrits en français sur les registres ne sont pas tous écrits par des Français. En effet, de nombreux lecteurs brésiliens n'ont parfois accès à la littérature étrangère que via la langue française. Les textes antiques, en particulier, parviennent aux lecteurs brésiliens le plus souvent dans des traductions françaises.

 

 Quant aux dictionnaires bilingues portugais-français, ils sont rarement consultés. En revanche, pour lire des textes en langue étrangère, on remarque que les lecteurs ont souvent recours à des dictionnaires bilingues, français-anglais ou latin-français, ce qui laisse supposer l'absence d'éditions bilingues anglo-portugaises par exemple.

 

 On peut tenter d'expliquer ce phénomène par la pénurie de livres et d'imprimeurs, héritée de l'époque coloniale et de l'interdiction d'imprimer sur le sol brésilien. Le jeune Brésil n'aurait pas la capacité de produire assez de matériau imprimé pour satisfaire la demande, toujours croissante, en livres. Il aurait alors recours à l'achat de livres imprimés en France, le plus souvent en français, langue que tous les lettrés se doivent de maîtriser. C‘est ainsi qu'une grande partie de l'héritage antique serait parvenu à cette génération de Brésiliens ni en latin ni en grec, mais en français.

 

 On remarque aussi que les titres des ouvrages français figurent sur les registres sans trop de fautes d'orthographe, alors que les titres répertoriés en anglais sont le plus souvent truffés d'erreurs, comme cet énigmatique ouvrage d'exercices de mathématiques, intitulé tantôt SELECT : Exercício de matemática (Inglez), tantôt Selecta exercisis the mathematiks, tantôt Seledo exercicis the mathematiks. Quant aux « Obras dramáticas » consultées le 2 mai, elles sont signées... « Schankpierre » et non plus Shakespeare.

 

 Ainsi, la langue française et les ouvrages scientifiques ou littéraires français jouent-ils un rôle de premier plan à la bibliothèque, suplantant dans certains cas les ouvrages en langue portugaise.

 

 

La place de la culture française dans la presse lusophone de la capitale

 

 La presse lusophone accorde une place importante aux matériaux français non seulement dans ses colonnes mais aussi dans les petites annonces. Les dernières parutions de livres français y sont annoncées dans les articles de la rubrique littérature, avant que les petites annonces publiées par les libraires ne prennent le relais. On recense également de nombreux articles consacrés aux découvertes scientifiques effectuées en France. Certains comptes-rendus sont publiés en français, dans les colonnes « sciences ». Les petites annonces, quant à elles, permettent de découvrir le rôle de premier plan exercé par les boutiquiers médecins et artisans français.

 

 

Les articles

 

 

La critique littéraire fait la part belle aux œuvres d'auteurs français. Lamartine, qui connaît une période difficile en France est même sauvé de la banqueroute par le succès de ses Cours familiers de littérature au Brésil, où une campagne de presse est lancée en sa faveur. Une fois encore, les petites annonces viennent prendre le relais de l'appel signé de l'écrivain José de Alencar et publié dans le Diário do Rio, le 12 juin 1856. Ầ en croire José de Alencar, le Brésil a l'obligation morale de soutenir Lamartine. C'est l'occasion pour le jeune État d'affirmer aux yeux de tous qu'il est bien un grand pays des arts et des lettres[6]. Après des siècles de mise à l'écart, le Brésil entend ainsi manifester son appartenance à la civilisation occidentale. Il est intéressant de constater que l'ouvrage, passé quasiment inaperçu en France, obtint un succès certain au Brésil, au point de tirer le poète français de l'embarras[7].

 

 L'étude des trois grands quotidiens de la capitale démontre également une présence massive des feuilletons français. Sur les neuf feuilletons publiés par le Jornal do Commércio en 1856, cinq sont d'auteurs français (Os bocaneiros de P. du Plessis, A boceta de prata d'A. Dumas fils, O afilhado de Amadis de E. Scribe, A loba de P. Féval et A rainha de Saba de X. de Montépin), trois d'auteurs anonymes (Artigo 75 et Alexandrina du Rozier - qui mettent en scène des personnages français - et O barbeiro de Nuremberg). Un seul est signé Francisco Pinheiro Guimarães et raconte les aventures d'un dénommé Silveira dans la ville de Rio de Janeiro. Le Diário do Rio publie lui aussi des textes d'auteurs français, comme Suzana de Xavier de Montépin en juin 1856, pendant que la page feuilleton du Correio mercantil est, elle, occupée pendant les six premiers mois de l'année par Os mohicanos de Paris d'Alexandre Dumas.

 

 Ces journaux accordent une importance significative aux progrès de la science. Leurs rubriques scientifiques ouvrent de nombreuses colonnes à des articles de médecine et de géologie. Contrairement aux feuilletons, qui sont traduits, certains articles scientifiques sont publiés directement en français. Ainsi, le Jornal do Commércio fait-il paraître à trois reprises des articles du docteur Gornet qui fait part, en français, de l'avancée de ses travaux sur la syphilis (10 mars, 6 avril et début mai). De même le Correio Mercantil publie-t-il le 18 juin 1856, dans sa rubrique, História e sciências des extraits en français du Bulletin de la société géologique qui décrivent les travaux de E. de Beaumont. Dans cette rubrique, on cite fréquemment et en français des phrases entières du Rapport historique sur les progrès des sciences naturelles de Cuvier.

 

 

Les petites annonces

 

Les petites annonces de ces mêmes quotidiens sont, elles aussi, un vecteur de diffusion de la culture française à Rio de Janeiro. Elles sont souvent placées par des commerçants ou des particuliers français. Libraires, mais aussi coiffeurs, enseignants voire même dentistes utilisent leurs origines françaises pour attirer la clientèle. Les produits de France sont très renommés et leur arrivée très attendue. Les négociants en vins font paraître la liste des derniers crûs apparus dans leurs boutiques. Les libraires s'empressent de donner la liste des nouveaux livres en provenance d'Europe. On a ainsi trace de la présence sur les étales des boutiques de la Rua do Ouvidor de marchandises françaises parfois très inattendues : pastilles Vichy, nougat, Château « Laffitte »...

 

 Les potions sont aussi très présentes. Des pages entières sont consacrées à vanter les mérites de différents sirops et autres breuvages, sensés prémunir contre la fièvre jaune. Le plus souvent, ces « médicaments » sont présentés avec la caution d'un médecin au nom à consonance française. De nombreuses annonces soulignent le rôle joué par des individus venus de France dans l'introduction au Brésil de savoir-faire (imprimeurs cherchant des apprentis typographes, jeunes femmes souhaitant enseigner le chant ou le français, écoles françaises pour filles et pour garçons...).

 

 D'autres éléments de la place de la communauté française à Rio de Janeiro sont apportés par la presse francophone de la ville. Plusieurs gazettes sont publiées à l'époque en français, à destination des français de Rio, mais aussi des Brésiliens francophiles. On y trouve le programme des théâtres (il semble qu'ils aient été plusieurs à proposer des pièces en français), des articles sur l'actualité littéraire en Europe, des textes « inédits » et des petites annonces. Celles-ci évoquent l'existence de nombreuses écoles françaises.

 

 

La place des autres pays étrangers

 

 

Il était important de comparer l'influence française à celle des autres pays. Force est de constater qu'en 1856, au travers des sources exploitées pour ce travail, la place de la France est prédominante, aussi bien dans les registres de la bibliothèque que dans la presse. D'autres pays comme la Grande-Bretagne et l'Allemagne sont présents, mais aucun ne peut rivaliser avec la France dans le domaine culturel. La grande surprise vient de l'absence de l'Espagne et des pays de l'Amérique hispanique.

 

 À la Bibliothèque nationale, les registres témoignent d'une présence britannique et allemande symbolique : lord Byron est consulté 13 fois, Schiller 5, Kant 7 et Adam Smith une seule fois. En sciences, la présence allemande demeure très faible, alors que celle des Britanniques reste stable. La présence italienne est des plus discrètes, à peine une consultation pour la Divine Comédie, le seul ouvrage de Dante recensé. Quant à Cervantès et aux autres classiques de langue espagnole, leur absence pose problème. Comment expliquer l'absence de liens avec le monde hispanique voisin ? La parenté entre les langues espagnole et portugaise a pu conduire les bibliothécaires à traduire automatiquement certains titres en portugais, rendant difficile leur identification, mais comment expliquer l'absence des auteurs ?

 

 Dans la presse, la domination commerciale des Britanniques se confirme et l'existence de petits commerçants allemands est attestée à de nombreuses reprises. Les petites annonces permettent d'appréhender le monde des petits boutiquiers du quartier de la Rua do Rosário, où se vendent non seulement des articles en provenance de France, mais aussi de Suisse, d'Allemagne et de Grande-Bretagne. On ne trouve toutefois qu'un seul exemple de texte publié en langue étrangère autre que le français, par un quotidien de Rio de Janeiro : il s'agit d'une lettre du consul des États-Unis publiée le 9 avril.

 

 Il est surprenant de constater que la bibliothèque dispose d'un fonds de journaux publiés au Brésil en langue étrangère. Là encore, la France occupe une place de choix avec pas moins de 20 titres conservés au XIXe siècle, contre 9 en langue anglaise, 5 en allemand et 8 en italien. Une fois encore, on ne remarque aucune trace de journaux en espagnol. Peut-être n'ont-ils pas été conservés avec le même soin ? Peut-être n'était-il pas nécessaire de publier en espagnol ce que tous les hispanophones pouvaient lire en portugais ?

 

 Ainsi, au terme de notre recherche, nous pouvons affirmer l'importance de l'influence française au Brésil. Ầ Rio, en 1856, la présence française est perceptible bien au-delà des sphères habituelles : elle touche différentes populations et pas seulement les élites. Certes, la mode, la littérature et les sciences françaises sont à l'honneur, certes, la langue française joue au Brésil un rôle proche de celui joué en Europe au Moyen Âge par le latin, certes, le français est incontestablement la langue du savoir, mais les petits métiers participent de ce phénomène. La spécificité brésilienne réside dans le fait que l'influence française est également perceptible dans des domaines comme la culture matérielle. Dans des milieux modestes, de jeunes brésiliens apprennent les métiers de l'imprimerie, de la mode ou de bouche chez des artisans français. Ceci s'explique par la composition des membres de la communauté française : beaucoup d'artisans, d'ouvriers typographes, de perruquiers ruinés par la Révolution française, de bonapartistes souhaitant se rapprocher de Sainte-Hélène, bref, de citadins disposant de nombreux savoir-faire qu'ils ont introduits à Rio de Janeiro, pendant que les immigrants italiens et allemands, majoritairement issus du monde paysan, s'exilaient à la campagne, à la recherche de nouvelles terres.

 



[1]     Cet article est rédigé d'après un mémoire de maîtrise préparé sous la direction de François-Xavier Guerra.

[2]     GUERRA (François-Xavier), « La lumière et ses reflets : Paris et la politique latino-américaine », in KASPI (André), MARÈS (Antoine) (dir.), Le Paris des étrangers depuis un siècle, Paris, Imprimerie Nationale, 1989, p. 171-182.

[3]     Voir HALLEWELL (Lawrence), O Livro no Brasil, São Paulo, Éd. T.A. Queiroz, 1985 et LIMA BARBOSA (Mário de), Les Français dans l'histoire du Brésil, Paris, Éd. Blanchard, 1927.

[4]     On a considéré qu'un livre était français lorsque son auteur était clairement identifié comme français. Certains textes étaient traduits en portugais, d'autres lus directement en français.

[5]     Hors sciences humaines.

[6]     « Nada mais fazemos, portanto, do que cumprir um dever de consciencia (...) Não se dira pois que a terra de Colombo que a natureza esplendida da América não leve em echo para responder a esse brado (...) Lamartine não é estrangeiro em parte alguma do mundo civilisado. Em todo pais onde há uma imprensa, onde há uma literatura, onde há uma população de nobres instinctos o seu apelo sera accolhido como o braço de secorro lançado por um irmão ... » José de Alencar, Diário do Rio, 12 juin 1856. Traduction : « Ainsi, ne faisons-nous rien d'autre que d'accomplir un devoir de conscience (...) Il ne sera pas dit que la terre de Colomb, que la splendide nature de l'Amérique ne réponde pas à cet appel (...) Lamartine ne peut être étranger à aucun endroit du monde civilisé. Dans tout pays où il y a une presse, une littérature, une population aux instincts nobles, son cri sera accueilli comme un appel au secours lancé par un frère... ».

[7]     LIMA BARBOSA (Mário de), Lamartine et le Brésil, Paris, Éd. Blanchard, 1927.