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Jérôme Planche, 1837-1879 : naissance d'une nation chilienne

1837-1879 : naissance d'une nation chilienne

 

 

Bulletin n°17, automne 2004

 

 

 

 

Jérôme Planche

 

 

Jusqu'en novembre 1999, lorsque j'appris ma nomination comme professeur au Chili, je dois reconnaître que ce pays m'était quasiment inconnu. Cherchant à associer cette résidence à un travail universitaire, je partis en quête d'un directeur de recherche pour un DEA[1].

François-Xavier Guerra m'accueillit chaleureusement et me proposa de travailler sur la construction de l'identité nationale chilienne à travers la question de la mobilisation populaire en faveur de la guerre qui opposa ce pays à l'Espagne en 1866. Il s'agissait d'étudier la construction d'une identité nationale dans les couches populaires.

 

 

Le Chili: un État sans Nation?

 

 La première étape de ce travail fut d'affiner la définition du mot «nation», terme polysémique, et son sens dans le cadre sud-américain. D'après Anne-Marie Thiesse, la nation «naît d'un postulat et d'une invention. Mais elle ne vit que par l'adhésion collective à cette fiction [...]. Les succès sont les fruits d'un prosélytisme soutenu qui enseigne aux individus ce qu'ils sont, leur fait devoir de s'y conformer et les incite à propager à leur tour ce savoir collectif. Le sentiment national n'est spontané que lorsqu'il a été parfaitement intériorisé»[2]. Cela suppose, outre la durée, l'existence d'un État[3] ou d'une structure équivalente capable d'introduire et de diffuser cette «invention». Si l'État «garantit l'indépendance politique de ceux qui le [le sentiment national] détiennent vis-à-vis des autres États, il contraint par ailleurs à l'obéissance tous ceux qui sont soumis aux lois établies par les dirigeants de l'État. Dans cette perspective, le lien social qu'exprime la souveraineté étatique est un rapport de domination (commandement/obéissance)»[4]. L'État définit un cadre permettant l'éclosion d'éléments favorables à la constitution de la Nation. De fait, elle devient indissociable de la notion d'État. On est bien en présence de la notion d'État-Nation, concept né avec la Révolution Française.

 

 Le résultat, c'est que la diffusion de l'idée nationale s'associe à la construction d'une administration permettant la présence et le contrôle de l'État[5]. Ce développement est avant tout un déploiement progressif[6] qui touche peu à peu tous les échelons sociaux.

 

 Si la «fabrication des citoyens» est essentielle dans la constitution d'une nation, elle ne suffit pas à expliquer la formation d'un sentiment national[7]. L'identité provient aussi de la participation active de chaque membre de la communauté. La Nation c'est aussi un vécu personnel, une relation intime qui entraîne un sentiment d'appartenance à cet espace, à cette communauté. La langue, la maîtrise des codes administratifs mais aussi culturels, la participation à la défense du territoire sont quelques-uns des traits de cette relation intime. Cette notion en évolution constante (temps, espace, culture) se modifie constamment et ses caractères se transforment en fonction des pays étudiés.

 

 La construction nationale est indissociable de celle de l'État. Or celui-ci connaît une mise en place complexe, fortement marquée par la période coloniale. «Cette complexité résulte, certes, de l'immensité de l'espace sur lequel il s'étend et des niveaux très différents d'organisation politique des peuples indigènes, mais aussi, et peut-être surtout, du moment politique où il s'est constitué, à cette époque charnière où se bâtissait en Castille une monarchie moderne»[8]. Dans le cas chilien c'est la situation géographique, en marge de l'empire Inca puis de l'empire espagnol, l'existence d'une frontière du fait du conflit avec les Mapuches. Il en résulte une intégration tardive dans l'empire des Indes, non sur le plan administratif mais dans le domaine économique et politique. Son développement économique est tardif, au cours du XVIIIe siècle, et s'accompagne de l'émergence d'une classe dirigeante créole[9]. La marginalité géographique entraîne une prédéfinition des frontières.

 

 Cette intégration tardive implique une relation à l'État spécifique. L'État castillan du XVIIIe laisse peu de place aux revendications des différents corps notamment aux revendications de type seigneurial[10]. Le retour de l'État monarchique et le relatif développement économique entraînent une recherche d'autonomie administrative[11].

 

L'indépendance, proclamée en 1818, s'inscrit dans le mouvement général américain tout en étant en marge, le centre de cette région étant le Pérou. Elle n'est définitivement acquise qu'après l'intervention de l'armée commandée par l'Argentin San Martin et le Chilien Bernardo O'Higgins. Intervention rapide, guerre de libération extérieure qui traverse le pays avant de se poursuivre vers le Pérou. Ce conflit est à l'origine de divisions au sein de l'aristocratie, groupe social au centre de la construction de l'État, caractérisé par son homogénéité culturelle - européenne à dominante espagnole - et numérique. On peut utiliser, pour désigner ce groupe «liderazgo»[12], le terme de «familia chilena»[13]. Il en résulte une facilité pour la cohésion tout en accentuant les rivalités de personnes.

 

 Indépendance ne signifie pas État. Il en résulte une période longtemps considérée par l'historiographie traditionnelle chilienne comme le temps de l'anarchie (1819-1833). Période de construction des premiers symboles nationaux même si ceux-ci évoluent, comme l'hymne[14] et le drapeau nationaux. Des conceptions antagonistes de l'Etat et de la Constitution engendrent de nombreux conflits[15]. L'enjeu en est l'idée de l'État et donc de la constitution. Après plusieurs tentatives, c'est une constitution parlementariste qui est adoptée en 1828. Les élections présidentielles se terminent par un conflit armé, dont la bataille de Lircay, en avril 1830, est l'aboutissement. Elle marque la séparation définitive de la classe dirigeante chilienne entre Pipiolos et Pelucones héritiers des «realistas» et «patriotas». Les vainqueurs -les conservateurs ou pelucones- sous l'impulsion du nouveau président Joaquím Prieto et de son ministre Diego Portales imposent un retour à l'ordre. Ainsi, «le pays revenait, comme au temps de la monarchie, à un régime de gouvernement»[16], avec la nouvelle Constitution, promulguée en 1833. Elle renforce le pouvoir central, restreint le droit de vote[17]. Répression violente, limitation de la liberté de la presse[18], Portales met en place une véritable dictature. Période de déploiement[19] de l'État chilien -renforcement des droits de douane, organisation des différents services policiers et militaires-, et d'affirmation d'une pensée nationale. C'est le début de cette «nationalité» qui «a défini son contenu moral dans ce qui s'appelle un État en formation. Ce fut -comme l'a dit Encina- la décharge électrique qui détermina l'éclosion d'un sentiment adulte de la nationalité, et des forces spirituelles qu'un heureux hasard transformera en État formé, lors d'un processus accidenté d'une vingtaine d'années»[20].

 

 Sa place dans l'ensemble américain reste indéterminée. Elle s'affirme au cours des années 1834-36. En effet, les tensions entre l'État portalien et ses voisins dirigés par le général Santa-Cruz se traduisent par un conflit à partir de 1836. Au-delà des intérêts de pouvoir -puisque la guerre internationale s'accompagne d'une guerre civile contre le colonel Vidaurre qui dénonce la dictature de Portales-, ce sont deux conceptions de la «nation» et de l'identité américaine qui s'opposent. Santa-Cruz est favorable à une unité de l'Amérique[21] tandis que Portales définit un État aux caractéristiques différentes: le Chili[22]. La victoire chilienne en 1837 est l'occasion de la fondation d'un des premiers mythes nationaux avec la bataille de Yungay et la participation de la guardia nacional, troupe de réserve composée des citoyens. La glorification des soldats, notamment féminins, est le sujet des premiers textes nationaux même si cette mobilisation est éphémère. Enfin, l'année de l'assassinat de Portales marque la victoire provisoire des conservateurs et la continuité de l'œuvre du ministre. La personnalité de Portales est essentielle pour comprendre la définition de la politique étatique de cette période. Son assassinat permet la création par les conservateurs d'un mythe fédérateur[23]. Enfin, le cadre géographique est en partie fixé avec le règlement du conflit: compris entre la cordillère et la mer, avec au Nord le désert d'Atacama, au Sud de grandes zones non peuplées et difficilement accessibles[24]. Il ne se modifie que partiellement après 1837 avec la colonisation progressive de la région de Valdivia et l'installation dans la région de Magellanes.

 

 Avec l'affirmation de l'État, il devient nécessaire de développer un discours sur la nation et ses particularités, travail effectué par les classes dirigeantes et lettrées. En 1837, le reste de la population demeure en marge de ce discours[25] comme l'atteste l'absence de mouvement populaire en faveur de la guerre.

 

 

1837-1879: La naissance d'une nation.

 

 1837 le cadre institutionnel et géographique est en place. Il ne se modifie qu'en 1879[26], lors de la guerre du Pacifique qui oppose le Chili à l'alliance péruano-bolivienne. Cette guerre, que l'on peut qualifier de coloniale, est marquée par des mouvements populaires spontanés d'enrôlement dans les forces armées[27], même si ce phénomène n'est pas généralisable à l'ensemble du territoire[28]. Il faut remarquer que ces mouvements sont essentiellement présents dans les zones urbaines, largement plus marquées par la présence de l'État. L'encadrement rural est celui de l'hacienda[29]. On est en présence d'un mouvement spontané attestant l'existence d'un nationalisme populaire, que Gérard Noiriel décrit comme une étape essentielle du processus de construction de la Nation. Ceci est d'autant plus marqué que, dans un premier temps, l'armée est composée de volontaires[30].

 

 Entre ces deux dates, le pays a subi deux guerres civiles et une guerre internationale. Il est aussi marqué par une évolution de la structure politique et l'intégration progressive des différents groupes intermédiaires dans la vie politique. L'enjeu est de fabriquer des citoyens. Il est vrai que la population chilienne se caractérise par une certaine homogénéité qui va au-delà du groupe liderazgo, marquée notamment par le métissage important dans les couches populaires même s'il est en régression depuis la fin du XVIIe siècle, où la moitié de la population se reconnaissait une ascendance indienne[31]. Cette population connaît une croissance relativement faible: elle double entre 1837 et 1875, hausse essentiellement due au solde naturel. Dans les années 1850, le gouvernement tente de favoriser, modestement[32], l'implantation de colons dans le Sud.

 

L'autre caractéristique de cette population, c'est sa concentration dans une partie du territoire, soit dans le Valle Central et le Norte Chico[33]. Concentration rurale mais aussi urbaine, dès 1865, un tiers de la population réside en ville, essentiellement à Santiago et Valparaiso. Cette concentration favorise les échanges mais aussi le contrôle de l'État. Parallèlement, les identités régionales[34] sont faibles si l'on excepte la région de Chiloé qui a développé, du fait de son insularité un caractère particulier. Cela s'explique partiellement par la faiblesse du groupe liderazgo[35] qui se concentre à Santiago, par la faiblesse relative de l'immigration, et par la mobilité du corps social.

 

 En 1861, l'élection à la présidence de José Joaquím Pérez, marque une rupture dans l'histoire du Chili. L'ouverture politique s'accompagne de l'ébauche d'un discours sur la nation autour d'un certain nombre d'intellectuels chiliens, Andrés Bello, J.V. Lastarria mais aussi argentins tel Domingo F. Sarmiento[36]. Les premiers cherchent la définition de la nation dans l'histoire des communautés indigènes -comme dans la plupart des pays américains- et le rejet de l'hispanité. Conscient de la nécessité d'affirmer la continuité avec la période coloniale dans la lutte contre les Indiens, Sarmiento propose une construction autour de la langue. Il est vrai que le cas argentin est différent[37]. Le rejet de l'hispanité est constante comme l'atteste la valorisation des écrits de Ercilla et son «Auraucania». La lutte indigène est valorisée, intégrant l'Indien dans l'imaginaire collectif[38]. Discours théorique, car la conscience d'appartenir à la culture européenne est très répandue. Le héros national c'est le conquistador Pedro de Valdivia. Il s'agit bien de cette culture euro-américaine décrite par François-Xavier Guerra[39]. L'autre problème est de trouver des figures nationales capables de rassembler les Chiliens. La victoire de Yungay est l'occasion d'ébaucher un panthéon national, mais elle reste entachée d'une défaite préalable et surtout de la tutelle de Portales qui divise la classe dirigeante de cette époque. Les leaders de la guerre d'indépendance, souvent encore en vie, posent problème par leur position politique, notamment dans le cas de O'Higgins et de sa dictature. Il est vrai que ces années de stabilité favorisent le mythe Portales[40].

 

 Définir l'identité nationale, développer l'État, est le double objectif des gouvernements de la période. Développer l'État, cela veut dire accroître sa place et son emprise sur les personnes et le territoire. Les années 1840 voient le renforcement de l'armée et de son encadrement -création de l'école militaire et d'une université. Parallèlement les libertés individuelles sont réduites notamment au cours des élections nécessaires à la légitimation du pouvoir[41]. Ces structures favorisent l'émergence de mouvements populaires -soulèvements de 1851 et de 1858, en réaction à l'emprise de l'Etat- qui ont pu provoquer des réorientations politiques[42]. Ils sont l'occasion de déclarations d'appartenance au Chili.

 

 Si l'administration participe à l'émergence d'une identité nationale, le système scolaire a, lui aussi, une place centrale dans la diffusion des valeurs communes qui fondent cette identité. Au Chili, la Constitution de 1833 oblige chaque municipalité à mettre en place une école primaire, mais son application s'avère délicate. Malgré la création en 1842 de l'Université de Santiago et la promulgation d'une loi sur l'enseignement primaire gratuit en 1849, il faut attendre la fin des années 1850 pour que se développe une formation de qualité susceptible de diffuser les valeurs de la nouvelle République[43]. Autour de la Sociedad de Instrucción Primaria fondée en 1856, par Sarmiento, Amunátegui, Santa María, Vicuña-Mackenna, se met en place une réflexion sur les programmes et les méthodes d'éducation. Seulement, le nombre d'élèves reste faible même s'il s'accroît légèrement jusqu'à la veille de la guerre du Pacifique[44]. Le manque de personnel et de moyens financiers sont à l'origine de disparités régionales[45], le milieu urbain étant plus favorisé. La massification de l'école et la structuration définitive des enseignements sera l'affaire de la fin du XIXe siècle.

 

 L'école ayant un rôle secondaire avant les années 1850, c'est donc sous une autre forme que se diffuse le sentiment national. La sociabilité et ses lieux de rencontre prennent une place centrale. Le corps constitué qu'est la Guardia Nacional fournit un exemple des plus intéressants. Cette milice est au cœur de la vie politique chilienne de la période. Ce service obligatoire avant l'heure[46], impose à chaque citoyen l'obligation de se présenter chaque fin de semaine pour participer à des manœuvres. Le fait de devoir payer son uniforme ainsi que la perte d'une journée de travail la rendent impopulaire. Lieu de rencontre, lieu d'échanges, elle permet la formation d'une identité commune. Corps urbain essentiellement composé de célibataires et d'apprentis de l'artisanat, elle reste sous l'autorité des notables. Les caractéristiques de cette institution en font un relais entre les élites et le reste de la population. C'est un espace de confrontation qui permet l'acculturation de ces deux ensembles.

 

 L'autre structure qui favorise les relations entre personnes est celle que constituent les sociétés d'entraide qui apparaissent à la fin des années 1840. Elles sont au centre de la révolte de 1858 notamment dans les zones urbaines de Valparaiso et Santiago[47]. Ainsi, Sergio Grez, note que lors de la guerre du Pacifique ces associations se mobilisent pour aider leurs membres partis combattre[48]. Elles fournissent un fort contingent de soldats comme l'attestent les chiffres d'adhésion. Elles sont un lieu de diffusion de l'écrit et notamment de la presse. Elles sont donc un relais essentiel dans le sentiment d'appartenance à l'espace chilien.

 

 Dans ce processus de construction de l'identité nationale, un groupe social se distingue: celui que constituent les gañanes[49], journaliers issus de la modernisation de l'agriculture[50], qui se déplacent d'exploitation en exploitation, porteurs d'une culture spécifique. Ils deviennent le symbole de la «chilenité», comme l'attestent les productions littéraires d'Alberto Blest Gana[51]. Ses romans décrivent avec nostalgie cet univers[52]. Le gañan est le prototype du Roto chileno ce fameux Huaso, personnage populaire sans véritable attache, résistant à la tâche, à moitié espagnol et un quart indien par ses origines. Il est identifié comme tel par les classes dirigeantes. Celles-ci le perçoivent comme un danger, mais elles le transforment au tournant des années 1850 en «athlète» qui construit la richesse du pays puis en valeureux combattant avec la guerre du Pacifique[53]. Sa mobilité lui permet de participer à l'élaboration d'une culture commune à l'ensemble. Ils circulent dans le Valle Central.

 

 L'Araucanie reste le point important de la construction de l'identité. La présence indigène entraîne une interpénétration et une acculturation: les autochtones utilisent une langue métisse. Elle doit être traduite pour les résidents de Santiago[54] avant de devenir un élément d'identité[55]. Là encore les archives témoignent d'une opposition et d'un mélange entre les descendants d'Espagnols et les Indiens[56]. L'identité théorisée se crée dans ces zones frontières perméables. Il est vrai que la culture indigène a depuis longtemps disparu du Valle Central sous la pression du développement économique[57]. Elle se dissout dans la culture dominante.

 

 Le cas chilien présente des particularités et de nombreuses similitudes avec les autres pays d'Amérique du Sud. La principale caractéristique est la précocité du phénomène de la construction de l'État[58]. L'émergence rapide de celui-ci et sa stabilité permettent la naissance d'un sentiment national dans certaines catégories sociales notamment au sein des populations urbaines. En effet, les premiers jours de la guerre du Pacifique sont l'occasion de manifestations en faveur de la guerre dans les zones urbaines de Santiago et Valparaiso. Le nombre de volontaires est important même si celui-ci se tarit assez rapidement, nécessitant, dans les campagnes, l'appel au recrutement forcé[59]. La fin du conflit est marquée par des manifestations de liesse populaire[60]. L'autre élément est que cette guerre fournit, enfin, un panthéon de héros capable de réunir les différents membres de la famille chilienne.

 

 L'étude de la naissance d'un sentiment national au sein des classes populaires regroupant l'ensemble des catégories sociales est encore en chantier notamment en ce qui concerne le vocabulaire national et son utilisation. Le dépouillement en cours de nouvelles archives permet d'espérer un renouvellement historiographique.

 

 À l'issue de la guerre du Pacifique une politique de construction de statues est lancée et l'on assiste à une multiplication des publications nationales. Par ailleurs, l'Etat profite des conquêtes des zones minières du Nord pour accélérer son déploiement. La période concernée présente les caractéristiques d'une proto-nation, proche de certains cas européens.

 

 

 



[1]     Ma maîtrise était une approche de la société des années 1970 à travers le prisme du cinéma d'Yves Boisset dans la ligne des travaux de Marc Ferro et Pierre Sorlin.

[2]     Thiesse (Anne-Marie), La création des identités nationales, Europe XVIIIe- XXe siècle, Paris, Seuil, 1999, p. 14.

[3]     Le terme « État » intègre l'institution mais aussi la notion de stabilité favorable au développement d'un cadre permettant la mise en place de médias (presse, cafés, associations...).]

[4]     Noiriel (Gérard), État, nation et immigration. Vers une histoire du pouvoir, Paris, Belin, 2001.

[5]     Gérard Noiriel conclut que « Étant donné que les membres d'une communauté nationale sont liés entre eux par les formes de relations indirectes que véhicule l'État, la nation ne pouvait s'épanouir que comme forme sociale dans un monde déjà largement saisi par l'écriture, disposant de moyens de transports rapides et sûrs », NOIRIEL (Gérard), op. cit.

[6]     On reprend ici la terminologie de Juan Carlos Garavaglia, qui entend par là une construction en spirale de l'État dont le point de départ est le système répressif. La nécessité de le financer entraîne la constitution d'une imposition qui requiert des cadres ayant recours au répressif pour encaisser les sommes...

[7]     Noiriel (Gérard), op. cit., et HobsbawN (Eric), Nations et nationalismes depuis 1780, Paris, Folio Histoire, Gallimard, 1992.

[8]     GUERRA (François-Xavier), in GRUZINSKI (Serge) et WACHTEL (Nathan) (dir.), Le Nouveau Monde. Mondes Nouveaux. L'expérience américaine, Introduction au chapitre IV, Paris, ERC et Ed. EHESS, 1996, p. 351-364.

[9]     L'essentiel des produits manufacturés est importé de la métropole par les ports péruviens.

[10]    GUERRA (François-Xavier), op. cit.

[11]    Du fait même de sa position en marge, le gouvernement de Ambrosio O'Higgins est représentatif de cette ambiguïté du pouvoir et de la place de l'État au Chili. Il renforce le pouvoir central tout en s'alliant à l'une des grandes familles chiliennes, les Riquelme.

[12]    Expression empruntée à Loveman (Brian), Lira (Elizabeth), Las suaves cenizas del olvido : Vía Chilena de reconciliación política, 1814-1932, Santiago, LOM/Dibam, 1999. La formule est difficile à traduire, elle désigne le groupe leader.

[13]    Idem

[14]    Écrit par Don Vera i Pinto, il met en exergue l'élément indigène au détriment du colonisateur. Il faut remarquer qu'il n'est modifié qu'en 1828 où il est remplacé par l'hymne actuellement utilisé.

[15]    Villalobos R. (Sergio), Portales, una falsificación histórica, Santiago, Edición Universitaria, 3a edición, mai 1990

[16]    Loveman (Brian), Lira (Elizabeth), op. cit., p. 122.

[17]    Pour tout ce qui concerne l'enjeu politique de Lircay et ses répercussions sur la vie politique chilienne voir Loveman (Brian), Lira (Elizabeth), op. cit.

[18]    Villalobos (Sergio), op. cit.

[19]    Le mot est employé dans le sens qu'en donne Juan Carlos Garavaglia, séminaire de l'EHESS, 2002

[20]    FeliÚ Cruz (Guillermo), « Patria y chilenidad : Ensayo histórico y sociológico sobre los orígenes de estos sentimientos nacionales afectivos », Santiago, Ediciones de la revista Mapocho, organo de la Extensión Cultural, Biblioteca Nacional, Tome V, n°1, 1966. Traduction de l'auteur.

[21]    Peralta (Ariel), « Ejército y mentalidad militar en la historia americana y de Chile en el siglo XIX », in Mapocho n°38, Santiago, second semestre 1995.

[22]    Villalobos (Sergio), op. cit.

[23]    Idem.

[24]    Sagredo Baeza (Rafael), « La idea geográfíca de Chile en el siglo XIX », in Mapocho n°44, Santiago, second semestre 1998.

[25]    À l'exception des membres de la guardia nacional comme le mentionne Cordero (Fernando), « Chile, siglo XIX : de la milicia a la guardia cívica », in Ibero American Nordic Journal of Latin American Studies, vol. XXII, n°1, Stockholm, 1992. Voir aussi le travail remarquable de Valenzuela (J. Samuel), « Hacia la formación de instituciones democráticas : prácticas electorales en Chile durante el siglo XIX », in Estudios públicos, n°76, Santiago, CEP, printemps 1999. Il met en exergue l'importance de la relation de ce corps intermédiaire entre élites et population.

[26]    Avec la victoire et l'absorption du Nord, se pose le problème de l'intégration des catégories plus modestes au monde politique mais aussi la pression issue de l'intégration des territoires du Nord (Antofagasta, Iquique et Arica), riches en minerais.

[27]    C'est le cas notamment à Valparaiso, voir Grez Toso (Sergio), De la « regeneración del pueblo » a la huelga general : genesís y evolución histórica del movimiento popular en Chile (1810-1890), Santiago, RIL/Dibam, 1997.

[28] Sater (William), Chile and the war of the Pacific, USA, University of Nebraska Press, 1986. Ce dernier précise que dans les zones rurales les résistances sont fortes, notamment de la part des Hacendados qui se plaignent de la perte de main-d'œuvre du fait de recrutement forcé.

[29] Salazar (Gabriel), Labradores, peones y proletarios, Santiago, LOM historia, Tercera edición, 2000.

[30]    Abraham Quiroz : Espitolario inédito de su campaña como soldado raso durante toda la guerra del Pacífico 1879-1884", publié avec une introduction de FELIÚ CRUZ (Guillermo), op. cit. , p. 174-216.

[31]    Góngora (Mario), Ensayo histórico sobre la noción del Estado en Chile, s.XIX y XX, Santiago, Edición Universitaria, 1998

[32]    lancpain (Jean-Pierre), Les Allemands au Chili (1816-1945), Allemagne, Böhlau Verlag, Köln Wien, 1974. Il note la position ambiguë du pouvoir central qui s'inquiète de l'installation d'une population n'ayant pas la même culture et pouvant réclamer une autonomie.

[33]    Arnold J. Bauer fait un tableau comparatif des trois grandes régions céréalières des nouveaux mondes- Chili, Victoria en Australie, San Joaquim Valley en Californie - où il indique les densités de population. Celle du Chili est 4 fois supérieure à celle de l'Australie.

[34]    Il n'y a pas d'étude par région à l'exception de l'île de Chiloé et de la région de Punta Arenas qui entend se distinguer de Santiago. Les deux soulèvements populaires des années 1851 et 1858 mettent en avant des revendications démocratiques, mais ne donnent pas lieu à un discours identitaire régional.

[35]    Salazar (Gabriel), Pinto (Julio), Historia contemporánea de Chile. II: Actores, idendidad y movimiento, Santiago, LOM, 1990.

[36]    Verdevoye (Paul), Domingo Faustino Sarmiento: éducateur et publiciste (entre 1839 et 1852), Paris, Travaux et Mémoire de l'Institut des Hautes Etudes de l'Amérique Latine, XII, 1963.

[37]    La relation entre les indigènes et l'État argentin est plus violente que dans le cas chilien. Il faut attendre les années 1870 pour que le conflit soit ouvert. Depuis l'indépendance, Santiago n'a jamais été sous la pression d'une invasion indienne comme cela put l'être pour la province de Buenos Aires.

[38]    RiviÈre (Sylvie), Histoire et idéologie: les mapuches et la mythologie nationale chilienne, Paris, DEA sous la direction de C. Miguet, Université de Paris X, juin 1990.

[39]    Guerra(François-Xavier), «Introduction», in LempÉrière (Annick), LomnÉ (Georges), Martinez (Frédéric) et Rolland (Denis) (dir.), L'Amérique latine et les modèles européens, Paris, L'Harmattan, 1998.

[40]    Il est considéré comme le véritable père du régime, celui qui a permis au Chili de ne pas sombrer dans l'anarchie et la dictature.

[41]    GUERRA (François-Xavier), «Les avatars de la représentation au XIXe siècle», in COUFFIGNAL (Georges) (dir.), Réinventer la démocratie. Le défi latino-américain, chap. I, Paris, Presses de la Fondation Nationale des Sciences Politiques, 1992, p.49-84.

[42]    La seconde est l'émergence d'un mouvement populaire même s'il s'inscrit dans un conflit des élites, d'après GREZ TOSO (Sergio), op. cit. Elle aboutit au retrait de la candidature d'Antonio Varas au profit de Joaquím Pérez, plus libéral.

[43]    Egaña Baraona (María Loreto), La educación primaria popular en el siglo XIX en Chile: Una política estatal, Santiago, DIBAM/LOM/Centro de investigaciones Diego Barros Arana, 2000.

[44]    26% des enfants entre 7 et 15 ans sont scolarisés en 1864 sachant que ce chiffre provient du Ministerio de la Inspección General de Instrucción Primaria et qu'il ne prend pas en compte la présence aux cours. Egaña Baraona (María Loreto), op. cit.

[45]    C'est le cas de l'Île de Chiloé, comme l'attestent les récits de voyage des années 1840-1850. Blancpain (Jean-Pierre), op. cit.

[46] Toute personne apte au travail se doit d'y participer d'après la Constitution de 1833. VALENZUELA (J. Samuel), op. cit.

[47]    Grez Toso (Sergio), op. cit.

[48]    Les dons sont nombreux, financiers mais aussi matériels. Idem

[49]    Salazar (Gabriel), op. cit.]

[50]    Gay (Claude), Historia física y política de Chile. Agricultura. Tomo II, Paris, éditeur inconnu, 1862-1865

[51]    Salomon (Russel O.), «Alberto Blest Gaña como retratista del roto», et Fraysese (Maurice), «Alberto Blest Gaña et Balzac», in Cahiers du monde hispanique et luso-brésilien (Caravelle), n°20, Toulouse, Université de Toulouse le Mirail, 1977.

[52]    Cette description issue de Gaña (Alberto Blest), Durante la reconquista, Santiago, 5a edición, Zig-Zag, 1963, correspond à un individu en voie de disparition au moment de sa publication en 1897. Il est aussi un condensé de la définition de la «chilenité».

[53]    Salazar (Gabriel), op. cit

[54]    Ainsi en avril 1860, l'intendant d'Auracania explique la situation conflictuelle avec les indigènes tout en utilisant un vocabulaire imprégné par la langue de ceux-ci. Ministère de l'Intérieur, V.462.

[55]    Publication de dictionnaires chiliens tels que: Rodriguez (Zorobabel), Diccionario de chilenismo, Santiago, 1875 et Lenz (Rodolfo), Diccionario etimológico de las voces chilenas derivadas de lenguas indígenas americanas, Santiago, 1905-1910.

[56]    L'utilisation du mot Chino pour désigner les personnes au faciès indigène est courante à cette époque. L'intendant de Auracania demande une arrivée massive de colons et dénonce la présence d'Espagnols dans les communautés indigènes.

[57]    Sur les modifications du monde rural des années 1830 à 1890, lire SALAZAR (Gabriel), op. cit.]

[58]    Le cas est d'autant plus étrange si on le compare aux pays limitrophes, Bolivie, Pérou et Argentine.

[59]    SATER (William), op. cit.

[60]    Une des rares photos disponible sur la guerre du Pacifique du Museo de Historia Nacional présente l'entrée triomphale du générale Baquedano. 1966: Guerra del Pacífico.