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Geneviève Verdo, La construction de l'idée nationale

La construction de l'idée nationale

 

 

Bulletin n° 17, automne 2004

 

 

 

Geneviève Verdo

 

 

Dans un important article paru en 1995[1], François-Xavier Guerra s'attachait à mettre en exergue les spécificités de la construction nationale dans le cas de l'Amérique espagnole. Cela l'amenait à insister sur la double acception que revêt ce concept: acception politique, tout d'abord, la nation moderne étant considérée à l'orée du XIXe siècle comme une communauté politique d'un genre nouveau, fondée sur la souveraineté du peuple; acception culturelle ensuite, le terme venant à désigner un groupe se reconnaissant des caractéristiques communes quant à sa langue, sa religion ou son passé. Mais alors que les Etats-nations européens se forgent sur des entités culturelles préexistantes ou supposées telles, les nations hispano-américaines surgissent des décombres d'un Empire et loin de correspondre à des entités distinctes, possèdent au contraire des caractéristiques culturelles communes. Issus d'un projet politique - celui d'inscrire la souveraineté du peuple dans un cadre restreint-, les nouveaux Etats vont donc s'attacher à créer de toutes pièces des communautés humaines et culturelles homogènes.

 

 Ce sont quelques facettes de ce processus qu'illustrent les articles proposés dans ce dossier. Jérôme Planche s'attache à montrer ce que la construction nationale chilienne doit au développement d'un appareil étatique à l'époque du ministre Portales. Outre le rôle des intellectuels dans l'élaboration d'une rhétorique «nationale», il souligne l'importance des sociabilités populaires dans la diffusion d'un certain nombre de mythes porteurs de l'identité nouvelle, notamment au sein de la population urbaine.

 

 Pour la même période, Latéfa Faiz met l'accent sur la construction d'une identité culturelle mexicaine par le biais de l'historiographie. Celle-ci passe par la mise au point d'une «version officielle» de l'histoire américaine, conduisant à l'avènement de la nation à travers la geste des héros patriotiques. Tout en explicitant le projet sous-jacent de cette entreprise - faire de l'indépendance le mythe fondateur de la nouvelle nation - elle en montre également les clivages idéologiques qui, parce qu'ils portent sur des éléments fondamentaux - l'héritage hispanique, les Indiens, la figure d'Hidalgo - hypothèquent l'avenir de la jeune nation.

 

 Erin Castro, enfin, illustre le thème de la «nation inachevée»[2] à travers l'exemple de l'intégration d'une région marginale - la péninsule de Basse-Californie- dans la communauté nationale mexicaine. Cette intégration s'opère au cours du XXe siècle en dépit d'une restriction drastique des droits politiques et d'un isolement qui faitde cette région «la périphérie de la périphérie». Elle montre comment les enjeux politiques locaux relient ce bout du monde au centre du pouvoir, bien que cette relation se situe nettement dans le registre de la politique ancienne, et comment l'école parvient à susciter un sentiment d'appartenance à la communauté nationale.

 

 


[1]     GUERRA (François-Xavier), «La nation en Amérique espagnole. Le problème des origines», La Pensée Politique, n°3, 1995, p. 85-106.

[2]     Dans une perspective semblable, voir SINARDET (Emmanuelle), «La redécouverte de l'Amazonie: Amazonie équatorienne et éducation dans la première moitié du XXe siècle», Histoire et Sociétés de l'Amérique latine, n°15, p. 107-139.