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Frédéric Johansson, « Au nom du peuple » : la difficile construction de la légitimité populaire des élites libérales mexicaines

« Au nom du peuple » : la difficile construction de la légitimité populaire des élites libérales mexicaines

 

 

Bulletin n° 17, automne 2004

 

 

 

 

Frédéric Johansson

 

 

C'est avec son habituelle ironie que le Gallo Pitagórico, l'une des figures journalistiques les plus acerbes dans l'espace public mexicain du XIXe siècle, recommande à tout ambitieux la manière de se refaire une légitimité politique en ces temps de rétablissement des nouvelles institutions représentatives, après la chute de la dictature de Santa Anna en août 1855. Il suffit pour cela de faire un manifeste politique en promettant d'assurer le bonheur du pays, sans en expliciter les moyens ni les buts, et de signer « Au nom du peuple », en prenant soin de préciser à côté de la signature le titre de « votre concitoyen » et de finir le tout avec un « Viva la libertad, mueran los tiranos[1].

Au-delà de la simple anecdote satirique, le journal pose ainsi de façon incisive le grand problème de la légitimité sur la scène politique mexicaine : le « peuple politique » étant un acteur inexistant, tout le monde peut prétendre parler en son nom et en tirer une légitimité politique.

 

 En effet, comme l'avait déjà souligné avec insistance François-Xavier Guerra[2], il existe dans les nations latino-américaines du XIXe siècle un hiatus entre le peuple idéal censé agir dans le cadre institutionnel représentatif implanté par les élites modernisatrices du pays et le peuple réel de ces sociétés « d'ancien régime » avec leur fonctionnement politique traditionnel. Ainsi, l'individu mexicain du XIXe siècle ne conçoit pas son existence politique en termes de citoyen ayant des droits et des devoirs individuels et exerçant un droit souverain d'élire ses représentants, mais pense le politique en termes de collectivité où la représentation politique découle des liens traditionnels (familiaux, sociaux, économiques et symboliques) enracinés dans un groupe social et un espace de vie donnés.

 

 Dès lors parler « au nom du peuple » au sens politique moderne du terme suppose, de la part de ces élites libérales imbues de théories politiques européennes, l'invention d'un « peuple » fictif qu'il faut instrumentaliser afin de légitimer leur pouvoir. Or ce peuple de citoyens imaginaires n'étant qu'un concept, la légitimité qui en découle est fictive, fragile et susceptible d'être revendiquée et manipulée par des acteurs politiques concurrents.

 

 Ce processus de construction et d'instrumentalisation du « peuple souverain » avec ses enjeux, débats et paradoxes est perceptible dans les discours des élites libérales mexicaines énoncés lors de la victoire de la Révolution d'Ayutla[3]. En effet, c'est durant les mois d'août et d'octobre 1855, qui ont vu la chute du tyran Santa Anna et l'installation d'un gouvernement provisoire stable, que se sont posés avec acuité les problèmes essentiels de légitimité politique. Durant ces mois critiques, tout l'enjeu consiste à passer d'une dictature caricaturale à un système représentatif et d'une légitimité révolutionnaire des nouveaux vainqueurs à une légitimité institutionnelle. Les débats qui ont eu lieu durant ces événements révèlent toutes les contradictions de cette construction d'une légitimité sinon fictive du moins en grande partie réinventée.

 

 

Peuple idéal et peuple réel

 

 

Le programme politique libéral, mis en avant à la chute de la dictature de Santa Anna, est cohérent, complet et présente tous les attributs des « idées avancées du siècle »[4]. En effet, pour ces élites libérales de la moitié du XIXe siècle, le seul modèle politique concevable pour la nation mexicaine est le modèle républicain représentatif populaire où la souveraineté du peuple s'exerce nécessairement à travers le suffrage universel[5]. De toute évidence, un tel programme s'inscrit dans cette modernité rationnelle issue des transferts intellectuels liant les deux rives de l'Atlantique, dans ce que François-Xavier Guerra appelait « l'Euro-Amérique »[6]. Le général Alvarez n'affirme-t-il pas ainsi que le but de la Révolution est de mettre en place « ces réformes nécessaires et utiles qui font aujourd'hui la prospérité des peuples éclairés qui nous observent »[7] ? Cette modernité issue des « lumières du siècle » est donc vue et vécue comme « la panacée à tous les maux du pays »[8] et c'est avec optimisme que les nouveaux maîtres du pouvoir envisagent de mettre en place ces mesures « régénératrices » assurant enfin la stabilité politique du pays. Encore faut-il que le « peuple souverain » auquel sont destinées ces réformes politiques soit le peuple citoyen pouvant exercer et jouir de ses droits politiques.

 

 En effet, ce bel ensemble de principes constamment invoqués dans le discours libéral trouve rapidement ses limites devant l'évidence de l'inexistence de « citoyens » au Mexique. Ainsi, les discours, de façon emblématique, utilisent souvent pour parler du peuple le terme de pueblos au pluriel. Or le terme de pueblo signifiant à la fois peuple et village, l'usage de ce terme ambigu est tout à fait révélateur de la réalité mexicaine. Le peuple, comme on l'a déjà dit auparavant, n'est pas cette communauté politique « moderne » formée de citoyens. Il est, avant tout, l'addition de collectivités traditionnelles (villages, familles élargies, corporations, etc.) qui agissent en tant qu'« acteurs collectifs » dans des territoires qu'elles structurent et régulent. Leur vision de l'intérêt national est dès lors souvent inexistante. Parler ainsi de pueblos est à la fois un acte de clairvoyance mais aussi un aveu de l'inexistence de ce « peuple citoyen » formant une nation et pouvant exercer sa souveraineté.

 

 Cet aveu est d'autant plus naturel que, par ailleurs, les discours constatent avec amertume le gouffre qui sépare le « citoyen » idéal du citoyen réel. Selon les plus éminents libéraux, le Mexicain est ainsi « ignorant, analphabète et donc susceptible de mépriser l'usage de ses droits » ou, pire encore, d'être abusé par les autorités traditionnelles[9]. Ce peuple abruti, exploité par les classes privilégiées, est un peuple « démoralisé », ne pouvant avoir la moindre notion de responsabilité puisqu'il n'est pas propriétaire[10]. Bref, c'est un peuple qui n'a pas de liberté réelle et qui, comme tel, ne peut être le « souverain » que prônent les libéraux.

 

 Pourtant cette contradiction ne semble pas embarrasser les élites libérales tant que l'on parle du peuple en armes. Certes, les pueblos sont incontestablement les acteurs collectifs de cette révolte où il s'agit avant tout de préserver l'autonomie de tel cacique ou de lutter contre la domination de telle ville ou tel clan détenant le pouvoir local[11]. Les grands principes démocratiques et l'intérêt national ne sont souvent que des motifs de pure façade afin de justifier ce conglomérat de mouvements locaux. Néanmoins, les élites libérales ne semblent pas éprouver la moindre gêne devant ces motivations très éloignées de leur credo politique. En effet, après tout, elles peuvent sans difficulté évoquer l'image d'un peuple en armes se révoltant contre le joug du tyran[12]. Le peuple « magnanime et noble » redevient symboliquement dans les discours le peuple souverain ayant reconquis ses droits par sa révolte héroïque[13].

 

 Il en va tout autrement lorsque, une fois Santa Anna en fuite, il s'agit de mettre enfin en pratique réellement le principe de souveraineté populaire proclamé par la révolution. Le peuple citoyen est désormais censé élire de façon éclairée ses représentants et c'est là que tout le paradoxe de ce peuple citoyen fictif émerge dans les discours. Ainsi, tout en prônant l'urgence de mettre en place un système républicain et démocratique, un journal de Zacatecas doit par la même occasion avouer que ce système devra pour l'instant être adapté à la situation du pays et ne pourra se développer qu'au fur et à mesure que « les lumières se diffusent » et que « la morale, la vertu et l'esprit public s'enracinent parmi nos concitoyens[14]. C'est dire si pour l'instant le principe démocratique libéral est impraticable et si les élites libérales ne peuvent qu'accepter à demi-mot le constat fait par un journal conservateur affirmant que « le patriotisme et la moralité nécessaires à constituer la nation n'existent que dans une minorité insignifiante du pays », six millions et demi de mexicains parmi les sept millions que compte le pays, manquant de tout « esprit public »[15]. Pour autant, les libéraux ne se résignent pas à introduire un suffrage censitaire, prôné par les conservateurs, et persistent à prêcher le suffrage universel masculin. Dès lors, ils se voient dans l'obligation de « créer » un peuple souverain fictif, seule source de légitimité.

 

 

Réinventer le peuple politique

 

 

En effet, toute la difficulté des élites libérales, au sortir de la dictature de Santa Anna, consiste à réinventer ce peuple citoyen introuvable[16] afin qu'il puisse légitimer les nouvelles autorités de l'État. C'est tout ce travail de « construction » d'un peuple pouvant agir dans le système représentatif qui peut être retracé à travers les discours libéraux de l'époque.

 

 Le premier pas dans cette construction semble consister à adopter une définition restrictive de ce peuple afin de le faire coïncider avec la minorité vertueuse et éduquée du pays, ceci, tout en maintenant la fiction de l'universalité de la souveraineté. C'est ainsi que dans les discours se glisse de façon insidieuse une distinction significative entre le « bon peuple » et la « populace ». À Cuernavaca, par exemple, des habitants justifient les débordements de la Révolution dans cette ville par le fait que la « populace » est parvenue « à se glisser parmi le peuple », comme s'il fallait différencier deux entités bien distinctes parmi la population avec un « bon » peuple d'une part et une plèbe détestable d'autre part[17]. Cette muchedumbre, ces « gens perdus » ne peuvent, d'après les libéraux, en aucun cas être assimilés à un quelconque peuple citoyen puisqu'ils constituent au contraire une menace pour l'organisation sociale et politique du pays. Pourtant, il s'agit bien là du peuple réel porté au pillage par des « coutumes issues de son ignorance » et par l'absence de l'effet moralisateur qu'apporterait la propriété[18]. Il est donc d'autant plus nécessaire de le distinguer d'un « bon » peuple, civique, moralisé et respectant l'ordre social afin de, non seulement préserver la légitimité de ces élites libérales, elles aussi « possédantes »[19], mais aussi justifier le choix de la souveraineté populaire face à la critique conservatrice qui voit dans ce principe la source même de l'anarchie au Mexique[20].

 

 Comment redéfinir dès lors le « bon » peuple ? À peu près tous les articles, discours et manifestes libéraux convergent vers une définition commune de ce peuple idéal. Ce serait la partie saine de la Nation formée des « honnêtes gens » ayant du mérite, du talent et de l'intelligence[21], et étant amis du progrès, de la liberté, de l'ordre et de la propriété[22]. C'est donc sans surprise que le « bon peuple » s'incarne non seulement dans des catégories sociales clairement explicitées[23] mais aussi et surtout se confond en grande partie avec les notables libéraux appelés à le représenter. En effet, le portrait que brossent les divers discours du libéral idéal est identique à la définition de ce peuple de « gens honnêtes »[24]. Les notables libéraux sont, dès lors, avec la presse et les caudillos, les seuls à pouvoir prétendre être les détenteurs de la parole du peuple[25]. Ainsi, cette identité entre notables libéraux et « bon peuple » permet de personnifier, de matérialiser enfin le peuple souverain.

 

 Du même coup, l'idéal libéral d'une scène politique où l'opinion éclairée des citoyens discutant en paix l'intérêt du pays afin de pouvoir dégager et énoncer clairement la volonté nationale peut, enfin, se réaliser comme s'en félicite le Siglo XIX[26].

 

 De même, l'élection des nouvelles autorités provisoires issues de la Révolution est facilitée par cette vision restrictive du peuple[27]. Ainsi, dans cette période de transition, on voit partout se former des juntes populaires chargées d'élire la nouvelle administration locale ou régionale. Or la popularité de ces juntes reflète fidèlement la vision du peuple qu'ont adoptée les libéraux dans leurs discours. En effet, dans tel village c'est « la partie sensée de la municipalité » qui est appelée à composer la junte, dans tel autre ce sont les « voisins les plus éminents », ailleurs ce sont des personnes « honnêtes et patriotes » et à Querétaro et à Oaxaca on déclare ouvertement qu'il s'agit là des « notables du voisinage »[28]. Lorsque l'on nous fournit des indications sur le nombre des personnes composant ces juntes, on dénombre par exemple dans la ville d'Orizaba trente personnes et dans la capitale de l'État du Guanajuato 165 citoyens[29]. Pour justifier la taille restreinte de ces assemblées, nombre de gouverneurs évoquent leur composition pluraliste où « toutes les opinions sont représentées »[30]. D'ailleurs, la taille importe peu, tant il est évident que c'est seulement une poignée de personnes qui agit face à un peuple purement décoratif[31]. En outre, ce sont toujours les caudillos ou les autorités locales, entourés de leurs proches collaborateurs, qui président ces juntes afin de veiller à orienter dans le bon sens les décisions. Quant à la plupart des membres des juntes, ils sont tout bonnement nommés par le gouverneur ou le caudillo[32], même si leur choix n'est pas toujours libre, tant il faut compter avec les « personnes notables par leur position et leurs opinions »[33].

 

 Bien sûr, le peuple citoyen ne pouvant coïncider avec le peuple réel, il est nécessaire de mettre en scène ce dernier afin qu'il sanctionne, ne serait-ce que par sa simple présence, la légitimité « populaire » de ses représentants. Dès lors, le peuple réel fait son apparition dans tous les récits à l'arrière-plan, acquiesçant et légitimant les décisions prises par le cercle des honnêtes gens. Au sein de ce peuple réel, point d'individus : c'est une foule, une masse indifférenciée d'habitants dont le rôle se réduit à approuver par des « vivas » joyeux et turbulents les nouvelles autorités élues et à désapprouver les autorités déchues par des « mueras » ou encore par le saccage et l'incendie de leurs demeures[34].

 

 Cette expression rudimentaire de la souveraineté pose d'ailleurs à nouveau le problème de la fragile distinction entre le peuple et la populace. Ainsi, quand la police de Mexico ouvre le feu sur un groupe de personnes criant tard la nuit des « vive la liberté », la presse, après un vif émoi, finit par approuver cet acte visant à disperser une « bande de perturbateurs voulant sans doute se livrer au pillage[35]. Le principe de la souveraineté du peuple réel semble donc bien difficile à mettre en scène et fait resurgir rapidement toutes les contradictions de la fiction démocratique qui se joue dans le pays. Du moins cette simple « clameur du peuple »[36] permet-elle aux élites libérales de légitimer tant bien que mal leur pouvoir.

 

 

Le peuple libéral

 

 

Néanmoins, dans toute cette construction idéologique du peuple agissant, se glisse un problème de taille pour les élites libérales : celui des légitimités politiques concurrentes qui revendiquent le même droit à instrumentaliser ce peuple fictif déléguant sa représentation.

 

 Les anciens santannistes et les conservateurs n'ont-ils pas, eux aussi, après leur ralliement opportuniste au mouvement révolutionnaire, procédé à la mise en place de dociles juntes populaires composées de « gens de bien » qui les ont reconduits dans leurs fonctions[37] ? Face à ces légitimités concurrentes, les élites libérales peinent à trouver les bases idéologiques pouvant justifier l'exclusion de la scène politique de leurs adversaires. Francisco Zarco ne déclare-t-il pas que les libéraux veulent une démocratie sans exclusivismes où même les ennemis ont le droit de voter et de participer à la lutte électorale car tout intérêt, quel qu'il soit, doit être représenté[38] ?

 

 Comment alors revendiquer un monopole libéral dans la représentation d'un peuple idéal imaginaire ? Dans ce théâtre d'ombres, tout consiste, semble-t-il, à imposer un sens purement libéral à ce peuple fictif. En effet, face à la menace d'une confiscation par des groupes rivaux de la parole de l'introuvable peuple souverain, le discours des élites libéral va s'acharner à prouver l'identité entre le peuple libéral et le peuple tout court. Ainsi voit-on sans cesse les journaux proclamer que les libéraux sont « la grande majorité des habitants de la République » face à une « poignée de conservateurs » représentant uniquement les intérêts particuliers des classes privilégiées du pays[39]. D'ailleurs, pour renforcer cette argumentation, les discours libéraux se plaisent à mettre en avant une équivalence entre le « parti » libéral[40], la Révolution et le peuple. La Révolution étant l'image du peuple souverain en armes, et cette Révolution ayant un sens libéral[41], le peuple mexicain est dès lors de toute évidence acquis aux idées libérales[42].

 

 De toutes façons, les conservateurs sont irrémédiablement voués à être exclus de la scène politique à cause de leur rôle historique au Mexique en tant qu'ennemis jurés de l'indépendance nationale depuis 1810[43]. Il en découle, à l'inverse, que le parti libéral incarne à lui seul la défense de l'existence nationale et peut revendiquer à ce titre le monopole de la parole du peuple souverain. Le Mexique est un pays libéral dans son essence et il est donc normal d'exclure de tous les postes politiques les conservateurs, qu'ils aient été ou non plébiscités par des juntes populaires[44].

 

 Suite à l'ensemble de ces développements on comprend mieux la proclamation de Guillermo Prieto, éminent libéral de l'époque, au sortir de la tyrannie santanniste. Avant la victoire libérale, le peuple était, tel Lazare, dans la putréfaction, alors que maintenant, face à la régénération politique du pays, les élites libérales peuvent enfin lui dire « lève-toi et marche avec le principe démocratique qui illumine le sépulcre »[45]. En effet, il s'agit bien en 1855 de ressusciter un peuple citoyen inexistant afin de le faire agir dans un système politique démocratique qui l'intronise comme souverain absolu et où, sous le constat amer de cette « putréfaction » du corps social, les « bonnes influences » libérales se doivent de le « dominer et obtenir son vote par la persuasion ». Dès lors, cette « souveraineté populaire avec toutes ses conséquences », tant proclamée, se transforme inévitablement dans la bouche même des libéraux en un système « libre et paternel »[46]. Bref, en un système où « la démocratie, en attendant que la population devienne peuple, est le gouvernement de la minorité » comme l'affirmait François-Xavier Guerra[47].

 



[1]     « Vive la liberté, à mort les tyrans ». Article marquant la réapparition du Gallo Pitagórico après sa disparition en 1844 publié dans le Siglo XIX du 7 septembre 1855.

[2]     Voir avant tout GUERRA (François-Xavier), México : del Antiguo Régimen a la Revolución, F.C.E, Mexico, 1988 ; « Le peuple souverain : fondements et logiques d'une fiction (le XIXe siècle) » in Quel avenir pour la démocratie en Amérique Latine ?, Dixième table ronde de l'AFSSAL, CNRS, Paris, 1989 ; « Les avatars de la représentation au XIXe siècle » in Réinventer la démocratie, le défi latino-américain, PFNSP, Paris, 1992.

[3]     La Révolution d'Ayutla est une révolte initiée par le général Alvarez sous la bannière du plan révolutionnaire libéral d'Ayutla en mars 1854 à l'encontre du régime dictatorial de Antonio de Santa Anna.

[4]     Francisco Zarco « Editorial : la ley electoral, artículo II », Siglo XIX, 20 août 1855.

[5]     « Sufragio Universal », La Situación, 25 août 1855 ; « Ley Electoral », Siglo XIX, 17 août 1855 ; « Exposición al buen sentido de la Nación Mexicana » Siglo XIX, 29 août 1855 ; « Un artículo del Sr J. B. Morales », Siglo XIX, 29 août 1855.

[6]     GUERRA (François-Xavier), « L'Euro-amérique : constitution et perceptions d'un espace culturel commun », in Les civilisations dans le regard de l'autre, Actes du colloque international organisé par l'UNESCO et l'EPHE, Paris, 13 et 14 décembre 2001.

[7]     Lettre du général Alvarez au général De la Vega du 19 septembre 1855.

[8]     « Gran Convención de la villa de Dolores », Siglo XIX, 24 août 1855.

[9]     Francisco Zarco « Editorial : la ley electoral », Siglo XIX, 17 août 1855.

[10]    « El plan de Ayutla : artículo VIII », Siglo XIX, 15 septembre 1855 ; Guillermo Prieto, Oración Cívica, du 16 septembre 1855.

[11]    La Révolution d'Ayutla démarre ainsi avec la tentative de Santa Anna de briser le pouvoir du cacique Alvarez sur son fief dans l'État de Guerrero et, par exemple, dans l'État de Michoacan, la domination de plus en plus envahissante de Morelia la capitale, pousse nombre de villages et villes à la révolte.

[12]    D'ailleurs, cette instrumentalisation est d'autant plus aisée que ce peuple en armes a une voix : celle de ses caudillos. Ces derniers, en effet, sont considérés comme « l'expression de la volonté nationale », « les interprètes de la volonté du peuple » du simple fait qu'ils ont reçu une légitimité absolue à représenter ce peuple qui les a volontairement suivis au combat (« La Revolución ha triunfado : consecuencias », Siglo XIX, 14 août 1855 et « Peligros de la situación », Siglo XIX, 13 septembre 1855).

[13]    Discurso de Victoriano Zamora a los habitantes de Zacatecas, 17 août 1855.

[14]    « Fe Política », La Regeneración, 25 septembre 1855.

[15]    Article de El Omnibus cité par La Verdad « Primores del Omnibus », 23 septembre 1855.

[16]    ROSANVALLON (Pierre), Le peuple introuvable. Histoire de la représentation démocratique en France, Paris, Gallimard, 1998.

[17]    Lettre de Gregorio Martinez, José Sedano et José Trejo aux journaux de la capitale, 26 août 1855 et lettre d'un habitant de Cuernavaca au Siglo XIX, 19 août 1855.

[18]    Circulaire du gouverneur du Zacatecas Victoriano Zamora du 30 août 1855. Voir aussi les affaires de Zapotlan (lettre de Comonfort aux habitants de Guadalajara du 6 août 1855) ou du Mineral de la Luz (lettre du gouverneur Doblado au ministère de l'Intérieur du 27 août 1855).

[19]    Même si une certaine tendance historiographique voudrait imposer la vision d'une opposition sociale entre les élites libérales, issues de la « classe moyenne », et les élites conservatrices issues des grands propriétaires terriens, il est néanmoins évident que les élites libérales ont une position sociale élevée. Par exemple le général Alvarez, Melchor Ocampo ou De la Rosa sont de grands propriétaires terriens. Benito Juarez, certes, est issu d'un milieu très modeste, mais il a pu se hisser au sein des élites grâce à sa profession d'avocat et son engagement politique.

[20]    « Dificultades imaginarias », Siglo XIX, 23 août 1855.

[21]    « Union liberal », La Revolución, 10 septembre 1855.

[22]    Folleto suelto, publié à Puebla le 3 septembre 1855 par « varios liberales »

[23]    Ainsi le Siglo XIX, en parlant des « masses éduquées par les libéraux » ayant accompli la Révolution à Mexico, précise qu'il s'agit là des commerçants, des avocats, des médecins et du peuple (« Los acontencimientos de ayer », Siglo XIX, 14 août 1855).

[24]    Le libéral idéal, d'après le caudillo De La Llave, est un « homme honnête recherchant la liberté dans l'ordre et visant avant tout à préserver l'ordre, la propriété et les personnes » (Manifiesto de De La Llave a las fuerzas libertadoras del Estado de Veracruz du 31 août 1855), description qui correspond au portrait du représentant idéal brossé par le Siglo XIX : un homme « honnête, intelligent, populaire, probe dans sa vie privée et publique » (« Los acontencimientos de ayer », 14 août 1855).

[25]    « El Gobierno provisorio », Siglo XIX, 24 septembre 1855 et « El Plan de Ayutla : artículo V », Siglo XIX, 3 septembre 1855.

[26]    « El Gobierno provisorio », op. cit.

[27]    Certes, toutes ces « élections » ont un caractère provisoire, en attendant la mise en place de réelles élections. Cependant elles sont un enjeu essentiel car la fraude étant de mise il est crucial « d'élire » des autorités « soutenant les principes libéraux » qui puissent ainsi « faciliter les élections » grâce à leur « influence à tous les stades » (« Editorial : Reacción », Siglo XIX, 12 septembre 1855 ; « Editorial : la ley electoral, artículo II », Siglo XIX, 20 août 1855 et « El actual Gobierno », La Situación, 24 août 1855).

[28]    Respectivement Acta de pronunciamiento de la Villa de Yautepec, Estado de México, 16 août 1855 ; Acta de pronunciamiento de Molango, cabecera de Distrito du 19 août 1855 ; Acta del Pronunciamiento de Orizaba du 20 août 1855 ; « Papantla », Siglo XIX, 19 septembre 1855 ; Acta de Pronunciamiento de Queretaro du 16 août 1855 ; Acta de Pronunciamiento del Estado de Oaxaca du 18 août 1855.

[29]    Respectivement Orizaba, op. cit. ; Acta de pronunciamiento de Guanajuato du 19 août 1855.

[30]    Querétaro, op. cit

[31]    Dans la capitale de l'État du Chiapas ce sont ainsi uniquement six personnes qui prennent la parole (Acta de Pronunciamiento del Estado de Chiapas, 24/8/1855).

[32]    Orizaba et Querétaro, op. cit.

[33]    Oaxaca, op. cit.

[34]    Voir par exemple le récit du pronunciamiento de Mexico du 13 août 1855 dans « Los acontencimientos de ayer », Siglo XIX, 14 août 1855.

[35]    « Abuso de las armas : barbarie », La Patria, 1e septembre 1855 et « Santa Catarina » Siglo XIX, 3 septembre 1855.

[36]    Lettre de Comonfort au président Carrera du 30 août 1855.

[37]    C'est le cas à Sinaloa, Aguascalientes, Chiapas, Yucatan, Tabasco, Chihuahua ; « El triunfo contra la dictadura de Santa Anna », La Patria, 18 et 19 août 1855 ; Proclama de Antonio de Haro y Tamariz a sus compatriotas, 15 août 1855 et Folleto suelto, « Manifiesto del Partido Conservador » du 18 septembre 1855.

[38]    « Editorial : Ley electoral artículo II », Siglo XIX, 20 août 1855.

[39]    Respectivement : « La Revolución ha triunfado : consecuencias », Siglo XIX, 14 août 1855 et « Union liberal», La Revolución, 10 septembre 1855.

[40]    Le terme de « parti » ne signifie pas qu'il existe une institution partisane structurée. Il désigne juste un conglomérat d'affinités idéologiques et relationnelles.

[41]    Alors qu'il ne va pas de soi car les diverses révoltes, comme on l'a rappelé précédemment, ont souvent un caractère purement local apolitique et la participation de conservateurs comme Haro y Tamariz à la révolution tout comme le soutien financier du clergé régulier aux révolutionnaires remettent en question le sens précis de cette révolte.

[42]    « El Plan de Ayutla : artículo IV », Siglo XIX, 22 août 1855 et « La Revolución en San Luis Potosi », Siglo XIX, 29 août 1855.

[43]    « Union Liberal », El Monitor Republicano, 18 août 1855 ; Guillermo Prieto, Oración Cívica del 16 de septiembre 1855.

[44]    « Fiel observancia del Plan de Ayutla », El Heraldo, 15 août 1855 ; « El plan de Ayutla : artículo I », Siglo XIX, 16 août 1855.

[45]    Guillermo Prieto, Oración cívica del 16 de Septiembre 1855

[46]    Respectivement : « La ley electoral », Siglo XIX, 17 août 1855 ; Manifiesto del Gobernador De la Rosa du 20 août 1855 et Acta de pronunciamiento de Huauchinango, cabecera de distrito, du 18 août 1855.

[47]    GUERRA (François-Xavier), « Le peuple souverain : fondements et logiques d'une fiction (le XIXe siècle) », in Quel avenir pour la démocraties en Amérique Latine ?, Dixième table ronde de l'AFSSAL, CNRS, Paris, 1989.