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Eugénia Palieraki, Intégration ou marginalisation ?

Intégration ou marginalisation ?

 

 

Bulletin n° 17, automne 2004

 

 

 

Eugénia Palieraki

 

La vie politique chilienne des cinquante dernières années a fait l'objet de plusieurs études, autant de la part d'historiens que de sociologues et de politologues. Cet engouement s'explique par le fait que la vie politique au Chili semblait offrir un contraste avec ce qui se passait ailleurs en Amérique latine ; elle s'y faisait « avec et à travers les partis politiques - et non en marge d'eux ou contre eux »[1].

La vie politique chilienne marquée plus par le respect des institutions et par sa continuité que par ses ruptures[2], allait subir un choc dans les années soixante avec la création d'un mouvement politique qui heurte le consensus par son refus apparent des traditions politiques nationales, y compris celles des autres partis et mouvements de gauche. Il s'agit du MIR (Movimiento de Izquierda Revolucionaria - Mouvement de la Gauche Révolutionnaire). Le MIR, fondé le 15 août 1965 à Santiago, est issu de l'union de plusieurs groupuscules d'extrême gauche : trotskistes, dissidents socialistes, maoïstes, militants expulsés du parti communiste (PC), anarcho-syndicalistes et chrétiens de gauche[3].

 

 Alors qu'il tenait un discours beaucoup plus radical que les partis de la gauche traditionnelle et qu'il avait parfois recours à des pratiques dépassant les limites de l'action politique « classique », ce mouvement d'extrême gauche réussit pourtant, peu de temps après sa création, une insertion rapide sur l'échiquier politique national. A partir de 1971, il est au centre de l'intérêt de tous les journaux et de toutes les revues d'actualité nationale.

 

 Toutefois, si tout le monde en parle, le sujet est loin de faire l'unanimité. Les interprétations de ce que fut réellement le MIR sont très éloignées les unes des autres, et parfois même réductrices. Au cours de cet article, nous nous proposons de replacer le MIR dans son contexte historique, notamment par l'examen de ses relations avec les autres partis et mouvements politiques, aussi bien de gauche que de droite, et des influences qu'il en a reçues, d'un point de vue idéologique, ainsi que dans le domaine concret du « savoir-faire ». Ne souhaitant pas réduire l'histoire du MIR uniquement à ses aspects idéologiques, nous avons tenté d'associer les idées, les discours et les référents idéologiques à l'action politique et à la présence du Mouvement « sur le terrain »[4]. L'utilisation de la notion de « culture politique » comme principal outil d'analyse s'est ainsi imposée « naturellement ». Elle allait tout à fait dans le sens de notre démarche, associant pratiques, discours et représentations[5].

 

 La période que l'on va aborder va de la fondation du MIR au coup d'État de 1973. En effet, les problématiques qui nous guident perdent leur pertinence au-delà de cette période, l'intervention des militaires dans la scène politique changeant radicalement la donne. Les années 1965-1973 correspondent au mandat de deux gouvernements, celui de la Démocratie Chrétienne et puis celui de l'Unité Populaire. La Démocratie Chrétienne (DC) arrive au pouvoir en 1964. Le MIR, bien que ne jouissant pas encore de soutiens importants ni d'un militantisme massif, faisait pourtant partie des opposants les plus convaincus à la DC. Lorsqu'en septembre 1970, l'Unité Populaire[6] arrive au pouvoir, l'attitude du MIR change radicalement. Tout en décidant de ne pas participer aux élections, il apporte son « soutien critique » à la coalition. Désormais, l'exercice du pouvoir par un gouvernement de gauche, désireux de guider pacifiquement le pays dans la voie vers le socialisme, marquera profondément les choix politiques et le discours miristes.

 

 Les sources utilisées pour cet article ont été la presse, d'une part, et d'autre part, les discours et textes théoriques conçus par les leaders du MIR[7].

 

 

L'opposition avec la gauche traditionnelle : une opposition de principes ?

 

 Les dirigeants du MIR ont toujours revendiqué une rupture avec les principes et les pratiques politiques des partis qui les avaient précédés. Mais qu'en était-il vraiment ? Pour répondre à cette question, nous avons voulu esquisser une comparaison entre le MIR et les autres partis politiques chiliens, non seulement d'un point de vue idéologique, mais aussi à partir de la manière dont les dirigeants du MIR faisaient de la politique. Selon ceux-ci, le fonctionnement de leur mouvement était fondé sur un dialogue démocratique, sans implication d'intérêts personnels, sans culte du chef, ni fascination pour le pouvoir.

 

 Or, en y regardant de près, les différences dans la pratique politique entre le MIR et les « partis traditionnels » n'étaient ni claires, ni absolues. Tout d'abord, le caractère démocratique du mouvement n'était que formellement respecté au sein du MIR, comme dans les autres partis. Une relation inégale entre la direction et les bases existait au sein même de l'organisation. Elle était fondée sur une supposée supériorité intellectuelle des dirigeants miristes. Martín Hernández, au cours d'un entretien, nous faisait remarquer qu'à partir de 1970, la Commission Politique, formée de neuf personnes, se réunissait tous les jours pour lire la presse nationale et internationale et organiser des réunions de travail en compagnie d'intellectuels et d'hommes politiques issus des partis gouvernementaux. Très vite, le fossé qui séparait ces neuf personnes surinformées, bardées de connaissances, du reste du Comité Central fut tel que toutes les décisions ne furent que formellement soumises à la discussion[8]. Et ce fossé n'était rien en comparaison de celui qui séparait les dirigeants des militants de base. Car là, on est face à une grande contradiction. Les dirigeants du MIR se sont en effet toujours enorgueillis d'être très proches de la réalité de leur pays, grâce au contact plus direct, par rapport aux autres partis, qu'ils entretenaient avec les militants de base du mouvement. Il est cependant très facile de constater que la distance entre dirigeants et militants ne faisait que croître et que le MIR commençait à ressembler de plus en plus aux vieux partis de la « gauche traditionnelle » qu'il critiquait pourtant tellement[9].

 

 Quant au culte du chef, il était explicitement cultivé au sein de l'organisation, mais également en dehors de celle-ci. Quelques figures emblématiques apparaissaient de façon récurrente publiquement ou dans la presse, si bien que leur image était identifiée à l'image du mouvement. La mise en scène de ces photos est assez parlante. Il s'agit de photos des jeunes dirigeants - toujours les mêmes - habillés en noir et en train de marcher. Leur présence est sombre et imposante. Quant aux photos de Miguel Enríquez, principal idéologue du Mouvement, elles sont toujours prises sous le même angle, de bas en haut, alors qu'il est en train de parler au cours d'un entretien ou d'un discours. Ces images mettent l'accent sur ses qualités intellectuelles et son rôle d'idéologue et de grand leader du mouvement[10]. Ainsi, malgré l'affirmation du contraire, les dirigeants miristes étaient aussi soucieux que ceux des « partis traditionnels » d'édifier des figures emblématiques de leaders-héros que le militant pouvait admirer et avec lesquelles il pouvait même s'identifier. Il y avait une conscience du fait que la politique ne peut pas être qu'abstraite et qu'il est nécessaire de lui donner un visage humain, charismatique et exemplaire[11].

 

 En outre, le MIR a en grande partie acquis son influence politique grâce à son image publique. L'utilisation des médias pour étendre cette influence était systématique. Comme les grands partis qui avaient leurs propres publications à grand tirage, le MIR en contrôlait quelques-unes, mais ces publications avaient une diffusion assez limitée et elles étaient strictement partisanes. En revanche, et ceci leur est spécifique, les dirigeants du MIR surent utiliser l'ensemble des médias. Cet effort « publicitaire » était un premier pas vers la reconnaissance officielle du mouvement, de sa place dans la société chilienne, et de la légitimité de son discours. Cette soif de publicité devenait parfois si frénétique que les dirigeants miristes étaient régulièrement brocardés par les autres partis, même par ceux qui par ailleurs leur étaient assez favorables. La revue de l'aile gauche du parti socialiste (PS), Posición, disait :


« La recherche permanente (de la part du MIR) du succès publicitaire lui fait grossir artificiellement sa véritable force et son influence sur les masses. Il a fait un mauvais choix pour un parti révolutionnaire en adoptant la télévision, les entrevues de presse, de radio et de télévision. On sait bien que tout cela n'atteint pas les couches pauvres »[12]
.

 

 En l'occurrence, ce n'était pas un mauvais choix. En effet, la cible de ces « campagnes publicitaires » n'était pas les pauvres mais la classe politique elle-même, qu'il fallait convaincre de la légitimité du Mouvement pour accéder aux circuits du pouvoir.

 

 Les dirigeants du MIR n'ont jamais caché leur intérêt pour le pouvoir et son exercice. Qu'ils aient voulu l'exercer au nom du « peuple », on ne peut le nier, mais cela ne les a jamais empêchés d'utiliser des méthodes traditionnelles, dont l'utilisation des relations personnelles et des réseaux[13]. Du père des frères Enríquez[14] à la famille d'Andrés Pascal Allende[15], les connexions avec la classe politique dominante et avec les réseaux de pouvoir sont multiples et appellent encore une enquête approfondie[16]. Notamment à partir de la victoire électorale de l'Unité Populaire, les dirigeants du MIR ont cherché l'établissement d'un dialogue officiel permanent avec la coalition, même quand ceci ne leur était pas assuré par des relations personnelles[17]. Ce dialogue devait permettre au MIR d'influencer indirectement la prise de décision gouvernementale, tout en lui préservant dans les faits son autonomie d'action et de décision - car le MIR n'assumait évidemment aucune responsabilité gouvernementale.

 

 Pour obtenir l'établissement de ce dialogue, la direction du MIR était même prête à nuancer les deux principes pourtant fondamentaux de son discours : l'abstention aux élections et la lutte armée. Jusqu'en 1970 en effet, le MIR condamnait les élections parce qu'elles créaient des illusions chez le peuple alors que la conquête du pouvoir ne passait pas par cette voie. Mais à partir de la victoire électorale de l'Unité Populaire, cette prise de position radicale fut réexaminée. La reconnaissance de la victoire de l'Unité Populaire et le soutien actif au gouvernement le prouvent ; la participation du MIR à certains événements le confirme[18].

 

 Concernant la lutte armée, si le discours du MIR était le plus radical de la gauche chilienne, il ne se reflétait pas pour autant dans la réalité avec la même radicalité. Les mentalités chiliennes limitaient en effet la possibilité d'une action politique violente[19]. Jusqu'en 1973, aucune tentative sérieuse de constitution d'une guérilla n'a été entreprise au Chili par le MIR, contrairement à d'autres mouvements latino-américains du même nom. Même à l'occasion des quelques attaques de banques à main armée, tout était organisé dans le but d'éviter à tout prix morts ou blessés[20]. En dehors des évidentes réticences morales, les miristes savaient également qu'au Chili (et ailleurs), le sang d'innocents ne leur serait pas pardonné et que ce sang aurait eu des conséquences néfastes pour le mouvement. L'économie de sang et le respect de la vie étaient repris par les dirigeants dans un but de propagande, afin de provoquer l'admiration des militants de base[21]. C'est ainsi que le MIR expulsa certains militants parmi les plus radicaux, ceux qui voulaient former des guérillas et critiquaient le travail politique de « “conscientisation” des masses ». Le MIR connut ainsi deux scissions : le Movimiento Revolucionario Manuel Rodríguez (MR2) et la Vanguardia Organizada del Pueblo. Miguel Enríquez les condamna précisément pour avoir mis en péril, lors de certaines actions directes, « des vies de civils innocents »[22].

 

 

Références historiques, modèles politiques et traditions nationales

 

 La rupture supposée du MIR avec le reste du monde politique chilien, tant revendiquée par les dirigeants et les militants du mouvement, est donc loin d'être évidente, aussi bien dans les pratiques politiques, que dans le discours idéologique. La conception miriste de la société et de la politique était en effet fondée sur des modèles déjà existants : elle trouvait ainsi ses racines dans la culture nationale, politique et religieuse.

 

 Ainsi le discours du MIR fut marqué dès l'origine par un anti-communisme virulent qui prenait la forme de violentes accusations contre le réformisme du PC chilien, et parfois d'une non moins violente condamnation du régime soviétique. Cet anti-communisme était le legs de la « vieille génération »[23] fondatrice du MIR, en 1965. Composée de trotskistes et de syndicalistes révolutionnaires[24], celle-ci avait en effet été marquée tout au long de sa trajectoire par des conflits permanents avec le PC, notamment à propos du rôle du parlement que le PC entendait respecter. Le MIR hérita de l'anti-parlementarisme de la « vieille génération », mais celui-ci fut progressivement nuancé, surtout à partir de 1970 et de la victoire électorale de l'Unité Populaire. L'anti-communisme miriste devint plus alors un instrument utilisé pour accéder aux cercles du pouvoir et réduire l'emprise du parti communiste sur le monde politique chilien.

 

 D'autant qu'au-delà de la condamnation des excès du stalinisme, l'essence du discours miriste n'était pas tellement différente de celle du PC. Ainsi, au centre de son discours, on trouve la défense de la « volonté de la vaste majorité », c'est-à-dire les couches populaires[25], opposée à la « volonté générale » qui incluait l'ensemble de la société chilienne, « bourgeoisie » comprise. On retrouve également le postulat que le « peuple » est homogène, cohérent et doté d'une volonté unique et révolutionnaire[26]. Comme dans les discours du PC et d'autres partis et mouvements de gauche, le « peuple » est omniprésent mais rarement défini. Il forme, comme le fait remarquer Julián Bastías, une « entité mythologique » qui regroupe « des caractéristiques extraites du romantisme social du XIXe siècle, mêlées à des images d'ouvriers bolcheviques réunis en soviets et de paysans accompagnant le Che dans la guérilla »[27].

 

 En plus de cette conception commune du politique et du social, le MIR partageait aussi avec la gauche chilienne ses références historiques et ses héros. Les écrits des idéologues miristes révèlent un fort désir de se rattacher au passé des partis communiste et socialiste, les deux grands partis de la gauche chilienne, à travers les références constantes aux moments-clés de leur long parcours. C'est donc en passant par l'appropriation d'un passé qui n'était pourtant pas le sien que le MIR tentait de construire sa légitimité. Les exemples sont nombreux dans les documents émanant du MIR. Les références à Luis Emilio Recabarren, par exemple, fondateur du PC et du syndicalisme chilien, figure emblématique de l'ensemble de la gauche chilienne, dont l'action politique est revendiquée par le MIR[28], sont constantes. De plus, entre 1968 et 1970[29], les persécutions subies par les membres du MIR sont comparées aux persécutions subies par les communistes sous le gouvernement de González Videla en 1948[30]. Or, ces deux références qui ont marqué l'histoire de la gauche chilienne, sont tirées des périodes les plus combatives et les plus difficiles de son histoire. Le MIR voulait ainsi se rattacher à une tradition de luttes politiques et sociales, à une tradition « révolutionnaire » de la gauche chilienne, qui selon lui était à présent trahie par le PC et le PS, devenus réformistes. Qui était désormais le seul et légitime héritier de Recabarren et de l'idée révolutionnaire ? Le MIR bien sûr.

 

 Un autre élément-clé du corpus idéologique du MIR et qui constitue aussi un axe principal de l'idéologie de l'ensemble de la classe politique chilienne est le nationalisme. Une des manières de légitimer les projets politiques du MIR était précisément de les rattacher à la Historia Patria. Le texte de la Déclaration de Linares[31] est à ce titre révélateur : le gouvernement de l'Unité Populaire y est décrit comme la continuation du processus de l'Indépendance du début du XIXe siècle[32]. Les invocations des héros nationaux, tels Bernardo O'Higgins, et Manuel Rodríguez, montrent aussi combien les références historiques nationales sont communes, indépendamment des appartenances politiques.

 

 D'autres documents du MIR témoignent d'un sentiment nationaliste fort, mais cette fois plus spécifique à la culture de gauche. Une des singularités du Chili, cause de fierté, est en effet une conscience de classe particulièrement forte au sein du mouvement ouvrier[33]. Ce phénomène unique dans le monde latino-américain permet d'ailleurs d'expliquer la victoire électorale de Salvador Allende, premier président socialiste du continent qui accédait au pouvoir par les urnes[34]. Le MIR participait à cette maturité politique caractéristique du Chili. En effet, le deuxième facteur qui rendait l'histoire du Chili singulière à ses yeux était « l'existence d'une gauche révolutionnaire qui avait atteint un très haut niveau de développement et de maturation » comparé aux mouvements d'extrême gauche des autres pays d'Amérique latine[35]. Avant d'être révolutionnaire ou au moins en même temps, le MIR était décidément chilien[36].

 

 Une grande partie des travaux sur le MIR met l'accent sur la rupture du Mouvement avec le système politique et les autres partis qui existaient au Chili dans les années 1960 et 1970. Selon eux, le MIR était en marge des jeux de pouvoir, il avait une volonté politique complètement indépendante de celle des autres partis et en constante opposition à ceux-ci. Ce que nous avons voulu étudier ici, c'est au contraire l'intégration du MIR dans le système et la culture politiques chiliens. Nous avons voulu penser le MIR en liaison et en constante interaction avec les autres forces et partis politiques chiliens et en définir les affinités et points de convergence. Cette comparaison et mise en relation a porté, d'une part, sur les pratiques politiques du MIR. Nous avons pu observer que son discours radicalisé était accompagné de pratiques politiques qui l'étaient beaucoup moins, par une connaissance du jeu politique et un respect de ses règles. La comparaison a porté, d'autre part, sur les référents idéologiques et les influences que le MIR a reçues. On a pu constater ici que des courants aussi diversifiés que le marxisme et le nationalisme ont eu une forte empreinte sur la construction du discours et du projet miristes.

 



[1]     CERQUEIRA (Silas), « Le Chili », Cahiers de la Fondation Nationale des Sciences Politiques, n°171, 1969, p. 182. On peut lire dans la même optique les travaux d'ANGELL (Alan), Politics and the Labour movement in Chile, London, Oxford University Press, 1972 ; et de BURNETT (Ben G.), Political groups in Chile. The dialogue between order and change, Austin, University of Texas Press, Coll. Latin American Monographs, 1970.

[2]     Pour une critique de cette vision de l'histoire politique chilienne voir MOULIAN (Tomás), « Violencia, gradualismo y reformas en el desarrollo político chileno », in ALDUNATE (Alfonso), FLISFISCH (Angel), MOULIAN (Tomás), Estudios sobre el sistema de partidos en Chile, Santiago, FLACSO, 1985, p. 17-68.

[3]     LEIVA (Sebastián), NEGHME (Farah), La política del Movimiento de Izquierda Revolucionaria (MIR) durante la Unidad Popular y su influencia sobre los obreros y pobladores de Santiago, Tesis de licenciatura en Historia y Geografía, sous la direction de GARCES DURAN (Mario), Universidad de Santiago de Chile (Usach), 2000, p. 14 ; et ORTIZ (Oscar), « Nuevas anotaciones para la historia del MIR (1961-1965) », in Crónica anarquista de la subversión olvidada, Santiago, Ediciones Espíritu libertario, 2002, p. 134-144.

[4]     Pour l'instant, nos recherches se sont surtout focalisées sur la culture politique miriste de ses dirigeants. La plupart des éléments avancés ici sur la diffusion, vulgarisation et perception de cette culture par les militants de base sont tirés des travaux d'autres chercheurs. Voir notamment BASTIAS REBOLLEDO (Julián), « A propósito del MIR chileno. Un intento de psicología partidaria. Representaciones sociales y subsistemas ideológicos, como factores de inhibición en la crítica de los militantes », Psicología, Psiquiatría y Psicoterapia, n°146, coord. par D'ACLAMO (Orlando), GARCIA BEAUDOUX (Virginia), MORENO (Maritza), Buenos Aires, Ed. Paidós, 1995, p. 163-203.

[5]     Pour une définition de la notion de culture politique, voir BERSTEIN (Serge), « Nature et fonction des cultures politiques », in BERSTEIN (Serge) (dir.) Les cultures politiques en France, Paris, Ed. du Seuil, Coll. Points Histoire, 2003, p. 11. Selon la définition qu'en donne l'auteur, il existe plusieurs systèmes de représentations cohérents « qui imprègnent la vision que les hommes ont de la société, de la place qu'ils y tiennent, des problèmes de la dévolution du pouvoir, etc., systèmes qui motivent et expliquent leurs comportements politiques ». Ces systèmes sont solidaires de « la culture globale de la société », entendue comme « l'ensemble des comportements collectifs, des systèmes de représentation et des valeurs d'une société ». « Dans ces conditions, la culture politique serait l'ensemble des composantes de cette culture globale qui entrent dans la sphère du politique ». Sur l'autonomie de la sphère du politique, propre à la modernité, voir aussi GUERRA (François-Xavier), « Una modernidad alternativa », in Modernidad e Independencias, Madrid, Ed. MAPFRE, 1992, p. 85-113 et du même auteur, « Pour une nouvelle histoire politique : acteurs sociaux et acteurs politiques », in Structures et cultures des sociétés ibéro-américaines, Paris, Ed. du CNRS, Coll. De la Maison des Pays ibériques, 1990, p. 245-260.

[6]     L'Unité Populaire était une coalition des principaux partis de la gauche chilienne (dont le parti socialiste et le parti communiste), représentée aux élections présidentielles de 1970 par Salvador Allende.

[7]     Plusieurs recueils des documents internes du MIR et des discours de ses leaders ont été publiés récemment. Le plus complet est celui de FARIAS (Victor), La izquierda chilena (1969-1973). Documentos para el estudio de su línea estratégica, Santiago du Chili, Centro de Estudios Públicos, 2000, 6 vol.

[8]     Martín Hernández était dirigeant syndicaliste et membre du Comité Central du MIR. L'entretien date du 6 août 2002.

[9]     Julián Bastías traduit avec justesse cette relation particulière entre militants de base et dirigeants : « Il y avait un Véritable Savoir (...) qui appartenait à une petite minorité de dirigeants, beaucoup plus capables que tous les autres membres de l'organisation et que tous les autres dirigeants de la gauche chilienne (...) Ainsi, ce savoir devait rester pour les militants quelque chose de très lointain et d'inaccessible, mais dans le même temps, les signes de validité de ce savoir devaient être bien visibles, en ce que les plus pauvres acceptaient l'influence du MIR ; or, pour les militants ce serait une preuve irréfutable », BASTIAS REBOLLEDO (Julián), « A propósito del MIR chileno... », op. cit., p. 178.

[10]    C'est ce que Hernán Vidal appelle la « théâtralité romantique », qui fait ressortir « son meilleur profil, sa posture, sa virilité, sa jeunesse et son audace », VIDAL (Hernán), « Presencia » del MIR. 14 claves existenciales, Santiago, Ed. Mosquito, 1999, p. 48.

[11]    Sur l'importance de l'image dans la construction ou consolidation du pouvoir, voir AGULHON (Maurice), BONTE (Pierre), Marianne dans la cité, Paris, Ed. Dexia, 2001 et GERVEREAU (Laurent), Histoire du visuel au XXe siècle, Paris, Ed. du Seuil, Coll. Points Histoire, 2003.

[12]    « Le P.S. et le gauchisme », Les Temps Modernes, n°323, juin 1973, p. 2061. Article tiré de la revue Posición du parti socialiste chilien et traduit par Les Temps Modernes.

[13]    Voir ce qu'en dit François-Xavier GUERRA : « Dans l'Amérique hispanique, le monde de la politique, des affaires publiques et de l'État, au XIXe et souvent au XXe siècle, au lieu d'être un espace abstrait et impersonnel, est plutôt un monde de réseaux personnels denses et de connaissance mutuelle, un monde au sein duquel il est justement très difficile de distinguer le public du privé » [la traduction est la nôtre], « Aportaciones, ambigüedades y problemas de un nuevo objeto histórico », in Lo público y lo privado en la historia americana, Santiago du Chili, Fundación Mario Góngora, 2000, p. 38.

[14]    Entre les principaux fondateurs du MIR se trouvent Miguel et Edgardo Enríquez, fils de Edgardo Enríquez Frödden, homme politique et recteur de l'Université de Concepción. La famille Enríquez était une des plus importantes et influentes familles de cette ville.

[15]    Andrés Pascal Allende, un des principaux dirigeants miristes, était le neveu de Salvador Allende.

[16] Au cours d'un entretien avec Salvador Allende, la journaliste italienne Rossana Rosanda écrit ceci : « Il [Allende] m'assure que ses rapports avec le MIR sont excellents sur le plan personnel : sa fille médecin a un fils qui est un cadre du MIR, ils les reçoivent toujours chez eux et au Chili, ce genre de liens compte beaucoup... », ROSSANDA (Rossana), « Chili, Amérique Latine », Les Temps Modernes, n°306, 28e année, janvier 1972, p. 1081.

[17]    L'article de la revue Posición cité plus haut accusait le MIR de ne pas avoir su tirer partie du prestige de son organisation : « Au lieu de créer de nombreux liens avec les masses... le MIR préfère les contacts de « haut niveau » avec les partis de l'UP », « Le PS et le gauchisme », op. cit., p. 2060. Sur les différentes étapes de ce dialogue officiel et les efforts constants du MIR, pour qu'il ne s'interrompe pas, voir le septième chapitre de l'ouvrage de CONDAL (Elias), Il Chile di Allende e il ruolo del MIR, Milan, Ed. Gabriele Mazzota, Coll. Politica, 1973.

[18]    Par exemple, lors des élections législatives complémentaires de Linares en janvier 1972, le MIR participa officiellement à l'élaboration du programme électoral.

[19]    Le respect de l'ordre et la condamnation de toute sorte de violence - y compris la violence politique, quand celle-ci n'est pas exercée par l'État - sont des éléments constitutifs des mentalités chiliennes. Voir CORREA (Sofía), FIGUEROA (Consuelo), ROLLE (Claudio), JOCELYN-HOLT (Alfredo), VICUÑA (Manuel), Historia del siglo XX chileno, Santiago, Ed. Sudamericana, 2001, pp. 258-259. Voir aussi SALAZAR (Gabriel), Violencia política popular en las grandes almedas, Santiago, Ed. Sur, 1990.

[20]    PASCAL ALLENDE (Andrés), MIR, 35 años, op. cit., deuxième partie.

[21]    BASTIAS REBOLLEDO (Julián), « A propósito del MIR chileno... », op. cit., p. 184-185.

[22]    TERZICS (Julien), MIR : le « mouvement de la gauche révolutionnaire » au Chili (1965-1970), mémoire de maîtrise sous la direction de Nikita Harwich, Université de Paris X-Nanterre, 1996, p. 93-100.

[23]    Cette expression est utilisée par Sebastián Leiva et Farah Neghme op. cit

[24]    C'est le terme utilisé par l'historiographie chilienne pour désigner un courant du syndicalisme chilien qui s'est développé en marge des partis traditionnels et qui prônait l'insurrection de la classe ouvrière et l'instauration du socialisme par l'utilisation du moyen révolutionnaire par excellence qu'est la grève générale. Le syndicaliste révolutionnaire le plus important fut Clotario Blest, un des fondateurs du MIR. Voir SILVA (Miguel), Los partidos, los sindicatos y Clotario Blest. La CUT del ‘53, Santiago, Ed. Mosquito, 2000 ; ECHEVERRIA (Monica), Antihistoria de un luchador. Clotario Blest, 1923-1990, Santiago, Ed. LOM, 1993 ; ALVAREZ ALARCON (Rubén), Formación y fundación del MIR : de Clotario Blest a Miguel Enríquez (1965-1967), Tesis de licenciatura en Historia sous la direction d'Alfredo Riquelme Segovia, Universidad de Chile, 1999.

[25]    Le MIR prônait, dans certains documents, l'instauration d'une démocratie prolétarienne, mais sa conception du peuple était généralement plus vaste et comportait, en dehors de la classe ouvrière, d'autres groupes, les pobladores, les Indiens Mapuche, les paysans, les étudiants, les intellectuels...

[26]    Pour une analyse de la pensée léniniste et des éléments repris par le stalinisme et par tous les mouvements qui se réclamaient de la tradition léniniste, voir ROSANVALLON (Pierre), La démocratie inachevée. Histoire de la souveraineté du peuple en France, Paris, Gallimard, 2000, p. 368-369.

[27]    BASTIAS REBOLLEDO (Julián), « A propósito del MIR chileno... », op. cit., p. 179.]

[28]    Voir la déclaration de principes de 1965. Dans son texte retraçant l'histoire du MIR, Andrés Pascal Allende écrivait : « Comme l'a fait Luis E. Recabarren aux débuts du XXe siècle, le MIR s'est proposé de donner une expression politique nationale, un programme cohérent, une stratégie révolutionnaire et une organisation efficace à cette dynamique de lutte pour la souveraineté de ceux d'en bas, qui a toujours été présente dans notre pays », El MIR, 35 años, op. cit., première partie.

[29]    Les principaux dirigeants du MIR sont entrés en clandestinité dans les années 1968 à 1970, suite à une agression contre un journaliste démocrate-chrétien du journal de Talcahuano, le port de la ville de Concepción. Ils ont été amnistiés par Salvador Allende, immédiatement après son élection. Pour plus d'informations sur cette période de l'histoire du MIR, voir AGUAYO MARDONES (Gloria), MORA RODRIGUEZ (Margarita), Cambios estructurales en la Universidad de Concepción, su relación con lo que fue el accionar de la ultraizquierda, Tesis de Licenciatura en Historia de l'Université de Concepción sous la direction de Jaime Etchepare Jersen, 1994, p. 139-155 et TERZICS (Julien), op.cit., p. 101-120.

[30]    Cette année-là, le président du Chili, González Videla, membre du Parti radical, élu pourtant avec le soutien du PS et du PC, avait interdit le PC par une loi appelée « Loi de Défense de la Démocratie », plus connue sous le nom de « Loi Maudite » (Ley Maldita). Voir « Miguel Enríquez : Conferencia de Prensa sobre los acontecimientos de Concepción y la situación política general (22 de mayo de 1972) », FARIAS (Victor), La izquierda chilena..., op. cit., vol. 3, p. 2383

[31]    Ce texte fut promulgué par tous les partis de l'Unité Populaire, avec la participation active du MIR, lors des élections législatives complémentaires de la province de Linares.

[32]    « Unidad Popular y MIR : La Declaración de Linares », Punto Final, n°148, 4 janvier 1972, in FARIAS (Victor), La izquierda chilena..., op. cit., vol. 3, p. 1854.

[33]    Dans le document « MIR : análisis y perspectivas de la situación nacional », on considérait qu'un des facteurs « qui individualisent historiquement le Chili », était « une définition majeure des relations de classe, apparaissant au pôle relatif aux travailleurs, des degrés de conscience et d'organisation bien supérieurs à ceux qui se sont donnés (dans d'autres pays latino-américains) », in FARIAS (Víctor), La izquierda chilena..., op. cit., vol. 1, p. 379. Cette même affirmation se répète dans le document « MIR : documento interno sobre el resultado electoral », ibid., vol. 1, p. 418.

[34]    Cette victoire était pour le MIR « l'incroyable originalité chilienne », discours de Nelson Gutiérrez à l'Université de Concepción, ibid., vol. 2, p. 880. Malgré sa condamnation de principe de la voie électorale comme moyen d'accession au pouvoir, le MIR déclarait : « Nous sommes d'accord sur le fait que le triomphe de Salvador Allende dans les urnes est l'événement le plus important en Amérique latine après la Révolution Cubaine », « Augusto Carmona (MIR) : Elección de Allende : cambio en el esquema », ibid., vol. 1, p. 405. Voir aussi le discours de Miguel Enríquez en 1971 lors d'un hommage à la Révolution Cubaine, où il déclarait qu'on ne pouvait pas parler de Cuba, sans parler de la victoire électorale d'Allende au Chili, ibid., vol. 2, p. 1001.

[35]    « MIR : análisis y perspectivas de la situación nacional », ibid., vol. 1, p. 379.

[36]    Andrés Pascal Allende déclarait que deux étaient les fondements de la pensée du MIR : le marxisme et une pensée « de profonde racine historique nationale ». Voir PASCAL ALLENDE (Andrés), El MIR, 35 años, op. cit., première partie.